Pinkshinyultrablast: « Nothing Else Matters »

Il y a une très belle comparaison à faire entre des étendues désertiques mornes très souvent en-dessous de zéro de température et illuminées par la faible lueur d’un soleil caché et la particularité qu’ont certaines excusions shoegaze. Aucun chemin clair ne s’y discerne pour nous indiquer une direction qui nous soulagerait ; les deux s’engagent dans une direction à l’intensité qui nous écrase et qui n’est apaisée que par le charme intérieur et vacillant qu’on peut distinguer dans ses moirages.

Oeuvrer dans le revivalisme est une entreprise délicate car on s’expose très vite au risque d’être perçu comme une copie conforme. La seule solution viable est de s’emparer du style qui vous convient, ne pas tenter de l’édulcorer ou de le moderniser et de le jouer comme le dictent votre sensibilité et votre environnement.

C’est des frustrations qui sont issues d’un paysage dévasté et d’une scène indie ne bénéficiant d’aucun soutien qu’est né Pinkshinyultrablast, un groupe de cinq musiciens originaires de Saint Petersbourg. Leur « debut album » est donc un double défi adressé qu’il est à un cadre qui fait tout pour les estomper ; on comprend qu’il se manifeste par une musique débridée qu’aucune entrave ne peut domestiquer.

Pédales « fuzz », vocaux qui se fendent pour révéler une splendeur chorale et une obsession shoegaze consolidée par, d’un côté une fixation pour des synthétiseurs Krautock drus et secs et, de l’autre, par une volonté d’aller vers les expérimentations classiques à la Terry Riley et Philip Glass. Le résultat en est celui d’une beauté angélique lumineuse qui s’insinue profondément dans une complexité bruitiste façon My Bloody Valentine.

Nothing Else Matters oscille ainsi au travers d’une dynamique où alternent le calme et le bruyant, les loops pleins de douceur de « Metamorphosis » ou les tempos épiques et carillonnants de « Marigold ». Que chaque morceau puisse être extrait de l’album et plongé dans un mix 90’s sans sonner dénaturé en dit long sur ce combo. Si beaucoup de groupes travaillent sous cet angle, Pinkshinyultrablast fait partie des meilleurs. Que cela soit sur leur premier disque, mérite d’être souligné.

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Milo Greene: « Control »

Deuxième album que ce Control pour Milo Green combo indie originaire de Los Angeles qui, ici, sort de sa zone de confort initiale pour adopter un style plus enlevé et une « vibe » danasante héritée des 80’s.

Ses quatre membres, Marlana Sheetz, Robbie Arnett, Graham Fink et Andrew Heringer, se partagent les compositions et les vocaux ce qui leur permet de créer une série de chansons possédant significations, vocaux et émotions qui leur sont propres. Le titre du disque symbolise à merveille la manière dont le groupe garde, à cet égard, la maîtrise des directions prises.

Ce « sophomore album » vient après un hiatus de 4 ans et beaucoup de choses ont changé, soniquement mais aussi lyriquement. Auparavant leur musique avait une tonalité indie-folk d’où on notait des ballades emplies de sérénité. Depuis, cinq « singles » sont passés par là et des titres comme « One the Fence », « Lie to Me » ou « White Lies » ont des accents plus enlevés et teintés de groove. Le premier morceau en particulier a une mélodie accrocheuse très pop qui rapplera la musique qu’on entendait dans les films des années 80.

Mais Control ne se contente pas de ce type de climats. « Parent’s House » et « Royal Blue » sont des chansons d’amour douces et relaxantes et leurs conclusions (percussions en arrière plan, guitare légère et piano) prennent un ascendant permettant un final plein de puissance.

Voilà un disque plaisant à écouter même si il ne brille pas par son originalité. Les références aux années 80 ne s’avèrent pas trop appuyées et il est facile de noter le soin et la créativité qui ont été au coeur de cette entreprise. Le contrôle est donc le maître-mot d’un album qui réussit ce qu’il planifie mais qui, peut-être dans le futur, s’autorisera plus de fantaisie.

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Jim White vs. The Packway Handle Band: « Take It Like A Man »

Le bluegrass n’est pas la première chose qu’on s’attendrait à entendre de la part de ce légendaire chanteur excentrique qu’est Jim White. Pourtant, après avoir vu son documentaire Searching for the Wrong Eyed Jesus à la BBC, Packway Handle s’est mis à sa recherche pour qu’il produise un album. C’est alors qu’ils se sont aperçus qu’il avait une cachette secrète, faite d’influences bluegrass datant de sa période adolescente. Ainsi est né cet opus, Take It Like A Man.

Ce qui ne sera pas surprenant par conte c’est qu’il ne s’agit pas ici d’un disque de bluegrass traditionnel et direct. ; le résultat final en sera, en effet, une joyeuse collision de styles qui apporte un peu de sève à ces mélodies jolies et cool qui décorent une musique d’ordinaire assez collet monté.

Le banjo qui ouvre l’album sur «  Smack Dab in a Big Tornado » vous apportera un faux sentiment de familiarité ; les textes sont du plus pur « southern gothic » et la tonalité est celle d’un frénétique refrain hillbilly. L’accroche est décisive tout comme sur « Jim 3:16 » qui n’est certainement pas une chanson revivaliste religieuse typique de l’idiome bluegrass. Comparer un bar à une église qui sert de la bière résume la chose et ce côté mécréant sera en outre amplifié par une trompette et un euphonium qui se substituent à une fanfare de l’Armée du Salut qui marque la décision de White de préférer le bar à la « Maison de Dieu ».

« Paranormal Girlfriend » est probablement le titre le plus proche d’un classique bluegrass, mais, même sur celui-ci, deux ou trois passages montrent qu’un sourire ne quitte jamais les lèvres de White. Le reste de l’album garde cette facette enjouée ; « Sorrows Shine » interprété au banjo avec de magnifiques harmonies rappellera Gram Parsons et cette élégie qui voit un chanteur rock prêtant hommage à la musique avec laquelle il a grandi est de toute beauté.

La seule composition co-écrite avec Packway Handle ; « Corn Pone Refugee », sera une danse interprétée à plus de 100 à l’heure avec guitares et banjos joués si vite que les musiciens semblent s’éclater plus qu’il n’est permis ; ou du moins plus que le Seigneur ne l’autorise.

Même si le disque se termine sur « Sinner ! » on comprendra que c’est un clibn d’oeil adressé à qui écoute. Jim White est parvenu à subvertir l’univers bluegrass avec une parfaite maîtrise ; il n’est pas étonnant qu’il sorte vainqueur de ce Jim White vs. The Packway Handle Band.

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Noveller: « Fantastic Planet »

La musique de Noveller a quelque chose de magique. Elle vit en un lieu particulier, très spécial loin des férocités du monde. Ses carillons légers flottent, impalpables, dans les airs avant qu’un doux bourdonnement s’écoule en mince filet délavé sur cet univers sonore. Fantastic Planet est ainsi une île paradisiaque instrumentale dont le paysage est doucement cadencé comme si la lumière du soleil y était éternelle et incitait au farniente.

Ainsi s’ouvre le disque avec un « Concrete Dreams » qui s’emploie à donner corps à cette songerie. Les harmonies sont naturelles et semblent s’enfouir dans la chaleur texane puisque c’est de là que vient Sarah Lipstate. On restera alors ces moments qui y semblent en suspension, comme ce climat du Sud qui s’arrête figé qu’il est par la poussière.

Fantastic Planet est aussi de cette nature, mais il la rend paradisiaque tant ce qui émane de la guitare électrique de Lipstate est fécond de gouttelettes apaisants et d’échos assourdis. Elle utilise à merveille le sustain pour y greffer des éclairs de reverb qui accompagne des synthés aux teintes écarlates et comme injectés de sang et sa musique nous emmène alors vers des mystères dissmulés par des voiles inconnus, fait de cette engeance qu’on ne veut pas lever de crainte de la perdre.

L’attirance du vide car celui-ci est teinté de tendresse, d’une rythmique chaloupée qui enveloppe avec des accents subtils et méconnus et ces drones contrôlés émergeant pour nous tenir en bride et en haleine.

Le rythme est, en effet, partout et pas seulement dans les percussions. Les mélodies ont leurs propres tempos ; par exemple dans les harmonies qui s’ouvrent et s’installent dans l’espace comme des métronomes, des rythmiques éparpillées en tous endroits de l’album comme une végétation peuplant la terre.

Des lignes ascendantes et descendantes à l’arrière plan aident à tranquilliser les tonalités, induisant un léger sommeil (« In February ») alors que la précision d’une basse profonde donne clarté et focus aux drones obscurcis qui brillent faiblement juste sous la surface. L’image est celle de vaguelettes créées par un caillou sur des eaux sereines et « ambient » avec cette mélodie dorée qui flotte aux côtés d’une percussion boueuse aux échos lointains.

Fantastic Planet est un endroit étrange et spacieux vers lequel il est aisé de se rendre pour voyager vers des mélodies pétillantes sises à distance, claires et immaculées, errant dans des allées reculées ou la lueur viendra de néons étouffés. L’une d’entre elles, parfois, se fera cristalline mais ce sera sur fond de reverb fantomatique traçant une ligne qui débouchera sur une autre mélodie, sablonneuse et empoussiérée par un désert où règne la confusion.

Dire de cette musique qu’elle est enchanteresse est un pléonasme tant elle illumine un monde où même l’obscurité suscite notre émerveillement. Noveller peint une multitude de textures et de paysages soniques sur un album qui est à la fois labyrinthique dans son spectre et contrôlé dans sa conception. Il n’est que de percevoir les synthés sur « Sisters » pour franchir cette frontière vers une musique électronique dont le mécanisme est parfaitement huilé mais la « soul » n’est jamais bien loin, y compris dans ce schéma « ambient » plus robotisé.

L’espace restera toujours celui d’une reverb qui accentuera une hantise dont on ne veut se détacher. Celle-ci sera alors distorsion ou piliers bruitistes colossaux dont le fracas résonnera, terrifiant, quand ils s’écrouleront au sol ; entrera alors en jeu une mélodie mystique épaulée par un rythme de percussion constant. Cet alliage désintègrera nuages et poussière sur un « Pulse Point » ou les synthés seront acérés comme des rasoirs pour trancher dans le flou. Nous serons alors au bout de ce périple où nous contempleront une planète fantastique dont les feux ne cesseront pas de nous fasciner.

****1/2

Jib Kidder: « Teaspoon To The Ocean »

Sean Schuster-Craig, alias Jib Kidder, est un artiste pop fervent de collages sonores dont la musique est passé de la ballade folk à des enregistrements de fortune fait avec un budget minimum. Cela lui a permis d’explorer les variations qu’il pouvait trouver en matière de nappes musicales en utilisant divers médias artistiques et ce que les rêves pouvaient également lui suggérer.

Cela fait de Teaspoon To The Ocean un véritable premier album (avec un nouveau label, dépendant de Domino Records) dans la mesure où il s’agit de onze compositions qui ont pour point commun le fait de nous fracturer l’esprit à grands coups de guitares « twangy », de jam sessions vivaces et de collages et samplings qui ponctuent le paysage onirique que Craig s’efforce de mettre en place.

Les plages sont d’ailleurs très profondément évocatrices comme « Remove A Tooth » qui ouvre l’album sur des vocaux doublés au milieu d’une mêlée de percussions et de reverb qui pulse comme une rage de dents.

Sur « Apettite » Craig rejoint une de ses vieilles amies, Julia Holter, pour un duo country baignant dans l’acide avant d’évoluer vers un jazz infusé de psychedelia sur « The Waves ». Les vagues seront à peine apaisées qu’elles feront place à un « Situations Of Love » et son climat de combustion lente qui voit Craig réfléchir sur un amour perdu.

« Melt Me » nous vaudra un détour vers le « new age », ce qui amplifiera le climat névrotique qui s’est déclenché tout au long d’un album qui se terminera sur un freak folk dans lequel il sera aisé de se perdre, « Wild Wind ».

Si on est fervent de compositions bizarres, Teaspoon To The Ocean, fera votre affaire. En effet, Craig semble parfaitement maîtriser la situation qu’il crée ; il ne s’agit pas ici d’un délire qui prône la spontanéité mais d’un but qui est de réaliser un album qui nous rende perplexe tout autant qu’impliqué. À cet égard, la mission est accomplie !

***1/2

Chandos: « Rats in Your Bed »

Chandos est de Boston et ses environs, il n’est donc as surprenant que leur son évoque The Pïxies et Lemonheads. On pourrait dire de ce groupe de l’exemple type du combo qui va permettre aux « kids » d’opérer la transition entre la pop et le rock.

Ce « debut album » est rempli d’agression et de colère, sous-tendues par les vocaux de Dan Coulson toujours en surmultiplié. Il faut dire que Rats in Your Bed a été composé dans une période de regret de doute, seuls moments où, selon Coulson il lui a été possible de trouver une mélodie ou un accord.

La distorsion, omniprésente, ne sera donc pas surprenante et elle crée un effet métallique et sale qui imprègne de nombreux titres comme « … Pretty Sure It’s Tang Top » un morceau pop-rock juteux ou «  Fluorescence : Light : Cubicles : » une chanson pop punk aussi crasseuse qu’elle est brève (2 minutes).

Le fait que le disque ait été conçu avec, pour étais, l’adrénaline et le fun le rend immédiatement accessible un peu comme cette pop facile et formatée qu’on nous sert à-tire-larigot. La seule différence est de taille ; Rats in Your Bed dépasse le stade de la frustration juvénile et nous présente plutôt des personnes qui s’efforcent de mûrir au travers de leurs refrains. Bien sûr il n’est pas ici fait d’oeuvre originale mais, si Chandos parviennent à faire abandonner à leur cible les disques de One Direction, ils rejoindront peut-être Bloc Party, Fall Out Boy ou autres combos comme, plus récemment, les excellents The 1975.

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Emmy the Great: « S »

Sur S, le premier album (en fait un EP) de Emmy the Great’ depuis Virtue en 2011, la chanteuse née à Hong Kong-et basée à semble d’humeur introspective par rapport à ses précédents opus plus décalés. Enregistré dans plusieurs villes du monde (Hong Kong, LA, New York et Londres) le talent de conteuse d’histoire de Emma Lee Moss atteint, ici, un niveau inégalé.

« Swimming Pool » présente une production minimaliste qui ne peut que vous hanter jusqu’au moment où le lo-fi est soulevé par des percussions qui se fracassent et des accords qui pétillent et se juxtaposent aux observations rêveuses et pleines d’esprit de l’artiste sur le profilé d’un bronzage aligné le long d’une piscine. La voix de baryton de Tom Flemming (Wild Beasts) y fait écho et semble ramper derrière comme pour accentuer ce que ces vocaux irréels ont de fantomatiques.

Il ne s’agit pas d’une chanson qui traite d’un être qui représente un objet d’amour mais plutôt d’un commentaire sur la façon et la vitesse avec laquelle notre monde change inlassablement. On trouve ce thème exemplifié dans « Socail Halo » où Emmy réfléchit avec cette phrase : « Oh no, everything’s moving so close. » sur les notions d’acceptation sociale et de l’anxiété qui peut résulter de cette problématique.

« Solar Panels » sera une composition basée sur des synthés qui évoquera la transition vers une existence en Californie et voit la vocaliste réfléchit sur les rêves qui nous font avancer et qui, parfois, se substituent à la réalité. Le « closer », « Somerset (I Can’t Get Over) » sera précisément une supplique adressée à son amant pour qu’il parvienne à faire coïncider ces deux éléments.

Si S préfigure un prochain album, il sait parfaitement aiguiser notre curiosité. Moss a su en effet délaisser un son anti-folk déjanté pour nous proposer quelque chose de plus fluide. Ne reste qu’à attendre et espérer de cette artiste qui sait mêler textes articulés à ses humeurs musicales aujourd’hui nuancées.

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Dengue Fever: « The Deepest Lake »

Dengue Fever est un groupe psychédélique De Los Angeles, nommé ainsi à cause de la maladie attrapée par un des ses membres au Cambodge, pays qui est également l’endroit d’origine de leur chanteuse Chhom Nimol. Un des gimmicks du groupe sera d’alterner les deux langages ce qui fait de Nimol la véritable star de The Deepest Lake, un album aux tonalités trippy et surf rock qui se mêlent aisément à sa voix.

Le langage est un élément important du combo et les messages, qui si ils n’étaient pas chantés en Khmer sonneraient maladroits, sont ici concis et travaillés par de nombreux détails soniques. Cela, paradoxalement, favorise l’émotion comme sur un « Taxi Dancer » direct et franc ou « Rom Say Sok »qui amalgame mélopée et percussions. La langue étrangère n’aliène pas l’auditeur mais est là pour, au contraire, l’attirer.

Les vocaux de Nimol sont naturellement sexués mais, le groupe jouant beaucoup dessus, cette répétition devient rapidement lassante pour des oreilles occidentales. La fin de l’album voit d’ailleurs les morceaux se fondre aux autres tant ils sont similaires et, qualité mise à part, on a affaire à un brouillage qui les rend indistincts.

The Deepest Lake possède néanmoins quelques titres de choix. La rythmique hypnotique de « No Sudden Moves » nous embrigade imperceptiblement grâce à certains passages astucieusement séducteurs. Même si le désir sert de moteur à l’album, sa suggestivité n’a rien d’ostentatoire ; elle apparaît plutôt comme une confiance en la sensualité quand celle-ci est assumée. Il y a quelque chose, chez Nimol, qui évoque la femme fatale dans un phrasé dont on ne peut mettre en doute le ciopeur qui y est mis.

Dengue Fever est constituée de cinq musiciens et d’une déesse païenne et The Deepest Lake nous permet d’opérer un voyage dans un univers de divinités issus d’un autre monde ce qui fait de cette célébration une ode onirique à la Femme en soi.

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Cotillon: « Cotillon »

Cotillon est le nom que John Corso, « singer songwriter » de Los Angeles, a donné à son groupe après divers projets dont une collaboration avec Chet White des GIRLS. Le produit de ce travail se nomme Cotillon qui est aussi le nom du premier album du combo.

Cotillons décrivent leur musique comme du « flower punk » ce qui est une description assez exacte. En effet bien que leur esthétique possède une sensibilité punk évidente, on y trouve également des penchants pour le surf rock donnant ainsi à leur disque une tonalité plus légère et lumineuse que la chose punk traditionnelle. Le titre d’ouverture est d’ailleurs à tort intitulé « Gloom » dans la mesure où il représente plutôt une introduction au son du groupe : quelque chose de joyeusement contemplatif avec des vocaux au phrasé et aux textes volontairement brouillés.

La plage suivante, « Call Me Up », apportera, elle, un climat funk groove assez fun qui confirmera les racines west coast de Cotillon. Même si les vocaux de Corso sont parfois quelque peu geignards, l’atmosphère générale est à une réjouissance qui donne envie de danser et de lever les bras vers le ciel.

La facette plus punk de Cotillon se fera jour sur un « Asteriod » aux tonalités plus sombres et des textes qui sont preuvce que le combo peut adopter une varité de style tout en restant cohérent avec lui-même. « Before » sera un retour à une musique plus légère avant que, à partir de « Yesterday’s Shoes », Cotillon cherchera un équilibre entre surf rock et compositions désaccordées et vocaux punk dont le côté brut ne fonctionne que par intermittence. Un titre se détachera du lot, « Left Bank », une ballade au piano qui dévie totalement du surf mais dont la morosité sous-jacent ne trahit pas l’approche d’ensemble de l’album.

Celui-ci présente un assemblage intéressant de surf et de punk mais, au bout du compte, Cotillon s’oublie facilement une fois l’écoute passée. Les mélodies ne sont pas assez puissantes pour que le charme s’installe durablement ; ce qui en ressort alors sera plus une expérience esthétique qu’un véritable disque avec des chansons dont on puisse se souveni.r

**1/2

Howlin Rain: « Mansion Songs »

Mansion Songs de Howlin Rain s’ouvre sur des vocaux a cappella glorieusement réfrigérants émis par le leader du groupe Ethan Miller. Ils sont bruts et poisseux mais aussi assurés et poétiques. Sur « Big Red Moon » il évoque ces environnements glauques que sont les allées et les bars des bas-fonds avec une instrumentation qui intervient avec détermination et autorité au moyen d’une slide guitar en fuzz et une section rythmique chargée de ces humeurs marécageuses qui étaient l’apanage de Creedence Clearwater Revival.

La voix de Miller est rude, suggérant un Bob Dylan qui aurait abandonné sa pose « laidback » et, quand elle se transforme en hurlement désespéré et ébranle le confort d’une stabilité que donne le rock traditionnel on n’en est à peine étonné.

Si Howlin Rain emprunte en effet à l’idiome rock, ils veulent aussi pousser cette convention hors de ses limites habituelles. Il est donc naturel pour eux de créer des moments de fixation où règne le chaos, un sentiment que les compositions pourraient s’effondrer à chaque instant. « The New Age » est une ballade injectée d’Americana triomphante avec une voix de la taille de celle de Bono qui parle de la venue du futur mais dont le climat victorieux que suggère le tempo vif est sapé dans les dernières secondes quand Miller hurle un « I don’t want » qui résonne comme le cri d’un condamné qu’on mènerait au peloton d’exécution.

Mansion Songs va parcourir ainsi toute une gamme allant de titre rock accrocheurs comme « Meet Me in the Wheat » at « Wild Bush » à des moments plus tendres en particulier sur les trois morceaux qui concluent l’album, « Restless », « Lucy Faitchild » et « Ceiling Fan ». Les deux derniers auraient pu être plus courts et éviter ainsi l’excès d’un sentimentalisme qui ne peut qu’étonner alors que « Restless », comme l’indique son titre, véhicule à merveille cette agitation et ce sentiment que tout peut exploser à n’importe quelle seconde. Miller avait dit de ce disque qu’il voulait qu’il ne reflète a aucun moment une sensation de désespoir qui soit digne, il y parvient en traduisant ce sentiment que l’on essaie à se raccrocher à des choses qui ne veulent que céder sous nos doigts.

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