TOY: « Happy In The Hollow »

TOY n’a jamais retrouvé la flamboyance de son premier album. Clear Shot, leur précédent effort, était plutôt en demie-teinte ; ce quatrième chapitre constitue probablement un coup de poker. Le combo, ou plutôt son label, ont multiplié les « teasers » avec des « singles » mystères ainsi qu’un maxi vinyle, le tout cessant préparer le terrain pour Happy In The Hollow.

Le disque s’ouvre sur «  Sequence One » ; une plage avec une basse aux accents krautrock, un synthé et un beat percutant, le tout donnant un aperçu de vsers quoi TOY veut s’orienter. Le climat est downtempo, plutôt agréable avec un « Mistake A Stranger » qui lui fait suite en accentuant encore les tonalités lancinantes.

Le climat reste posé et la guitare acoustique révèle encore plus cette qualité qui se veut captivante et y parvient comme sur «  Last Warmth Of The Day » même si on peut être désarçonné par certaines aventurées soniques expérimentales.

« Jolt Awake » sera une des compositions les plus sombres de l’album avec des envolées hypnotiques à la guitare et des vocaux qui rendent le titre addictif et témoigneront du fait que le groupe se refuse à suivre un style musical à proprement parler.

Cependant TOY restent encore beaucoup sur le versant synthétiseur ce qui peut parfois les desservir. Malgré cela, « Strangulation Day » s’avèrera tout de même une bizarrerie électro-psychédélique plutôt réussie. On retiendra également la petite instrumentale acoustique « Charlies House » tout comme l‘épitaphe, « Move Through The Dark » constituant une synthèse emblématique de ce qu’on peut attendre du combo aujourd’hui.

Progressif et modéré, plutôt lumineux et attachant, ce disque est un vrai moment de singularité ; celui de musiciens qui n’ont plus la fougue d’antan mais qui conservent ce côté noir même si il peut sembler et sonner moins ténébreux.

***1/2

Blood Red Shoes: « Get Tragic »

Cinquième album studio pour le duo de Brighton, Get Tragic voit Steven Graham Ansell et Laura-Mary Carter se remettre à la tâche après avoir décidé d’une pause et de tourner la page le son volet agressivement rock. Ce nouvel opus change la donne avec ses couches synthétiques et des morceaux plus variés.
Le single « Eye To Eye » fait dans le garage rock bien cadré bien qu’un peu lourd en raison d’une. Mais absorber trop de sucre écœure vite, autant qu’un arrangement lourdement dosé en instrumentation. En revanche, la construction par ajouts fait de Get Tragic un renouveau moins ecessif et plus  affirmé en termes de directions musicales. Pour la première partie de l’album, on retrouve pourtant quelques morceaux typiques. Ces essais musicaux feraient vibrer Royal Blood ou les Black Keys (« Mexican Dress », « Bangsar »). D’ailleurs, en parlant de clin d’œil, on retient celui à The Kills dans le lancinant « Beverly », un titre des plus réussis.


C’est plus tard que Blood Red Shoes réussissent à se dévoiler autrement. On attribue un coup de cœur à l’ambiance voilée proposée par « Nearer, » et la voix plaintive à la Beth Gibbons du plus bel effet. L’exemple suivant « Find My Own Remorse » essouffle le tempo, pourtant, l’alliage calme/harmonies vocales fonctionne assez bien ce qui n’est pas le cas sur un titre comme « Howl » avec son riff envahissant. Le disque se terminera en beauté avec un « Elijah »herculéen, point d’orgue à cette utilisation démesurée d’une électronique qui , correctement employée, ne dénaturera pas le son. Get Tragic n’est pas un LP tragique ; il est témoin d’une remise en causé issue d’une profonde réflexion à qui il ne restera qu’elle soit confirmée.

***1/2

Born Of Osiris: « The Simulation »

Born Of Osiris est un combo très puissant techniquement mais il est également très attaché aux mélodies. Ce groupe a un vécu certain et, pour cette raison, il peut être sujet à des pannes d’inspiration, ou une routine qui réduit la portée de celle-ci surtout quand on considère un registre bien balisé et dans lequel il est aisé de verser dans la complaisance.

: Le groupe a choisi, pour ce cinquième album, de placer un single sur la ligne de départ; « The accursed » est un bon titre dans la mesure où il respecte les canons du genre. De ce point de vue, le morceau en devient si prévisible qu’on n’est pas loin du « pompier ».

« Disconnectome » qui lui fait suite est plus profonf dans le registre deathcore assez sobre alors que « Under the gun », lui, agrémente avec efficacité sa qualité mélodique à à refrain hip-hop et RnB.

S’ensuivra un court interlude (« Recursion ») durant lequel on se retrouve en terrain plus connu alors que « Analogs in a Cell » enchaînera avec un refrain très pop qui passera encore mieux avec des soli velus et des ambiances limites malsaines. « Silence the Echo » est le premier single officiel avec un le refrain assez typé et si homogène qu’il évite de peu le convenu.

Le dernier morceau, « One without the oOher », permettra d’aborder les choses de manière qui se veut plus conclusive en mixant les genres et les ambiances et en faisait se cohabiter heavy metal et rock plus mélodique. On regrettera que cette bonne idée ne se soit pas élargie à tout un album qui va indéniablement plus dans la « simulation » que dans la vivacité discursive.

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Night Flowers: « Wild Notion »

Night Flowers est un quintet londonien formé par la chanteuse Sophia Pettit et qui virevolte entre indie rock, dream-pop et shoegaze. Après avoir publié une poignée d’EPs et de singles afin de faire parler d’eux, les voilà qu’ils présentent leur premier album intitulé Wild Notion.

Après avoir tourné auprès de The Pains of Being Pure At Heart, il était clair que l’on allait déceler chez eux des sonorités du groupe new-yorkais, à savoir des morceaux doux-amers et planants. lntre riffs lumineux et rythmiques sobres, Night Flowers nous propose du dream-pop/shoegaze plutôt propret avec des titres comme l’introduction « Sandcastles » mais également un « Resolver » aux chœurs entraînants ou « Let Her In ».

Night Flowers maîtrise son affaire et on se laisse bercer facilement par la voix de Sophia Pettit qui arrive à élever ces morceaux irréprochables que sont « Losing The Light », « Hey Love » ou « Fireworks ». On relèvera cependant quelques morceaux qui sortent un peu du lot comme le plus bouleversant « Head On » ou encore les grosses guitares de la conclusion « Cruel Wind ».

Sur ce premier album, le quintet londonien démontre une grande maîtrise dans ses composition même s’il peine encore à faire montre d’originalité dans un secteur fort concurrentiel. Un second opus sera, peut-être, plus concluant.

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Kartikeya: « Samudra »

Le sextet métal russe Kartikeya a cette particularité depuis pas mal d’années d’intégrer dans son cocktail électrique, fait de death et de thrash, des influences indiennes, plus précisément de la musique hindou. Cette dernière caractérisée par la structure et l’improvisation s’est de nouveau fait une (petite) place sur Samudra, le troisième album du combo 6 ans après le précédent. C’est d’ailleurs et surtout sur le titre « Kannada » que l’alliance entre les deux univers est la plus réussie grâce à la participation de Karl Sanders de Nile, un habitué des musiques ethniques contemplatives et de Sai Shankar.

Le reste du temps, on ne sera pas gavé de ragas mais plutôt dune grosse rythmique bien percutante et de riffs étoffés comme il se doit. Grosso modo on a droit à une interprétation qui rappellera Lamb Of God, très bien exécutée entrecoupée de passages aux ambiances plus éthérées ou reposantes « Samudra », « Kumari Kandam »). Sans revisiter le genre, Samudra plaira très probablement aux mordux de métal qui se passionnent pour le symbolisme et la culture hindou.

**1/2

Adam Basanta: « Intricate Connections Formed Without Touch »

En même temps qu’une tournée en duo avec le saxophoniste Jason Sharp, Adam Basanta publie ici un album solo. Connu pour ses travaux électroacoustiques, comme pour ses propositions plastiques, le Canadien s’attache à livrer six morceaux et un remix dans lesquels les improvisations de sa guitare sèche se trouvent découpées, remontées et agrémentées de divers apports.

Comme souvent dans un tel registre, les interventions de l’instrument acoustique prennent plus ou moins de place, et sont plus ou moins perdues dans les expérimentations électroniques. C’est ainsi qu’on passe d’un morceau où les cordes de la guitare sont très identifiables (le morceau-titre, qui ouvre l’album) à une piste beaucoup plus ambient, dans laquelle affleure à peine le nylon et le métal de la six-cordes (« Flora & Fauna) », puis à une autre plus abstraite et remplie de fluctuations électroniques (« Joy »).

Les tapotements, ici présents, peuvent, au regard des conditions d’enregistrement de cet album, être lus comme des petites frappes d’Adam Basanta sur les cordes de sa guitare, captées par ses micros et retraitées par la suite. En vérité, on se rend alors compte que, plus le musicien s’écarte de son postulat de départ, plus il se fait pertinent, à l’image de « 1000 Tunnels » et sa confrontation entre pépiements électroniques et petites bribes mélodiques, jouant habilement sur le caractère aigu des sonorités convoquées.

Forts d’un tel déroulé, nous ne serons pas surpris de parvenir alors au remix de « Flora & Fauna », intitulé « Alien Architecture », où la présence de la batterie de Basanta donnera encore davantage de corps à l’ensemble.

***1/2

Pedro The Lion: « Phoenix »

Quinze ans. C’est le temps qui sépare la sortie de l’excellent  et ce nouveau chapitre de Pedro The Lion. Pourtant, son leader David Bazan, n’a jamais cessé de travailler. Au contraire, il a livré 5 albums en solo en plus de participer à des projets sporadiques en compagnie d’amis. Pourquoi ce passage en solo ? Il trouvait bizarre de composer tout dans une formation. Il a donc décidé de quitter le band pour prendre la route seul. Après cette période de contrôle illustrée par un disque du même nom, il a voulu revenir à une formule plus rock et rRapidement, le nom Pedro the Lion s’est imposé de lui-même.

Si pour lui, la différence entre le solo et Pedro n’est pas claire, dans les oreilles du mélomane, ça risque de se faire sentir assez vite. Les derniers albums de David Bazan sont bien intéressants, les guitares dissonantes et les progressions d’accords surprenantes manquaient. Sur Phoenix, Pedro the Lion est tout à fait ce qu’on attend du groupe avec un chanteur confiant et en pleine possession de ses moyens en prime.

Le sentiment de nostalgie et du temps qui creuse des sillons dans nos êtres n’est jamais très loin chez Bazan. Que ce soit avec l’entraînante « Yellow Bike » qui nous chante la joie, mais aussi la solitude qui a accompagné le premier vélo qu’il a reçu dans sa jeunesse. Il trace un savant trait avec la vie de tournée qu’il a vécu en solo dans les années précédant la sortie de Phoenix. Avec une grande liberté vient souvent une grande solitude. Les souvenirs d’enfance se font de nouveau sentir sur « Circle K » qui parle d’une dépense folle dans un article non nécessaire.

Les références christiques sont,bien sûr ,toujours présentes chez Bazan. Même peut-être un peu plus maintenant que jadis dans les textes de Achilles Heel et Control. De ce point de vue il a fait un bout de chemin vers la paix avec sa foi : « But you can always smell which fruit you really wanna bite into. » sur «  Powerful Taboo »

Le retour des sonorités électriques est totalement le bienvenu sur le disque. Un bon exemple de la dissonance dont Bazan peut faire preuve, est la rythmée « Black Canyon » avec ses guitares qui frappent comme des poignards à chaque coup de pic. D’ailleurs, les riffs de qualité sont légion sur Phoenix. La chanson-titre est d’une lourdeur assumée et rentre au poste comme dans les belles années. C’est un peu moins lent et appuyé, mais tout de même, ça demeure délicieux.

Il est certain qu’on n’est pas face à l’excellence de narrativité que Bazan a pu créer par le passé. Ça reste un solide album d’indie-rock aux accents dissonants et aux thématiques pertinentes, qu’on croit ou non. L’athée le plus convaincu ne verra pas chez Bazan un illuminé prêchant la bonne parole, mais plutôt un personnage qui, tel le phénix, ne cesse de renaître de ses cendres.

***1/2

Geir Sundstøl: « Brødløs »

Deux ans après Langen Ro, Geir Sundstøl qui, profitant toujours de la richesse de la structure norvégienne à laquelle il appartient, a choisi de s’entourer à nouveau de nombreux invités et élargir sa palette à des musiciens et compositeurs anglo-saxons.

Par rapport à l’effort précédent, l’aspect jazz semble ici renforcé, notamment par la présence de la trompette de Nils Petter Molvær, propre à apporter une ampleur supplémentaire (comme sur « Leben » ou »Kraag »), à la basse à six cordes de Jo Berger Myhre ou au xylophone d’Erland Dahlen (« Blunder) ». Si la volonté de jouer sur les « grands espaces », voire la dimension « cinématographique », qu’appellent évidemment de tels truchements, peut paraître un peu forcée et cliché, la cohérence du propos de Geir Sundstøl joue en sa faveur, à partir du moment où le Norvégien est coutumier de ce mariage entre jazz et blues, voire entre une forme de musique ambient et blues.

Dans ce contexte, retrouver, au milieu du disque, une reprise du « Warszawa » de David Bowie n’est pas forcément surprenant de par son caractère quasi-instrumental et la conjonction synthétiseurs et vocalises. Ici, ce titre se trouve croisé avec une relecture de l’« Alabama » de John Coltrane, dans une hybridation habile qui permet à Sundstøl de s’inscrire dans les pas de musiciens ayant parvenu à conjuguer expérimentations et large reconnaissance.

Pris dans les volutes et slides lascifs des différentes guitares utilisées, l’auditeur ne pourra donc que regretter la relative brièveté de l’album (huit morceaux pour trente-six minutes) et être incité à, très vite, reprendre le disque dès son début.

***1/2

Cæcilie Overgaard: « There Is A Home »

L’artiste danoise Cæcilie Overgaard joue avec les sons comme on construit un puzzle, assemblant les pièces organiques et électroniques avec une intelligence qui vient des tripes, entrainant l’auditeur dans un espace en suspension.

There Is A Home, son deuxième album, perce les lois de l’apesanteur, flottant constamment entre les frontières du physique et de l’abstraction, de la poésie et de l’électro-acoustique, de la mélancolie et de la douceur de vivre au présent.

On n’est pas sans penser à Nils Petter Molvaer lorsque la trompette de Tim Ewé résonne sur les titres « There Is A Home », « A Simple Mind » ou « Moondog », flirtant avec un jazz moelleux aux contours radieux. Sur Skyggeplet, le chanteur Mathias Hammerstrøm pose sa voix sur des bribes de mélodies liquides aux contours post-pop nuageux. 

Cæcilie Overgaard compose des titres fragiles pris en étau, luttant contre des forces souterraines pour atteindre des cimes bercées par le vent, chaleur brisant la banquise pour ouvrir les vannes de fontaines aux liquides colorés de glace et de rubis. A découvrir.

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Bodega: « Endless Scroll »

Produit par Austin Brown (Parquet Courts), Endless Scroll transpire en 14 titres le meilleur de New York et de l’Angleterre, des années 80 à aujourd’hui : un large spectre que ce quintet de Brooklyn, majoritairement féminin, a semble t-il parfaitement digéré avant de le recracher au fil d’un premier album marqué par sa maîtrise et sa diversité.

On ne s’ennuie jamais ici. Pas plus qu’on ne dort à New York. Ainsi, Bodega affiche son parti pris : il y a chez lui cette volonté de faire danser chère à LCD Soundsystem (« How Did This Happen? ») ou Pylon (« Gyrate) », de francs clins d’oeil au patrimoine musical de la ville (ESG sur « Name Escape »), l’angularité de Parquet Courts (« Bodega Birth », « I Am Not a Cinephile », « Can’t Knock The Hustle »), et un minimalisme qui – renforcé par sa mixité – n’est pas sans rappeler parfois l’avant pop de Peter Kernel (« Margot »).

Mais si arty sera certainement l’adjectif que lui colleront rapidement les adeptes de l’étiquette, le groupe sait aussi s’en défaire en écrivant des mélodies aussi tendues qu’accrocheuses, mises au service de grands morceaux de pop (« Jack in Titanic »), parfois poussés jusqu’aux confins du genre comme ceux copiés collés à l’indie folk sur « Charlie ».

Exécuté en une grosse demi-heure seulement, c’est sans mal qu’Endless Scroll se fait pardonner pour les quelques exceptions passables qui le ponctuent (« Williamsburg Bridge) » tant, de lui, on retiendra surtout un puits d’inspiration sans fond, sa tendance récurrente à égratigner la société de consommation moderne et ses nouvelles technologies par le biais de l’humour. On devra à cet opus l’éclosion d’un groupe appelé, s’il ne se prend pas plus au sérieux à l’avenir, à devenir une référence.

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