Pale Waves: « My Mind Makes Noises »

Le « debut album » de Pale Waves, My Mind Makes Noises, montre une sacrée évolution par rapport à leur premier opus. Nous avons, en effet, droit ici à des chorus pop accrocheurs au service d’une inspiration toute aussi manifeste à savoir l’amour dans toutes ses dimensions, l’éveil des premiers émois et son interminable chute dans la banalité.

Malgré un sujet rebattu et dès, l’« opener » « Eighteen » il est évident que le combo tente, sous un habillage synth pop lustré, de subvertir cette expérience et nos attentes.

Ainsi, « Drive » est un titre electropop trépignant alors que « Red » se drapera d’un habit europop et d’un chorus ravageur et haut perché.

Cette sensibilité pop se retrouve même sur les morceaux plus mesurés, comme cette ballade plaintive qu’est «  When Did I Lose It All » ou les synthés en consomption qui ornent « She ».

Si la plupart des compostions dont enlevés un arrière-goût perdurera ; ils est fait de tristesse à la réalisation que l’amour est toujours sujet à la trahison et à la langueur. Sous un extérieur « goth », My Mind Makes Noises est un album pop avec, en son coeur, profondeur et substance.

**1/2

Paul Weller: « True Meanings »

À maintes reprises, et en 40 ans de carrière, les ambitions qu’avait Paul Weller n’ont pas été à la hauteur de ses résultats. Il est pourtant un chose sur laquelle on ne pourra pas mégoter, c’est le dévouement à une certaine éthique tout au long de sa carrière.

Même si son statut de Dieu du songwriting est quelque peu exagéré, ses productions en solo ont été souvent juste moyennes, il est arrivé qu’en certaines instances les résultat était proche de la perfection.

En ce qui concerne True Meanings, ce qui va emporter le morceau c’est la cohérence. Nous sommes ici sur l’identifiant Paul Weller « sing-songwriter » et nous avons droit à un opus acoustique, d’humeur pensive et aux textures délicates.

Ceux qui connaissent bien le bonhomme apprécieront les tonalités bucoliques été évocatrices dont il a toujours eu le secret (« Tonight at Noon » sur This Is the Modern World pu « English Rose » dans All Mod Cons) mais sur ce présent opus il excelle à nous fournir des compositions qui, stylistiquement, se réfèrent au folk, traditionnel ou contemporain de Martin Cathy à Conor O’Brien.

Cet éventail lui permet de parcourir plusieurs humeurs allant du physique et matériel (« Come Along ») au cérébral et à l’intime (« Gravity », « May Love Travel with You », « Glide »). Sans atteindre des sommets voilà un opus qui nous réconciliera mieux avec l’artiste qu’avec les énièmes atermoiements des frères Gallagher.

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BC Camplight: « Deportation Blues, »

« Let me in » ; les paroles qui introduisent le nouvel album de BC Camplight sont une indication du contexte turbulent qui a accompagné sa réalisation. Après la sortie de How to Die in the North en 2015, on a annoncé à Brian Christinzio qu’il allait être exclu du Royeaune-Uni. Ce n’est qu’en arrivant à obtenir un passeport italien grâce à ses grands-parents qu’il fut autorisé à y rester.

Ce sont les aléas de cette bataille qui vont servir de toile de fond à Deportation Blues, une trame qui sera sombre et houleuse. Christinzio documente ici la myriade de ses réflexions, une myriade alimentée par une exploration de divers genres musicaux. On aura ainsi droit à des pulsations synthétiques désespérées sur « I’m Desperate », une ballade cadencée au piano de « When I Think Of My Dog » ou à une infusion enfumée où jazz et pop se mêlent sur « Hell or Pensylvania ». « Midnight Ease » sera cosmique et lissé avant d’amorcer une descente chaotique et bruitiste qui permettra au chanteur de clamer avec humour « I hate being dramatic » tout en admettant « Alright, that was pretty dramatic ».

Sur le papier, on aurait pu craindre que cette disparité nuise  à la cohésion de l’album, mais Christinzio parvient à les amalgamer et à en faire un effort cohérent soutenu par une thématique : celle de la personnalité fragmentée. Si Deportation Blues est issu d’un endroit où la turbulence était de mise, il réussit à magnifier et mettre en valeur la dynamisme et la créativité qui sous-tend un artiste qui est là pour, sur ce point de vue aussi, ne pas se retrouver exilé.

***1/2

Mothers: « Render Another Ugly Method « 

Avec Render Another Ugly Method on retrouve Mothers dans les mêmes dispositions que celle de leur premier album en 2016, When You Walk A Long Distance Youe Are Tired. Kristine Leschper demeure capable d’amalgamer mélodies dolentes et guitares déformées et de cultiver breaks de six cordes, feedbacks hasardeux et chorus maussades.

Ces éclairs s’affichent avec ostentation sur « Pink » mais se hasardent aussi sur des territoires plus ambient (« Mother And Wife »). Leschper manie à merveille le contraste entre une voix titanesque et imperfection de son registre vocal, en particulier sur un titre comme »Baptist Trauma » où Mothers joue avec plyrythmie des percussions et vocaux agités et nerveux.

Ce climat ne se démentira jamais y compris dans les passages les plus intrumentaux à l’exemple de « Western Medecine ». Ceci dit, tout l’album pourrait est l’équivalent aural d’une attaque de panique quelle que soit l’importance prise soit par Leschper soit par l’instrumentation.

Mothers sont allés jusqua’u bout de leur logique qui consiste à faire de la musicalité, plus ou moins harmonieuse, un univers à part entière; à mi-chemin entre discordance et confort d’écoute, ils se sont appropriés une niche pas nécessairement édifiante mais indubitablement efficace.

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Sauna Youth: « Deaths »

Deaths est le dernier album d’une trilogie réalisée par Sauna Youth, un ensemble londonien dont l’éthique musicale est l’auto-suffisance et le minimalisme.

Ce titre arrive à point nommé pour spécifier qu’ici, le combo évoque la ou les fins de quelque chose. Soniquement c’est un album percutant et économe de ses moyens, comme si ce qui panait autour du groupe était un sentiment où priment les notions d’échéance et d’urgence.

Sauna Youth œuvre dons dans le réalisme post-punk, un laconisme qui, et c’est un bon point, lui permet de ne pas tomber dans le didactisme et le prêche. Si messages politiques il y a, ils sont si sous-entendus qu’ils sont à peine tangible et le groupe a bien raison d’oeuvrer plutôt dans le mode frénétique (« Percentages »), le pogo inconséquent (« Unreal City ») ou tout ce qui peut être évocateur de pénibilité.

Deaths n’est pas pour autant album hédoniste ; « No Personal Space » est une excursion expérimentale toute spartiate et deux compositions récitées, « Swerve » et « The Patio » tout comme un chorus aérien mettant fin à l’album nous rappelleront que Sauna Youth ne prennent pas encore congé de nous.

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Paul McCartney: « Egypt Station »

Le meilleur musicien des Beatles a aujourd’hui 76 ans, poursuit paisiblement sa route au crépuscule de l’existence… et voilà un 17e album studio à l’enseigne d’Egypt Station.

On l’a dit des centaines de milliers de fois, Paul McCartney n’a pas sculpté tant de joyaux depuis ses débuts en solo, on pense surtout à RAM et Band on the Run au tournant des années 70, on pense aussi à Chaos and Creation in the Backyard, réalisé en 2005 par Nigel Godrich, proche collaborateur de Radiohead.

En 2013, il a tenté un joli coup de substance actualisée avec New, en travaillant avec Giles Martin (fils de Sir George), Mark Ronson (Amy Winehouse) et d’autres bêtes de studio. On ne s’est pas roulé par terre. Le revoilà, cinq ans plus tard, avec le réalisateur vedette Greg Kurstin (Adele, Lily Allen, Foo Fighters, Pink, etc.) sauf pour la chanson « Fuh You », baudruche gonflée par Ryan Tedder (Ariana Grande, One Direction, Camilla Cabello, etc.).

De prime abord, aucune réforme au programme de Sir Paul, sauf cette transparence acquise avec l’âge, cette érosion souhaitée de son optimisme végétarien et milliardaire. «Que m’est-il arrivé? Je ne sais pas», laisse-t-il échapper, sincèrement dérouté dans la chanson « I Don’t Know », liée à l’introduction et qui ouvre la voie aux 14 qui suivent. Ainsi défilent les incertitudes de l’existence, les courtes victoires du bonheur conjugal sur la dépendance à l’alcool et à l’herbe, le tout simple désir de paix des humains, la vulnérabilité et le réalisme cru d’un mortel malgré la légende et la fortune qui le capitonnent.

En bref, un album plus simple et plus intime, sans grande imagination mais sans excès de propreté. Aucune surproduction, aucune grandiloquence à l’horizon. Typiques pour la plupart de Macca, ces chansons d’Egypt Station varient entre pop consonante, rock, folk pop beatlesque, ponctuées parfois par des exceptions telle « Back in Brazil  » qui porte bien son nom. Les exécutions sont irréprochables, sauf… la voix de Sir Paul, certes flétrie par l’âge mais pas assez pour créer ce malaise que l’on ressent chez ceux qui ne savent pas s’arrêter.

* * * 1/2

Black Rebel Motorcycle Club: « Wrong Creatures »

Black Rebel Motorcycle Club fut un des groupes les plus en vue quand, au début des années 90 on eut drait à un renouveau du « garage rock. Leur démarche était cool, leur esthétique « rétro », leurs tenues et lunettes noires. So on ajoute leurs guitares en fuzz et leurs vocaux détachés, il furent comparés, à l’poque et sans que ce soit inapproprié, à Jesus and Mary Chain.

Leur premier album éponyme en 2001 est même devenu un classique du genre mais B.R.MC. montra très vite qu’il n’était pas aussi obnubilé pair cette image. Leurs troisième opus, le méconnu Howl, les vit apporter un son « dark americana » à leur répertoire et, sur les albums suivants, ils se rapprochèrent de plus en plus des tonalités qui les avaient rendus célèbres à leurs débuts. Les résultats étaient satisfaisants mais certainement pas mémorables.

Pour un disque qui marque leur vingtième anniversaire

Wrong Creatures ne donne pas l’impression de mettre au défi les détracteurs de notre combo. Le titre d’ouverture, l’instrumental « DFF » est pourtant percutant à souhait : percussions sinistres, humeur pleine d’acrimonie, mais, dès que les « véritables » chansons démarrent, très vite s’aperçoit-on que, non seulement elles sont trop longues, mais que ce consistance à les faire durer ne fait que les rendre laborieuses et prévisibles plutôt qu’envoûtantes.

Avec une vingtaine d’années au compteur on pourrait attendre autre chose même si, à la décharge du groupe, on peut se féliciter de les voir capables d’accélérer les cadences, paer exemple sur « King of Bones » et ses vocaux impérieux et une patte industrielle que ne démentirait pas Trent Reznor.

Sur les titres lents aussi, un « Haunt » façon Nick Cave, le combo est capable d’insinuer une menace reptilienne, mais la plupart des compositions, à l’instar de «  Questions of Faith », démarrent efficacement mais peinent à développer leur potentiel sur la durée.

Ce n’est que sur « Ninth Configuration » que l’intensité montera d’un créneau et c’est d’ailleurs sur la dernière partie de Wrong Creatures que ce qui rendait B.R.M.C. si unique se manifestera dans sa nervosité tapageuse, par exemple sur « Little Thing Gone Wild » plein de morgue ou sur un « Circus Bazooko » carnavalesque à souhait avec une empreinte Beatles/Brit Pop si pétillante qu’on se mettrait à souhaiter que le combo s’y complaise un peu plus.

Au chapitre de ce que l’on pourra déplorer, on pointera du doigt un « Calling Them All Axay » at sa psychedelia trop empruntée à Jason Pierce et les influences exotiques que l’on avait déjà décelées chez eux. « Carried From The Start » rappellera le B.R.M.C. de jadis mais sans le même caractère et c’est dans le « closer » « All Rise » que l’on pourrait avoir une indication de la prochaine direction que le groupe pourrait emprunter ; une plus grand effort mélodique dans la cadence et une sorte de rencontre entre Verve et Mercury Rev. Cette grandeur arrive, hélas, un peu trop tard pour que l’album acquière une forte identité.

B.R.M.C. demeure un groupe étrange ; il a l’oreille quand il est question de production mais il lui reste toujours difficile d’égaler ses premiers efforts. Wrong Creatures est l’exemple type du disque à déguster en concert avec ce que le « live » peut avoir comme effet en matière de rémanence.

***1/2

Muncie Girls: « Fixed Ideals »

Muncie Girls sont en colère ; pas dans le style vindicatif et péremptoire de beaucoup de leurs contemporains, certes, mais la frustration est, chez eux, palpable. Tout au long de ce deuxième album, la guitariste et vocaliste Lande Hekt nous offre ses commentaires désabusés sur l’état de notre société, en insistant sur le sexisme ou les déclarations annonciatrices de guerres.

Plutôt qu’un cri donc, le tout est énoncé à grandes renforts de soupirs, façon efficace et pus subtile que de peindre le monde en noir et blanc. Sur ce plan, par exemple sur le titre d’ouverture « Jeremy » elle s’y prend à merveille pour émuler, à sa manière, la façon insidieuse dont l’ultra-droite conservatrice infiltre nos esprits.

En mêlant le politique et le personnel (par exemple en déclarant à son père d’aller se faire foutre), Fixed Ideals devient alors un tremplin qui évite de se faire dichotomique.

L’idée de prendre soin de soi, de se préserver devint alors fondamentale, que ce soit en avordant des sujets comme l’alcoolisme ou l’a dépression. « Clinic » est, à ce titre, exemplaire tant il retrace les méandres d’une thérapie anxiogène.

Toujours en évitant de tomber dans les schémas simplistes, Hekt autorise une petite dose d’optimisme de s’infuser dans sa narration. On a droit, alors, à de petites confidences sur l’amitié : « I was thinking that maybe you could look after me » bégaye-t-elle sur le « singleé « Picture of Death » ; plutôt que de considérer les épreuves de la vie sous le mode marteau piqueur qui vous vrille le cerveau, elle nous offre et nous ouvre à des horizons assez puissants pour qu’on puisse les identifier et, travail sur soi oblige, et les mieux juguler.

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Menace Beach: « Black Rainbow Sound »

Black Rainbow Sound est le cinquième album de ce quintette de Leeds et il marque un changement radical par rapport au précédent, Lemon Memory.

Les compositions indie-pop font montre de la même intensité viscérale mais celle-ci est agrémentée aujourd’hui de quelques déclinaisons funky. mais les orchestrations sont, ici, faites de boîtes à rythme, synthétiseurs, loops et guitares bruitistes.

Le line-up du groupe est toujours le même, toutefois le disque est ici produit par Matt Peel (Eagulls) et sur la chanson titre s’enrichit de la participation de Brix Simith (The Extricated, The Fall). Cette collaboration atypique donne vie à un opus qui explore encore plus loin l’univers unique qui était le leur, à savoir une no-wave, bizarroïde, des synthés analogiques et une electronica instable.

« Tongue » empruntera une approche vocale plus mélodique malgré des guitares tendues grâce au phrasé subtil de Liza Violet dont le voix chevauche le chaos avec aisance.

Il y aura d’ailleurs une constante dans tout l’album ; une l’électronique discordante et inhumaine ouvrant la voix à des textes aux tonalités iconoclastes. L’esthétique étrange ne se démentira alors pas ce qui fait que Black Rainbow Sound pourrait presque être considéré comme un exercice d’exploration de l’inconnu.

En maintenant ce contraste entre riffs de guitares et beats electro Black Rainbow Sound se révèle ainsi comme un solide album electro-indie.

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NOTHING: « Dance on the Blacktop »

La genèse de NOTHING est marquée par la turbulence et la violence puisque sa naissance a pour sources les conduites infractionnelles de la scène hardcore menée par Domenic Palermo. De ce nihilsme est pourtant issu un deuxième album, Tired of Tomorrow, une surprenante lichée de shoegaze et de dream pop qui cristallisa le renouveau de cette scène; réunion fantasmée de Slowdive, My Bloody Valentine et Ride.

NOTHING s’appuyait sur la façafe la plus sombre du mouvement, celel qui était marquée par des riffs grunge et des textes émanant des ruminations les plus anxiogènes qui peuvent miner nos esprits.

Dance on the Blacktop les voit moduler leurs émotions; celles-ci demeurent toujours le récit d’agitations et de frustrations mais la tonalité sonique est beaucoup plus axée sur l’élévation. Les riffs sont toujours aussi lourds mais une forme d’apesanteur seimble s’en dégager, un peu comme si les montagnes russes de nos tourments avaient atteint une sorte de plateau.

Les sons métalliques acquièrent alors une fibre tactile qui pourrait être celle d’une plume même quand le groupe appuie un peu plus sur la pédale de distorsion et les « singles » « Zero Day » et « Blue Line Baby » sont rudes mais chatoyants et « (Hope) Is Just Another Word In It » se situent sur le pendant le plus optimiste de l’emo.

« Us/We/Are » rappelera étrangement le « Creep » de Radiohead ce qui ne fera qu’accentuer la sensation que, malgré cette tentative louable d’aller de l’avant, Dance on the Blacktop se rapproche plutôt de l’involution.

**1/2