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Uranium Club: « The Cosmo Cleaners »

À quoi tient cette envie d’écouter en boucle un morceau ? A peu de choses parfois, surtout s’il s’agit d’une longue composition un brin arty et pleine d’humour absurde, comme ce titre de Uranium Club, « Michael’s Soliloquy » qui raconte sous forme de satire, l’histoire de Michael, un cadre sup’ quelconque. On le suit, de ses premiers méfaits jusqu’à son ascension à la tête du pays, en passant par tous les postes qu’il a tenus avec juste ce qu’il faut de cette tarte à la crème qu’est la notion de bienveillance. Leur musique est un mélange quasi-parfait de punk-rock garage et d’humour satirique à la manière de Devo et, sur cet album,

on peut entendre les deux guitares du combo se répondre pendant sept minutes avec des petites phrases aux mélodies rebondissantes une peu déglinguées, parfois dissonantes, souvent nerveuses.

La basse semble vouloir entrer dans le dialogue, mais pas complètement, elle s’impose rapidement avec une rythmique répétitive, permettant ainsi au chanteur de déclamer son long texte dans un chanté-parlé des plus acide. L’histoire a, certes, de quoi fasciner avec ces différentes aberrations, évoquant sous un rire ddu plus beau jaune la réussite sociale d’une époque devenue trop stupide. Bien sûr, Uranium Club est plutôt là pour faire dans le pince-sans-rire tendu, mais impossible de lâcher toute cette musique crue, punk et psychédélique que l’on peut entendre sur leur dernier album, le bien nommé The Cosmo Cleaners.

***1/2

25 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Richard Edwards: « Verdugo »

En 2017, Richard Edwards avait publié un premier album, Lemon Cotton Candy Sunset qui était passé relativement inaperçu. Le musicien de Los Angeles avait chanté sa rupture et sa solitude de façon touchante ; le voici de retouravec son nouvel opus, Verdugo.

L’ex-membre de Margot and The Nuclear So and So’s continue de faire parler tout son talent sous la forme de dix compositions qui nous transportent dans les années 1970 et où l’on croise les spectres de Fleetwood Mac et de Jackson Browne lorsque l’on écoute « Gene » qui ouvre le bal, mais également « Minefield », « A Woman Can’t Say No » ou bien « Howlin’ Heart ».

Plus soft-rock qu’à l’accoutumée, Richard Edwards n’hésite pas à soigner ses textes plus vrais que nature. Verdugo marche ainsi sur le pas de son successeur avec un surcroit d’ambition. Grâce à des morceaux comme « Something Wicked », « Teens » ou encore la conclusion intitulée « Pornographic Teens », le Californien dessine de manière approfondie son univers musical solo avec beaucoup de réussite et de conviction.

***

25 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Emily Wells: « This World is Too _____ For You »

Quand on entend parler de l’album solo d’une violoniste, beaucoup de ses congénères viennent à l’esprit. On peut parle de Sarah Neufeld, Fiona Brice, Jessica Moss eou Catherine Graindorge. Mais à l’inverse de ces artistes qui pratiquent une musique instrumentale, l’Américaine chante et utilise des boucles pour étoffer le son et se suffire à elle-même ; un procédé qui la rapproche plus de Owen Pallett ou, bien sûr, Andrew Bird.

Instrument, oblige, on retrouve logiquement des sons communs, par exemple sur « Stay Up » ou encore l’intro d’ « Eulogy For The Lucky » dotée d’une somptueuse mélodie. Sa voix haut perchée mise résolument en avant repose à merveille sur un tapis de cordes et on pourra y déceler des accents rappelant Natasha Kahn ou Alina Orlova même si son phrasé est quelque peu en retrait. Cette tension vocale permanente sera d’ailleurs peut-être ce qui empêchera certains morceaux de se détacher plus franchement les uns des autres.

Les morceaux peuvent en tous cas monter à tout moment avec de vraies harmonies vocales et, parce qu’elle produit et arrange, donnent une vraie cohérence à l’ensemble. Cette hybridation réussie, loin des recherches formelles peut aussi la placer dans le sillage d’une artiste comme Bat For Lashes. On appréciera ce mélange de cordes et beats pour soutenir la conclusion intense de « Remind Me To Remember » ou se concentrer sur de très inventives cordes de « I Need a Placebo » dont on retiendra le magnifique chorus tout comme ladouceur que véhicule « Ruthie ».

Emily Wells fait montre d’une monstrueuse potentialité ; quand celle-ci se réalisera, pleinement on ne pourra que s’incliner sur ses fulgurances mâtinées de constance.

***1/2

25 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Biffy Clyro: « Balance, Not Symmetry »

De tous les projets mis en oeuvre par Biffy Clyro à ce jour, leur dernier en date est sans nul doute le plus surprenant et inattendu : la B.O. du film Balance, Not Symmetry dont le scénario a été co-écrit par Simon Neil.
Si les membres du groupe se défendent de percevoir ce nouveau disque comme un véritable album au sein de leur désormais riche discographie, difficile de ne pas leur donner tort à l’écoute des titres réunis ici. Loin de proposer un disque instrumental, le trio délivre ici quelques dix-sept titres, dont la grande majorité ne surprendra en rien tant les fans de la première heure que ceux ayant choisi de les suivre dans un passé plus récent. Exception faite d’une poignée d’interludes instrumentaux au piano sur le thème des couleurs (« Pink », « Navy Blue », « Yellow »), les compositions de la formationécossaise les voient évoluer encore et toujours dans le registre à mi-chemin entre le rock et pop de stade avec la formule guitare / basse / batterie qui reste à l’honneur mais qui se voit abondamment enrichie de piano et d’arrangements électroniques, dont leur musique s’est imprégnée sur leurs plus récentes productions.


Choisi comme premier « single »,le titre éponyme nous renerra au Biffy Clyro des débuts avec un brûlot punk et direct sur lequel Simon Neil ne ménage pas sa voix. Une entame jubilatoire, surprenante, mais aussi peu représentative d’un disque dans lequel le groupe présente ses facettes les plus accessibles. « All Singing And All Dancing » au potentiel radiophonique évident en portera témoignage , tout comme le premier enregistrement studio de « Different Kind Of Love », acoustique, downtempo et emprunt de choeurs découvert lors de la tournée du combo, MTV Unplugged.
Entre compositions directes et efficaces (« Sunrise ») et essais plus posé (« Fever Dream, » « Plead) », le groupe tire son épingle du jeu dès lors qu’il se prête au jeu des changements de rythmes et cassures ou du travail sur les harmonies vocales (« Tunnels And Trees » et son piano mutin, « The Naturals » ou le grandiloquent « Following Master »), un registre dans lequel il a toujours excellé, toutes époques confondues.
Loin d’être un simple faire-valoir au film qu’il accompagne, cohérent et ne manquant ni de relief ni d’audace, ce dernier disque en date de Biffy Clyro trouvera à n’en pas douter une place de choix au sein de la discographie du groupe. Une sortie inattendue, aux qualités évidentes, que les amateurs du trio sauront apprécier à sa juste valeur dans l’attente d’un prochain album officiel.

***1/2

25 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Western Edges: « Prowess »

Après sa participation au dernier album de The Declining Winter, Richard Adams revient sept mois après, mais sous une autre appellation. En effet, non content de se montrer assez productif avec le pseudonyme précité, l’Anglais développe un projet plus ambient, sous le nom de Western Edges, dont Prowess est le premier effort. Alors qu’on ne s’attendait pas forcément à grand-chose, ce court disque  fait montre de plusieurs qualités.

La première pourrait être sa modestie et sa discrétion, cumulées avec une forme de retenue dans l’instrumentation. De fait, quand The Declining Winter déploie, jusqu’à la caricature, les mêmes mesures de guitares arpégées chargées de structurer les morceaux, Western Edges opte majoritairement pour un minimalisme bienvenu, juxtaposant tout simplement quelques accords de six-cordes et couches de synthé.

Ensuite, histoire de ne pas laisser l’auditeur s’assoupir face à ce schéma très classique, Richard Adams propose, au milieu et vers la fin de l’album, deux titres scandés par des rythmiques soutenues (« Solid Gold Soul », « Very Good On The Rushes »). Avec leurs colorations un peu lo-fi  le Britannique trace un trait pertinent entre ce nouveau pseudonyme et ses vies antérieures.

Enfin, pour clôturer le disque, « Absence » s’étale sur sept minutes (contre trois minutes environ pour les sept premiers titres), joue sur la stéréo des nappes, et introduit des pulsations sourdes et lointaines puis une basse très régulière, soit un registre assez différent du reste de l’album, confirmation de la pertinence de ce projet.

***192

24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Zachary Paul: « A Meditation On Dischord »

Violoniste ayant officié sur un album de Simon Scott, Zachary Paul sort logiquement son premier album solo ; un opus constitué de trois longs morceaux (trente-et-une minutes pour le premier, entre dix et douze minutes pour les deux autres). A Meditation On Discord permet de retrouver le violon en majesté, tout juste auréolé de quelques apports électroniques. Afin de varier un peu le propos, le musicien californien officie évidemment par samples et strates superposées, mais module également l’accordage de son instrument.

C’est ainsi que, sur « Premonition (3:30pm Lake Perris) I Rays II Clouds », il a baissé d’un ton les deux dernières cordes de son violon, de telle sorte que seules deux notes (sol et ré), à une octave d’écart, soient disponibles. Par suite, quand il appose ses doigts sur le manche de son instrument, il en résulte une forme de redondance qui apporte chaleur et profondeur aux mélodies, comme si plusieurs participants jouaient en même temps la même note.

Plus loin, dans le même morceau, l’empilement des couches de violon favorise une double prise en charge : d’un tapis sonore plus uniforme et continu, d’une part, et de notes plus aigües, dévolues à une destinée plus mélodique, d’autre part. En bonne partie improvisée, cette demi-heure conduit l’auditeur à divaguer, au gré des flux et reflux des interventions même si, passées les vingt premières minutes, on se trouve presque face à une sorte de musique expérimentale, entre couinement et sifflement.

À cette aune, les deux morceaux suivants se font plus traditionnels, accueillant une nappe électronique en arrière-plan et un concours du violon partagé entre appuis longs et petits frémissements. Seule la seconde moitié d’ « A Person With Feelings (Original Score) » se fait un peu différente, introduisant des triturations et percées perturbatrices, soit des composantes peu attendues pour une musique de film, fût-il court et abstrait.

***1/2

24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Josephine Wiggs: « We Fall »

Josephine Wiggs, bassiste notamment des Breeders – elle a travaillé sur le mythiqueThe Last Splash mais aussi sur le dernier Lp en date du groupe , All Nerve, revient dans un registre bien différent du grunge d’antan avec un album solo et presque entièrement instrumental intitulé We Fall où elle est accompagnée par son ami de longue date, Jon Mattock (Spacemen3, Spiritualized).

Il s’agit d’un opus d’ambient music influencé par de Brian Eno à Harold Budd, en passant Alva Noto et Ryuichi Sakamoto. les morceaux ont été composés à partir de parties instrumentales (piano, guitare, batterie, violoncelle…) enregistrées puis retravaillées et assemblés sur ordinateur. L’ensemble, malgré sa richesse instrumentale, reste assez froid et contemplatif, avec des morceaux, dans l’ensemble, peut-être un poil trop semblables.

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24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Park Jiha: « Philos »

Le nouvel album de la musicienne sud-coréenne Park Jiha poursuit le travail débuté avec Communion, sorti en 2018, à la différence que Philos a été entièrement composé et joué par l’artiste.

Ici les instruments traditionnels continuent d’effacer les frontières entre les genres et les époques, donnant naissance à des espaces à la quiétude mouvementée, à l’image du titre « Easy » qui voit l’artiste libanaise Dima El Sayed lire un poème sur l’impossibilité de prendre les choses à la légère face aux menaces climatiques, aux guerres qui plombent la monde et aux déplacements de population.

Park Jiha livre un deuxième opus moins policé et plus engagé, où l’amour demande un investissement de tous les instants, livrant des mélodies enrobées de field recordings dissimulés en arrière plan, faisant ployer l’espace sous ses doigts et à travers son souffle, chargeant l’espace de notes pleines de mélancolie rêveuse, où la tristesse côtoie les instants de bonheur fugace. Un opus chargé d’émotions et de sensations à la beauté indescriptible. Magique.

***1/2

24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Mick Sussman: « The Rosenberg Algorithmic Music Generator: Selected Works, Vol. 2 »

La création de logiciels musicaux est l’occasion de repousser les limites de la créativité en informatique et de mesurer l’apport de l’intelligence artificielle, via certaines oeuvres, à l’image de Proto, le nouvel album de Holly Herndon.

Pour Mick Sussman, l’élaboration du logiciel The Rosenberg Algorithmic Music Generator pose la question de savoir qui est le créateur, lorsqu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour déclencher la création de titres composés par sa machine.

Mélange de chaos et de rythmes décalés, de mélodies frénétiques qui n’ont rien à envier à un Aphex Twin, ce Selected Works, Vol.2 est l’occasion de mesurer la distance qui nous sépare de machines nourries par nos émotions, et capables de régurgiter un monde singulier qui est le reflet de leur lente mais inexorable mutation. Intriguant.

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24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Suldusk: « Lunar Falls »

Suldusk, c’est aussi Myrkur ; ces deux patronymes étant les alias de Emily Highfield, une Australienne qui décrit son projet solo. Suldusk n’est pas une copie carbone pourtant, il semblerait que l’une des références principales de la jeune femme soit le défunt Trees Of Eternity, autre pseudonyme de la musicienne. Ce que Lunar Falls propose va être un habile mélange entre folk black metal, neo folk et post rock sombre. Une musique à la fois romantique dans son acception littéraire et poétique, mais tout de même assez éloignée des poncifs européens du genre.

Le nom qui vient également à l’esprit est Blackmore’s Night. Dans sa simplicité, sa douceur et son côté très accessible (la plupart du temps, les éléments metal intervenant de manière plus que sporadique), Suldusk a vraiment des points communs avec « Shadow of the Moon ». Bref, Lunar Falls ne fera fuir personne Ceci dit, son positionnement est tel qu’il pourrait être jugé trop légerpar les fans de metal et trop metal par les fans de dark folk. Ce qui serait assez dommage car ce disque est vraiment plaisant, à défaut d’être original.

***1/2

24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire