Hookworms: « Microshift »

Tout comme les albums précédents de Hookworms, Microshift se singularise par une approche que l’on pourrait nommer cathartique de la psychedelia et du punk. La musique du combo se focalise sur une juxtaposition assez classique, celle de l’ombre et de la lumière, dont le décor sera l’inébranlable quête du bonheur au milieu de la désolation qui nous ronge.

C’est au sein de ces nuances que le groupe se veut représentant de notre humanité, la notion que les émotions les plus basiques peuvent sembler hors d’atteinte mais que, pour ce qui est de la quiétude, le principe que les opportunités existent est moteur d’une démarche toute distante qu’elle doit.

Le quintette de Leeds aborde ces thèmes existentiels non seulement par des textes traitant du manque mais aussi par des vocaux où la voix tendue de MJ véhicule à merveille sentiment de douleur face à l’addiction.

Sur ce nouvel opus, pourtant,le phrasé va se faire plus lissé et on peut percevoir, ici et là, une vague effluve d’espoir.

Ainsi, le titre d’ouverture, « Negative Space » fait montre de conviction et la musique chevauche à merveille la fine bordure qui sépare introspection morbide et perspective plus enjouée. De le même manière, le reste de l’opus esquivera ses thématiques habituelles pour nous immerger dans un univers d’où surnage propension à l’optimisme.

Microshift devient alors le disque le plus accessible du groupe, à la fois immersif et pesant mais sans oublier de se montrer léger et lumineux ; un bel exercice qui parvient à faire du désespoir une source d’euphorie, qualité qui le rend libérateur et cathartique.

***1/2

 

Ty Segall: « Freedom’s Goblin »

Freedom’s Goblin est le 10° album en 10 ans de notre garae-rocker favori. Sa prolixité se dénombre aussi sur sa durée (19 plages et 75 minutes) le tout rempli d’explorations soniques et de ces caprices musicaux éphémères qui font partie de son essence. Seule différence, au lieu de les émietter sur divers projets, les voilà tous réunis sur un opus qui se veut gargantuesque.

Le titre d’ouverture, « Fanny Dog », démontre combien Segall s’est éloigné de ses débuts lo-fi subtils et nuancés. Ici, nous sommes conviés à une présentation triomphante et dramatique, nourrie de guitares cacophoniques et de basses pénétrantes le tout pour célébrer … l’intelligence de son chien (sic!). C’est une notule charmante car irrévérencieuse, en phase parfaite avec le propos du chanteur qui se sent ouvertement indifférent à la marche du monde et choisit de se concentrer sur le rock and roll, pur et dur.

Ne pas se montrer simplificateur consistera alors de nous abreuver de longs solos de guitare (« And Goodnight », « She, » ou « Alta ») mais le disque nous offre également es pauses acoustiques plus reposantes (« The Last Waltz », « The Lady’s on Fire » ou, a contrario, des basses sanguinolantes (« Talking 3 », « The Main Pretender »).

« Meaning », « Despoiler of Cadaver » et une reprise crasseuse du « Every 1 is a Winner » de Hot Chacolate assurera cette diversité dont se réclame l’artiste mais ce seront les passages les plus directs et tamisés qui procureront les plaisirs auditifs les plus gratifiants (« You Say All the Nice Things » ou « I’m Free ».)

«  5 Ft.Tall » représentera le passage audacieux indispensable à tout album du musicien mais l’ensemble de Freedom’s Goblin témoignera avant tout de l’assurance que peut avoir Segall à se plonger sans hésitation dans tous les abysses musicaux qui lui viennent à l’esprit.

Prolixe mais avant tout bourreau de travail malgré un semblant de désinvolture, Freedom’s Goblin est le nouvel opus d’un artiste qui n’hésite toujours pas à s’emparer sans vergogne du fameux slogan acid rock de la West Coast : « turn on, tune, in, drop out »).

***1/2

Soft Moon: « Homicide »

Il faut entendre, Luis Vasquez, leader de Soft Moon couvrir l’ « opener » de Homicide le quatrième opus du combo sur un « I’Can’t control myself » palpitant et jalonnant « Burn », le dit titre, pour saisir instantanément l’immédiateté d’un album conjugué sur fond de cette musique industrielle vectrice d’une unique émotion, le désespoir.

Nous avons droit, ici, à un gros plan assumé de tout ce que le post-punk associé à un univers gothique que n’aurait pas renié The Cure ; tout y figure de la pochette symbolique et abstraite aux textes où Vasquez aborde continuellement une seule thématique, celle d’un enfance violentée, dominée par un père détesté mais dont on déplore l’absence.

S’il y ajoute le récit de son addiction à la cocaïne et la culpabilité qui le harcèle à laisser ces sentiments prendre le dessus sur lui, on aura droit à un disque empli de présences telles celles de Trent Reznor, lui aussi adepte de l’auto flagellation.

La poésie et le mélodrame cohabitent à en devenir étouffants (« Helle is where I’ill go to live » ou « How can you love someone like me ? ») et on plongera ainsi sans équivoque dans le linceul d’une tonalité de type Pornography de Cure.

Une fois passée la frontière de la suffocation, on accueillera l’appel d’air que pourront constituer quelques bribes du plaisir amer que chacun peut tirer à se lamenter sur son sort. Rien de remarquable ici à moins qu’on apprécie de se murer dans une chambre close avec p

Ezra Furnam: « Transangelic Exodus, »

Deux ans après l’hommage à la fois passéiste rétro et alternatif que constituait le tapageur Perpetual Motion People, Ezra Furnam s’est mis en tête de nous proposer un opus plus « original », avec Transangelic Exodus, on peut considérer que la mission est largement accomplie.
Stylistiquement on reste toujours dans une imagerie outrée, à mi-chemin entre Bowie (pour le glam-rock) et Prince (pour les déhanchements où le poulpe règne en maître) mais ses accroches saignantes et ses vocaux apprêtés sont accompagnés d’une coloration plus primaire où s’articulent feu, passion et esprit que l’on pourrait qualifier de « road and roll ».
En effet, on trouve ici certaines balises toutes droit sorties d’un « classic rock » façon Bruce Springsteen comme en témoigne le titre d’ouverture «  Suck The Blood From My Wound) ». La filière rock américain est encore plus exemplifiée chez ce natif de Chicago avec des morceaux comme « No Place », un joli fuzz-rock à la Jonathan Richman ou des tonalités héritées du Velvet Underground (« Peel My Orange Every Morning »).
Les textes sont à l’avenant, irrévérencieux et caustiques et ils frappent juste là où ça doit faire mal. Le tout est servi par des arrangements discordants et des inflexions vocales précieuses et ces décadentes qui n’auraient pas usurpé leur place dans des albums de « glam rock ».

L’affectation qu’on aurait pu craindre avec une telle démarche est contrebalancée par des flambées où colère et politique font bon ménage, arrangements dramatiques sous-tendus par des phrasés où la vois semble s’effilocher et tomber en haillons avant de ré-émerger sur des fils de fer barbelés.
Les passages les plus notables feront alors bon usage de la versatilité du combo: la lamentation country and western de « Driving Down to L.A », la liturgie israélite sur « Psalm 151 » ou la comédie musicale paillarde de « I Lost My Innocence ».
Le tout rendra l’imagination de Durham très organique et tout sauf affecté; ce seront d’ailleurs sur des refrains, très roots et blues façon Tom Waits (« Comes Here Get Away From Me ») ou avec un doo-wop ponctué par un violoncelle d’anthologie (« Love You So Bad ») que
Transangelic Exodus gardera intacte une pertinence où « murder tales » gothiques et phraséologie ampoulée font bon ménage ou, si l’on préfère, manège dont on ne sort que fascinés par les vertiges de ce tohu-bohu.

****

Morrissey: « Low In High School »

Il a toujours été difficile de séparer le Morrissey politique du Morrissey musicien. Mais, même dans ses déclarations les plus véhémentes, on trouve toujours une idée qui ne manquera pas d’éviter les faux-fuyants et de dénicher quelques idées, si ce n’est fortes, capables de véhiculer matière à cristallisation.

Low In High School ne manque pas d’exemples de ce type, ne serait-ce que dans le fait d’arborer des badges « Fuck Trump » pour dénoncer la prédilection de ce dernier à véhiculer des « fake news » at à se somplaire dans la démagogie.

Ce peut être sur les guitares martiales de «  My Love I’d Do Anything For You » et sa diatribe contre les médias « mainstream » et leur propension à édulcorer tout esprit critique ou dans les maniérimes électroniques qui ponctuent un « Spent The Day In Bed » où ll nous harangue, tel un tireur isolé, contre « ces informations qui s’emploient à distiller la peur en vous. »

Pour quelqu’un avide de quelque chose de plus subtil cette rhétorique peut sonner décevante mais on peut être emporté par l’audace épique qui accompagne « I Bury The Living » et sa dénonciation de ceux pour qui l’honneur mérite qu’on transforme les autres en chair à canon.

La déification qui entoure alors les forces armées est, ici, battue en brèche de façon incisive et pertinente mais c’est surtout quand l’artiste laisse de côté la polémique que le disque atteint une certaine grandeur propre à nous faire vibrer. On notera une « Home Is A Question Mark » propre à nous chavirer par les boursouflures accompagnant une composition où s’exarcerbe le désir emphatique. A contrario, l’électronique sinistre qui larde « Jacky’s Only Happy When She’s Up On The Stage » racontera avec une économie de moyens judicieuse l’histoire de ce personnage qui ne vit que pour épater la galerie.

Sur un album dont le thème principal est l’obfuscation de la vérité, on ne peut rêver de meilleure illustration.

***1/2

The Lemon Twigs: « Do Hollywood « 

Que les têtes pensantes des Lemon Twigs, les frères Brian et Michael D’Addario, soient vêtus de vêtements «  vintage  » fleurant bons les sixties et qu’ils se considèrent comme des «  étrangers dans le monde moderne  » rappellent immanquablement ce titre de Brian Wilson, «  I Just Wasn’t Made For These Times  ».

Bien que de Long Island, le son du combo semble, lui, définitivement figé sur cette période certes, mais aussi sur certains de ses représentants issus de la Côte Ouest. La lignée Beach Boys y est évidente, mais aussi d’autres influences comme Tom Petty, les Beatles, la pop AM acide et Harry Nillson.

Sur Seine (Rock en Seine oblige) on pourra y découvrir les mânes théâtrales et bondissantes de Alice Cooper ou Sparks, mais aussi celles des Doors,de Janis Joplin, Tim Curry ou même des Mothers of Invention.

Spectaculaire et hypnotique, le groupe l’est indéniablement, mais c’est avant tout le talent mélodique du duo qui peut inciter à se plonger dans l’écoute de leur seul et unique album le bien nommé Do Hollywood.

Certaines des compositions sont, en effet, plutôt directes et instantanées («  Baby Baby  », «  These Words  ») mais un bon nombre d’entre elles se veulent passablement bizarres, par exemple «  Those Days Is Comin’ Soo  », un titre classic rock subverti par des codas étranges et des changements de tempo évoquant Brian Wilson ou Sgt. Peppers.

Sur « Haroomata » le même procédé burlesque évoquera, lui, une absurdité que ne renierait pas Benny Hill alors que « As Long As We’re Together » cultivera cette psychedelia qui sent bon le confort de l’ouvrage bien fait dans lequel on peut se claquemerer. C’est au détour de ces deux tendances que se révèleront l’habileté du combo à esquisser inventivité sans flagornerie aucune, bref à se montrer impressionants et originaux. La comparaison à Harry Nillson y est on ne peut plus évidente ne serait-ce que par des arrangements irrépochables ou des ballades au piano de type « How Lucky Am I ? » ou lesouriant « I Wanna Prove To You ».

Une bonne moitié de Do Hollywood est, à cet égard, réjouissante même si on y sent certaines lacunes en termes de cohésion. Il est, en effet, parfois difficile de pouvoir suivre un thème sans que les compositions ne soient pas affectées par des renversements drastiques comme si Lemon Twigs s’évertuaient à faire étalage de versatilité plutôt que de nous épargner le moindre ennui. Les variations des chorus deviennent alors forcées, peinent à nous accrocher et à soutenir notre attention.

Do Hollywood nous empêche, finalement, de nous installer non pas par manque dinspiration mais par une déficience en terme de focalisation. L’album aurait pu être un fantastique EP s’il n’avait pas été grévé par sa nature schizophrénique ; voilà un opus qu’il est diffile d’aimer pleinement mais qui est suffisamment accrocheur pour qu’on s’autorise de multiples écoutes.

****1/2

The War On Drugs: « A Deeper Understanding, »

Adam Granduciel nomme cet album A Deeper Understanding, cela peut se comprendre si on considère la limpidité qu’il a toujours voulu donner à ses textes jusqu’à présent.
Ceux-ci sont, en effet, autant de confessions énoncées de manière directe, autobiographiques de toute évidence mais, ici, il a mis de côté certaines caractéristiques qui les rendaient brumeux et oniriques.

Moins de dérives et plus de directions mais cela ne veut pas dire que, sur ces dix morceaux, il a sacrifié ces tonalités si aériennes et une propension à se complaire dans la musicalité.

Les solos de guitares sont toujours épiques mais on les trouve mis en opposition avec ces synthés monumentaux comme on les trouvait dans leas années 80 alors que les rythmiques, elles, adoptent une petite allure galopante au voisinage du country-rock.

Les compositions prennent le temps de se développer (elles sont presque toutes au-dessus de 6 minutes et « Thinking Of A Place » nous offre 11 minutes de rock cosmique et hypnotique.)

The War On Drugs entre, sur cet album, dans le domaine du « meditative rock » mais velui-ci a une tournure bien spéciale. La voix de Granduciel, toujours aussi nasale, nous rappellera Springsteen et Dylan et ses inflexions, parfois aux confins, du chuchotement rauque véhiculera un climat mélancolique qui conviendra à merveille aux questions existentielles du chanteur.

A Deeper Understanding nécessite une écoute attentive mais elle ne pourra être que gratifiante pour qui fait de la spiritualité et de la profondeur une raison d’exister.

****

Grizzly Bear: « Painted Ruins »

Que Johnny Underwood, (Radiohead), ait dit de Grizzly Bear qu’il était son groupe favori est une façon de lui rendre justice mais aussi de lui tendre la corde pour se faire pendre. Jusqu’à présent Ed Droste et ses acolytes ont réalisé un sans fautes et été suivis par une escouade de fans tous aujourd’hui dans l’anticipation de ce qui allait suivre Shields, leur titre de gloire en 2012.

Painted Ruins ne décevra pas mais il ne surprendra pas non plus. On restera en effet dans les mêmes schémas grandioses, par exemple sur « Wasted Acres »  avec son léger bourdonnement orchestral et sa plongée soudaine dans une complexité vectrice de frénésie.

On arrive, dès lors, dans ce trop plein qui nous guette tant l’imaginaire auquel nous sommes conviés fait comme nous engloutir.

Les cordes sont excessivement doucereuses, les guitares cultivent les effets « twang » et les vocaux de Droste contribuent alors à véhiculer ce climat d’ascension qui prête, dans son acmé, à la suffocation.

D’un paysage sonique à l’autre on se retrouve très vite perplexe face à cette électronique soyeuse et ce tsunanmi d’accords entassés, crépitant comme si ils étaient disposés au hasard.

On retiendra, heureusement, les percussions, plus cotonneuses, de « Aquarian » ou « Cut-Out » qui voisineront gracieusement avec l’imprévisibilité dont Grizzly Bear nourrit son instrumentation : ce sera dans la qualité de cet alliage entre dream pop vaporeux et art pop distordu que l’on pourra alors parler d‘une œuvre qui, à défaut d’être classique, pourra prétendre à la pérennité indé.

***1/2

Marc DeMarco: « This Old Dog »

À 26 ans Marc DeMarco n’est certes pas un vieux mais ce troisème album nous présente un homme bien plus mûr et avisé. Sa cadence est plus retenue et moins ludique, sa voix se fait posée comme si il souhaitait se débarrasser de cette image d’ado attardé fan de skate et de loufoqueries.

Son précédent EP, Another One, pointait vers des climats empreints de lassitude, sur This Old Dog, il ne reste rien de l’attitude cool dont il se prévalait. Le soin porté aux arrangements est évident dans la façon dont il approche un rock plus adulte et dont il pose une voix devenue quasiment imperturbable.

« My Old Man » est, ainsi, une délicate petite chanson inconséquente où dominent quitare acoustique et où les balais remplacent les baguettes de batterie et « This Old Dog » déambule au milieu de plaisantes orchestrations prises tout en douceur.

Le réveil se fera au travers de « For The First Time » (synthés explosifs et basse à donner froid dans le dos) ou sur « Sister », un titre dont la lo-fi est percluse de pincements à glacer le coeur.

This Old Dog conserve encore une teneur baroque et folk mais il prouve que DeMarco est capable de s’adapter et que ce qui peut passer pour une approche décousue est signe de maturation et d volonté d’expérimentation.

***1/2

Cigarettes After Sex: « Cigarettes After Sex »

En l’espace d’une vidéo sur YouTube, « Nothing’s Gonna Hurt You Baby  », Cigarettes After Sex, sont passés du statut de combo comme il en existe tant à celui de sensation avec plus de 50 millions de visionnages.

Au départ, in ne s’agissait que d’un projet expérimental enregistré dans une cage d’escalier alors que leur chanteur, Greg Gonzalez, était étudiant à l’Univesité texane d’El Paso.

Le combo assemble avec grâce des vocaux androgynes et des textes touchants et à leur donner une tonalité éthérée assez atypique. Les chansons sont des titres amoureux et romantiques servis par des ambiances oniriques, toile de fond idéale à une intimité qui pourrait fort bien être post-sexe,  ou pas.

Près de 50 minutes de cet traitement peut paraître un tantinet longuet et répétitif mais on notera pourtant le « twang » assourdi qui ouvre « K. », les synthés majestueux de « Each Time You Fall In Love » et l’exubérant « single » shoegaze qu’est « Apocalypse ».

Même si on retrouve une certaine frustration adolescente sur certains textes, celle-ci est contrebalancée par de vrais moments comiques déboulonnant la colère exprimée. Cigarettes After Sex est un album dédié à ceux qui sont tristement hébétés, une sensation universelle partagée par tous les gens dont l’espoir et le désir sont minés par une mélancolie ponctuée de percussions délicates et de guitares mélodiques (« Kristen »).

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