Peter Rowan: « Dharma Blues

Il peut paraître étrange de parler d’un artiste bluegrass, mais Peter Rowan a toujours fait partie de la mouvance « progressiste » du genre et a su faire valoir un parcours atypique en côtoyant des musiciens venus d’un univers voisin (The New Riders Of The Purple Sage) et sur, ce voyage spirituel qu’il nous propose ici avec Dharma Blues, ce musicien bouddhiste s’entoure d’artistes réputés comme Jack Casady (Hot Tuna, Jefferson Aiplane à la basse) et des vocaux de Gillian Welch.

Certains des titres font partie de son répertoire depuis pliuqeurs années, signe que son voyage n’est pas achevé et si celui-ci baigne dans toutes les facettes de l’Americana il y mêle du country gospel sur un « River Of TIme » a capella et une formidable interprétation de « Raven » basée sur le poème d’Edgar Allen Poe construite autour d’une instrumentation asiatique.La chanson titre en sera un autre exemple puisque basée qur une signature modale orientale jouée sous 12 mesures avec tabla, tamboura, basse sarod et flûte indienne où Rowan se permettra même un yodel..

Le bluegrass se conjuguera aussi avec bonheur à un rock plus moderne grâce à une section rythmique menée par Casady (un « Restless Grave » pris toutefois sur un mode mineur) mais la plus grande partie de l’effort baignera dans des mantras (le drone de « Vulture Peak ») et même une structure chorale bluegrass n’échappera pas au tamboura.

La production de John Chewley est emphatique, parfois même un peu trop, mais la basse de Casady épousera à merveille les tempos contrastés et déroutant que Rowan a décidé de s’approprier. Comme il le disait en présentant son disque, il s’agissait de présenter « les doutes et les résolutions qui s’emparent d’un itinéraire spirituel. » Il conviendra de garder cela en tête pour apprécier Dharma Blues dans touts son intégrité.

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Viet Cong: « Cassette »

Cassette était au départ un ensemble de titres « live » sortis pour une tournée de concerts de Viet Cong, projet formé par des anciens membres de Women (Matt Flegel et Michael Wallace ainsi que Scott Munro et Daniel Christiansen) et distribué simplement sur cassette.

Touts ceux qui appréciaient Women trouveront de quoi les réjouir dans ce nouvel avatar, ne musique qui peut se faire léger bourdonnement que buzz agité ; un « Oxygen Feed » » fracassé avec ses percussions altières, une guitare angulaire mais des vocaux qui sont un océan de salves douces censées soulager les blessures muiscales.

Les vocaux sont riches et résonnants mais ils peuvent se monter plus vindicatifs comme sur « Throw It Away » ou se faire chuchotement excentrique avec « Static Wall ».

Les sept compositions partagent néanmoins toutes cet élément détraqué, cette production qui érafle, ces rythmes spacieux comme remplis de blancs mais elles offrent chacune de subtiles variations de ces composants.

Le titre le plus excitant sera celui qui achève Cassette, un morceau épique et insistant au point de nous habiter : »Select Your Drone ». Les vocaux hurlent au lointain, l’instrumentation se construit lentement pour édifier une tension de plus en plus percutante avant de déboucher sur un chaos « art-rock » qui, même si il s’avère prévisible, ne peut que nous entraîner dans sa sauvagerie.

Viet Cong n’est pas intéressé par le terrain qui est familier, à cet égard il est une belle analogie musicale avec la manière dont la Viet Cong menait de manière atypique sa guerre contre les Américains ; il ne se repose pas sur ce qu’a été sa carrière précédente et Cassette se révèle à cet égard un disque prometteur que le label Mexican Summer a eu la bonne idée de rééditer.

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French Style Furs: « Is Exotic Bait »

Il y a eu lieu d’être surpris quand on a appris que le leader des Cold War Kids Nathan Willett se lançait dans un projet alternatif French Style Furs avec Matt Maust (CWK) et le vocaliste des Dirty Projectors, Haley Dekle.

C’est d’ailleurs l’effet recherché puisque les premiers vers de «  Miami U R About 2 B  » commencent par :  «  Tu vas être agréablement surpris, tu vas te trouver doucement insulté.  »

French Style Furs est le nom d’une boutique à Brooklyn, rien qui ne fait passer à la collaboration existentialiste qu’est Is Exotic Bait. Le trio nous délivre un album d’urgence où prime la spontanéité musicale mais aussi la poésie ; le genre de procédé qui se produit, comme c’est ici le cas, quand on compose entre les concerts. Willett éructe souvent, hurlements, aboiements et gémissements mais c’est un effort construit et cohérent car pourvoyeur de textes inspiré de la vie de moines Trappistes ou du poète mystique Thomas Merton chantre de l’exotisme, de la justice sociale et du pacifisme.

« 3 Friends » ouvre le disque de manière autobiographique, vivace et des textes pleins de confiance, « All The Way Down » reprend les tempos dance explorés dans le dernier album des CWK mais de façon encore plus frénétique avant de déboucher sur les riffs fuzzy et une climat à la U2 sur « (World In My) Bloodstream ».

Produit par Nick Launay (Nick Cave et Yeah Yeah Yeahs), Is Exotic Bait retrouve ici l’intensité du premier et l’exubérance de ces derniers. « Miami » et « Turn Or Burn » font étalage de vocaux qui sont peut-être les plus sombres enregistrés par Willett alors que la pulsation rythmique de « Christmas Card » pourrait à merveille être accompagnées par les cris de Karen O.

Merton disait : « L’Art nous permet de nous trouver et ne nous perdre dans ce même moment » On ne peut pas dire que French Style Furs ne se montre pas prolixe à mettre cette théorie en pratique.

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The Mastersons: « Good Luck Charm »

Dans la country, la collaboration d’un duo mixte est presque une tradition. The Mastersons est un couple marié qui ont le privilège de travailler avec et de bénéficier du soutien de Steve Earle et sa femme Allison Moorer qui, compositrice elle aussi, ne peut qu’inspirer de manière féconde les Mastersons.

La majorité des vocaux sollicite une attention dirigée sur Eleanor Whitmore dont la voix douce assure l’essentiel du « lead singing » et est particulièrement mise en évidence. Son mari Chis Masterson pourvoit aux harmonies et au travail aux guitares. La production est assurée par un vétéran de la scène country-rock, Jim Scott, et elle permet au matériel un élan sonique plus assuré dans sa façon de sortir des speakers que sur leur premier opus.

Musicalement, Greg Leisz fait des merveilles à la « pedal steel » et Whitmore est impressionnante au violon en particulier quand elle se lâche sur « Anywhere But Here ».

Les compositions sont généralement basées sur le relationnel , exécutées de façon enlevée et parfois peu éloignée de la pop. Ainsi « Easy By Your Side », le virulent « If I Wanted To » et la chanson titre au riff accrocheur pourraient se faire aisément un chemin auprès d’une audience sensible au commercial.

« Cautionary Tale » apporte une touche plus réfléchie et pensive avec un groove mid-tempo et des textes sombres sur la facilité avec laquelle on peut perdre son identité dans notre ère numérique et « Time Is Tender » apportera une touche finale à la fois mélancolique et pleine d’espérance à Good Luck Charm.

La seule différence avec Steve Earle est que rien ici n’est joué avec urgence et intensité ; c’est une indication que, tout inspirés qu’ils soient par ce dernier, le duo est conscient de la direction dans laquelle il s’engage. Son country-rock plein de résonances possède des vocaux somptueux et des mélodies d’une fluidité exemplaire qui pourraient en faire une bande-son idéale pour ces moments où les soirées seraient douces et les jours ensoleillés et propre à la paresse.

***1 /2

Matt KIvel: « Days Of Being Wild »

Sur son deuxième album, Matt Kivel, chanteur compositeur indie folk, alterne entre un chuchotement comme enraciné dans la terre, parfois même légèrement truculent, et une phrasé de « crooner » doux mais aussi tendu. Il fait de sa voix un instrument curieux, harmonieux mais également discordant, puissant mais avec une manière lente et tranquille.

Sur Days Of Being Wild, « Underwater » le voit pousser de plus en plus haut son registre vocal au fur et à mesure où le morceau devient de plus en plus dramatique avant que son falsetto ne se brouille parmi les syntés qui agissent en arrière plan. Même dans des moments aussi intenses, Kivel nou donne le sensation qu’il aspire à disparaître derrière la musique, à se perdre lui-m^me au sein de ses compositions.

Auparavant bassiste dans des groupes indie de Los Angeles (Princeton, Gap Dream…) Kivel a opéré avec confiance cette transition le faiant passer d’accompagnateur à leader sur son premier opus, Double Exposure.

guitare acoustique, des synthés désassemblés et cette voix étrange qui est la sienne. Days Of Being Wild développe doucement sa palette, y ajoutant une instrumentation plus étoffée et même un groupe rock à part entière.

Il dit avair été inspiré par des « classiques » qui passaient à a radio, le genre de titres qui sont présents universellement mais qui demeurent ignorés. On trouve un peu de cette démarche dans un rythme qui ne s’accorde aucune pause de « Insignificance » et les accords puissants (ou « power chords ») de « Blonde Boy » qui pourrait passer un la déconstruction d’un morceau des Cars.

Double Exposure donnait la sensation de s’égarer parfois, Days Of Being Wild sonne beaucoup plus compact et focalisé ce qui sied très bien à Kivel dans ses moments les plus pop, et même populistes où le falsetto revêt une importance que le chanteur véhicule avec un naturel qui n’exclut pourtant pas une irrémédiable sensation de solitude.

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The Skygreen Leopards: « Family Crimes »

Ce qu’il y a de plus savoureux chez The Skygreen Leopards est leur nom. Il évoque la nostalgie de l’enfance, l’utilisation de crayons de couleurs pour colorier autre chose que la teinte originale. On pourrait, s’en s’étonner, croiser un rhinocéros violet, un homard bleu ou, bien entendu, une léopard vert comme le ciel.

Dans le cas de Skygreen Leopards, l’utilisation est celle de crayons bien épais et traçants tant il est vrai que pour ce duo de musiciens appartenant à la tendance psychédélique folk, ce nouvel album, Family Crimes, nous parvient par le biais de Woodsit, un label dont la réputation est d’alimenter un environnement aux couleurs hippies les plus chargées.

Le disque semble appartenir à cette mouvance, le concept d’amour y est présent que ce soit dans le soin des compositions, l’instrumentation (une frappé de guitare mélancolique sur des tempos moyens), des vocaux où le nébuleux se mêle à un désir tout en nuance, que dans les textes comme l’exemplifie l’excellent « Love Is A Shadow » .

Très vite, Family Crimes nous procure un sens de familiarité voire même d’empathie. La plupart des morceaux n’excèdent pas deux minutes mais ils se fondent les uns aux autres et nous offrent un ensemble qui sonne comme tout sauf le fait d’être composé de 14 titres. Family Crimes est ainsi un album fait de rétribution tranquille pour nos oreilles, et dans lequel le côté bricolage est à peine audible. C’est le résultat d’un enregistrement et d’un mixage effectué par Json Quever des Papercuts qui a le bon goût de laisser en place souplement les imperfections.

L’album nous transporte dans un climat chaleureux sans pour autant se complaire dans des refrains gorgés de soleil. Les arpèges de guitares veillent à consolider cette impression apportant une énergie tempérée à un album qui aurait pu, sinon, ne pas dépasser le stade d’une paresse lénifiante même si tracée à grands traits de couleurs.

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Tom Petty: « Hypnotic Eye »

Dès ses débuts, sur son premier album éponyme, le visage angulaire de Tom Petty ainsi que son registre de voix poussé comme s’il cherchait à la rompre indiquaient que c’était quelque part une petite teigne. Même à l’approche de la trentaine, il conservait ce côté affuté et grincheux y compris quand sa carrière semblait bien installée dans le scène musicale de Hollywood.

Il n’est donc pas surprenant de constater que, à l’ouverture de Hypnotic Eye, son tout nouvel opus il continue à railler et à ironiser sur les menaces qui pèsent sur le Rêve Américain. À 63 ans, continue donc sa transition vers la misanthropie intégrale (comme, par exemple sur « Burn Out Town »).

Mais Petty n’a jamais été d’une pièce, et il y a toujours eu, ici encore, une certaine espièglerie dans la manière dont il se présente sans compter une bonne dose de ce rock & roll qui semble toujours enflammer ses entrailles. Les guitares trapues qui grondent en accompagnant « American Dream Plan B » (sic!) font plus qu’entériner cette notion.

Que ce soit durant sa jeunesse plutôt salée, sur le Full Moon Fever qui a redonné un coup d’accélérateur à sa carrière artistique et lui a permis de rester une référence ou pendant sa participation au projet crypto « mainstream » des Traveling Wilburys avec ses aÎnés qu’étaient Dylan Jeff Lynne, Orbison ou, Harrison, il était l’élément imprévisible qui donnait un aspect énigmatique à ce qu’il touchait. Dans son disque le plus sensible, Wildflowers en 1994, il y a vait toujours une distance entre lui et la façon dont il faisait son prorre portrait comme si il ne voulait pas que l’on puisse pénétrer totalement à l’intérieur de sa tête. On ne peut, à cet égard, que penser au rôle de l’effrayant « Mad Harter » qu’il jouait dans la formidable vudéo du nom moins excellent « Don’t Come Around Here No More ».

Cette aura de mystère lui a permis de rester pertinent tout au long d’une carrière de plus de 4O ans lui ayant permis d’atteindre le chiffre de qutre-vingts millions de disques d’or. On pourrait se gausser d’un tel succès commercial mais Hypnotic Eye est la preuve que Tom Petty ne s’est pas laisser engluer dans un bourbier commercial. L’album possède cette virulence déjà esquissé dans le précédent (un Mojo qui, malgré son titre archétypal n’avait pas entièrement convaincu). Peu d’artiste à cet âge et après une si longue présence dans le cénacle rock and roll peuvent encore faire preuve de cet côté provocant qu’il maîtrise si bien sans tomber dans le ridicule. Petty est un des rares à pouvoir « vendre » le concept de désarroi existentiel et de déception à une audience trois fois plus jeune et sans doute moins chanceuse que sa génération. Tom Petty est capable de se débarrasser de ce scepticisme par le procédé fictionnel de la suspension de l’incrédulité (suspension of disbelief) dans lequel il est un des maîtres notamment quand The Heartbreakers sont capable de donner une terrifiante énergie à des compositions sinueuses et éprouvantes comme « Power Drunk ».

Il n’est alors que d’écouter Petty chanter : « J’ai l’impression d’être un homme oublié » pour se convaincre que son cynisme marche main dans la main son esprit semblable à un terrain escarpé et aventureux. Tout cela lui va très bien, on pourrait même dire de mieux en mieux ; comme un gant qui épouserait harmonieusement ses écarts atypiques.

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Jenny Lewis: « The Voyager »

Bien qu’elle soit avant tout connue pour sa participation dans le combo pop-rock Rilo Kiley, Jenny Lewis a produit ses meilleures oeuvres en tant qu’artiste solo et The Voyager confirme cette tendance. Il s’agit de son troisième album depuis Acid Tongue en 2008, une collection de chansons éventées et désinvoltes dans lesquelles elle abordait des évènement tumultueux à propos de sa santé et de ses problèmes relationnels.

The Voyager est une sorte de road album émotionnel, dans lequel elle chronique une existence qui part de son enfance et qui traite de mauvais choix, d’occasions manquées et de de relations qui sont autant d’échecs.

Musicalement, la « vibe » est indiscutablement californienne, plus précisément celle des 70’s; des compositions qui sont aussi des aveux sur fond de mélodies teintées de country comme héritées de l’époque Laurel Canyon et mêlées au pop-rock de Fleetwwod Mac dont le brillant ne masquait pas le côté torturé.

La voix immaculée et parfois trompeusement enfantine sert de ligne conductrice contrôlant des évènements décrits comme bouleversants.  « Head Underwater » est le récit d’une fêlure narrée sur un mode dynamique soutenu par des « backing vocals » sans mots. Les textes véhiculent un sentiment d’espoir même si celui-ci a un prix élevé.

Enregistré avec des amis comme Beck, The Watson Twins et Benmont Tench et produit en grande partie par Ryan Adams, les morceaux s’équilibrent entre textures luxuriantes et arrangement plus organiques qui mettent en évidence la voix et les mélodies de Watson. Rien n’est, en effet, trop appuyé et le disque s’écoule avec suffisamment de fluidité pour que, malgré ses thématiques, il puisses s’écouter comme une musique d’arrière-fond.

Il est vrai que sous l’atmosphère de yacht-rock douceâtre se tapit une sérieuse dose de psychanalyse (« The New You », « You Can’t Outrun ‘Em » » qui flirte avec l’occulte). La chanteuse fait le point sur une vie qui jusqu’à présent ne lui a pas permis d’avoir d’enfants (« Just One Of The Guys ») et rumine sur les cette échappée de l’enfer qu’est « Aloha & The Three Johns », que ce soit la crise du lmilieu de la vie ou la fin de la civilisation.

Même si les choses restent sombres, Lewis ne s’appesantit pas réellement sur elle et ne la fait pas trop remonter à la surface et la musique se fait le porte-parole pleine de grâce d’une rédemption. La chanson titre est le reflet de cette ligne déchiquetée qui mène à la récupération véhiculée par un voix on ne peut plus vulnérable. Ses compositions et elle gagnent ainsi une force de plus en plus forte dans le déroulé de l’album, illuminé qu’il est par moments par de jolis arrangements de cordes qui le font voisiner de plus en plus vers cette lumière qui peut nous faire penser que l’existence se vit aujourd’hui et sans penser, qu’un jour, autre chose puisse la rattraper

***1/2

Braid: « No Coast »

Le Braid de 2014 n’a rien à voir avec celui des débuts. Le titre de ce nouvel album, No Coast, est soit une manière astucieuse de (se) poser la problématique de l’identification géographique ou le défi que se lance le groupe, réuni à nouveau, et décidé à ne pas se reposer sur ses lauriers. Après un hiatus de 16 ans, il y a sans doute un peu des deux.

De Chicago en passant par Champaign, Braid fit partie la scène « emo » du Mid West et en fut même un élément majeur. Fertile elle était et continue à être puisque nous en sommes à, au moins, sa deuxième vague. Braid se distinguait de cette foule par un côté plus sauvage, des vocaux (Bob Nama et Chris Broach) plus tendus et des compositions punk accrocheuses et tenant la route.

No Coast est un album plus mesuré, parfois même de toute beauté. « Bang » et « Damages » sont à classer dans la catégorie « hymnes rock », un va et vient incessant sur les frets des guitares accompagne « East End Hollows », sans doute le titre power-pop le plus dansant jamais commis par le combo et les samples scratchés ouvrant le sombre « Light Crisis » viennent d’un 45 tours écrit par le grand-père de Nanna (sic!). Diversité donc, mais on retrouvera néanmoins des éléments familiers de l’univers de Braid comme sur « Put Some Wings On That Kid » ou « Climber New Entry ».

À l’instar du punk, le rock « emo » a le plus sa place un contexte jeune. On le considère donc parfois comme ayant un double standard : les artistes prenant de l’âge, le terme de « album mûr » peut se révéler condescendant ou comme un sincère effort à prendre en compte le fait que le temps et les choses les ont changés. No Coast est à cette image, celle d’un groupe qui a trouvé son assise au milieu d’une scène de jeunes musiciens qui essaient de s’y frayer un chemin. Son existence lui permettra sans doute de leur montrer que ça n’est pas une mince affaire de ne pas être une étoile filante.

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Eugene McGuinness: « Chroma »

Dès son deuxième album, éponyme, la musique de Eugene McGuinness avait un côté petit sourire en coin qui le voyait manier avec grâce et désinvolture les emprunts stylistiques auxquels il se livrait. Il se faisait sans vergogne mais de manière candide et parvenait à les détourner en y apportant sa propres idiosyncrasie.

Sur Chroma, son quatrième opus, il semble avoir maîtrisé à la perfection cet art du caviardage assumé et créatif avec un riff d’ouverture qui pourrait passer pour un riff écarté par The Temptations lors de l’une de leurs sessions d’enregistrement de « My Girl ». Le ton est ainsi donné pour un disque qui sera autant de références-révérences aux Beatles, à Prefab Sprout, au doo-wop façon Phil Spector et ses « girls bands » (« I Drink Your Milkshake »), à la phase psychédélique de Bowie, voire même à Thin Lizzy et, plus intense encore, au post punk.

Chroma est, en effet, un album chromatique de ce point de vue mais il évite de ne devenir qu’un autre disque de rock nostalgique grâce, précisément, à cette approche particulière de McGuinness, faite de distanciation, certes, mais aussi de démarche anti conventionnelle. Les accords choisi sont évidents mais conditionnés savamment pour nous procurer une impression d’inattendu.

Si on y ajoute la production effervescente de Dan Carey, déterminé à illustrer de manière étincelante chaque moment qui passe (les titres n’excèdent pas les trois minutes), cela fait de Chroma un album qui pourrait rappeler, toutes proportions stylistiques gardées, Revolver. Ce disque est vif et effilé mais aussi emprunt de riches idées qui semblent vouloir s’accumuler jusqu’à plus soif à chaque détour sonique.

Chroma s’agite ainsi dans tous les sens, un peu trop parfois quand il s’essaie à l’expérimentation et au mysticisme oriental de « Fairlight » qui conclue l’album en dérapant quelque peu. On sent néanmoins que, hormis cette toute dernière faute de goût, le disque sert un objectif. Le précédent avait déjà cette prétention mais ne parvenait pas à mettre en place cette grandeur voulue par le chanteur. Ici l’élocution et l’interprétation sont vigoureuses mais charmeuses et élégantes, Chroma est un melting pot de pop « British » addictive et délivrée avec une jubilation qu’on ne peut que partager.

***1/2