Value Void: « Sentimental »

Trio londonien, Value Void est composé de Paz Maddio (chant, guitare), Luke Tristam (basse) et de Marta Zabala (batterie) . Leur premier disqye, Sentimental, est à mi-chemin entre indie rock et noise-pop.

Les influences de The Breeders et d’Elastica se font ressentir à travers des morceaux vintage toniques, allant de « La Trempa » à « The Deluge » en passant par les riffs allègres et ses rythmiques 60’s implacables et entêtants de « Babeland », « Bariloche » et de « Cupid’s Bow.

Tantôt post-punk sur le mélodieux « Back In The Day » tantôt néo-grunge sur « Mind » et sur « Teen For Him », ce combo argentino-british délivre un « debut album » entrainant, concis et mélodique qui demandera confirmation pour être plus qu’une la simple accroche anecdotique.

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Imagine Dragons: « Origins »

Quatrième album pour ce quatuor de Las Vagas ; sur Origins le combo a fini de jouer et il explore ici de nouveaux territoires musicaux tout en restant fidèle à ses.. origines. Le groupe a, en effet, secoué un peu les choses en s’efforçant de mêler hip hop, pop, rock et folk.

Créer sans s’imposer des limites et faire quelque chose de nouveau semble être sa feuille de route, un titre comme « Boomerang » en est le témoin tant il conjugue les différents émois que sont le chagrin, la perte et l’idée de vagabondage interne.

« Only » affichera, lui, des « vibes » électro connotées 80’s qui seront amalgamées au hip hop de « Strange ». Bizarre mais ça fonctionne relativement.

Les textes de compositions comme « Stuck » afficheront une teneur plus émotionnelle, apportant une profondeur inusitée alors que « Zero » s’adressera à ce qu’il y a de plus sanguin en nous.

Une fois de plus, Imagine Dragons ne se repose sur rien d’acquis. Reste à savoir si cette énergie déployée sans relâche ne risque pas de marquer un sérieux manque de racines.

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U.S. Girls: « In a Poem Unlimited »

Le refrain de « Velvet 4 Sale », le premier « single » et première chanson d’In a Poem Unlimited, le 8e album de U.S. Girls introduit à merveille ce qui nous attend sur le disque. Meghan Remy derrière ses beaux atours, ses chansons mélodieuses, ses rythmes dansants intoxicants nous percute avec un propos engagé et puissant. Après avoir été nommé sur la courte liste du Polaris censé décerner les meilleurs albums canadiens pour l’excellent Half Free, Remy – revient de plus belle avec toujours la même véhémence.

In a Poem Unlimited est un doigt d’honneur tenu bien haut à la face de quiconque questionne la précarité du statut de la femme en société ou encore le déséquilbre des rapports de domination entre les sexes. N’allez pas croire qu’elle agit par opportunisme, Remy aborde ces problématiques depuis les débuts du projet U.S. Girls. Ce n’est pas le mouvement #metoo qui est venu changer quoi que ce soit. Ce qui a changé est l’approche dansante de ses nouvelles chansons qui malgré des propos durs, parfois même déprimants, donne quand même envie de se trémousser.

Du lot, « Pearly Gates » est l’un titres des plus marquants e avec un refrain chanté par James Baley est tout à fait intoxicant ou un « M.A.H. » qui marie l’influence disco à la ABBA à des paroles qui méritent le détour.

Meghan Remy sait pourtant manier les contrastes et nous offrir des moments plus cools, (« Posebud ») et même nous entra^piner dans des atmosphères festives et latino sur le « closer » « Time ».

In a Poem Unlimited est un album comme il s’en fait peu. Meghan Remy réussit à conjuguer musique contestataire et pop-rock formidable. C’est un puissant alliage qui fera danser les gens et, qui sait, peut-être, mine de rien, les amener à réfléchir…

***1/2

Pales Waves: « My Mind Makes Noises »

Pale Waves affiche, ou cultive ?; un décalage entre son image (un look gothique façon Cure) et une musique qui semble faire fi de tous ses canons. Le combo ne répond pas aux attentes que susciterait son look d’artiste sombre et romantique puisque son répertoire s’affranchit joyeusement de toutes les étiquettes grâce à des arrangements pop aux antipodes des générations Post Punk, Britpop ou Shoegaze.

Pale Waves semble prendre un malin plaisir à jouer avec cet équilibre fragile, en délivrant un premier album que l’on pourrait facilement critiquer pour sa légèreté, mais qui apporte un véritable vent de fraîcheur sur une scène Rock britannique en manque de renouveau. Les premiers singles qui avaient précédé cet album et construit la renommée sont bien là – les meilleurs d’entre eux en tout cas – à savoir « Television Romance » que l’on a bien du mal à se sortir de la tête après quelques écoutes, et « There’s A Honey ».

Restait à savoir comment s’en sortirait le groupe sur un album entier.  Après avoir minutieusement révélé en amont d’autres extraits tout aussi imparables, dont « Eighteen » et « Noises » la bande à Heather Baron-Gracie se lance tête baissée dans une aventure ou leur Electro Pop aux effluves 80’s (« One More Time »), qui n’hésite pas à allier refrains très radio-friendly et un esprit New Order-esque (« Kiss ») se mêle à des titres au fond finalement beaucoup plus Rock.

Le résultat est assez addictif si on omet une petite baisse de régime au milieu de My Mind Makes Noises ;le combo tout autant que l’opus génèrent un bruit auquel on peut être indifférent.

***1/2

Metric: « Art Of Doubt »

Art Of Doubt est un titre fort approprié pour ce septième opus de Metric tant il avait opté précédemment pour une démarche électronique qui avait désarçonné une grande partie de son audience. Après un hiatus acoustique, Emily Haines et son projet solo Soft Skeleton, le groupe revient en terrain plus familier avec des titres directs et engagés.

« Dark Saturday » regorge de guitares saturées, clin d’oeil à leurs anciennes années ; même fougue mais maîtrise de l’âge en plus.

On retrouve cet alliage six cordes et claviers qui faisait l’originalité du combo, par exemple sur « Now Or Never Now » qui, avec « Dressed To Suppress », amalgame le meilleur des deux instruments.

Metric fait, en outre, l’effort de vouloir aller plus loi ; la pop de « Risk » est imparable tout comme addictif est le chorus inattendu de « Underline The Black ».(« Love You Back » et « Die Happy » enfonceront le clou du savoir faire en matière de mélodies étayant avec plus de force que douter est un art dont il convient de ne jamais se lasser.

***1/2

Editors: « Violence »

Editors est un combo qui navigue dans la sphère indie-rock depuis plusieurs années. À l’instar d’autres groupes du même acabit, ils ont opté pour un tournant un peu plus synthétique dans les dernières années. Après un passage à vide, la formation avait repris un peu de poil de la bête avec la sortie de In Dream en 2015.

Leur nouvel opus, Violence, n’est pas leur pire mais ce n’est pas le meilleur non plus. Le groupe nous livre un album aux ambiances sonores sombres alors que les thématiques abordées sont celles des difficiles relations humaines. La formation possède un talent certain pour la mélodie et c’est une fois de plus mis de l’avant sur Violence. Ce n’est pas de la plus grande originalité mais ça reste suffisamment efficace pour assurer plus que le minimum syndical.

Quelques compositions permettent qu’on prête l’oreille, notamment la puissante et surprenante « Hallelujah (So Low) » qui réussit à amalgamer moments acoustiques,passages aux synthétiseurs et violentes attaques de guitare électrique aux sonorités artificielles sans que cela ne jure ce qui, en soi, n’est pas une réalisation banale Puisque on les retrouve dans un monde sonore qui n’est pas sans rappeler Muse sans pour autant sonner comme un pastiche.

On pourra aussi mentionner l’entraînant « Magazine » bâti sur une mélodie très efficace et où Tom Smith mène le tout avec aplomb et la dose d’énergie nécessaire. Enfin, « No Sound But the Wind » est un titre au piano qui évoquera à la fois Moonface et Wolf Parade, amalgame peu convaincant qui s’apparentera finalement à une reprise aux accents quelque peu trop maniérés.

Dans l’ensemble, Violence a tendance à manquer de saveur. Ce n’est jamais mauvais mais ça manque tout de même de surprises et de compositions véritablement solides. Voilà une nouvelle performance qu’on peut qualifier d’honnête mais qui n’est an aucuns cas signe de renouveau comme avait pu l’être In Dream.

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The Joy Formidable: « Aaarth »

The Joy Formidable revient sur le devant de la scène avec un quatrième opus, Aaarth. Les Gallois livrent un album plus expérimental que ses prédécesseurs mais faisant toujours la part belle aux guitares.

Aaarth, c’est le nom à la sonorité très sauvage qu’a choisi The Joy Formidable pour son quatrième album. Et pour cause, le terme signifie « ours » en gallois. Avec son côté parfois hard-rock, Aaarth semble effectivement tirer son inspiration d’une certaine animalité. « Bluen Eira », le titre d’ouverture annonce la couleur avec ses motifs saturés et ses rythmes endiablés portés par la voix grungy de la chanteuse Ritzy Bryan. S’en suivent deux autres pépites, « The Wrong Side » et « Go Loving », aux mélodies tout aussi abrasives. Aaarth est assurément un album de guitares comme le groupe a l’habitude d’en produire. Le trio use et abuse des effets pour notre plus grand plaisir, à l’instar du très réussi « Cicaca (Land on your back) » où les guitares vrombissent comme il se doit.

En contraste total avec la majorité des morceaux, Ritzy et sa bande glissent quelques ballades pour calmer le jeu : un savant jonglage déjà expérimenté par The Joy Formidable lors de ses précédents albums. « Sur All in All, » l’auditeur se laisse bercer par une voix chaude qui le porte doucement vers un intense moment de shoegazing. Plus loin, le trio nous élève vers un instant suspendu avec « Absence » ; exit les riffs torturés, la mélodie est portée par les arpèges d’un piano aérien.

Aaarth marque également une volonté de s’ouvrir à de nouveaux horizons. La conception de l’album, dans un studio mobile, alors que le groupe arpentait le globe pour sa tournée, n’est certainement pas étrangère à ce résultat. « Cicada (Land on your back) » est l’illustration parfaite d’inspirations puisées de par le monde. Avec sa guitare sèche, ses cigales, ses mélodies orientales, le titre nous propulse vers de lointaines contrées ensoleillées.

Un exotisme renforcé par des couplets qui sonnent comme des incantations scandées d’une voix haletante. Les Britanniques n’en oublient pas pour autant leur terre d’origine. En témoigne parfaitement la chanson « Y Bluen Eira » (« neige bleue »), interprétée entièrement en gallois d’une voix particulièrement gutturale.

Sur ce dernier album, The Joy Formidable mise incontestablement sur l’expérimentation. En effet, Ritzy Bryan a déclaré vouloir faire de ce nouvel opus, un « collage ». L’exercice est particulièrement réussi sur « Caught on Breeze ». Le morceau s’ouvre sur une mélodie funk, évolue ensuite vers une instrumentation plus musclée, pour aboutir à ce qui a tout l’air d’une session jam.

Avec Aaarth, nos Gallois proposent une prestation dénuée de tout carcan.Cette liberté sied parfaitement aux trois musiciens un opus qui sans faire montre d’anthologie ou de classique reste un pari audacieux et réussi.

***1/2

Lonely Parade: « The Pits »

Lonely Parade est un trio  mêlant post-punk et rock alternatif lumineux. Leur nouvel opus, The Pits, se compose de dix titres aussi bien acidulés que furieux, servis par un duo vocal frénétique (Augusta Veno et Charlotte Dempsey) qui s’efforce de véhiculer la part d’angoisse que constitue ce passage à l’âge adulte sous forme de textes baignantdans le sarcasme.

De « Weekends » à « I’m So Tired » en passant par « Bored », « New Roomate » ou encore « Not Nice », Lonely Parade fait paraître ses inquiétudes et s’emploie à redéfinir un nouveau sens à la vie.

Sans surprise cela se fera au travers de riffs endiablés et d’une section rythmique qui se veut implacable. Citons enfin ces moments acérés que constituent « Night Cruise », « My Death » sans oublier « Index Finger » pour faire de ce The Pits un album et de allant droit au but et de Lonely Parade un combo plus qu’honorable.

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Yo La Tengo: « There’s a Riot Going On »

There’s a Riot Going On est un album en trompe l’œil. Car derrière cette apparence d’album plat, sans aspérité, sans relief, on découvrira tout un tas de nuances et d’influences aussi diverses qui variées qui lui donnent tout son charme et sa particularité à ce cet album mixé par John McEntire (Tortoise, The Sea and Cake).

D’abord ambient rock (« You Are Here », « She May She Might » puis lorgnant franchement du côté du Velvet Underground (« Shades Of Blue) ou du soft rock des grands espaces façon The War on Drugs (« For You Too »).

Le groupe s’offre ensuite des passages très atmosphériques (« Shortwave ») voire des morceaux aux tonalités plus exotiques (« Polynesia#1 »). On même des interludes Lounge assez enjoués comme sur « Esportes Casual » avec ses de airs Bossa Nova/Easy listening.

Le groupe s’essaiera également aux tonalités ambient sur le final avec le titre « Out of The Poolavat » avant  de conclure sur un très beau et apaisé « Here You Are ».

Si l’album peut paraître un peu long à certains, assez éloigné qu’il est de leurs productions noisy des années 90, il démontre une fois encore que le groupe avance, essaie des choses pas forcément très démonstratives, mais en tout cas toujours passionnantes.

***1/2

The Decemberists: « I’ll Be Your Girl »

The Decemberists avaient fait leur retour avec un septième album, What A Terrible World, What A Beautiful World qui, sans être révolutionnaire, méritait d’être remarqué. I’ll Be Your Girl, qui le suit, voit le combo s’éloigner de son répertoire traditionnel pour se rapprocher d’un univers moins organique puisque trempé dans l’électro avec une plus grande place accordée aux claviers.

À l’indie folk vont se substituer des tonalités synthétiques plus aventureuses. Cette exploration va avoir pou exemples des titres comme « Once In My Life », « Cutting Stone », « Starwatcher » et « Tripping Along ».

La formation de Portland formé par Colin Meloy affiche une volonté de renouveau même si l’inspiration du combo demeure trempées dans les espaces mythologique dans lequel le groupe aime frayer.

Le producteur, John Congleton, reste le même mais le groupe semble vouloir renoncer à des histoires fantaisistes et imaginaires pour pouvoir se concentrer sur d problèmes plus actuels et globaux. On a ainsi droit à une vision de l’Amérique d’aujourd’hui qui s’enfonce de plus en plus dans le chaos. Des morceaux tels que « Everything Is Awful », « Sucker’s Prayer » ainsi que « We All Die Young » vient le groupe vouloir faire entendre son insatisfaction ce qui en soi est louable.

On est donc confronté au paradoxe d’avoir un discours véhément et direct dont l’impacte peut se trouver contrebalancé par des arrangements plus soignés.

Ill Be Your Girl fonctionne comme un album plein de promesses mais dont l’exécution semble quelque peu hésitante ancore ; Il reviendra maintenant à Colin Meloy de trouver la bonne formule pour adapter son écriture sur un album plus produit et poli, et ne pas s’engager dans une démarche aussi approximative.

**1/2