Lonely The Brave: « The Hope List »

27 janvier 2021

Déclencher des émotions par la musique doit impliquer le désir. Ce groupe de rock de Cambridge a fait preuve d’un désir important au fil des ans grâce à son lyrisme sentimental qui est devenu une bouffée d’air frais chez ses contemporains. Les tournures de phrases, les mots qui tirent et signifient la rage intérieure, sont souvent collés aux sentiments personnels, mais ils sont révolutionnaires et divers. The Hope List est le nouveau rouage de cette machine à succès : le premier album avec le nouveau chanteur Jack Bennett, qui a remplacé le pionnier de la chanson David Jakes. Bien que Jakes ait quitté la scène, Bennett apporte son propre style et sa grâce immédiate sur le nouvel album.  

Le passé a été fructueux pour Lonely The Brave. Leur premier album The Day’s War est devenu un succès culte – un phénomène underground – qui consiste en un lyrisme et une musicalité parmi les plus attachants jamais présentés sur un premier album. Il a ouvert les portes de Lonely The Brave, et les auteurs et les fans de musique s’en sont émerveillés, déclarant qu’il allait devenir un classique. Première sortie mise à part, The Hope List a la même aura et les mêmes refrains entraînants que The Day’s War a défendus – et bien plus encore.

Il peut sembler audacieux de placer The Hope List dans le même cadre que This Days War, mais ce disque est plus qu’un courant sous-jacent développé. Les jours sombres sont explorés, le désespoir est un sentiment récurrent, et un nuage gonflé est suspendu au-dessus de lui, créant un audacieux sentiment de tension et de clarté. La bravoure ne semble pas être maximisée sur les disques de nos jours, car de nombreux groupes évitent d’être trop sombres, mais Lonely The Brave utilise des paroles pessimistes pour exprimer leurs convictions. Le chagrin n’entache pas leur énergie musicale, il ne fait qu’élever le niveau de l’histoire qu’ils sont prêts à raconter.

Raconter des histoires évoque des souvenirs à la fois bons et mauvais et The Hope List est une chronique expansive, fer de lance des vérités et déloge la médiocrité. Chaque chanson est monumentale et il y a un fil conducteur qui les traverse toutes. Le fait d’être spéculatif et audacieux vous permet d’obtenir des places – cela vous aide à vous propulser – et The Hope List a puisé dans la passion et le talent des membres du groupe.

La batterie et les guitares s’entremêlent avec fluidité sur « Distant Light », une chanson éclairée par un contre-courant sombre et macabre. Bennett a une voix professionnelle, et il nous fait entendre sa merveilleuse voix avec fluidité. C’est une chanson qui fait date pour «Lonely The Brave. « Chasing Knives » a l’un des refrains les plus complets du catalogue du groupe. Il est rafraîchissant, il est conduit par la guitare, ces battements de batterie ajoutent du punch. Bennett renforce à nouveau son chant à un niveau élevé. Sur le plan des paroles, il reflète l’honnêteté et est capable d’élever les esprits lorsqu’ils sont sur le point de s’effacer. Un fort crescendo alerte les sens. Keeper » est déchirant, avec un refrain qui se remplit et se répand : les instruments sont fondamentaux, mais le chant et le jeu de mots solennel le sont aussi. Il n’y a pas de fureur ici. 

Lonely The Brave est une formation talentueuse. Ils connaissent la souffrance et la façon dont le monde peut reposer sur des épaules fatiguées. The Hope List livre la rage et la tristesse dans une égale mesure, et c’est une sortie fondamentale pour le groupe de Cambridge.

***1/2


Cuddle Magic: « Bath »

12 décembre 2020

Il est exact que, parfois, le fait de s’imposer des contraintes artistiques peut aider notre créativité à s’épanouir, nous forcer à nous concentrer sur de nouvelles approches et à considérer l’imperfection comme un élément positif du processus créatif. Il est également vrai que nous chantons tous mieux sous la douche que partout ailleurs. Ces deux vérités sont essentielles pour apprécier le dernier album de Cuddle Magic, Bath.

L’idée a germé il y a quelques années, lorsque le groupe de six musiciens a aménagé son espace de vie commun pour en faire un grand studio d’enregistrement organique. Mais rien n’a vraiment collé, à part un enregistrement : une chanson créée avec le groupe entassé dans la salle de bain, chantant autour d’un orgue de pompe. Des années plus tard, cette approche allait devenir la réalité du processus d’enregistrement de Bath. L’album a été enregistré entièrement dans la salle de bains, les six musiciens jouant ensemble en étroite proximité. Les sons rebondissent sur les murs, les voix se mélangent, les instruments sont joués avec une oreille pour trouver un mélange acoustique parfait entre eux. La contrainte de limiter l’enregistrement à un seul espace, non conventionnel, transforme l’album en une exploration de la manière dont nous enregistrons et collaborons.

L’installation fait des merveilles pour Bath, qui sonne organiquement luxuriant et stratifié grâce à la réverbération de la salle de bains. Ce sont des chansons dans lesquelles on peut s’enfoncer, des chansons dans lesquelles on peut s’imprégner en brûlant une jolie bougie. L’orgue à pompe pose les fondations moussues sur lesquelles dansent les guitares acoustiques – tandis que Benjamin Lazar Davis et Kristin Slipp offrent des chants qui, d’une certaine manière, parviennent à être délicats et imposants en même temps, comme quelqu’un qui vous donne un message important dans un rêve.

S’il y a un inconvénient aux contraintes techniques de Bath, c’est que ses titres peuvent commencer à se fondre les unes dans les autres, chacune ayant un timbre assez semblable qui sacrifie la mémorisation pour la cohésion. Mais cet inconvénient est surtout atténué par les lignes mélodiques de l’album, dont certaines restent dans votre tête pendant des jours. Sur des morceauxcomme « What if I » et « Singalong », les refrains sont travaillés avec précision, en utilisant une répétition parfaite pour vous accrocher l’oreille. Ainsi, cette dernière chanson s’oppose également à un « critique musical paresseux qui veut être cruel » (lazy music critic who wants to be cruel), tout en nous faisant nous dire que, peut-être, nos réflexions et mots ne sot que temps perdu.

L’élément le moins cohérent du disque réside en fait dans ses textes ; ils fluctuent entre ces divers qualificatifs que sont émouvants et utiles, mais aussi maladroits. La plupart des morceaux documentent l’amour et la tendresse avec sérieux, sinon avec illumination. Il y a, toutefois, des morceaux marquants, comme « Working on Me », une ode au perfectionnement et un appel à la patience que nous pourrions tous faire à un ami ou à un partenaire en essayant de nous améliorer. Moins fréquemment, certaines lignes se distinguent par leur maladresse : La déclaration de Slipp selon laquelle son amour est « plus grand que le lapin de Pâques le jour de Pâque » (bigger than the Easter Bunny on Easter Day) n’est pas très romantique, et encore moins logique. 

Dans une certaine mesure, cependant, la véritable thèse de Bath réside dans sa forme, et non dans son contenu. Il s’agit d’un document sur notre relation les uns avec les autres, la magie qui peut être simplement de coexister dans un espace ensemble. Il y a un monde où le dispositif d’enregistrement du dique se lit comme un gadget, mais ce monde n’est pas celui dans lequel nous vivons actuellement ; alors que lin est ici, relégué à l’isolement en raison de la pandémie, il y a matière à touver une profondeur dans Bath. C’est une belle chose en effet que celle de six amis et collaborateurs qui partagent un espace et produisent de l’art ensemble. Cela aurait été facile à prendre pour acquis, mais au lieu de cela, il sert maintenant de témoignage d’une chaleur à laquelle nous pouvons espérer revenir.

***1/2


Al Riggs & Lauren Francis: « Bile & Bone »

23 septembre 2020

Bile and Bone est le nouvel album de l’auteur-compositeur Al Riggs et de l’annihilatrice de guitare Lauren Francis. Après deux ans de travail, entre d’innombrables projets parallèles, « singles » et albums, et une première au festival de musique de Hopscotch en 2019, Al et Lauren ont enregistré cet album de neuf chansons dans deux appartements différents à New York, un appartement à Durham, une maison de l’autre côté de Durham, et d’autres enregistrements dans une autre maison de l’autre côté de Durham.

Le morceau-titre représente une approche quelque peu différente de l’écriture pour Al, comme elles l’expliquent, « la chanson était une collection de lignes et d’idées que j’avais pour d’autres compositions »… J’ai commencé à les assembler et j’ai eu l’impression de créer une friperie ou un prêteur sur gages à partir de ces idées, alors la chanson est devenue l’histoire d’un prêteur sur gages ». Après un scepticisme initial quant à son originalité, Lauren Francis en est venue à aimer le morceau, « au début, je me suis dit, bon sang, ça ressemble à « This Year » des Mountain Goats, mais c’est une bonne chose. Je voulais en faire notre propre chanson… c’est depuis lors devenu mon morceau préféré parce qu’il est si simple.

Musicalement, comme les meilleures collaborations, cela ressemble à la rencontre de deux mondes musicaux. Le parcours d’Al en tant qu’auteur-compositeur acoustique se confond avec les contributions de Lauren à la guitare, au piano et, comme elle l’explique, après que les deux hommes aient débattu de l’introduction d’une batterie complète, « j’ai ajouté la boucle de grosse caisse juste pour lui donner un peu d’élan ». Le morceau qui en résulte semble exister à deux rythmes différents, la voix facile d’Al et les méandres du piano semblent regarder le monde tourner, tandis que la pulsation de la grosse caisse ajoute une certaine urgence aux débats.

Les cordes et le piano électrique sont coupés par une guitare acoustique qui vacille parfois sur l’intrus. Les flirts avec le soft rock (« Werewolf »), la motorik pop (« Boyfriend Jacket ») et la ballade d’ambiance Eno-esque (« Apex Twin ») s’asseyent confortablement contre les fantômes de Fahey (« Dying Bedmaker Variations ») et les restes encombrés de poussière d’un prêteur sur gages (« Love Is An Old Bullet »).

Le morceau titre est un point culminant de fureur retenue, résumant l’air général de l’album avec un lyrisme volatile : « Je ne devrais pas être à un endroit/où je suis à genoux chaque soir/prier pour mes dirigeants/être abattu à vue » (I should not be in a place/where I am on my knees each night/praying for my leaders/to be shot down on sight) avec des harmonies pop classiques fournies par Rook Grubbs (Vaughn Aed).

« Love is An Old Bullet » sera pour certains une belle introduction, et pour ceux qui le savent déjà, un rappel supplémentaire que la combinaison d’Al et Lauren vient peut-être de commettre ici un disque convaincant de chez convaincant.

***1/2


Cults: « Host »

21 septembre 2020

« Trials », le morceau d’ouverture et le deuxième « single » du dernier album de Cults, Host, s’affiche avec une ligne de basse qui rôde comme l’envahisseur charismatique que chante la vocaliste Madeline Follin – « turning down the light / till you’re the only thing I see » (baisser la lumière / jusqu’à ce que tu sois la seule chose que je vois). Les cordes tendues qui ouvrent et ferment le morceau dans un élan quelque peu grandiose de nostalgie western spaghetti ne sont qu’un signe de la nouvelle gamme que Cults recherche.

Ici, sur leur quatrième album, ils ont fait quelques changements ; Follin révèle ses propres chansons pour la première fois et ils ont enregistré en utilisant des instruments en direct, ce qu’ils n’avaient pas exploré auparavant. Cette nouvelle production, plus expansive et expérimentale, se fait lentement depuis leurs débuts en 2011 – et pourtant, on vous pardonnerait de ne pas retrouver le son plus simple de leur passé, basé sur les synthés. 

« Masquerading » et « No Risk » sont relativement dépouillés et laissent les jeunes paroles de Follin s’étirer, ce qui en fait deux des morceaux les plus immédiatement captivants ici – et, à moins de trois minutes, il se trouve qu’ils sont aussi deux des morceaux les plus courts, ce qui n’est pas une coïncidence. Ce n’est pas que tout le reste soit long, c’est qu’ils sont ennuyeux.

Mais tout n’est pas dans ces nouveaux éléments. Si les arrangements de cor et de cordes donnent une teinte naturelle et plus dérangeante qui fonctionne (surtout sur « 8th Avenue »), c’est parfois l’électronique écrasante de Brian Oblivion qui enterre les éléments émotionnels. Le meilleur exemple en est « Spit You Out », un cliquetis qui – même s’il essaie – ne va nulle part, ce qui est ironique étant donné que le sujet de la chanson est d’échapper à ceux qui vous tirent vers le bas.

Cults ont toujours eu un charme créé en grande partie par leur simple son rétro ensoleillé qui dissimulait le désespoir et l’obscurité de leur contenu lyrique. C’est toujours le cas, et avec la lente distorsion de « Shoulders To My Feet », ils ont même réussi à tordre le son et les paroles ensemble mieux qu’auparavant. Sur ce morceau, Follin considère une relation toxique et la dévotion parasitaire que nous accordons souvent à ceux que nous ne comprenons pas : « Des épaules à mes pieds, tu es tout ce dont j’ai besoin / si seulement je pouvais calmer mon esprit » (Shoulders to my feet you’re everything I need / if only I could quiet my mind).

Host est un disque cohérent dans son élan vers la liberté, et le son et les paroles l’incarnent. Parfois, cela leur permet vraiment de s’envoler, et parfois, il faut se battre pour y arriver seul. C’est formidable de voir Cults prendre des risques et aller de l’avant, mais plus que tout, cela vous fait regretter leur passé.

***1/2


Alright: « I’m Doing This To Myself »

19 septembre 2020

Alright sont originaires de Caroline du Nord et ils écument la scène musicale à depuis un certain temps déjà. La chanteuse et guitariste Sarah Blumenthal et le bassiste Josh Robbins ont préparé leur premier LP avec plusieurs rafales courtes mais mesurées d’indie-punk flou. De ces brefs moments, mentionnons leur premier sept pouces et le EP On the Outs en 2018 ce qui, depuis, a permis au groupe de naviguer dansune certaine confusionavant de se décider à prendre quelques risques calculés.

Ce premier LP se veut signe de confiance en soi avec une mise en scène louble de la colère qui se justifie, selon eux, pour le bien de l’art. Il n’est donc guère étonnant que le produit fini s‘intitule I‘m Doing This to Myself.

Produit par Kyle Pulley (Kississippi, Thin Lips) et maîtrisé par Will Killingsworth, l’album s’appuie sur de s solides fondations. Ainsi « Lapse » et « Wild Dune » » sont deux morceaux de guitare pop épineux qui admettent que l’amour que nous cherchons peut s’avérer vain mais surtout qu’ils ont occasions de peocédéer à des changements radicaux, remarque qui permet de s’éloigner des clichés habituels.

Le malaise qui accompagne cles changements soudains s’accompagne d’une bande-son qui est ce qu’elle est, comme la section rythmique trépidante sur « Tiptoe » ou l’explosion nucléaire de « No Good », mais qui nous divertit par l’idée que les pensées intrusives sont des choses à considérer et emrasser.

Lorsque l’action s’arrête pour de brefs changements dans le livret, le flou se lèvera sur « Dewdrops » pour faire place à un couplet d’appel et de réponse, par exemple sur un « Steady », plus proche, où le désir de stabilité du groupe atteint un sommet créatif et cathartique.

Si les choix que nous faisons définissent souvent l’après-coup, tout le monde veut simplement trouver un équilibre entre ce qui est fait et ce qui est à venir. C’est quelque chose que Alright  a pratiqué sur lui-même et il l’a fait sans ménager sa peine. Effort à souligner même si celui-ci est quelque peu laborieux.

**1/2


Marsicans: « Ursa Major »

18 septembre 2020

Depuis le temps qu’il existe, il est certainement surprenant que le quatuor de Leeds Marsicans s’apprête à sortir son premier album. Il est, en effet, en mouvement depuis près d’une décennie déjà, l’incarnation actuelle du groupe ayant fait ses débuts avec le EP Chivalry en 2014 – puis, comme aujourd’hui, James Newbigging (chant principal/guitare), Oli Jameson (guitare/chant principal), Rob Brander (basse/clés/chant) et Matthew McHale (batterie/chant). En attendant, ils ont sorti un album qui vaut plus que des « singles » et deux EPs (l’autre étant Absence en 2016) avant même que la question de ce premier long play ne soit soulevée – et absolument rien de tout cela n’a été retenu.

Le fait qu’Ursa Major soit composé d’un matériel entièrement nouveau témoigne de leur confiance en soi. Le fait de ne pas inclure d’anciens morceaux favoris des fans peut en surprendre plus d’un, mais ce disque représente leur prochaine étape, et il est présenté comme tel : un nouveau départ pour un groupe qui tire un trait sur son passé. Leur son indie-pop, audacieux et changeant, est présent et pris en compte, mais leur premier album indique qu’il a connu une croissance significative. L’urgence et l’effervescence sont les traits dominants du groupe, comme en témoignent « Summery in Angus » et le puissant avant-dernier morceau « Leave Me Outside ». Ils ont pris de la vitesse, et il n’est pas difficile d’entendre pourquoi sur leur premier album – son titre est un clin d’œil à la fois à leur surnom (le nom de l’ours brun de Mars) et au fait qu’il s’agit de leur première grande déclaration en tant que groupe. Une écoute audacieuse et variée, qui ouvre la porte – après une brève introduction – avec le déferlement de « Juliet », qui combine des paroles qui parlent d’anxiété et de réflexion excessive avec une jubilation musicale.

Ce genre de contraste se retrouve tout au long du disque – c’est une juxtaposition courante mais néanmoins efficace ; même dans sa forme la plus exaltante, il y a un sentiment de malaise. « Newbigging », avec ses paroles, est mis en avant sur « Dr Jekyll », qui dirige la consommation d’alcool vers une personnalité différente et exagérée, tandis que « These Days » aborde la mauvaise santé mentale et les mécanismes d’adaptation, capturant sans effort l’humeur sociétale dominante avec son refrain « Je ne veux pas sortir la plupart du temps, ces jours-ci » ( I don’t wanna go outside most of the time, these days). « Can I Stay Here Forever (pt. II) », quant à lui, traite de la division politique et personnelle, balayée par la section rythmique de Brander et McHale avant de s’animer pour son refrain, lui-même dépassé par la brève coda instrumentale qui clôt la chanson avec faste.

Le groupe sait pertinemment quand il faut mettre un frein à son exubérance et montrer son côté plus doux. « Evie » contient l’un des textes les plus touchants de l’album, suivi d’un contrôle émotionnel sous la forme de « Someone Else’s Touch » (dont la mélodie, que les auditeurs aux oreilles aiguisées remarqueront, est préfigurée dans la brève introduction susmentionnée) – la pièce maîtresse du disque qui brise le cœur et qui résonnera certainement en live une fois que le groupe sera en mesure d’emmener ce nouveau set de chansons sur la route.

Mélangeant un lyrisme introspectif à la puissance et à la grandeur dont il a longtemps été capables, Ursa Major tient la promesse du groupe après une période de gestation qui semblait insupportable. Le fait de prendre leur temps en route vers leur premier album a permis au quatuor de se maîtriser et de maîtriser leur son, tout en se posant des questions sur la voie à suivre : une réintroduction de grande envergure qui agit comme une douce remise à zéro, embrassant l’immédiateté tout en affichant une certaine dentition. Leurs griffes sont sorties, et The Marsicans sont sur le point d’avoir un impact majeur.

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Suburban Living: « How To Be Human »

17 septembre 2020

Ce groupe de Philadelphie présente ici son premier album depuis plusieurs années et l’attente en valait la peine. Wesley Bunch et qsn équipe ont créé un disque totalement immersif et captivant où il s’agit de rêve et d’ atmosphère mais aussi parfois chaotique, et surréaliste dans sa façon de décrire le voyage effectué au long de son écoute. Le meilleur atout de Suburban Living en tant que groupe est sa polyvalence. Chaque sortie introduit des éléments musicaux différents qui permettent de garder le projet frais et intéressant. Les premières sorties avaient une atmosphère sombre, presque gothique, alors que la précédente était plutôt du domaine de la pop de rêve. Avec How To Be Human, le groupe a plus d’éléments shoegaze mais reste cohérent avec l’obtention d’un son qui reste une esthétique reconnaissable du combo.

Le premier morceau, « Falling Water », commence par un synthé construit à la manière des guitares shoegazes qui seront utilisées durant le disque. Elles sont fortes et belles, ce qui ajoute de la profondeur au morceau, sous le chant délavé de Wesley. « Main Street » est plus proche d’un style new wave/dreampop avec une belle ambiance de synthétiseur pour appuyer le morceau. Ce morceau est agrémenté de guitares douces et scintillantes, ainsi que d’une ligne de basse groovy. « Glow » est très optimiste, et , à dautres tites, c’est un morceau qui se démarque de l’album en combinant des synthés à la sonorité douce et des guitares shoegaze. Elles sont abrasives, délavées, et s’étalent sur la piste pour la couvrir d’une ambiance onirique et atmosphérique. Le chant de Wesley se marie très bien avec les guitares, même si elles sont plus douces, elles s’intègrent parfaitement. C’est à peu près à la moitié du morceau que les guitares commencent à devenir folles. Elles s’étalent sur l’instrumentation et donnent une énergie de type My Bloody Valentine.

« Indigo Kids » pèsera plus lourd dans l’atmosphère en raison de ses lignes de synthé profondes. Le moment le plus marquant de ce morceau est le solo de saxophone à la fin. Il donne l’impression d’être un morceau de vaporwave, mais c’est quelque chose qui lui est propre. Une addiction géniale à la chanson « Dirt » ralentira les choses en utilisnt un climat plus détendue at une structure de synthé similaire à celle d’« Indigo Kids » en ce sens qu’il est décontracté, mais façonné de manière à ajouter une couche de profondeur au morceau. 

« 16 Hours » commence de manière sombre et lourde. La batterie d’ouverture et les motifs de synthé sont intenses, captivants et cinématiques et « No Rose » affichera la ligne de basse la plus percutante de tout le disque. Elle est lourde et grasse, ce qui laisse le morceau respirer et s’étendre pour permettre au groupe de faire son travail. Une fois que la base devient la toile de fond, les guitares commencent à faire ce son incroyablement réverbéré qui va progresser pour noyer le morceau.  « Video Love (T’s Corner) » et » »Once You Go » montre que Suburban Living ajoute ces synthés de façon importante au mixage et ils se combinent tous les deux pour clôturer l’album. 

La façon dont l’instrumentation fonctionne sur ces morceaux est incroyablement agréable à l’oreille. Des combinaisons fascinantes de guitares et de synthés sont utilisées sur ces morceaux qui emmènent l’auditeur dans une autre dimension.

L’ajout d’un synthétiseur beaucoup plus important est l’un des meilleurs aspects de ce disque, car il permet d’ajouter une atmosphère supplémentaire au son global du disque. Sans cela, ce disque aurait facilement pu être perdu dans le genre « dreampop ». Au lieu de cela, Suburban Living prend des risques et se lance des défis en tant que musicien et cela a porté ses fruits. N’importe quel auditeur peut reconnaître les patchs de synthétiseur, et le travail des autres musiciens est un travail complexe et d’un niveau supérieur. Le dernier cri doit encore aller au solo de saxophone sur « Indigo Kids » et aux sonorités sauvages de la guitare sur « Glow », des morceaux qui se démarquent nettement. Suburban Living est un groupe passionnant de Philadelphie qu’il ne faut pas négliger. Ils continuent à placer la barre très haut, tant sur le plan sonore que lyrique, pour donner leur meilleur disque et leur meilleur travail à ce jour !

***1/2


The Magic Gang: « Death Of The Party »

14 septembre 2020

« Nous sommes connus pour avoir des chansons qui ont toutes à peu près le même tempo, mais il y a des choses ici qui ne correspondent pas à ce que les gens attendent », avait informé The Magic Gang au début de l’année. Et c’est cet esprit – qui consiste à élargir avec force leurs horizons et à prouver aux sceptiques de leurs débuts ensoleillés et de bon temps qu’ils ont tort – qui sous-tend le deuxième opus de ce quatuor de Brighton. D’une certaine manière, c’est dommage ; il y avait une sorte de positivité à l’égard de cet album qui semble s’être perdue la deuxième fois, peut-être naturellement, peut-être par choix. Mais si Death of the Party trouve un groupe plus lassé de la scène mondiale, il y a encore de nombreux moments où la façon naturelle dont The Magic Gang joue une mélodie sur laquelle il ne peut pas s’empêcher de briller. Le « single » « Take Back The Track » est, de ce point de vue, un joyau effervescent et crypto disco qui exploite le meilleur de leurs nouvelles tendances.

De même, « I Am Sunshine » démarre en terrain connu avant de s’éloigner pour un refrain discret mais profondément satisfaisant, tandis que les couplets parlants de « Fail Bette » ajoutent un clin d’œil ludique à la procédure. Parfois, comme sur « What Have You Got To Lose », l’expérimentation semble se faire au détriment de ce qu’ils font le mieux ; le chant du morceau, un peu hors du temps, est plus intéressant » qu’agréable. Mais pour l’essentiel, Death of the Party montre un groupe qui se pousse activement à grandir. Ils ne sont peut-être plus les mêmes joyeux lurons qu’avant, mais même The Magic Gang ne peut pas rester jeune pour toujours.

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Throwing Muses: « Sun Racket »

14 septembre 2020

Throwing Muses est de retour avec son nouvel album, Sun Racket, et le groupe sert vraiment de parangon pour ce que la grande musique rock devrait être aujourd’hui. Restant fidèles à ce qu’ils font de mieux, Kristin Hersh (chant, guitare), Bernard Georges (basse) et David Narcizo (batterie) nous livrent un album à la fois obsédant et racé qui laissera tout auditeur agréablement hypnotisé par les voix sinistres et les riffs de guitare bruts. Le groupe a sorti dix albums depuis sa formation dans les années 80, et l’expertise musicale qu’il a accumulée est évidente dès la première chanson. Le talent de Throwing Muses aurait suffi à rendre Sun Racket jouable à l’infini, mais l’album déborde d’une âme honnête, signe que Throwing Muses n’a pas perdu son cœur ni son originalité malgré son succès à long terme. 

Throwing Muses semble vraiment considérer le lyrisme comme un véritable métier, car chaque ligne de chaque morceau est émotionnelle et révélatrice, mais pas dans le sens stéréotypé d’émotion positive. Les paroles sont rauques, tranchantes et abordent des parties plus sombres, mais peu remarquables de la vie avec un objectif honnête. Par exemple, dans la chanson « Milk At McDonald’s », Hersh livre « I don’t regret a single drop of alcohol », mettant brillamment en évidence la relation complexe entre vérité et responsabilité. Bien que la chanson puisse sembler avoir un sous-titre sombre – suggérant potentiellement une relation négative avec l’alcool – Hersh s’approprie ses paroles tout en reconnaissant ses comportements, indiquant qu’elle est sûre d’elle et confiante, laissant l’auditeur se sentir confiant en lui-même aussi. La prestation est presque désinvolte aussi, bien qu’excellente – on a l’impression que de lourdes bombes sont larguées à gauche et à droite sans autre explication.

Cela se produit également dans « Frosting », où Hersh demande « au ciel, peut-être qu’on ne vous traite pas de fou » (in heaven maybe they don’t call you crazy), ce qui indique un thème d’isolement social et de frustration dans Sun Racket, mais aussi un thème d’acceptation de soi. Ces thèmes et comportements désinvoltes incitent davantage l’auditeur à s’explorer intrinsèquement et éventuellement à accepter ses propres particularités. Cependant, l’album devient plus personnel, car Hersh évoque « un paradis fait parl’enfer » ( a heaven hell made) dans la dernière chanson « Sue’s ». Dans un morceau sur la relation au soi, cela peut être une déclaration polarisante qui laisse les gens divisés sur la question de savoir si l’album a une conclusion plus pessimiste ou plus optimiste quand il s’agit d’être coincé avec son soi. Il semble que Throwing Muses se demande si l’on peut ou non avoir une relation parfaite avec soi-même, ou s’il y aura toujours une partie plus sombre de cet individu, mais non provoquée. Personne n’a vraiment la réponse, mais c’est certainement une considération intéressante à mâcher. 

Throwing Muses ont également réussi à mélanger magistralement tous les instruments en un seul fleuve sonore cohérent, qui coule et s’écoule doucement dans un canyon. Certaines parties étaient plus rock, d’autres plus lentes, mais c’est ce qui est si merveilleux avec le e groupe, celui-ci sait comment transporter son public à travers les différentes variations de sa musique. Il s’afit presque du parfait mélange de calme et de tempête, si ctant est que ce soit possible. Une autre qualité frappante présente dans le travail instrumental du combo est le fait que l’auditeur peut réellement ressentir quelque chose en écoutant l’album. Non pas parce qu’il y a quelque chose de fou ou de sensationnel, mais parce qu’ils mélangent parfaitement les éléments classiques de la batterie, de la basse et de la guitare comme aucun autre.

Dans « Bywater », Hersh peut chanter des paroles obscures comme « Qui est le poisson rouge dans la toilette ? » Who’s goldfish in the toilet) sans qu’on lève trop les sourcils, ce qui indique les talents instrumentaux des Throwing Muses. Les instruments physiques n’ont jamais été en conflit avec le chant, mais celui-ci a plutôt servi d’instrument à part entière. Cela est particulièrement présent dans « Bo Diddley Bridge », où la prestation bourru » mais féminine de Hersh, couplée à l’éclat de la guitare, se déjoue magnifiquement tout au long de la chanson. Il convient également de mentionner qu’il y a très peu de paroles dans chaque chanson, et que celles-ci sont remplacées par des dizaines de lignes de basse, de riffs de guitare et de battements de batterie engageants qui affirment le génie musical de Throwing Muses. 

Dans l’ensemble, Throwing Muses a un talent certain pour réaliser un album de rock étonnant. Ils ont maîtrisé tous les éléments, non seulement au niveau des instruments, mais aussi dans l’élaboration de leurs paroles, qui sont à la fois précises et stimulantes. Il n’y a pas une mauvaise chanson sur Sun Racket, et les auditeurs auront certainement l’impression que la bonne musique se fait encore en 2020.

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Doves : « The Universal Want »

10 septembre 2020

Le retour de Doves marque un chapitre inédit et monumental dans une carrière durable, teintée d’acclamations et de succès mais le trio de Manchester ne s’est pas reposé sur ses lauriers, loin de là. Après une série de projets, il était, en effet, temps d’insuffler un peu d’air frais à l’héritage.

Des signes d’activité avaient été constatés. Il y avait eu une séance d’écriture dans le Peak District en 2017 et quelques spectacles au Royal Albert Hall et à la Somerset House de Londres l’année dernière. Les choses bougent depuis un certain temps, avec en point de mire l’aboutissement d’un cinquième album studio cette année. Impliquant le passé autant que le présent, ce disque montre une expression de clarté du début à la fin. Les dix titres de The Universal Want rendent avec fluidité et aisance un voyage plein d’âme et d’élévation, visitant des lieux extérieurs et intérieurs, procurant à l’auditeur un sentiment de satisfaction.

« Carousels », qui ouvre l’album, est un puissant projet d’introspection et offre une vibrance stellaire. L’inclusion d’un échantillon de batterie de Tony Allen ajoute une structure inventive. Les textures mélodiques, à la fois vives et rebondissantes, découvrent une chanson de beauté et créent un cheminement qui mène à « I Will Not Hide ».

Des lignes de guitare ondulantes et atmosphériques sont produites, formant une structure dans et autour de la mélodie avant que le flux organique et le refrain de « Broken Eyes » ne prennent le devant de la scène. Jusqu’à présent, chaque morceau a été entendu et a contribué à une écoute enthousiaste.

Ailleurs, l’émouvant « Prisoners » aborde le sujet de la santé mentale. Un moment inspiré, mené à la guitare, qui se construit avec drame, « Quand il y a du sang sur la scène/Pouvez-vous faire face à vos peurs ? Tout se termine ici/Les minutes les heures, les jours et les années » (When there’s blood on the stage/Could you face your fears?/It all ends here/The minutes the hours,/Days and years ). Ensuite, « Cycle of Hurt » éclaire l’atmosphère de lucidité et de dogmatisme à la voix douce, il apporte de la détermination et une issue.

Inspirée de l’afrobeat, « Mother Silver Lake » fournit une énergie percutante et la chanson dépeint une impressionnante dimension expérimentale. Elle est issue d’une session où de nouvelles idées ont vu le jour. Sa subtilité distincte, apparemment proche d’une sensation nocturne, ajoute des sentiments positifs de calme et de force intérieure.

La chanson titre « Universal Want » est un moment de substance. D’une voix critique, il remet en question les tendances consuméristes et demande : « Combien de temps avant de voir ce que je veux vraiment / jusqu’à ce que nous voyions ce dont nous avons vraiment besoin / l’universel » (How long til we see what I really want/’til we see what we really need/The universal).

Une victoire indéniable, le résultat du retour de Doves en studio vaut plus que ce qui est écrit à son propos. Un plaisir longuement attendu qui mérite un accueil chaleureux.

***1/2