Al Riggs & Lauren Francis: « Bile & Bone »

23 septembre 2020

Bile and Bone est le nouvel album de l’auteur-compositeur Al Riggs et de l’annihilatrice de guitare Lauren Francis. Après deux ans de travail, entre d’innombrables projets parallèles, « singles » et albums, et une première au festival de musique de Hopscotch en 2019, Al et Lauren ont enregistré cet album de neuf chansons dans deux appartements différents à New York, un appartement à Durham, une maison de l’autre côté de Durham, et d’autres enregistrements dans une autre maison de l’autre côté de Durham.

Le morceau-titre représente une approche quelque peu différente de l’écriture pour Al, comme elles l’expliquent, « la chanson était une collection de lignes et d’idées que j’avais pour d’autres compositions »… J’ai commencé à les assembler et j’ai eu l’impression de créer une friperie ou un prêteur sur gages à partir de ces idées, alors la chanson est devenue l’histoire d’un prêteur sur gages ». Après un scepticisme initial quant à son originalité, Lauren Francis en est venue à aimer le morceau, « au début, je me suis dit, bon sang, ça ressemble à « This Year » des Mountain Goats, mais c’est une bonne chose. Je voulais en faire notre propre chanson… c’est depuis lors devenu mon morceau préféré parce qu’il est si simple.

Musicalement, comme les meilleures collaborations, cela ressemble à la rencontre de deux mondes musicaux. Le parcours d’Al en tant qu’auteur-compositeur acoustique se confond avec les contributions de Lauren à la guitare, au piano et, comme elle l’explique, après que les deux hommes aient débattu de l’introduction d’une batterie complète, « j’ai ajouté la boucle de grosse caisse juste pour lui donner un peu d’élan ». Le morceau qui en résulte semble exister à deux rythmes différents, la voix facile d’Al et les méandres du piano semblent regarder le monde tourner, tandis que la pulsation de la grosse caisse ajoute une certaine urgence aux débats.

Les cordes et le piano électrique sont coupés par une guitare acoustique qui vacille parfois sur l’intrus. Les flirts avec le soft rock (« Werewolf »), la motorik pop (« Boyfriend Jacket ») et la ballade d’ambiance Eno-esque (« Apex Twin ») s’asseyent confortablement contre les fantômes de Fahey (« Dying Bedmaker Variations ») et les restes encombrés de poussière d’un prêteur sur gages (« Love Is An Old Bullet »).

Le morceau titre est un point culminant de fureur retenue, résumant l’air général de l’album avec un lyrisme volatile : « Je ne devrais pas être à un endroit/où je suis à genoux chaque soir/prier pour mes dirigeants/être abattu à vue » (I should not be in a place/where I am on my knees each night/praying for my leaders/to be shot down on sight) avec des harmonies pop classiques fournies par Rook Grubbs (Vaughn Aed).

« Love is An Old Bullet » sera pour certains une belle introduction, et pour ceux qui le savent déjà, un rappel supplémentaire que la combinaison d’Al et Lauren vient peut-être de commettre ici un disque convaincant de chez convaincant.

***1/2


Cults: « Host »

21 septembre 2020

« Trials », le morceau d’ouverture et le deuxième « single » du dernier album de Cults, Host, s’affiche avec une ligne de basse qui rôde comme l’envahisseur charismatique que chante la vocaliste Madeline Follin – « turning down the light / till you’re the only thing I see » (baisser la lumière / jusqu’à ce que tu sois la seule chose que je vois). Les cordes tendues qui ouvrent et ferment le morceau dans un élan quelque peu grandiose de nostalgie western spaghetti ne sont qu’un signe de la nouvelle gamme que Cults recherche.

Ici, sur leur quatrième album, ils ont fait quelques changements ; Follin révèle ses propres chansons pour la première fois et ils ont enregistré en utilisant des instruments en direct, ce qu’ils n’avaient pas exploré auparavant. Cette nouvelle production, plus expansive et expérimentale, se fait lentement depuis leurs débuts en 2011 – et pourtant, on vous pardonnerait de ne pas retrouver le son plus simple de leur passé, basé sur les synthés. 

« Masquerading » et « No Risk » sont relativement dépouillés et laissent les jeunes paroles de Follin s’étirer, ce qui en fait deux des morceaux les plus immédiatement captivants ici – et, à moins de trois minutes, il se trouve qu’ils sont aussi deux des morceaux les plus courts, ce qui n’est pas une coïncidence. Ce n’est pas que tout le reste soit long, c’est qu’ils sont ennuyeux.

Mais tout n’est pas dans ces nouveaux éléments. Si les arrangements de cor et de cordes donnent une teinte naturelle et plus dérangeante qui fonctionne (surtout sur « 8th Avenue »), c’est parfois l’électronique écrasante de Brian Oblivion qui enterre les éléments émotionnels. Le meilleur exemple en est « Spit You Out », un cliquetis qui – même s’il essaie – ne va nulle part, ce qui est ironique étant donné que le sujet de la chanson est d’échapper à ceux qui vous tirent vers le bas.

Cults ont toujours eu un charme créé en grande partie par leur simple son rétro ensoleillé qui dissimulait le désespoir et l’obscurité de leur contenu lyrique. C’est toujours le cas, et avec la lente distorsion de « Shoulders To My Feet », ils ont même réussi à tordre le son et les paroles ensemble mieux qu’auparavant. Sur ce morceau, Follin considère une relation toxique et la dévotion parasitaire que nous accordons souvent à ceux que nous ne comprenons pas : « Des épaules à mes pieds, tu es tout ce dont j’ai besoin / si seulement je pouvais calmer mon esprit » (Shoulders to my feet you’re everything I need / if only I could quiet my mind).

Host est un disque cohérent dans son élan vers la liberté, et le son et les paroles l’incarnent. Parfois, cela leur permet vraiment de s’envoler, et parfois, il faut se battre pour y arriver seul. C’est formidable de voir Cults prendre des risques et aller de l’avant, mais plus que tout, cela vous fait regretter leur passé.

***1/2


Alright: « I’m Doing This To Myself »

19 septembre 2020

Alright sont originaires de Caroline du Nord et ils écument la scène musicale à depuis un certain temps déjà. La chanteuse et guitariste Sarah Blumenthal et le bassiste Josh Robbins ont préparé leur premier LP avec plusieurs rafales courtes mais mesurées d’indie-punk flou. De ces brefs moments, mentionnons leur premier sept pouces et le EP On the Outs en 2018 ce qui, depuis, a permis au groupe de naviguer dansune certaine confusionavant de se décider à prendre quelques risques calculés.

Ce premier LP se veut signe de confiance en soi avec une mise en scène louble de la colère qui se justifie, selon eux, pour le bien de l’art. Il n’est donc guère étonnant que le produit fini s‘intitule I‘m Doing This to Myself.

Produit par Kyle Pulley (Kississippi, Thin Lips) et maîtrisé par Will Killingsworth, l’album s’appuie sur de s solides fondations. Ainsi « Lapse » et « Wild Dune » » sont deux morceaux de guitare pop épineux qui admettent que l’amour que nous cherchons peut s’avérer vain mais surtout qu’ils ont occasions de peocédéer à des changements radicaux, remarque qui permet de s’éloigner des clichés habituels.

Le malaise qui accompagne cles changements soudains s’accompagne d’une bande-son qui est ce qu’elle est, comme la section rythmique trépidante sur « Tiptoe » ou l’explosion nucléaire de « No Good », mais qui nous divertit par l’idée que les pensées intrusives sont des choses à considérer et emrasser.

Lorsque l’action s’arrête pour de brefs changements dans le livret, le flou se lèvera sur « Dewdrops » pour faire place à un couplet d’appel et de réponse, par exemple sur un « Steady », plus proche, où le désir de stabilité du groupe atteint un sommet créatif et cathartique.

Si les choix que nous faisons définissent souvent l’après-coup, tout le monde veut simplement trouver un équilibre entre ce qui est fait et ce qui est à venir. C’est quelque chose que Alright  a pratiqué sur lui-même et il l’a fait sans ménager sa peine. Effort à souligner même si celui-ci est quelque peu laborieux.

**1/2


Marsicans: « Ursa Major »

18 septembre 2020

Depuis le temps qu’il existe, il est certainement surprenant que le quatuor de Leeds Marsicans s’apprête à sortir son premier album. Il est, en effet, en mouvement depuis près d’une décennie déjà, l’incarnation actuelle du groupe ayant fait ses débuts avec le EP Chivalry en 2014 – puis, comme aujourd’hui, James Newbigging (chant principal/guitare), Oli Jameson (guitare/chant principal), Rob Brander (basse/clés/chant) et Matthew McHale (batterie/chant). En attendant, ils ont sorti un album qui vaut plus que des « singles » et deux EPs (l’autre étant Absence en 2016) avant même que la question de ce premier long play ne soit soulevée – et absolument rien de tout cela n’a été retenu.

Le fait qu’Ursa Major soit composé d’un matériel entièrement nouveau témoigne de leur confiance en soi. Le fait de ne pas inclure d’anciens morceaux favoris des fans peut en surprendre plus d’un, mais ce disque représente leur prochaine étape, et il est présenté comme tel : un nouveau départ pour un groupe qui tire un trait sur son passé. Leur son indie-pop, audacieux et changeant, est présent et pris en compte, mais leur premier album indique qu’il a connu une croissance significative. L’urgence et l’effervescence sont les traits dominants du groupe, comme en témoignent « Summery in Angus » et le puissant avant-dernier morceau « Leave Me Outside ». Ils ont pris de la vitesse, et il n’est pas difficile d’entendre pourquoi sur leur premier album – son titre est un clin d’œil à la fois à leur surnom (le nom de l’ours brun de Mars) et au fait qu’il s’agit de leur première grande déclaration en tant que groupe. Une écoute audacieuse et variée, qui ouvre la porte – après une brève introduction – avec le déferlement de « Juliet », qui combine des paroles qui parlent d’anxiété et de réflexion excessive avec une jubilation musicale.

Ce genre de contraste se retrouve tout au long du disque – c’est une juxtaposition courante mais néanmoins efficace ; même dans sa forme la plus exaltante, il y a un sentiment de malaise. « Newbigging », avec ses paroles, est mis en avant sur « Dr Jekyll », qui dirige la consommation d’alcool vers une personnalité différente et exagérée, tandis que « These Days » aborde la mauvaise santé mentale et les mécanismes d’adaptation, capturant sans effort l’humeur sociétale dominante avec son refrain « Je ne veux pas sortir la plupart du temps, ces jours-ci » ( I don’t wanna go outside most of the time, these days). « Can I Stay Here Forever (pt. II) », quant à lui, traite de la division politique et personnelle, balayée par la section rythmique de Brander et McHale avant de s’animer pour son refrain, lui-même dépassé par la brève coda instrumentale qui clôt la chanson avec faste.

Le groupe sait pertinemment quand il faut mettre un frein à son exubérance et montrer son côté plus doux. « Evie » contient l’un des textes les plus touchants de l’album, suivi d’un contrôle émotionnel sous la forme de « Someone Else’s Touch » (dont la mélodie, que les auditeurs aux oreilles aiguisées remarqueront, est préfigurée dans la brève introduction susmentionnée) – la pièce maîtresse du disque qui brise le cœur et qui résonnera certainement en live une fois que le groupe sera en mesure d’emmener ce nouveau set de chansons sur la route.

Mélangeant un lyrisme introspectif à la puissance et à la grandeur dont il a longtemps été capables, Ursa Major tient la promesse du groupe après une période de gestation qui semblait insupportable. Le fait de prendre leur temps en route vers leur premier album a permis au quatuor de se maîtriser et de maîtriser leur son, tout en se posant des questions sur la voie à suivre : une réintroduction de grande envergure qui agit comme une douce remise à zéro, embrassant l’immédiateté tout en affichant une certaine dentition. Leurs griffes sont sorties, et The Marsicans sont sur le point d’avoir un impact majeur.

****


Suburban Living: « How To Be Human »

17 septembre 2020

Ce groupe de Philadelphie présente ici son premier album depuis plusieurs années et l’attente en valait la peine. Wesley Bunch et qsn équipe ont créé un disque totalement immersif et captivant où il s’agit de rêve et d’ atmosphère mais aussi parfois chaotique, et surréaliste dans sa façon de décrire le voyage effectué au long de son écoute. Le meilleur atout de Suburban Living en tant que groupe est sa polyvalence. Chaque sortie introduit des éléments musicaux différents qui permettent de garder le projet frais et intéressant. Les premières sorties avaient une atmosphère sombre, presque gothique, alors que la précédente était plutôt du domaine de la pop de rêve. Avec How To Be Human, le groupe a plus d’éléments shoegaze mais reste cohérent avec l’obtention d’un son qui reste une esthétique reconnaissable du combo.

Le premier morceau, « Falling Water », commence par un synthé construit à la manière des guitares shoegazes qui seront utilisées durant le disque. Elles sont fortes et belles, ce qui ajoute de la profondeur au morceau, sous le chant délavé de Wesley. « Main Street » est plus proche d’un style new wave/dreampop avec une belle ambiance de synthétiseur pour appuyer le morceau. Ce morceau est agrémenté de guitares douces et scintillantes, ainsi que d’une ligne de basse groovy. « Glow » est très optimiste, et , à dautres tites, c’est un morceau qui se démarque de l’album en combinant des synthés à la sonorité douce et des guitares shoegaze. Elles sont abrasives, délavées, et s’étalent sur la piste pour la couvrir d’une ambiance onirique et atmosphérique. Le chant de Wesley se marie très bien avec les guitares, même si elles sont plus douces, elles s’intègrent parfaitement. C’est à peu près à la moitié du morceau que les guitares commencent à devenir folles. Elles s’étalent sur l’instrumentation et donnent une énergie de type My Bloody Valentine.

« Indigo Kids » pèsera plus lourd dans l’atmosphère en raison de ses lignes de synthé profondes. Le moment le plus marquant de ce morceau est le solo de saxophone à la fin. Il donne l’impression d’être un morceau de vaporwave, mais c’est quelque chose qui lui est propre. Une addiction géniale à la chanson « Dirt » ralentira les choses en utilisnt un climat plus détendue at une structure de synthé similaire à celle d’« Indigo Kids » en ce sens qu’il est décontracté, mais façonné de manière à ajouter une couche de profondeur au morceau. 

« 16 Hours » commence de manière sombre et lourde. La batterie d’ouverture et les motifs de synthé sont intenses, captivants et cinématiques et « No Rose » affichera la ligne de basse la plus percutante de tout le disque. Elle est lourde et grasse, ce qui laisse le morceau respirer et s’étendre pour permettre au groupe de faire son travail. Une fois que la base devient la toile de fond, les guitares commencent à faire ce son incroyablement réverbéré qui va progresser pour noyer le morceau.  « Video Love (T’s Corner) » et » »Once You Go » montre que Suburban Living ajoute ces synthés de façon importante au mixage et ils se combinent tous les deux pour clôturer l’album. 

La façon dont l’instrumentation fonctionne sur ces morceaux est incroyablement agréable à l’oreille. Des combinaisons fascinantes de guitares et de synthés sont utilisées sur ces morceaux qui emmènent l’auditeur dans une autre dimension.

L’ajout d’un synthétiseur beaucoup plus important est l’un des meilleurs aspects de ce disque, car il permet d’ajouter une atmosphère supplémentaire au son global du disque. Sans cela, ce disque aurait facilement pu être perdu dans le genre « dreampop ». Au lieu de cela, Suburban Living prend des risques et se lance des défis en tant que musicien et cela a porté ses fruits. N’importe quel auditeur peut reconnaître les patchs de synthétiseur, et le travail des autres musiciens est un travail complexe et d’un niveau supérieur. Le dernier cri doit encore aller au solo de saxophone sur « Indigo Kids » et aux sonorités sauvages de la guitare sur « Glow », des morceaux qui se démarquent nettement. Suburban Living est un groupe passionnant de Philadelphie qu’il ne faut pas négliger. Ils continuent à placer la barre très haut, tant sur le plan sonore que lyrique, pour donner leur meilleur disque et leur meilleur travail à ce jour !

***1/2


The Magic Gang: « Death Of The Party »

14 septembre 2020

« Nous sommes connus pour avoir des chansons qui ont toutes à peu près le même tempo, mais il y a des choses ici qui ne correspondent pas à ce que les gens attendent », avait informé The Magic Gang au début de l’année. Et c’est cet esprit – qui consiste à élargir avec force leurs horizons et à prouver aux sceptiques de leurs débuts ensoleillés et de bon temps qu’ils ont tort – qui sous-tend le deuxième opus de ce quatuor de Brighton. D’une certaine manière, c’est dommage ; il y avait une sorte de positivité à l’égard de cet album qui semble s’être perdue la deuxième fois, peut-être naturellement, peut-être par choix. Mais si Death of the Party trouve un groupe plus lassé de la scène mondiale, il y a encore de nombreux moments où la façon naturelle dont The Magic Gang joue une mélodie sur laquelle il ne peut pas s’empêcher de briller. Le « single » « Take Back The Track » est, de ce point de vue, un joyau effervescent et crypto disco qui exploite le meilleur de leurs nouvelles tendances.

De même, « I Am Sunshine » démarre en terrain connu avant de s’éloigner pour un refrain discret mais profondément satisfaisant, tandis que les couplets parlants de « Fail Bette » ajoutent un clin d’œil ludique à la procédure. Parfois, comme sur « What Have You Got To Lose », l’expérimentation semble se faire au détriment de ce qu’ils font le mieux ; le chant du morceau, un peu hors du temps, est plus intéressant » qu’agréable. Mais pour l’essentiel, Death of the Party montre un groupe qui se pousse activement à grandir. Ils ne sont peut-être plus les mêmes joyeux lurons qu’avant, mais même The Magic Gang ne peut pas rester jeune pour toujours.

***


Throwing Muses: « Sun Racket »

14 septembre 2020

Throwing Muses est de retour avec son nouvel album, Sun Racket, et le groupe sert vraiment de parangon pour ce que la grande musique rock devrait être aujourd’hui. Restant fidèles à ce qu’ils font de mieux, Kristin Hersh (chant, guitare), Bernard Georges (basse) et David Narcizo (batterie) nous livrent un album à la fois obsédant et racé qui laissera tout auditeur agréablement hypnotisé par les voix sinistres et les riffs de guitare bruts. Le groupe a sorti dix albums depuis sa formation dans les années 80, et l’expertise musicale qu’il a accumulée est évidente dès la première chanson. Le talent de Throwing Muses aurait suffi à rendre Sun Racket jouable à l’infini, mais l’album déborde d’une âme honnête, signe que Throwing Muses n’a pas perdu son cœur ni son originalité malgré son succès à long terme. 

Throwing Muses semble vraiment considérer le lyrisme comme un véritable métier, car chaque ligne de chaque morceau est émotionnelle et révélatrice, mais pas dans le sens stéréotypé d’émotion positive. Les paroles sont rauques, tranchantes et abordent des parties plus sombres, mais peu remarquables de la vie avec un objectif honnête. Par exemple, dans la chanson « Milk At McDonald’s », Hersh livre « I don’t regret a single drop of alcohol », mettant brillamment en évidence la relation complexe entre vérité et responsabilité. Bien que la chanson puisse sembler avoir un sous-titre sombre – suggérant potentiellement une relation négative avec l’alcool – Hersh s’approprie ses paroles tout en reconnaissant ses comportements, indiquant qu’elle est sûre d’elle et confiante, laissant l’auditeur se sentir confiant en lui-même aussi. La prestation est presque désinvolte aussi, bien qu’excellente – on a l’impression que de lourdes bombes sont larguées à gauche et à droite sans autre explication.

Cela se produit également dans « Frosting », où Hersh demande « au ciel, peut-être qu’on ne vous traite pas de fou » (in heaven maybe they don’t call you crazy), ce qui indique un thème d’isolement social et de frustration dans Sun Racket, mais aussi un thème d’acceptation de soi. Ces thèmes et comportements désinvoltes incitent davantage l’auditeur à s’explorer intrinsèquement et éventuellement à accepter ses propres particularités. Cependant, l’album devient plus personnel, car Hersh évoque « un paradis fait parl’enfer » ( a heaven hell made) dans la dernière chanson « Sue’s ». Dans un morceau sur la relation au soi, cela peut être une déclaration polarisante qui laisse les gens divisés sur la question de savoir si l’album a une conclusion plus pessimiste ou plus optimiste quand il s’agit d’être coincé avec son soi. Il semble que Throwing Muses se demande si l’on peut ou non avoir une relation parfaite avec soi-même, ou s’il y aura toujours une partie plus sombre de cet individu, mais non provoquée. Personne n’a vraiment la réponse, mais c’est certainement une considération intéressante à mâcher. 

Throwing Muses ont également réussi à mélanger magistralement tous les instruments en un seul fleuve sonore cohérent, qui coule et s’écoule doucement dans un canyon. Certaines parties étaient plus rock, d’autres plus lentes, mais c’est ce qui est si merveilleux avec le e groupe, celui-ci sait comment transporter son public à travers les différentes variations de sa musique. Il s’afit presque du parfait mélange de calme et de tempête, si ctant est que ce soit possible. Une autre qualité frappante présente dans le travail instrumental du combo est le fait que l’auditeur peut réellement ressentir quelque chose en écoutant l’album. Non pas parce qu’il y a quelque chose de fou ou de sensationnel, mais parce qu’ils mélangent parfaitement les éléments classiques de la batterie, de la basse et de la guitare comme aucun autre.

Dans « Bywater », Hersh peut chanter des paroles obscures comme « Qui est le poisson rouge dans la toilette ? » Who’s goldfish in the toilet) sans qu’on lève trop les sourcils, ce qui indique les talents instrumentaux des Throwing Muses. Les instruments physiques n’ont jamais été en conflit avec le chant, mais celui-ci a plutôt servi d’instrument à part entière. Cela est particulièrement présent dans « Bo Diddley Bridge », où la prestation bourru » mais féminine de Hersh, couplée à l’éclat de la guitare, se déjoue magnifiquement tout au long de la chanson. Il convient également de mentionner qu’il y a très peu de paroles dans chaque chanson, et que celles-ci sont remplacées par des dizaines de lignes de basse, de riffs de guitare et de battements de batterie engageants qui affirment le génie musical de Throwing Muses. 

Dans l’ensemble, Throwing Muses a un talent certain pour réaliser un album de rock étonnant. Ils ont maîtrisé tous les éléments, non seulement au niveau des instruments, mais aussi dans l’élaboration de leurs paroles, qui sont à la fois précises et stimulantes. Il n’y a pas une mauvaise chanson sur Sun Racket, et les auditeurs auront certainement l’impression que la bonne musique se fait encore en 2020.

****


Doves : « The Universal Want »

10 septembre 2020

Le retour de Doves marque un chapitre inédit et monumental dans une carrière durable, teintée d’acclamations et de succès mais le trio de Manchester ne s’est pas reposé sur ses lauriers, loin de là. Après une série de projets, il était, en effet, temps d’insuffler un peu d’air frais à l’héritage.

Des signes d’activité avaient été constatés. Il y avait eu une séance d’écriture dans le Peak District en 2017 et quelques spectacles au Royal Albert Hall et à la Somerset House de Londres l’année dernière. Les choses bougent depuis un certain temps, avec en point de mire l’aboutissement d’un cinquième album studio cette année. Impliquant le passé autant que le présent, ce disque montre une expression de clarté du début à la fin. Les dix titres de The Universal Want rendent avec fluidité et aisance un voyage plein d’âme et d’élévation, visitant des lieux extérieurs et intérieurs, procurant à l’auditeur un sentiment de satisfaction.

« Carousels », qui ouvre l’album, est un puissant projet d’introspection et offre une vibrance stellaire. L’inclusion d’un échantillon de batterie de Tony Allen ajoute une structure inventive. Les textures mélodiques, à la fois vives et rebondissantes, découvrent une chanson de beauté et créent un cheminement qui mène à « I Will Not Hide ».

Des lignes de guitare ondulantes et atmosphériques sont produites, formant une structure dans et autour de la mélodie avant que le flux organique et le refrain de « Broken Eyes » ne prennent le devant de la scène. Jusqu’à présent, chaque morceau a été entendu et a contribué à une écoute enthousiaste.

Ailleurs, l’émouvant « Prisoners » aborde le sujet de la santé mentale. Un moment inspiré, mené à la guitare, qui se construit avec drame, « Quand il y a du sang sur la scène/Pouvez-vous faire face à vos peurs ? Tout se termine ici/Les minutes les heures, les jours et les années » (When there’s blood on the stage/Could you face your fears?/It all ends here/The minutes the hours,/Days and years ). Ensuite, « Cycle of Hurt » éclaire l’atmosphère de lucidité et de dogmatisme à la voix douce, il apporte de la détermination et une issue.

Inspirée de l’afrobeat, « Mother Silver Lake » fournit une énergie percutante et la chanson dépeint une impressionnante dimension expérimentale. Elle est issue d’une session où de nouvelles idées ont vu le jour. Sa subtilité distincte, apparemment proche d’une sensation nocturne, ajoute des sentiments positifs de calme et de force intérieure.

La chanson titre « Universal Want » est un moment de substance. D’une voix critique, il remet en question les tendances consuméristes et demande : « Combien de temps avant de voir ce que je veux vraiment / jusqu’à ce que nous voyions ce dont nous avons vraiment besoin / l’universel » (How long til we see what I really want/’til we see what we really need/The universal).

Une victoire indéniable, le résultat du retour de Doves en studio vaut plus que ce qui est écrit à son propos. Un plaisir longuement attendu qui mérite un accueil chaleureux.

***1/2


Knot : « Knot »

1 septembre 2020

Parfois, des cendres naît quelque chose d’encore plus étonnant et plus beau que ce qu’il y avait autrefois, Knot prouve que cet axiome est tout à fait vrai. Avec leur premier album éponyme, Knot, le quatuor composé de Jonah Furman, Aaron Ratoff, Ian Becker et Joe Demanuelle-Hall, a réalisé un album plein d’intenses questions, de colère montante et d’une interconnexion universelle. Les guitares de Furman et de Demanuelle-Hall s’entremêlent et s’écartent l’une de l’autre à travers des leads chargés de tension et de slithing et des accords de chunking derrière une section rythmique solide et martelante. Ce disque montre comment les gens interagissent et se traitent les uns les autres dans une société qui semble toujours au bord de l’effondrement ou du changement et examine comment les structures de la vie ont besoin d’être encouragées et encouragées pour progresser. 

« Fallow » commence avec des guitares qui sonnent et qui dansent tranquillement, des basses qui s’envolent, avant de s’abandonner à une histoire tortueuse et enchevêtrée sur la façon de tirer le meilleur parti des circonstances les plus stériles. La voix de Furman frémit et s’élève tout au long de la lente construction et de la combustion tout en lâchant des lignes sur la revitalisation et une forme de renaissance comme « Fallow/ the fields considered/the use and goodness of dew and moisture/So I considered/The use and goodness… of EVERYTHING » (Jachère/ les champs considérés/ l’utilisation et la bonté de la rosée et de l’humidité/ donc j’ai considéré/ l’utilisation et la bonté… de TOUT ) et « After some real time wringinging/hollow/ the thought occurrence/change is key… » (Après quelques tiraillements en temps réel, le changement de pensée est la clé…). « Justice » est un morceau anxiogène qui se tortille et qui fait saillie, avec des arrêts brusques et des changements de signature temporelle, tandis que le chant de Furman transmet un sentiment de force formidable. Furman chante les prises de conscience que le fait de se joindre à une union, que ce soit sur le plan interpersonnel ou social, est le moyen d’opérer un véritable changement et d’apporter de la compassion et de l’amour à tout ce que l’on fait et à la bonne façon de progresser.

« I Live in Fear » est un examen de la paranoïa chez ceux qui ont un pouvoir ou un privilège et de son impact sur la vie quotidienne. Furman chante ici le point de vue d’une personne privilégiée à son insu qui se heurte à des inconvénients mineurs comme un enfant qui pleure de faim dans un café, ou comment le fait de renoncer à une partie du pouvoir par des actions attentionnées pourrait conduire à un soulèvement théorique. Le titre s’avère être une condamnation incisive de ceux qui manquent d’empathie ou de ceux dont le statut socio-économique est confortable et qui montrent une réticence à travailler à l’égalité et à un meilleur mode de vie pour tous. « The World » est un autre examen de la façon dont on peut travailler à faire de quelque chose d’aussi grand un endroit meilleur pour plus de gens et se lancer à fond dans cette entreprise, ce qui se traduit par une impressionnante démonstration musicale de roulement de tambour et de riffs de guitare déchiquetés et fracassants. Furman répète le mantra « Je ne veux pas d’un autre monde/Je veux celui-ci… » (I don’t want another world/I want this one…) tout en reconnaissant que des changements doivent avoir lieu et que le fait de travailler pour y parvenir entraîne une imprévisibilité difficile qui devient nécessaire.

Bien que certaines choses puissent être et seront toujours présentes, Knot a établi un dossier qui est très proche du présent et qui vous demande de travailler à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur. Knot est un défi pour tous ceux qui écoutent, qui persévèrent et qui s’efforcent de résoudre des problèmes dans leur vie personnelle et sociale.   Ce disque montre un groupe qui a quelque chose de substantiel musicalement et lyriquement à ajouter à la mêlée et qui le fait d’une manière unique et réfléchie. C’est un disque qui se pousse et ne relâche pas ses efforts pour atteindre ses ambitions. Il y a un nous à tout ce qui est exposé ici, Furman et compagnie ont ajouté quelques nouvelles allées musicales et lyriques à explorer de manière réfléchie et mesurée. Knot est un disque qui place la barre très haut à bien des égards et vous encourage à travailler dur pour votre propre croissance ainsi que pour la promesse d’un autre avenir.

***1/2


Silverbacks: « Fad »

30 août 2020

Il peut être tentant de comparer les Silverbacks à leurs contemporains irlandais Fontaines D.C et The Murder Capital, après tout on peut tracer des lignes entre le marasme et les atmosphères parfois menaçantes créées par ces groupes. Mais le premier album des Silverbacks, Fad, est un hommage à un échantillon plus large de genres.

Les Dublinois était à l’origine un projet entre les frères Daniel et Killian O’Kelly, qui ont téléchargé des démos inspirées de Strokes sur Soundcloud. Plus tard, les projets de formation d’un groupe ont été abandonnés par un membre du groupe qui a déménagé, ce qui a allongé le processus de constitution d’un contingent complet. Aujourd’hui dans la trentaine, Fad aura mis beaucoup de temps à voir le jour.

L’album est un voyage à travers leurs influences post punk, new wave et art/indie rock. Le premier riff de l’album sur « Dunkirk » semble trembler de trépidation, mais il est bientôt fléchi et interpolé avec d’autres riffs pour produire un chaos organisé qui n’est pas très différent de celui de Parquet Courts.

Les Silverbacks sont un groupe qui sait manifestement s’amuser avec une guitare. Sur « Just in the Band », on a l’impression d’être dans un filet tentaculaire, les riffs s’étendent, s’élancent en angle aigu comme si on regardait un plan du métro londonien en mouvement. Ils puisent directement dans leurs influences, « Fad ’95 » est ouvertement influencé par Pavement au point qu’il réclame à grands cris ne serait-ce qu’un soupçon de nuance.

Une constante dans les paroles est le thème des générations et de la responsabilité générationnelle, que l’on peut explorer au mieux dans « Drink It Down ». Le tempo et la voix sont comme une montée de sang, car ils évoquent les tendances destructrices de l’histoire, le fait est que chaque génération a été coupable de haine inutile et d’effusion de sang, « une haine pour quelque chose de différent qui brûle jusqu’à la moelle » (a hatred for something different that burns to the core).

Dans une récente interview avec NME, Daniel a parlé du stéréotype de l’irlandais heureux et chanceux mais a souligné que les immigrants irlandais ont contribué au racisme inhérent à l’Amérique. Il y a une portée plus large à cela sur « Drink It Down », disant que les ancêtres ont amplifié cette haine immense et que des générations plus tard, on lutte toujours contre des idéaux racistes et haineux.

Les paroles de « Drink It Down » sont choisies par la bande, qui ne se réjouit pas de ses observations, mais se tourne vers l’humour pour juxtaposer le contexte d’une chanson, « ce n’était pas Jésus qui n’était qu’un connard en robe de chambre » (that wasn’t Jesus that was just some fucker in a dressing gown). « Klub Silberrucken » » est l’un des morceaux dans lesquels la bassiste Emma Hanlon prend la tête du chant, l’instrumentation est fréquente dans des accès de fureur à l’accroche, comme ceux que des groupes comme Working Men’s Club ont produit récemment.

Fad est un album amusant, voire jouissif, avec des riffs de guitare et des crochets à foison, mais il s’embourbera parfois en jouant trop près de ses influences. Il y a aussi l’ajout de trois morceaux instrumentaux, dont deux à l’intérieur d’un même morceau qui ne contribuent pas à l’expérience d’écoute, en fait qui semblent être une divergence inutile. On y trouve un pic lyrique parfois trop clair qui peut affecter l’engagement avec le reste de l’album mais il fournit un regard intéressant à travers le trou de serrure des différents genres de rock.

***1/2