Gorgeous: « Egg »

Gorgeous est un duo de Brooklyn mené par Dana Lipperman (chant, guitare) et Judd Anderman (batterie) et dont Egg constitue le « debut album ». À mi-chemin entre math-rock et sludge-pop, la musique de Gorgeous est inréressante sans se montrer, toutefois, palpitante. Avec la voix si enchanteresse de Dana Lipperman et les instrumentations denses et complexes du morceau introductif, « There Is No There », ou bien encore « Shed Boys » et « Painted », les deux new-yorkais affichent une attitude quelque peu un peu comme Deerhoof sur, par exemple, le rythme presque boogie de « Metalhead ».

Avec Egg, il ne faut pas s’attendre à quelque chose de simple, mimi et policé.On a droit, en effet, à des riffs quasi-doom et des martèlements de batterie notamment sur le fuzzy « Never Forever » et « Material World ». Gorgeus signifie « joli » ; ici on a plutôt droit à de la véhémence mâtinée d’arpèges plus délicats hélas trop vaporisés.

**1/2

October Drift: « Forever Whatever »

Dans un passé encore assez proche, October Drift a urait pu avoir un suuccès massif. Leur rock indié robuste mais tourbillonnant aurait impressionné un public post-punk ou peut-être fait des merveilles à l’apogée de la Britpop. Mais aujourd’hui, bien que promettant sporadiquement quelque chose de spécial ile combo sonne un peu trop apprivoisé pour pouvoir envisager de triompher.

Les quatre musiciens du Somerset, au Royaume-Uni, ne ffont réellement rien de mal sur leur premier album Forever Whatever, mais ils ne possèdent pas non plus grand-chose qi soit susceptible de nous émouvoir. L’ouverture « Losing My Touch » arbore un son béat et shoegaze avec des riffs bien charnus mais jamais glissants, et la psalmodie floue du choris mérite d’être norée. Mais, à mesure que l’album se poursuit, les choses se font très vite un plates et quelque peu monotones.

Une trop grossee partie de l’album semble avaoir été posée sur un seul support et être restée sur place et des titres comme « Cherry Red », « Milky Blue » et « Cinnamon Girl » ne contribuent pas à dissiper cette impression.

October Drift coche certes toutes les cases d’un formulaire indie-rock, les choses ne s’améliorent de façon flagrante que lorsqu’il tentent de s’en éloigner. La fin de « Don’t Give Me Hope » prouve que le groupe sait se faire fort et direct s’il le veut, et « Naked », dépouillé mais toujours luxuriant avec piano, cordes et réverbération, apporte un peu de tranchant et de couleurs. Hélas, les musiciens ne s’aventurent jamais assez loin. Au lieu de coupures épiques destinées aux soirées dans les clubs et aux gros titres des festivals, nous n’obtenons que de brefs moments engageants et pas assez d’impact durable.

À l’avenir, October Drift devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour ignorer les normes et les stéréotypes et enregistrer ce genre d’expériences plus entreprenantes.

**1/2

Shunkan: « Cumberland Falls »

Shunkan avait fait ses premières preuves avec son premier album nommé The Pink Noise en 2015. Le quatuor de Los Angeles mené par la charismatique chanteuse Marika Sakimoto est maintenant de retour un avec Cumberland Falls qui espère paller au relatif insuccès de son « debut album ».

Débutant de façon doux avec le mélancolique « I’m Not Cool » où Marika Sakimoto raconte, sans doute comme catharsis, comment un agresseur a bien profité d’elle adurant plusieurs années. Soniquement, Shunkan incorpore des éléments shoegaze, jangle-pop et power-pop sur des compositions plutôt efficaces comme « Smokey Robinson », ou encore « Chemtrails » et « The Ritual ».

La Californienne est animée par une rage et une envie d’en découdre en ressassant ses moments de solitude et de paranoïa comme sur « Mornings In The Afterlife », « Rip » et « Honey ». La chanteuse et guitariste cicatrise comme elle peut ses bribes d’un passé qui l’ont brisée. Plus on progresse sur Cumberland Falls, plus son envie de chasser ses démons paraît évident sur « Little Hell » et « Bloody Winter ». Pour ce second opus, Shunkan exorcise tous ses vieux démons à travers des morceaux passionnants et empreints d’une nostalgie dont on se doit de souligner l’ambiguité entre bourreau et victime.

***1/2

Husky Loops: « I Can’t Even Speak English »

Si on devait résumer ce premier album de Husky Loops, I Cant Even Speak English, on pourrait suggérer d’écouter le premier titre « A Message From Lily To A Friend ». Ici, la protagoniste de la chanson, Lily, décrit l’album avec les phrases comme celle-ci : « lus vous l’écoutez, plus il y a de pétards qui sortent »ou cette autre : » »chaque chanson a une construction ». Elle n’a pas tort.

Tout comme le reste de ces titres, cet album comprend quinze morceaux extrêmement originaux et révolutionnaires qui purraient mettre à jour le livre des règles du rock. L’album est conçu pour être inclusif et fédérer tout le monde, ce qui est mis en évidence par l’idée géniale d’avoir une pochette personnalisable. Chaque album (qu’il soit physique ou numérique) acheté sera accompagné d’un stylo, permettant aux fans d’interpréter ce que le titre signifie pour eux. Cela brise complètement le mur entre les musiciens et les fans, car cela leur permet de contribuer au produit fini de Husky Loops, en créant une nouvelle touche personnelle à la musique.

La bonne nouvelle chez Husky Loops est qu’on y a la garantie que chaque nouvelle chanson sonnera différemment de la précédente. Pour eux, il n’y a pas de formule pour écrire un titre rock, chose qui est évidente dans I Can’t Even Speak English. Combinant synthés et effets lourds avec de vrais instruments, le groupe privilégie une fusion de moderne et de classique.

Malgré le niveau de bruit élevé de certaines chansons, chacune d’entre elles a évidemment été pensée à la seconde près. « Good as Gold » a une section centrale déplacée où tous les instruments s’arrêtent et où ce qui semble être un enregistrement joue. C’est efficace parce que c’est complètement anormal et surprenant pour nos oreilles taillées sur mesure.

« Temporary Volcano » affiche une voix automatique peu claire pour contribuer au thème électronique de la chanson qui crée un style moderne. Ce thème est lié à l’idée contenue dans les paroles qui mettent l’accent sur la cupidité de la société (« Je reçois de l’argent et je le dépense ») et sur la façon dont l’argent est si facilement gaspillé..

« Enemy Is Yourself » est un autre morceau innovant qui parle de luttes plus modernes – apprendre à s’accepter soi-même. Une fois de plus, nous entendons une autre voix générée par ordinateur qui répète le titre tout au long du morceau pour tenter de nous faire comprendre qui est le véritable ennemi. Combattre une guerre qui n’est même pas la nôtre est l’une des lignes qui décrit comment nous sommes prompts à nous impliquer et à blâmer les autres, sans pour autant trouver nos propres défauts.

En contraste avec ces chansons au rythme rapide, on nous montre qu’il n’est pas non plus hors de question de ralentir le rythme. « The Reasonable Thing » est la chanson la plus dépouillée, complétée par le tempo le plus lent, mais le groupe parvient à la rendre divertissante. On peut entendre une guitare brumeuse dans ce morceau créant un effet hypnotique, sous la colère d’une ligne de basse aiguisée et du chant du chanteur principal .

« J oy(Outro) » est la dernière chanson de l’album, et à ce stade, vous vous demandez peut-être ce que ce groupe pourrait faire de plus nouveau dans le monde de la musique. La réponse : écrire une chanson sur le champ. Le morceau commence avec Forni qui dit que « personne n’écrit jamais une chanson qui parle de ce qu’ils font en ce moment ». Le résultat est charmant, avec deux des trois membres du groupe qui s’échangent des idées. « Je suis assis au piano et je vais jouer un autre accord » avant de terminer par « je ne sais plus quoi dire ».

Husky Loops s’attaque ainsi de front aux luttes modernes tout en combattant les limites du rock et le statut de ce qu’est la création. Vivement l’album numéro 2qui confirmera que le combo parle bien d’autres langages.

****

Beach Slang: « The Deadbeat Bang Of Heartbreak City »

Après deux albums et une courte traversée du désert, ce groupe prometteur issu de Philadelphie sort un nouvel opus comme témoignage et exorcisme d’une période troublée, The Deadbeat Bang Of Heartbreak City.

Ici, Beach Slang effectue un virage à 90 degrés en prenant des sonorités à mi-chemin entre punk-rock et hard-rock FM des années 1970-1980 avec « All The Kids In LA » qui ouvre les hostilités mais également « Let It Ride », « Tommy In The 80s » pour le meilleur comme pour le pire.

The Deadbeat Bang Of Heartbreak City veut faire table rase du passé du mieux qu’il peut avec des titres enflammés comme « Stiff », « Sticky Thumbs » ou encore « Kicking Over Bottles » qui flirtent avec le rockabilly. Cependant, Beach Slang arrive à se diversifier à travers des ballades plus touchantes telles que « Nobody Say Nothing » et « Nowhere Bus » ou encore sur la conclusion intitulée « Bar No One » où James Alex met en scène sa propre mort. Bien évidemment, ce nouvel album du groupe de Philadelphie ne va certainement renouer avec la gloire des albums précédents mais il pourra confirmer que le groupe est de retour, pour un meilleur bien éloigné d’un pire qu’on aurait pu craindre.

***

Of Montreal: « UR FUN »

UR FUN ? Seulement deux mots, dont une abréviation ? Où sont les formules grandiloquentes ? La mythologie, le psychédélisme, les références shakespeariennes, ou victorienne, ou de science-fiction ? Changement radical dans l’abondante production de Kevin Barnes ? C’est vrai qu’on avait depuis un temps cessé de prêter attention, la combinaison esthétique naïf-thèmes noirs finissant par lasser. Le paradoxe s’y trouve toujours, mais il est vrai que UR FUN marque un tournant, en quelque sorte. D’abord, finis les costumes.

Puis, les références sonores vont pêcher dans les synthés et drum machine façon années 1980. Cyndi Lauper et Janet Jackson, a même cité Barnes ! Il a indiqué vouloir faire un disque sur lequel toutes les chansons pourraient être des succès radio. On n’en est pas encore tout à fait là. Si les extraits déjà dévoilés (« Peace to All Freaks », « Polyaneurism », « You’ve Had Me Everywhere ») révèlent des qualités pop incontestables, il est — comme toujours chez Of Montreal — difficile de faire fi du remplissage.

***1/2

Seabuckthorn: « Crossing »

Seabuckthorn s’était fait remarquer par un album solennel nommé A Horse With Too Much Fire paru l’an dernier. Alors que l’on pensait qu’Andy Cartwright allait effectuer une courte pause après un tel disque, il nous détrompre avec un nouvel album intitulé Crossing.

Pour ce nouvel ouvrage discographique, Seabuckthorn s’aventure vers des contrées plus ambient et drone tout en restant dans ses recoins blues et folk. Cela donne un disque instrumental planant et un brin inquiétant avec des titres lancinants et magnétiques allant de « Premonitions » à « I Encountered Only Dark » en passant par « The Cloud And The Redness », « The After Quiet » ou bien encore « The Observatory » qui regorgent d’une incroyable beauté.

Crossing est composé de trois intermèdes musicales qui assure parfaitement la cohésion de ce disque si fantomatique et voyageur. Seabuckthorn est dans son élément lorsqu’il s’agit de naviguer dans des recoins dronesques que ce soit sur « It Can Ashen », « Cleanse » ou bien sur « The Surrounds ». S’achevant sur un glorieux « Crossed », le musicien britannique prouve qu’il n’est pas à court d’inspiration avec ce disque chavirant mais aussi éthéré.

***1/2

Circa Waves: « Happy »

On peut apprécier lidée de diviser un album en deux parties avec des états émotionnels différents qui y sont attachés. Circa Waves a aussi une bonne discographie et bien que tout le monde n’ait pas pris goût à leurs différentes sonorités au fil des ans, on se doit de noter la façon dont ce groupe a évolué, passant de vibes glaciales à des riffs de guitare plus duress dans Different Creatures. L’album What’s It Like Over There était une tentative de réflexion sur le parcours du groupe, avec de très beaux morceaux qui, bien que pas si mémorables, ont bien fait d’ancrer le groupe dans un nouveau chapitre. Cette année, cependant, Circa Waves ajoute quelque chose de différent à ce mélange – une sortie d’album en deux parties, bien nommée Happy/Sad.

Happy est exactement ce qui est écrit : une collection de chansons édifiantes et rassurantes. On y retrouve une combinaison des premiers travaux du groupe, y compris des chansons qui s’inspirent de « T-Shirt Weather « et qui ramènent ce tempo plus rapide qui a rendu le groupe si attachant il y a quelques années. Des riffs plus durs, qui s’harmonisent avec les morceaux plus lents pour donner un LP de 7 titres qui fait tourner la tête, complètent le tout.

La sélection des pistes et la progression de ce mix est vraiment bien travaillée là également, à commencer par le « single » « Jacqueline ». Ce morceau accrocheur et à la voix lourde fonctionne bien pour commencer l’album sur une note optimiste avant de faire monter la température pour « Be Your Drug », untitrequi ressemble beaucoup à « Wake Up », Cette composition s’ancre dans « Move To San Francisco », une autre chanson très vocale avec des paroles qui vont vous rester en tête. Le reste de l’album revient à un tempo plus rapide avant de s’esclaffer sur les breaks et de laisser une guitare acoustique et des cordes ralentir les choses et apporter une sensation beaucoup plus réfléchie à un « Love You More » qui sert finalement de dégustation pour la deuxième partie de ce LP à venir plus tard.

Bien qu’il n’y ait rien de particulièrement révolutionnaire ici, l’album lui-même est très amusant et rempli de titres vraiment addictifs. Cette compilation de chansons toniques et reoboratives fonctionne étonnamment bien , presque comme une concept-album dont on aura hâte de lire la suite dans sa deuxième partie.

***1/2

Have A Nice Life: « Sea of Worry »

De l’ambitieuse et obsédante mélancolie de Deathconsciousness à la ferveur dépressive de The Unnatural World, Have a Nice Life ont passé une grande partie de leur temps à concevoir des albums conçus pour refléter une véritable vision du monde plongée dans l’obscurité, ou peut-être submergée dans le nihilisme. Ces albums sont aussi philosophiques que cohérents avec les expériences de vie et les influences du chanteur Dan Barrett et du guitariste Tim Macuga. L’aspect le plus intéressant du troisième album du groupe, Sea of Worry, est qu’il montre une croissance et une maturité tout aussi étonnantes et profondes.

Sea of Worry est une nouvelle aventure pour le combo. Maintenant élargi à un ensemble complet, le dynamisme et le son inhérents au groupe ont atteint des sommets sans précédents. Sea of Worry est ainsi divisé en deux moitiés, qui fonctionnent chacune de manière distincte. A travers cette dichotomie, nous voyons que si les deux parties caressent avec lyrisme les limites d’un oubli existentiel, elles opèrent sous deux formes esthétiques différentes. C’est effectivement le présent qui rencontre le passé, réalisé dans un effort beaucoup plus rigoureux. En tant qu’album, les deux faces, les deux moitiés évitent les spirales parfois sans directions de leurs précédents LPs mais opèrent au contraire avec une fixation et un calme qui véhiculent la maturation et la planification.

La première moitié commence par le morceau-titre, qui s’appuie fortement sur le post-punk avec des sons de guitare flous et une basse pulsante qui momifie le morceau dans des tranchées souterraines d’un noir abyssal. Son refrain est, une fois de plus, un testament dans sa brutale honnêteté ; le message est sombre, la potentialité de fonctionner dans une apocalypse environnementale dystopique et corporatiste est quelque chose que nous vivons déjà, nous choisissons simplement de ne pas l’accepter. Cette chanson est optimiste, mais ne soyez pas dupes, il y a une masse de brutalité lyrique sous la surface.

Poursuivant les explorations de sarabande gothique, les aspirations pop de « Dracula Bell » » bénéficient des guitares articulées de Macuga. C’est la deuxième partie du morceau qui devrait dissiper toute idée de rupture avec les sonorités antérieures du groupe. Après une pause, une ligne de basse si macabre que l’on a l’impression que son manche est raclé sur le béton, tandis que la batterie explose en fragments sur un fond de pianos déchiquetés. La voix appelle le morceau dans une masse décadente de bruit apocalyptique. « Science Beat » agit comme un merveilleux nettoyeur pour une palais de velours, tout en maintenant l’élan de l’album. Magnifiquement harmonique, contemplatif et riche, il y a une superposition veloutée à sa production qui flotte dans l’espace éthéré, se terminant avec le morceau vocal qui se déploie dans la répétition sans fin d’une des lignes les plus obsédantes et les plus belles de la carrière de HANL et sa référence à une main invisible qui guide un coeur en errance.

La première « mi-temps » se termine de façon surprenante avec « Trespassers W », une véritable mine d’or pop. C’est aussi l’un des plus anciens titres de HANL, issu de démos d’antan. Ses guitares hurlantes à retardement et ses structures percussives simplistes se dévoilent et se déroulent à merveille, mais sa deuxième partie s’intensifie, jouant davantage sur le volume et la tonalité. C’est déroutant, mais c’est finalement une façon appropriée de terminer la première moitié.

La deuxième moitié s’ouvre sur « Everything We Forget » et son changement de tonalité ne pourrait pas être plus abrupt. Ascendant, cosmique et hors de portée, c’est un paysage sonore si bdérangeant que son harmonie de base congruente ressemble à celle d’un chant grégorien, un chœur de bourdons qui percolent le long des accents de notes profondes du clavier. Sa beauté est égale à son anxiété et à sa concentration sur l’avenir. Le présage de « Lords of Tresserhorn » est un joyau brillant, un morceau rempli d’angoisse et de peur, revenant au point de départ du « Cropsey » de The Unnatural World, portant une répétition similaire qui se construit en une belle harmonie de structures sonores s’effondrant les unes sur les autres. Il y a d’immenses stries de grosses caisses et d’instruments numériques mutés et titanesques, accordés dans une conscience spectrale. C’est beau et pur même s’il y manque la menace inhérente de « Cropsey ». C’est aussi pourquoi il est finalement plus terrifiant.

Sea of Worry se termine par l’un des titres les plus puissants de toute la discographie du groupe : « Destinos » » une épigraphe tentaculaire de 14 minutes, et une thèse du groupe actuel. Curieusement, c’est un autre morceau retravaillé. La chanson commence avec un échantillon d’un gospel extrême, fou et limite incohérent, donc quand la guitare de Macuga arrive, c’est comme un murmure d’ange, un sauveur de la folie qui enferme l’auditeur. C’est aussi profondément apocalyptique, dû bien plus à la marque d’angoisse contemplative de Deathconsciousness, mais, comme tous les morceaux émouvants de Sea of Worry, infiniment plus raffinés et nuancés. C’est une série d’hymnes si corrosifs qu’ils semblent frêles, mais dont la sonorité est incroyablement robuste. C’est dans cet espace de processions chaudes, imprégnées de réverbération, que Have a Nice a Life incarne un nouveau son puissant.

Sea of Worry est thématiquement centré sur la vulnérabilité, reconnaissant que la stabilité est intrinsèquement liée à la vulnérabilité comme ancre. Cette maturation et cette acceptation sont souvent dépourvues de grâce, et tout ce à quoi nous espérons arriver ou comprendre est fugace. Ce qui est attendu peut être et sera enlevé, vaincu, transformé en éther. Rien n’est garanti, et c’est avec ce mantra et ce fardeau dans nos cœurs qu’il y a un minimum de solidarité en nous. Car la douleur que nous habitons et que nous réconcilions, que nous respirons et que nous essayons de serrer entre nos poings est partagée. Nous ne sommes pas seuls dans cette mer ensemble. Mais là où elle nous mène, c’est une toute autre histoire.

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The Big Moon: « Walking Like We Do »

Il y a une certaine symétrie entre The Big Moon et Girl Ray. Les deux groupes ont fait leurs débuts dans l’indie-pop et tendance « girls band » en 2017. A quelques mois d’intervalle, ils sortent leurs premiers disques, après avoir mis au rebut leurs démos initiales qui sonnaient trop limitées pour leur permettre de faire leurs preuves en tant que musicien(ne)s.

Au cours de ce processus, ils ont nettoyé leur son et sont devenus plus pop sans honte. Mais là où Girl Ray a créé un amalgame de R&B et d’indie, The Big Moon a introduit de la maturité musicale et de l’espace dans ses arrangements.

Le quatuor londonien a conservé ses harmonies contagieuses et superposées sur « Walking Like We D »o, mais il a abandonné les guitares grunge et les morceaux de romance marginaux. A leur place, on trouve des pianos, des trompettes, des flûtes et des chansons qui traitent de l’inégalité sociale («  Dog Eat Dog « ) et de l’autonomisation en période de flux sociaux (« A Hundred Ways To Land »).

C’est sans aucun doute plus professionnel que leur premier album, bien que le hoquet vocal de Juliette Jackson sur la ballade «  Waves » , influencée par le folk, suggère qu’elles ne se prennent pas encore trop au sérieux. Il y a aussi encore beaucoup d’accroches « feel good », de l’indie-disco de Franz Ferdinand sur « Don’t Think » à la montée explosive de « Your Light », qui sonne comme un cousin du « Seventeen » de Sharon Van Etten lors des premières mesures.

La deuxième partie de l’album est un peu plus calme, « Barcelona » » n’ayant pas l’étincelle ou l’espièglerie habituelle du groupe et « Take A Piece » étant un pont un peu plat vers Love In The 4th Dimension. Mais dans l’ensemble, Walking Like We Do est le signe d’un groupe qui grandit, qui s’amuse et qui développe son essence sonique.

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