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Pharmakon: « Devour »

Les précédents opus de Pharmakon ont été accueillis avec force louanges, il est vrai que la New-Yorkaise Margaret Chardiet a vommis de nombreuseses perles de noise industriel. Ce Devour est, à nouveau, intransigeant et fait de chair et de tripes. Alors qu’avec les années, les artistes ont souvent tendance à se calmer, ce n’est certainement pas le cas de Chandiet qui a souhaité enregistrer ce Devour dans des conditions live pour garder l’urgence des concerts. On pense bien sûr aux travaux les plus furieux de SPK, Throbbing Gristle et Whitehouse et tout le courant power electronics qu’ils ont initié. Les rythmes sont même plus identifiables ici qu’auparavant, offrant des pistes presque dansantes et menées par un chant démoniaque à souhait (« Homeostasis », « Self Regulating System »). L‘Américaine pervient, depuisla douzaine d’années ‘elle sévit, à atteindre une maîtrise indéniable dans ce domaine qu’elle a toujours mêlé à une approche intime et personnelle du monde.


Cette fois-ci, c’est le cannibalisme de soi qu’elle utilise comme allégorie de notre nature autodestructrice. La violence extérieure et l’insensibilité d’un monde que l’humain a lui-même créé oppresse les êtres jusqu’à les mener à une forme d’auto-dévoration. Elle a voulu elle-même dédier ce disque à ceux qui ont connu les cliniques, les asiles psychiatriques, les prisons ou les centres de désintoxication. Elle crache ainsi la folie du monde « Spit It Out ») et la douleur du manque et de l’enfermement (« Deprivation »).
La deuxième face se fait d’ailleurs plus lourde et souligne l’angoisse. Avec une électronique de plus en plus dense et une fureur infernale, Chardiet expie ses sentiments de dégoût en un rituel émotionnel exténuant et cathartique. Si on a aimé ses précédents Abandon (2013), Bestial Burden (2014) et Contact (2017), on sait que l’on n’aura pas de difficultés à être convaincu par son inspiration et sa créativite.

***1/2

12 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Areni Agbabian: « Bloom »

La chanteuse et pianiste Areni Agbabian livre un deuxième album qui résonnera longtemps en nous, une fois les dernières notes jouées.

Accompagnée du talentueux percussionniste Nicolas Stocker, l’artiste américaine convie l’auditeur à plonger de plain pied dans ses origines arméniennes, combinant avant-gardisme, jazz et tradition, avec une subtilité étonnante, jouant constamment avec les silences, créant ainsi, des espaces entre lesquels l’imagination fait le lien.

Sur Bloom tout est légèreté, mais une légèreté chargée de tristesse et de mélancolie, de lumières rasantes et de fantômes flottants, de souvenirs flous et de mélodies éthérées, portés par des rythmes caressants aux pulsations raffinées.

Areni Agbabian impose en douceur son univers personnel à la beauté hypnotique, portant avec elle, l’histoire d’une femme tiraillée entre les mondes d’hier, d’aujourd’hui et de demain, assemblant avec perspicacité un puzzle aux dimensions éparses, construit autour de combinaisons exquises et singulières. Sublime.

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9 mai 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Annie Mahtani: « Racines »

Compositrice anglaise, Annie Mahtani aime capturer l’essence des bruits qui nous entourent, rendant audible ce qui est parfois imperceptible.

Racines regroupe 5 morceaux composés entre 2008 et 2019, révélant la constance développée par l’artiste au fil des années. Annie Mahtani se révèle être une sculpteuse d’atmosphères enveloppantes, où les field recordings jouent à se superposer tout en gardant une certaine distance et développant un certain minimalisme.

https://electrocd.com/fr/album/5983/Annie_Mahtani/Racines

La nature prend des allures diverses, à l’image de notre monde, mais débarrassée de la pollution bruyante qui souvent brouille notre audition. Ici on reste concentré sur chaque élément, sur chaque parcelle sonore qui nous est livrée, donnant une impression de froideur presque clinique, de par leur pureté et leur définition.

On pourrait presque plus parler de sound design à propos du travail d Annie Mahtani, tant les sons qu’elle élabore sont dessinés et plein de détails, nous renvoyant aux profondeurs des rêves enfouis qui traversent nos nuits. Un travail d’orfèvre qui donne le tournis. Somptueux.

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6 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Ratchet Orchestra: « Coco Swirl »

Composé par le contrebassiste et chef-d’orchestre Nicolas Caloia, Coco Swirl mélange les forces de l’avant-garde pour offrir un instantané de la musique contemporaine, où free jazz et expérimentale rentrent en collision pour donner naissance à un cosmos délirant.

Les instrumentistes présents, ont la place de donner libre-court à des salves d’improvisation, conférant à Coco Swirl un goût d’expérience auditive à la croisée des genres, faisant se percuter cuivres, cordes, xylophones, piano électrique et rythmiques sur des murs du son aux avancées mélodiques en mode hors-cadre.

L’autre grande force de Ratchet Orchestra, est de conjuguer les pistes et de donner à chacun un espace qui lui est propre, capable de s’isoler ou d’appuyer musicalement le reste de l’ensemble, permettant à la narration de gagner en énergie et en densité.

La richesse de Coco Swirl réside dans son approche très accessible pour un néophyte curieux, tout en développant une écriture pointue à la recherche musicale intense, qui sait puiser intelligemment dans le passé pour catapulter le tout dans un rétro-futurisme en constant mouvement. Très fortement recommandé.

***1/2

 

 

15 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

American Pleasure Club: « fucking bliss »

Le prolifique et infatigable Sam Ray, tête pensante de American Pleasure Club nous arrose d’un fucking bliss alors qu’on venait à peine de digérer son album A Whole Fucking Lifetime Of This . Ce nouveau projet du natif du Maryland, eb dépit de son titre enjoleur, n’est pas pour autant un chemin de roses.

Déjà sur Teen Suicide (son projet précédent) et pour l’album suivant, il avait le chic pour passer du coq à l’âne brutalement. Pour fucking bliss, Sam Ray tente de rectifier le tir en nous offrant un disque purement cohérent, expérimental, très sombre à la limite du glauque.

Enregistré bien avant de tirer sa révérence avec Teen Suicide entre 2014 et 2015, American Pleasure Club se rapproche de ce qu’il a pu faire avec un autre artiste du Maryland, Ricky Eat Acid, mais en plus noisy et industriel et là où aucune pointe de lumière ne se faufile. Bien entendu, il fait parler de son mal-être le plus extrême à travers des morceaux riches en distorsions comme la montée en puissance de « the miserable vision » et « what kind of love ? ».

La voix de Sam Ray est quasi-inaudible et trafiquée par ces bruits venus d’ailleurs qui donnent cette sensation d’inconfort avec les oppressants « ban this book » (qui s’avère être un morceau jumeau de « Beauty » de Teen Suicide) mais aussi « let it go out » ou les un peu plus décontractés « hello grace » et « it’s everything to me ». Ayant parfois recours aux hurlements rauques et saturés ou à l’Auto-Tune sur « dragged around the lawn », il est clair que l’on ne peut se sentir que mal à l’aise à l’écoute de ce fucking bliss. Inutile de chercher ici morceaux indie rock plus accessibles ou ballades lo-fi mélancoliques en son déroulé on n’y trouvera que chaos et noirceur, même si on a le coeur bien accroché.

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4 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Synaesthesis: « Another Point of View: Lithuanian Art Music »

La Lituanie n’en finit plus de révéler de jeunes artistes, qu’ils soient compositeurs ou musiciens, à l’image de l’ensemble de musique contemporaine Synaesthesis, formé par le chef d’orchestre Karolis Variakis et le compositeur Dominykas Digimas, entourés d’une pléiade de musiciens, partageant avec eux le goût pour la musique contemporaine sous toutes ses coutures.

Avec leur premier album Another Point Of View: Lithuanian Art Music, Synaesthesis marque les esprits par sa capacité à s’approprier les oeuvres de jeunes compositeurs lituaniens tels que Dominykas Digimas, Andrius Arutiunian, Julius Aglinskas, Rita Mačiliūnaitė, ainsi que celles de plus anciens comme Ramūnas Motiekaitis, Rytis Mažulis et Ričardas Kabelis, et en offrir un lecture minimale intense, où les silences ont leur espace.

Synaesthesis s’inscrit dans les formations de musique contemporaine qui comptent, combinant pour chaque titre les musiciens les plus adéquats, de manière à frapper nos oreilles sans ornements. Un opus qui livre une partie des capacités d’un groupe qui devrait continuer à faire parler de lui dans les sphères appropriées. Très fortement recommandé.

***1/2

25 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Hauschka: « A Different Forest »

Hauschka délaisse pour un temps ses pianos préparés pour revenir à quelque de chose de plus traditionnel avec un travail en solo sur son instrument de prédilection.
Cet album rassemble des titres assez sobres, avec des tonalités différentes de titre en titre. Pas forcément ce qu’on a entendu de plus saisissant dans le genre, mais on passe malgré tout un agréable moment en compagnie de cet excellent pianiste allemand.
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13 février 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Black to Comm: « Seven Horses For Seven Kings »

Le musicien allemand Marc Richter, l’homme derrière Black to Comm, s’est constitué progressivement une solide discographie en créant surtout des bandes sonores pour performances, pièces théâtrales ou encore films. Ce registre artistique n’est pas un élément anecdotique, dans le sens où ses expérimentations sonores prennent pour chaque occasion une allure précise.

L’expérience de ses différents albums démontre  que Richter est loin d’être un musicien avare en terme de contenus sonores proposés, et Seven Horses for Seven Kings ne déroge absolument pas à la règle. Mais il y a sûrement, vis-à-vis de l’accessibilité de la musique de Richter, un tournant subtil ici qui se manifeste par une démarche assez composite mêlant drone, expérimental et éléments orchestraux.

Sur Seven Horses for Seven Kings cette méthode est poussée à son paroxysme comme l’atteste l’ouverture de l’album (« Asphodal Mansions ») où les cuivres sont annonciateurs d’un théâtre sonore plutôt obscur dont la latence se retrouve dans la plupart des productions du musicien.

Cela se confirmera sur « A Miracle No-Mother child at your Breast » avec les échos ténébreux des rythmes se mêlent à des sons électroniques tranchants qui grésillent, crépitent et forment un délicieux tourbillon.

Les compositions font rarement de place à des propriétés minimalistes, puisque Richter prendun malin plaisir à saturer les couches sonores et jouer avec les intensités. Cela peut même se dérouler à l’intérieur d’un morceau, comme dans « Ten Tons of Rain in Plastic Cup », où le musicien n’hésite pas à casser le mouvement ascendant de la ligne sonore avec un brutalisme inattendu.

En outre, cela participe d’une recherche plus générale r de l’éclatement des sonorités, où les instruments comme la clarinette (« Licking the Fig Tree »), le piano (« Double Happiness in Temporal Decoy ») mais aussi les percussions ou les voix (« If Not, Not ») semblent davantage fonctionner comme des prétextes, des outils, afin d’élargir un maximum les effets horizontaux de sa musique.

La production de l’album est en ce sens à la hauteur, puisque toutes les orchestrations sont rendues selon leurs justes valeurs incisives et riches. Le revers de la médaille sera une systématisation des procédés qui peut tendre à lasser mais aussi à perdre le fil de l’écheveau sonique alors que nous avons été assujettis àmaints procédés hétéroclites.

Autant dire que Seven Horses for Seven Kings apparaît comme un album hautement exigeant, laissant peu de place à la distraction consolatrice ou à des moments de répit. Ce sera le prix à payer pour apprécier pleinement toute composition de Richter qui, au final, s’élabore comme des fragments qui répètent inlassablement la sensation d’une fin des temps et dont l’issue se trouve à chaque fois retardée.

***1/2

6 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Croatian Armor: « ISA »

Loke Rahbek alias Croation Armorn’en finit plus d’élargir sa palette, déjà large, avec la sortie de son nouvel opus ISA, dont les qualificatifs manquent pour tenter d’en retranscrire la teneur.

Futuriste et avant-gardiste, ISA l’est sans conteste, pris dans une tourmente de machines cousines du HAL de 2001, L’Odyssée de L’Espace accompagné de sonorités organiques échappées d’un espace-temps indéfinissable.

Si les voix invitées sont au centre de ce projet, de Frederikke Hoffmeier (Puce Mary) en passant par Alto AriaJonnine Standish Soho Rezanejad, elles deviennent entre les mains de Loke Rahbek un amas de mots issus de la bouche de chanteurs-conteurs devenant anonymes, les timbres se voyant pitchés ou passés par des effets, pour devenir des outils dont le but est de servir la narration et de rendre perceptible l’imperceptible, de flirter avec la poésie pour s’envoler vers des contrées audacieuses à la beauté crépusculaire.

Les contrastes se chevauchent et se percutent avec délicatesse, bâtissant des atmosphères fragiles baignées de science-fiction éblouissante et de sensations étranges qui parcourent l’épine dorsale pour exploser doucement dans nos neurones gorgés de bulles chromées. Croatian Amor file seul pour ouvrir la route, bâtissant album après album un univers aux allures de grande aventure humaine, gorgée d’amour et d’intensité émotionnelle.

***1/2

2 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

John Escreet: « Learn to Live »

La présentation l’album du pianiste, claviériste et compositeur anglais John Escreet avait été faite au Jazz Gallery de New York. Prédisons d’emblée que’on aurait tort d’associer Learn to Live au jazz-fusion post-Miles Davis ou même rock progressif des années 70. Bien sûr, user de synthétiseurs et de Fender Rhodes (et aussi de piano) dans le contexte d’un jazz musclé peut déclencher tous les clichés de ce type, mais il faut se rendre à l’évidence: quoique gonflée de testostérone, cette musique (écrite et improvisée) est nettement plus contemporaine, plus savante, plus virtuose dans ses exécutions.

On sait aussi que les musiciens entourant Escreet (le saxophoniste Greg Osby, le trompettiste Nicholas Payton, le bassiste Matt Brewer, les batteurs Eric Harland et Justin Brown n’ont pas grand-chose à voir avec quelque conservatisme fusion ou prog.

Autour des compositions de John Escreet, ils cherchent visiblement à actualiser ces formes populaires et savantes en souscrivant à leurs avancées harmoniques, mélodiques et texturales d’aujourd’hui… sans renier leurs origines pour autant. Enfin bref, on est vraiment en 2019, loin des relents passéistes et surannés.

***1/2

28 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire