Prince Rama: « Xtreme Now »

Comment ne pas juger un album selon sa pochette ? Quand vous arborez un petit sourire façon Mona Lisa et que vous présentez des jambières et des gants affichant des coloris en néon le tout dans un décor à la décadence byzantine vous conviendrez que le spectacle que vous promet Xtreme Now est propre à susciter émoi et frémissement. Le dernier album ce duo de Brooklyn n’est pourtant pas aussi naïf et unidimensionnel qu’il y paraît.

Tarama et Nimai Larson affectionnent en effet une approche expérimentale qu’elles cultivent sans vergogne.

Xtreme Now est pourtant un disque qui respire de façon bizarre la sincérité. Leur glam-pop a un côté excitant et effrayant en même tempos et cela est propre à fasciner. En même temps le second degré permet de rendre la chose inaccessible. Un titre comme « Fantasy » le résume très bien tout comme le genre qu’elles ont qualifié de « no age », véhicule aux boissons énergisantes malgré la griserie fugace qu’elle procurent.

On est alors dans cette idée que la musique moderne se vampirise elle-même ; de la caféine, des bombes coiffantes et des synthés accrocheurs comme si seul cela suffisait.

***

Guerilla Toss: « Eraser Stargazer »

Le fait que Guerilla Toss ait choisi d’enregistrer leur nouvel album en dit long sur son approche en ce qui concerne le côté business de la chose. Comme il sied à celle-ci, ce combo d’avant garde new-yorkais se montre assez sauvage dans sa démarche. Sur ce nouvel opus, le groupe favorise un concept lié à l’excentrique, l’imprévu et la capacité à véhiculer un sesns qui serait lié à la menace.

La chanteuse, Kassie Carlsson se montre une vocaliste habitée avec des textes privilégiant l’écriture automatique sur un accompagnement fait de percussions rudes, de guitares incisives et de rythmiques frondeuses. « Grass Shock » en est représentatif tant il se veut porteur de virulence et de compulsion épaulé par d’autres morceaux comme « Multibesat TV » ou « Big Trip » qui entérinent une volonté de déboulonner les canons du rock alternatif. Le résultat en est des changements d’humeurs qui hésitent entre inconséquence et exaltation ; il conviendrait à chacun d’y trouver éventuellement commodité ou ennui.

**1/2

Wussy: « Forever Sounds »

Wussy était, il y a un temps, un ensemble folk dégingandé ; l’écoute de Forever Sounds change la donne. Nous sommes ici toujours dans la folk mais les compositions y sont tendres et se retrouvent projetées dans une gaze faite de guitares shoegaze et une production prog-rock.

Les fantômes de certaines icônes rock 70’s y sont juchées, Crazy Horse ou le Led Zeppelin des débuts, et les deux vocalistes (Lisa Walker et Chuck Weaver) apportent ici un contraste intéressant.

Celui-ci ira entre angoisse et phrasé acoustique façon crooner ; c’est sur « Better Days » que la mise en valeur du duo s’exemplifiera au mieux avec une cadence et un effet spatial qui évoquera Galaxie 500.

Le tout se montrera alors des plus engageant même si, comme sur « Dropping Houses », l’accroche mélodique sera gâchée par des chorus désorientants. « Hello, I’m A Ghost », tentera de raffermir l’impact mais l’impression générale restera ténébreuse et témoignera d’un talent qui en reste au stade du bourgeon.

***

Bat For Lashes: « The Bride »

Des cordes douces et gorgées d’espérances de « I Do » ouvrent The Bride, le quatrième album de Natasha Khan comme pour introduire la notion nuptiale d’un être en attente d’être secouru ou rendu gaillard grâce à l’autre. Ce nouvel opus est basé sur un concept, celui d’un personnage dont l’évolution est accompagné d’un flot : le « sequencing » qui dicte l’ordre des morceaux.

On a, ici, comme un film ou un roman instauré par une tragédie (les roues hurlantes de « Honeymooning Alone ») et le choix qu’il faut décider de s’aimer soi-même, d’être indépendant pour se défaire de l’emprise qui nous assujettit.

C’est au plus haut de ce processus, « Sunday Love », que la rythmique se fait plus incisive, l’électronique pugnace et que la harpe envoie des floraisons assumées en lieu et place de vocaux voilés et suaves pour témoigner de cet éveil vecteur d’assurance.

L’état émotionnel est, alors, fortement souligné, sans emphase mais sans discrétion non plus avec ls hymnes ondoyant que sont « Never Forgive The Angels » ou les samples de cordes discordants accompagnant « Close Encounters ».

Si on ajoute une narration mêlant le personnel et le spirituel, des pincées de folk gitan (« Willow’s Peak »), on ne pourra qu’applaudir le cran et l’ambition qui caractérisent à nouveau Bat For Lashes.

****

 

Lionlimb: « Shoo »

Ce duo américain composé de Stewart Bronagh et Joshua Jaeger, semble indifférent u temps qui passe. La datation carbone de Shoo semble, en effet, native des années 73-74 et du début des 90’s quand des artistes comme Air, Phoenix et Money Mark émergèrent, leurs poches remplies de Adult Oriented Rock.

C’est donc le cas sur un « God Knows » aux claviers funky, « Domino » et ses arrangements de cuivres « Memphis Soul » ou la pédale wah-wah (« Tinaman »). Cette empreinte narcotique va ainsi parfumer un album qui ne déparerait pas d’être la bande-son d’un film comme Boogie Nights.



« Wide Bed » ajoutera une vapeur sexy comme des effluves d’after-shave et de sueur, le tout courant à mettre en valeur clichés nocturnes et crapuleux. On est, à cet égard, très proche de la parodie ce qui rende la chose suffisamment agréable pour ne pas sonner rebattue. Lionlimb, semble de se satisfaire d’un « debut album » de cette nature ; on aimerait qu’il soit le reflet de talents créateurs que de faiseurs d’humeurs.

***

Heron Oblivion: « Heron Oblivion »

Il s’agit d’une combinaison bien excentrique que de vouloir fusionner chants funèbres issus d’Albion et psychedelia de la scène sans franciscaine ; c’est pourtant ce qui vient naturellement à Heron Oblivion un groupe formé par d’anciens membres des Comets on Fire et d’autres musiciens dont les influences rappelleront Pentangle et Grace Slick.

Ces ingrédients restituent parfaitement le type de travail qu’on est en droit d’attendre ; « Beneath Fields » sonnera comme un écho de Quicksilver Messenger Service alors que « Oriar » nous fera revisiter les moments où les riffs de guitare façon MC5 étaient la référence ultime.

Heron Oblivion est un patchwork, assumant le Volunteers du Jefferson Airplane, le surf drome de Dick Dale et même Santana, période Caravanserai. Le disque ne comporte que 7 titres ; il agit comme une excellente introduction à ces temps où les compositions avaient cette qualité « ça passe ou ça casse » propre à ces temps d’exploration où les univers étaient si peu bouchés qu’on en recherchait en permanence des inconnus.

***

 

Sound Of Ceres: « Nostalgia For Infinity »

Karen et Ryan Hover (auparavant Candy Claws) se sont aujourd’hui « rajeunis » sous le patronyme de Sound Of Ceres. Sur leur premier album, Nostalgia For Infinity, on les voit s’associer à Jacob Graham (The Drums) et Robert, Ben and John du groupe Apples In Stereo.

Le résultat est un malénge assez alambiqué de psyche pop onirique et de lounge psychédélique, le tout délivré avec un poli idéal pour qui souhaiterait une séance de relaxation.

Le disque se laisse écouter comme on dégusterait une journée passée à rêvasser en été avec, par moments de brusques plongeons où nous recouvririons des eaux sombres. On y perçoit alors quelques pointes énergisantes dont on aurait aimé qu’elels soient plus incisives mais on ne pourra bouder son plaisir sur une « Side A » très pop.

Nostalgia For Infinity nous laisse ainsi parfois retrouver certaines sensations enchanteresses telles qu’on les avait connues dans un autre monde et sous une autre appellation. Ne reste plus qu’à attendre avant que le charme, encore bien diffus, ne se dissipe.

**1/2

Robert Pollard: « Of Course You Are »

Le leader de Guided By Voices, Robert Pollard est un travailleur compulsif puisqu’il a écrit près de 2000 chansons et que son nouvel opus est son 24° album solo sans compter les 23 avec GBV. On pourra argumenter que la quantité l’emporte souvent sur la qualité mais ses récentes productions, Blazing Gentlemen (2013) et Faulty Superheroes l’année dernière, figurent parmi les meilleurs albums de rock alternatif qu’il a pu nous servir.

Of Course You Are est de la même étoffe dans la mesure où, lui aussi, évite les contorsions lo-fi vaseuses de ses débuts.

À nouveau on retrouve une des ses marques de fabrique, une concision qui alimente juste comme il faut les quelques 33 minutes du disque. Les accroches son, en conséquent, dans ce cas judicieusement entraînantes et les riffs suffisamment punchy pour mettre en adéquation fond et forme.

On retiendra « Little Pigs », « My Daughter Yes She Knows » pour réjouir les fans de base et, chose intéressante, un « Losing It » aux accents à la Jeff Lynne pour, qui sait ?, élargir un potentiel allant vers un mainstream gracieux qui n’aurait pas à rougir de cette appellation.

***1/2

 

Ray Lamontagne: « Ouroboros »

Ouroboros est un album riche et puissant, un des ces disques où les mélodies pétries d’émotion se sondent avec fluidité avec les vocaux chaleureux et les textes poignants de Ray Lamontagne. Ce nouvel album ne dépare pas des précédents mais on y trouve des références inédites jusqu’à présent chez le chanteur. On l’entende, en effet puiser son inspiration du côté du Pink Floyd mais ceci doit plus être vu comme un tremplin lui permettant d’exercer sa propre sensibilité.

Chercher l’innovation ne semble pas lui coûter tant il ne se situe plus dans la démarche où il lui faut prouver son talent. Les nuages psychédéliques se déploient sans heurts juxtaposé à d’élégantes pincées de blues, en particulier par la manière bien à lui de faire alterner guitares, synthés, orgues et harmonies.

Les compositions contiennent d’ailleurs toujours cette force impénétrable et imposante en termes d’une ‘instrumentation où les musiciens semblent faire corps avec l’artiste. On retiendra les images musicales de « Changing Man », vectrices d’une atmosphère compacte mais l’ensemble de Ouroboros se doit d’être pris comme un tout qui sonne comme si Lamontagne réitérait le cycle éternel des émois dont il est le porte-parole.

****

Thao & the Get Down Stay Down: « A Man Alive »

Thao & the Get Down Stay Down sont de retour avec un A Man Alive plutôt brillant dans la mesure où, pour ce collectif de musiciens excentriques réuni autour de la chanteuse Thao Nguyen, l’éclectisme musical, les rythmes fracturés et l’indie folk ravageur jouent avec un schéma difficile à atteindre, le mix de la tension et de l’émotion.

Les structures des compositions sont tout sauf orthodoxes, le rendu favorise alors l’imprévisible ; basse à la pulsation frénétique (« Astonished Man »), vocaux en distorsions furieuses (« Nobody Dies ») et une guitare funk en staccato omniprésente.

Ce qui donnera pourtant cohésion au milieu de toutes ces variations est l’élément confessionnel qui va étayer la plupart des textes. « Guts » lui fait révéler ses tripes, « Fool Forever » est un aveu de vulnérabilité dans lequel Thao nous invite en son plus profond (« Meticulous Bird »).

A Man Alive est un album porteur de vivacité dans son exploration de l’intime ; à cer égard il justifie son titre et montre que facétie n’est pas toujours synonyme de légèreté.

***