Kate Earl: « Stronger »

Troisième album de cette chanteuse native d’Alaska mais vivant désormais à Los Angeles. Lse deux précédents étaient imprégnés de gospel et de soul, Stronger la voit comme épouser l’endroit où elle a choisi de séjourner. Le résultat en est un disque de soft-rock qui trouverait justement sa place en un lieu (Laurel Canyon) et une période (les années 70).

Pour cela, elle s’est entourée de musiciens folk et country (Brett Dennen et Blake Mills) dont la présence renforce l’esprit communautaire en vogue à l’époque. On a donc droit à toute la panoplie du rock West Coast à la Jackson Browne : l’hymne romantique « I Don’t Want To Be Alone », le mi-sexy mi-réflectif « Raven » ou un « California » que n’aurait pas dédaigné le Steve Miller Band.

La constante sera par conséquent ces guitares en arpèges, ces légères nappes d’orgues et ces chorus vocaux aux harmonies travaillées.

Reste la voix de Kate Earl, suffisamment versatile pour évoquer, qui Linda Rondstadt, qui Natalie Merchant dont l’influence se fait d’ailleurs sentir sur « One WomanArmy ».

Le résultat n’est pas désagréable et fort bien exécuté mais l’impression générale en sera tiède. Les compositions ne parviennent pas à accrocher l’oreille, chose que les arrangements ne peuvent contrebalancer.

Stonger sonne en définitive trop convenu pour se singulariser ; ça n’est d’ailleurs que quand Earl se décide à dévoiler un côté plus tranchant (« I Get Around » et surtout « Loyalty ») que l’émotion parvient à surgir. Un peu maigre sur un total de 12 plages.

★★½☆☆

Des Chiffres & des Lettres…

Les chiffres sont parfois source de déplaisir et on peut souvent leur faire dire ce que l’on veut.

Ceux de notre hébergeur sont tombés pour cette fin d’année : en deux mois et demi d’existence, sans messages publicitaires, sans vouloir créer « buzz » ou « hype » » et simplement par le bouche à oreille nous avons recueillis plus de 1500 visiteurs.

La moyenne est donc de plus de 20 visiteurs par jours avec des pics à 50 !

Il n’est donc pas déraisonnable de remercier ceux qui nous honorent par leurs visites, tout comme ceux qui nous gratifient de commentaires et de messages, qu’ils soient encourageants ou polémiques.

Cela pèse encore peu sans doute mais c’est un début qui va au-delà de ce que l’on pouvait espérer au préalable.

Nous oeuvrerons encore mieux l’année prochaine pour que notre lectorat s’amplifie et qu’il reçoive la juste reconnaissance des efforts que nous continuerons à déployer sur la ligne qui est la nôtre.

QUE LE ROCK SOIT AVEC EUX !

Quant à nous, cela fait longtemps qu’il nous habite…

The Garlands: « The Garlands »

Cet album éponyme de The Garlands est une nouvelle et notable addition de ce qui constitue la pop indé suédoise. On pourrait facilement les comparer à The Radio Dept. ou The Concretes mais ils semblent également capables de regarder au-delà de leur terre natale. On trouve, en effet, des éléments qui les rapprochent du stylisme de Camera Obscura, de la pop carillonnante des Popguns ou celle, très proche des Pastels, des Shop Assistants.

Comme de bien entendu, soin sera apporté aux mélodies, très chamarrées, aux harmonies à plusieurs voix élevées et enlevées et à un son de guitare gracile mais efficace.

Le groupe, originaire de Stockholm, existe depuis 2007 ce qui implique qu’ils ont appris à maîtriser les canons de cette pop dont ils se réclament. Les morceaux ne dépassent pas les trois minutes et revendiquent instantanéité et luminosité. Les vocaux sont invariablement doux et sucrés, mais l’indigestion est évitée par le tempo et le muscle qui sont donnés aux arrangements. Ceux-ci maintiennent nerf et vigueur, tout comme sentiment exaltation proche de la surmultipliée. Difficile de distinguer un titre parmi un autre néanmoins (hormis peut-être « Chandeliers » ou « Don’t Cry » qui ralentissent un peu la cadence) car tout est tendu vers un seul registre. Bien effectué, il est pourtant sans ce véritable génie qui pourrait apporter des plus. Ceux-ci se nommeraient moments de grâce plutôt que simples euphories, ou nuances d’ombres que savait si bien prodiguer à sa pop ensoleillée un combo comme The Turtles sur certains de leurs « hits ».

★★★☆☆

Top ou pas Top?

Il est une tradition bien établie en fin d’année, un rituel auquel tout organe de presse se sent obligé de souscrire, le fameux Top 10 (ou 5, ou 20) de ce qui a été le plus marquant au cours des 12 derniers mois.

En matière de Rock, chaque rédaction ou rédacteur doit s’acquitter de la lourde tâche de désigner ses albums favoris.

Pourquoi, en l’occurrence,  ne pas le faire ?

Déjà qu’une chronique est foncièrement subjective, comment justifier un classement qui ne se base que sur une appréciation. En quoi tel ou tel disque serait #1 et tel autre #2 ?

L’échelle des préférences est chose suffisamment délicate pour ne pas être réduite, selon nous, à ce type d’exercice.

Et puis quand il s’agit d’établir un classement, encore faudrait-il que tout le monde joue dans la même catégorie. Comment comparer un groupe débutant d’un combo ayant déjà plusieurs disques à son actif ?

Comment, en outre, juger un groupe par exemple « power pop » d’un ensemble qui ferait du « freak folk » ?

En conséquence, deux disques valant chacun 4 étoiles par le même critique ne pourront « jouer dans la même catégorie » puisque ils sont animés par une démarche différente.

Va-t-on mette dans le même sac un album de rock expérimental et un autre de rock and roll « revival » ? Et quels seraient les critères permettant de dire que l’un est plus méritant que l’autre ?

On sait, en outre, très bien à quoi l’esthétisme bien pensant abouti : la sclérose. En quoi également ce qui a été loué un jour sera voué aux gémonies le lendemain. 

La musique est, aujourd’hui, pléthorique, avec une offre d’un niveau moyen et qui excède en outre la véritable demande. Elle est de surcroît atomisée ; on pourrait même dire qu’elle est en proie au communautarisme dans lequel chaque chapelle se sent investie du bon goût et de l’incorruptibilité. En schématisant on pourrait emprunter le titre de cet opuscule des Situationnistes publié en 1967, De la Misère en Milieu Étudiant et le renommer : De la Misère en Milieu Indépendant (article qu’on ne se privera peut-être pas, un jour, d’écrire).

On peut le déplorer mais c’est un constat. Il n’existe plus, de nos jours, d’artistes fédérateurs comme il y en avait avant. Il ne s’agit pas de citer de noms mais tout féru de Rock ne pourra qu’être familier avec les référents.

Alors quel intérêt de rassembler dix disques dans un bilan, dix disques choisis de façon presque aléatoire, dix disques dont on sait qu’il n’auront qu’une notoriété ne dépassant pas le cercle de ses adeptes et une durée de vie (pourquoi un an, pourquoi pas un mois?) qui en sera la conséquence.

Il est donc grand temps de relativiser l’impact d’un artiste sur la chose rock ; à moins qu’on ne se satisfasse de rester dans sa petite niche.

Bref donner 4 étoiles à tel chanteur aussi oecuménique qu’il peut l’être (Jason Lyttle par exemple) montre bien qu’il n’atteindra jamais le 5 étoiles et ne représente rien à un 4 étoiles qu’on aurait donner aux Beatles, Led Zeppelin ou Pink Floyd (liste non exhaustive).

Voilà en vrac en quoi un Top 10 ne trouvera pas grâce ici : lire une chronique étayée (chose à laquelle ce site ambitionne) permettra de mieux se forger un avis et d’écouter en conséquence.

En bref, un Top c’est « pas top »!!

Interview Spector: Des Sons sur un Mur

Dirigé par un ancien présentateur de MTV, Fred Macpherson, Spector (hommage indirect et partiel à Phil Spector; voir chronique: http://wp.me/p2Lg5f-9a) revisite, au milieu de nombreuses controverses à propos de l’attitude provocatrice (mais au fond très « rock & roll ») du groupe, un certain style tel qu’il a pu être véhiculé dans sa flamboyance et ses six cordes par The Strokes, The Killers ou Roxy Music. La sortie de leur premier album Enjoy It While It Lasts permet d’appréhender ce que Macpherson a dans la tête (hormis son attitude souvent provocatrice), autant que ce qu’il s’emploie à rendre si délibérément manifeste par ses vocaux.

Que ressent-on quand, enfin, son premier album est enfin sorti ?

Pas mal de choses en fait ; toutes plutôt positives. J’ai lu pas mal de chroniques. Je sais que beaucoup de musiciens n’aiment pas le faire mais moi j’ai été aussi attentif à celles qui étaient mauvaises qu’à celles qui étaient bonnes.

Ça vous fait quoi de les lire ?

Il y en a une qui m’a beaucoup plu, celle du Guardian qui ne m’attribuait trois étoiles mais elle faisait preuve d’une analyse profonde et articulée. Ce qui est intéressant, c’est que la plupart des chroniqueurs ne mentionnent que les deux ou trois titres qu’ils n’aiment pas du tout. En même temps, aucun n’est d’accord sur les mauvaises plages. Au moins ça nous permet d’éviter d’avoir des regrets du style : « On trouvait tous ce morceau génial mais personne d’autre ne l’aimait. » (Rires)

Dès vous débuts, on a eu la sensation que les opinions qu’on avait sur vous n’avaient rien à voir avec la musique. Maintenant que le disque est là, qu’est-ce que cela vous fait que l’on en parle enfin ?

Ça fait du bien ! C’est pour cela que nous aimons autant ça ; c’est quelque chose de totalement différent par rapport à des réactions ou des idées préconçues. Il s(agit maintenant de véritables preuves de ce que nous sommes capables de faire, ou pas… Maintenant les opinions peuvent donc être fondées alors qu’auparavant chacun voulait avoir la sienne sans s’appuyer sur du tangible. C’est vrai que quand on est dans un groupe, on peut faire des tas de choses qui irritent les gens et je comprends qu’ils puissent réagir négativement.

Que pensez-vous, justement, de la façon dont la presse a jugé votre caractère

Ce qui me gène c’est de lire des choses qui ont plus trait à nos personnalités car nous n’avons jamais dit que nous étions des personnes fréquentables ou exemplaires. En même temps, j’estime qu’il y a un élément consensuel dans ce que nous faisons que nous avons du mal à expliquer car nous-mêmes avons du mal à le comprendre. On dirait que l’on parle beaucoup de nous en déplorant l’idée que nous faisons de la pop, que nous réussissons, que nous nous amusions et que nous continuions à plaisanter sur nous, sur eux… On dirait qu’ils se sentent menacés, qu’ils ont l’impression que nous manipulions le public ou que nous avons quelque chose à cacher. Bref on prend notre sens de l’ironie pour du cynisme. Ca n’est pas inexact mais nous adorons la musique que nous faisons et rien dans sa confection et son enregistrement ne l’est.

Comment parvenez-vous à maintenir cette différenciation entre personnalité et expression artistique ?

On y parvient mais, vu l’étendue de notre cynisme et la façon dont nous l’affichons, ça doit certainement polluer l’idée que les gens peuvent avoir quant à la pureté de notre démarche musicale.

Il y a $u des controverses sur certains titres à l’intérieur-même du groupe ; cela vous a-t-il préoccupé ?

Beaucoup, oui. C’est sans doute de ma faute. J’aurais dû et j’aurais pu fermer ma grande gueule lors de certaines interviews ou passages à la télé. Si j’avais joué le jeu cela aurait-il empêché certaines personnes de détester nos personnalités et notre musique ? L’important est qu’il y ait beaucoup de gens qui en sont fans et qui y trouve matière à plasir car, au fond, les divertir est la seule chose qui nous importe.

Il y a eu ce passage à la télé sur « Soccer AMSoccer PM » qui a fait beaucoup parler de vous.

Oui et on a reçu pas mal de « tweets » négatifs après. Mais je n’allais pas me rendre à cette émission et ne pas être moi-même. On a bien rigolé et c’est vous la regardez sur Youtube vous verrez qu’on n’était pas vraiment si provocateurs que ça, même à l’égard des gens qui regardaient l’émission. Vous savez je n’ai pas grand chose à dire sur le foot mais pour nous être en « prime time » sur une chaîne télé un samedi matin c’était comme être la vedette d’un show au Royal Albert Hall ou quelque chose du même style.

Vous avez été membre de groupes comme Les Incompetents ou Club Royale. Envisagiez-vous un jour ce passage dans la conscience populaire  ?

Je ne m’attendais pas à ce que ça se déroule si bien. Je pressentais que les démos que je faisais à l’époque de Club Royale pouvaient devenir autre chose. Elles se sont magnifiées avec Spector.Je sentais qu’un titre comme «  Celestin  » puvait avoir une audience plus et je me suis dit  : «  Pourquoi ne pas essayer de l’élargir  ?!  »

Ce morceau, tout comme « Chevy Thunder » ou « Never Fade Away », est très différent de ce que vous faisiez précédemment.

Il y a toujours eu une mésinterprétation de ma collaboration avec d’autres groupes. J’écrivais très très peu et je n’avais jamais pensé à m’exprimer musicalement. Écrire des choses comme «  Never Fade Away  » ou lceux dont vous parlez avait une fonction cathartique. C’était comme si je me déchargeais de tas de choses que j’avais stockées et cela me permettait de dire  : je sais que je n’aurai plus jamais la possibilité d’écrire le type de morceaux dont j’avais envie à 15 ou 16 ans car je n’en étais pas capable mais maintenant j’ai appris comment faire et m’exprimer musicalement. C’est sur ces réflexions que j’ai démarré. Et même si je sais que «  Celestine  », « Chevy THunder » ou «  Never Fade Away  » vont être critiqués car ils sonnent soit-disant comme The Killers ou The Strokes, ça ne m’empêchera pas de revendiquer ces influences pour faire la musique que j’aime, toute hors mode qu’elle soit.

Étiez-vous conscient que vous composiez essentiellement des titres du domaine pop-rock ?

Ça n’était pas délibéré, je souhaitais simplement être le plus honnête possible avec la musique, faire quelque chose de très simple et ne pas me prenre la tête en rendant les choses compliquées. Pendant plusieurs années, quand j’éappartenais à Ox.Eagle.Lion.Man, je n’écoutais que des trucs comme Mastodon ou Genesis période Peter Gabriel. Pour moi, il s’agissait avant tout de revenir à la musique que j’aimais sans penser à un plan de carrière ni à une succès éventuel. Quand « Never Fade Away » a été composé, je n’avais ni groupe, ni management ni contrat avec une maison de disques. Mon problème n’était pas de savoir ce que j’allais faire de ce morceau mais comment j’allais pouvoir continuer à m’exprimer. Je n’essayais même pas d’écrire la meilleure chanson possible, je voulais juste exister et, comme une extension à mon existence, mettre quelque chose qui cristallise mon émotion dans une chanson.

Comment avez-vous pu la faire connaître ?

J’ai joué ces compostions à quelques personnes et c’est surtout mon guitariste, Chris, qui m’a donné confiance en moi .Je me sentais confiant en tant que personne, mais pas du tout en la perspective de redémarrer un groupe. J’avais abandonné l’idée car ça me semblait trop difficile et pas assez épanouissant. J’avais oublié la motivation qui m’avait fait créer un groupe initialement et qui était la toute simple idée de « fun ». Aujourd’hui, maintenant que nous tournons, je retrouve cette sensation d’épanouissement. C’est, je crois, ce qui dicye la conduite de chacun. Je redécouvre cela, un peu comme si je m’éveillais d’un sommeil de plusieurs années. Mauvais analogie, je crois. (Rires)

Un rappel de comment out à commencé ; alors...

Oui, de la première fois où nous sommes allés dans le grenier d’un ami quand sa mère était sortie et que nous nous sommes tous mis à jouer des guitares que nous avions acheté dans un magasin bon marché le plus fort possible. C’était vraiment nul mais c’était la chose la plus excitante qui pouvait nous arriver à l’époque.

De ce point de vue, comment vous sentez-vous par rapport à votre situation aujourd’hui ?

Très étonné, très honoré aussi. Il y a une partie de moi-même qui connait les rouages de l’industrie musicale et qui sait quoi faire pour ne pas merder. Mais tout ce qui se passe, les passages dans les méias, les ventes d’albums, s’est produit après. Les gens apprécient notre musique et nil y a un excellent feed back entre eux et nous. Il y a eu beaucoup de commentaires quand nous avons été invités à l’émission musicale de Jools Holland comme si on s’était infiltrés par la porte de derrière et qu’on avait été pistonnés. Pourtant, ça n’avait rien à voir avec notre label, la femme qui travaille avec Jools nous avait vus ouvrir pour un groupe et elle a tout de suite voulu que nous participions au programme avant même l’avis de la BBC. Ça s’est fait de façon tout à fait naturelle et je ne vois pas pourquoi on n’en aurait pas profité. Je comprends que des gens puissent réagir négativement et ne pas aimer notre musique, mais le truc qui m’énerve le plus c’est ce népotisme de merde qui règne dans le « music business ». J’aimerais que tout soit plus simple ; après tout on avait sorti quatre « singles » avant et personne n’en avait parlé. On a travaillé dur, je pense. « Never Fade Away » a finalement été joué mais c’est uniquement parce que les radios réagissaient à la pression de nos fans. On a tourné toute l’année et on a été tête d’affiche sur deux tournées. On a été en Italie, en Amérique, on a fait tout un tas de festivals tout en essayant de terminer notre album. Ça a été un travail constant et le succès que nous avons en est le résultat. Je crois que rien n’a été facile dans tout ce processus et personne ne nous a fait des faveurs. Ça a été d’autant plus dur ; beaucoup de gens nous détestent car ils pensent que tout se passe en sous main. J’aimerais que ce soit aussi facile qu’ils le disent mais, vous savez, souvent j’ai eu envie de me mettre à dormir et ne jamais me réveiller…

Maintenant que vous savez comment marche l’industrie du disque comment gérez-vous cela en tant qu’artiste ?

Ça n’est pas évident, il vous faut ne pas la laisser influencer ou diluer votre musique. C’est drôle que les gens puissent penser que j’ai composé « Chevy Thunder » avec comme objectif de passer à la radio. Si ça avait été le cas, j’aurais plutôt écrit un morceau comme Calvin Harris. La clef est de faire en sorte que les rouages de l’industrie ne vous manipulent pas mais que vous puissiez les utiliser de façon positive pour vous-même. J’ai grandi de façon assez bizarre, j’avais beaucoup d’amis dans des groupes et d’autres qui sont devenus promoteurs ou dans le management. Nous étions toute une génération de jeunes qui ont grandi avec l’amour de la musique, quand celle-ci était excitante et à base de guitares. C’était au début des années 2000 et on pensait, il s’est avéré que c’était à tort, que ça allait être le futur. On a fini par faire de la musique en étant des deux côtés du business. J’adore mes amis qui travaillent dans les maisons de disques même si ils font un boulot que je ne peux imaginer pour moi. Ceci dit, j’imagine que, eux, n’aimeraient pas être à ma place. Toujours est-il que les artistes qui disent pouvoir se passer de les fréquenter racontent des conneries.

La période que vous mentionnez était aussi un moment phare pour le rock « indie » ; en quoi vous a-t-il influencé  ?

Mes goûts musicaux, enfant, m’allaient pas au-delà de ce que mes parents écoutaient. Je me souviens de quelques compilations de mon père, sur cassettes même pas sur CDs. C’était du rock des années 70 assez traditionnel  : Bob Dylan, Cream, etc. Des trucs qui ne m’ont jamais passionné. Tout s’est passé de façon très soudaine et globale au moment du premier album des Strokes. Le premier «  single » que j’ai acheté était « Hotel Yorba  » des White Stripes. Je me suis complètement absorbé dans tout ça et je lisais le N.M.E. comme s’il délivrait la parole divine toutes les semaines. J’allais à tous les N.M.E. Award Tours et ça m’hallucinait. Je crois que cc’était parce que je n’avais pas énormément des connaissances en terme de musique et que je n’étais pas capable de juger que telle ou telle chose avait été influencée par tel ou tel artiste. C’était génial d’aimer tant de choses avec un esprit complètement vierge et ouvert. Aujourd’hui les commentaires les plus fréquents sont du style  : «  Ce type fait référence à ça, ou à ça.  » Ils avaient ce discours qui pour moi ne voullait rien dire. J’absorbais tout comme si je buvais de l’eau pour la première fois…

Et puis vous n’aviez pas ce cynisme que donne l’âge. (Rires)

Vous savez une part de moi-même se dit que tout le monde continue à aimer la musique avec laquelle il a grandi. De mon côté, il y a pas mal de choses qui ont résisté au temps. Je ne pense pas que quelqu’un ait écrit un titre qui me parle autant que «  The Rat  » des Walkmen. (2004) Mais je suppose que personne n’aurait envie de composer un truc comme ça aujourd’hui, d’autant que ce ,e serait pas une première. Les deux premiers albums des Strokes furent très importants, surtout Room On Fire. Il est dans mes cinq disques préférés. Je ne pense pas qu’il y ait eu une semaine sans que je ne l’écoute et n’y trouve quelque chose de nouveau. Je ne veux pas dire qu’il ny a plus de bonne musique aujourd’hui mais je suis trop cynique et j’en connais trop pour en écouter avec la même innocence. C’est pour cette raison que les gens réécoutent ce qui les faisait vibter quand ils étaient adolescents. Ça n’est pas la musique en soi, ça n’est même pas le fait d’avoir été ado, c’est juste qu’il est plus facile d’écouter quelque chose qui n’avait pas été pollué par la critique ou l’analyse. Je crois que l’Internet est un outil très dangereux à cet égard. On a grandi avec cette génération et dès que j’écoutais un grpupe je me précipitais sur des ;forums de discussions. Je trouve vraiment crétin ces abrutis chez eux ou chez leurs parents racontant des conneries sur ce qu’ils entendaient. Ça n’a rien de beau, d’émotionnel ou d’honnête, c’est juste du n’importe quoi.

En même temps Internet a contribué à la découverte de nouveaux artistes.

Bien sûr mais le revers de la médaille d’un site comme « myspace » est que n’importe qui y postait sa musique sans savoir ce que c’était que de composer un morceau. Penser de cette manière a, inéluctablement, amené un appauvrissement de la musique car les labels dépensaient des centaines de milliers de Livres pour des groupes qui n’étaient pas prêts. Ce qui les gouvernait c’est le « buzz » que ces groupes créaient. Internet a aussi eu un rôle dans cette dégradation de l’industrie musicale car elle a cessé de prendre en compte la musique en soi et a cru que, désormais, tout était filtré par le biais d’Internet. Ils ont cru, à tort, que c’était par là que toute découverte musicale passait. Bien sûr des choses excelmllentes en sont issues, The Arctic Monkeys ou Lily Allen, mais comme les labels n’avaient pas idée de ce qu’était l’Internet ils ont commencé à confondre le « hype » et ce qui avait une certaine qualité. Ils sont gaspillé pas mal d’argent là-dessus et c’est pour cette raison que des tas de groupes ont sorti des albums alors qu’ils n’étaient pas prêts et se sont retrouvés forcés d’abandonner toute carrière. Je crois qu’il nous faudra du temps pour comprendre et domestqier l’effet que la technologie a sur nous.

Cela vous préoccupe-t-il en tant qu’artiste ?

Cela me concerne car je suis une personne qui pense à la musique. En tant qu’artiste tout cela est déjà bien imbriqué dans ma tête et je ne peux m’en départir. Je suis par conséquent certain qu’au niveau le plus conscient qui soit cela me mobilise dans mes efforts pour faire la musique la plus honnête possible dans un environnement qui ne l’est plus.

Vous avez parlé de « hype » ; comme gérez-vous ce phénomène de façon à y échapper ?

Les gens nous en parlent souvent mais je ne crois pas que nous y avons été sujets de la même façon qu’un groupe comme The Vaccines a pu l’être. Personne n’a jamais dit que nous étions un groupe formidable. Tout ce dont ils parlaient était du fait que l’on parlait de nous et s’i ces derniers parlaient de nous c’est tout silmplement parce que je parlais à beaucoup de gens. On ne nous a jamais mis en couvertyre d’un magazine et on n’a jamais décrété que nous étions le futur du rock & roll. Il est certain que participer à l’émission de Jools Holland a créé un buzz mais les commentares étaient aussi négatifs que positifs. Les gens ne sont pas idiots au point de croire qu’on allait révolutionner la musique. On a mentionné qu’on été cing types insupportables venus d’un quartier branché de Londres et composant des chansons détonnantes. Les gens ont eu du mal à comprendre tout ça, ce décalage, et je me suis aperçu que nos plus grands fans étaient ceux qui n’avaient rien à faire des imbécilités qu’on avançait sur nous.

À propos de cette image que vous projetiez, avez-vous surjoué le côté « hip » de ce qu’on disait de vous ?

Pas du tout. Je crois que le problème était que on est restés nous-mêmes sans accentuer quoi que ce soit et que les gens se sont focalisés là-dessus. Je n’ai jamais voulu prendre les choses trop au sérieux et c’est maintenant, à force d’en discuter, que je regarde en arrière et que je comprends que j’ai suscité beaucoup d’animosité en raison de mon attitude provocatrice. J’étais ainsi parce que j’aimais m ‘amuser avec les gens et je ne pense pas que cela fasse partie de mes qualités. Je n’aimerais pas instiller cela à mes enfants par exemple. Ce défaut a atteint aussi le groupe etc’est pour ça qu’on parle si peu de notre musique. The Vaccines sont respectés car ils ont écrit un truc exceptionnel, « If You Wanna ». En ce qui nous concerne, certains ne savent pas trop et d’autres ont peur. Sans vouloir me montrer frimeur, je crois que nous avons rendu l’industrie du disque craintive.

Il semble, par contre, que vos fans soient loyaux et très fiers de vous.

C’est vrai oui., et nous leur en sommes très reconnaissants. Je préfère ça aux gens qui ergotent pour savoir si nous sommes des branleurs ou pas. Si on nous aime très bien, si on n’aime pas nos chansons ça me va tout autant. Qu’on ne m’aime pas ne me dérange pas ; ça n’a jamais été ma personne qui était en jeu. Si je l’avais voulu, j’aurais fait un disque solo et non un album avec Spector. Ce sont les seules personnes auprès de qui je m’excuse pour les avoir mises dans des situations embarrassantes à cause de certaines de mes déclarations.

C’est un bon point pour vous cette reconnaissance du collectif.

Nous sommes cinq et je suis, probablement le moins doué musicalement. Je pense que notre album a un réel sens et j’en suis très fier. On a raison de nous critiquer mais je pense que beaucoup de journalistes n’aiment pas ce que nous aimons. J’écoute The Killers mais j’écoute aussi Spandau Ballet et je ne vais pas m’en excuser.

Comment s’est passé l’enregistrement ?

Ça a été génial et cathartique, très rafraichissant. Je n’avais jamais en studio aupravant sauf pour terminer quatre morceaux en neuh haures. C’était qcomme me renbre à un festin mémorable. Il y a vait des tas de studios, des tas de producteurs tous rassemblés pour saisir le son de Spector. Il y a eu des hauts et des bas mais je n’ai jamais autant ri que durant cette période. C’était comme regarder un film dont vous seriez le personnage principal, quelque chose de très narcissique, mais nous pensions également à un public que nous n’avions pas encore. L’avons-nous aujourd’hui ? Je ne peux que l’espérer, mais je pense aussi que ça n’est qu’un début. Il y a autant de gens pour nos concerts à Manchester, Sheffield qu’à Londres. Nous ne pouvons qu’en être très honorés.

Il semblerait que vous fans soient assez jeunes et enthousiastes.

C’est une toute nouvelle génération ! Ils sont le droit d’écouter ce qu’ils veulent sans être obligés d’écouter des sons bidouillé ou engloutis et sur lesquels on doit se prendre la tête. Je souhaite juste qu’ils restent purs dans leur approche et leurs goûts et ne soient pas infectés comme j’ai pu l’être par cette idée que tout est sinistre.

Comment pensez-vous que cela puisse être maintenu ?

Il faut aimer la musique et ne pas trop penser au reste. La vie est courte et seulement terrestre. Vous pouvez être soit quelqu’un qui va la passer à arranger sa collection de disques, soit quelqu’un qui va l’écouter. Je préfère être dans cette dernière catégorie.

Maintenant que le disque est sorti, qu’est-ce qui nous attend ?

C’est assez excitant pour nous car on dit qu’écrire le premier album est celui sur lequel on a eu l’opportunité de passer le plus de temps. Pour le deuxième, on n’aura qu’un an. A contrario, je dirais qu’avoir eu tant de temps à écrire ce premier disque a laissé aux gens la possibilité d’écrire tout un tas de conneries sur nous. C’est pour ça d’ailleurs que Enjoy It While It Lasts m’a servi de défouloir. Une partie de moi a toujours voulu écrire des titres comme « Sam’s Town » des Killers car c’est une manière de le célébrer mais aussi de composer des choses qui auraient sonné comme Bruce Springsteen et d’ajouter quelques synthés. Tout cela est très excitant dans la perspective d’un deuxième album. Nous n’avons fait qu’effleurer la surface de la musique mais je n’ai plus besoin d’écrire des choses comme « Chevy THunder » ou « Celestine ». Des titres comme Grim Reefer » ou « No Adventure » pointent vers cette nouvelle direction. Il y aura plus d’électronique, de soul aussi et je vais essayer d’améliorer mes textes. Plus nous nous bonifierons, plus nous serons nous-mêmes, saurons ce que nous voulons et pourrons le peaufiner…

Woollen Kits: « Four Girls »

Deuxième album de l’année 2012 pour ce groupe australien qui semble continuer à être une terre bénie pour les fervents du garage rock et autres musiques dans laquelle bruit et énergie font bon ménage.

The Woollen Kits n’en sont pas pour autant des monomaniaques du riff qui tue. Les compositions sont, si ce n’est soignées, suffisamment accrocheuse pour donner envie de les écouter pen boucle. S’il fallait donner des références ce serait les Ramones pour le côté elliptique de leurs morceaux, les Flaming Groovies pour la volonté récurrente de ne pas se focaliser sur une seul tonalité tout en parvenant à maintenir les guitares au vent, ou en bandoulière si on préfère (un « Sandra » » qui sait habilement varier les climats) ou les Modern Lovers pour une approche dont le côté amateur est soigneusement entretenu (« Cheryl » avec ses vocaux dont on se rend bien compte qu’ils sonnent faux de façon délibérée).

Four Girls est un disque dérivatif, une sorte de pop punk qui échappe à ce que la « power pop » pouvait à voir de respectable ou de propre sur elle. L’énergie est ici primitive (une batterie on ne peu plus basique) mais elle est avant tout positive tant elle respire jubilation y compris dans des chansons qui sont censées aborder envie et frustration (un « Susannah » ou un « Please » dans lesquels il semble plus question de se réjouir que de supplier). 

Voici donc un disque qui est un diamant brut, une « nugget » qui n’est pas sans faire imaginer comment les Buzzcocks sonnaient avant qu’ils ne démarrent une véritable carrière.

★★★☆☆

Chris Cohen: « Overgrown Path »

On  pourrait traduire « overgrown path » par « chemin envahi par la végétation ». Ça n’est pas inexact tant, malgré les affirmations de son label qui parle de « pop psychédélique », l’album de cet ancien collaborateur de Deerhoof et de Haunted Graffiti est si feuillu que son itinéraire ne semble pas réellement distinct.

Il est vrai que, sur ce premier album solo à l’âge canonique de 37 ans (sic!), Chris Cohen peut s’honorer d’une certaine expérience et que celle-ci s’étaye aussi par ses pérégrinations qui l’ont mené de la Californie au Vermont.

Comme pour mieux brouiller les pistes d’ailleurs, Overgrown Path démarre de façon atypique pour ne pas dire anti-conventionnelle. « Monad » et « Solitude » sont en effet deux titres où Cohen sonne comme un Elliott Smith encore plus recroquevillé sur lui-même que d’habitude, le tout « agrémenté » de bruits divers qui sont plus ancrage dans l’atone qu’ornements psychédéliques.

« Caller N° 99 » sera ensuite une gentille ballade dodelinante, percutée par un chorus dissonant, comme s’il s’agissait, sans y toucher, de créer une impression de « road song ». Quelque part nous vient cette impression que, peut-être, Overgrown Path constitue une sorte de « road album » aux accents trippy intérieurs plutôt qu’un voyage au sein d’un espace. Même « Rollercoaster Rider » sonnera plus comme une dérive interne avec son piano électrique se fluidifiant sur une guitare qui claque et une basse hyperactive, procurant cette sensation de frénésie presque névrotique sous un abord tranquille.

C’est là qu’intervient le talent d’un musicien aussi affuté que Chris Cohen ; la capacité d’aller au-delà des notes de base et de créer un schéma d’accords dont la discordance n’est pas due à des effets spéciaux mais à un jeu qui évite toute suite d’accords simpliste. Il lui est alors aisé de développer des mélodies qui paraissent élémentaires, se complémentent avec régularité, sans autre heurt que ces changements harmoniques (un « Inside A Seashell » Barrettien en diable) et toujours avec ce sens de la direction que l’on pensait à tort oublié.

Si on devait apparenter la démarche de Cohen, ce serait à celle d’un Robert Wyatt (en moins bizarre) ou d’un Todd Rundgren (en moins éclectique). Il y a en effet chez lui un véritable travail sur le concept de nostalgie ; une façon de composer qui procure la sensation que son disque aurait pu être sorti dans les années 60 (chose dans laquelle Olivia Tremor Control ou The Apples In Strereo étaient passés maîtres). On est en droit alors de se demander ce que représente pour lui le fait d’exécuter une musique aussi passéiste. Au-delà de l’hommage, on peut penser qu’il s’agit de pointer l’absurdité de ce que nous entendons de nos jours. Nous avons affaire ici à un album qui n’a pas besoin de synthétiseurs pour nous envouter, ni d’élans outranciers pour nous transporter. Overgrown Path est un retour à ce qui manque le plus de nos jours dans la scène « indie », un véritable album à écouter dans l’intégralité du voyage qu’il nous propose et non pas un disque construit autour de deux titres chocs et dont les autres ne constitueraient que du remplissage !

 

Willy Mason: « Carry On »

Dès ses débuts, Willy Mason fut comparé à la fois à Bob Dylan et à Johnny Cash, en particulier à un titre « Oxygen » qui, en 20004, eut l’honneur d’échos plus que favorables. Le jeune homme avait alors 19 ans et il avait reçu de la part de ses parents amoureux de folk music une éducation allant dans ce sens. Mais , tout natif de Martha’s Vineyard (endroit « Establishment »-« bobo » de la Côte Est) qu’il soit il s’intéressa également à Nirvana et à Rage Against The Machine (en particulier le message politique de ces derniers).

Il était plus aisé de s’identifier à ces élans de révoltes qu’aux aspects plus anodins musicalement du folk et il commença à composer en ce sens. Le hasard lui fit rencontrer Sean Foley qui travaillait avec Bright Eyes et il partit en tournée avec eux.

Carry On va, à cet égard, porter le même message contre culturel que ses albums précédents mais va bénéficier d’une association surprenante, la production de Dan Carey Hot Chips, Kylie Minogue).

Autre moment d’étonnement, le disque ne va pas pour autant s’égarer des schémas de la musique traditionnelle (blues, folk, country) même i nous avait été promis un album rempli de dub et de reggae. Ce sera donc avant tout sur le travail de mixage que l’influence de Carey va être évidente. L’approche va rester stoïque et sérieuse avec des titres où prime sentiment de lassitude (le blues élégiaque que constitue « What Is This », « Pickup Truck  ou « If It’s The End » avec un climat que n’auraient pas dédaigné Johnny Cash ou Woody Guthrie. Une exception quand même : « I Got Gold » qui se voudra plus enlevé et divertissant.

Le seul titre qui, au fond, verra Mason s’éloigner de son registre sera l’hallucinant « Restless Fugitive », qui met en évidence drum and bass, guitares en réverb et rythmique chaloupée. Cette longue épopée de six minutes rappelle le Blur de Think Tank et montre un des bénéfices de la production de Carey. Celui-ci n’aura d’ailleurs pas son pareil pour distiller, ici et là, touches d’électroniques, boîtes à rythme voire teintes psychédéliques, sur « Painted Glass » par exemple. C’est cet apport discret mais permanent qui donnera cette versatilité si particulière à Carry On.

De la même manière, « Talk Me Down » bénéficiera d’une touche vaguement expérimentale qui rappellera Tom Waits avec ses percussions primales délicieusement contrebalancées par une mélodie rêveuse climat dans lequel Mason semble comme chez lui (l’ensommeillé « Show Me The Way, l’atmosphère en demi-teinte de « Into Tomorrow »).

On le voit, une association qui aurait pu sembler peu orthodoxe donne des résultats plus que concluants. Mason ne rogne en rien sur son univers et Carey lui prodigue un merveilleux cadre sur lequel exprimer sa sensibilité. Carry On st un album introspectif, sombre le plus souvent mais il est merveilleusement mis en valeur par un travail sur le son qui lui donne profondeur, écho et tonalités presque aquatiques parfois. Si on devait apparenter cette œuvre à d’autres, ce serait les émouvantes contributions de Emmylou Harris quand elle a été si fantastiquement mise en valeur par le travail aux manettes de Daniel Lanois. Avec un album tel que celui-ci, Mason risque à nouveau d’être appelé « le nouveau Dylan « ; que Carry On constitue « le nouveau Willy Mason » suffira à notre bonheur !

Tyvek: « On Triple Beams »

Tyvek est un groupe de punk rock originaire de Detroit ce qui, en soi, a déjà valeur de référence On Triple Beams est leur cinquième album en trois ans ce qui est également indicateur de leur productivité et d’une certaine « éthique » propre au genre. Ce disque est censé être plus ouvert et plus optimiste que les précédents ; on ne sait si on doit être surpris ou crédule.

Le vocaliste, Kevin Boyer, a trouvé un segment auquel il ne déroge pas : note haute, note basse, note encore plus haute. Le tout asséné de façon monolithique, reflet sans doute de ce que la vie a Detroit a toujours été.

« Scaling » va donc ouvrir l’ « opus » sur un fo,d de guitares acérées et frappées comme s’il s’agissait d’en briser les cordes. Le reste des titre va suivre cette même structure rigide, avec son lot de phrases répétées ad nauseum (« Effeciency », . »Wayne County Roads »).

On Triple Beams ne recèle donc aucune mélodie, aucune notre, chorus ou refrain. C’est un album basique et revendiquant cette approche primale et primaire. Inécoutable hormis, peut-être, en concert. Il paraît qu’un disque enregistré comme dans une cave peut avoir un charme ; Tyvek ont au fond inventé un style qui leur est propre : le « low-fi » qui déchire. Cela ne peut intéresser que ceux pour qui ce minimalisme est un choix et non une obligation. On peut, à la limite s’attarder, sur une pochette crypto-Bauhaus façon A Different Kind Of Tension ou Another Music In  A Different Kitchen mais le verdict serait encore plus impitoyable: n’est pas The Buzzcocks qui veut…

★½☆☆☆

Black Prairie: « A Tear in the Eye Is a Wound in the Heart »

Que Black Prairie ait été fondé par trois membres des Decemberists ne peut qu’attirer l’attention ; qu’ils aient souhait développer un groupe parallèle plus axé sur les musiques « roots » et « world » montre qu’ils ne sont pas un avatar de leur groupe d’origine.

Leur premier album était un disque instrumental mêlant refrains des Appalaches et influences tziganes, celui-ci s’enrichit de vocaux féminins (Annalisa Tornfelt) dont les nuances apportent une touche plus profonde et émotionnelle. Sa voix est calme, dénuée de toute hâte, prodiguant presque du réconfort sur des titres comme « Rock of Ages » ou « Nowhere Massachusetts » avec, comme sur l’album précédent, une instrumentation traditionnelle (dobro) et puisant dans le folklore de l’Europe de l’Est (violon) et des tempos qui conjuguent quadrille (« Dirty River Stomp ») et humeurs bohémiennes paresseuses mais envoûtantes (« .Winter Wind ») ou valses (« Taraf »).

Au fond, la très belle couverture de A Tear In The Eyes Is A Wound In The Heart évoque on ne peut mieux la tonalité cinématographique plus que baroque de l’album. Il est plongé dans l’Americana « For The Love of John Hartford », « Lay Me Down in Tennessee » qui mentionne Elvis Presley) mais, en même temps, il est parsemé d’instrumentaux qui développent une perception impressionniste et étrangère de l’ensemble.

Si on ne peut, en outre, louer les arrangements et leur mise en place, il faut noter la virtuosité avec laquelle ceux-ci semblent dériver vers des directions inimaginables et incongrues. Bref, sous une apparence on ne peut plus traditionaliste, Black Praire ravive un folk qui se veut à la fois comme sorti du coin de ferme du Mid-West tout en visant les contrées plus lointaines de la partie orientale de notre Vieux Continent.

★★★☆☆