Alina Kalancea: « The 5th Apple »

Le premier album d’Alina Kalancea, The 5th Apple, est une expérience forte de par sa puissance d’envoutement, équivalent d’un voyage vénéneux dans des profondeurs troublantes, gorgées de basses accueillantes et de froideurs hypnotiques.

Alina Kalancea propose un univers d’une intensité sinueuse, construit à coups de strates en apesanteur et de couches fragiles aux subtilités superposées.

The 5th Apple prend aux tripes et joue avec les sensations, faisant flotter des mots récités avec parcimonie, nous transportant du coté d’un fantastique invisible au contact permanent avec nos peurs et nos perceptions. C’est un opus qui revisite avec virtuosité les plages d’un ambient déviant à la beauté troublante.

Composé comme une succession de tableaux cinématographiques, The 5th Apple s’écoute comme un film de l’intérieur, bousculant minutieusement les codes pour les déplacer hors des frontières, dessinant les contours d’un univers singulier à l’intensité ensorcelante. Un disque dans lequl il convient de mordre.

***1/2

Jerry David DeCicca: « Time The Teacher »

L’ex-membre de The Black Swans publie ici son deuxième album de l’année quatre ans après son dernier opus. Jerry David DeCicca décide de revenir à la source, à savoir ses origines spirituelles. En effet Time The Teacher viendra lorgner vers des compositions plus solennelles et religieuses avec comme principaux exemples « Watermelon », « Grandma’s Tattoo » et autres « Kiss A Love Goodbye ».

Son indie folk minimaliste aux couleurs tantôt jazzy tantôt bluesy, voire même gospel est, ici, propre à déclencher saisissement ou même bouleversement spiritual à l’écoute de titres comme « Mustange Island », « Walls Of My Heart » ainsi que « I Didn’t Do Outside Today » où l’adjonction de de chœurs féminins tutoiera presque le transcendant.

***1/2

Once Upon A Winter: « Existence »

Existence est le deuxième album de ce one-man band grec et dire qu’il retient l’attention est un euphémisme. Les six titres qui se partagent les 41 minutes de ce disque peuvent être qualifiées de belles, de lancinantes, de poétiques, de dramatiques, de progressives, de post rock, de post metal, mais pas de véhémence

Certes, on y croise parfois un chant parlé lourd et éraillé, mais cela reste exceptionnel. Quasi-totalement instrumentale, la musique de Once Upon A Winter est guidée par l’émotion.

Souvent mélancolique, toujours subtile, elle est tout simplement grandiose et hautement évocatrice. Il n’est que de laisser son magination divaguer accepter d’être porté par ses lignes mélodiques et fermer les yeux car rarement la musique n’aura mérité d’être ainsi gouvernée par ce qui est sa fonction première ; l’oreille.

****

The Delines: « The Imperial »

Cinq ans après leur impeccable Colfax, The Delines sont de retour. Willie Vlautin (Richmond Fontaine) et Amy Boone (Damnations) font à nouveau alliance pour sortirt un disque qui fera le bonheur des fans de Cowboy Junkies et de Lambchop.
Sur The
Imperial, Cory Grayn, Tucker Jackson (The Minus 5), Sean Oldham et Freddie Trujillo (Richmond Fontaine) sont venus leur prêter main forte.

On quitte ici la nocturne Colfax Avenue et ses parasites glauques pour filer vers le désert qui est mis en scène sur The Imperial. On retrouvera avec délice la voix de Boone, qui est la plus-value essentielle des textes de Vlautin, tout tout suscitant cette admiration qui fait de leur musique un mystère.

Enregistrer des morceaux comme « Were Are You Sonny ? » ou » Waiting On The Blue » et les faire produire par John Morgan Askew (Alela Diane, Laura Gibson), montrent que le combo est toujours aussi impérial… et sa musique impérieuse.

***1/2

Michael Rault: « New Day Tonight »

Michael Rault est un auteur-compositeur-interprète canadien qui avait sorti en 2015 avec son premier opus, Living Daylight. New Day Tonight le voit récidiver trois ans plus tard mais un un registre beaucoup plus posé car nimbé d’un léger psychédélisme baroque couronnant son inspiration indie-folk.

Toujours aussi enchanteurs et ensoleillés, ses titres doucement rétro véhiculent une insouciance nonchalante avec des tonalités à la Beatles comme l’introductif « I’ll Be There », morceau que Badfinger aurait très bien pu composer.

La chanson-titre est, elle, non dénuée de charme alors que « Oh Clever Boy » et « Dream Song » ne pourront pas, quant à eux, ne pas nous faire penser à Wings ou au Plastic Ono Band.

Si on trouve ce segment trop limité, Michael Rault nous présante aussi de fort belles ritournelles venues tout droit de la Californie comme « Sleep With Me », « Pyramid Scheme » et le plus groovy « Sitting Still ».

It’s A New Day Tonight est ne superbe odyssée savamment dosée de psychédélisme nous ouvrant des chemins façon Route 66 avec ce final réjouissant qu’est un « When The Sun Shines » brouillant audacieusement toute notion d’espace-temps entre la West Coast US et ces effluves sis en plein centre du Canada.

***1/2

Morgue Poetry: « In The Absence Of Light »

Morgue Poetry est un combo « illustrement inconnu » d’autant plus qu’il est le projet solo d’un des membres du tout aussi peu réputé Wisborg. Une fois la chose acquise on comprendra très vite que l’on est en face d’un artiste qui se trouve à mi-chemin entre Nick Cave, Johnny Cash, Danzig dans ses moments d’accalmie et, plus présent à nos « mémoires actuelles », Me And That Man autre projet solo d’un musicien de Behemoth.

Morgue Poetry se définit comme oeuvrant dans le dark-folk et, à ce titre, In The Absence Of Light ne brille en effet pas par sa luminosité.

Il s’agit d’un opus naviguant entre folk, country et rock gothique avec, de ci de là, quelques équipées « ethniques ». Les titres sont, comme de bien entendu, sobres et sombres qous-tendus par la voix grave et rocailleuse de Konstantin Michaely L’unité entre find et forme est exemplaire au point de friser, parfois, une certaine monotonie.

Album spartiate auquel on n’a pas grande chose à rajouter ou à reprocher ; on saura puiser dans son intimisme pour y trouver un intérêt plus que confidentiel.

***

Poliça & Stargaze: « Music For The Long Emergency »

C’est un curieux alliage que celui de Poliça, groupe synth-wave de Minneapolis avec le collectif musical néo-classique berlinois Stargaze. La résultante en est cet album collaboratif, Music For The Long Emergency.

Le répertoire en est une musique métissée, labyrinthique et savamment orchestrée comme sur « Fake Like » et « Speaking Of Ghosts ».

Conséquence de cet alliage, on passe ainsi par des moments contrastés ; du calme à la tempête, de l’anticyclone à la dépression avec les glaçants « Marrow » et « Cursed » qui, elle, est interprétée par le rappeur local Crescent Moon avec un flux qui accompagne avec brio le ton chaotique du morceau.

Rappelant les travaux des compositeurs du même calibre comme Nils Frahm et Mica Levi, Poliça & Stargaze arrive à passer d’une émotion à une autre, passant du désordre au désarroi notamment sur la pièce maîtresse de 10 minutes : « How This Is Happening » qui fait écho aux élections américaines qui ont dégoûté plus d’un.

Sur Music For The Long Emergency, il est clair que Poliça & Stargaze font la paire. Mêlant les deux antipodes de leur musique, on assiste à un disque riche en contrastes et en émotions fortes comme on en fait rarement.

****

Nicholas Krgovich: « Ouch »

Il y a des ruptures amoureuses que l’on ne parvient jamais à guérir et c’est le cas de nombreux musiciens qui mettent leur chagrin d’amour en musique sous n’importe quel forme pour tenter de s’en affranchir. Dernier cas en date, Nicholas Krgovich qui est dans la souffrance et qui le crie sur Ouch sur son dernier album.

L’auteur-compositeur-interprète et musicien multi-instrumentiste originaire de Vancouver a vécu une séparation pour la moins brutale selon ses propres dires et il nous le fait savoir à travers ces douze morceaux aussi bien mélancoliques que rêveurs. Il n’y a qu’à juger les précieuses écoutes de l’introduction onirique de « Rosemary » mais aussi celle des très smooth « Time » avec un chaleureux solo de saxophone et « Hinoki » pour capter la douleur de l’artiste qui noie sa peine avec une plume plus qu’éloquente.

Nicholas Krgovich établit un parallèle de sa rupture amoureuse à celui d’un deuil mais en processus beaucoup plus ralenti. Que ce soit sur les morceaux chaloupés de « Goofy », « Belief » et « Guilt », il en fait un exercice cathartique à travers des influences indie folk aux sonorités hybrides mais chaleureuses à plein souhait. Avec Ouch, même si il n’a pas cicatrisé entièrement à l’écoute de « Rejection », « October » ou du final riche en qu’est « Field » il arrive sans se montrer trop larmoyant tout de même à exprimer cette partie de l’être de chacun qui n’y sera pas insensible.

***

Steady Hands: « Truth In Comedy »

Des cendres de Modern Baseball les différents membres du groupe s’émancipent chacun de leur côté. On avait vu Jake Ewald qui nous a présenté Slaughter Beach, Dog et maintenant, c’est au tour de Sean Huber, bassiste du groupe, de nous présenter son nouveau projet qu’est Steady Hands avec un nouvel album intitulé Truth In Comedy.

Sean Huber reste dans son élément en partant à la croisée de l’Americana et power-pop. Il en résulte des titres audacieux et racés comme l’introduction explosive du nom de « 40 Ox » mais encore les accents emo de « New Tattoo » et de « Indifferent Belushi » avec ses synthés reluisants.

Steady Hands n’a pas perdu la main en matière d’arrangements, qu’ils soient plus amples avec l’apparition de l’orgue sur « Drop D And Dance Beats » ou des cuivres sur « Saint Lucas » ou sophistiqués avec un solo de piano raffiné sur « Better Days ».

Ajoutons aussi les prestations vocales convaincantes de Sean Huber sur « No More Funerals » ou encore la conclusion bien pleine de densité de « Christmas At The ‘Vous ». Steady Hands n’atteint pas la grâce incarnée de Slaughter Beach, Dog,mais s’en tire avec les honneurs sur un opus riche en instrumentations en tous genres allant au-delà de l’emo.

***

Buxton: « Stay Out Late »

Buxton est dans les parages depuis maintenant plus de quinze ans et reste constant et régulier dans sa carrière. Le quintet originaire de Houston nous avait laissé avec un Half A Native plutôt de bonne qualité il y a trois années de cela;iIls reviennent avec leur nouvel opus Stay Out Late.

On commence assez fort avec les titres plutôt conventionnels que sont « This Place Reminds Me Of You » et « Jan » montrant, de par la même, que Buxton n’est pas à court d’inspiration.

On voit donc que, après avoir vaincu le syndrome de la page blanche durant ces trois années de silence radio, le combo retrouve une certaine créativité derrière des compositions habiles et efficaces partagées entre country-folk et soft-rock (« Haunt You », « Hanging On The Closet » ou autres « Miles and Miles » ).

Les arrangements musicaux se font riches avec l’abondance des synthés qui cohabitent harmonieusement avec les guitares mélodiques sur « New World » et sur « Hole Heart ». Stay Out Late est un autre accomplissement de la part du groupe d’Houston qui ne perd jamais une once d’inspiration pour emmener son auditeur dans des contrées West Coast avec leur soft-rock doucement psychédélique.

***1/2