Frail Body: « A Brief Memoriam »

Évolution furieuse du hardcore, excroissance de l’emocore, le screamo est un compromis qui peut s’enorgueillir de compter quelques représentants assez doués. Parmi eux, on va pouvoir citer Frail Body. Le trio de Rockford, Illinois nous gratifie ici de son premier album, qui prend un malin plaisir à nous envoyer dans les cordes tout en procédant à une thérapie. Pour être honnête A Brief Memoriam a plus une allure d’ep ; en sept titres et 21 minutes, , ça reste court.

« Pastel », première salve, nous assène un uppercut direct. « Your Death Makes me Wish Heaven Was Real » nuance le propos, intégrant du pur emo dans l’équation. « Aperture » est beaucoup plus ramassé et frontal.

« Traditions in Verses » sera un concentré de cyclothymie, et « Cold New Home » naviguera dans les mêmes eaux. « At Peace » se contentera de poser une ambiance et, « Old Friends » s’avèrera un peu trop longue pour amorcer un démarrage.

Le screamo de Frail Body est tout ce qu’il y a de plus convenu, et les sentiments dépeints sont des poncifs du genre. L’ensemble fonctionne toutefois pas trop mal et permettra d’écouter la chose avec une distraction non déplaisante.

**1/2

Naga: « Void Cult Rising »

Naga et in trio italien qui oscille entre post black, thrashcore et doom metal, style qui ne conviendra pas à toutes les oreilles. Des riffs écrasants martelés avec cruauté, un chant déchirant à la Disbelief, une ambiance glacée de station de ski sans le fun, une menace permanente planent au-dessus de l’auditeur bien malmené au cours des six titres et 44 minutes de ce troisième album. Void Cult Rising n’est là que pour évacuer la souffrance et la noirceur de ses auteurs ; pas de happy end à l’horizon ici, on ne fait que creuser encore et encore, sans espoir de trouver quelque chose de l’autre côté ni même celui d’être enseveli et d’enfin gagner la paix éternelle.

Naga glorifie le nihilisme et ne s’en cache pas. Ici, ça sent le souffre à s’en boucher les sinus, on patauge tous dans la fange jusqu’à se confondre les uns avec les autres ; de toutes façon on est tous aussi insignifiants et méprisables. Ici on flotte tous les yeux en l’air à regarder le vide insondable de nos existences

**1/2

Beck: « Hyperspace »

C’est une habitude chez Beck, alterner entre album pop rythmé, tel que le Colours d’il y a deux ans, et collection de chansons plus douces et introspectives, telles que celles qui composent ce Hyperspace. Surprise !, au lieu de coucher sa voix plaintive sur de belles guitares folk comme il l’avait fait sur l’avant-dernier, Morning Phase (2014), le Californien se lamente cette fois dans l’électro-pop avec l’aide du coréalisateur et collaborateur à l’écriture Pharrell Williams qui, n’insistant pas trop sur les rythmiques rap, confine plutôt Beck dans une pop-néo-R&B qui ne le sert pas très bien.

D’autant plus que sur le plan de l’écriture, ces dix nouvelles chansons ne sont pas particulièrement ravissantes : il y a certes la belle « See Through », mais elle est noyée dans des incongruités comme la pop-électro à guitare « Die Waiting » (que Taylor Swift aurait pu chanter…) et autres poussifs et racoleurs refrains auxquels l’estimé musicien ne nous avait pas habitués. La qualité de l’enregistrement est cependant impeccable, comme si on avait tenté de polir le plus possible ces ternes chansons…

**1/2

The Milk Carton Kids: « The Only Ones »

Après avoir accueilli un petit groupe de musiciens sur leur dernier album, Joey Ryan et Kenneth Pattengale retournent à leur intimité confortable, seuls aux harmonies générales. The Only Ones n’a pas l’amplitude d’un album ni la concision d’un microalbum : il se trouve entre les deux, sorte de brève confidence sous les étoiles. On y retrouve sans faute des compositions élégantes et des galops de cowboy en déroute (« I’ll Be Gone ») qui font The Milk Carton Kids depuis leurs débuts.

Mais une nette distinction apparaît dans le soin donné aux histoires, qu’on dirait écrites au télescope. En cernant avec minutie la renonciation au couple, l’ambiguïté des sentiments ou le rapport à l’enfant (superbe « As the Moon Starts to Rise »), les musiciens américains basculent dans la force du témoignage. Longue et acharnée, plus abstraite aussi (un qualificatif rarement associé au duo), « I Was Alive » éteint les feux en révélant que, malgré la mort qui rôde en différents mirages, la vie, avec ses lumières, existe encore.

***

James Blunt: « Once Upon a Mind »

Avec Once Upon a Mind, James Blunt retourne vers la formule qui a créé son succès dans les années 2000, tout en tentant de rester actuel. Mais quelques ingrédients manquent à la recette, et le résultat manque de saveur.

En fait, le tout sent un peu trop le réchauffé. Cela ne signifie pas que l’écoute des 11 chansons est désagréable, loin de là. Il n’y a rien à détester. Mais il n’y a presque rien, non plus, à adorer.

Quelques titres se démarquent : « Monsters », « Halfway mais le plus gros des morceaux de ce sixième opus ne fait souvent ni chaud ni froid. On sent dans les mélodies que le James Blunt de l’album Some Kind of Trouble tente un retour.

Le Britannique a pris la (bonne) décision de délaisser les tons électroniques de son précédent essai pour revenir vers les chansons douces tournées à la sauce populaire. S’il n’y a aucune complexité à la plupart des mélodies, les paroles, joliment composées, parviennent à rendre plus intéressantes certaines ballades.

La voix du chanteur de 45 ans n’a pas changé. Même lorsqu’elle est moins juste, on sent que ce n’est qu’au profit de l’émotion, qu’elle ne cherche pas à être parfaitement contrôlée. On se sent (presque) mal de parler encore de « Goodbye My Lover », « You’re Beautiful « et « 1973 », mais James Blunt semble vraiment avoir atteint le pinacle de sa carrière à ses débuts, avec ses trois premiers albums.

**

Take Offense: « Keep an Eye Out »

Ceux qui ont connu les fastueuses années du Speed Metal au début des années 80, celles qui ont amené ensuite les pointures du Trash Metal que sont devenus Slayer et Metallica, seront sans doute amusés de découvrir que 30 ans après, ce son contenu de perdurer.

Mais c’est plutôt du côté du hardcore qu’il faudra aller chercher les influences de Take Offense avec un son qui rappela par exemple celui des mythiques New Yorkais de Agnostic Front qui s’apprêtent d’ailleurs à sortir un nouvel album. 

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Starcrawler: « Devour You »

Héritière de Courtney Love (Hole) ou Donita Sparks (L7), Arrow De Wilde cache bien son jeu. Elle chante, elle invective, elle hurle et c’est pour cette réison que Starcrawler s’était fait remarquer avec son précédent disque éponyme. Le groupe entend bien remettre le couvert : un rock indie simple, direct, grungy et punky, un peu plus sophistiqué que sur son premier album, mais pas suffisamment pour oublier de s’en méfier en permanence.

Starwrawler affiche les mêmes intentions ; Devour You donc. Entre grosses ficelles rock old school et attitude rebelle, les 13 titres ici présents s’adressent clairement à la frange de population qui a craqué et craque encore pour les disques les plus rock de l’iguane ou de Jack White. En gros, si vous aimez le rock avec des tripes, vous allez aimer Devour You . Si vous préférez les choses plus proprettes, passez votre chemin.

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Stereophonics: « Kind »

Onzième album pour les Stereophonics, combo gallois le plus renommé du public et loué des critiques. Après 25 ans de carrière, s’est créusé un fossé qualitatif de plus en plus large en raison, notamment, de derniers disques qui, pour beaucoup, sonnaient de moins en moins audacieux.

Kind a donc pour mission de confirmer que les guitares rageuses sont bien un lointain souvenir, s’ancrant alors dans un registre pop-rock particulièrement acoustique mais qui demeure, sur son ensemble, cohérent.
L’album composé de dix titres débute qur le genre de morceau qui se fait trop rare aujourd’hui, un « I Just Wanted The Goods » qui s’ouvre sur un riff caverneux à souhait et nous entraîne par la suite dans un rock bluesy aux textes contestataires et annonciateurs de joiles choses.
Mais la montée en puissance ne se fait pas. Les trois
morceaux suivants restent de qualité mais dans le registre, vu le contexte, de la ballade acoustique. Ainsi « Fly Like An Eagle » le « single », « Make Friends With The Morning » et « Stiches » sont trois ballades acoustiques aux arpèges simples mais efficaces dans la mesure où elles parviennent à ne pas ouvrer dans l’emphase.


Le tempo ne va pas s’emballer après cet interlude romantique et la série de morceaux suivante s’enlise dans le mielleux, tant au niveau de la musicalité bien banale que des paroles légèrement larmoyantes comme « Hungover » et « This Life Ain’t Easy ». On frisera même l’auto-parodie neo-folk qur la complainte traitant de la dure condition ouvrière qu’est « Street Of Orange Light ».
Un soupçon d’audace vient de « Bust This Town »
viendra rehausser la cadence grâce à son côté funky la voix profonde de Kelly Jones donnera une patine plus licencieuse mais le soufflé retombera très vite, et le disque lui se termine dans la complainte amoureuse larmoyante avec les deux derniers titres « Don’t Let The Devil Take Another Day » et « Restless Mind » où ; seulela voix éternellement jeune, suave et éraillée de Kelly Jones maintiendra le tout hors l’eau.

Ne reste plus qu’à espérer que le combo décidera de s’éloigner du consensus dans lequel il se fourvoie depuis quelques années, si tant est qu’il en est encore capable.

**1/2

Monolord: « No Comfort »

Le stoner doom de Monolord avait déjà fait des étincelles en 2017 avec le troisième album Rust, où le combo confirmait tout le bien qu’on pensait de lui et montrait une marge de progression impressionnante, notamment sur le dernier titre, tortueux et grandiose. Sans trop de surprise, « No Comfort » rempile avec peu ou prou le même genre de titres ; des titres mid-tempo tendant vers la lenteur, chargés de riffs lourds et gras, avec une voix heavy en retrait, une rythmique de plomb et quelques envolées guitaristiques sobres mais efficaces. Cet album prend, cependant, plus le temps de s’installer ; ainsi, il avance plus sagement, développant des structures plus recherchées, et s’éloignant donc un peu plus des pères fondateurs, tout en employant exactement les mêmes ingrédients. Les éléments les moins metal du disque sont quand même mieux rendus, plus discernables. Mais l’équilibre entre les deux n’est pas encore optimal.

Toutefois, Monolord a igommé les quelques imperfections qui émaillaient ses précédentes réalisations pour se concentrer sur des riffs parfois minimalistes mais toujours percutants. L’ambiance est en général un peu plus sombre, et les sonorités plus homogènes. Cela contribue à donner l’impression d’un bloc ; logique puisque No Comfort est un concept-album. Au final, et même si une bonne partie des qualités du précédant sont là, ce dique manque de particularités mémorables et force un peu trop le trait le trait sur la partie dooom.Il restera à Monolord d’amener sa musique beaucoup plus loin.

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Battles: « Juice B Crypts »

La philosophie musicale qui sous-tend la formule du « moins c’est plus » pourrait expliquer pourquoi Battles a résisté à l’envie d’ajouter de nouveaux membres après le départ du bassiste Dave Konopka l’année dernière, les réduisant à la moitié de leur taille originale. En effet, batteur Jon Stannier et le guitariste/claviériste Ian Williams semblent avoir découvert plus de liberté créative en s’amusant à travers une série de jams ludiques et de mélodies hors du commun.

Influencé par les rythmes trépidants de New York, il y a peut-être plus de couleur qu’on ne pourrait l’imaginer, comme s’ils avaient jammé avec le psychédéliqqme d’un combo comme Guerrilla Toss.

Comme dans tous les albums de Battles, il y a une mêlée orgiaque de rythmes imposants, mais ici, ils sont découpés et réassemblés de façon ludique, avec quelques pépins supplémentaires. Jon Anderson et Prairie WWWWW ajoutent quelques voix sauvages à « Sugar Foot, » mais ailleurs, Battles ne parviennent pas à tirer le meilleur parti de leurs invitées. Même la présence de Tune-Yards, qui sur le papier semble être un partenaire parfait, ne correspond pas à l’album, et les roues d « closer » « Last Supper On Shasta » ne s’avèreront pas très emballantes. Juice B Crypts est sauvage et non conventionnel, mais parfois difficile à connecter à un niveau émotionnel.

**1/2