Alex Ebert: « I vs I »

Lorsqu’Alex Ebert est entré sur scène en 2009 avec sa commune musicale hippie sous le nom d’Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, il a touché le nerf de l’époque avec une musique effectivement empreuntée à l’ère hippie orthodoxe et a inspiré le public, notamment avec les spectacles en direct scandaleux de l’ensemble. Le point culminant de cette activité a été l’album « Here » en 2012, sur lequel il a donné une structure et des compositions soignées à l’agitation de ses musiciens. La tournée suivante a non seulement provoqué des tempêtes d’enthousiasme dans ce pays, mais a également établi de nouveaux standards avec la tournée finale du train du festival avec Mumford & Sons et le Old Crow Medicine Show en tant que co-leader. Mais : après cette tournée, sa co-frontalière Jane Castrino, qui avait été une sympathique homologue d’Ebert sur scène et en studio, a quitté le groupe, ce qui s’est avéré être un réel problème pars la suite.

La première partie d’un projet dans lequel Ebert entend réunir ses nombreux egos sous un même toit, le montre comme un malaxage de sons stylistiquement versatile mais conceptuellement sans direction, si ce n’est un virage croissant vers l’esthétique hip hop (y compris l’utilisation qasiment intrusive de composants électroniques, d’échantillons et de claviers) . Cette évolution ne semble pas avoir de sens dans le contexte du passé musical de l’artiste et, par conséquent, tout cela n’a presque rien à voir avec l’histoire de Ebert. Le renversement conceptuel du concept de groupe vers le format solo a vraisemblablement un sens ; il apparteindra, toutefois, aux fans de la première heure de travailleur dur pourdonner signification et direction à un opus arborant un tel titre.

**1/2

Youbet: « Compare and Despair »

Compare and Despair est le premier album paru sous le nom de Youbet, le pseudonyme du musicien new-yorkais Nick Llobet. Il introduit le public dans une playlist sonore qui porte en elle beaucoup de choses. Son monde musical est celui de quelqu’un qui vit dans un espace unique et qui équilibre une sorte de naïveté ludique avec une certaine insécurité dans tout ce qu’il entreprend. Llobet est accompagné par des musiciens de groupes tels qu’Ava Luna et Wilder Maker, et il y a une imbrication entre tous qui transporte l’auditeur dans un environnement musical unique et décalé. Il y a beaucoup de jeux instrumentaux qui se tordent et se poussent les uns les autres et tissent tous les morceaux ensemble, même dans les moments les plus contrastés.

« Endless » démarre le disque avec une guitare acoustique jouée à la hâte et des claviers scintillants qui flottent au travers tandis que le chant de Llobet pousse à son maximum, jusqu’à ce que tout trouve un groove étourdissant pour s’installer temporairement. L’ambiance musicale est en perpétuel changement, les basses oscillent entre les claviers et la batterie bégayant et se mêlant aux moments plus rares, jetant ainsi les bases du travail vocal de Llobet. « Volcano » change l’ambiance de manière radicale et efficace, car Llobet exprime ses angoisses et ses désirs interpersonnels de manière convaincante dans des couplets comme “It’s always fucked up the way you call me useless…I feel a shame I can’t contain” (C’est toujours la merde de la façon dont vous me traitez d’inutile… je ressens une honte que je ne peux pas contenir). Le morceau met en évidence des ambiances contrastées avec lesquelles Youbet joue, car le fond apporte une légèreté et une atmosphère libératrice qui sont en opposition directe avec ce qui est exprimé dans les paroles honnêtes et ouvertes.

« Nice Try » est une exploration psychologique pleine de tension et de distorsion, entrecoupée de carillons de guitare et de claviers qui passent du scintillement à des flashs légèrement sombres. Llobet et compagnie montrent une fois de plus à quel point ils sont adeptes du changement caméléonique des émotions et des humeurs qui joue avec les oreilles du public avant de se désintégrer brusquement. « Cycle » apparaît comme l’un des moments les plus tranquilles du disque, mais il est rapidement trahi par le courant de pensée de Llobet. Il y a là-dessous une couvaison qui rappelle un peu Elliott Smith dans ses moments les plus artistiques, la voix de Llobet vacille, se plie et porte un poids qui reste avec vous.

Compare and Despair est un disque qui se délecte pleinement de son côté trippant et de son chaos décalé, et qui vous emmène volontiers en voyage, même si la destination n’est pas claire et illimitée. Llobet et compagnie ont mis tant de choses dans ce disque qui est plein de mélodies intrigantes et d’idées musicales qui refusent d’être figées. Les atmosphères changeantes et désorientantes du disque se prêtent à de multiples écoutes où vous trouverez toujours quelque chose de nouveau à chaque fois que vous l’écouterez. La lourdeur et l’imprévisibilité de la vie sont ici à l’honneur, mais il y a toujours une inventivité ludique et une légèreté à portée de main qui s’apparente à un kaléidoscope sonore. Toutes les personnes impliquées ici ont créé un disque captivant et difficile à comprendre, mais dans lequel il est facile de se perdre même si onlui est reconnaissant de faire l’expérience.

***

October Drift: « Forever Whatever »

Dans un passé encore assez proche, October Drift a urait pu avoir un suuccès massif. Leur rock indié robuste mais tourbillonnant aurait impressionné un public post-punk ou peut-être fait des merveilles à l’apogée de la Britpop. Mais aujourd’hui, bien que promettant sporadiquement quelque chose de spécial ile combo sonne un peu trop apprivoisé pour pouvoir envisager de triompher.

Les quatre musiciens du Somerset, au Royaume-Uni, ne ffont réellement rien de mal sur leur premier album Forever Whatever, mais ils ne possèdent pas non plus grand-chose qi soit susceptible de nous émouvoir. L’ouverture « Losing My Touch » arbore un son béat et shoegaze avec des riffs bien charnus mais jamais glissants, et la psalmodie floue du choris mérite d’être norée. Mais, à mesure que l’album se poursuit, les choses se font très vite un plates et quelque peu monotones.

Une trop grossee partie de l’album semble avaoir été posée sur un seul support et être restée sur place et des titres comme « Cherry Red », « Milky Blue » et « Cinnamon Girl » ne contribuent pas à dissiper cette impression.

October Drift coche certes toutes les cases d’un formulaire indie-rock, les choses ne s’améliorent de façon flagrante que lorsqu’il tentent de s’en éloigner. La fin de « Don’t Give Me Hope » prouve que le groupe sait se faire fort et direct s’il le veut, et « Naked », dépouillé mais toujours luxuriant avec piano, cordes et réverbération, apporte un peu de tranchant et de couleurs. Hélas, les musiciens ne s’aventurent jamais assez loin. Au lieu de coupures épiques destinées aux soirées dans les clubs et aux gros titres des festivals, nous n’obtenons que de brefs moments engageants et pas assez d’impact durable.

À l’avenir, October Drift devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour ignorer les normes et les stéréotypes et enregistrer ce genre d’expériences plus entreprenantes.

**1/2

Frail Body: « A Brief Memoriam »

Évolution furieuse du hardcore, excroissance de l’emocore, le screamo est un compromis qui peut s’enorgueillir de compter quelques représentants assez doués. Parmi eux, on va pouvoir citer Frail Body. Le trio de Rockford, Illinois nous gratifie ici de son premier album, qui prend un malin plaisir à nous envoyer dans les cordes tout en procédant à une thérapie. Pour être honnête A Brief Memoriam a plus une allure d’ep ; en sept titres et 21 minutes, , ça reste court.

« Pastel », première salve, nous assène un uppercut direct. « Your Death Makes me Wish Heaven Was Real » nuance le propos, intégrant du pur emo dans l’équation. « Aperture » est beaucoup plus ramassé et frontal.

« Traditions in Verses » sera un concentré de cyclothymie, et « Cold New Home » naviguera dans les mêmes eaux. « At Peace » se contentera de poser une ambiance et, « Old Friends » s’avèrera un peu trop longue pour amorcer un démarrage.

Le screamo de Frail Body est tout ce qu’il y a de plus convenu, et les sentiments dépeints sont des poncifs du genre. L’ensemble fonctionne toutefois pas trop mal et permettra d’écouter la chose avec une distraction non déplaisante.

**1/2

Naga: « Void Cult Rising »

Naga et in trio italien qui oscille entre post black, thrashcore et doom metal, style qui ne conviendra pas à toutes les oreilles. Des riffs écrasants martelés avec cruauté, un chant déchirant à la Disbelief, une ambiance glacée de station de ski sans le fun, une menace permanente planent au-dessus de l’auditeur bien malmené au cours des six titres et 44 minutes de ce troisième album. Void Cult Rising n’est là que pour évacuer la souffrance et la noirceur de ses auteurs ; pas de happy end à l’horizon ici, on ne fait que creuser encore et encore, sans espoir de trouver quelque chose de l’autre côté ni même celui d’être enseveli et d’enfin gagner la paix éternelle.

Naga glorifie le nihilisme et ne s’en cache pas. Ici, ça sent le souffre à s’en boucher les sinus, on patauge tous dans la fange jusqu’à se confondre les uns avec les autres ; de toutes façon on est tous aussi insignifiants et méprisables. Ici on flotte tous les yeux en l’air à regarder le vide insondable de nos existences

**1/2

Beck: « Hyperspace »

C’est une habitude chez Beck, alterner entre album pop rythmé, tel que le Colours d’il y a deux ans, et collection de chansons plus douces et introspectives, telles que celles qui composent ce Hyperspace. Surprise !, au lieu de coucher sa voix plaintive sur de belles guitares folk comme il l’avait fait sur l’avant-dernier, Morning Phase (2014), le Californien se lamente cette fois dans l’électro-pop avec l’aide du coréalisateur et collaborateur à l’écriture Pharrell Williams qui, n’insistant pas trop sur les rythmiques rap, confine plutôt Beck dans une pop-néo-R&B qui ne le sert pas très bien.

D’autant plus que sur le plan de l’écriture, ces dix nouvelles chansons ne sont pas particulièrement ravissantes : il y a certes la belle « See Through », mais elle est noyée dans des incongruités comme la pop-électro à guitare « Die Waiting » (que Taylor Swift aurait pu chanter…) et autres poussifs et racoleurs refrains auxquels l’estimé musicien ne nous avait pas habitués. La qualité de l’enregistrement est cependant impeccable, comme si on avait tenté de polir le plus possible ces ternes chansons…

**1/2

The Milk Carton Kids: « The Only Ones »

Après avoir accueilli un petit groupe de musiciens sur leur dernier album, Joey Ryan et Kenneth Pattengale retournent à leur intimité confortable, seuls aux harmonies générales. The Only Ones n’a pas l’amplitude d’un album ni la concision d’un microalbum : il se trouve entre les deux, sorte de brève confidence sous les étoiles. On y retrouve sans faute des compositions élégantes et des galops de cowboy en déroute (« I’ll Be Gone ») qui font The Milk Carton Kids depuis leurs débuts.

Mais une nette distinction apparaît dans le soin donné aux histoires, qu’on dirait écrites au télescope. En cernant avec minutie la renonciation au couple, l’ambiguïté des sentiments ou le rapport à l’enfant (superbe « As the Moon Starts to Rise »), les musiciens américains basculent dans la force du témoignage. Longue et acharnée, plus abstraite aussi (un qualificatif rarement associé au duo), « I Was Alive » éteint les feux en révélant que, malgré la mort qui rôde en différents mirages, la vie, avec ses lumières, existe encore.

***

James Blunt: « Once Upon a Mind »

Avec Once Upon a Mind, James Blunt retourne vers la formule qui a créé son succès dans les années 2000, tout en tentant de rester actuel. Mais quelques ingrédients manquent à la recette, et le résultat manque de saveur.

En fait, le tout sent un peu trop le réchauffé. Cela ne signifie pas que l’écoute des 11 chansons est désagréable, loin de là. Il n’y a rien à détester. Mais il n’y a presque rien, non plus, à adorer.

Quelques titres se démarquent : « Monsters », « Halfway mais le plus gros des morceaux de ce sixième opus ne fait souvent ni chaud ni froid. On sent dans les mélodies que le James Blunt de l’album Some Kind of Trouble tente un retour.

Le Britannique a pris la (bonne) décision de délaisser les tons électroniques de son précédent essai pour revenir vers les chansons douces tournées à la sauce populaire. S’il n’y a aucune complexité à la plupart des mélodies, les paroles, joliment composées, parviennent à rendre plus intéressantes certaines ballades.

La voix du chanteur de 45 ans n’a pas changé. Même lorsqu’elle est moins juste, on sent que ce n’est qu’au profit de l’émotion, qu’elle ne cherche pas à être parfaitement contrôlée. On se sent (presque) mal de parler encore de « Goodbye My Lover », « You’re Beautiful « et « 1973 », mais James Blunt semble vraiment avoir atteint le pinacle de sa carrière à ses débuts, avec ses trois premiers albums.

**

Take Offense: « Keep an Eye Out »

Ceux qui ont connu les fastueuses années du Speed Metal au début des années 80, celles qui ont amené ensuite les pointures du Trash Metal que sont devenus Slayer et Metallica, seront sans doute amusés de découvrir que 30 ans après, ce son contenu de perdurer.

Mais c’est plutôt du côté du hardcore qu’il faudra aller chercher les influences de Take Offense avec un son qui rappela par exemple celui des mythiques New Yorkais de Agnostic Front qui s’apprêtent d’ailleurs à sortir un nouvel album. 

***

Starcrawler: « Devour You »

Héritière de Courtney Love (Hole) ou Donita Sparks (L7), Arrow De Wilde cache bien son jeu. Elle chante, elle invective, elle hurle et c’est pour cette réison que Starcrawler s’était fait remarquer avec son précédent disque éponyme. Le groupe entend bien remettre le couvert : un rock indie simple, direct, grungy et punky, un peu plus sophistiqué que sur son premier album, mais pas suffisamment pour oublier de s’en méfier en permanence.

Starwrawler affiche les mêmes intentions ; Devour You donc. Entre grosses ficelles rock old school et attitude rebelle, les 13 titres ici présents s’adressent clairement à la frange de population qui a craqué et craque encore pour les disques les plus rock de l’iguane ou de Jack White. En gros, si vous aimez le rock avec des tripes, vous allez aimer Devour You . Si vous préférez les choses plus proprettes, passez votre chemin.

***