PlanetDamage: « Relapse Protocol »

20 novembre 2020

Le premier album de Planetdamage, Relapse Protocol, suit en grande partie une formule électro-cyberpunk qui est, du moins en apparence, très familière. Des lignes de synthétiseurs et des motifs de batterie pulsés sont le lit sur lequel sont posés des monologues angoissants, à demi criés et légèrement déformés sur la politique et l’état du monde, infusés de frustration et de détermination. Ce sont les paroles qui sont placées au centre de la scène, tandis que l’électronique est surtout là pour fournir un cadre et un sentiment d’urgence.

L’affirmation de « Kompromat » selon laquelle l’histoire est truquée, « Hi Rez Lo Life » qui s’intéresse à l’Internet et aux médias sociaux, parle de « pay per click » ou « Vex » qui a recours à la désignation d’une sélection de multinationales à considérer avec suspicion en sont des exemples alors que ‘The Mark » utilise le chant de questionner l’autorité, un message qui atteindra que ceux qui le font déjà. On n’est pas forcément en désaccord avec de telles affirmations mais on les voudrait moins maniérées.

Aussi, bien qu’il soit relativement court (40 minutes), l’album finit par être un peu dramatique et d’une seule ntonalité. Le fait que les pistes soient enchaînées de manière fluide crée parfois un mouvement intéressant mais il ne sert malheureusement qu’à mettre en évidence les similitudes excessives de ton et de rythme entre chacune des plages. La voix y est, en outre, toujours la même, a tendance à banaliser le message qu’elle tente de transmettre. Ajoutons un manque flagrant de drame dans le discours, tant au niveau des paroles que de la musique : les synthés sont légèrement agressifs mais n’ont jamais vraiment fait parler d’eux, et les remplissages et les chutes sont clairsemés, secs et simples. Ainsi, l‘ouverture de « Regret Gunner » est prometteuse, puis s’aplatit très vite. Sans vouloir se plier à la culture populaire dominante, quelques riffs plus forts n’auraient pas été de trop, en particulier quand des bribes de techno sont à l’honneur (« Firewalls »ou les tons légèrement acides de « The Mark »)qui manquent trop caractère distinct et perspicacité lyrique pour pouvoir gagner en écoute et popularité..

**1/2


Eels: « Earth to Dora »

31 octobre 2020

Mark Oliver Everett (alias E) est le maître de l’euphémisme. Quiconque a acheté un disque de Eels ou lu son autobiographie peut témoigner du fait que E a le don d’écrire sur les troubles émotionnels – et chante à leur sujet comme s’il s’agissait de nettoyer l’évier de la cuisine.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Eels ont fait une telle impression sur beaucoup de gens : ils parviennent à faire paraître les soucis qui occupent votre esprit petits, mais non sans importance.Et possèdent cette magie que beaucoup de groupes ne parviennent pas à capturer… Et c’est pourquoi aussi, ils cont partie des groupes les plus sollicités pour les bandes originales de films. Leur dernier album Earth to Dora reprend le style de leurs précédents travaux, mais peut-être, pas nécessairement toute sa substance. 

À la manière typique qu’affectionne E, la présentation de leur treizième album studio a été rédigée sous la forme d’une interview de John Lennon. L’influence de ce dernier se retrouve d’ailleurs partout, en particulier sur « Anything For Boo » qui ouvre l’album. Toutefois, l’influence du Lennon que nous obtenons ici est celle de celui qui met son coeur à nu, celui du disque Imagine, et l’impact est excessivement fort. Une bonne partie de Earth to Dora a été écrite avant la pandémie bien que le « single » »Are We Alright Again » ait été ajouté tardivement, chose qui ne peut pas ne pas se voir. Décrite par E comme « un rêve de quarantaine », la chanson est brillamment pleine d’espoir et apparaît comme l’antithèse du cynisme. Elle arrive au début de la liste des titres de l’album, et fixe malheureusement un standard élevé que le reste ne respecte jamais. 

Il y a néanmoins beaucoup de choses à aimer sur lEarth to Dora. C’est un album conçu pour présenter réconfort aux fans en ces temps d’hincertitude, et cette intention ne peut qu’être louée. «  Baby Let’s Make It Real » est, à cet égard, une succès car il combinera le piano intime et le chœur contagieux qui en découle. Nous nous éloignons brièvement de la lumière avec « Are You Fucking Your Ex », qui n’est pas par hasard l’un des meilleurs moments. Et, dans une lignée similaire, « IGot Hurt » et « OK » seront, au mieux, scandaleusement passables.

Hormis cela, le reste de l’album se montre dépourvu de cette étincelle unique qui a occupé les précédentes sorties de Eels ; prenons, par exemple « Anything For Boo », déjà mentionné. Nous sommes immédiatement plongés dans un refrain imprégné d’une guitare chargée de réverbération et de glockenspiels presque sirupeux tandis que les paroles s’imprègnent de sentiments faciles et de rimes conventionnelles. Si vous vous sentez sur ce registre vous ne pourrez que vous esbaudir à chaque fois que le E croonise le mot « boo » en une belle façon de vous garantir une superbe gueule de bois au lendemain matin.

Ailleurs, « Dark and Dramatic » menacera d’être une chanson intéressante pendant une minute avant de s’arrêter net au milieu de la route alors que la douceur saccharine combinée de « The Gentle Souls », « Who You Say You Are » et de la chanson titre (avec les » doo-doos » et « bah-bahs ») ne pourra que vous occasionner une ruée vers le sucre et le mielleux.

Dans l’ensemble, Earth to Dora est plein de platitudes vides : cela conviendra très bien si c’est tout ce que vous cherchez, mais Eels (et son public)valent mieux que cela. Earth to Dora, bien qu’il s’agisse d’une belle œuvre avec les meilleures intentions, est un album perclus de bons sentiments mais peu de caractère. Il plaira sans doute aux fans du groupe, mais l’auditeur occasionnel n’aura pas grand-chose à emporter chez lui après que l’aiguille du tourne-disque se sera arrêtée.

**1/2


Cayucas: « Blue Summer »

22 octobre 2020

Pour les fans qui ont rêvé des Cayucas d’antan – la version qui a fait ses débuts en 2013 surBigfoot – avec leur quatrième LP, Blue Summer, les frères Yudin, Zach et Ben, sont revenus sur le surf, des refrains simplistes qui leur ont valu une si forte acclamation initiale.    

Blue Summer est une immersion totale dans l’ambiance saisonnière, proche cousin des sons classiques immortalisés sur les sorties les plus populaires des Beach Boys. « Yeah Yeah Yeah » est une chanson décontractée qui évoque les Pet Sounds et les premiers Beck. Des « singles » comme « Malibu ’79 Long » et « California Girl » habitent le même espace « chapel rock » développé par Brian Wilson et compagnie, avec des harmonies superposées, des influences doo-wop, des riffs vintage et des effets vocaux nostalgiques.

Tout comme Bigfoot, Blue Summer s’échoue sur le rivage avec un abrégé de huit titres, rappel sonore d’une saison éphémère. Les souvenirs se font en un instant et sont appréciés pour toute une vie. Le dernier morceau, »Summer Moon », permet aux Yudins de réfléchir à ce fait et d’apprécier les relations passées sous « une lune d’été en décembre ». C’est un virage réfléchi pour un soulagement, et montre une croissance de l’artisanat depuis leur dernière installation sur la plage.

**1/2


Travis: « 10 Songs »

9 octobre 2020

Le groupe écossais Travis a connu une longue et stable carrière, qui s’est déroulée de manière plutôt agréable. Ayant débuté comme un groupe peu distingué avec un petit penchant pour le grand public, une coïncidence atmosphérique a contribué à catapulter le deuxième album du groupe, The Man Who, dans la conscience du public. Depuis lors, le combo a connu un succès commercial en tant que groupe de light-rock

Ce neuvième disquede Travis, 10 Songs, ne représente pas un grand changement par rapport au parcours régulier du groupe. De douces impulsions d’introspection de l’intérieur de compositions simples et inoffensives. La chanteuse Fran Healy apaise les sentiments populaires avec des idées relatées, bien que légèrement déprimantes. Une production soignée met l’accent sur les accroches du piano et la voix tendre de Healy. Les sons sont réconfortants – comme une loge au coin du feu protégeant l’auditeur d’une atmosphère vaste et turbulente.

Nulle part ailleurs, Healy et ses collègues ne se ressemblent autant que sur le « single » « A Ghost », qui contient l’urgence contenue qui caractérise leurs chansons les plus populaires. La voix volontairement obscure du frontman tourbillonne sur les mers douces de l’agitation bourgeoise. « Ne perdez pas votre temps », se lamente Healy sur les notes de piano tumultueuses et errantes, donnant une petite touche de texture. « A Ghost », lui, sera l’appel le plus convaincant à sortir du plateau.

Pendant ce temps, « Valentine », qui s’immole de lui-même, illustre la tendance anti-ambition et les exhortations à l’écoute du disque avec une mélodie de guitare vaguement espagnole qui manque de définition. Comme l’offre audacieuse ici, « Valentin » » laisse quelque chose à désirer. « Si je me couche ici, je pourrais mourir ici, je pourrais rester couché ici pendant un certain temps » (If I lie here/ I might die here/ I may lay here for awhile), Healy s’infléchit avec inertie, consumant son caractère sombre. Un travail de guitare sans fioriture fait passer la chanson d’une période anémique à une version de Muse sans le drame.

Sur « The Only Thing », une hymne Americana avec Susanna Hoffs des Bangles, on s’engouffre dans le restaurant avec des voix de route poussiéreuses pour essayer de sauver les choses. « Vous êtes le disque dans un magasin que personne ne veut acheter » (ou are the record in the record-shop nobody wants to buy), contribue-t-elle, alors que Healy déplore impuissant son obsession pour une ex. Hélas, le manque de cran de Healy pour raconter des histoires n’est qu’une autre façon de se morfondre dans sa psyché personnelle.  Néanmoins, Hoffs s’en sort bien avec sa douceur lasse des arrêts de camion.

Le lumineux « Butterflies » réveille l’émouvant art de la chanson des Red House Painters, mais dès le premier refrain, la chanson est atténuée par la tessiture prescrite du disque. Plutôt que de s’élever lentement jusqu’à un niveau émotionnel élevé, la chanson s’arrête dès que Travis abandonne le couplet agréablement nuancé au profit d’un refrain plus doux. L’ouvrrture, « Waving At The Window », surferaelle aussi sur une vague douce qui culmine plutôt vers le bas, dans une tentative sincère d’honnêteté émotionnelle. Les sons de « Butterflies » et de « Waving At The Window » sont, à ce propos, coupés, édités pour être consommés et s’éteignent au moment où ils semblent aller dans un endroit intéressant.

Un problème récurrent est que les paroles mettent l’accent sur l’expérience personnelle, mais ne révèlent que peu de choses d’universel ou de profond. Ce problème est d’autant plus prononcé que les segments instrumentaux sont si simples et brefs.  Les chansons sont construites à grands traits. Les rythmes et les accords sont fades et servent de véhicules à des paroles qui ne dépassent que rarement le niveau de la dysphorie de la classe moyenne.

La sincérité est le point lumineux du style de Travis. Aussi effacées que soient les paroles de Healy, son chant et son falsetto se mêlent aux chansons simples pour évoquer un espace viscéral de vulnérabilité. Pour ceux qui apprécient sa voix, les singles feront une belle addition à la liste de lecture de la salle d’attente de n’importe quel dentiste. D’autres peuvent envisager de boire des pintes de consolation solitaires de Coldplay alors qu’une autre belle journée s’écoule.

Pas tout à fait à la hauteur de leurs précédentes sorties, 10 Songs embrasse malheureusement la mondanité. Le titre sans imagination dit tout. Sans thème cohérent, sans audace de déclaration, l’album s’épanouit là où le minimalisme s’efface au profit de la facilité. Les chansons laissent peu de choses à découvrir. Les moments marquants sont rares et ne peuvent pas combler les lacunes d’une musique de fond fade et parfois mièvre.

**1/2


Into It. Over It: « Figure »

24 septembre 2020

Sur le dernier album de On Into It, Standards, Evan Thomas Weiss a réalisé un disque de type « I’m thirty and afraid ». C’est un sujet qui peut être rebattu et clichémais Weiss a pris un thème peut-être insignifiant et lui a donné un vrai sens des enjeux et de l’excitation aini générée. Cela n’a pas fait de mal que les chansons soient très rock : même si le titre d’ouverture ,« Open Casket », avait tous les signes d’un enregistrement réalisé dans une cabine, des morceaux comme « Closing Argument » et « Vis Major » étaient aussi vivifiants et exaltants que les albums de Weiss en 2011 et 2013. Avec la sortie de son nouvel opus, Figure, il semble que les parties ennuyeuses de l’emo d’âge moyen l’ont rattrapé. C’est un album rempli de Into It. Over It., qui se caractérise par des sentiments lyriques conversationnels, une partie de guitare math-rock occasionnelle et une batterie d’ancrage. Mais même avec les compositions solides et généralement excellentes de Weiss, ça ne fait jamais tilt.

La question prédominante ici est sa production. Les chansons s’effacent pour laisser place à des guitares électriques, boueuses et atmosphériques. Les grands refrains s’effacent pour laisser place à des grooves midtempo mous avec des guitares acoustiques oubliables et des touches de piano électrique. D’autre part, les paroles de Weiss sont d’une beauté attendue. La lente construction de l’instrumentation de « A Left Turn at Best Intentions » est sans surprise, mais les détails elliptiques d’environ un mois, de pire en pire, sont incroyablement résonnants. Cette prose est attrayante, car elle est à la fois cryptique et universelle. Des phrases comme « J’ai essayé et je pense que c’est le mieux que je puisse faire » (I’ve been trying and I think that’s the most I can do) sont très racontables, mais des expressions désinvoltes sur les tueurs de cow-boys qui se préparent et sur « Armitage Avenue » donnent à ces chansons un air de vie. Malgré la grande poésie, la moitié des chansons ici : « (Dressing Down // Addressing You » et « Hollow Halos » n’ont pas de personnalité sonore.

Heureusement, il y a des moments de brillance dans Figure. Les deux « single »s de l’album, « We Prefer Indoors » et « Living Up to Let You Down », s’y joignent immédiatemen et montrent un Over It. à son meilleur. Le premier, avec ses rythmes de guitare acrobatiques et son jeu de batterie habile, ressemble à une chanson prête pour l’énergie d’un live. C’est un couple parfait de paroles mélancoliques sur une rupture (« A beginner’s guide to annoyance » est l’une des lignes les plus tranchantes de l’album) et une accroche-anthémique on ne peut plus recommandable. Lorsque vous arrivez à la fin, cela devient cathartique. « Living Up to Let You Down » a une vague énergie (Death Cab, avec le sentiment lugubre de « We sing along but the feeling’s gone » appliqué à une relation sur une mélodie chaude. Au fur et à mesure que la chanson avance, elle devient carrément déprimante. Weiss énumère des possibilités pour l’avenir avant de tomber sur la pire : son partenaire actuel va déménager à un pâté de maisons de là et ils vont passer à autre chose. Des moments comme « Living Up to Let You Down » sont inoubliables ; c’est juste une déception que le reste de l’album ne soit pas du même tonneau.

***


Mephisto Walz : «All These Winding Roads»

12 septembre 2020

Les pionniers du deathrock que sont Mephisto Walz, sont de retour avec un nouvel album, All These Winding Roads également disponible en numérique. Le combo a été formé en 1986 par Barry Galvin (alias Bari-Bari) après son départ dun autre groupe de deathrock, l’influent Christian Death. Avec une longue carrière derrière lui, Bari-Bari est maintenant accompagné de Myriam Galvin au chant et ils avaient déjà travaillé ensemble sur leur précédent album, Scoundrel, datant de 2017.

 omme l’a déclaré Bari-Bari, qui a assuré toute la production ,le disque est décrit comme « De nouveaux chanteurs, de nouvelles chansons, des morceaux inédits, d’anciens chanteurs fusionnés dans une nouvelle sortie ». C’est ce qui ressort du premier titre, « The Lost And Haunted » qui met en scène Veronica Campbell (de Death Loves Veronica) au chant et aux paroles. Ensuite, sur « They’ll Never Find You », nous aurons un excellent morceau qui montre que Mephisto Walz a toujours ce qu’il faut avec Mari Kattman au chant et Myriam aux paroles. Puis, nous aurons droit à une reprise des Hollies, « Stop In The Name Of Love » avec au chant Christine Leonard, la première chanteuse de Mephisto Walz. Sur « Is This Really My Life », avec Mari Kattman au chant et Myriam aux paroles, une des chansons les plus éthérées de l’album se fera sa place. Comme sur tout l’album, nous entendons le style d’écriture caractéristique de Bari-Bari et son mur de chœurs et de guitares plantées comme à retardement. Une autre reprise suit avec l’instrumental des années 1960 « Apache » écrit par Jerry Lordan.

Veronica Campbell apparaîtra également sur « When No One’s Left To Hear », un morceau de deathrock oldschool classique et optimiste. La reprise « Like The Wind » est suivie, elle, de vocaux délivrés par Alastrelle Delyon (de Dead Souls Rising). Une chanson rock des années 80 écrite par un artiste inconnu qui est devenue célèbre sous le nom de « The Most Mysterious Song On The Internet ». Les choses se calment et s’assombrissent sur « Here Lies Forever » avec Veronica Campbell qui fournit une fois de plus la voix et les paroles. Dans la même veine, mais plus atmosphérique, nous aaurons « Firefly » dont la voix et les paroles seront fassuéres par Johna et nous retrouvons la bien-aimée Christine Leonard sur « Skin », la reprise classique de Madonna sortie à l’origine sur Virgin Voices / A Tribute To Madonna« en 2000. L’album se terminera avec le plus dynamique « Suntanned Satans », avec des percussions, des guitares hurlantes et Bari-Bari au chant, une conclusion qui se veut en apothéose comme pourrait l’être une valse menée par Méphistophélès.

**1/2


L.A. Witch: « Play With Fire »

25 août 2020

Sur ce deuxième album de L.A Witch, le trio s’exprime de manière agressive à travers les différentes époques du rock. Pour cela, le combo joue sur une caricature cool, aussi, avec un son qui donne souvent l’impression d’être accompagné d’un verre de whisky, on a l’impression qu’ils possèdent quelques vestes en cuir mais surtout on peut dire qu’ils se contrefichent de ce que l’on peut penser d’eux.

Ceci est palpable dans presque tout ce qu’ils font, dans les riffs qui vous piquent comme un piment sur la langue ou qui soulèvent de la poussière sous le chaud soleil californien. Ils canalisent l’agressivité comme un groupe de punk, en l’alimentant directement dans leur chant performatif, leurs cris stridents, leurs torsions et leurs mots qui se tordent en nœuds. L’un des thèmes de l’album est la récupération de l’agence, que ce soit d’eux-mêmes ou d’autres personnes. Avec des phrasessde type « Je suis resté trop longtemps dans ma tête » (I’ve been hanging around in my own head for too long).

Ils recherchent l’individualité, le message pour sortir des moules prescrits et aller de l’avant à votre manière et à votre rythme. Entourer cela d’un son souvent délié peut rendre certaines des chansons de cet album finalement libératrices. Cela rend encore plus frustrant le fait qu’un album et un groupe si inspirants et incendiaires puissent souffler un peu chaud et un peu froid.

Il y a des moments où le chant peut être ennuyeusement obscurci dans le mixage par rapport aux instrumentaux. Certains riffs peuvent sembler trop familiers par rapport à d’autres chansons de l’album et il y a des parties où les pauses instrumentales sont maintenues beaucoup trop longtemps. Le dernier morceau, « Starred », est une fin finalement décevante, n’étant rien d’autre qu’une grêle de bruits de guitare dysfonctionnels sans grande substance.

Play With Fire est plus décontracté que le feu pourrait nous le laisser penser. Ce n’est en aucun cas un mauvais album, il y a des moments qui sont vraiment enthousiasmants avec des crochets aigus et des sections rythmiques serrées. Les prouesses agressives de L.A Witch sont impressionnantes, mais on peut se retrouver sur le carreau en de trop nombreuses occasions.

**1/2


Marja Ahti: « The Current Inside »

5 juillet 2020

Les artistes sonores compétents sont ceux qui peuvent organiser ou présenter le son de manière convaincante. Les artistes sonores compétents sont capables d’insuffler à leur travail quelque chose de plus : la perspective ou la relation unique qu’ils ont avec le matériau source, les aspects particuliers de leurs matériaux rassemblés qui les intéressent le plus, les incertitudes glissantes auxquelles leurs créations sont confrontées et qui peuvent être rendues suffisamment palpables par les mains d’un véritable maître du métier. Marja Ahti est certainement l’une d’entre elles. The Current Inside, son deuxième LP pour le label suisse Hallow Ground (elle avait déjà étonné avec des sorties comme The Hole in the Landscape sous le patronyme de Tsembla et Why Do Birds Suddenly Appear ? avec son partenaire Niko-Matti Ahti), est aussi dépouillé et strié que le dessin à l’encre qui orne sa pochette, chacune des cinq pièces étant soigneusement reconstituée avec de délicats artefacts de texture, des fréquences de résonance et des enregistrements de terrain traités de manière minimale dans des tableaux immersifs d’objets sonores tactiles avec l’apesanteur et la liberté de mouvement d’une feuille de tulle arachnéenne.

Commandé par l’INA GRM pour les actes sonores, « The Altitudes », d’une durée de 20 minutes, occupe la totalité de la face A de l’enregistrement et explore la beauté de la plus abstraite des interactions élémentaires terrestres, « reliant et animant des mouvements sous forme d’air, d’eau et d’électricité ». Dans une approche peut-être plus fidèle aux origines de la musique électroacoustique, les compositions d’Ahti s’inscrivent dans une neutralité résolue, ses vibrations métalliques cristallines, ses doux cliquetis et des extraits naturels jamais entachés de beauté conventionnelle ou de laideur gratuite. Au contraire, elles dérivent comme des bateaux blancs comme neige sur une étendue d’eau froide et sans courant, des oasis de terre fugaces et des feuillages toujours au loin, des lamentations désincarnées nichées dans la brise.

***1/2


Dean Cercone : « Cardinals And A Grey Cat »

7 juin 2020

Au cours des dernières semaines, les médias et les communautés scientifiques ont vanté une sorte de reprise du monde naturel en raison de la mise en quarantaine des personnes – les eaux des canaux de Venise sont redevenues claires, les glaciers ont montré des taux de fonte plus lents, les émissions de carbone ont été réduites, etc. Un tel « retour »à la beauté plus naturelle de la planète se reflète dans la musique introspective préparée à la guitare de l’artiste Dean Cercone, basé à Brooklyn, sur son nouvel album, Cardinals And A Grey Cat, sorti durant la quarantaine. Dès la première minute, la voix humble et singulière de l’album insuffle simultanément une solitude que nous ressentons tous actuellement, une nostalgie de la normalité de notre passé pas si lointain, et un sentiment d’espoir, un sentiment d’émerveillement, auquel nous nous accrochons tous actuellement.

Sur ces morceaux, Cercone s’interroge sur le monde et sur la place qu’il y occupe, en se calmant et en apaisant l’auditeur avec ses mains et son instrument et en leur donnant quelque chose à faire. Les cordes tintent et trébuchent et bricolent sur la chanson titre, comme les entrailles d’une horloge inconnaissable d’un univers non linéaire. Le cosmos tout entier aurait aussi bien pu prendre les corps des animaux du titre de l’album, comme le note Cercone qui note qu’ils sont apparus, et sont restés, pendant toute la durée de son enregistrement. Les battements d’ailes de sa cueillette sur « Internet Blues » et « March Of 2020 » incarnent presque le battement d’ailes sur leur perchoir, et la curiosité tranquille de l’ami à fourrure. Il s’aventure dans des zones de désaccord, très rarement, comme pour créer ses propres discordes, puis triomphe en rentrant dans la résonance plus qu’agréable ; comme pour nous rappeler que nous allons nous en sortir.

***


Cable Ties: « Far Enough »

5 avril 2020

Les Australiens, sur leur deuxième album, abordent le proto punk répétitif. Cable Ties peuvent, en effet, facilement délivrer une chanson rock classique et énergique, puis un numéro post-punk intense. Ils l’ont prouvé lors de leurs débuts en 2017, et maintenant ils le font à nouveau disque Far Enough.

Le trio de Melbourne combine Garage Rock et Post Punk dans les styles mentionnés ci-dessus. Le punk entre le proto et le post est négligé.Tant qu’il est rapide et dur l’éventail ne sera pas négligé.

La chanteuse Jenny McKechnie maîtrise les différentes ambiances et suit fidèlement l’instrumentation ; que ce soit avec le rugissement ou la narration, tout fonctionnera sans à coups.

« Hope » est une ouverture pleine d’âme, qui se dirige vers le Hard Rock. Plutôt dispensable, comme la doublette épaisse que constituent « Not My Story » et « Self-made Man ». Des choses fantastiques se passent ensuite avec « Tell Them Where To Go » avec sa basse à spectre large et « Sandcastle » dont la fluidité atmosphérique ravit.

On sera captivé également sur un « Lani » qui s’étendra sur sept minutes ainsi que par un « Anger’s Not Enough », galement stoïque et dense. Une partie excellente, un autre moins enthousiasmante ; preuves à faire mais admis à une séance de rattrapage.

*11/2