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GRÓA: « Í Glimmerheimi »

Ce trio islandais nous livre ici un deuxième album, Í Glimmerheimi, après un premier opus qui laissait entrevoir un fort beau potentiel.Comptant parmi les fers de lance du collectif Post-Dreifing, qui rassemble des artistes de la scène locale de tous bords et dont le but est à la fois de proposer des concerts mais également de l’entraide dans la production des titres, GRÓA, malgré une moyenne d’âge inférieure à 18 ans, est un groupe qui écume les scènes de Reykjavík, soulevant la ferveur certaine d’un public très vite acquis à lsa cause.

Alos que la production de leur « debut album » avait esmblé un peu trop léchée, le successeur va séduire par une entame post-punk qui ne sera pas sans rappeler les prestations « live » du combo.

Comme en témoigne le titre d’ouverture, « Fullkomið », l’ossature de cet Í Glimmerheimi repose essentiellement sur une alliance basse/batterie, menée respectivement par Friða et Hrafnhildur (qui assurent également les backing vocals). C’est efficace, précis et immédiat, mais pour autant non dénué de nuances qui en feraient rougir plus d’un, « María » en sera, à cet égard, la meilleure démonstration avec un clavier n’intervenant qu’à partir de la deuxième moitié.

D’ailleurs, de l’entame au final, le ton sera donné et on sera aspiré par cette base rythmique dont la pression ne se relâche à aucun instant, et ne s’interdisant pas quelques incartades aux accents syncopés et funky (« Of Lítil ») ou dansants (« Prinsessudans »).

Le reste, à savoir le chant, le clavier et la guitare, est assuré par Karolína qui délaisse quelque peu sa six-cordes ici, pourtant instrument central du premier opus. Côté chant, il est à la fois nonchalant et puissant quand cela s’avère nécessaire, en témoigne notamment un « Tralalalala », rappelant quelque peu peu, dans son énergie, le mouvement riot grrrl.
C’est en revanche du côté de l’instrumentation que l’évolution est la plus notable. Alors que la guitare était largement prédominante sur l’album éponyme, il faut attendre
le quatrième morceau, « Of Lítil », avant qu’elle ne fasse son apparition. D’ailleurs, au même titre que le clavier, utilisé tant en son « piano » qu’en son « synthé » » l’intervention de cet instrument se fait par touches subtiles et délicates, ne prenant que rarement (et jamais pour longtemps) le devant de la scène. Cette alternance marquera la volonté du groupe de ne pas s’enfermer dans un carcan punk / rock avec les codes que cela implique, signe d’une certaine maturité et curiosité. « Jetpackstelpan » illustrera ainsi plutôt bien cette nouvelle palette du group) : un riff au piano en début et fin, une ligne basse/batterie qui monte en puissance au fur et à mesure du morceau et délicatement soulignée d’une nappe de synthé, pour accompagner un chant totalement décomplexé.

Oscillant entre insouciance et insolence, GRÓA fait figure de valeur montante à suivre attentivement et Í Glimmerheimi pourra pouvant facilement incarner l’héritage de cette scène islandaise émergente, et ceci, pourquoi pas au-delà dans les années à venir.

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25 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Big Bend: « Radish »

Comme beaucoup d’auteurs-compositeurs, Nathan Phillips, l’homme derrière Big Bend, s’inspire de son quotidien, ou plus exactement de son boulot dans un café, laissant les mélodies de la radio du bar s’imprégner en lui pour les chantonner discrètement lorsque les clients ne le regardent pas, et improviser pendant les silences. Radish est le premier album de Big Bend où Nathan se risque à chanter. Et on se demande pourquoi il ne l’a pas fait plus tôt ; sa voix douce n’est pas sans rappeler le Mark Kozelek des débuts, avec davantage de retenue. Lui qui s’était auparavant illustré au sein d’une musique instrumentale beaucoup plus proche d’un minimalisme gorgé d’un psychédélisme assez abrasif, le voici à présent à écrire des chansons calmes, aux sonorités douces, qui développent un écosystème passionnant – les instruments respirent, les timbres s’invitent et puis repartent…

On pense parfois à un Mark Hollis aux arrangements plus luxuriants. Radish se ressent avant tout comme une expérience de studio. Nathan semble avoir envisagé les différents segments de son album au cours de sessions studio séparées les unes des autres (par groupes de 4 musiciens à la fois), ce qui est à la fois gratifiant et frustrant. Exemples parfaits : « Swinging Low » et « Four », qui font intervenir la violoncelliste Clarice Jensen et le gourou new age Laraaji (avec un sample vocal de la mère de Nathan, chanteuse d’opéra, sur la première des deux pistes), laissent bien deviner qu’il s’agit de parties coupées de sessions bien plus longues. Et si ce sont deux morceaux superbes, on assiste à regret à l’arrêt prématuré de « Four », qui développait une stase parfaitement reposante, et qui aurait bien pu durer 10 minutes de plus, et qui se voit obligée de conclure brusquement.
S’il est vrai que Radish peut laisser par moment l’impression d’un patchwork de sessions différentes (cas étrange de ce « 12′ – 15′ », brève plage électroacoustique contemplative avec Susan Alcorn, fort belle mais curieusement placée entre deux chansons « pop » qui auraient tout aussi bien pu se suivre), chacun de ces segments est d’une beauté paisible qui réchauffe l’âme.

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25 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

The London Sound Survey: « Thames »

Membre du Langham Research Centre, Ian Raws est l’homme derrière l’incroyable projet The London Sound Survey, plongée abyssale dans le coeur de la capitale anglaise, qu’elle soit géographique ou temporelle, qui voit la ville prendre vie à travers des centaines d’enregistrements effectués dans différents lieux à des moments distincts, témoignages ethno-musicaux de sonorités qui disparaitront un jour de l’oreille des londoniens.

The London Sound Survey est un travail colossal, allez sur son site pour vous faire une idée de l’amplitude du labeur, avec ses cartes et ses informations historiques, ses enregistrements et ses différentes catégories, des field recordings enveloppant ses rues et ses monuments, ses rites religieux et ses changements climatiques, sa faune et son urbanité, révélant une musicalité insoupçonnée.

Thames n’est que l’esquisse de The London Sound Survey, voyage sur les bords de la Tamise, avec ses ponts qui coulissent et ses ascenseurs qui montent et descendent, les sirènes de bateaux naviguant sur ses eaux troubles, oiseaux et grenouilles rompant la monotonie mécanique d’une ville aux bruits incessants.

Thames est une virée de l’intérieur, focus d’un instant donné à jamais dissous et avalé par des temps qui changent, laissant derrière eux l’empreinte et le souvenir d’instants éphémères, captés remarquablement par les micros de The London Sound Survey.

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24 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Thomas William Hill: « Grains Of Space »

Multi-instrumentiste et compositeur de musiques pour films, Thomas William Hill fut membre de la formation Wauvenfold pendant un temps, puis fonda le trio Origamibiro aux cotés du contrebassiste Andy Tytherleigh.

Avec Grains Of Space, deuxième album sous son nom, Thomas William Hill contemple la beauté du monde et lui offre un manteau de lumière, à coups de viole de gambe, de trompette, de kalimba, bol tibétains, harpe, métallophone, piano, cordes et autres arrangements divers et variés.

Les images défilent sous nos yeux ouverts, dévalant des collines gorgées de mélancolie heureuse et de souvenirs aux couleurs effacées, faisant tournoyer les silences dans les profondeurs d’un espace au mouvement perpétuel, livrant aux tous noirs une nourriture céleste à la véhémence enivrante.

Grains Of Space s’amuse de tout, comblant les silences de notes et de mélodies virevoltantes, dansant sur les cimes nuageuses de cieux dégagés, invitant les instruments à combiner leurs textures pour s’enfuir de la médiocrité et pénétrer avec force dans l’immensité. Sublime.

***1/2

24 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Haelos: « Any Random Kindness »

La formation anglaise Haelos présente ici son tout nouveau disque intitulé Any Random Kindness. Le groupe nous a prouvé qu’en 2016, avec Full Circle, il était possible de faire un disque trip-hop ambiant sans tomber dans le trop cérébral, le trop pensif. Avec leur nouvel album, on revient sensiblement dans les mêmes terres battues, pour être encore plus fort que leur opus précédent.

D’entrée de jeu, on pourra apprécier « Buried In The Sand », la seconde piste du disque. Les boîtes à rythmes et la voix gracieuse de Lotti Benardout qui s’ajoutent donnent toutes deux d’agréables textures sonores à l’oreille. Tandis que sur « Deep State », on y va d’accords de piano mélancolique et de guitare douce qui permettent de bercer l’auditeur et de tempérer l’espace sonore de ce très joli projet. Avec «  ARK », on va s’orienter vers quelque chose de plus mystérieux et percussif à la fois. La cymbale et le piano y seront des instruments de prédilection et y occuperont la place la plus importante et le rythme y sera plus diffus, et « ambient » permettant de reconnaître la signature du groupe.

Ensuite, sur « Boy Girl », on sera dans un domaine plus hip-hop ; on scande des paroles à coup de boîtes à rythmes sous des arrangements électroniques embrouillés. La voix féminine de Lotti se mêlera à celle, masculine du disque, et l’un répondra à l’autre comme sur une conversation.

On sera un peu plus en mode jazzy avec le titre « Kyoto ». Les accords répétitifs au piano, avec des sonorités lounge en arrière-plan, proposent ici un univers de renouveau à la Haelos et le refrain sera quasiment une ode aux cerisiers qu’on peut retrouver dans la ville ici évoquée

Ici, la voix utilisée sous toutes sortes de formes, sera décomposée, du plus puissant au moins fort, apportant avec audace un dynamisme particulier et astucieux.

Ceci étant dit, Haelos prouve encore une fois que leur bagage musical est important pour la scène électronique indie anglaise. Any Random Kindness est fait pour un public avide de curiosité. Il ne suffira que de tendre l’oreille pour participer à cet élixir musical.

***1/2

23 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Sam Cohen: « The Future’s Still Ringing In My Ears »

Le récent succès de Kevin Morby, on le doit également à un autre homme : Sam Cohen. En effet, l’ex-membre d’Apollo Sunshine est aux commandes de ses plus grands et incontournables albums. L’homme de l’ombre basé à Brooklyna décidé de faire son grand retour après quatre années de silence radio avec The Future’s Still Ringing In My Ears.

Signé sur un label qui n’est autre que celui de Danger Mouse, Cohen nous présente ses choses à dire sous la forme de onze nouvelles compositions autoproduites (avec une aide précieuse de Danger Mouse créditée à la co-production mais sa patte est plus que présente), il poursuit sa voie qu’il avait emprunté avec son titre psychédélique « Use Your Illusion » aussi bien mystique que mélancolique et sa bande-son hantée The House of Rising Sun. Une fois de plus, son mélange de pop psychédélique et d’indie rock groovy fait effet avec ses claviers complètement trippy et ses arrangements quasi-Dylanesques comme sur « I Can’t Lose », « Something’s Got A Hold On Me » ou bien même sur « Man On Fire ».

Aussi bien rétro que psychédélique, Sam Cohen prend un regard détaché sur la société et dépeint un futur plutôt incertain et pas très optimiste. Ce sera avec des instrumentations vintage qui alimentent son sens du storytelling que l’on a affaire comme « Invisible Song », les arrangements au piano du plus bel effet de « Deafening Silence » sans oublier les guitares bien rétro et fumeuses qui habillent « Dead Rider ». Mentionnons tout de même l’audacieux « Let The Sun Come Through » qui pourrait faire office de pièce maîtresse de cet opus qui fourmille de nombreuses idées, n’en déplaise avec les nostalgiques « Waiting For My Baby » et « The Future ».

On pourra considérer The Future’s Still Ringing In My Ears comme un point tournant dans la créativité de Sam Cohen. On retrouve certains aspects qui ont fait le succès de Kevin Morby mais avec cette pointe de psychédélisme que l’on soupçonnait sur son premier album mais également lors de ses travaux précédents auprès d’Apollo Sunshine ou de Yellowbird. Grâce à l’aide précieuse de Danger Mouse, le musicien est définitivement prêt pour passer de l’ombre à la lumière avec un avenir plutôt bien tracé.

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23 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Olden Yolk: « Living Theatre »

Olden Yolk avait publié un premier album qui fut un classique instantané tant Shane Butler de Quilt et Caity Shaffer que l’on a aperçu aux côtés de Molly Burch nous avaient concocté une livraison de superbes chansons indie folk psychédéliques mises en boîte par Jarvis Tarveniere en personne. Il n’est pas question pour eux de se reposer sur leurs lauriers car voilà qu’ils nous présentent leur successeur nommé Living Theatre.

Inspiré par le mouvement comique expérimental new-yorkais du même nom où l’heure est d’exorciser ses pensées les plus profondes, Olden Yolk décide de passer à l’étape supérieure. Plus expérimental qu’à l’accoutumée, le superduo compte lorgner du côté de l’art-rock et de la dream-pop tout en conservant leurs bases folk psychédélique des débuts comme l’atteste des superbes titres comme « 240 D », « Meadowlands » ou encore les sonorités 70’s de « Cotton & Cane ».

Contrairement à leur prédécesseur, Olden Yolk met de plus en plus l’accent sur la complémentarité tant Shane Butler et Caity Shaffer se partagent les tâches. Cette dernière arrive à imposer sa patte sur des morceaux qu’elle interprète comme les punchy « Blue Paradigm » et « Every Ark » tandis que Shane Butler sait nous captiver comme bon lui semble sur les percussions jazzy et les ébulitions électroniques de « Violent Days » et le cacophonique « Grand Palais ». Bien évidemment, le retour au calme est prévu avec le serein « Distant Episode » sans oublier ses instrumentaux méditatifs « Meadowlands » et « Angelino High ».

Moins facile d’accès que leur prédécesseur, il en résulte un disque plus court certes mais totalement ambitieux et brillant qui fait une fois de plus ressortir l’alchimie musicale du tandem de Brooklyn qui ne finit pas de nous impressionner.

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23 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Aoratos: « Gods Without Names »

Aoratos est le projet de la tête pensante de Nightbringer, l’américain Naas Alcameth. Au sein de celui-ci, son but est clairement de redonner une légitimité au terme black metal. En effet, beaucoup de formations du genre privilégient la brutalité, la sauvagerie, la haine chevillée au corps. Aoratos, lui, a d’autres projets, plus extrêmes. Il se propose de ramener l’indicible horreur, la répugnante noirceur au coeur du genre. Gods Without Names est un tout. Black atmosphérique, black cru, dark ambiant s’y conjuguent, et si les ambiances sont prépondérantes, groupe n’hésite pas à jouer de silences, de stridences et, à placer ça et là hurlements d’effroi pour qu’on ne puisse oublier d’où il vientet comment il tire tant de titres malsains, voire bestiaux.

Ainsi, Aoratos parvient sans peine à instaurer un climat de haine et de terreur au travers de ses neuf compositions. On ne peut que féliciter Debemur Morti, le label du combo, d’être parvenu à déceler le talent chez des formations qui, certes, ne sortent pas de nulle part, mais ne se contentent plus de singer leurs condisciples et ont une vraie passion pour le genre qu’ils servent. Gods Without Names est une véritable réussite, un retour aux sources de ce que représente le black metal : un genre en-dehors de toute convention, musicale et humaine, centré sur tout ce qu’il y a de plus noir chez l’homme, parvenant sans mal à réveiller les forces obscures pour l’assister et les exorciser.

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21 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Arch/Matheos: « Winter Ethereal »

L’excellent premier album de John Arch et Jim Matheos, Sympathetic Resonance, avait eu plus qu’un succès d’estime même s’il était tempéré par le fait qu’il pouvait très bien s’agir d’un disque sans lendemaain. Il aura fallu patienter huit années avant de pouvoir répondre à cette interrogation avec la satisfaction d’entendre le prolongement de l’aventure collective du duo. Arch et Matheos, en véritable orfèvres du metal progressif, ont peaufiné chaque parcelle de leurs compositions pour un résultat qui mérite bien une attente prolongée. Au milieu de leurs agendas bien chargés de ces dernières années, les deux complices ont aménagé deux ans de travaux pour aboutir à l’attendu Winter Ethereal.
La grande fidélité qui caractérise les deux amis explique la présence de deux sections rythmiques de Fates Warning, l’actuelle et la précédente avec Zonder comme frappeur (ce qui n’est pas pour nous déplaire) et Joe DiBiase à la basse. A ce groupe impressionnant s’ajoutent de prestigieux invités dont Sean Malone à la basse ou Thomas Lang à la batterie. Il fallait au moins une formation cinq étoiles pour donner corps à une musique exigeante de grande qualité composée par Arch et Matheos. En cela, Winter Ethereal est la suite parfaite de Sympathetic Resonance et l’auditeur qui a adhéré au premier album retrouvera tous les éléments qui ont justifié son consentement. Arch et Matheos ont breveté leur metal progressif basé sur l’association constructive dans laquelle chacun apporte sa pleine personnalité artistique pour un résultat global qui dépasse la seule addition de spécificités. Toute la réussite de cette collaboration réside dans le fait que John Arch contrebalance la virtuosité de ses chants par une vraie recherche harmonique et que Matheos ne surcharge pas ses motifs d’une technicité excessive et qu’il atténue l’incandescence de ses riffs adamantins avec des passages plus apaisés (« Kindred Spirit », « Vermilion Moon », « Solitary Man »).
La construction du disque reflète cette nécessité d’équilibre entre des morceaux étendus et progressifs, des formats plus denses et directs et une accalmie acoustique au mitan avec la ballade sombre et cristalline « Tethered ». La première demi-heure dévoile la face la plus dure du combo avec un « Vermilion Moons » à la dramaturgie en crescendo, le direct et très mélodique « Solitary Man » et un heavy « Wanderlust » aux réminiscences de Fates Warning. Le premier sommet de l’album est incarné par l’épique ‘Wrath Of The Universe’ qui démarre sur une combinaison riff-thème très créative et déverse une puissance qui prend à la gorge pour ne jamais la lâcher. Une fois le groovy et immédiat « Straight And Narrow » avalé, on s’attaque à une seconde partie de disque évocatrice de nuances et d’ambiances.

C’est le second point culminant du disque « Pitch Black Prism », poignant comme la tragédie de Tchernobyl dont il s’inspire, qui inaugure la suite de « Winter Ethereal » suivie par un homérique et queensrychien « Never In Your Hands » au duel de guitares en son cœur. Le long final « Kindred Spirit » marquera l’aboutissement de la tournure émotionnelle du disque sous la forme d’une épopée progressive époustouflante.
Comme pour son aîné, Winter Ethereal demande de nombreuses écoutes pour en savourer tous les délices. Le degré de finition apporté à l’ensemble de l’album procure un confort d’écoute qui va grandissant, la fluidité des parties se révèle petit à petit et l’appréhension devant cette œuvre intimidante laisse place à une addiction irrésistible. L’amateur du genre qui a l’oreille de plus en plus accoutumée à l’inflation de créativité émanant d’une offre pléthorique en metal progressif pourra pointer le caractère classique de ce disque. Mais de l’apport majuscule des différents musiciens, notamment les démonstrations à la batterie, à la production limpide en passant par la haute qualité des compositions et les acrobaties vocales, il sera difficile de trouver le moindre défaut à ce deuxième opus.

****1/2

18 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Suso Saiz: « Nothing is Objective »

Avec un titre comme Nothing Is Objective on s’attend, et ce sera à juste titre, à un opus cérébral. Suso Saiz n’est pas philosophe mais il y a une part de métaphysique dans son approche et sa musique. Saiz est musicien, compositeur espagnol historique, pionnier du New Age et il sait à merveille omprégner nos conduits auditifs de la manière la plus manifeste et tangible qui soit.

Saiz s’applique à merveille à recouvrir Nothing Is Objective de sa personnalité à faire ainsi cohabiter des drones synthétiques avec des ponctuations beaucoup plus organiques. Ainsi, « Grounded » nous envelopprae dans un cocon très compact d’un drone brumeux et pesant, par définition informe, qui change parfois de note mais trop lentement pour former une quelconque mélodie, et petit à petit émergent des formes plus nettes, quelques notes de guitare, une sorte de moteur qui vrombit, des résonances métalliques, un sifflement électronique défaillant, un bip de micro-onde… L’informe ponctué par de douces effractions de matière. Saiz utilise régulièrement des field-recordings pour conférer une humanité à ses drones, pour y apporter un élément naturel. À d’autres moments, il semble plutôt essayer d’émuler la nature avec sa technologie, comme sur le ludique et émouvant « Frogs In Love », où des piaillements électroniques viennent imiter le chant des grenouilles sur fond d’enregistrement d’une forêt nocturnes, avant que les vagues synthétiques ne viennent reprendre possession de leurs terres.


En somme, c’est un beau dialogue que Suso Saiz a écrit, entre l’humain, la nature et la technologie. Son passif de newager n’y est sans doute pas étranger : il cherche l’harmonie et en a trouvé une bien belle sur ce disque apaisé, dont le seul défaut serait peut-être une certaine lenteur à s’installer ; il faut bien attendre un bon quart d’heure (sur un disque qui en contient plus de cinq) pour qu’il se mette à vraiment briller. Et en guise de climax émotionnel : « Mexican Bells (for Jorge Reyes) », une des plus belles pièces ambiantes à s’insinuer ainsi, qui utilise des sons de cloche et des enregistrements de rue, d’enfants qui jouent, pour planter une décor qu’on pourrait presque toucher. Et ces cloches qui se samplent pour se muter petit à petit en drone, alors que les gamins continuent à se courser, et les oiseaux de chanter en fond, la pluie de tomber… Une petite subversion la frontière entre drone et non-drone… Et surtout, un morceau bouleversant, en apex de ce disque qui se montre à la hauteur de sa pochette : une tâche rose, humaine, nébuleuse, qui déborde du cadre.

***1/2

17 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire