Buke And Gase: « Scholars »

Il est des musiques autant épuisantes qu’inspirantes. Le duo new-yorkais Buke and Gase fait certes partie de cette frange marginale de la musique indie pour qui le goût de l’expérimentation l’emporte sur le désir de jouir d’un succès de masse. Six ans après l’excellent General Dome, Arone Dyer et Aron Sanchez remettent ça avec Scholars, où post-punk, prog et pop baroque font encore bon ménage.

Buke and Gase (autrefois épelé Buke and Gass) ont souvent fait parler d’eux pour la singularité de leur proposition. À la fois musiciens et inventeurs, les deux comparses ont littéralement créé leurs instruments de leurs propres mains : un ukulélé baryton pour « Dyer ») et une guitare composée à la fois de cordes de basse et de guitare (la gase) pour Sanchez. À cela s’ajoutent divers instruments de percussions actionnés par les pieds et des pédales d’effets faites maison. Le résultat sonore est forcément un peu éclectique, et le duo a su se forger un style quasiment inimitable.

Dans sa critique de General Dome en 2013, on peut s’étonner que le succès de Buke and Gase demeure encore modeste malgré la voix superbe de Dyer et l’inventivité des mélodies. On aurait pu croire également que le fait d’avoir été recruté par la maison de disques des frères Dessner (The National) allait assurer au duo une certaine visibilité médiatique, mais ça n’a pas été le cas. La raison en est peut-être que le groupe peine à s’affranchir de son étiquette de simple « curiosité », alors que sa musique mériterait pourtant d’être écoutée pour ses qualités, aussi inclassable soit-elle, et non pas seulement comme un phénomène un peu bizarroïde.

Scholars permettra peut-être à Buke and Gase de dépasser le stade de la confidentialité. Certains éléments peuvent le laisser penser. Sans avoir perdu de sa prédilection pour les constructions complexes où les rythmiques binaires et ternaires s’entrechoquent parfois, le duo offre ici quelques chansons un peu plus accessibles malgré leur hyperactivité, et qui lui vaudront sans doute certaines comparaisons avec le travail de St. Vicent. C’est notamment le cas de « Derby », extrait lancé en octobre dernier, où la voix puissante de Dyer, sorte d’hybride incongru entre Victoria Legrand de Beach House et Gwen Stefani, surfe sur une pulsation lourde et inquiétante. On pense aussi à « Grips » ou « Flock, » qui flirtent avec le R&B et même le hip-hop, mais dans une esthétique qui n’a bien sûr rien à voir avec les canons du genre.

Sur le plan instrumental, le jeu de Dessner (non seulement sa « gase » mais aussi la multitude d’effets qu’il lui applique) continue de s’abreuver à diverses traditions de musiques hors normes. Sa façon d’attaquer les notes graves dans l’intro du morceau-titre rappelle le travail de This Heat, un des groupes les plus inventifs de la vague post-punk de la fin des années 70 et du début des années 80. Les amateurs du groupe de rock progressif King Crimson (la période post-1970) reconnaîtront aussi certaines envolées dignes d’un Adrian Belew sur une composition comme « Pink Boots ».

Si Scholars s’avère un album tout à fait réussi qui plaira aux amateurs de musiques aventureuses de toutes sortes (le duo a déclaré qu’il faisait du chamber punk), il n’en demeure pas moins que Buke and Gase peut parfois épuiser nos oreilles. Entre les manipulations appliquées à la voix (oui, il y a de l’auto-tune) et le vrombissement des percussions, le groupe ne nous laisse pas beaucoup de temps pour reprendre notre souffle. Mais on ne peut pas lui reprocher de faire dans la facilité.

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Steve Gunn: « The Unseen in Between »

Le folk-rock a généré un tel nombre d’artistes au cours des âges, entraînant un manque flagrant d’originalité dans de nombreux cas, qu’on est souvent méfiant à l’idée d’en découvrir un de plus. Le plaisir est donc décuplé lorsque ce préjugé est invalidé par l’une ou l’autre perle rare : Steve Gunn qui, dans le cas présent, nous offre un très bel album introspectif.

Bien que l’auteur-compositeur de Philadelphie en soit à une demi-douzaine d’albums, on constate à chacune de ses parutions un sens du renouvellement qui lui permet d’éviter de ressasser ad nauseam une formule éculée.

En effet, en émaillant sa musique d’influences free jazz, blues et psyché, Steve Gunn va au-delà des genres. Avec Tony Garnier à la production (le bassiste de Bob Dylan), Gunn s’inspire ici de mélodies répétitives aux consonances africaines (« New Familiar » ou emprunte ici des instrumentations americana rock FM (« Lightning Field », « Vagabond ») ou remanie là une pureté folk pour ensuite la sublimer (« Luciano ») « Morning is Mended » lui, nous baignera dans une lumière soyeuse et opèrera comme une sorte de rappel en approchant la fin de l’album. Le tout culminera ainsi grâce à la voix du guitariste, une lassitude simple et tranquille générant quelque chose de mystérieux et, en même temps, rafraîchissant.

Trois ans après l’excellent Eyes On The Lines, The Unseen in Between est le fruit d’un artiste curieux et humble qui assemble à sa façon ses influences variées. Et comme toujours dans des cas comme celui-ci, la qualité est là et bien là.

***1/2

Yawning Man: « The Revolt Against Tired Noises »

Le légendaire trio Desert Rock, Yawning Man, revient avec un sixième album, intitulé The Revolt Against Tired Noises ,enregistré à Joshua Tree en Californie. La formation, emmenée par Gary Arce, s’est entourée de Mathias Schneeberger à la production et aux arrangements, connu pour ses collaborations avec Mark Lanegan, Greg Duli, Sunn O))) ou encore Earth. Le résultat est un véritable kaléiodoscope de couleurs, parfaite bande son pour se sentir transporté entre les mesas, vallées et canyons californiens, alors que nous voici plongé en pleine torpeur estivale. Yawning Man trouve l’alchimie parfaite entre riffs dantesques et de longues plages progressives, qui font appel à l’imaginaire de l’auditeur.

En effet, depuis la fin des années 80, Yawning Man avait pris une dimension toute particulière au sein de la scène Desert Rock. Loin des ambiances sur-saturées héritées du punk et du grunge, qui sévissent lors des fameuses « generators parties” »de la vallée de Coachella, Gary Arce et ses compères déploient une musique beaucoup plus subtile et précieuse, qui tisse des ambiances appelant à l’introspection. Plus proche aujourd’hui du post-rock d’Explosion in the Sky, que du stoner 100% pur jus de Kyuss, Yawning Man n’en déroge pas moins à sa règle : construire des ambiances cinématiques puissantes, teintées parfois de psychédélisme.

En témoigne cette pièce maîtresse où les mélodies de Gary Arce se font pleines d’échos, méditatives et relaxantes, avant de rebondir sur les riffs qui vous prennent profondément aux tripes comme sur ce « Skyline Pressure » qui se déploie pendant presque 8 minutes, jusqu’à atteindre ce moment d’exaltation où l’auditeur se ressent plongé dans une réalité autre.

A noter que le bassiste Mario Lalli s’accapare le micro sur deux chansons. Tout d’abord, sur « Grant’s Heart” » un titre court et efficace, conclu d’une belle envolée à la guitare puis sur une version inédite de « Catamaran » morceau initialement composé par Yawning Man, et rendu célèbre par Kyuss qui en avait fait une reprise r’anthologie sur son album And The Circus Leaves Town.

De toute évidence la créativité de Yawning Man n’est pas en berne, et on ne s’étonnera pas de voir autant de pistes mélodiques explorées avec tant d’intensité sur un disque qui, bien que composé de seulement 8 titres, pour la plupart instrumentaux, , est d’une densité rare.

Ces patrons du desert rock livrent ici un album planant qui appelle à l’introspection. Le tout, avec une production moderne. Que demander de mieux ?

****1/2

As It Is: « The Great Depression »

As It Is est un combo qui revendique le faite de changer à chaque album ; mission réussie pour ce The Great Depression qui se présente en 4 parties ; étapes distinctes basées sur la romantisation de la dépression et autres maladies mentale mais surtout évolution qui voit le Anglais laisser tomber leurs penchants pop-glam pour évoluer dans un univers « emo » plus sombre et lourd. Il est vrai que le quatuor travaille en relation avec une association, Hope For The Day, qui fait de la prévention contre ce type d’atteintes mentales.

Sans parler d’album conceptuel, on peut noter que les trois titres d’ouvertures (« The Wounded World », « The Stigma (Boys Don’t Cry ») et « The Fire ») treitent de nos rapports aux réseaux sociaux et de cette absorption qui étend sa toile sur les générations d’aujourd’hui et déconstruite nos relations aux autres.

Musicalement, le quatuor s’emploie à varier les humeurs et à s’attacher à ce qui peut être source de réconfort en rajouter des touches personnelles de ci de là. II s’attaque aux clichés qui entourent, par exemple la masculinité, mais surtout ils savent varier les rythmes et puissances, que ce soit vocales ou instrumentales, afin de nous offrir une tracklist plus que diversifié qui ne nous laisse aucun répit.

Un des morceaux phares et qui se démarquent clairement du reste, est « The Reaper ». Le quatuor a réussi à réaliser un de leurs rêves et collaborer avec Aaron Gillespie, chanteur d’Underoath, groupe plus que connu de la scène metalcore. C’est le morceau le plus lourd niveau instrumental et vocal de l’album, qui amène un côté plus punk/métal.

Les deux chansons les plus chargées émotionnellement clôturent l’album sur des notes percutantes : « The Hurt, The Hope » et « The End » font toutes les deux parties de la dernière étape de la dépression, l’acceptation. Elles servent de constat à cette situation horrible dans laquelle on peut se retrouver, seul(e), sans aucune ressource, mais nous laissent, quand même, avec un message d’espoir, avec une très jolie transition entre les deux morceaux et une magnifique harmonie de voix sur le morceau de fin.

The Great Depression nous fait passer par tous les états d’ême que constitue cette souffrance ; il le fait avec beaucoup de décence, jalonne qu’il est par les métaphores qui y sont véhiculées. Comme album emo/punk il a toutes les chances de faire école.

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Deru: « Torn In Two »

Le précédent opus de Deru, 1979, sorti il y a deux ans était passé inaperçu ; ça ne semble pas avoir donné matière à doute du côté de Benjamin Wynn qui officie toujours sous le même nom d’artiste pour annoncer Torn In Two, disque qui reprend la même thématique noire que celle de l’album précédent.

Torn In Two, en l’exemple, renoue en effet avec le cauchemar éveillé electro-ambiant et ses excursions noisy. Deru a, entre-temps, travaillé sur la bande-son d’une série ; bossé pour la bande originale d’une série ; on comprendra que sa musique soit hautement évocatrice peuplée qu’elle est de choses irréelles, inquiétantes, extra-humaines.

Le Californien se dirige de plus en plus vers le côté abstrait comme source d’inspiration et les tonalités drones prennent, d’ailleurs, de plus en plus le pas sur l’electro-ambient. Le climat généré est celui d’une dystopie d’où l’homme a comme disparu. Priorité est donnée aux climats, abstraction est faite de toute notion de rythme ou de groove. Torn In Two ne sera donc pas un album de réconciliation ou d’apaisement mais on y trouvera, en revanche, quelques petites gerbes de néo-classiques obscur (« All the Kings Men » ou « Pyre »). Que cela cela permette de promener un regard désabusé et mélancolique prouvera qu’il est possible qu’équilibre soit maintenu entre suggestivité fluide et opacité saccadée.

***1/2

The Twilight Sad: « It Won’t Be LIke This All The Time »

Plus de 4 ans sont passés depuis le dernier album des Ecossais de The Twilight Sad, Nobody Wants To Be Here And Nobody Wants To Leave. Beaucoup de choses ont changé dans la vie du groupe : le départ de leur batteur Mark Devine, l’intégration de Brendan Smith et Johnny Docherty, auparavant musiciens de tournée, en tant que membres permanents du groupe, un nouveau label, une tournée avec The Cure et la naissance d’une amitié proche avec Robert Smith.
Il n’est guère étonnant de constater que le combo a évolué musicalement et que ce cinquième opus est placé, comme son intitulé l’indique,sous le signe du changement.
Ce qui est le plus frappant est l’orientation plus électronique que sur les précédentes œuvres du groupe. Les synthétiseurs sont désormais omniprésents, ce qui confère au disque un air de New Order, Depeche Mode, Editors ou encore The Cure puisque Robert Smith a accompagné la genèse du disque et donné quelques conseils.
L’album ouvre avec « [10 Good Reasons For Modern Drugs] », un choix sur lequel on peut s’interroger, car le titre ne facilite pas forcément l’entrée en matière. Avec ses riffs de guitares répétitifs et le chant torturé de James Graham, on a du mal à accrocher dès la première écoute. « Shooting Dennis Hopper Shooting », une chanson également intense, mais plus mélodique que le premier titre, prépare la voie pour « The Arbor » et « VTr », deux titres aux sonorités New Wave qui laissent la part belle aux synthés et qui semblent tout compte fait plus lisses, mélodiques et accessibles que les deux premières chansons de l’album.


Le premier « single, « I/m Not Here [missing face] » met en valeur la voix du chanteur et une composition dont l’intensité monte crescendo.

Plusieurs morceaux marquent, à ce propos, un semblent de dialogue entre le chanteur et lui-même, tiraillé qu’il est par des émotions contradictoires.

Ainsi, « I/m Not Here [missing face] » illustre de manière emblématique cette tension entre espoir et résignatio, problématique qui court tout au long du disque.

En comparaison avec les albums précédents du groupe, It Won’t Be LIke This All The Time paraît moins sombre. L’ambiance générale reste, certes, mélancolique, mais la musique offre pléthore de contrastes et, par conséquent, plus de répits.
Notons, par exemple, le contraste entre l’épuré et mélancolique « Sunday Day13 » et « Let/s Get Lost », titre rapide rappelant les albums précédents de The Twilight Sad avec la présence prononcée des guitares shoegaze. « Videograms », deuxième « single », clôt d’ailleurs l’album en beauté. L’arrangement avec ses nappes de synthétiseurs montre clairement les influences de The Cure, et traite d’un des sujets de prédilection du quatuor : les chagrins d’amour.

Certaines choses ne changent donc jamais, en revanche, The Twilight Sad ont montré qu’ils étaient en mesure d’évoluer et que ce changement leur va bien. Avec ce cinquième opus, le groupe réussit à innover sans se réinventer complètement, mais sans rompre avec leur historique. It Won’t Be LIke This All The Time est un bon petit album dont on peut apprécier apprécier toutes les nuances.

***1/2

Sharon Van Etten: « Remind Me Tomorrow »

Depuis 10 ans l’auteure-compositrice-interprète Sharon Van Etten s’efforce constamment de peaufiner son art. Après deux premiers albums assez anonymes, mais appréciés de la critique (Because I Was in Love et Epic), l’Américaine nous gratifiait de l’excellent Tramp (2012), un disque aux allures folk rock, réalisé par Bryce Dessner (The National). Ce sera avec l’émouvant Are We There en 2014 que Van Etten confirmera son talent avant, aujourd’hui, de lancer son cinquième album studio :Remind Me Tomorrow.

Il s’agit d’une création écrite et composée pendant qu’elle était enceinte de son premier enfant ce qui lui fait prendre en compte son rôle de femme, mère, actrice et chanteuse et assumer toutes les passions inhérentes. Dotée, en outre, d’un diplôme de psychologie, Van Etten n’a pas souhaité chapeauter sa réalisation mais déléguer le travail à une oreille extérieure qui pourrait lui faire modifier son modus operandi. Elle a donc remis la réalisation entre les mains du réputé musicien, producteur et ingénieur de son, John Congleton (St. Vincent, Swans, Angel Olsen) et a également confié les versions démos de ses nouvelles chansons à Congleton pour, qu’ensemble, ils puissent retravailler les arrangements et, de manière à faciliter cette démarche inédite pour elle, aucune partie de guitare be serait au programme.

Après avoir écouté les créations référentielles des formations Suicide et Portishead, ainsi que Skeleton Tree de Nick Cave, Van Etten a plongé corps et âme dans un univers en toc, aux ascendants parfois gothiques… et ce changement de paradigme est totalement réussi. Orgue, piano, synthés, harmonium passé dans le tordeur de la distorsion, boîtes à rythmes, tout sur ce disque est synthétique, et pourtant, l’émotion est au rendez-vous. Qui plus est, il n’y a aucun racolage et aucune chanson faisant office de remplissage, malgré la facture légèrement plus pop qui distingue cette production.

Parmi les bons coups ? L’électro-pop « Comeback Kid, » la poignante « Jupiter 4 », le plus Springsteen que Springsteen « Seventeen », les synthés dissonants dans « Hands », l’orgue dans « Your Shadow » ainsi que la conclusive « Stay ».Malgré unei ntroduction moins saisissante (« I Told You Everything », « No One’s Easy to Love » et « Memorial Day) », le disque prendra sérieusement son envol à partir de « Comeback Kid » pour ne plus redescendre.

Si Are We There plébiscitait Sharon Van Etten comme interprète hors pair,  Remind Me Tomorrow confirm, qu’en étant capable de se remettre en question et de se transformer avec autant de pertinence, sa carrière est devant elle, peut-être même la carrière d’une grande artiste en devenir.

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Okay Kaya : « Both »

Okay Kaya est une des fidèles collaboratrices de King Krule, en particulier sur son album The Ooz. De son vrai nom Kaya Wilkins, la Norvégienne est sortie du lot en raison de son interprétation cotonneuse et de son univers musical bien particulier. C’est cette singularité qui l’a décidée de se lancer en solo pour la première fois avec un album nommé Both.

A l’écoute de ces quatorze morceaux aux allures bedroom-pop, on sent tout de suite l’expertise de la jeune femme. On perçoit immédiatement qu’elle a su développer son univers pour nous offrir des morceaux ouatés et minimalistes à l’image de l’introductif « Vampire » mais encore « Dance Like U » et le bouleversant « I Die Slow »qui valent leur pesant d’or. Okay Kaya s’ouvre à nous et son quotidien qui fut traversé par pas mal d’épreuves comme sur « Fake It » qui parle intimement de sexe et le fait qu’elle avait du mal à assumer sa sexualité à la vingtaine passée ou encore sur « IUD » où elle ressentait l’envie d’avoir un enfant tôt dans sa vie.

À cet égard, et comme le titre de l’album indique, la norvégienne joue sur l’ambivalence et le trouble qu’elle peut générer. Avec la contribution d’Aaron Maine de Porches à la production, on se sent désormais proches de l’univers musical d’Okay Kaya. Il suffira de quelques notes de guitare et d’une interprétation somptueuse ou parfois de quelques textures synthétiques dominant les arrangements de « Habitual Love », « Glitch » et autres « Can U Not ». Hormis la langue de Sheakspeare, elle est tout de même assez gentille pour nous faire un clin d’œil avec « Tu me manques » chanté en français ou dans sa langue natale sur « La Meg ».

Avec une fin d’album on ne peut plus folk, Both d’Okay Kaya capture avant tout l’essence d’une artiste douée ,capable de jouer avec nos sens comme pas ça n’est pas permis et de faire opérer la magie dès les premières secondes de son album.

***1/2

Needlepoint: « The Diary of Robert Reverie »

The Diary of Robert Reverie conviendra à tout ammateur du rock des années 60 et 70 et en particulier de la mouvance psyché/pop/prog. La filiation avec Caravan y est une évidence, c’est une de celles que revendique le groupe, tout comme Syd Barrett, Robert Wyatt (Soft Machine) et Camel dans leur liste de mentors. Ce quatrième opus est même celui dans lequel Needlepoint poussent le plus loin leur amour pour les sixties.
Ce projet de Bjorn Klakegg (compositeur, guitariste, chanteur) respecte les codes du passé avec de jolies couleurs apportées par les instruments emblématiques que sont l’orgue Hammond façon Doors, le piano Rhodes (à la mode Grateful Dead) et le jeu délicat sur les percussions (ambiance Pink Flod sur More). Guitare et basse sont quant à elles saturées juste ce qu’il faut pour donner un peu de grain à l’ensemble et donner davantage d’éclat au chant très clair et mélodieux.

Pour encore plus coller à l’époque, le quatuor basé à Oslo donne également dans le concept album, ils nous racontent l’histoire de Robert Reverie dont le nom est lui aussi assez évocateur, on est promené dans son petit monde entre onirisme et jazz-rock, entre songe et pop-prog, entre douceur et mélancolie.
The Diary of Robert Reverie représente une belle opportunité de redécouvrir un autre monde avec le son d’aujourd’hui, un opus qui permet de revisiter tout un pande l’histoire du rock ainsi que sa poursuite d’autres pistes presque parallèles (folk, jazz, prog, low-fi…).

***1/2

Jacco Gardner: « Somnium »

Aujourd’hui plus que jamais, Jacco Gardner est un explorateur. Depuis Cabinet of Curiosities, son premier album sorti en 2013, le jeune et baroque pour son âge musicien néerlandais n’a de cesse de s’enfoncer un peu plus profondément dans une psyché de l’étrange, quelque part entre les effluves sixties des brillantes harmonies et les songes inquiétants des nappes analogiques.

Composé et enregistré à Lisbonne, où Jacco Gardner s’est installé, Somnium est entièrement instrumental. Coïncidence, le soleil filtre à travers les persiennes des mélodies, créant des terres de contrastes flagrants entre leurs lignes modulées, à la manière de « Volva ». L’éclaircissement est général, la littérature et le cinéma infusent. Nietzsche et Kepler sont cités, appelant à réfléchir à la place de la création, de l’expérimentation mais aussi de son rapport à la réalité.

Moins concentré sur lui-même et plus ouvert d’esprit, Jacco Gardner a gagné en assurance et s’autorise un espace sonore un peu différent, effectivement moins confiné que sur ses deux précédents albums. Le souffle se prend plus facilement mais demeure un élan à l’allure fantastique. « Rising » ouvre le disque et s’élève, objet à la vibration facile et aux notes aigues, celles-là mêmes qui teintent l’imaginaire de la science-fiction. Jacco Gardner continue d’embarquer pour un voyage peuplé de mysticisme où la chimère demeure vacillante et incertaine. L’illusion est la clef, le centre de son travail musical.

Le ton galopant de « Leviana » gagne en couleur, absorbant toute la lumière et éloignant le côté vaporeux du songe. Il élargit la palette des sentiments que véhicule Somnium. « Pale Blue Dot » s’enterre dans un psychédélisme de bon aloi quand « Privolv »a s’enfonce lui dans un orientalisme inédit. Jacco Gardner a le don de deviner des horizons nouveaux, de jouer avec les éléments et de les assembler en un ensemble hyper esthétique. Et Somnium est la chambre d’écho d’une créativité renouvelée, un très très beau reflet lumineux.

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