Burning House: « Anthropocene »

Si le regain d’intérêt pour le shoegaze a peut-être atteint son apogée il y a quelques années, les amateurs du son de la houle expansive de fuzz et de distorsion accompagné de vocaux mélancoliques à moitié chanté trouveront de nouveaux champions dans le trio Burning House basé à Southampton.

Anthropocene fait référence à l’ère actuelle de la Terre, où l’industrie humaine est considérée comme le moteur du changement de l’environnement, de l’inévitable effondrement du climat et de l’extinction massive qui s’annonce mais c’est aussi le titre du premier album du combo, un ensemble.déjà accaparé par les pages les plus pointues de la presse en ligne pour leur premier et prometteur« single » « Tracers and Peach » est certainement catalogable comme grand espoir de e la scène indie-rock.

Le caractère flamboyant d’Anthropocene se manifeste d’abord par une longue intro, « Mimosa », qui donne le ton pour le reste de l’album en donnant l’impression d’être attendu avec impatience grpace à les longues rangées de pédales d’effets quicréent une atmosphère lourde sans même qu’une seule corde ne soit frottée et ce avant que le groupe ne s’engage dans l’action et ne tienne la promesse d’une prestation électrisante. Les adeptes du bruit poussent alors l’intensité jusqu’à un certain point, accélérant rapidement le rythme d’un « Mirror Song » à la simplicité radiophonique mais toujours intense. Le troisième morceau « Souvenirs », nostalgique et mélancolique, apporte un peu de répit. Il adopte une approche plus détendue tout en utilisant les mêmes couches de distorsion soigneusement cachées dans une seule chanson douce, bien plus douce que la plupart des groupes de la mouvance shoegaze oseraient mettre en œuvre.

« If You Won’t » a toutes les caractéristiques d’un morceau classique de shoegaze, avec des riffs de guitare peinés et douloureux qui se transforment en mesures trébuchantes et de travere, des voix chantées et parlées par plusieurs membres et un accès de guitares ronflantes et montant un vide idéalisé qui nous envelopperait tout en nous cansumant. Il s’agit ici d’un titre-hare cont il n’est pas étonnant qu’il ait été choisi comme « single », tant il coche toutes les cases du genre au point d’être, à la limite et si l’on voulait être désobligeant, considéré comme un ersatz ou un produit dérivé de la fin des années 80, moment où le shoegaze a fait son entrée initialement. En revanche, on ne poura que concéder que le groupe a bien appris ses leçons, que l’exécution est parfaite et que cette avocation/invocation du passé leur fait un bien fou.

Il est surprenant, par contre, que le titre « Anthropocene » soit le point le moins remarquable de l’album. Il s’agit simplement d’une mise en scène de 92 secondes de statique chatoyante dont on pourrait se dispenser et qui n’est guère plus qu’une mise en scène pour le titre suivant, « Forever ». Si la fureur qui s’ensuit est certainement impressionnante et bénéficie grandement de la montée de tension initiale, on est en droit de se demander pourquoi prendre la peine de les définir comme deux chansons distinctes tant aucune ne pourrait vraiment être jouée séparément ou dans un autre ordre.

Les choses prennent une tournure encore plus étrange avec « Languor », un hurlement de champs magnétiques presque lyrique qui, ironiquement, évoque des images d’aurore boréale sur un vaste désert arctique plutôt que de suggérer l’agréable léthargie que son nom suggère, puis, par la suite, « Elvis Monika », une effrayante descente chuchotée quelque part dans les sombres recoins d’un cerveau précédemment inondé de sérotonine induite chimiquement et qui essaie maintenant de donner un sens à ce qui vient de se passer.

« Big Tinted » va alors agir comme un rétablissement qui arrachera l’auditeur aux royaumes extérieurs de la paranoïa pour le ramener à nouveau dans le giron de la psychedelia vertigineuse. Cependant, on ne pourra pas ne pas avoir l’impression que rien ne sera jamais aussi bon que cet éclat de plaisir originel qui voit « Fragments » et « 13 Moons » adopter une approche plus délicate et réfléchie. Cela sera vrai, jusqu’à ce que « Her Vowel No » ne s’écrase inopinément à travers le mur comme un marteau-piqueur. La chanson est chargée de riffs et d’une brûlure venimeus aux trois quarts du morceau, qui deviendra le prochain « single » de Burning House.

Le premier album entamera sa descente et se préparera à atterrir avec un tout-puissant « Robinson » gigantesque. Gigantesque par sa taille et épique par son ampleur, ce titre de onze minutes mariera alors ce shoegaze qui est le fonds de commerce du groupe avec des sensibilités post-rock. « Awning » qui explore la perspective alléchante (ou tourmentée ?) de cette notion de Nietzsche sur l’Éternel Retour nous rappellera qu’il convient de faire attention à tous les choix, car, avec un univers infini aux résultats limités, nous sommes condamnés à répéter à jamais chacune de nos pensées, paroles et actions. Si cela est vrai, on pourra imaginer des destins bien pires que celui d’écouter ce premier LP étonnant à un degré qui va bien au-delà du point de noter entendement.

****1/2

The Innocence Mission: « See You Tomorrow »

The Innocence Mission avait marqué au fer rouge son identité musicale avec un très beau sixième album nommé Sun On The Square. Depuis, la formation originaire de Lancaster a montré lune certaine consistance dans une musique qui se veut envoûtante à l’image de son nouvel opus, See You Tomorrow.

Les époux Karen et Don Peris continuent dans une démarche faite compositions féériques, pour nouse nous émouvoir, par exemple avec « The Brothers Williams Said » mais également sur « On Your Side » et « We Don’t Know How To Say Why ». grâce à un indie-folk que l’on pourrait qualifier de célecte.

Charme et l’élégance sont toujours là à l’écoute des jtrès belles ballades telles que « St. Francis and The Future », « John as Well » ou bien encore « Mary-Margaret in Mid-Air » qui mettent en valeur la voix sucrée de Karen Peris. See You Tomorrow contient également d’autres perles à l’image de « This Boat » ou de la magnifique conclusion nommée « I Would Be There » qui synthétise parfaitement ce onzième disque paisinle et joliment aérien.

***1/2

Holy Fuck: « Deleter »

Après 15 ans d’une musique repoussant les limites y compris les siennes, , Holy Fuck se prépare à sortir son dernier album studio, Deleter. Nageant à contre-courant de la pression qui les pousse à faire des compromis sur leur vision juste pour faire quelque chose de commercialement viable, ils nous ont donné quelque chose de différent à écouter. C’est de la psycho-synthèse et des rythmes imprévisibles. C’est de la musique de danse lourde et nuancée.

« Luxe » est cinématographique ; de larges palges de synthés créent une expérience cérébrale. Le morceau voit s’affronter les mondes de la musique électronique hardcore des années 80 et du bruit industriel. Le morceau suivant, « Deleters », qui utilise un instrument amusant et des rythmes chaotiques, met moins l’accent sur les paroles.

La montée en puissance de « Endless » est magnifique. Elle s’accélère à chaque seconde, pour atteindre son apogée dans un bonheur sonore lourd de percussions. C’est une pause intéressante par rapport aux morceaux plus entraînants de l’album et elle fait preuve d’une fluidité omniprésente. « Free Gloss » est un barrage de rythmes frénétiques, qui s’engouffre dans une accalmie temporaire plus calme au milieu du morceau, avec des paroles légèrement politiques, « pro-life, pro-god, pro-gun. My wife, my dog, my son. No light, no love, no fun. Be soft and hold your tongue. »

Ces rythmes trépidants se poursuivent sur les titres suivants : « Moment », « No Error » et « Ruby » vréant ainsi un disque évolutif et émouvant, qui se veut totalement spontané et reste fascinant. Cependant, les morceaux ne sont pas aussi facilement identifiables les uns des autres, et, s’ils se mélangent admirablement, ils semblent aussi refléter de nombreux thèmes d’une manière qui provoque une certaine fatigue.

Des éléments de leurs albums éponymes et latins sont éparpillés sur Deleter – avec un léger saupoudrage de l’album emblématique de Throbbing Gristle, 20 Jazz Funk Greats, mais il est encore relativement inédit de voir Holy Fuck mélanger un éventail de genres pour présenter sa propre musique alternative. Cet album est composé de dix chansons à l’énergie tonitruante, et il est sans retenue aucunes. Holy Fuck a créé un grand disque – de la deep house, des synthés flous et un désir évident de continuer à développer leur son, tout cela transparaît sur Deleter. C’est un album dansant, euphorique et qui montre continuellement la capacité du groupe à découvrir son propre potentiel.

***1/2

Duster: « Duster »

Les légendes du slowcore de San Jose, Duster, reviennent au bercail avec leur nouvel album éponyme, le premier du groupe depuis près de deux décennies. Bien que cela fasse 19 ans que Duster a sorti son deuxième et dernier album, Contemporary Movement, on a, à bien des égards, l’impression que la musique n’a jamais cessé. Les membres, les multi-instrumentistes Clay Parton et Canaan Dove Amber, et le batteur Jason Albertini, sont restés en contact au fil des ans et ont continué à travailler ensemble à différents titres. Albertini a formé l’Helvetia après la dissolution de Duster, où il a fréquemment collaboré avec Amber. Leurs six premières sorties ont été réalisées par le label The Static Cult de Parton. C’était un groupe très soudé.

Plus tard, Albertini a été le bassiste de Built to Spill, un autre groupe de rock des années 90, où il a rempli la section rythmique avec Steve Gere après le départ de Brett Nelson et Scott Plouf. À la fin de leur séjour à Built to Spill, Gere a rejoint Duster en tant que batteur de tournée pour leurs réunions, tandis qu’Albertini prenait en charge la basse.

Lorsque le groupe a annoncé qu’il allait « enregistrer un peu » sur instagram en 2018, les fans ont été enchantés par les photos de leur équipement d’époque. Duster était de retour et leur charme organique et lofi était sans compromis. Cependant, dans une interview, Parton a averti les fans que la sortie prochaine du groupe pourrait ne pas plaire à tout le monde.

Il est vrai que le nouvel album éponyme de Duster n’a pas l’énergie inégalable de leur premier LP Stratosphere, ni la réputation lourde et mythique de leur production classique, sauvée de deux décennies d’obscurité silencieuses. Mais l’album éponyme de Duster trouve sans effort sa place dans la discographie désormais légendaire du groupe.

Enregistré en direct dans le garage de Patron, l’album sonne presque comme s’il s’agissait d’une capsule temporelle sauvée de 2001. Il a certainement toutes les caractéristiques d’un album classique de Duster : le chant est bas dans le mixage, chaque note de basse est tonitruante et délibérée, les chansons sont toujours ouvertes et vagues même quand elles sont directes, et une épaisse couche de fuzz imprègne l’album. On en vient, en fait, à penser que jamais Duster n’a été aussi flou.

Cet élément atteint son paroxysme pendant les feedbacks arrosés de « Damaged » et « Go Back ». Entre les deux, il y a le magnifique et brumeux « Letting Go », l’un des deux titres que le groupe a partagé avant sa sortie. Parmi les autres points forts de l’album, citons le sombre et entraînant « Ghost World », le chaleureux et délicat « Hoya Paranoia » et le spacieux « Copernicus Crater », que le groupe a sorti à Halloween.

Ne vous y trompez pas, il y a une progressio marquée de ces 12 pistes qui vont au-delà du flou. Duster est le disque le plus ambitieux du groupe sur le plan sonore à ce jour et ils ont appris plus que quelques tours en leur temps à part.

Parton a récemment décrit le groupecomme pratiquant de la « musique expérimentale dépressive », ce qui est probablement une description plus précise du groupe à ce stade que celle de « slowcore ». Duster a retouvé son public en 2019, cedernier l’a retrouvé aussi et leur album éponyme montre que le groupe a encore beaucoup d’atouts dans les mains.

***1/2

Algiers: « There Is No Year »

Sur les marches d’une église éclairée par des néons, on peut distinguer la silhouette de quatre figures évangéliques ; le dernier bastion de l’espoir, la vision du passé du futur encadrée par un ciel brûlé, des braises de feu, entourée par les débris des rêves brisés de l’humanité. Non, ce n’est pas le synopsis du dernier blockbuster hollywoodien mais le sentiment général qui frémit tout au long du troisième album d’Alger There Is No Year. C’est un album qui craque sous la pression d’un lourd fardeau, l’idée que, dans un avenir pas si sombre et lointain, l’apocalypse arrive et qu’on ne peut presque rien y faire. Bien que la dernière offre du quatuor soit antérieure aux récents troubles de ces dernières années, on peut dire sans risque de se tromper que l’Apocalypse est à nos portes

Avec un son à la croisée du punk, de l’électro et du gospel, s’il devait y avoir un groupe pour la bande originale d’Armageddon, ce devrait être Algiers. There Is No Year vous plonge en effet directement dans le feu de l’action, avec le morceau éponyme du disque qui saute dans la mêlée grâce à une volée urgente de synthés crépitants et de boîtes à rythmes croustillantes. Le frontman Franklin James Fisher prend le flambeau du prêcheur fou, tandis que sa voix riche et mélancolique aboie qu’il est bientôt minuit et que l’univers est bâti sur un château de cartes comme pour dépeindre l’infrastructure en ruine d’un gouvernement désemparé, sous la pression de ses actions ratées. Sans un moment pour respirer, « Dispossessio » augmente l’intensité, le drone électronique et les guitares se contorsionnent comme des poutres de fer que l’on tord sous une contrainte extrême. Un refrain de piano bondissant entoure un chœur de voix qui chantent à plusieurs reprises que la fuite est impossible. Cependant, le ton est donné plus tôt par Fisher qui annonce la chanson avec le coup de poing a capella « faites le tour/ fuyez votre Amérique/ pendant qu’elle brûle dans les rues/je serai ici au sommet de la montagne/en criant ce que je vois ». Au moment où le troisième morceau « Hour of the Furnace » tombe dans le champ de vision, tout espoir a disparu alors qu’on aimerait pouvoir dire que tout ira bien mais qu’on raisonne comme un homme vaincu. Une pulsation au ralenti signale le malheur qui s’est abattu sur nous, tandis que la chanson diffuse l’image de la race humaine dansant sur les étincelles d’un monde brisé.

Le problème, c’est qu’avec un trio d’ouverture aussi intense, There Is No Year lutte pour maintenir l’élan ; c’est comme si Algiers était devenue une métaphore complète en documentant la fin du monde dans les premiers instants du disque, pour que le reste de l’album raconte l’histoire de ce qui se passe ensuite. Il suffit de dire qu’il y a une accalmie dans l’énergie, comme on peut s’y attendre si on est entouré de métal tordu et de la notion d’humanité en train d’être anéantie. Malheureusement, cela transforme certaines parties du disque en un champ de ruines non maâtrisable ; le titre « Unoccupied » donne à la partie centrale de l’album un peu de peps et le jazz-électro détonnant de « Chaka » apporte une touche de science-fiction à un récit toujours pertinent. Alors que There Is No Year semble ainsi se diriger vers sa dernière demeure, « Void », qui se rapproche le plus de la tourmente, surgit en se balançant ou obliquant, comme s’il n’allait pas se coucher sans combat. Canalisant le déchaînement punk de leurs précédents travaux, l’intensité est ramenée à 11, alimentée par une batterie déchainée, des guitares bâillantes et le bourdonnement omniprésent des réactions. On entend Fisher crier vaillamment qu’il faut trouver une échappatoire avec une détermination à toute épreuve.

There Is No Year est à l’image de son sujet : chaotique, troublé, intense et conflictuel, provocateur et pourtant brisé. Une prophétie qui se réalise d’elle-même, enveloppée dans un vacarme futur-rétro gospel-électro punk – la bande-son de la fin du monde de la fin d’un monde dans lequel il n’y a nulle année

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Halsey: « Manic »

Halsey, comme beaucoup de pop stars, a un personnage bien précis. Son personnage a évolué avec chacun de ses albums conceptuels, de la princesse dystopienne aux cheveux bleus qui a fait ses débuts avec Badlands en 2015, à la fée blonde bisexuelle Roméo/Juliet trouvée sur son Hopeless Fountain Kingdown de 2017. Grâce à sa relation très médiatisée avec le célèbre rappeur G-Eazy, également connu sur Internet, elle a joué le rôle de la petite amie rock star au look de cuir et a pris la décision de lancer elle-même son nouveau personnage : Ashley Nicolette Frangipane.

Manic est son album le plus personnel à ce jour. Le titre d’ouverture, « Ashley », nous présente la personne qui se cache derrière les personnages. Immédiatement, elle vous fait savoir que cette version ne peut être ni épinglée ni simplifiée. « Ashley » »utilise le pitching vocal pour créer une distorsion et un chaos avant de vous introduire dans une mentalité dichotomique de dégoût et de plaisir de son temps de gloire. Ces points de vue contradictoires se retrouvent dans l’album qui, comme le titre pourrait le laisser entendre, reflète son expérience de bipolaire. « Ashley » se termine par un extrait de l’album Eternal Sunshine of the Spotless Mind pour contrecarrer l’idee qi’elle n’est rien de plus qu’un concept. Ainsi, elle rend hommage à Clémentine avec un rendu à la fois déprimé et pince-sans-rire des sautes d’humeur et de la spontanéité qui font sa réputation.

Les émotions puissantes qui caractérisent cet épisode manique guident ses actions et agissent comme lun précipice pour tubes radiophoniques « Graveyard » et le premier « single » « Without Me » par exemple. « Graveyard » raconte son dévouement à un amant toxique qu’elle était prête à suivre jusqu’au bout du monde et « Without Me » fait office de suite, montrant que, même si elle a continué à essayer de les sortir de la tombe qu’ils avaient eux-mêmes creusée, elle a finalement dû se choisir elle-même. « You Should Be Sad » traite directement de sa relation avec G-Eazy, se déroulant comme le genre de lettre que l’on écrit avec rage et que l’on glisse dans un livre pour l’oublier.

Manic présente, à ce titre, plusieurs interludes d’Alanis Morissette, Dominic Fike et SUGA (de BTS). Ils ne se distinguent pas par eux-mêmes, mais contribuent à structurer et à scinder un album assez intense. La force réside ici dans les chansons enfouies dans la seconde moitié, où elle laisse s’effriter son anti-persona. « Finally // Beautiful Strange » » est, à cet égard, un confessionnal acoustique et dépouillé qui explore l’ouverture après une relation toxique. Elle se fond pour cette personne, mais a encore des problèmes avant de dissimuler ses sentiments sousdes sarcasmes. « 929 » clôt l’album par une réflexion sur sa vingtaine et sa célébrité. Elle rebondit sur la responsabilité morale qui découle de sa base de fans adolescents, de ses amants sans nom et de son père absent, en paroles rapides. « Qui suis-je, j’ai presque 25 ans » » réfléchit-elle avec le genre d’énergie frénétique et d’anxiété qui caractérise une crise de quart de vie.

Le titre phare de l’album sera le déchirant confessionnel « More » » Dans un discours émouvant prononcé lors du Blossom Ball de 2018, Halsey a parlé de son combat contre une fausse couche et l’endométriose. Elle a également fait savoir à quel point la maternité est importante pour elle et combien elle la souhaite, surtout à la lumière de ces expériences effrayantes. C’est l’un de ces rares morceaux qui vient du fait de permettre une vulnérabilité totale. C’est obsédant, déchirant et d’une beauté à couper le souffle. Qui va bien plus loin que la pop stricto-sensu

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Husky Loops: « I Can’t Even Speak English »

Si on devait résumer ce premier album de Husky Loops, I Cant Even Speak English, on pourrait suggérer d’écouter le premier titre « A Message From Lily To A Friend ». Ici, la protagoniste de la chanson, Lily, décrit l’album avec les phrases comme celle-ci : « lus vous l’écoutez, plus il y a de pétards qui sortent »ou cette autre : » »chaque chanson a une construction ». Elle n’a pas tort.

Tout comme le reste de ces titres, cet album comprend quinze morceaux extrêmement originaux et révolutionnaires qui purraient mettre à jour le livre des règles du rock. L’album est conçu pour être inclusif et fédérer tout le monde, ce qui est mis en évidence par l’idée géniale d’avoir une pochette personnalisable. Chaque album (qu’il soit physique ou numérique) acheté sera accompagné d’un stylo, permettant aux fans d’interpréter ce que le titre signifie pour eux. Cela brise complètement le mur entre les musiciens et les fans, car cela leur permet de contribuer au produit fini de Husky Loops, en créant une nouvelle touche personnelle à la musique.

La bonne nouvelle chez Husky Loops est qu’on y a la garantie que chaque nouvelle chanson sonnera différemment de la précédente. Pour eux, il n’y a pas de formule pour écrire un titre rock, chose qui est évidente dans I Can’t Even Speak English. Combinant synthés et effets lourds avec de vrais instruments, le groupe privilégie une fusion de moderne et de classique.

Malgré le niveau de bruit élevé de certaines chansons, chacune d’entre elles a évidemment été pensée à la seconde près. « Good as Gold » a une section centrale déplacée où tous les instruments s’arrêtent et où ce qui semble être un enregistrement joue. C’est efficace parce que c’est complètement anormal et surprenant pour nos oreilles taillées sur mesure.

« Temporary Volcano » affiche une voix automatique peu claire pour contribuer au thème électronique de la chanson qui crée un style moderne. Ce thème est lié à l’idée contenue dans les paroles qui mettent l’accent sur la cupidité de la société (« Je reçois de l’argent et je le dépense ») et sur la façon dont l’argent est si facilement gaspillé..

« Enemy Is Yourself » est un autre morceau innovant qui parle de luttes plus modernes – apprendre à s’accepter soi-même. Une fois de plus, nous entendons une autre voix générée par ordinateur qui répète le titre tout au long du morceau pour tenter de nous faire comprendre qui est le véritable ennemi. Combattre une guerre qui n’est même pas la nôtre est l’une des lignes qui décrit comment nous sommes prompts à nous impliquer et à blâmer les autres, sans pour autant trouver nos propres défauts.

En contraste avec ces chansons au rythme rapide, on nous montre qu’il n’est pas non plus hors de question de ralentir le rythme. « The Reasonable Thing » est la chanson la plus dépouillée, complétée par le tempo le plus lent, mais le groupe parvient à la rendre divertissante. On peut entendre une guitare brumeuse dans ce morceau créant un effet hypnotique, sous la colère d’une ligne de basse aiguisée et du chant du chanteur principal .

« J oy(Outro) » est la dernière chanson de l’album, et à ce stade, vous vous demandez peut-être ce que ce groupe pourrait faire de plus nouveau dans le monde de la musique. La réponse : écrire une chanson sur le champ. Le morceau commence avec Forni qui dit que « personne n’écrit jamais une chanson qui parle de ce qu’ils font en ce moment ». Le résultat est charmant, avec deux des trois membres du groupe qui s’échangent des idées. « Je suis assis au piano et je vais jouer un autre accord » avant de terminer par « je ne sais plus quoi dire ».

Husky Loops s’attaque ainsi de front aux luttes modernes tout en combattant les limites du rock et le statut de ce qu’est la création. Vivement l’album numéro 2qui confirmera que le combo parle bien d’autres langages.

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Andy Shauf: « The Neon Skyline »

Andy Shauf n’est pas étranger à un album concept. En 2016, il a sorti son disque révolutionnaire, The Party, qui a été inspiré par différents participants à une fête. Le musicien canadien s’est imposé comme un artiste ayant un don concret pour créer des personnages immersifs et enrichis par son lyrisme.

Pour le cinquième album du Torontois, The Neon Skyline, on le suit lors d’une soirée entre amis dans un bar de sa ville. Au cours de la narration de l’album, Shauf découvre que son ex-petite amie est de retour en ville et (à sa grande surprise) elle finit par se montrer. À première vue, cela peut sembler une affaire relativement banale. Cependant, l’album qui en résulte est en fait une exploration inattendue, poignante et charmante sur tout, des relations et des cycles destructeurs à la réincarnation et à la capacité d’aller de l’avant.

Dans la continuité de son travail, Andy Shauf a écrit, produit et interprété tous les titres de The Neon Skyline. S’écartant du son centré sur le piano de son prédécesseur, la composition met la guitare au premier plan. Deux aspects clés rehaussent l’esthétique folk-rock globale de l’album. La présence de la clarinette de Shauf sur des morceaux comme « Thirteen Hours » et « Where Are You Judy » introduit une chaleur et une profondeur jazzy qui me rappelle le Closing Time de Tom Waits. Le second ajout est l’utilisation de la pédale de réverbération à ressort de Shauf pour sa guitare, qui crée une dimension psychédélique tout à fait bienvenue dans le jeu, en particulier sur le morceau de clôture « Changer ».

Mais ce qui fait de cet album un dique au-dessus du lot, c’est la richesse des paroles, qui prennent ces moments fugaces de conversation dans la vie et créent de belles réflexions sur la condition humaine. Un sentiment de voyage s’installe dès le début du morceau d’ouverture, car Shauf encourage son ami Charlie (et l’auditeur) à le rejoindre au bar local, où il « lavera ses péchés ». Lorsque Charlie finit par le rejoindre, Shauf propose une réflexion après coup à laquelle tout le monde peut s’identifier, en chantant : « Je perds [juste] du temps… parfois, il n’y a pas de meilleur sentiment que celui-là ».

La relation de Shauf avec son ex-petite amie Judy est disséquée tout au long du dossier, ainsi que les processus que nous vivons tous lorsque nous retrouvons un ancien amant. Dans « Fire Truck », après avoir protesté contre son ex, Shauf affirme que parfois on peut avoir l’impression qu’on n’aurait jamais dû parler l’impression que je ne devrais plus jamais parler. Il s’agit d’une articulation sur le type de pincement d’orteils que toute personne ayant déjà eu une conversation avec un ex sous l’effet de l’alcool est susceptible de comprendre.

Ce sont ces réflexions récurrentes qui soulignent la poignance accessible de l’album. Sur « The Living Roo » », après avoir écouté son amie Claire parler de sa propre répétition d’une mauvaise habitude parentale qui lui a été transmise par son père, Shauf et Charlie réfléchissent qu’ils ont l’impression d’être accidentellement entrés dans le salon d’un étranger. En tant qu’auditeur, c’est souvent ce que l’on ressent en s’aventurant dans l’album.

Shauf a une capacité brillante à créer un récit sain, riche de personnages colorés et complexes. The Neon Skyline vous fait passer pour un groupe d’étrangers lors d’une soirée à Toronto. Le résultat en est une charmante observation des moments les plus subtils de la vie de l’humanité.

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Pod Blotz: « Transdimensional System »

Suzy Poling fait une fixation sur ce qui est au-delà de l’horizon. L’artiste californienne derrière Pod Blotz est remarquablement prolifique, ayant livré plus de 20 sorties sur autant d’années et ayant également constitué un catalogue d’art visuel aussi important, englobant des œuvres vidéo, photographiques et multimédia. Et le thème unificateur dans tout ce qu’elle fait – qu’il soit auditif ou visuel – est l’abstraction futuriste : l’ambiguïté géométrique, les visions de demain telles que conçues hier, et la conception de ce qui est de l’autre monde tel que construit dans le monde que nous occupons réellement, ce qu’elle explicite ainsi : « sa musique a toujours porté sur les expériences futuristes, la beauté de la vie et de la mort… et un transfert du physique et du non-physique. »

Ces concepts ne sont pas forcément essentiels à comprendre avant d’écouter sa musique, bien qu’ils en soient une partie essentielle. Transdimensional System, le premier album de Pod Blotz est imprégné dans la complexité d’une existence post-humaine. Il n’est, à cet gard, pas déraisonnable de penser qu’un auditeur pourrait arriver à une telle conclusion par lui-même. Sa musique porte sa part de tropes esthétiques futuristes : paysages dark ambient chargés de statique, distorsion et intensité industrielles, rythmes épurés de la techno minimale. Mais cette vision est loin d’être confortable ou utopique.

Le titre d’ouverture, « Pain is a Door », ouvre une porte sur des horreurs inconnues, le morceau reprenant un fil que Throbbing Gristle avait laissé avec « Hamburger Lady » et remplaçant certaines de ses terreurs grotesques par une tension pure. La ligne de basse qui commence la chanson ressemble à un battement de coeur en pleine escalade, le rare élément humain au milieu d’un labyrinthe d’artefacts technologiques bizarres et profondément troublants. Le fait de s’aventurer plus loin dans le territoire inconnu où évolue Poling ne fait que créer une plus grande ambiguïté entre l’humain et la machine, tant « Industrialized Living Effects » associe des effets spatiaux et ambiants à une série de chants vocaux froids et labyrinthiques. C’est désorientant, mais ce n’est pas tout à fait inaccessible, un curieux juste milieu sur lequel résident la plupart des chansons ici, nous tirant hors de votre zone de confort mais pas assez pour que ce soit perçu comme un acte d’hostilité.

Pour être juste, la musique que Pod Blotz fait n’est pas sans précédent, et la transparence de certaines de ces influences est finalement ce qui la rattache au domaine de la musique pop, aussi éloigné qu’il puisse être du centre. « Extrasensory » fait le pont entre la coldwave analogique et le genre de techno dark-web déformée qui est le terrain favori d’Actress, et les pulsations semblent taillées sur mesure pour un mouvement humain authentique, aussi étranger que soit l’aspect musical du morceau. Poling construit un choc similaire avec « Life Like an Electric Surge », un jet de sable dur de techno industrielle qui élimine presque complètement la mélodie, se concentrant principalement sur la voix déformée de Poling qui rayonne comme des annonces publiques dans une station de transport. Il semble approprié – que fait-elle ici, sinon entraîner l’auditeur dans un voyage souterrain ?

Les explorations artistiques de Pod Blotz sur la technologie, les constructions synthétiques du futur et une société post-humaine s’appuient sur des pièces conceptuelles similaires de Holly Herndon et Oneohtrix Point Never, mais cela ressemble peu à l’une ou l’autre. Ses arrangements sont beaucoup plus clairsemés, plus détachés, mais construits en compositions curieusement envoûtantes conçues pour hypnotiser et souvent terrifier, comme on peut l’entendre dans le chant angélique de « Double Helix » ou les rythmes bruyants de « Lights in the Middle of Nowhere », qui s’intensifient graduellement en quelque chose d’encore plus anxiogène que le début de l’album. Il ne s’agit pas tant d’un aperçu par une fenêtre ouverte sur l’avenir que d’un enregistrement analogique dégradé, transmis à travers le temps. On ne peut qu’émettre des hypothèses sur l’avenir jusqu’à ce qu’on le vive réellement, bien qu’on voie constamment les conséquences en temps réel d’une population complaisante face à des avertissements pessimistes et désastreux. Transdimensional System n’est pas un album de jugement, mais ses créations déformées et étonnamment mutantes suggèrent qu’il ne faut pas s’attendre à ce que ce qui nous attend soit plus réconfortant.

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Cloak: « The Burning Dawn »

Le métal est souvent à son meilleur quand la mise en scène est à son maximum. Cet apparat et cette présence peuvent prendre différentes formes, que ce soit dans les opéras de heavy metal du King Diamond, dans la crudité de Converge ou dans les bacchanales de Watain. Il y a même quelque chose à dire sur lcette volonté d’aller à contre-courant ches certains des groups de black metal les plus lo-fi et antisociaux, mais le métal ne serait pas là où il est sans l’énergie brute des débuts de Metallica, le cuir et les motos de Judas Priest ou le magnétisme pur d’Iron Maiden. Si on veut que le metal est excitant, on a besoin de ce type d’agumentation pour, a minima, des concerts dont les gens sauront se souvenir.

C’est, en fin de compte, ce que Cloak se propose de faire. Coupé d’un tissu similaire à celui de groupes comme le désormais disparu In Solitude et le toujours plus impressionnant Tribulationce combo d’Atlanta a laissé une forte impression avec son premier album To Venomous Depths, un disque autant imprégné de black metal vintage que de célébration du heavy metal vintage. Ils se décrivent eux-mêmes comme un groupe de black metal, mais leur définition du terme est aussi bien Venom ou Hellhammer que Mayhem ou Emperor. Ils embrassent les ténèbres et suivent leur muse satanique là où elle les mène, et cette finalité est souvent un lieu de pure virulence et violence axées sur les riffs ; de « Notre but, s’il en est un, est de « ramener l’esprit du rock ‘n’ roll dans le metal » comme l’a déclaré le chanteur/guitariste de Cloak, Scott Taysom.

The Burning Dawn, le deuxième album du groupe, le fait brillance. Dès le premier coup de batterie du « single » « Tempter’s Call », Cloak a apparemment perfectionné l’art du rock ‘n’ roll noirci par la cendre. Il est propulsé autant par l’obscurité et la menace que par une sorte de pavane glamour, le groupe se délectant à l’idée de faire sonner l’enfer comme la fête non-stop, on soupçonnait tous qu’il en serait ainsi. Au moment où le combo porte le morceau vers sa seconde moitié, pleine de moments plus légers et de solos de guitare,on se retrouve sans équivoque plus dans le rock ‘n’ roll que dans le black metal, et Cloak sait opérer cette transition sans problème.

Comme The Burning Dawn soit à la fois plus raffiné que son prédécesseur et montre un effort à rendre ses points forts plus accessibles, il se présente comme un opus encore plus ambitieux dans son ensemble. Les chansons sont plus serrées, plus directes et, en général, plus courtes, ce qui rend chaque dose beaucoup plus puissante. L’instrumental « The Fire, The Faith, The Void » voit le groupe embrasser la morosité gothique avec des passages plus discrets de guitare de chœur chatoyante,élément que « On Poisoned Ground » reprend et et délivre avec plus d’intensité brûlante et de dramaturgie demeurant toutefois lissée. Le glissement de médiator et l’éruption qui ouvrent « Into the Storm » pourraient d’abord suggérer une descente dans les tendances les plus poignantes et extrêmes du groupe, mais ce qu’ils livrent à la place est l’une de leurs chansons les plus hymniques, avec un refrain rugissant qui est censé leur être vociféré de manière aussi aussi épique que sur « Where the Horrors Thrive ».

Il semble que ce soit plus qu’une simple coïncidence que le deuxième album de Cloak arrive la semaine précédant Halloween, sa palette sonore étant composée de rouges sinistre et de noirs inquiétants, et de la moindre lueur orange. C’est autant un acte de réjouissance et d’hédonisme qu’une véritable horreur, comme on pourrait aussi dire d’un maître comme John Carpenter (ou Mercyful Fate), et bien que le groupe se délecte de la morosité, il n’y a aucun doute qu’ils s’amusent à le faire et, quand c’est aussi agréable à écouter que ne l’est cet album, qui pourrait, au fond, nous en tenir rigueur ?!

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