The Villagers: « The Art of Pretending to Swim »

Il y a quelque chose de réconfortant et rassurant sur « Again » le titre d’ouverture du quatrième album studio des Villagers ; ces rapides accords de guitare acoustique montant peu à peu en crescendo et la voix de Conor O’Brien vous caressant l’oreille. La floraison des cordes s’enflant comme une vague et le piano délicatement frappé à un seul sont propres alors à envoyer des frissons dans l’échine .

Les amoureux de Becoming a Jackal et Darling Arithmetic se retrouveront ici en terrain familier. Puis le morceau va dépasser ce bref et circonscris segment pour donner naissance à une pulsation électronique à une pulsation électronique où des refrains pris en auto-tuning vont assurer leur domination.

Viendront ensuite des mélodies sur grand écran et des textes visant à vous sidérer comme si les deux voulaient aller au plus profond du coeur des Villagers. Ceux qui aimaient les premiers efforts acoustiques du combo ne pourront qu’admirer The Art of Pretending to Swim : « A Trick of the Light » est l’exemple même de la pop song parfaite, « Sweet Saviour » une merveilleuse petite oraison qui a tout pour nous remplir d’émoi comme seul O’Brien sait en composer et « Food » un délice et délire foisonnant de groove, de schémas bruitistes et de couplets débordant de confusion.

Ce dernier titre en particulier semble faire allusion à de nouvelles obsessions musicales qui n’avaient jamais fait surface auparavant chez The Villagers même si l’on trouve encore toujours ces mêmes hamonies en falsetto et des cordes haut-perchées glanées ici et là dans les choix d’auto production austères pour lesquels O’Brian a opté.

The Art of Pretending to Swim est un disque qui nécessite plusieurs écoutes avant de s’immiscer en nous et de profiter de titres comme «  Love Came With All It Brings » (un Coatello en mode détendu), un «  Real Go-Getter » imprégné de tension ou le somptueux « Ada », un épopée de six minutes que n’aurait pas reniée McCartney. Ce « closer » est le point d’orgue idéal d’un album où on est témoin d’un talent toujours en action.

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Tuung: « Songs You Make At Night »

Le collectif londonien Tuung est l’ensemble le plus emblématique du « folktronica » un genre qui combine guitares acoustiques délicates et electronica immaculée. Le combo officie dans ce registre depuis le début des années 2000 et son dernier album, Songs You Make At Night, voit le combo se reformer avec son line-up original et le retour de l’un de ses membres, le compositeur Sam Genders qui avait poursuivi une carrière solo l’espace d’un an.

Le groupe renoue ici et de manière confiante, avec l’excellence , à savoir folk discrète et programmation studieuse des éléments électroniques. Le groupe est, en effet, à la fois traditionnel mais également mû par une volonté d’aller de l’avant. Leur mode de composition sera donc fait de six cordes en finger picking qui puissent au plus loin dans l’histoire du folk britannique tout en tentant de donner une résonance plus moderne en saupoudrant leur répertoire de samples qui ne risqueraient pas de froisser une oreille habituée à Radiohead ou Blur.

Le groupe est toujours aussi habile à trouver un équilibre entre ces deux pôles et à peaufiner de somptueuses chansons folk et à les décorer d’arrangements électroniques qui les embellissent encore plus (« Crow », « Battlefront » ou un superbe « Evaporate »).

L’autre versant, les titres les plus axés sur l’electronica restent fermement directs et immédiats et ce, grâce au travail vocal  en falsetto clair et sans prétention de Genders et Becky Jacobs.

Bien qu’il soit dépourvu de passages réellement mémorables et de morceaux qui vous impactent véritablement, Songs You Make At Night est un opus où textures et dynamique excellent : chaque item est minutieusement mis en place, tel un travail d’horloger dont le fruit serait des guitares qui s’entremêlent aux percussions et aux guitares.

Il ne faudra pas non plus négliger le rôle de Phil Winter aux samples dans la coloration globale de l’album, une tonalité à la fois tactile, aérienne et organique qui n’est pas pour rien à véhiculer un charme tout britannique au disque. Tuung s’est taillé une niche dont il est le précurseur et la référence ; le folk pastoral ensoleillé et rural du 21° siècle, un siècle qu’on imaginerait volontiers ainsi tapissé.

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Low: « Double Negative »

Les premières secondes du dernier album de Low sont l’équivalent aural d’une tempête de sable électronique. Puis, lentement mais sûrement, de cet éboulis sonique, s’élève la voix de Alan Sparhawk, semblable à un fantôme s’employant de toutes les forces dont il dispose, à se réengager avec le monde physique.

Cette méthode peut être fascinante car elle est nouvelle chez eux et qu’elle ouvre la voie à ce qui est peut-être leur album le plus expérimental et le plus étrange.

Une esthétique à la David Lynch court tout au long de Double Negative. Ce mélange de menace et d’inquiétude traversé par des moments d’émotions où la tendresse et l’affection tentent de se faire une place, à l’exemple de « Dancing And Blood » qui s’évertue à accroitre la tension en faisant se faufiler l’auditeur dans la réalité et le présent.

BJ Burton a travaillé à la production et, grâce sans duote à son expérience dans le studio de Bon Iver, il montre son aisance à édifier une atmosphère de déconstruction créative. L’approche de la chanson traditionnelle y est carrément mise en pièces et les vocaux de Mimi Parker, par exemple sur « The Fly », amalgament sans heurts ces moments où le liturgique e frotte à vents et marées.

Ce ne sera pourtant que répit quand « Tempest » va submerger sa voix et celle Sparhawk en un antre où te n’est qu’acidité et décomposition. « Always Trying To Work It Out » ira encore encore plus loin dans la disruption sous un registre soul suffoquant alors que « Poor Sucker » englobera le tout dans un climat dérangeant lacé de terreur existentielle.

Quand émergera Dancing And Fire » l’atmosphère adoptera une qualité presque virginale avec des des guitares et des vocaux non trafiqués. Calme et apaisement sont alors de rigueur avec la voix de Mimi Parker entonnant en leitmotiv un «  It’s not the end, it’s just the end of hope » qui résonne en chambre d’écho atonale.

La thématique de l’album est ici, résumée ; il s’agit de se dresser et de se battre pour ce que l’on croit, d’être conscient du fait que perdre de son optimisme est un danger, que les forces de la négativité sont toujours à l’affut et nous guettent.

Low nous quittera sur « Disarray », plage robotique dans une disco gangrénée par la mort d’ou s’élève une incation au changement : « Before it falls into total disarray, you’ll have to learn to live a different way » : épilogue final d’un album puissant et viscéral, fusion d’avant-garde et de compositions traditionnelles, mêlant friction et harmonie.

Double Negative rappellera ainsi que moins plus moins égalent plus et c’est aussi cela qui en fait un opus comminatoire.

****1/2

Blood Orange: « Negro Swan

Le quatrième album studio de Devonté Hynes, alias Blood Orange, est un pur délice. La délicatesse et le raffinement au programme de ce Negro Swan est tout simplement remarquable!

Autour de chansons pop, soul ou hip-hop à l’anglaise parfois aromatisées de jazz ou même de gospel, ce surdoué arrange et réalise des environnements texturés, enveloppants, très sensuels, fastes constructions mélodico-harmoniques, probablement trop complexes et trop subtiles pour fédérer le grand public.

On imagine déjà une scission dans les perceptions: ce que les uns considèrent comme une succession de parenthèses décousues et informes sera perçu par les autres comme de brillantes transgressions pop.

Choeurs, claviers acoustiques ou synthétiques, instruments à vent (saxos et flûtes), cordes électriques, extraits de conversations privées, bidules électroniques et logiciels sont au service d’un songwriter supérieur, contre-ténor de culture afro-britannique, habité par les esprits de la musique.

Chose certaine, tout féru de grande musique populaire ne peut plus ignorer le talent exceptionnel de Dev Hynes, esthète parmi les esthètes. Difficile de prévoir si cette approche idiosyncrasique fera école, les paris sont ouverts.

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Joan of Arc: « 1984 »

Les détracteurs de ce combo de Chicago accusent Joan of Arc de se complaire sans la bizarrerie et de le chercher que comme une fin en soi. Ses supporters, en revanche, considère que le fait de la cultiver fait partie de la décharge émotionnelle qui permet à son leader, Tim Kinsella, des formules conventionnelle de l’indie-rock.

Le précédent opus, He’s Got the Whole This Land is Your Land in His Hands, leur avait permis de reconsidérer leur démarche après une absence de quatre ans ; 1984 (leur 24° LP en 25 ans de carrière) marque une nouvelle variation dans l’approche du groupe.

Il est mené non pas par Kinsell mais par la guitariste Melina Ausikaitis qui gère aussi les parties vocales de 8 des neuf plages.

À l’inverse de la discographie d’avant, jalonnée par un éclectisme forcené, 1984 fait montre d’une certaine cohérence stylistique, principalement grâce à la voix remplie de miel et de saccharine d’Ausokatis ondoyante à souhait et épousant à merveille une production « ambient ».

À cet égard, on pourra ainsi penser à Joanna Newsom ou Carrie Brownstein, en particulier sur le puissant « People Pleaser ».

Ce nouveau LP devrait réconcilier le groupe avec ses fans les plus fidèles, pas nécessairement parce que tout y est interprété avec une impressionnante retenue instrumentale (Maine Guy est le plus souvent a capella lors de ses interventions et l’électronique affiche une quiétude apaisante) mais aussi parce que les harmonies de « Psy-fi/Fantasy »  évoquent le face la plus douceâtre des Flaming Lips ou, en allant jusqu’au bout, l’album solo de Thurston Moore, Deconstructed Thoughts.

« Vermont Girl », le seul morceau où les guitares peuvent se rapprocher du registre « emo » plus direct de Kinsella ne troublera pas la tonalité « laid back » de l’album ; Lui et Ausikaitis peuvent se féliciter d’avair ménagé de telles ouvertures dans leur plateforme expérimentale.

***1/2

Menace Beach: « Black Rainbow Sound »

Black Rainbow Sound est le cinquième album de ce quintette de Leeds et il marque un changement radical par rapport au précédent, Lemon Memory.

Les compositions indie-pop font montre de la même intensité viscérale mais celle-ci est agrémentée aujourd’hui de quelques déclinaisons funky. mais les orchestrations sont, ici, faites de boîtes à rythme, synthétiseurs, loops et guitares bruitistes.

Le line-up du groupe est toujours le même, toutefois le disque est ici produit par Matt Peel (Eagulls) et sur la chanson titre s’enrichit de la participation de Brix Simith (The Extricated, The Fall). Cette collaboration atypique donne vie à un opus qui explore encore plus loin l’univers unique qui était le leur, à savoir une no-wave, bizarroïde, des synthés analogiques et une electronica instable.

« Tongue » empruntera une approche vocale plus mélodique malgré des guitares tendues grâce au phrasé subtil de Liza Violet dont le voix chevauche le chaos avec aisance.

Il y aura d’ailleurs une constante dans tout l’album ; une l’électronique discordante et inhumaine ouvrant la voix à des textes aux tonalités iconoclastes. L’esthétique étrange ne se démentira alors pas ce qui fait que Black Rainbow Sound pourrait presque être considéré comme un exercice d’exploration de l’inconnu.

En maintenant ce contraste entre riffs de guitares et beats electro Black Rainbow Sound se révèle ainsi comme un solide album electro-indie.

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Lemon Twigs: « Go To School »

Le premier album des Lemon Twigs, Do Hollywood, était si abouti qu’il avait été difficile de croire qu’il avait été conçu et interprété par deux jeunes frères Brian and Michael D’Addario encore au lycée à l’époque. Il est vrai que les deux jeunes gens étaient multi-instrumentistes et que leur amour pour le pop telle qu’elle était en vogue du temps de leurs (grands) parents ne pouvait qu’annoncer une musique réfléchie et peaufinée, parfois un peu trop, à l’extrême.

Le disque contenait une véritable floraison d’accroches mélodiques datant de la fin des années 60 et début des seventies avec une solide dose de psychedelia faisant plus que la saupoudrer d’étrangeté.

Le duo, âgé maintenant de 21 et 19 ans, continuent leur éducation musicale avec un « concept album », Go To School (titre symptomatique s’il en est), lorgnant du côté du Tommy des Who aussi bien dans la forme que dans le fond puisqu’il nous narre le difficile apprentissage d’un chimpanzé s’entraînant à devenir adulte (sic!).

Comme on pouvait s’y attendre à la lumière d’un tel projet, les frères D’Addario ne lésinent pas sur la flamboyance expérimentale et la théâtralité à mi chemin entre une de leurs idoles, Todd Rundgren (le père du chimpanzé, Twigs en est un fan absolu et se présente comme un puriste de la pop) et le Meat Loaf de Bat Out Of Hell produit, tiens,tiens, par Rundgren lui-même.

L’illustration de cette démarche se révèlera par exemple sur « Queen of My School », hymne power pop étincelant, l’ampoulé « Rock Dreams », ou le punch émotionnel véhiculé par un « The Fire » délicieuse pépite country-pop.

Même si l’intrique peut, ici, sembler ressassée on ne pourra qu’être intrigué par ce que les deux frères nous offrent par la suite.

Indication nous est donnée par certaines vidéos où l’on assiste à ce qu’aurait pu être une bataille de décibels entre Keith Moon et l’incontournable Todd Rundgreen, la substance sera tout autant révélatrice par une production au cordeau (Jonathan Rado de Foxygen) qui ne pourra que nous faire penser à Todd R… par la place qu’elle occupe dans sa vision futuriste du rock assez idiosyncratique ou, à l’opposé, la « power ballad »dantesque du premier album, « As Long as We’re Together »,  tout comme les excroissances poppy qu’étaient  «  I Wanna Prove To You » et les hallucinantes harmonies de « These Words » . Aujourd’hui The Lemon Twigs ne se contentent pas d’égaler la fraîcheur de leur premier opus: « This Is My Tree » émule sans forfanterie et avec goût les Rolling Stones et « If You Give Enough » un petit chef d’oeuvre de pop baroque et d’harmonies vocales pleines d’émois.

Dire que, par rapport à l’album précédent, Go To School excelle dans le renouvellement est un euphémisme. Ce disque est si bon qu’il nous laisse dans l’expectative ; celle-ci peut être pantelante, certes mais elle est avant tout proactive et la seule question qui, alors, se pose est évidente et irréfutable: « Vers où les frères D’Addario vont-ils nous entraîner ?

La réponse s’adresse à ceux qui n’ont pas peur de se tremper, de s’immerger et de sortir de ce bain, plus instruits et éduqués,maîtres émérites  de la vulgate pop, celle où mélodies enfiévrées et arrangements soyeux et aériens cohabitent irrésistiblement pour faire frétiller nos oreilles et nos émotions.

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Sarah Beth Tomberlin: « At Weddings »

La religion n’a jamais de cesse a’être source d’inspiration pour les musiciens ; c’est le cas pour Sarah Beth Tomberlin une « singer songwriter » née dans le Kentucky d’une famille baptiste on ne peut plus dévote. Son premier album, At Weddings, en est le fruit tant il s’interroge sur la place qu’on occupe dans le monde et la solitude qui va avec le fait de chercher qui on est de manière révérencieuse et silencieuse, spiritualité et discrétion obligent.

L’environnement dans lequel all a grandi est, sans qu’on s’en étonne, au coeur de ce disque écrit par une jeune femme de 13 ans. La culpabilité s’inscrit dès l’ouverture ; « Oh my God / No, I’m not kidding » s’écrie-t-elle accompagnée par sa guitare sur un « Any Other Way » qui la voit se débattre avec l’éducation reçue.

Ces ruminations sur la foi coïncident avec une réflexion sur le statut de Femme, la romance adolescente ou l’interrogation sur l’image que l’on véhicule et sur le fait de savoir jusqu’à quel point on peut véritablement vous connaître. Cet écho introspectif sera construit sur un lit de guitares acoustiques, un piano qui gronde légèrement et une voix embuée de soupirs.

Le résulat en sera contrasté, simultanément douillet et spacieux, un équilibre fragile entre la spiritualité élevée de Julian Baker et les climats reclus du Ruins de Grouper. Le piano tinte comme le ferait l’oeil du cyclone alors que la ballade baignée de cordes qu’est « I’m Not Scared » se révèlera être le passage le plus percutant de l’album.

La réussite de At Weddings se situe dans la manière dont elle parvient à glisser des tranches d’humour dans un récit morbide par exemple sur « Self-Help » ; un disque qui démontre combien force intérieure, ou foi, peuvent nous affranchir de nos doutes, nous galvaniser et nous apaiser.

***1/2

BIrd Sreets: « Bird Streets »

La « power pop » est un genre souvent mésestimé bien qu’il ait généré un nombre impressionnant de compositions qui font date Notons, liste non exhaustive, « My Sharona » (The Knack), « Surrender » de Cheap Trick, » What I Like Abut You » des Romantics ou « Just What I Needed » des, peut-être les plus créatifs, Cars.

Si on ajoute des combos comme Big Star, The Shoes, 20/20 ou the dBs, on comprendra pourquoi ces légendes font partie du lexique de la musique populaire américaine et représentent une inspiration pour maints autres groupes dont un artiste comme John Brodeur, un new-yorkais qui excelle dans la « bedroom pop » avec des album comme Tiger Pop éminemment inspiré par XTC (2000), le lo-fi Get Through en 2009 et, en 2013, Little Hopes, son effort le plus abouti soniquement jusque là.

Bird Steets est son nouvel avater et, enregistré de concert avec Jason Falkner (Jellyfish, Three O’Clock), le duo nous concocte un nouvel opus éponyme qui reprend et transcende tous les principes de base de la « power pop ».

Les guitares y carillonnent bienheureusement dès l’ouverture avec un « Carry On » fleuri comme le meilleur d‘un R.E.M.porteur d’avantures, « Betting on the Sun » suit avec son savoureux alliage de refrains emplis de clarté et de paroles où, peu à peu, s’introduit une légère noirceur, réflexion encore plus accentuée sur l’endeuillé « Spaceship ».

Ce titre, une évocation de la dépendance à l’alcool, est lyrique à souhaits avec des paroles touchantes où l’alcooBird STreetlisme est apparenté à un véhicule spatial en perte de contrôle. Ce parallèle s’exemplifie avec la compraison que fait Brodeur de son propre style de vie, manière d’évoquer l’intime de façon grandiose et digne.

La difficulté à changer côtoiera alors la volonté de ne pas le faire sur un « Some Dream » où le chanteur n’est pas loin de se stigmatiser y compris quand il reprend une thématique habituelle,celle de l’amour qui s’en ests allé.

Sur « Heal » il chante avec justesse comment une relation toxique peut se dénaturer alors que la vindicte sera réservé à une ex dans « Thanks for Calling ».

Peu à peu, Brodeur montre combien il devient un songwriter de plus en plus affuté et introspectif étayé qu’il est par sa collaboration avec Jason Falkner. Si la « bedroom pop » a besoin de titres de gloire, Bird Streets en est un sans discussion aucune..

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Kathryn Joseph: « From When I Wake The Want Is »

Kathryn Joseph possède une faculté rare, produire une musique fermement plantée dans la chair et le sang (peine de cœur avec son inévitable descente dans les confins les plus sombres de la psyché) et lui donner une formulation qui semble se situer dans le domaine de l’éthéré.

Travail de deuil donc, son ancien partenaire joue fugitivement sur le deuxième album de cette chanteuse écossaise) mais c’est aussi un document à l’amour ; sa vie, sa respiration, sa mort et son éventuelle résurrection. L’émotion charnelle de ce que constitue le fait d’aimer et celui de rompre, le fait de prendre mais aussi de donner ou laisser choir. Tribut du prix à payer est son honnêteté : From When I Wake The Want Is constitue sa catharsis et son épiphanie.

Plutôt que diaphanes, les textes se veulent sensuels, les blessures sont dégustées pour mieux être apaisées, et le désir se fait sentir jusqu’à la moelle, « n my mouth, in my mind, in my back and my spine ».

Son étalonnage musical est robuste ; le piano roule comme un flot de sang, et l’électronique craquèle comme si il s’agissait de donner muscle aux vagues sonique, ce dernier terme est approprié car le symbolisme de l’eau est omniprésent dans l’album (« Tell my lover it’s not over till we drown » drone-t-elle comme si il s’agissait de résister aux courants).

Quand nous arrivons au « closer », « ^^ », les accords mineurs ont été supplantés par d’autres, pris sur le mode majeur. Les contributions, celles de son partenaire et de sa fille, sont prises sur des phrasés de pianos en cascades qui sonnent comme prisonniers de tempêtes au sein desquelles l’équilibre demeure alors précaire. Les émotions ne peuvent plus s’exprimer au travers des mots et le chagrin va alors tout emporter sur son passage.

Vivre avec la souffrance vous insensibilise à tout, engourdit vos sens et la dramaturgie prend le pas sur la fausse placidité (« Tell My Lover »). La véracité est vorace et il n’y a nulle place pour toute prétention à la joie même si Joseph excelle à ces brusques chavirements entre l’ombre et la lumièr., Ce que l’on retiendra est l’infiniment gris de morceaux comme « We Have Been Loved By Our Mothers » ou « Mouths Full of Blood »et perdurera, alors, le sentiment que, si les cœurs ont été guéris, les cicatrices, elles, demeurent présentes.

***1/2