Yawning Man: « The Revolt Against Tired Noises »

The Revolt Against Tired Noises est le sixième album de Yawning Man un trio de « desert rock », un sous-genre du stoner metal qui se caractérise par des riffs hypnotiques, simples et répétitifs.

Depuis la fin des années 80, Yawning Man a pris une dimension toute particulière au sein de la scène Desert Rock. Loin des ambiances sur-saturées héritées du punk et du grunge, qui sévissent lors des fameuses “generators parties” de la vallée de Coachella, Gary Arce et ses compères déploient une musique beaucoup plus subtile et précieuse, qui tisse des ambiances appelant à l’introspection.

Produit par Mathias Schneeberger (Mark Lanegan, Greg Duli, Sunn O))) ou encore Earth. Le résultat est un véritable kaléiodoscope de couleurs, parfaite bande son pour se sentir transporté entre les mesas, vallées et canyons californiens, alors que nous voici plongé en pleine torpeur estivale. Yawning Man trouve l’alchimie parfaite entre riffs dantesques et de longues plages progressives, qui font appel à l’imaginaire de l’auditeur.

Loin des ambiances sur-saturées héritées du punk et du grunge Gary Arce et ses compères déploient une musique beaucoup plus subtile et précieuse, qui tisse des ambiances appelant à l’introspection.

On n’est pas loin du post-rock teinté de psychédélisme comme en témoigne la pièce maîtresse, qui donne son nom à l’album « Revolt Against Tired Noises ». Ainsi, les mélodies de Gary Arce se font pleines d’échos, méditatives et relaxantes, avant de rebondir sur les riffs qui vous prennent profondément aux tripes ‘ »Skyline Pressure » ou les huit minutes de « It ».

« Grant’s Heart » apportera une courte pause, sous forme d’envolée à la guitare, signe que la créativité du groupe ne souffre pas d’éclipse et est encore capable d’engranger pléthore des titres à la fois denses, mélodiques et inspirés.

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R.W. Hedges: « The Hunters In The Snow »

Le hasard fait parfois bien les choses ; songwriter cultivé et sarcastique auteur d’un unique album il y a tout juste dix ans (Almanac), Roy Hedges avait ainsi recroisé par surpris son ami d’enfance Luca Nieri. Multi instrumentiste et producteur de talent, ce dernier s’est fait connaître au sein des mystérieux The Monks Kitchen , un combo issu du revival folk anglais des années 2000.

A bord d’une péniche, les anciens complices à nouveau réunis ont enregistré The Hunters in The Snow, un recueil aux couleurs automnales dont la fluidité mélodique laisse à penser que les deux musiciens ont fait leurs premières gammes sur les partitions magiques de Revolver et du Village Green.

Derrière un décor de music-hall sans âge, librement inspiré d’une passion commune pour le Easy Listening de la grande époque (« Some Girl »), notre tandem livre un récit à l’écriture limpide (« Signalman »), imprégné de prose dylanienne et de littérature victorienne (« Best Laid Plans »).

Comme un Richard Hawley tombé dans la marmite kinksienne ou un Leonard Cohen déniaisé par Joe Meek, R.W. Hedges conquiert son auditoire avec des mélodies surannées et une élégance teintée de mélancolie (« Nights of Laughter »).

Loin du robinet d’eau tiède de la musique commerciale et formatée, ce duo nous rappelle que l’autre Angleterre, celle des itinéraires bis et du savoir-faire minutieux, restera à jamais le royaume de la pop ciselée et intemporelle.

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Laura Jane Grace & The Devouring Mothers: « Bought To Rot »

Un des titres de gloire de Laura Jane Grace est d’avoir été la première artiste à être signée au sein du label créé par Tom Petty, Against Me ! À écouter le « debut album » de la chanteuse, Bought To Rot, elle ne devrait pas en rester là.

Elle cite d’ailleurs son premier disque solo, Full Moon Fever, comme source d’inspiration et il est indéniable qu’on retrouve une part du vocaliste décédé en matière de narrativité sur ces quatorze plages.

Mais si Grace s’empare de ce qu’il pouvait y avoir d’introspectif, elle le fait d’une manière plus acérée, avec une forme de colère qui voisine, toutefois, avec une certaine ingénuité.

Stylistiquement, Bought To Rot, est plein de tournants abrupts. Le titre qui ouvre le disque, « China Beach », baigne dans une furies viscérale très punk alors que, par exemple, « Manic Depression » affiche une tonalité qui n’a rien à voir avec son appellation puisque le morceau se distingue par des tonalités bluesy.

Une même lignées « americana » se fait d’ailleurs sentir sur le déroulé du disque qui, parfois, aurait très bien pu donner l’impression qu’il a été enregistré à Nashville.

C’est sur les leçons de vie que Bought To Rot fait montre de personnalité. Sur un « The Apology Song » qui clôt judicieusement son album elle présente ses excuses auprès de ceux elle a qui causé tort («  My apologies for however I fucked up ») et surenchérit avec des textes imprégnés de sagesse comme « I don’t want your life to be any harder than it has to. »

Même dans la virulence, par exemple sur le véhément « I Hate Chicago », le ton reste celui de la sincérité directe et franche ce qui, à cet égard, rejoint un peu cette prouesses que possédait Tom Petty à faire cohabiter humilité, lassitude et exacerbation de certaines passions.

On soulignera le rôle des musiciens de Against Me !, le guitariste Atom Willard et le bassiste Marc Jacob Hudson) à faire du combo un power trio on ne peut plus efficace en termes de saisissements existentiels, et, de par la même, procurer une finalité satisfaisante voire heureuse, aux tribulations et frustrations que Laura Jane Grace essaime sur l’album.

Quand le disque se terminera sur cette déclaration volcanique : «  you can go wherever the fuck in the world you want », il est clair que celle qui manie aussi bien son héritage affectif et musical allant de Petty à Wilco a trouvé ce qui constitue pour elle le point d’orgue de sa liberté  et de son éclosion artistiques et personnelles.

***1/2

Whitney Ballen:  » You’re A Shooting Star, I’m A Sinking Ship »

Dans l’indie rock américain certains sortent parfois du lot ; Whitney Ballen en est un exemple. Il s’agit d’une jeune auteure-compositrice-interprète venant tout droit d’Issaquah, dans le Washington qui avait déjà publié deux EPs aux accents emo et, enfin, son premier album : You’re A Shooting Star, I’m A Sinking Ship.

S’éloignant des sonorités emo-pop pour des tonalités plus indie rock, elle s’inscrit dans la lignée de Joanna Newsom mais également de Rilo Kiley. Tout au long de ces douze titres, la musicienne se confie sur sa santé mentale qui lui joue des tours et arrive à accoucher sur musique avec des titres bien emballants et bouleversants que sont l’impeccable introduction « Everything » mais également « Fucking » et « Mountain ».

La montagne est, à cet éard, une métaphore parfaite pour décrire ses conflits intérieurs tant le disque est une montagne russe émotionnelle qu’elle escalade au travers des épreuves qui l’auront marqué durant sa vie personnelle. Cela donnera avec des titres tantôt simples et envoûtants (« Rainier », « Moon », « San Francisco ») tantôt noisy et complexes (le plus électrique « Black Cloud » et le chaotique « Nothing »).

Le plus étonnant sera la voix de Whitney Ballen évocatrice de celle d’Eva Hendricks en particulier surs ces passages audacieux que sont « The Kiss » et la chanson-titre.

You’re A Shooting Star, I’m A Sinking Ship n’est pas fait de douze chansons compilées pour en faire un opus mais c’est tout simplement un accomplissement musical et cathartique comme en témoigne le réalisme intime et exacerbé qui le jalonne.

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Gruff Rhys: « Babelsberg »

Super Furry Animals semblant désormais en latence, Gruff Rhys a les coulées franches pour dévoiler une carrière solo prolifique et, également, plus loquace que ce à quoi nous avait habitués le chanteur.

Babelsberg est donc le nouvel avatar de cette orientation et, une fois de plus, il est à la fois déroutant et séduisant. Formellement le chanteur s’est adjoint la participation d’un orchestre symphonique (le BBC National Orchestra of Wales) qui lui permet d’étayer une inspiration de plus en plus poétique et lyrique.

L’instrumentation se voudra plantureuse et les textes empli de métaphores subtiles. De ce point de vue on pourrait penser à un croisement improbable entre Harry Nilsson pour l’émotion, Les Hazlewood pour la légèreté et, à l’inverse, Nick Cave pour la profondeur poétique.

L’artiste n’a pas pour autant délaissé la pop psychédélique dont SFA étaient porteurs ; il l’agrémente désormais en voulant lui apporter une nouvelle dimension. De là une flopée de métaphores, d’allusions littéraires et historiques et de mélodies pop et folk nourries de piano, orgue, trombone, flûtes, ou banjo.

Babelsberg est, quant à lui, alimenté par des incertitudes économiques ; si la musique est belle et émouvante, l’ « opener », « Frontier Man » est à cet égard emblématique de la difficulté que chacun peut avoir à se situer, message d’autant plus parlant qu’il est accompagné d’une orchestration faussement désinvolte et d’un phrasé de crooner.

« The Club » et « Oh Dear » accentuent, quant à eux, une toile de fond plus dramatique et haletante, au service d’une histoire sombre et de personnages maléfiques avec toujours un hiatus entre mélodie, narrativité et peinture de caractères, humains ou plus animaux.

Ces dernières images, teintées d’anthropomorphisme, acquériront droit de cité sur un « Limited Edition Heart » langoureux ou dans l’harmonie véhiculée par « Take That Call » ou « Drones in the City » le tout à grands renforts de flûtes et de harpes.

On pourra esquisser une concomitance entre notre univers contemporain où vitesse et absurdité prolifèrent , où les esprits sont proprement lobotomisés et le drone où sont évoqués les abeilles et les fleurs comme un rappel nostalgique à l’harmonie et à la pureté d’antan.

« Negative Vibes » et « Same Old Song » amplifieront le propos par leurs arrangements en forme de leitmotivs entêtants et le point d’orgue sera atteint sur « »Architecture Of Amnesia » titre édifiant et conduit avec brio, impeccable jonction entre tonalités graves et incisives et recherche de quiétude.

«  Selfies in the Sunset » sera un « closer » romantique et baignant dans une douce ironie à l’égard les réseaux sociaux. S’il fallait un chef de choeur à la fable qu’est Babelsberg, elle se trouvera sur cette splendide apothéose!

****1/2

The Love Birds: « In the Lover’s Corner »

Quand on a en charge de la production de son premier album Norman Blake (Teenage Fan Club) et Alex Chilton (inutile de le présenter) on ne peut que se dire que pour le quatuor californien qu’est The Love-Birds In the Lover’s Corner  va être un opus fait de passéisme mais surtout de mélodies irrémédiablement accrocheuses.

Si, en outre, on abonde dans le sens su présupposé qui dit que nostalgie n’est pas fatalement stérile et que pouvoir essayer dans ses oreilles la musiques de compositions agréable aux tympans nest pas rédhibitoire on ne pourra qu’apprécier un opus de musiciens dont le patronyme lui-même est un hommage à la pop bienheureuse et ensoleillée sise du côté de Haight Ashbury à San Francisco.

Le concours de Blake, apportera une petite touche « indie » écossaise à l’ensemble mais, tout au long de ses onze plages, il ne sera question que de romances et d’amours intemporelles. Rien ne nouveau mais là n’est pas le problème ; le groupe est capable de s’élevé au -dessus de ses références révérences et ses enluminures vocales et harmoniques rappellent les plus beaux instants que des ensembles somme The Turtles avaient gravés dans le vinyle.

Ainsi demeurent les Tables de La Loi pop ; inébranlables elles sont et il n’est pas interdit de s s’en inspirer.

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Picturebox: « Escapes »

Si l’on excepte la scène psyché-prog qui fit sa renommée dans les années 60-70, la ville de Canterbury reste bien plus célèbre pour sa cathédrale et pour son architecture médiévale que pour l’excellence de sa production musicale. Avec Picturebox, la petite cité du Kent abrite pourtant l’un des joyaux méconnus de la couronne pop britannique. Construit autour du songwriter Robert Halcrow, Picturebox est l’un de ces « super-groupes » crypto-pops comme les Anglais,en sont friands. L’ex-Hefner Jack Hayter (au violon sur « The Vicar’s Dog) » ou l’incontournable Ian Button (Papernut Cambridge, Deep Cut, Go-Kart Mozart), en sont des figures et ils apparaissent ainsi au somptueux générique de ce nouvel album.

Auteur un peu plus tôt cette année d’un excellent disque dans l’esprit des Kinks et de XTC avec District Repair Depot, le duo qu’il forme avec le comédien Stephen Evans, Robert Halcrow est un artisan pop à la plume fantasque. Ses chansons, qui exploitent le même filon que celles de Squeeze ou de Martin Newell, rappellent aussi par endroits le Blur du milieu des 90’s.

Résolument centrées sur un idyllique « village green » , les vignettes lo-fi de Picturebox évoquent l’ambiance désuète des tournois de cricket et les promenades dans la campagne verdoyante. En versant quelques gouttes de substances hallucinogènes dans le traditionnel thé de cinq heures Escapes concocte ici un breuvage qui conviendra à tous les amateurs de ladite chose.

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U.S. Girls: « In a Poem Unlimited »

Le refrain de « Velvet 4 Sale », le premier « single » et première chanson d’In a Poem Unlimited, le 8e album de U.S. Girls introduit à merveille ce qui nous attend sur le disque. Meghan Remy derrière ses beaux atours, ses chansons mélodieuses, ses rythmes dansants intoxicants nous percute avec un propos engagé et puissant. Après avoir été nommé sur la courte liste du Polaris censé décerner les meilleurs albums canadiens pour l’excellent Half Free, Remy – revient de plus belle avec toujours la même véhémence.

In a Poem Unlimited est un doigt d’honneur tenu bien haut à la face de quiconque questionne la précarité du statut de la femme en société ou encore le déséquilbre des rapports de domination entre les sexes. N’allez pas croire qu’elle agit par opportunisme, Remy aborde ces problématiques depuis les débuts du projet U.S. Girls. Ce n’est pas le mouvement #metoo qui est venu changer quoi que ce soit. Ce qui a changé est l’approche dansante de ses nouvelles chansons qui malgré des propos durs, parfois même déprimants, donne quand même envie de se trémousser.

Du lot, « Pearly Gates » est l’un titres des plus marquants e avec un refrain chanté par James Baley est tout à fait intoxicant ou un « M.A.H. » qui marie l’influence disco à la ABBA à des paroles qui méritent le détour.

Meghan Remy sait pourtant manier les contrastes et nous offrir des moments plus cools, (« Posebud ») et même nous entra^piner dans des atmosphères festives et latino sur le « closer » « Time ».

In a Poem Unlimited est un album comme il s’en fait peu. Meghan Remy réussit à conjuguer musique contestataire et pop-rock formidable. C’est un puissant alliage qui fera danser les gens et, qui sait, peut-être, mine de rien, les amener à réfléchir…

***1/2

Jonathan Wilson: « Rare Birds »

Jonathan Wilson est un compositeur, producteur et musicien qui a, notamment, mis son talent à la disposition de Father John Misty, Elvis Costello ou Roger Waters. Rare Birds est son quatrième album et il démontre, jeu de mots facile, que le bonhomme est, en effet, un oiseau rare.

Ses inspirations semblent explorer un large spectre allant de David Gilmour, David Bosie, Bruce Springsteen ou Peter Gabriel. Pourtant, pour un caméléon tel qu’il peut l’être, l’arste est capable de glisser dans cet opus sa propre part d’intimité et de sensibilité, que ce soit au niveau de sa voix feutrée ou d’une instrumentation atypique et d’une profonde richesse (percussions, violons, cuivres, bruitages multiples ou incantations mystiques).

Le tout est dévoilé de manière pudique, par exemple sur un « Hard To Get Over » récit nuancé et subliminal d’une relation achevée. C’est ce sous-entendu voluptueusement arrangé qui donne intensité à Rare Birds, entre voix chuchotés et crescendo orchestral, l’ensemble nous emmène dans son « Sunset Blvd », titre on ne peut plus plus saisissant et emblématique de cette mélancolie à fleur de peau qui ponctue, sillonne et laboure avec délicatesse l’album.

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Cullen Omori: « The Diet »

Loin d’être le moins méritant des jeunes groupes indie-rock U.S. du début de la décennie, les Smith Westerns n’ont pourtant jamais réussi à décrocher la timbale. En 2014, après trois disques de pop juvénile aux mélodies bien troussées, les frères Cullen et Cameron Omori et leurs comparses Max Kakacek et Julien Erhlich (futurs Whitney) se sont donc assez logiquement résolus à baisser le rideau.

Cullen Omori, le frontman charismatique du groupe de Chicago, n’en a pas pour autant terminé avec ses obsessions brit-pop et glam rock, comme l’a déjà prouvé New Misery, sorti en 2016. Si le premier essai en solo de ce songwriter pas encore trentenaire avait semblé vouloir ouvrir la porte à de nouvelles sonorités synthétiques.

Son deuxième album The Diet le voit clairement opérer un recentrage sur les fondamentaux d’une pop rétro aux guitares scintillantes. Les influences britanniques qui présidaient aux destinées des Smith Westerns (de T-Rex à Oasis en passant par Suede, les Beatles ou Bowie) sont à nouveau brandies comme des étendards.

Bien décidé à obtenir enfin son rendez-vous tant espéré avec la gloire, Cullen Omori joue ici son va-tout à grand renfort de refrains enjôleurs et de solos pailletés (« Four Years », « Happiness Reigns »). Parfois profond (« Quiet Girl », éA Real You »), sans cesse accrocheur (« Natural Woman », « Last Line »), The Diet est l’œuvre d’un incurable romantique qui a choisi de ne pas renoncer à ses rêves de grandeur.

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