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Wand: « Laughing Matter »

En 2017, Wand avait effectué son grand retour avec leur album Plum qui a surpris pas mal de monde ; désormais déterminé à reprendre d’assaut la scène garage californienne, Cory Hanson et sa bande ont renchéri avec un EP montrant leur versatilité. Même si ils n’atteignent pas le côté prolifique de leurs concurrents comme King Gizzard & The Lizard Wizard, les Californiens sont résolus à ne pas perdre une once d’inspiration et reviennent avec un nouvel opus nommé Laughing Matter.

Pour cette nouvelle livraison, Wand a décidé de voir les choses en grand. On avait déjà vu le groupe s’aventurer dans des nouveaux terrains sur les albums précédents et sur Laughing Matter, ils semblent atteindre leur forme finale sur ce qui est considéré comme étant leur disque le plus abouti de leur discographie. Moins garage et plus psychédélique qu’auparavant, les Californiens nous offrent une variété de sensations auditives en tous genres avec des titres aux arrangements étoffés pour ne pas dire anxiogènes comme l’intense titre d’ouverture nommé « Scarecrow » ou d’autres plus lumineuses comme le midtempo « xoxo » résolument pop ainsi que les arrangements de corde de l’aérien « Hare ».

Il est clair que Wand a l’air de se complaire dans ces ambiances plus apaisées et plus psychédéliques malgré des moments pour les moins angoissants et hypnotiques. Ils n’oublient pas pour autant des moments de garage colérique notamment avec « Lucky’s Sight » ou encore le plus animé « Walkie Talkie » rappelant les Strokes dans leur démarche et « Wonder » qui arrivent à s’insurger avec fluidité dans cet océan de douceur comme le sublime « Evening Star », « Rio Grande » ou même « Airplane ». Beaucoup verront une étrange ressemblance à Radiohead (l’acoustique « High Plane Drifter » ainsi que « Thin Air » avec ses accords de guitare hypnotique et son piano magistral) notamment Cory Hanson qui possède un timbre de voix similaire à Thom Yorke la plupart du temps mais rien n’empêche de se perdre dans des tourbillons lancinantes de « Wonder II » porté par une voix féminine ou la conclusion désinvolte nommée « Jennifer’s Gone » dont le style a de quoi faire penser à Lou Reed.

Résolument long mais audacieux, Wand semble avoir atteint sa forme finale sur Laughing Matter plus psychédélique que garage comme attendu. Malgré quelques légers moments de perdition, le groupe californien a pour le moins réussi sa mue musicale en nous désorientant à bon escient avec ce disque s’enchaînant avec une incroyable fluidité.

***1/2

21 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Lorelle Meets The Obsolete: « De Facto »

Lorelle Meets The Obsolete est un duo psychédélique dont l’originalité est que sa provenance n’a que peu à voir avec ce courant puiqu’il est issu de Guadalajara au Mexique. De Facto est leur cinquième opus et il constitue un nouvel épisode des aventures soniques de notre tandem.

Voici donc neuf nouvelles pistes où Lorena Quintanilla et Alberto González explorent de nouveau les recoins krautrock et noise-pop psychédélique de façon précise et inventive. De Facto s’ouvre sur les morceaux « Ana » résolument dronesque et « Líneas En Hojas » où Lorelle Meets The Obsolete nous entraîne dans des coins ténébreux et hypnotiques avec la voix scintillante de Lorena Quintanilla qui résonne au milieu de riffs macabres comparables à des bruits de moteur.

Ce démarrage se fait de une belle manière et il s’efforce de s’instensifier ensuite avec des titres qui rappelleront Exploded View comme « Inundación », « Resistir » ou bien même « El Derrumbe ». Le groupe de Guadalajara veut nous gratifier de passages ambiteux et, parfois, renversants, par exemple sur l’épopée de neuf minutes qu’est « Unificado » et une conclusion de haute volée sétalant sur 11 minutes, « La Maga » , et synthétisant tout le style du duo résolument urbain, toxique et électrique. De Facto est une autre réussite de Lorelle Meets The Obsolete qui s’incruste à merveille à la scène psychédélique en lui greffant des effluves d’asphalte qu’il fait bon respirer.

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6 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Yak: « Pursuit of Momentary Happiness »

Pursuit of Momentary Happiness est le second album de ce combo londonien et, pour un groupe qui s’est formé en 2014, il brille grâce à une production brute et taillée pour un vinyle qui serait sorti tout droit d’un studio de Nashville. Le résultat est pour le moins revigorant : une sorte de punk arty british enrobé de cuivres soul et de guitares made in America.
Le disque mêle ainsi mélopées bruitistes à la Sonic Youth, paroles haranguées avec un accent Cockney tranché et un sens du groove qui fait mouche. On pense notamment au bouillonnement arty de la scène new-yorkaise du début des années 2000.
L’album démarre pied au plancher, avec l’excellent single « Bellyache » qui justifie à lui seul l’écoute de l’album. Un groove quasi hip-hop, des riffs massifs, un falsetto, des chœurs : pour peu on se croirait chez les Queens Of The Stone Age qui auraient grandi dans l’East End londonien. L’arrivée inattendue des cuivres sur le final propulse définitivement la chanson vers la stratosphère. Morceau de bravoure suivi d’un « Fried » qui amplifie un peu plus cette lancée. La voix d’Oliver Henry Burslem y évoque un jeune Bowie glam qui aurait eu un penchant pour les murs d’amplis façon Dinosaur Jr.


Sur Pursuit Of Momentary Happiness Yak pastiche d’abord une bluette 50’s avant d’exploser en déluge bruitiste. Dans un registre proche, la très belle ballade « Words Fail Me » feramouche grâce notamment à un magnifique final cuivré qui aurait pu figurer sur certains titres des Raconteurs. La suite de l’album permet tra à Yak d’afficher une belle maîtrise des atmosphères et des dynamiques, alternant entre moments apaisés et explosions rock’n’roll gorgées de fuzz, parfois à la limite du Hardcore. « Layin’ It On The Line » sera, ainsi, parmi les plus réussies du lot, avec un couplet groovy psychédélique mutant en une soul décapée à la moulinette électrique à mi-morceau.
Les morceaux les plus bruitistes, Blinded By The Lights ou White Male Carnivore, pencheront, eux ,du côté d’IDLES ou des Sex Pistols et achèvent de faire de ce Pursuit Of Momentary un album passionnant. Affichant une volonté évidente de casser les codes, Yak fusionnent punk, soul et rock’n’roll avec un enthousiasme fdébridé réjouissant. Un peu d’expérimentation qui fait le plus grand bien dans ce monde de streams.

***1/2

2 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Ty Segall: « Fudge Sandwich »

Souvent mal aimée, la reprise est perçue au mieux comme un manque d’inspiration (et un besoin urgent de rentrée d’argent pour les artistes confirmés, et, au pire, comme de l’amateurisme. Comment justifier alors un tel album chez Ty Segall ? Le Californien est connu pour son hyper-activité autant que pour son hyper-créativité : on n’ose penser à un manque d’inspiration. Acceptons d’y voir alors une volonté de rendre hommage à des chansons qui l’ont marqué.

« Lowrider », traitant d’un cliché Hip Ho,  fut déjà repris par Korn pour une version cool sur le culte Life Is A Peachy, et samplé un grand nombre de fois, notamment par les Beastie Boys et Offspring. Ty Segall prend le contre-pied et tourne cet hymne funk en Glam-Rock lent, ponctués d’effets inquiétants, tout sauf funk, mais assez dépouillé, comme l’original. Sur « Isolation », un « léger » changement bouleverse tout : le piano devient guitare, et, bien que la voix de Ty colle étrangement à celle de John Lennon, l’humeur de ce classique s’assombrit grandement, et semble ainsi plus en adéquation avec les paroles, plutôt pessimistes.

 Espiègle, Segall se permet de surclasser la distorsion du « Rotten to the Core » de Rudimentary Peni. Et on peut imaginer son plaisir, une fois adulte, à parfaire les derniers détails d’un titre qui lui a fait remuer la tête quand il était enfant. Très éclectique, Fudge Sandwich se permet, sans transition, d’accélérer le tempo, à l’image de la paisible « St Stephen » de Grateful Dead, qui ici aurait bizarrement pu trouver sa place sur l’album de reprises Punks/hardcore de Slayer.

Pour le reste, de « I’m A Man » du John Spencer Trio, passé intégralement (et avec brio) dans la moulinette Segalienne, a une version musclée de « The Loner » de Neil Young en passant par une version plus rudimentaire et presque garage de « Pretty Miss Titty » (Gong), Ty Segall s’offre ses idoles sans trop respecter leurs compositions. A la différence de Ty Rex (son autre album de reprise, dédié à l’œuvre de T.Rex), Fudge Sandwich s’affiche fièrement comme un album de Ty Segall, vénérant le passé, et rendant le présent tout à fait excitant.

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16 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Warmduscher: « Whale City »

On a, récemment, découvert le supergroupe Insecure Men, cette fois-ci, c’est Warmduscher, un autre supergroupe qui apparait. Formé par les membres de Fat White Family et Childhood (mais comptant également les membres de Paranoid London), il effectue ici son grand retour avec son second opus intitulé Whale City faisant suite à leur Khaki Tears paru trois ans plus tôt.

Avec un line-up qui rétrécit, Warmduscher continue d’envoyer son énergie désaxé et déjanté avec ces onze nouveaux morceaux. Après une introduction nommée « Bright Lights » qui amorce le calme avant la tempête, le supergroupe fourmille de plusieurs idées comme le groovy « Standing On The Corner » comprenant une ligne de basse qui est riche en funk sur un tempo bien psychédélique comme on aime mais encore « I Got Friends » qui s’inscrit dans cette même lignée.

On notera l’interprétation bien fugace et funky de Clams Baker qui rappelle aussi bien Hanni El Khatib que des Beastie Boys qui survole les influences blues-punk de « Big Wilma » ou encore du fougueux « The Sweet Smell Of Florida » aux riffs de guitare bien gras comme on aime. Au milieu de titres rythmés, Warmduscher nous gratifie de ballades comme « 1000 Whispers » riche en écho mais encore la conclusion doucement psychédélique et rêveuse du nom de « Summertime Tears ». Moins excentrique que leur prédécesseur et leurs autres side-projects comme The Moonlandingz, Whale City définit avec brio le style musical original et le groove comme peu le savent faire.

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8 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Paint: « Paint »

Allah-Las est un quatuor californien pétri de ces influences 60’s qui flirtaient avec le psychédélique et cette nonchalance si typique de la West Coast. Après une triplette d’albums leur chanteur guitariste, Pedrum Siadatian, a décidé de s’émanciper et de tenter une aventure solo sous le nom de Paint.

Ce projet devait lui permettre d’élargir sa palette musicale, chose faite sur les morceaux qui composent le disque. On évoquera ici les mânes illustres de Syd Barrett et Kevin Ayers qui avaient auguré le regretté label Harvest (branche « progressive » de EMI à la fin des années 60) avec des titres désinvoltes comme « Plastic Dreams » et « Moldy Man » ou des tendances plus expérimentales sur « Plastic Gazette ».

On appréciera de pouvoir se délasser à l’écoute des titres quelque peu ensoleillés comme les influences T-Rex de « Splattered » ou même le lancinant « Just Passin’ Thru ». Il est dit que ces morceaux sont enregistrés peu après qu’Allah-Las ait fini de peaufiner leur troisième opus Calico et ce n’est pas un hasard si l’on retrouve des vibes presque similaires sur « I Didn’t Know A Thing » et « Wash »

Entre ces pépites surgira un instrumental hypnotique mais chaleureux du nom de « Heaven In Farsi »; un un tout qui témoigne de l’incroyable richesse musicale d’un Pedrum Siadatian qui ne s’éloigne jamais des origines de son groupe mais arrive à s’émanciper comme il se doit avec ce disque nostalgique donnant envie de détente et de fantaisie.

***1/2

16 novembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Odd Couple: « Yada Yada »

Odd Couple n’est pas si étrange (odd) que cela même si son univers est celui du rock psychédélique. Le fait qu’ils soient Allemands nous ramènent à leurs ancêtres, Amon Düül, par exemple, et si Yada Yada est leur troisième album, il ne fait que confirmer les élans prometteurs qui nourrissait leurs disques précédents.

Le combo cherche à élargir ses horizons musicaux mais il le fait avec rigueur. On perçoit quelques accents electro voire synth-pop mais, au-delà d’une froideur apparente, ils parviennent à faire germer un certain plaisir d’écoute.

Celui-ci est constitué avec un répertoire plus ramassé et moins hétéroclite ; une certaine unité de ton et un rendu plus affiné et affirmé.

On appréciera cet assemblage capable de manier discipline et exaltation.

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9 novembre 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

The Vryll Society: « Course of the Satellite »

Cette Vryll Society est sise à Liverpool et les tympans musicaux qu’elle souhaite vriller sur Course of the Satellite sont de nature space rock et pop psyché enrobée sous un voile légèrement synthétique.

La production est ce qui se fait dans cette veine : pop décomplexée à la fois hétéroclite et soignée conjuguées à ces rythmiques hypnotiques fleurant, tout comme les pédales wah-wah, les années 70.

On pourrait parler de space rock  mais le combo avait su draper son opus de fragments shoegaze et même trip-hop , renforçant encore plus un effet de complexité recherchée.

Celle-ci l’est peut-être un peu trop ; le classicisme des compositions devrait se suffire à lui-même et ne pas trop nous encombrer les tympans mentionnés plus haut qui se montreront hautement plus sélectifs.

**1/2

17 octobre 2018 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Melody’s Echo Chamber: « Bon Voyage »

Ce deuxième album de Melody Prochet s’est fait désirer mais Bon Voyage méritait bien qu’on l’attende tant il est un audacieux pas en avant. Il ne déconcertera toutefois pas ceux qui avaient apprécié son premier opus puisqu’il s’appuie sur les mêmes climats néo-psyche et dream pop de son premier disque éponyme de 2012.

On y retrouve les mêmes éléments mais mixés différemment, un peu comme un ingrédient qui aurait décidé de s’essayer à des recettes inattendues.

Moins de titres mais ceux-ci sont plus longs comme pour accompagner richesse des influences et nous inviter dans un voyage où les comparaisons se multiplient. Le spectre des guitares et de la psychedelia électronique va jusqu’à se référencer à des ensembles comme Pond, Stereolab, Broadcast,  Amorphous Androgynous et autres. Bon Vayage est un disque qui ne tient jamais en place, qui s‘engouffre dans des changements rythmiques imprévisibles et des tempos qui feront penser aux staccatos irréguliers de Flying Lotus.

La musique se repose parfois mais ça n’est jamais pour longtemps et ces pauses ne sont en fait là que pour nous préparer à des brusques changements de direction.

L’écoute de cet effort est gratifiante à condition d’être prêt à affronter la complexité de son architecture et la diversité des influences qui vont d’obscurs groupes acid folk de la fin des années 60, au krautrock des seventies et à l’acid-jazz.

Ce « bon voyage » peut sonner déstructuré mais le « song writing » de Prochet et les arrangements vocaux emplis de délicatesse fournissent à ces méandres un point d’ancrage à une musique qui se veut ambitieuse de par ses nappes soniques.

Voilà un bel exemple de psychedelia moderne et remise aux goûts du jour, que ce soit pour fans anciennement convertis et ceux qui sont en phase de l’être.

***1/2

29 septembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Coral: « Move Through the Dawn »

Déjà un neuvième album The Coral avec la sortie de ce Move Through the Dawn dont le titre lui-même met l’accent sur l’idée de déambulation.

Produit par le groupe et Rich Turvey, le disque fait la part belle aux guitares luxuriantes, aux mélodies chargées et à des harmonies éternellement optimistes comme si elles voulaient offrir à chacun d’entre nous la bande-son idéale de nos rêveries le plus intimes.

Le son est léger, aux antipodes de leur opus précédent, Distance Inbetween, avec ici un sens de l’aventure, la romance et son corollaire, la solitude.

Le combo ne cache plus son amour de la mer et la façon dot ils en parlent peut s’apparenter à ce mouvement vers l’Ouest qui caractérisait les pionniers. La thématique de ce « road album » d’un nouveau genre est le désir de partir pour trouver un nouvel endroit à se réfugier et de préparer le lit à une nouvelle existence. Il y a comme un lien entre la forme et le fond quand on connaît le penchant que le groupe peut avoir pour le western spagnetti.

« Eyes Like Pearls » introduit l’élément essentiel de la galette, celui d’une odyssée poétique avec une interrogation de type « What do you dream when the world is on fire? »

La réponse sera un habituel mélange de réflexions politiques et de facéties. « Undercover of the Night » mêlera percussions et vibrations tropicales alors que « Outside my Window » ne déparerait pas un trip façon Jefferson Airplaine. « She’e a Runaway » poussera encore plus loin le vortex psychédélique alors que le « closer », « After the Fair » tamisera les ardeurs avec ses tonalités folk.

Move Through the Dawn est bien nommé, il est le véhicule idéal pour ces randonnées estivales où nulle carte n’est embarquée pour indiquer ce que serait la destination de retour.

***1/2

9 août 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire