The Left Outsides: « Are You Sure I Was There? »

17 janvier 2021

Pour leur cinquième album, Alison Cotton et Mark Nicholas restent fidèles à l’esthétique vintage recherchée, depuis les médias utilisés, dans toutes leurs productions et aussi dans les digressions latérales dans un cadre plus ouvertement expérimental par la moitié féminine du duo.

Les onze titres réunis dans Are You Sure I Was There, titre qui semble déjà suggérer un emplacement stylistique pas tout à fait certain et sans ambiguïté, développent en fait la double orientation imprimée dans le précédent All That Remains (2018) aux divagations poussiéreuses du duo britannique à leur formule originale psycho-folk rêveuse et intemporelle. Si même dans la nouvelle œuvre, les précieuses allusions à un psychédélisme bucolique ne manquent pas sur cette base consolidée, grâce aux contours rendus particulièrement enchanteurs par les interprétations délicatement évocatrices de Cotton, Are You Sure I Was There continuera néanmoins de greffer un fuzz électrique plus prononcé, qui va cependant de pair avec la légèreté des chansons issues de la surprenante nature de la pop.

Au cours de l’œuvre, le duo mélange sans relâche les différentes nuances de sa palette, allant des ambiances oniriques de « Only Time Will Tell » et du fragment de refrain acide « November On My Mind », entre le léger psychédélisme de « As Night Falls » et « Between The Lines » et les riffs électriques puissants de « My Reflection, Once Was Me ». La synthèse des différentes âmes du duo actuel provient du « Pictures Of You » final, avec le chant léger de Mark soutenu par des réverbérations électriques liquides et des arrangements légers du violon Alison, comme pour offrir une réponse provisoire à la question formulée dans le titre de l’album, dans un curieux hybride de shoegaze-folk rêveur qui embrasse tradition et modernité.

***1/2


Tankus The Henge: « Luna Park! »

5 décembre 2020

C’est une bonne chose, aujourd’hui, que de reconnaître et mentionner un groupe comme Tankus the Henge, mais ça ne va pas plus loin. Si vous vous demandez à quoi ils ressemblent, on pourrait peut-être dire que c’est un combo taillé pour les festivals. Pour être honnête, c’est ce qu’ils sont selon les médias sociaux, un style de musique éclectique et unique qu’ils appellent Gonzo rock’n’roll avec des influences de jazz de la Nouvelle-Orléans, de psychédélisme, de rock et de funk des années 70. Le groupe a un nouvel album, leur troisième intitulé Luna Park !, fin prêt à sortir. Bien qu’e ce ne soit pas un album concept, il a un thème et s’inspire d’une série de personnages hauts en couleur, dont « Susie Sidewinder », « Sundance Kid » et « Pilgri » ». Le disque suit leurs voyages, chacun tournant le dos à une ville qu’ils ont aimée et se rendant à l’utopique Luna Park ! à la recherche d’une vie meilleure.

L’album s’ouvre sur « God Oil Money », avec des riffs de cuivres et de guitare annonçant l’arrivée de TTH, tandis que des voix langoureuses viennent s’ajouter à la cacophonie du son qui a une sorte d’aspect sordide. Il y a des cuivres, des solos de guitare avec des harmonies et des claquements de mains vers la fin et un refrain vraiment captivant de type « ‘amour est là où nous commençons et l’amour là où nous finissons » (love is where we start and loves where we end). Il y a aussi du vrai Southside Johnny et The Asbury Dukes sur « Fayaway », mais avec un accent anglais typique de l’estuaire britannique. Le titre est basé sur le personnage semi-fictionnel de Typee, un roman d’aventures nautiques d’Herman Melville (qui a ensuite écrit Moby Dick). Un habitant de l’île sur laquelle le personnage principal débarque, il ne peut s’empêcher de tomber sous son charme dans l’étrange nouvelle terre où il se trouve.

La ville d’où les personnages s’échappent est polluée par le « Glitterlung » dont parle ladite chanson qui s’ouvre avec la chanteuse Jaz Delorean et un piano avant d’être rejointe par divers membres du groupe pour remplir ce morceau assez triste. Il y a un autre morceau assez mélancolique avec « Back to you », mais il a une sorte de texture hypnotique et rêveuse parfois.

Le premier des personnages qui nous sont présentés est « Suzie Sidewinde », qui, musicalement, a une sorte d’air jazzy et burlesque. C’est une dame qui répète les paroles de « Oh, Susie Sidewinder, tu me fais sourire comme un chat du Cheshire, comment se fait-il que le blues ne te trouve jamais, je dors mieux qu’un jour comme ça » (Oh, Susie Sidewinder you got me grinning like a Cheshire cat, How come the blues just never find ya, I get my finest sleep from one day like that). Se trouve aussi un côté beaucoup plus funky sur « Sundance Kid », qui fait penser à certains des trucs que Kid Creole and the Coconuts faisaient à l’époque de leur gloire.

João Mello reprendra le chant sur « (Living like a) Pilgrim », un morceau plus groovy avec de délicieuses touches de cuivres. »Worries » affichera, lui, une ambiance de club enfumé très tard dans la nuit, avec des paroles racontées comme dans un style proche de la confession et dont on pourra adorer la contrebasse et les harmonies du groupe au refrain.

« The Only Thing That Passes Here is Time » a un côté merveilleusement rétro et commence avec une pointe de chapeau à Jacques Brel, mais il est suivi par l’ensemble du groupe et les cuivres à intervalles réguliers, et un solo de saxophone de rêve à la moitié. Dans « Glitterlung (reprise) », nous aurons droit à un bref retour sur le morceau plaintif précédent, mais sous une forme modifiée.

Avec « Luna Park », ce sera un mélange d’éléments rock et de jazz latin, un peu trop rythmé aui aura nos faveurs et l‘album se terminera sur un « Staying On This Side Of The Dirt » qui fait comme un clin d’oeil à la notion de folie ; une sorte de composition centrée sur Londres, avec des éléments de « I Could Be So Good For You » de Dennis Waterman et un air thématique emprunté aux années 60.

Luna Park est une sortie intéressante même si on peut ne pas être convaincu de l’efficacité de son concept dans la mesure où on ne peut avaoir que beaucoup de respect pour un groupe qui est prêt à essayer quelque chose de différent. Ces excellents musiciens Jaz Delorean (chant, piano, trombone), Tim Fulker (guitare), George Simmonds (trombone), João Mello (saxophone ténor, clavier, guitare), Franco Pellicani (batterie) sont assistés de manière compétente par Tom Sinnett (basse, guitare, moog, cordes), Seb Skelly (trompette) et Jodie Marie (chœurs). Tankus the Henge est une force sans fin, furieuse et joyeuse et ce résumé est amplement suffisant pour qu’on s’en satisfasse.

***1/2


Sing Leaf: « Not Earth »

5 novembre 2020

Le nouvel album de Sing Leaf a été écrit dans la maison du créateur David Como, dans uncadre calmer, peut-être lorsque les oiseaux chantent en hauteur sur une branche d’automne, lorsque le soleil est juste au sommet d’une colline ou même à l’aube, lorsque des rêves étranges et fictifs sont encore dans l’esprit. Ce nouvel album, intitulé judicieusementNot Earth, exerce le même attrait que les Beatles avec leurYellow Submarine et Urban Spaceman du Bonzo Doo Dah Dog Band. Et, même si ces chansons appartiennent à une époque révolue, cet album est définitivement dans l’air du temps.

« Easy On You « pourrait bien être l’appel acoustique rêveur de Donavan avec The Mama and Papas sur des harmonies douces, des sons riches et caressants, ceux d’une vie loin du monde dans lequel nous vivons ; le genre de choses que vous vous attendez à entendre sur une île déserte. On peut entendre de légers coups de coude vers Donovan sur « Little Magic », avec une structure d’accords similaire à celle de « Sunshine Superman », qui laisse place à une guitare électrique à réverbération pétillante. Avez-vous déjà fait l’expérience d’une de ces compilations musicales que vous écoutez, pour vous détendre avec une voix bizarre vous disant de relaxer votre esprit et votre âme, non moi non plus, mais « Honey Eater » sonne comme une version plus classieuse de ce type de musique, le vrai truc pour aider votre esprit à dériver comprend de nouveaux royaumes de paradis musical.

« Forever Green » est le morceau qui se démarque sur l’album, un magnifique itrede pop acoustique, avec quelques voix douces et délicates de Como mélangées à des ba ba’s harmoniques fraîches, tout droit sorties du top des Beach Boys. « Out Of The Dream » clôt l’album avec ce qui ressemble à des chants sous l’eau ou même l’habileté unique de chanter dans une bouteille vide. Il y a quelques similitudes avec Empire Of The Sun avec des sons vaudous bizarres plus un chant qui ressemble à l’un des meilleurs efforts vocaux de Jonathan Donahue. Globalement, l’album est quelque chose dont on a vraiment besoin en ce moment, un album pacifique et angélique, quelque chose qui est bienvenu dans ce monde souvent fou et chaotique dans lequel nous vivons actuellement.

***1/2


Death Valley Girls: « Under the Spell of Joy »

6 octobre 2020

Under the Spell of Joy, le dernier album du combo de Los Angeles, Death Valley Girls, oscille entre le psycho rock cosmique des trous noirs et le pop garage lo-fi punchy, alors que le groupe cherche à séduire les anciens fans et les nouveaux venus avec son son sombre mais optimiste.  

Le noyau dur du groupe (la chanteuse et guitariste Bonnie Bloomgarden, le guitariste Larry Schemel, la bassiste Pickle (Nicole Smith) et le batteur Rikki Styxx) est rejoint par le saxophoniste Gabe Flores et le claviériste Gregg Foreman pour les numéros plus langoureux tels que l’introductif « Hypnagogia ». Nommée pour l’espace entre le sommeil et le réveil du saxophone distant qui nous hante, les pulsations de la basse et les orgues sinistres flottent tous autour de nous avant que Bloomgarden, soutenu par un chœur, ne nous éclaire vocalement.

Ce psycho-rock se poursuit sur la chanson titre de la marche tandis que les drones sourds de « Hey Dena » ne vont jamais nulle part de très intéressant, au contraire, plus près « I’d Rather Be Dreaming » est un jam allongé de dynamite qui incorpore avec succès des cris profonds, des guitares floues, et des vampires d’orgue. Le meilleur des morceaux de style spatial est « The Universe », qui prend un ton flottant et léger lorsque l’orgue fait vibrer le morceau avec succès. 

D’un autre côté, le groupe sort également sa marque de goth-pop lo-fi bubblegum. Des titres comme « Hold My Hand », « Bliss Out » et « Little Things » s’inscrivent tous dans cette lignée, tandis que Styxx joue de la batterie, que la guitare de Schemels s’embrouille et que Bloomgarden chante doucement avec une touche de noirceur. « It All Washes Away » donne un coup de fouet à la périphérie du punk tandis que « 10 Day Miracle Challenge » insuffle un peu de Sleater-Kinney dans le dance rock.  

Ces deux styles distincts fonctionnent bien séparément sur l’album et fusionnent sur le final. « Dream Cleaver » emmène la pop et le psychédélique dans un mélange tourbillonnant de beats groovy, de riffs trébuchants et de refrains sur lesquels on peut crier. Under the Spell of Joy donne aux Death Valley Girls la liberté d’explorer et la structure de se resserrer pendant qu’elles dansent ensemble et se trémoussent dans le vide.

***1/2


Yellow Days: « A Day In A Yellow Beat »

22 septembre 2020

Le très attendu deuxième album de Yellow Days est enfin arrivé. L’auteur-compositeur-interprète de A Day In A Yellow Beat a donné sa propre version de « la musique de danse ironique, pleine de vérités déprimantes sur la distance entre amis… », selon les propres termes de George Van den Broek.

Avec des morceaux comme « Who’s There », un délicieux morceau d’influence disco, plein de fanfaronnades, qui parle de son sentiment d’isolement, on comprend aisément pourquoi : « Je me sens un peu drôle, bébé, je ne sais pas pourquoi, je me sens un peu triste, ça se voit dans mes yeux » (I’m feeling kinda funny baby, I don’t know why, I’m feeling kinda sad, you can see it in my eyes). L’atmosphère nostalgique est accentuée par les synthés et les basses qui rappellent quelque chose que vous auriez pu voir sur Soul Train à l’époque.

La chanteuse Shirley Jones des années 70 y participe, ainsi qu’à « Open Your Eyes », accompagné de Nick Walters. Parmi les autres collaborateurs de cet album figurent Bishop Nehru et Mac DeMarco. « The Curs » » avec DeMarco est un morceau psychédélique et sensuel, mais cette collaboration et les talents de DeMarco auraient pu faire plus. Les paroles parlent de se sortir du marasme, il proclame « Je vis dans un état de peur ». J’ai peur du monde, il est temps que je lève la malédiction »(I been livin’ in a state of fear. I been fearin’ the world, bout time I lift the curse.).

Van den Broek a été comparé à DeMarco au cours de l’histoire et le Canadien l’a même choisi comme première partie lors de sa tournée au Royaume-Uni l’année dernière. La spiritualité occupe toujours le devant de la scène, et il y a des influences de Curtis Mayfield, de Marvin Gaye pour n’en citer que quelques-uns, et bien sûr du héros de Van den Broek, Ray Charles. Mais il y a aussi des touches de jazz, de lo-fi, d’indie et, bien sûr, de gospel. « Let’s Be Good To Each Other’ »nous encourage à être, bons les uns envers les autres, un message avec une mélodie inoubliable avec une accroche classique et intemporelleme si elle semble un peu rudimentaire et clichée : « Maintenant les gens peuvent être si cruels, non ils ne semblent pas s’en soucier, non, mais ils devraient » (Now people can be so cruel, no they don’t seem to care, no, but they should).

Van den Broek a également décrit A Day In A Yellow Beat comme une « musique existentielle et joyeuse de crise du millénaire ». Il y a encore des éléments de cette même émotion que l’on retrouve sur son premier album Is Everything Okay In Your World, mais avec des morceaux comme le très funk « Be Free » qui souligne l’importance de la liberté créative sur les ventes de disques et avec des paroles comme « Les gens font de leur mieux pour dominer, mais il faut être libre » (People try their best to supress, but you gotta be free »).

Cet album de 23 titres, qui comprend sept (comptez-les !) intermèdes, est d’une durée d’une heure et vingt minutes. Certains pourraient dire que c’est un peu trop long, mais dans l’ensemble de ce qu’il essaie de réaliser, cela a du sens – à peu près. L’introduction comprend des extraits d’un musicien anonyme qui parle avec lyrisme de l’importance d’avoir un « règne libre » accompagné d’un morceau de muzak facile influencé par le jazz et de la façon dont personne ne lui a dit quoi faire. On sent bien que ce dialogue donne le ton de tout l’album. Il ne s’agit pas de vendre des disques ou d’être numéro 1, mais de la liberté de création. Il ne s’agit pas non plus de vendre des disques ou d’être numéro un, mais de liberté créative. Il s’agit aussi de l’importance d’avoir un son distinctif, ce que Van den Broek s’efforce certainement de réaliser.

A Day In A Yellow Beat est une suite intrigante de son premieropus en 2017, Is Everything OK In Your World, un album à l’âme forte qui aborde des thèmes complexes et mûrs allant de la dépression à la politique. Sans aucun doute, l’angoisse du millénaire est toujours là, mais son son son a mûri et évolué en donnant une impression plus sophistiquée. Cependant, il manque parfois un élément de crudité qui était historiquement présent dans son précédent album. On ne peut cependant pas nier sa qualité de star, ses prouesses à la guitare et bien sûr son chant à la fois émouvant et graveleux qui est à la fois captivant et réconfortant.

***1/2


Coray Flood: « Hanging Garden »

10 septembre 2020

Ce trio indie-pop de Philadelphie Corey Flood, dirigé par Ivy Gray-Klein, aborde ses craintes avec une ambivalence lo-fi.  « Heaven Or », un peu de travers et se dissocie de l’affirmation « Je sais ce que j’ai vu » (I know what I saw), alors que le cacophonique « Slow Bleeder » utilise l’anémie de Gray-Klein comme métaphore de sa peur de l’intimité : « Ça prend du temps / Mais je serai là.» (Takes time / But I’ll be there).

Une certaine nervosité imprègne le premier LP du groupe, qui mène à de nouvelles découvertes musicales – les grooves de samba pulsés, les guitares floues de l’album plus proche « Poppies » – et émotionnelles aussi. Ainsi, comme le chante Gray-Klein sur « Down The Hill » en guise de profession de foi, « Il n’y a pas de honte à l’humilité » (There is no shame in humility).

***


Beverly Tender: « Little Curly​/​Boy is a Bird »

23 juillet 2020

La schizophrénie qui explore et déconstruit le son de votre groupe avec plus d’une douzaine de musiciens est-elle la meilleure façon de créer un album de rupture ? Il n’est pas certain que les membres statiques de Beverly Tender, Molly Hastings et Tristan Brooks, aient eu l’intention de répondre à cette question, mais quel que soit le motif, ils l’ont fait. Leur dernier et apparemment dernier album, Little Curly/boy is a Bird, est un collage de bruits parasites, de chants de chorale, de bois qui pleurent, de synthés chauds, de chants désordonnés et de percussions programmées. Cet album, dont les motifs sont apparemment aléatoires et les divagations d’un étrange personnage connu sous le nom de « Gampy », met en évidence les qualités d’écriture de Beverly Tender et son sens de l’esthétique.

Little Curly/boy est une introduction déstabilisante de Bird, « Foreword by Gampy », et le second morceau, simple et accrocheur, « In an old square where the ocean of the bad weather puts its behind on a sad bench with eyes of rain » (Dans une vieille place où l’océan du mauvais temps pose son derrière sur un triste banc avec des yeux de pluie ), donne le ton à une grande partie de l’album. Il y a une nette différence par rapport à l’approche plus directe adoptée pour leurs efforts précédents. Nulle part ailleurs cela n’est plus évident que «  On the moon, a quiet asteroid pelting. Looking back, prognosis badsoes » (Sur la lune, un astéroïde silencieux qui s’éclate).  « Looking back, prognosis badsoes », qui est une reprise de « Theme from Beverly Tender », une chanson de l’album What Have You Done To My Water de 2017. Avec cette nouvelle incarnation, ils démontrent pleinement leur retrait de l’arrangement standard des « groupes de rock » (guitare, basse, batterie et chant) – et ce, avec un effet remarquable.

La divergence de Beverly Tender par rapport à ce format active une partie de l’énergie jusqu’alors inexploitée du groupe. L’interaction et la communication solides entre les instruments, qui apportaient profondeur et dynamisme à leur ancien matériel, ont été remplacées par des percussions numériques discordantes et des interjections incongrues de synthétiseurs. S’alignant sur ces particularités, les mélodies vocales deviennent frénétiques et erratiques mais ne manquent jamais de suivre le rythme et l’irrégularité de l’instrumentation.

La meilleure exploration de cette nouvelle approche est peut-être le morceau « Leaky, omnipresent voice in the sewers ». Une instruction. Une recette ? En soi, il s’agit d’un microcosme de l’album entier. « Leaky… » commence par un riff de guitare intense accompagné d’une batterie puissante et de cris absurdes (hurlant une séquence binaire) qui se poursuit rapidement dans une section plus lyrique et staccato. Le groupe construit et décompose magistralement le morceau jusqu’à ce qu’il se détériore en un paysage sonore doux et synthétisé, qui bien sûr ramène à la frénésie et au désespoir excité du riff d’ouverture original. Cela démontre la capacité polyvalente de Beverly Tender à être extrêmement puissante et vulnérable, souvent simultanément.

Little Curly/boy is a Bird est un étrange et magnifique hochet de la mort, une banque de données corrompue de souvenirs et de mélodies. Son énergie bruyante s’accumule rapidement tout au long des premiers morceaux et refuse de s’éteindre. Même les chansons les plus courtes et les plus expérimentales maintiennent cet élan. Bien que l’album soit malheureusement le dernier que nous entendions du projet, ils nous ont sans aucun doute laissé leur création la plus diverse et la plus sophistiquée à ce jour. Tout comme avec la mort de Gampy, Beverly Tender a finalement voyagé au plus profond de la dissolution du groupe.

***1/2


Goldray: « Feel The Change »

5 juillet 2020

L’album Rising de Goldray, sorti en 2017, a été une formidable fête de la psychologie. Preuve que la foudre peut frapper deux fois, Kenwyn House et Leah Rasmussen sont de retour avec un formidable deuxième album dans Feel The Change.

Feel The Change rassemble huit nouvelles chansons écrites par House et Rasmussen et coproduites par Pedro Ferreira (The Darkness, Therapy ?, Enter Shikari, Meatloaf, David Gray) aux studios Spineroad de Göteborg. Progression ? Eh bien, on nous promet une progression plus lourde tout en restant en contact avec leurs racines psychiques.

Il est difficile d’argumenter alors que les mitraillettes d’Oz sont bien plus longues que sept minutes, la guitare House alternant entre riffs trapus et solos de forme libre alors que Rasmussen tient le tribunal pendant sept minutes qui pulsent et hypnotisent. Tous deux sont probablement parés de velours et de brillants vêtements pour ajouter l’élément visuel essentiel à la musique. Il y a un sentiment inhabituel que vous pourriez rencontrer How Soon Is Now avec la pulsation, mais pas pour longtemps. C’est une introduction aussi puissante que vous le souhaiteriez et un autre bel exemple d’introduction à une nouvelle série de chansons avec une démonstration de force. Sept minutes qui valent à elles seules le prix d’entrée proverbial.

Pour ne pas faire une overdose de bonnes choses, la chanson titre offre un comedown car elle évoque un Fleetwood Mac de l’époque  Stevie Nicks, particulièrement au niveau du refrain. Cela dit, il est peu probable que vous entendiez le Mac changer de vitesse dans la coda hard rock qui est présentée ici… « Tenez la lumière et sentez-vous vivant à l’intérieur. »

« Why The Forest » est divisé en deux parties, avec la soul bluesy, presque gospel, dans la première partie. Ont-ils avalé des Blue(s) Pills ? Il se transforme en un riff classique de style Zep/Sabbath qui frappe avec force dans la deuxième partie, ainsi qu’en un solo House inspirant qui se détache et qui colle deux doigts à ceux qui essaient de jouer la carte de la « branlette à la guitare ». C’est une musique brillante qui nous berce inévitablement avec une facilité et une douceur inattendues.

Avec un peu de chance, vous écoutez sur un disque vinyle car le fait de se lever et de retourner le plateau donne un bref répit à un côté étonnant. Et ce n’est pas tout, car le duo mélange encore une fois des arrangements expérimentaux psychologiques et prog. Oui, ils s’inspirent peut-être énormément de la fin des années 60 et du début des années 70, mais nous sommes en 202 et il est très agréable d’entendre la flamboyance de Goldray au centre d’une scène psycho rock vibrante.

D’autres de la même trempe ? Pouvez-vous prendre encore une seule pastille de menthe ? How Do You Know pourrait bien nettoyer la palette pour les pulsations de The Beat Inside alors que House met en place un riff insistant qui ne fait que serpenter et groover. L’apparition d’une guitare acoustique sur Come On nous entraîne dans une éloquence rêveuse sans aucun relâchement de l’intensité. Juste une touche plus légère.

Il n’y a pas un seul morceau de duff sur Feel The Change. Pas un seul instant de perdu. Vous avez déjà pensé qu’ils avaient arrêté de faire de la musique comme ça ? Il est temps de le réaliser. Feel The Change est un chef d’oeuvre de blues-rock psychédélique.

***1/2


Holy Wave: « Interloper »

4 juillet 2020

Formée à l’origine à El Paso, TX, Holy Wave s’est installée à Austin,Texas en 2008. Et ce n’est pas étonnant, car Austin est un haut lieu du rock psychédélique. Les 13th Floor Elevators ont été le premier groupe à qualifier leur musique de « rock psychédélique » et des groupes comme The Black Angels, The Octopus Project, Golden Dawn Arkestra, Holy Wave et bien d’autres ont maintenu cette tradition en vie dans l’autoproclamée « Capitale mondiale de la musique vivante ». En combinant des sons de surf rock, des chants de groupe et des riffs de bourdonnement avec du rock psychédélique, les membres multi-instrumentistes de Holy Wave ont créé un son unique qui captive l’auditeur sur chaque album. Avec leur cinquième sortie en studio, Interloper, Holy Wave ajoute de nouvelles couches à leurs chansons, tant sur le plan musical que sur le plan des paroles.

Interloper est un album qui traite de la dualité de la vie sur la route et à la maison. L’ouverture de l’album, « Schmetterling », immerge instantanément l’auditeur dans des synthés tourbillonnants et aériens qui donnent un sentiment d’être à l’air libre et rayonnent d’une aura d’optimisme. Le deuxième morceau, « R&B », sonne comme une combinaison des Beach Boys et de Spiritualized avec ses vibrations de surf rock. Des paroles simplistes telles que « I knew I wanted to be with you when you kissed me » et « I take you everywhere I go by the hand/or in my mind » ajoutent une touche Beach Boys au morceau. Ce sentiment d’amour jeune est juxtaposé sur le morceau « No Love », qui véhicule des sentiments de regret opposés.« »No love/No feeling at all» est chanté sur un air plus bourdonnant qui se termine par un solo de saxophone grinçant qui draine un sentiment de mélancolie. Le morceau offre des synthés cinématographiques qui s’ajoutent à la pop de rêve de Holy Waves qui rappelle les débuts de Pink Floyd. « Buddhist Pete » est le point culminant de l’album, avec un rythme entraînant qui laisse l’album plus calme « Redhead » à l’auditeur pour qu’il se remette avec ses synthés pensifs et son chant bourdonnant.

Interloper prouve que Holy Wave continue à développer et à affiner ses arrangements et son écriture, et devient de plus en plus un groupe avec lequel il faut compter. Il est également intéressant de noter qu’Interloper a une absence notable de guitares au premier plan. Ce n’est pas qu’elles soient complètement absentes, elles sont juste en arrière-plan pendant la plus grande partie de l’album et servent à ajouter de la texture plutôt qu’à donner de l’élan à la chanson. A grâce à  Interloper, Holy Wave a fait de grands progrès et, comme ils ont déclaré que cet album est un peu expérimental, on peut dire sans risque que l’expérience a fonctionné.

***1/2


Art Feynman: « Half Price at 3:30 »

4 juillet 2020

Art Feynman est l’alter ego plus grand que nature de l’auteur-compositeur-interprète Luke Temple. Sur la pochette de son deuxième album, il se cache coquettement derrière une paire de lunettes de soleil en forme de cœur. La pochette est une copie carbone de Sally Can’t Dance (1974) de Lou Reed, teintée d’une touche de Lolita (1962) de Kubrick – sulfureuse et douce.

Cet album scintille comme un rêve pailleté de lustre et de morosité. Il passe à toute vitesse de la pop synthé sombre et minimaliste au glamour psychédélique en passant par la pop pure – me rappelant tour à tour Kevin Ayers et Bill Nelson. On dirait que le punk n’est jamais arrivé (pour citer Dave Rimmer), une vision tremblante du passé futur. Cependant, malgré toute l’ironie de la chose, cette fabrication rétrofuturiste dégage toujours une véritable chaleur spirituelle.

***1/2