The Vryll Society: « Course of the Satellite »

Cette Vryll Society est sise à Liverpool et les tympans musicaux qu’elle souhaite vriller sur Course of the Satellite sont de nature space rock et pop psyché enrobée sous un voile légèrement synthétique.

La production est ce qui se fait dans cette veine : pop décomplexée à la fois hétéroclite et soignée conjuguées à ces rythmiques hypnotiques fleurant, tout comme les pédales wah-wah, les années 70.

On pourrait parler de space rock  mais le combo avait su draper son opus de fragments shoegaze et même trip-hop , renforçant encore plus un effet de complexité recherchée.

Celle-ci l’est peut-être un peu trop ; le classicisme des compositions devrait se suffire à lui-même et ne pas trop nous encombrer les tympans mentionnés plus haut qui se montreront hautement plus sélectifs.

**1/2

Melody’s Echo Chamber: « Bon Voyage »

Ce deuxième album de Melody Prochet s’est fait désirer mais Bon Voyage méritait bien qu’on l’attende tant il est un audacieux pas en avant. Il ne déconcertera toutefois pas ceux qui avaient apprécié son premier opus puisqu’il s’appuie sur les mêmes climats néo-psyche et dream pop de son premier disque éponyme de 2012.

On y retrouve les mêmes éléments mais mixés différemment, un peu comme un ingrédient qui aurait décidé de s’essayer à des recettes inattendues.

Moins de titres mais ceux-ci sont plus longs comme pour accompagner richesse des influences et nous inviter dans un voyage où les comparaisons se multiplient. Le spectre des guitares et de la psychedelia électronique va jusqu’à se référencer à des ensembles comme Pond, Stereolab, Broadcast,  Amorphous Androgynous et autres. Bon Vayage est un disque qui ne tient jamais en place, qui s‘engouffre dans des changements rythmiques imprévisibles et des tempos qui feront penser aux staccatos irréguliers de Flying Lotus.

La musique se repose parfois mais ça n’est jamais pour longtemps et ces pauses ne sont en fait là que pour nous préparer à des brusques changements de direction.

L’écoute de cet effort est gratifiante à condition d’être prêt à affronter la complexité de son architecture et la diversité des influences qui vont d’obscurs groupes acid folk de la fin des années 60, au krautrock des seventies et à l’acid-jazz.

Ce « bon voyage » peut sonner déstructuré mais le « song writing » de Prochet et les arrangements vocaux emplis de délicatesse fournissent à ces méandres un point d’ancrage à une musique qui se veut ambitieuse de par ses nappes soniques.

Voilà un bel exemple de psychedelia moderne et remise aux goûts du jour, que ce soit pour fans anciennement convertis et ceux qui sont en phase de l’être.

***1/2

The Coral: « Move Through the Dawn »

Déjà un neuvième album The Coral avec la sortie de ce Move Through the Dawn dont le titre lui-même met l’accent sur l’idée de déambulation.

Produit par le groupe et Rich Turvey, le disque fait la part belle aux guitares luxuriantes, aux mélodies chargées et à des harmonies éternellement optimistes comme si elles voulaient offrir à chacun d’entre nous la bande-son idéale de nos rêveries le plus intimes.

Le son est léger, aux antipodes de leur opus précédent, Distance Inbetween, avec ici un sens de l’aventure, la romance et son corollaire, la solitude.

Le combo ne cache plus son amour de la mer et la façon dot ils en parlent peut s’apparenter à ce mouvement vers l’Ouest qui caractérisait les pionniers. La thématique de ce « road album » d’un nouveau genre est le désir de partir pour trouver un nouvel endroit à se réfugier et de préparer le lit à une nouvelle existence. Il y a comme un lien entre la forme et le fond quand on connaît le penchant que le groupe peut avoir pour le western spagnetti.

« Eyes Like Pearls » introduit l’élément essentiel de la galette, celui d’une odyssée poétique avec une interrogation de type « What do you dream when the world is on fire? »

La réponse sera un habituel mélange de réflexions politiques et de facéties. « Undercover of the Night » mêlera percussions et vibrations tropicales alors que « Outside my Window » ne déparerait pas un trip façon Jefferson Airplaine. « She’e a Runaway » poussera encore plus loin le vortex psychédélique alors que le « closer », « After the Fair » tamisera les ardeurs avec ses tonalités folk.

Move Through the Dawn est bien nommé, il est le véhicule idéal pour ces randonnées estivales où nulle carte n’est embarquée pour indiquer ce que serait la destination de retour.

***1/2

Captain of the Lost Waves: « Hidden Gems – Chapter 1 »

Comme Ziggy Stardust ou Sgt. Pepper, Captain of the Lost Waves appartient à cette tradition très anglaise de musiciens masquant leurs identités sous des alter egos. Ce qui sépare Captain des autres, par contre, est que son véritable nom nous reste inconnu. Ce n’est pas son album, Hidden Gems – Chapter 1, qui nous donnera des indices. Tout au plus peut-on y noter quelques pierres angulaires (le rock progressif de Jethro Tull, l’expérimentalisme de de Brain Wilson) et y noter que le groupe prospère dans ce no man’s land qui amalgame cabaret,vaudeville et cirque.

La production est minimaliste et l’instrumentation obscure, à l’image de ce que serait un assemblage de troubadours bohèmes enregistrée par un anthropologiste musical pour la postérité.

Hidden Gems oscille entre le larmoyant ou le mélodramatique (« Summer », « Another Planet ») et l‘espiègle humoristique (« Happy In Bed » ou « Danger », ode autocritique sur les auteurs compositeurs complaisants).

En résumé, voilà un disque des plus sincères dont l’honnêteté anticonformiste et séduisante nous fera espérer un deuxième chapitre.

***1/2

Flamingods: « Majesty »

Partageant son temps entre le Royaume Uni et Bahreïn, Flamingods persiste, sur ce troisième album, dans cette démarche atypique qui reflète son origine exotique. Majesty est le parfait reflet de ce qu’un tel titre peut impliquer, tant il nous transporte dans des territoires étrangers et transcendants où les tonalités sont rêveuses et hypnotiques que ce soit en termes de vocaux ou d’instrumentation.

Ainsi y sommes-nous catapultés dès la chanson titre rappelant Spaceman 3 et ses vibrations venues d’outre-monde alors que « Jungle Birds », lui, va mixer roots et funk made in Bollywood et que « Taboo Grooves » va aditioner garage rock et guitare façon Thirteenth Floor Elevators.

Plus loin, « Anya » présentera la bande originale idéale d’un film noir alors que le « closer, « Mountain Man » nous offrira une ascension frénétique à la Don Cherry.

Subliminalement, on se sent transporté dans un univers où le Yellow Submarine des Beatles naviguerait  avec la fluidité d’une mer chaloupée. Majesty est un opus « world » à mi-chemin entre folk exotique fracturé et cultures occidentales, un voyage dont on accepte la rémanence tant elle s’insinue dans les interstices de notre imagination.

***1/2

Heron Oblivion: « Heron Oblivion »

Il s’agit d’une combinaison bien excentrique que de vouloir fusionner chants funèbres issus d’Albion et psychedelia de la scène sans franciscaine ; c’est pourtant ce qui vient naturellement à Heron Oblivion un groupe formé par d’anciens membres des Comets on Fire et d’autres musiciens dont les influences rappelleront Pentangle et Grace Slick.

Ces ingrédients restituent parfaitement le type de travail qu’on est en droit d’attendre ; « Beneath Fields » sonnera comme un écho de Quicksilver Messenger Service alors que « Oriar » nous fera revisiter les moments où les riffs de guitare façon MC5 étaient la référence ultime.

Heron Oblivion est un patchwork, assumant le Volunteers du Jefferson Airplane, le surf drome de Dick Dale et même Santana, période Caravanserai. Le disque ne comporte que 7 titres ; il agit comme une excellente introduction à ces temps où les compositions avaient cette qualité « ça passe ou ça casse » propre à ces temps d’exploration où les univers étaient si peu bouchés qu’on en recherchait en permanence des inconnus.

***

 

Marshmallow Coast: « Vangelis Rides Again »

L’ancien élève de Elephant 6, Andy Gonzales (ex-of Montreal, The Music Tapes, Mond Brains) est de retour sous le sobriquet de Marshmallow Coast pour le dernier chapitre de sa carrière prolifique (ceci est quand même son neuvième album).

Vangelis Rides Again sonne comme un disque italo lounge album ; laid-back et brumeux, les morceaux sont comme ensablés dans le crépuscule obscur de la psychedelia telle que, dans les années 80, elle était véhiculée par l’électronique.

L’instrumentation flotte de ci de là façon Beach Boys, permettant à aux compositions mélodiques de Gonzales de se transformer au fur et à mesure de leurs progressions. Des hommages rendus aux Drifrres , Return to Forever ou The Sound of Music prennent la substance de ces rêves étranges qui surviennent juste avant l’éveil ; des souvenirs dont on n’a que partiellement conscience mais qui sont comme les résidus des profondeurs qui ont agité notre esprit.

Vangelis Rides Again est un opus cyberpunk velouté, parfait pour la paresse qui nous engloutit quand le passé est un fardeau et le futur lugubre et indécis. Une invitation à sombrer dans laquelle il sera aisé de plonger.

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My Morning Jacket: « The Waterfall »

Sur The Waterfall, Jim James sonne comme un homme qui a trouvé la paix. Peut-être est-ce lié à son album solo en 2013 mais toujours est-il que ce nouvel opus solo depuis quatre ans voit le retour de My Morning Jacket à ce qu’ils faisaient de mieux au milieu des années 2000.

Il faut dire que Circuital avait déçu tant il semblait forcé dans cette espèce d’urgence qu’avait eu le groupe à intégrer des schémas prog-rock et ses solos de guitares en roue libre.

« Believe (Nobody Knows ») et « Like A River » ont une tonalité plus simple, plus légère et implacablement enlevée. Ce renouveau est permis par la production de Tucker Martine (Modest Mouse, REM) et il n’y a ici aucune once de gras et une fluidité qui rend justice à son titre.

Le groupe retrouve ses racines country sur les pincées de blues qui ponctuent « In Its Infancy » et les délicats arpèges de « Get The Point ». Voilà donc un album qui permettra de retouvéer foi en un combo qui paraissait s’être dirigé vers un style contre nature pour lui et renouer avec cette americana teintée de psychédélisme que la voix de James sait si bien mener vers des sommets.

***1/2

The Black Ryder: « The Door Behind The Door »

Il y a environ trente ans, Jesus and Mary Chain sortaient leur Darklands. Le tempo ralenti et les rythmes de guitare léthargiques ont fait, depuis écoole et, même si The Door Behind The Door des Black Ryder n’est pas rigoureusement semblable, l’effet produit, cette sorte de désenchantement qui atteint les esprits les plus affligés, ne peut que nous les remettre en mémoire.

Ce deuxième opus suit un Buy The Ticket, Take The Ride considéré comme un classique du shoegaze moderne mais il avait connu quelques détracteurs. Ici, le duo australien composé de Aimee Nash (qui a collaboré avec BRMC) et de Scott Von Ryper, est parti à Los Angeles et il nous présente un album sonnant comme une discothèque où figureraient This Mortal Coil, Cocteau Twins et tout combo qui appartient à l’éthique dreampop pour nous offrir un disque qui transcende tempe et espace.

Quand Nash chante, on ne peut qu’écouter. Sa voix a une qualité éthérée et hypnotique rappelant Mazzy Starr, plus suggestive et envoûtante que celle de Von Ryper qui se charge d’une production qui l’épaule avec force et fait de la vocaliste le point focal de l’album.

« Babylon » vous emmène en un lieu dont vous ne connaissez rien avec ses nappes de guitares vous transportant au sein d’une expérimentation psychédélique alors que « Seventh Month » interrompt le trip « psych-out » pour vous ramener vers un univers nourri de mélatonine.

«  The Going Up Was Worth the Coming Down » pourrait être une composition britpop exemplaire si elle n’ajoutait une grandeur majestueuse et «  Let Me Be Your Light » peindra l’onirisme de son optique surréaliste.

« All That We Are » nous permet la béatitude avant l’épique exode « ambient » que constitue « Le Dernier Sommeil ». The Door Behind The Door nous laissé alors devant une porte qui est celle d’une réalité atemporelle dans laquelle ne brille que l’hyper surréalisme. Il ne reste plus qu’à franchir le seuil qui ouvre sur des multiples chambres qui seront autant d’expériences hallucinatoires une fois quitté le tangible et le réel.

****

H. Hawkline: « In The Pink of Condition »

H. Hawkline est le pseudonyme de Huw Gwynfryn Evans, un chanteur compositeur gallois dont In The Pink of Condition est le premier album sous Heavenly Recordings. Il décrit sa musique comme de la « Pop Étrange » ce qui n’est pas éloigné de la réalité.

Le disque dans son intégralité passe par la moulinette de lignes de guitares fracturées, de styles rappelant un Pavement édulcoré avec des arrangements post-punk à la Gang of Four. On peut y ajouter une pincée de psychedelia et un tamis façon Kinks et on obtiendra des petites compositions pop aux vocaux inébranlablement lisses qui nous accompagne dans un monde surréalistes et parfois même totalement déroutant.

Dès l’entame, avec un « Sticky Slithers » tordu, on a un avant-goût de ces guitares acérées et de cette ligne de basse haletante qui vont hanter le disque. Les chansons changente, se développent et prennent des virages inattendus mais il y a toujours quelque chose d’accrocheur dans ces compositions mélodiques et « fun ».

La première partie de l’album est d’ailleurs très forte en particulier avec « Isobelle » et sa guitare en carillon à la Johnny Marr et la voix de Evans faisant baigner la mélodie dans une harmonie vocale du plus bel effet. «  Everybody’s on the Line » rappellera à notre bon souvenir ce qu’il y a de délicieux dans l’orgueil assumé mais rien ne le sera autant que le « single » « Moons In My Mirror » qui ajoute un riff de guitare époustouflant à une mélodie addictive ne diable.

Ailleurs on appréciera ces mêmes moments mais de manière plus clairsemée ; « Ringfinger » et sa ligne de basse et son jeu de guitare psyche pop très 70’s ou un « Moddion » chanté avec conviction en Gallois.

In the Pink of Condition est un disque fort et consistant avec un « closer », « Back In Town » apportant une jolie touche mélancolique à l’opus et la voix de Evans qui semble se jouer des octaves. Le disque s’achève sur cette apparente contradiction qui ne le rend qu’encore plus agréablement décalé.

***1/2