Ben Folds: « So There »

Ben Folds n’a jamais réalisé le même album, ne serait-ce que une seule fois. Peut-être est-ce la résultante de son désintérêt à revisiter le passé mais cela tient surtout à une volonté tout faire passer de par le prisme de l’ironie et du sarcasme. Cela s’accompagne d’une prédilection à s’éloigner très vite de ce qui pourrait passer pour une zone de confort et, à l’idée de former des équipes incongrues comme un groupe acappella (Sing Off, Ben Folds Presents: University A Cappella ! dédié à Nick Hornby qui a écrit les textes de Lonely Avenue.

So There est une autre de ces œuvres collaboratives qui et il est costitué de deux albums à l’intérieur d’un seul. Ils ‘agit de huit morceaux de chamber rock interprétés avec le New York Classical  Ensemble yMusic et, ensuite, d’un « Concerto For Piano And Orchestra » enregistré avec le Nashville Symphony. Folds a interprété ce concerto durant quelques tournées récentes avec plusieurs orchestres symphoniques ce qui donne ici une très bel album interprété avec grâce et nuances impeccables.

Malheureusement le fait que le passage final soit placé à le fin du disque donne la sensation que c’est un morceau qui a été plaqué après coup, comme pour couronner un s’empiler au dessus d’un opus accompli dans le tracklisting plutôt que quelque chose de véritablement achevé.

Musicalement c’est surtout un segment où les deux tiers du disque sont effectivement achevés considérant qu’ils contiennent peut-être également les textes les plus sardonique du musicien sur les effets entraînés par une relation amoureuse en phase de désintégration.

« Capable On Anything » détaille les fruits amers issus d’une relation en pleine désintégration vécue par un des deux protagonistes, « Capable Of Anything » en fait le récit quand des accusations de maltraitance sont proférées et « Yes Man » stigmatise le fait due des mauvaises décisions ont été prises et actées et la chanson titre emploie une imagerie crue et austère (un document pas encore envoyé, un appartement pauvrement meublé pour évoquer l’amertume qui s’ensuit après une rupture. Seul « I’m A Man » nous apprend que le protagoniste en a assez de laisser tomber les gens et qu’il est prêt à nous faire un futur et à susciter une lueur d’espoir.

Yes So There n’est donc pas un « downer », un album qui nous tire vers le bas, car la contribution sonique apporte le mieux de ce dont Folds est capable avec sur le piano désinvolte et les cuivres qui accompagnent « Capable of Anything » ou les flutes et les cordes qui démentent les textes et complètent la facette insouciante avec leurs accords de piano en cascade.

« I’m Not A Fan », dans la même veine, mettra en valeur des violons qui sonnent résignés et des voles qui s’enflent et les membres de yMsic accompagneront crument «  F10-D-A ». Folds continue de nous accompagner de clins d’oeil facétieux sur fond de notes musicales, de références légères et bien tournées sur nos appareils génitaux.

Le facétieux suivra une ligne parallèle avec le trivial, signe de mélange des genres bien contrôlé et, à la fin, le piano rock bénéficiera des trompettes jouées comme si on pinçait des cordes et des harmonies qui amplifieront ce que Ben Folds doit à Elton John ou ELO (« Phone In A Pool » ou « Yes Man »).

Quel que soit l’endroit où il œuvre Ben Folds ne s’égare jamais de ses racines music hall et ls couches d’harmonies superposées parviennent à se faire entendre sur, ou sous, la luxuriance délicate et riche qui accompagne un artiste qui divertit autant qu’il enchante.

****

Craig Finn « Faith In The Future »

Craig Finn n’a jamais été effrayé par la perspective d’aborder des thèmes monumentaux et Faith in In The Future ne propose pas une grosse évolution à sa recherche d’une pop grandiose avec du panache. On y trouve certes moins de grandeur mais aussi une subtilité plus nuancée soniquement avec suffisamment d’espace dans ce qui est sa méthode d’observation d’un microcosme.

Les moments sont plus nuancés, équilibre en parfaite instabilité, permettant aux personnages créés par lui de respirer plus. Tout y est microcosmique et minutieux pourtant.

 

Sn dialogue est si simple qu’il en devient touchant comme sur «  Sandra, Calling From a Hotel » ou l’instantané que constitue «  Newmyer’s Roof » à propos du 11 septembre.

Comme le titre le suggère, le disque garde foi en l’avenir et le titre final, « I Was Doing Fine (Then a Few People Died) » nous laisse une lueur optimiste à la fin du voyage. À la fin du voyage subsiste une lumière qui nous chuchote qu’il faut conserver foi en l’avenir.

***1/2

The Stereophonics: « Keep The Village Alive »

Censé être la seconde partie d’une série de disques commencée en 2013 avec Graffiti On The Train,Keep The Village Alive ne marque pas de déviation par rapport à l’approche habituelle à laquelle Sterophonics nous ont habitués mais ils le font fort bien

Cela reste du pop-rock destiné aux radios où Kelly Jones nous montre toujours à quel point il est a l’aise pour signer des mélodies qui ont le don de s’insinuer dans la tête. Prenons, pour exemples, « Sunny », « C’est La Vie » ou « Sing Little Sister ».

Le son reste raffiné à l’extrême, un peu plus que précédemment, donnant la sensation de nous offrir quelque chose de cohérent et d’organique. Bref de la belle ouvrage sans surprises mais sans déception.

**1/2

Helen: The Original Faces

Il faut fouiner avec assiduité si on veut accéder à The Original Faces d’une manière qui ne soit pas tordue de distorsion tant elle aspire à la beauté. Il y a comme une barricade entre nos oreilles et cette recherche du céleste pour qui est étranger au modus operandi de Liz Harris.

Le rock est structuré mais le shoegaze y reste amical ce qui fait du disque un opus qu’on ne peut négliger d’un simple geste de la main. Le tambourin apporte sa toile d’imprévisibilité et d’addiction. The Original Faces est dépourvu de tout qui pourrait s’apparenter à une accalmie et le groupe semble prendre plaisir à nous mêler à son univers même si il n’est exécuté que de douze courtes plages.

On pense à Slowdive (« Allison »), mais ce sont surtout les couches faites de lyrisme et de mélopées qui juxtapose un climat où on cherche à se raccrocher à un élément qui ne vous file pas entre les doigts tant il oscille entre volonté d’agripper et de s’échapper.

Les textes, inaptes au déchiffrement, y contribuent comme sur « Violet » et ,si disque contribue à susciter perplexité il s’apparente aux volutes brumeuses qui ne cessent de solliciter nos oreilles et notre curiosité.

**1/2

The School: « Wasting Away And Wondering »

Wasting Away and Wondering est le troisième album de The School un groupe qui traîne la réputation d’être un des meilleurs combos du moment. Pour beaucoup la pop music signifie une chose qui entre dans la vie des gens, fait scintiller les mauvais jours et nous rend heureux d’être en vie.

The School ont toujours réussi et ça n’est pas négligeable d’autant que cela s’accompagne de bien plus.

« Every Day » ouvre la face un avec une mélodie pleine de fantaisie qui se lovera instantanément dans notre cerveau. Les arrangements de presque chaque morceau ont cette qualité d’au tant que les titres semblent y avoir été mis pour une bonne raison ce qui donne du relief à un sequencing d’orfèvre.

Les chansons d’amour sont douces et les mélodies irrésistibles, les percussions sont d’une souplesse exquise « Love Is Anywhere You Find It » ou « All You Want Is Everything ».

Wasting Away and Wondering donne envie de danser et d’être heureux de manière convaincante ce qui, quelque part, fait de ce disque un album plein comme Burt Bacharach y parvenait si bien

***1/2

 

Joan Shelley: « Over and Eve »

Il y a une solitude extraordinaire dans la voix captivante de Joan Shelley et sa dictions qui semble émaner d’une période datant d’un autre temps.On y trouve mystère mais aussi émotions ou fragments d’histoires qui traînent comme en suspens, élusifs et chargés ainsi d’évocations.

Dans la « chamber folk dépouillée » qui emplit ainsi les décors de son quatrième album solo, Over and Eve, Shelly continue d’affiner ses compositions, en faisant un sample de son passé mais en ne vivant pas dans son ombre.

Elle est rejointe ici par le guitariste Nathan Salsbug et autres invités comme Will Oldham et ils travaillent tous sous la direction du renommé Daniel Martin Moore dont le jeu de guitare habile et fluide est essentiel au son de l’album. Sur des titres phares comme « Brighte Than Blues » , la morceau titre ou « Jenny Come In » il y a une indubitable corrélation entre son répertoire et sa voix presque virginale.

Sans verser dans le larmoyant ou naïf il nous offre une œuvre qui de jolies couleurs à sa scansion

**1/2

The Sunless Sea: « No Ghosts »

No Ghosts de The Sunless Sea est un EP fun à écouter bien que sa thématique soit faite de sujets sombres. Avec l’aide de Manny Sanchez qui a collaboré avec Fall Out Boy, Write Crosby nous propose une musique synthpop assez addictive.

C’est un disque qui de mêle aisément à ce style, facile à écouter et à apprécier. Les textes sont accrocheurs et faciles à écouter, chaque morceau relatant une histoire qui lui est propre.

Travail honnête à la production ne gâche en rien le plaisir d’écoute et le spectre instrumental suffisamment varié pour distraire.

On notera le travail des percussions jalonne très bien le parfum pop et les accroches à la guitares ont juste ce qu’il faut pour être addictives en matière rythmique.

Bon petit disque aimable dans tous les sens du terme, en particulier sur un titre comme « Void ».

***

Tommy Keene: « Laugh in the Dark »

Cela fait plus de 30 ans que Tommy Keene sort du « guitar rock » de haute qualité et avec Laugh in The Dark, ce talent semble se confirmer. Basé à Wahsington, D.C., il nous fournit un son assez étincelant jonché de rock and roll qui, tout archétypal qu’il soit, n’en est pas pour autant négligeable.

On y retrouve le côté exacerbé des Replacements, la constance mélodique de Big Star et le pouvoir tranchant des premiers Who. « Out Of My Mind »montre Keen à son meilleur avec sa voix jeune comme la jouvence sise au milieu d’entrelacements de guitares apportant une coloration de brillance à des titres qui, il faut le dire, sont si irrésistibles que les reflets pourtant mélancoliques semblent prendre plaisir à faire surface, comme des promesses au brillant desquelles on aspire.

«Last of the Twilight Girls » sort des baffles de manière explosive, énergie ruisselante émanant de riffs surchargés façon power pop classique de type Radio City. « All Gone Away » le termine de manière spectaculaire ; une épopée dramatisante empruntée au « Dear Prudence » des Beatles question accords de guitare et ajoute un chorus fascinant à un sentiment de perte et de désolation issu des textes. Le « cimax » est abouti et bien amené grâce à un chorus et un solo de deux minutes.

C’est une composition qui semble se terminer trop vite malgré son étendue le genre de rareté que chaque plage revitalise sur « Laugh In The Dark » où Keene embrasse sans a priori ses influences.

En fait, Laugh in the Dark pourrait très bien être un album de « covers » ce qui dans ce cas est suffisamment rare ailleurs pour qu’on le déguste à satiété.

***1/2

Richard Hawley: « Hollow Meadow »

Standing At The Sky’s Edge avait représenté comme un énorme bond vers quelque chose de moins traditionnel quand on considère l’univers stylistique de Richard Hawley. Hollow Meadows est, lui, du moins en surface, une retraite qui semble plus familière dans un environnement plus reconnaissable. Jamais la chose n’est apparue aussi évidente tant il s’approprie encore plus les références de la géographie de Sheffield. Après des périodes de stases rendues nécessaires pour des raisons médicales (jambes cassée et hernie discale), Hawley a façonné ici une série de compositions spacieuses et incitant à une rêverie avec laquelle on est d’emblée familiarisé. L’expérimentation aurait pu sembler entravée mais Hawley renoue de façon nouvelle avec ce que sont ses forces et atouts.

Sur Late Night Final, il y a déjà 14 ans, on avait pu établir des parallèles entre la majesté scintillante de ces tempos qui pris en temps moyens avec de titres comme « Long Time Gone ou « I Still Want You » et les premiers enregistrements, magnifiques mais de façon plus sporadique comme « Baby You’re My Light » et « The Nights Are Cold ». Le facteur constant est un sens d’humilité discrète qui semble rayonner du phrasé toujours aussi naturel du chanteur. Il sonne tout à fait à l’aise dans cette spécificité qui est la sienne, celle d’une retenue par rapport à ce qui avait incendié les tourments qui explosaient dans de grandes parties de son dernier album.

Bien que le premier « single » « Heart Of Oak » possède un riff ardent et de vocaux bouillants qui sont à l’opposé du reste du disque, ses textes sont en parfaite conformité avec l’optimisme philosophique qui définit Hollow Meadow en proclamant « Je serai toujours à côté de mon cœur en chêne ». « Which Way » est l’autre rocker et il offre une alternative à mi-chemin entre les plages remplies de fuzz que l’on entend » sur « Standing At The Sky’s Edge » et son carillon d’une confondante beauté.

Ces compositions qui nous ramènent ainsi vers le passé ou le révolu le font d’une manière savoureuse à l’onctuosité du miel. Citons la ballade « Serenade Of Blue » qui tutoie les étoiles. Les vocaux de Hawley bien en avant et au centre malgré un slimat acoustique et des notules électriques trempant dans de la reverb qui dégraissent une toile sonique luxuriante. Il n’y a rien de nouveau là mais quand on le fait avec une telle excellence il serait inconvenant de n’y prêter qu’une oreille distraite tout comme sur « Nothing Like A Friend » où Jarvis Cocker à la basse apporte une contribution insidieuse comme un vers à la basse.

« Sometimes I Fell » est un titre phare ici orné de déclarations à l’apparence aplatie rappelant, tout aussi bien au public qu’à l’artiste, que nous ignorons les signes de vie les plus évidents et choisissons qu’ils puissent sonner écrasés ou inconséquents. Le pont sensible qui entonne à l’oreille « all these things I know to be true and each one brings me closer to you » fait preuve d’une simplicité bruissante et nous offre l’antidote dont nous avons besoin en cette vie si stressante qui est celle de ce début de 21° siècle.

Ce penchant pour le passé aurait pu entraver le charme qui est exercé ainsi sur nous mais il n’est pas question pour Hawley de recruter de nouveaux fans. Même si les ballades sont délicieuses et propres à réjouir les fidèles acquis à ce territoire familier, la voix demeure toujours aussi formidable et envoûtante prenant le risque d’être battue et rebattue comme un vent sous une tempête. Jamais alors elle n’a alors sonné aussi belle et nouvelle, confortable et réconfortante révolutionnaire en toute discrétion ce qui, au fond, est la manaière la plus juste de définir le répertoire de notre troubadour de ce début de siècle, au-delà de l’étiquette de crooner romantique ou plutôt bien au dessus.

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Uncle Acid & The Deadbeats: « The Night Creeper »

Il n’y a rien de plus réjouissant qu’un vocaliste ayant de la trempe et sur Uncle Acid & the Deadbeats, Kevin « K.R. » Starr élève le niveau de la scène psyche de Cambridge sur un mode que n’aurait pas renié Black Sabbath et qui est celui de la distorsion, du ricanement démoniaque et sexy.

Il est aisé d’imaginer un joker avec un doigt recourbé, un sourire sardonique alors qu’il noue énonce des récits de femmes aux mœurs étranges et de nuits où seul le meurtre a droit de cité. Une image naitrait celle d’un Lennon azimuthé ou d’un Ozzy obsédé par les pulp stories

Mais ce qui tranche chez Starr est son phrasé mélodique qui font de ce troisième opus une sorte de classique pour qui sait fondre en appréciant une belle mélodie. « Melody Lane », « Pusher Man » ou « The Night Creeper » en sont des spécimens exemplaires : riffs durs et groove se conjuguent et pourraient fort bien devenir des titres cultes et des cas d’école de chaos contrôlé et épique.

***1/2