Phony Knock: « Yourself Out »

Knock Yourself Out est une bande son pour la fatigue. Sonorisée, elle convient smirablement pour vous endormir, en dégageant une aura frémissante. Elle est également faible, comme la mâchoire de tigre en ce sens.  Elle s’inspire de la dureté du shoegaze et de la nature étalée du slowcore, certains morceaux penchant fortement vers l’un plus que vers l’autre. « Waffle House » et « Turnstile Effect » sont les plus brumeux et les plus apaisants. « Relax », l’un des titres les plus forts du projet, a une sonorité captivante, et « Peach » se termine par une série de riffs puissants.  Le chant est tempéré, s’enfonçant souvent dans les instrumentaux et s’égalisant presque avec eux à plusieurs reprises. 

Mais sur le plan thématique, c’est aussi le résultat d’un sentiment de dépassement. L’exemple le plus marquant est le morceau « I’m Not Going To Your Show », qui est un message vocal du cousin de Neil Berthier, David, le frontman du Phony, l’informant qu’il va manquer le prochain concert du groupe. « J’ai une journée de dix heures le vendredi », explique-t-il, « et je dois apprendre à faire quelque chose en un jour que la plupart des gens apprennent à faire en trois jours ». (I have a ten-hour day on Friday …   « and I have to learn how to do something in one day that most people learn how to do in like, three.)

La messagerie vocale elle-même est relativement simple ; elle provient d’un homme exaspéré et accablé par lle « FOMO » (fear of missing out/ peur de louper quelque chose) qui aimerait avoir plus de temps et d’énergie. Mais quant à la décision de Berthier de l’inclure, il y a plus de place pour l’interprétation. On peut au moins en déduire que c’était délibéré, et que le stress et le désarroi de David se retrouvent dans l’écriture de l’album. Il y a des rumeurs sur le fait de subir une crise d’angoisse et de réaliser que l’on est peut-être au bord du gouffre. « Two Thousand », qui se lit plus comme un collage de paroles que comme une chanson cohérente, tourne au nihilisme et s’ouvre sur « Je crois que certains diraient que le monde est maudit pour se vider de son sang » (I believe that some would say the world is cursed to bleed away). Puis sur « Peac » », Berthier est hanté par les souvenirs idylliques d’une flamme romantique passée, mais aussi conscient de la nécessité de la laisser culminer afin de permettre à quelque chose de mieux de s’épanouir : « quand cela s’effacera dans le noir / vous ressentirez quelque chose de nouveau » (when this fades to black / you’ll feel something new).

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James Dean Bradfield: « Even In Exile »

Cela fait 14 ans que James Dean Bradfield a fait ses débuts en solo avec The Great Western, 14 ans que sa suite était attendue et patience est, ici, parfaitement récompensée. Intitulée Even In Exile, elle documente la vie du chanteur/compositeur, poète et militant politique chilien Victor Jara, brutalement assassiné en 1973. Bradfield y fusionne sa vision musicale sur grand écran avec une série de mots écrits par le célèbre poète gallois Patrick Jones. Even In Exile emmène l’auditeur dans un paysage sonore éclectique qui fait référence à David Sylvain et Rush entre autres, ainsi qu’à des territoires plus familiers labourés dans le travail quotidien de Bradfield comme chanteur et guitariste de Manic Street Preachers.

Ayant commencé à travailler sur le projet au début de l’année 2019, Even In Exile s’est réuni au cours de la dernière année. Bradfield s’est inspiré du « Washington Bullets » de Clash (qui portait sur Jara) et de « Street Fighting Years » de Simple Minds, qui a été consacré au même Jara il y a 31 ans. Il s’est attelé à la construction d’un disque qui permettrait à la fois de sensibiliser à l’héritage du poète tout en rendant à son sujet la justice qu’il mérite. Ainsi, « La Partida » du sixième album de Jara, El Derecho De Vivir En Paz, est couvert de façon exquise. Le ton particulier et affecté de Bradfield ajoute une touche poignante.

Ailleurs, Even In Exile propose de subtiles ballades acoustiques comme « There’ll Come a War », tandis que « Santiago Sunrise », plus proche, offre des complaintes à la fois provocantes et sombres : « Tu ne traverseras jamais la rivière si tu as peur de te mouiller » (You’ll never cross the river if you’re scared of getting wet) chante Bradfield sur ce dernier titre. Tout en restant optimiste sur le film biographique « The Boy From the Plantation » et même en s’éclatant sur « Without Knowing the End (Joan’s Song) », Even In Exile se réjouit de l’optimisme qu’il inspire, à savoir que tout est possible si l’on est prêt à se battre pour cela.

Cet opus est tout sauf un stop entre les disques de Manic Street Preachers. S’appuyant sur les bases impeccables posées par son successeur en 2006, Even In Exile est un album qui illustre pleinement la stature de Bradfield en tant qu’artiste solo de renom.

***1/2

Vita and the Woolf : « Anna Ohio »

Originaires de Philadelphie et vivant désormais à Los Angeles, Vita and the Woolf, alias de Jen Pague, ont fait de leur mieux pour leur troisième album, Anna Ohio. Leur dernier effort est une évolution continue qui a commencé en 2014 sur la démo de Fang Song, avec beaucoup de guitares, et qui a continué à se développer avec Tunnels en 2017. Pour Anna Ohio, il semble que Vita and the Woolf aient pleinement adopté leurs tendances pop avec des accroches fortes et une production élaborée. Pague s’est appropriée le personnage de la fictive Anna Ohio et en a conclu, comme elle le dit, qu’un « examen onirique de la vie sous le capitalisme tardif (« Home », « Auntie Anne’s Waitress ») et le désir d’évasion (« Operator ») sont en quelque sorte plus réels que la réalité ».

Sur ‘Mess Up », le premier « single » de l’album, ils mettent tout en œuvre pour la production du morceau et d’une vidéo montrant une actrice trébuchant et dansant dans un petit appartement enfumé. Ce titre est gigantesque. La production est entièrement consacrée à la pop West Coast et ce ne serait que justice d’entendre ce titre absolument partout en quelques mois. Le deuxième »single », « Operator »,est doté d’un rythme lent et agréable, accompagnant des textes tels que « Vous avez une machine à remonter le temps dans la cave et la seule fois où nous pouvons la faire fonctionner, c’est quand nous sommes saouls et défoncés dans la cave quand nos corps sont froids » (You have a time machine in the basement and the only time we get to operate it is when we’re drunk and stoned in the basement when our bodies are cold . La vidéo, de son côté, y montre Pague et un ami errant dans le désert en combinaison d’astronaute. 

Le premier morceau, « Out of State », présente une atmosphère dfaçon Beach Boys. Sur « Confetti », le thème est le regret : « Ai-je vraiment cru que la cocaïne allait tapisser les rues et les sommets des montagnes ? » (Did I really think cocaine would line the streets and mountaintops ?) ,Le troisième morceau, « Home », s’inscrit dans l’ambiance des clubs de dance avec un beat façon Katy Perry. « Kentucky » reviendra aux racines folk avec une basse à plectre et une mélodie de falsetto envoûtante. « Feet » vantera un rythme très agréable et met en scène la chanteuse qui se languit de son « camping back home » sur une énorme ligne de basse. « Machine » est une chanson disco-esque, avec un grand refrain hérité, lui de, Lady Gaga. « Auntie Anne’ Waitress » surprendra l’auditeur avec un nouveau beat, sexy de type R&B, cette fois-ci propre à se vider la tête. Le morceau de clôture, « Paris », terminera l’album avec un funk plus sexy et un chant de falsetto. 

La côte Est manque peut-être au combo, et Philadelphie sûrement, mais L.A. a clairement eu un effet sur ce groupe. Ce déménagement a eu une influence positive sur l’écriture et la production de ce dernier album. C’est leur meilleur travail à ce jour ; du moins si on apprécie de pouvoir entendre une musique qui pourra s’apprécier dans une salle d’attente, une station-service ou un Starbucks.

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The Apartments : « In and Out of the Light »

Cet album du groupe de Peter Milton Walsh se caractérise par une mélancolie profonde, des paroles sincères et une ambiance à la fois feutrée et passionnée. Le son du groupe rappelle une version plus détendue de The Church (The Apartments sont également Australiens), bien que les paroles de Walsh soient nettement plus directes que celles de Steve Kilbey.

Il faudra peut-être s’habituer à la voix usée de Walsh, mais cela vaut la peine de faire un petit effort ; c’est l’instrument parfait pour transmettre le contenu lyrique fatigué, résigné et parfois nostalgique. Le morceau le plus fort de l’album, « What’s Beauty to Do », a peut-être des textures subtilement jangle-pop, mais son ton reste cohérent avec celui des autres albums. « Butterfly Kiss » est sombrement élégiaque, un cousin antipode de « Holocaust » de Big Star, avec trompette.

Une technique intéressante utilisée tout au long de l’album est la voix doublée de Walsh qui chante deux ensembles de paroles différents, parfois avec des mélodies différentes. L’effet de diaphonie est intentionnellement désorientant, mais il a pour effet d’attirer l’auditeur plus loin dans la musique. La musique est déjà invitante, mais ce sont les paroles de Walsh qui constituent le cœur de In and Out of the Light. Le déchirement a rarement été aussi agréable.

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Tim Bowness : « Late Night Laments »

Tim Bowness présente ici une collection éthérée de nouvelles chansons qui, malgré le cadre tranquille, ont un noyau dur et dérangeant. Le profil de notre auteur-compositeur a été très chargé par le passé. Non seulement il a sorti un album avec Peter Chilvers et un disque avec Steven Wilson, mais il s’est aussi occupé des podcasts de The Album Years (également avec M. Wilson) et a eu le temps d’enrichir son catalogue solo.

Pour un musicien qui prend le temps de satisfaire son haut degré de perfectionnisme, Late Night Laments a évolué étonnamment rapidement. Il n’est donc peut-être pas surprenant que l’album soit relativement dépouillé mais que Bowness soit instantanément reconnaissable. Des arrangements frais et rayonnants cachent une noirceur lyrique.

Musicalement, le son vibraphone/marimba du batteur Tom Atherton, dont le travail de jour est rendu obsolète dans la palette musicale, prédomine. Pas besoin des roulements et des culbutes qui marquent « The Warm Up Man Foreve »r ou de l’intensité des bruits sourds de « The Great Electric Teenage Dream ». Late Night Lament est un opus sur la délicate guitare glissando, les atmosphères de Barbieri et le mystérieux dianatron.

Le climat général est étrangement calme. Bien sûr, la présence de Steven Wilson plane sur le mixage, mais la contribution la plus révélatrice est le solo en spirale de Kavus Torabi sur l’onirique « I’m Better Now », une chanson où le personnage semble avoir accepté ses démons et étouffé ses sentiments intérieurs.

En travaillant avec le partenaire de longue date de Plenty, Brian Hulse, le duo a percé le secret de la combinaison d’une musique luxuriante et séduisante avec une série de thèmes sombres et inquiétants. Collez une un marque-pages dans le livre de paroles et vous trouverez appal à la tendresse comme pour remettre sur le droit chemin comportements déviants et âmes troublées.

D’ailleurs, sur le plan des textes,les thèmes de l‘album vont inclure les clivages générationnels l’exclusion sociale, et l’histoire vraie d’un auteur d’enfants très apprécié et sa descente dans la folie.

Malgré tout l’isolement, le regard mélancolique et le sentiment de perte, on n’utilise guère d’instrument pour exprimer sa colère. Les concoctions intimes qui vous font retenir votre souffle sont presque un retour à ce que Nick Drake pourrait faire de nos jours. Le tout est agrémenté de la merveilleuse imagerie artistique de Jarrod Gosling, un personnage immergé dans une bulle de réflexion, qui dévoile les trésors des ruminations de Tim Bowness.

Il a le don de vous séduire avec une douceur sous laquelle se cache ce qui pourrait être à la fois inconfortable et intensément émouvant – surtout si le thème est pertinent sur le plan personnel. « I thought that I was empty and empty I’d remain » pourrait être la ligne clé de l’album sur « One Last Call » mais ce n’est pas une surprise car Late Night Lament est totalement absorbant et fait réfléchir. Ce pourrait être l’écoute facile la plus intense que vous ayez eue depuis longtemps. Un album fait pour que vous vous installiez dans votre fauteuil confortable, que vous tiriez les rideaux et que vous vous perdiez dans votre propre monde.

***1/2

Neck Deep : « All Distortions Are Intentional »

Il y a presque exactement trois ans, Neck Deep avait retourné le scénario avec un album à succès, The Peace and the Panic, il est maintenant de retour pour aller de l’avant avec All Distortions Are Intentional. Tournant une page par rapport aux sons mélodiques et pop de The Peace and the Panic, All Distortions Are Intentional montre que le groupe ne se contente pas de développer encore plus son son déjà bien établi, mais sort aussi de sa zone de confort sur le plan lyrique et thématique. Alors que le travail précédent du groupe se concentrait sur les « singles », All Distortions Are Intentional est un concept album clair, suivant l’histoire d’un personnage principal nommé Jett, qui se sent déconnecté et désillusionné jusqu’à ce qu’il rencontre son amour, Alice. Jett tombe donc amoureux et lutte pour trouver sa propre identité, un sens et un but dans la vie, ce qui en fait la sortie la plus intéressante du groupe à ce jour sur le plan thématique.

Le premier morceau épique, « Sonderland », ouvre l’album et sert de sonorité parfaite non seulement pour les chansons qui suivent, mais aussi pour l’histoire elle-même. Très énergique, accrocheur comme l’enfer et incroyablement chaleureux et lumineux, « Sonderland » se fond facilement dans « Fall » et « Lowlife », qui approfondissent la thématique de l’amour dans le disque an incarnant parfaitement la rencontre avec quelqu’un et la chute rapide qui va s’ensuivre.

En effet, All Distortions Are Intentional ne parle pas seulement de tomber amoureux. Des titres comme « Telling Stories » et « Sick Joke », par exemple, sont parmi les morceaux les plus racontables de l’album, le premier en évoquant des sentiments de désenchantement tandis que l’hymne « Sick Joke » fera certainement écho à tout ce qui se passe dans le monde en ce moment. La chanson d’amour suivante, « What Took You So Long ? », offre un contraste parfait avec la frustration de « Sick Joke » et contient des phrases de type « Je n’étais pas moi avant de te découvrir » ou « J’ai trouvé un peu de bonheur dans ce que nous signifions » (I was not me until I discovered you, I found some bliss in our significance). L’avant-dernière chanson de l’album, « I Revolve (Around You) », sera, à cet égard, dans la même veine.

En raison de son thème général, All Distortions Are Intentional s’ecoute avec fluidité. Du début à la fin, l’album ressemble vraiment à une histoire, ce qui rend le rendu agréable et facile. Avec des accroches addictives, des refrains mémorables, un lyrisme incroyablement vulnérable et une intrigue racontable, All Distortions Are Intentional a tout ce qui fait un presque grand album. Presque car il  lui manque de quelque chose, un morceau-phare par exemple,  qui emporte le tout

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L.A. Witch: « Play With Fire »

Sur ce deuxième album de L.A Witch, le trio s’exprime de manière agressive à travers les différentes époques du rock. Pour cela, le combo joue sur une caricature cool, aussi, avec un son qui donne souvent l’impression d’être accompagné d’un verre de whisky, on a l’impression qu’ils possèdent quelques vestes en cuir mais surtout on peut dire qu’ils se contrefichent de ce que l’on peut penser d’eux.

Ceci est palpable dans presque tout ce qu’ils font, dans les riffs qui vous piquent comme un piment sur la langue ou qui soulèvent de la poussière sous le chaud soleil californien. Ils canalisent l’agressivité comme un groupe de punk, en l’alimentant directement dans leur chant performatif, leurs cris stridents, leurs torsions et leurs mots qui se tordent en nœuds. L’un des thèmes de l’album est la récupération de l’agence, que ce soit d’eux-mêmes ou d’autres personnes. Avec des phrasessde type « Je suis resté trop longtemps dans ma tête » (I’ve been hanging around in my own head for too long).

Ils recherchent l’individualité, le message pour sortir des moules prescrits et aller de l’avant à votre manière et à votre rythme. Entourer cela d’un son souvent délié peut rendre certaines des chansons de cet album finalement libératrices. Cela rend encore plus frustrant le fait qu’un album et un groupe si inspirants et incendiaires puissent souffler un peu chaud et un peu froid.

Il y a des moments où le chant peut être ennuyeusement obscurci dans le mixage par rapport aux instrumentaux. Certains riffs peuvent sembler trop familiers par rapport à d’autres chansons de l’album et il y a des parties où les pauses instrumentales sont maintenues beaucoup trop longtemps. Le dernier morceau, « Starred », est une fin finalement décevante, n’étant rien d’autre qu’une grêle de bruits de guitare dysfonctionnels sans grande substance.

Play With Fire est plus décontracté que le feu pourrait nous le laisser penser. Ce n’est en aucun cas un mauvais album, il y a des moments qui sont vraiment enthousiasmants avec des crochets aigus et des sections rythmiques serrées. Les prouesses agressives de L.A Witch sont impressionnantes, mais on peut se retrouver sur le carreau en de trop nombreuses occasions.

**1/2

The Sea Girls: « Open Up Your Head »

Chaque chanson des Sea Girls est déjà si intimement familière que l’on serait surpris d’apprendre que Open Up Your Head est leur premier album. Avec six des quatorze compositions déjà dans le domaine public, le LP tire son chapeau à la familiarité tout en parenant à créant un tourbillon d’excitation chez les fans.

Leur tournée 2021 étant déjà complète- ils ont magnifiquement exploité l’obsession nationale pour les groupes de guitare indie, et bien que les influences de vos grands de l’indie soient indéniablement présentes, pensez à MM. Turner et Flowers, le groupe ne se contente pas de régurgiter les mêmes vieux schémas. Leur vision sombre de l’amour et de la romance transparaît dans leurs composition ( et, comme ils le disent et que chose se voit « n’achètent pas tous les trucs sur l’amour et les fleurs » (don’t buy all the love and flowers stuf).

Nous traversons ainsi les hauts et les bas de l’expérience des deux auteurs. Et toujours prêts à discuter des bienfaits de la musique sur leur santé mentale et de la façon dont elle leur a permis de trouver un but dans les pires moment, Open Your Head Up est un premier album assez brut pour le groupe. Si la chanson titre n’a pas été retenue, celle qui a vu Camamile tenter d’explorer ses émotions face à sa blessure à la tête, l’honnêteté dont il a fait preuve dans l’écriture de ses chansons demeure.

Le dernier « single » « Forever » étant la bande-son d’un des moments forts du groupe de Camamile et un des favoris des fans, même avant la sortie de l’album – il semble normal qu’il sorte juste avant l’album. Une des premières fois que le groupe a joué le morceau, Camamile se souvient avoir chanté le refrain debout sur une pile de haut-parleurs en pensant juste à ce moment qu’il était dans le meilleur groupe du monde. Et avec la foule fiévreuse que convoquent The Sea Girls, qui, parmi les fans les plus fervents, peut vraiment en être surpris ?

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Liza Anne: « Bad Vacation »

Liza Anne prend de mauvaises vacances sous la forme de ce plutôt bon album. Bad Vacation est en effet un récit conscient des années émotionnellement difficiles qui ont suivi le succès de Fine But Dying. L’album est une réflexion sur le temps qu’elle a passé en tournée et où, tout juste sortie d’une relation épuisante, qui a fait des ravages considérables sur sa santé physique et mentale, elle a commencé à s’autodétruire. Ainsi, l’album est un paysage sonore éclectique et hypnotique qui permet d’apaiser la déception qui peut suivre l’accomplissement.

Vous avez déjà atteint un objectif et pensé …. Et maintenant ? Bien sûr, vous pouvez apprécier l’accomplissement, mais il y a une perte de but. Vous êtes déjà arrivé à destination, mais vous avez encore du temps devant vous. D’une certaine manière, c’est le voyage que fait Liza Anna en fondant ses paroles sur la thérapie intensive qu’elle a suivie pour parvenir à des résultats spirituels. Elle transpose la douleur qu’elle a elle-même ressentie dans le respect d’elle-même, et on ne peut s’empêcher de s’en souvenir et de l’admirer, d’autant plus que l’album est vraiment ensoleillé dans ses mélodies. Peut-être que la meilleure façon d’aborder la tristesse est d’avoir un tempérament vif.

Tout comme la couverture de son album, Liza Anne porte son bagage émotionnel comme on porterait un parapluie, une serviette et un panier de snacks sur une plage. Elle traîne sa douleur tandis que sa voix s’apaise avec simplicité. Ainsi, ses paroles deviennent la base de l’album en décrivant son temps de dégoût de soi explosif avant de trouver, en l’espace de guérison qu’est son album, une nouvelle estime de qui elle est.

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Hudson Taylor: « Loving Everywhere I Go »

a musique a une façon unique de déclencher des réactions émotionnelles chez les gens. Si une collection de chansons vous donne constamment envie de pleurer un moment et de danser le suivant, alors vous avez un album solide.  C’est exactement ce que fait la dernière création d’Hudson Taylor, Loving Everywhere I GoIl s’agit ici du  deuxième album des frères irlandais. Tout comme leur opus de 2015, Singing for Strangers, Loving Everywhere I Go comporte des éléments de folk-pop et de rock et d’ailleurs, à ce propos, le duo espère que chaque chanson pourra encourager les gens à être plus ouverts d’esprit.

Loving Everywhere I Go met magnifiquement en valeur la dualité musicale du tandem. Leur voix et leurs instruments évoquent une atmosphère à la fois émotionnelle et festive. Quel que soit le côté du spectre où leurs chansons vous emmènent, l’harmonisation caractéristique d’Hudson Taylor et la sincérité des paroles sont toujours au premier plan. Les chansons les plus gaies de l’album parviennent à capter une énergie jeune et enfantine. Dans des chansons comme « Favourite Song » et « Pray for the Day », la batterie et autres instruments de percussion s’entrechoquent pour créer un tempo entraînant. Les refrains des chansons ressemblent à des acclamations festives et « Back To You » sdélivrera ainsi une version rafraîchissante et joyeuse de ce que pourrait être votre chanson classique de rupture.

Les voix aiguës du duo glissent sur le « Oh oh oh » »du refrain, et sont accompagnées de rythmes rapides de tambourin et de guitares. Le morceau crée une attitude insouciante malgré les paroles, « It’s really breaking my heart, I never got over you. »

Pour chaque titre énergique de l’album, il y aura une chanson douce et émotionnelle. Des morceaux comme « I Will Be There for You » et « Just Like That » montrent bien pourquoi le duo est souvent considéré comme le prochain Simon and Garfunkel. Leurs voix sont douces et se fondent l’une dans l’autre en un temps et une harmonie parfaits. Les instrumentaux sont réduits à une simple mélodie de piano ou de violon. Le morceau le plus triste de l’album, « Nothing but a Stranger », reflète une relation brisée. La douleur de se sentir trahi par une personne est apparente lorsque Alfie chante « Maintenant tu n’es plus qu’un étranger, tu étais si familier que je ne te connais même plus » (Now you’re nothing but a stranger, you were so familiar, I don’t even know you now). Dans ces chansons simples qui ressemblent à des berceuses, on peut ressentir tout le poids émotionnel des paroles.

L’album a peut-être mis trois ans à Hudson Taylor pour être réalisé, mais le résultat en valait la peine. Les deux hommes ont réussi à créer une musique qui évoque un sentiment d’intimité entre un artiste et ses auditeurs. Il est clair que Loving Everywhere I Go est le produit de deux frères qui écoutent leur esprit et parlent avec leur cœur.

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