R.W. Hedges: « The Hunters In The Snow »

Le hasard fait parfois bien les choses ; songwriter cultivé et sarcastique auteur d’un unique album il y a tout juste dix ans (Almanac), Roy Hedges avait ainsi recroisé par surpris son ami d’enfance Luca Nieri. Multi instrumentiste et producteur de talent, ce dernier s’est fait connaître au sein des mystérieux The Monks Kitchen , un combo issu du revival folk anglais des années 2000.

A bord d’une péniche, les anciens complices à nouveau réunis ont enregistré The Hunters in The Snow, un recueil aux couleurs automnales dont la fluidité mélodique laisse à penser que les deux musiciens ont fait leurs premières gammes sur les partitions magiques de Revolver et du Village Green.

Derrière un décor de music-hall sans âge, librement inspiré d’une passion commune pour le Easy Listening de la grande époque (« Some Girl »), notre tandem livre un récit à l’écriture limpide (« Signalman »), imprégné de prose dylanienne et de littérature victorienne (« Best Laid Plans »).

Comme un Richard Hawley tombé dans la marmite kinksienne ou un Leonard Cohen déniaisé par Joe Meek, R.W. Hedges conquiert son auditoire avec des mélodies surannées et une élégance teintée de mélancolie (« Nights of Laughter »).

Loin du robinet d’eau tiède de la musique commerciale et formatée, ce duo nous rappelle que l’autre Angleterre, celle des itinéraires bis et du savoir-faire minutieux, restera à jamais le royaume de la pop ciselée et intemporelle.

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Eugene McGuinness: « Suburban Gothic »

Dans l’art de la pop ironique et pleine de sous-entendus Eugene McGuinness est un orfèvre. Laconique comme il se doit il n’avait plus deonné de nouvelles depuis quatre ans et son album précédent, Chroma.

Sur Suburban Gothic  il est toujours aussi sybillin et charmeur avec dix compositions mettent à l’honneur une pop mâtinée de rock indé affriolant.

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Malgré quelques moments oubliables de-ci de-ça (« With Words », « High Rise »), la sauce de ce nouvel opus prend grâce à certains morceaux imparables « (Hope in Hell », « Start at the Stop », « Roman »), mention spéciale àu « closer » azec un « Now Here’s a Look at What You Could’ve Won », forcément splendide

***1/2

Miles Kane: « Coup de Grâce »

Coup de Grâce est le troisième album solo d’un Miles Kane qui semble avoir tiré un trait sur son aventure Last Shadow Puppets menée avec Alex Turner. Il s’est également libéré d’une rupture sentimentale qui ne sert qu’à alimenter les tonalités coups de poing du disque.

C’est ainsi qu’il faut comprendre les climats rapides et énergiques des morceaux ; la composition titre par exemple ou un « Loaded » où Lana Del Rey prête sa participation.

Au final rien de plus qu’un pas trop mauvais opus de pop-rock avec ce qu’il faut de tonus pour exorciser les peines du coeur et libérer des entraves le trop plein d’énergie qui sommeille toujours dans la peau.

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Cullen Omori: « The Diet »

Loin d’être le moins méritant des jeunes groupes indie-rock U.S. du début de la décennie, les Smith Westerns n’ont pourtant jamais réussi à décrocher la timbale. En 2014, après trois disques de pop juvénile aux mélodies bien troussées, les frères Cullen et Cameron Omori et leurs comparses Max Kakacek et Julien Erhlich (futurs Whitney) se sont donc assez logiquement résolus à baisser le rideau.

Cullen Omori, le frontman charismatique du groupe de Chicago, n’en a pas pour autant terminé avec ses obsessions brit-pop et glam rock, comme l’a déjà prouvé New Misery, sorti en 2016. Si le premier essai en solo de ce songwriter pas encore trentenaire avait semblé vouloir ouvrir la porte à de nouvelles sonorités synthétiques.

Son deuxième album The Diet le voit clairement opérer un recentrage sur les fondamentaux d’une pop rétro aux guitares scintillantes. Les influences britanniques qui présidaient aux destinées des Smith Westerns (de T-Rex à Oasis en passant par Suede, les Beatles ou Bowie) sont à nouveau brandies comme des étendards.

Bien décidé à obtenir enfin son rendez-vous tant espéré avec la gloire, Cullen Omori joue ici son va-tout à grand renfort de refrains enjôleurs et de solos pailletés (« Four Years », « Happiness Reigns »). Parfois profond (« Quiet Girl », éA Real You »), sans cesse accrocheur (« Natural Woman », « Last Line »), The Diet est l’œuvre d’un incurable romantique qui a choisi de ne pas renoncer à ses rêves de grandeur.

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Boygenius: « Boygenius »

Ce sont certainement les trois jeunes femmes les plus en vue du rock américain : Julien Baker, Phoebe Bridgers et Lucy Dacus. Chacune a la jeune vingtaine, une voix à choir de sa chaise et faire tomber les feuilles qu’il reste aux arbres.

Elles sont également une manière particulièrement crue de se raconter, chose que ce nouveau « womenband» confirme en matière d’image.

Ce qui devait être un simple enregistrement promotionnel pour une tournée en trio est en effet devenu boygenius, nom tout à fait ironique sachant que ce groupe est l’expression même d’un génie féminin affranchi et lâché en harmonies.

Enregistré en quatre jours dans une certaine urgence, boygenius est l’équilibre entre la voix individuelle des musiciennes et leur voix nouvelle, collective. Les choeurs sont à frémir, les lignes souvent denses et agressives (un « Salt in the Wound » féroce), avec des recueillements folk évocateurs d’une vie au galop (le poignant « Ketchum, ID »).

Quand leurs trois voix entonnent « I can’t love you like you want me to » sur « Bite the Hand », on ne peut que penser que la sororité a un nouveau bébé.

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The Struts: « Young&Dangerous »

Young&Dangerous est le deuxième opus de ce combo britannique au look néo-glam. Ils se sont constitués une fanbase assez conséquente aux USA en ouvrant pour The Foo Fighters ce qui donne sans doute à la suite de Everybody Wants un son plus produit mais guère moins efficace.

À cet égard, l’ensemble des titres peut se reprendre « à poumons perdus » dans les stades à l’instar d’un morceau comme « Body Talks » ou de « Primadonna Like Me ».

On appréciera des refrains accrocheurs, une voix, Luke Spiller, puissante qui n’est pas sans rappeler Queen (« Bulletproof Baby » ou « I’m In Love With A Camera » qui est peut-être un clin d’oel à « I’m In Love With My Car »).

L’ensemble est amusant, dansant, narcissique comme il se doit quand on se réclame de telles références mais, hélas aussi, cette inconséquence  peu originale qui peut nous faire douter de sa rémanence.

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Razorlight: « Olympus Sleeping »

Razorlight s’était fait discret si on fait exception d’un album en solo de Johnny Barrell ; Olympus Sleeping marque donc le retour de notre combo britannique.

Rien de changé dans cette nouvelle livraison si ce n’est une resucée des Libertines ou autres Strokes.

Au programme de ce « revival » : des titres pas trop mal foutus, (« Brighton Pier », « Carry Yourself », ou « Midsummer Girl »), des arrangements toujours aussi bien pros et la ballade mélancolique de rigueur ( le très réussi « Iceman »).

En revanche on regrettera une fin quelque peu faiblarde (« No Answers », « City Of Women ») en accueillant ce retour avec l’attention mitigée qu’il mérite.

**1/2

Florence & The Machine: « High As Hope »

Menée par Florence Welch la formation britannique nous dévoile un tout nouveau disque, High As Hope trois ans après la parution du très douloureux How Big Blue How Beautiful . Toujours imprégnée d’airs pops baroques et de textes crève-cœur Welch nous propose un univers du plus bel effet en matière d’introspection intimiste.

D’entrée de jeu, la meneuse livre un crescendo vocal assez intéressant ; sur « June », le refrain s’élance sur des couches sonores électroniques où le chanteuse s’époumone de sa voix profonde. Les instrumentations deviennent de plus en plus dramatiques. L’univers baroque est bel et bien tracé. Par la suite, nous avons droit au fameux « single » « Hunger »où l’artiste se confie sur ses troubles alimentaires vécus à l’adolescence. Cette chanson se veut comme étant une sorte d’émancipation. Florence Welch se libère de son passé sinueux pour finalement crier à quel point l’amour de soi est important. On baigne dans un registre pop qui donne justement le goût de se trémousser. Un peu plus loin, sur « South London Forever », l’Anglaise dresse un portrait de Londres, la ville qu’elle affectionne tant. D’un ton manifestement un peu plus folk-rock, la plage nous donne rapidement l’effet de nous transposer dans ce quartier grâce à une suite d’accords cadencés au piano. Notons aussi la présence qui donne une teinte un peu plus planante à la chanson. Ne passons pas sous silence la très mélodieuse « Sky Full of Song » où la voix de Welch prend tout son sens au rythme des cordes et de sonorités très cristallines en arrière-plan.

Sur « Grace » nous aurons droit eu récit de la tendresse que Welch éprouve envers une sœur plus jeune tout en s’excusant de l’attitude chaotique qu’elle a pu avoir envers elle. Le titre est émouvant, le piano discret et la mélancolie à fleur de peau.

Au titre au prénom féminin, « Patricia » dans lequel Florence + The Machine avoue toute son admiration envers l’artiste Pattti Smith dans un registre beaucoup plus pop. Le titre en question est un hommage lancé à l’une des pionnières du punk (surnommée ici « North Star »). Celle qui a tout de même fait sa place malgré l’oppression que l’industrie musicale masculine pouvait exercer sur sa carrière. La production musicale est enivrante. Impossible de ne pas claquer des doigts dès les premières minutes du refrain.

Notons enfin«  Choir », un titre plus libérateur où Welch chante sur la peur de perdre de l’inspiration après toutes ses années noircies par l’alcoolisme et la dépression. Le titre en question est un hommage lancé à l’une des pionnières du punk (surnommée ici North Star dans les paroles). Celle qui a tout de même fait sa place malgré l’oppression que l’industrie musicale masculine pouvait exercer sur sa carrière. La production musicale est enivrante. Impossible de ne pas claquer des doigts dès les premières minutes du refrain.

Avec la présence d’instruments à cordes, l’Anglaise tourne la page sur une période troublante Welch se montre plus sereine , assez en tous cas pour clôre le disque en beauté.

Florence & The Machine signe ici l’un de ses plus beaux joyaux de sa carrière. High As Hope est un jardin secret dont Welch nous donne la clef. Il n’est besoin que d’en ouvrir la parte pour s’y bien promener.

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Suede: « The Blue Hour »

Près de trois décades depuis la version embryonnaire de Suede. Le groupe a changé mais la voix reste toujours identique et, si Bernard Butler est depuis longtemps parti, la guitare opère toujours sur le même registre : le combo a franchi l’âge de la quarantaine mais son inspiration basée sur l’érotisme est toujours là. Elle a par contre été remplacée, se demander par quoi est, alors justifié ; d’autant que le réponse n’est pas se la plus haute clarté.

The Blue Hour est le troisième opus d’un triptyque entamé en 2013. Il représente la dernière lumière du jour avant que les ténèbres ne s’emparent du combo.

« At One » est le titre d’ouverture et il nous introduit dans un mode où il est question d’opéra. Brett Anderson y est Jean Valjean dans le Paris révolutionnaire, « Wastelands » est du Suede plus classique, avec le style distinct de Ricard Oakes à la guitare.

Les chansons sont liées les unes avec les autres avc comme tout concept le thème que rien n’est jamais abouti. La narration est, le plus souvent, parlée avec des élements qui reviennent de façon récurrente, « dead birds » ou « Sonny ».

Le dique est censé avoir été écrit en adoptant le point de vue du fils de Anderson mais ‘est Anderson qui semble y assurer le rôle principal.

Ainsi les effets vocaux théâtraux, ainsi la sensation flagrante que Marc Almond est aux commandes, ainsi, enfin, cette perception que nous sommes présentas à la bande sonore d’un film qui serait une histoire d’horreur mythique. On comprendra alors la vidéo qui accompagne le « single » « Life Is Golden » perclus d’images .qui pourraient être tirées de la catastrophe de Tchernobyl. Le constat sera post apocalyptique et, comme pour l’illustrer, la voix de Anderson semble défier celle de Bowie. Suede se doit d’être déplaisant selon son leader. Il l’est indubitablement mais il se montre également édifiant ; c’est une réjouissance qu’on ne pourra pas nier au groupe et cela le rend toujours aussi intéressant.

***1/2

Paul McCartney: « Egypt Station »

Le meilleur musicien des Beatles a aujourd’hui 76 ans, poursuit paisiblement sa route au crépuscule de l’existence… et voilà un 17e album studio à l’enseigne d’Egypt Station.

On l’a dit des centaines de milliers de fois, Paul McCartney n’a pas sculpté tant de joyaux depuis ses débuts en solo, on pense surtout à RAM et Band on the Run au tournant des années 70, on pense aussi à Chaos and Creation in the Backyard, réalisé en 2005 par Nigel Godrich, proche collaborateur de Radiohead.

En 2013, il a tenté un joli coup de substance actualisée avec New, en travaillant avec Giles Martin (fils de Sir George), Mark Ronson (Amy Winehouse) et d’autres bêtes de studio. On ne s’est pas roulé par terre. Le revoilà, cinq ans plus tard, avec le réalisateur vedette Greg Kurstin (Adele, Lily Allen, Foo Fighters, Pink, etc.) sauf pour la chanson « Fuh You », baudruche gonflée par Ryan Tedder (Ariana Grande, One Direction, Camilla Cabello, etc.).

De prime abord, aucune réforme au programme de Sir Paul, sauf cette transparence acquise avec l’âge, cette érosion souhaitée de son optimisme végétarien et milliardaire. «Que m’est-il arrivé? Je ne sais pas», laisse-t-il échapper, sincèrement dérouté dans la chanson « I Don’t Know », liée à l’introduction et qui ouvre la voie aux 14 qui suivent. Ainsi défilent les incertitudes de l’existence, les courtes victoires du bonheur conjugal sur la dépendance à l’alcool et à l’herbe, le tout simple désir de paix des humains, la vulnérabilité et le réalisme cru d’un mortel malgré la légende et la fortune qui le capitonnent.

En bref, un album plus simple et plus intime, sans grande imagination mais sans excès de propreté. Aucune surproduction, aucune grandiloquence à l’horizon. Typiques pour la plupart de Macca, ces chansons d’Egypt Station varient entre pop consonante, rock, folk pop beatlesque, ponctuées parfois par des exceptions telle « Back in Brazil  » qui porte bien son nom. Les exécutions sont irréprochables, sauf… la voix de Sir Paul, certes flétrie par l’âge mais pas assez pour créer ce malaise que l’on ressent chez ceux qui ne savent pas s’arrêter.

* * * 1/2