Pale Waves: « Who Am I? »

19 février 2021

Le quatuor de Manchester qu’est Pale Wavesaborde l’inclusion et l’amour-propre avec son deuxième album Who Am I, en dessinant les expériences de vie et le parcours de la chanteuse Heather Baron-Gracie au cours des dernières années.

S’ouvrant sur le nostalgique « Change », la production de 11 titres établit immédiatement le paysage sonore pop-punk qui se répand dans tout le disque. Le lyrisme émotionnel et la voix puissante de « Change » se fondent dans des compositions plus poignantes comme « Fall To Pieces » et « She’s My Religion » avant le style optimiste de « Tomorrow ».

Émergeant d’une phase de croissance douloureuse et s’inscrivant parfaitement dans le moule d’une chanteuse de façade inspirante, Baron-Gracie met tout à nu, de la dépression et de l’obscurité à la clarté et à l’optimisme, grâce à son écriture mature. C’est ce qui ressort clairement de « You Don’t Own Me », où elle montre qu’elle est sortie de ses combats beaucoup plus amoureuse d’elle-même qu’auparavant. En donnant du pouvoir à des titrescomme « Odd Ones Out », elle continue à établir un esprit de défi et de confiance en soi qui rappelle aux gens d’embrasser l’individualité.

Où « Odd Ones Ou » adoucit la qualité hymnique de l’album, avec le morceau suivant « Run To » qui élève le son plus grand, injectant de l’énergie dans une exploration sensible de la santé mentale avant que le morceau titre, dirigé par le piano, ne clôture l’album avec une transparence et une intimité qui donne aux auditeurs un regard profondément personnel sur les luttes de Baron-Gracie et l’acceptation conséquente de son identité et de sa sexualité.

***1/2


Partner: « Never Give Up »

13 février 2021

Nul ne sait s’il existe un prix pour le titre d’album le plus approprié pour 2020, mais le nouvel opus de Partner, Never Give Up, pourrait le gagner telle récompense existait. Il semble que tout le monde l’ait crié pendant toute l’année, que tout le monde ait mené ce type de combat. Cela a toujours été vrai, bien sûr, mais les batailles internes et externes semblent, et sont souvent, amplifiées en cette année que personne ne sera triste de voir partir.

« Dieu » merci, nous avons des groupes comme Partner (Josée Caron, Lucy Niles, Simone TB) pour nous ressourcer avec des riffs massifs et des chansons sur le sexe, le rock and roll et le fait d’être à l’aise dans sa propre peau.

On peut adorer le fait qu’ils ouvrent Never Give Up avec une chanson d’introduction – « Hello and Welcome », dans laquelle Caron et Niles partagent leurs voix sur le bonheur qu’elles ont à se défouler et à agrémenter nos collectives oreilles. L’entame sur ce ritre est comme un coup d’accélérateur sur une Plymouth Road Runner de 1970. « We’re Partner…We’re not foolin’ around », chante Caron. Ces riffs ne le sont certainement pas, et « Rock Is My Rock » est plein d’accords de puissance et de percussions menés de mains de maîtres. Caron et Niles chantent comment le rock and roll les maintient à flot non seulement dans les moments difficiles, mais comment il peut nous sortir du funk que cette folle année a laissé sur le monde comme un filet oppressant. « Je ne voudrais pas imaginer un monde sans rock » I wouldn’t want to imagine a world without rock) chante Niles. Qui peut s’opposer à cela ?

Le chant de Caron prend une tounure bluesy sur « The Pit », une chanson qui parle de lâcher prise sur tout ce qui vous retient. « Honey », unecomposition sur la guitare de Caron est, à juste titre, pleine de gros riffs de guitare. « Cette guitare sonne comme du miel qui tombe » (This guitar sounds like honey going down), chantent-ils, et ils ont raison de le faire tant c’est une vérité avérée. « Big Gay Hands », un de leurs morceaux préférés sur scène, est un titresexy, transpirant, qui parle de ces armes à six cordes qui les animent.

« Good Place to Hide (at the Time) » rappelle un peu Rush, dont les influences sur Partner sont connues, avec ses chants en écho, ses changements de signature temporelle et ses riffs space-rock. « Roller Coasters (Life Is One) » est une ballade d’opéra rock au piano qui parle de naviguer dans la folie de 2020 et du monde en général. « Au cœur de chaque jour se trouve une toute nouvelle surprise, effrayante et douce » (At the heart of each day lies a brand new, scary, sweet surprise), chante Caron.

« Je ne pourrais pas me souvenir de mon code postal si j’essayais » (couldn’t remember my postal code if I tried), chante Partner sur « Couldn’t Forget », un titre plein d’entrain sur la mémoire et l’auto-illusion, avec un accent country pour faire bonne mesure. L’attaque des prccussions de de Simone TB sur « Here I Am World » sera, elle, très subtile en nous rappelant un peu les premiers temps de « Raptur » » de Blondie. Caron chante sur le fait de saisir chaque parcelle de joie et Niles nous rappelle que chaque jour est un cadeau précieux. Cela résume assez bien le thème de l’album et la meilleure façon de passer cette année de folie. Le disque se termine avec le puissant « Crocodiles », dans lequel Partner nous prévient que de nombreuses bêtes (souvent créées par nous-mêmes) nous guettent pour nous rattraper dans leur gueule si nous les laissons faire.

Never Give Up est le coup de pouce métaphorique dont nous avons tous besoin en ce moment et, sans aucun doute, l’un des albums les plus édifiants de l’année. Son message y est on ne peut plus clair : «  Gardons l’esprit ouvert ».

***1/2


The Dirty Nil: « Fuck Art »

11 janvier 2021

L’ingrédient clé de la formule rock ‘n’ roll de The Dirty Nil est une touche d’humour. C’est un groupe qui ne se prend pas trop au sérieux et cette notion est omniprésente sur leur troisième LP, Fuck Art, une collection de 11 chansons qui oscillent entre pop-punk/rock anthemique, sous-entendus grunge et breakdowns thrash metal inspirés par Slayer (sic !).

Sur le plan thématique, le dernier album de la formation ontarienne contient une réflexion sur les dernières pensées d’Elvis lorsqu’il est mort aux toilettes, le narcissisme des médias sociaux, le traitement des pires maux de tête provoqués par la mère de toutes les gueules de bois, le vol de vélos et la jalousie musicale aiguë, pour n’en citer que quelques-uns. Fuck Art n’est pas un disque de comédie même s’il y a une nature joviale dans la façon dont les Dirty Nil abordent leurs chansons, car sa nouveauté n’est pas destinée à éclipser le véritable sentiment de l’album.

Toutefois, si vous vous demandez pourquoi Slyayer, voici la réponse « Doom Boy » ouvre Fuck Artsous un barrage de riffs métalliques tordus, qui fusionnent avec des chants hymniques et un refrain pop-rock massif. Selon le chanteur/guitariste Luke Bentham, le morceau a été inspiré par leur camionnette de tournée et la bande-son limitée à plusieurs heures de route : « C’est basé sur la Dodge Caravan noire de ma mère que nous parcourons tous ensemble. Et nous avons effectivement écouté « Reign in Blood » de Slayer parce que c’était le CD qui était coincé dans le lecteur ». Un autre détournement de Slayer se manifeste avec « Ride or Die »  avec un ravail sur le métal, les tpercussions et une influence centrée sur Bonnie et Clyde qui confèrent au titre une immédiateté débordante.

Bien que le reste du disque ne s’appuie pas tant sur les titans du heavy metal,l’album contient toujours un gros morceau de riffs gras et stupides et une turbulence qui évoque les images mentales des chants de masse et des foules de festival. « Possession » est morceau sur lequel n’importe quel combo pourrait jongler dans un stadet et on pourrait en dire autant de l’enchevêtrement sonique qu’est « Done with Drugs ».

Fuck Art , ailleurs, se situe à la frontière entre pop, punk, rock et grunge ; « Hello Jealousy » fait des étincelles avec d’énormes percussions et un ensemble encore plus grand de riffs à grande vitesse, tandis que « Damage Control » oscille entre le rock noueux et le grunge lent et chatoyant. « Hang Yer Moon » est la chanson qui distille la notion de gueule de bois, qui est caractérisée par une ligne de basse lourde qui imiterait le malaisequ’on éprouve après avoir bu un peu trop de bières, le défi qu’on se lance de ne pas vomir, et bien sûr, le mal de tête qui écrase le crâne, grâce à un riff métallique.

Un peu bête, lourd de riffs et la langue bien enfoncée dans la joue, Fuck Art est une distraction bienvenue pour l’après 2020 et le nettoyage de 2021, quelle que soit la teneur de cette nouvelle année.

***1/2


Chris Cornell: « No One Sings Like You Anymore »

7 janvier 2021

Peu, si ce n’est personne, ne peut enregistrer des reprises et les adapter comme Chris Cornell pourrait le faire. C’est ce qu’il avait déjà constaté en 2007 en transformant « Billie Jean » de Michael Jackson et en reprenant les innombrables reprises qu’il avait faites lors de ses tournées acoustiques en solo – « A Day In The Life » des Beatles et le mashup Metallica/U2 de « One » viennent tous deux à l’esprit. Alors que son interprétation inédite du classique de The Guns N’ Roses, « Patience », est en tête des hit-parades et des meilleures listes de l’année, sa succession a tranquillement mis au point sa dernière sortie posthume, No One Sings Like You Anymore. L’album surprise est une collection de pochettes qui porte un titre approprié, non seulement pour le poids qu’il représente dans l’héritage de Cornell, mais aussi pour la simple raison que même lorsqu’il interprète les œuvres des autres, son art est tout simplement inimitable.

La voix de Cornell s’ouvre sur une reprise folk-pop de « Get It While You Can » de Janis Joplin et entre dans un paysage sonore unique et moderne avec un ton qui donne froid dans le dos. Le morceau a une certaine vibration cinématographique, comme s’il avait été commandé pour un film, et on dirait qu’il aurait été un succès assuré à la fois sur les radios rock et pop. Même la pochette la plus forte de l’album, « Get It While You Can », ne donne pas le ton du disque tout en chevauchant avec succès le rock, la pop alternative et le folk. On pourrait en dire autant de « Sad Sad World » de Ghostland Observatory, de « Jump Into The Fire » de Harry Nilsson et de « To Be Treated Rite » de Terry Reid

Bien qu’il n’y ait pas une seule « cover » qui soit faible sur No One Sings Like You – comment quelque chose avec cette voix pourrait-elle ne pas être ecellente ? – Il y a quelques arrangements qui permettent simplement d’obtenir une performance plus puissante et de briller sur l’ensemble du disque. Le premier, bien sûr, est l’acoustique « Patience », qui a pris d’assaut le monde au début de l’année. L’adaptation du tube de GNR par Cornell ajoute une couche d’obscurité couveuse dans un paysage sonore rayé et austère mené principalement par une guitare acoustique chaude et son chant mélodique graveleux. On pourrait en dire autant de sa reprise de « Nothing Compares 2 U », écrite par Prince et rendue célèbre par Sinéad O’Connor. Si rien ne pourra jamais dépasser ses débuts en live sur SiriusXM à partir de 2015 (on pourrait oser dire que que même Prince ne le pourrait pas), cette version studio inédite de la reprise est tout simplement époustouflante. Bien sûr, il va sans dire que « Watching The Wheels » de John Lennon et « You Don’t Know Nothing About Love » de Carl Hall offrent tous deux des performances supplémentaires qui font sensation.

Au cours de ses dix titres, No One Sings Like You Anymore est un fantastique album qui clôt l’année, une sortie surprise et inattendue. Bien que j’espère que d’autres titres originaux ne seront pas encore sortis du coffre de Cornell, cet album prend un chemin différent et se présente comme une collection soigneusement préparée de ceux qui ont inspiré Cornell, en particulier dans sa dernière carrière solo, axée sur l’acoustique. Dans cette optique, il est difficile de trouver quelqu’un qui puisse se mesurer à Prince avec une telle qualité et qui puisse ensuite faire de même avec des artistes comme Lennon et d’autres icônes. De plus, si vous regardez de près la pochette de l’album, on remarquera qu’il y a écrit « Volume One », ce qui est un teaser passionnant pour un éventuel album ultérieur dans la même veine, quelque chose que nous pourrions tous soutenir. Quoi qu’il en soit, No One Sings Like You Anymore est la première collection d’œuvres presque totalement inédites de Cornell depuis sa disparition tragique, et elle constitue une base incroyablement solide pour les futures sorties. Comme toujours, rien n’est comparable à Chris Cornell.

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Taylor Swift: « Evermore »

17 décembre 2020

Sortir un album sans avertissement est, en soi, un exploit que peu de gens tenteraient de faire une fois. Le faire deux fois en cinq mois est à la fois insondable et inouï, même dans les années les plus ordinaires. Heureusement pour nous, Taylor Swift ne s’est jamais contentée d’être un artiste ordinaire.

Après la sortie de Folklore désormais acclamé par la critique, Swift s’est retrouvée à la croisée des chemins : sort-elle des bois et retourne-t-elle en territoire familier, ou choisit-elle d’embrasser l’inconnu, aussi effrayant soit-il ? Swift a choisi la seconde option, s’aventurant plus loin pour découvrir les fables qui scintillent dans ses rêves les plus brillants et ses cauchemars les plus sombres. Le catalyseur de cette exploration est devenu le pendant du folklore et le 9ème album studio de Swift.

Comme toutes les sœurs, ces deux albums montrent les différentes facettes de Swift et de ses efforts créatifs ; là où Swift naviguait dans de nouveaux choix stylistiques sur le folklore, elle l’embrasse de tout cœur. Plutôt que de faire une copie carbone de folklore, elle a créé sa sœur plus libre et plus turbulente en jouant avec ce qu’elle a appris et construit au cours de ses huit albums précédents. Là où le folklore était un écart sonore par rapport aux sept premiers albums de Swift, elle les lie de plus en plus, en tirant les inoubliables crochets qui se sont construits entre son album éponyme, Fearless et Speak Now, la production en couches de 1989, les époques de la réputation et des amants, et les paysages sonores intimes créés sur Red et le folklore. Cela se retrouve plus que jamais dans « Willow », 

« Long Story Short » et « Gold Rush », toutes des chansons qui pourraient être déposées n’importe où dans la discographie de Swift et trouver des compagnons dans des chansons comme « Delicate », « Untouchable » et « You Are In Love ».

Au fur et à mesure que la suite du folklore se déroule, on voit clairement où les deux diffèrent. Swift s’est de plus en plus investie dans le processus de création d’un nouvel album qu’elle a découvert sur le folklore en se félicitant de la liberté qui vient en ne se limitant pas à faire des tubes radiophoniques. Elle danse entre les genres et se retrouve à revenir à ses racines country en faisant équipe avec les soeurs HAIM, à comploter contre un adultère dans la chanson « no body, no crime » inspirée de « Goodbye Earl » des Chicks et à utiliser ce qu’elle a appris à l’époque de Nashville pour écrire le vague « cowboy like me », un cours de maître sur la narration et la construction de récits country qui comprend une harmonie vocale de rêve de Marcus Mumford.

Ce n’est pas pour rien que Swift a été considérée comme la conteuse la plus prolifique de cette génération, grâce à sa détermination à se métamorphoser à chaque nouvel album sorti depuis ses débuts en 2006. Sa capacité à élaborer habilement des contes et à tisser des personnages complets et complexes dans un morceau de 4 minutes est inégalée et cela ne pourrait être plus clair que dans « Marjorie », une dédicace à la grand-mère de Swift qui est décédée lorsqu’elle avait 13 ans. Swift, anxieuse face à la présence persistante de sa grand-mère dans sa vie : « Ce qui est mort n’est pas resté mort / tu es vivant dans ma tête » (What died didn’t stay dead/you’re alive in my head), déclare avec un grand essoufflement que les regrets que beaucoup d’entre nous éprouvent lorsque des êtres chers passent sur un pont devraient être considérés comme l’un des meilleurs de Swift dans sa discographie.

Tout comme la sœur de l’album, les collaborateurs de Swift ont leurs empreintes partout, Aaron Dessner produit une grande partie de l’album, et The National a enfin son propre reportage sur la poignante et introspective « Coney Island ». Justin Vernon de Bon Iver revient avec un autre duo pour clore l’album, les accroches et le lyrisme contagieux de Jack Antonoff reviennent sur des chansons comme « gold rush » et « ivy » et William Bowery (le petit ami de Swift, Joe Alwyn) co-écrit également trois titres.

Avec un aperçu d’un amour dilué créé par la proximité dans « tis the damn season », un niveau déséquilibré de pouvoir et d’amour dans « tolerate it », et l’apprentissage de l’évolution d’une relation détruite avec beaucoup de grâce dans « happiness », evermore dans son ensemble ne devrait pas être entendu comme une comparaison directe avec le folklore mais comme la continuation d’une histoire plus grande – une histoire où Swift joue avec de nouvelles structures, des techniques de narration, et où elle étudie où elle peut mener sa carrière après qu’elle soit prête à quitter les bois.

Sur la chanson titre et la chanson de clôture de l’album, Taylor chante « it was real enough/To get me through ». Avec une lueur d’espoir et des lueurs d’optimisme que l’on retrouve tout au long des deux albums, grâce à Taylor et à son cerveau fantasque et terriblement brillant, on peut dire sans crainte que 2020 n’a pas été un gâchis complet : il nous a apporté cette œuvre qui a été créée en grande partie à cause de l’isolement et qui est censée être écoutée comme une forme de réconfort. C’était assez réel pour nous le faire passer.

***1/2


The Bats: « Foothills »

15 décembre 2020

The Bats approchent de leur 40° année de « vie commune » en sortant, sans surprise apparemment, un autre morceau de perfection pop. Leur constance – terme qui peut, ici, être interprété comme un léger compliment – reste étonnante. En quatre décennies, ils ont conservé la même formation, un son à peu près identique et une capacité à sortir des albums dans un endroit tranquille avec peu de baisse de qualité. Foothills arrive à l’improviste (les doux grondements de la Nouvelle-Zélande prennent leur temps pour faire un tour du monde), mais il perpétue la tradition du groupe, utilisant leur son de longue date et leur sens aigu de la mélodie pour raconter de nouvelles histoires à la hauteur de leurs précédents tefforts

Le manque d’innovation ennuierait la plupart des groupes, ou du moins les oreilles de leurs auditeurs, mais les Bats parviennent à maintenir l’intérêt des « revisites ». Le rôle initial du groupe dans le développement de l’identité de Dunedin Sound et de Flying Nun s’est transformé en celui de la préservation de cette identité (le rôle du frontman Robert Scott dans The Clean consolide le lien). Le son s’articule autour du cliquetis lo-fi, qu’il soit au service de rockers enjoués ou de sons plus nostalgiques. Il y a quelques années, une lune bleue s’alignait avec la Croix du Sud et le quatuor réapparaissait comme des criquets tintant pour nous rappeler à quel point ils sont tranchants.

Cette fois-ci, ils sont venus avec le premier « single » « Warwick », l’un des morceaux les plus rythmés de l’album. Le groupe ajoute des lignes de guitares à la propulsion régulière et fait appel à la voix de Kaye Woodward pour rejoindre celle de Scott. La chanson suggère un monde joyeux, tant dans son ton que dans ses paroles, qui parlent de rêves à moitié oubliés et de possibilités imaginatives. En même temps, elle résiste au confort facile. Les rêves s’envolent et les fragments de mémoire peuvent s’effondrer et, si les chauves-souris créent un espace légèrement surréaliste, cena ne fait que justifier ce « tourisme onirique ».

Le titre suivant, eBeneath the Visore, équilibre le son. Le groupe fait descendre le spectacle en offrant un voyage sur l’île où dorment les soucise. Quand Scott chante « Beneath the visor/ The sun comes through/ I’m none the wiser/ With you » (Sous la visière/ Le soleil passe/ Je ne suis pas plus sage/ Avec toi), il reprend une idée de « Warwick ». Là-bas, il a suggéré que nous pouvons manquer l’arrivée de la lumière du jour ; cette fois, c’est une bonne nouvelle car il est perdu dans ses rêveries avec quelqu’un. Les chansons servent de médiateur entre des expériences fantaisistes, empruntant des voies différentes mais suggérant toutes deux les capacités prometteuses de la créativité active.

Cette expression a l’air de s’épanouir. Que le groupe jette un regard lyrique plus sombre ou plus lumineux sur le monde, il fournit surtout un coussin sonore. Même la guitare plus aiguisée du « single » « Another Door » fournit plus un cadre qu’un élément de choc (bien qu’il y ait un peu de bousculade). Il faut cependant faire attention aux détails pour que ce genre de musique fonctionne. The Bats savent exactement quel ton de guitare utiliser, quelles textures mettre derrière leur musique, et même quelles notes soutenues utiliser pour maintenir une ligne dans une image en mouvement. Des morceaux comme « Another Door » cherchent à s’échapper, mais ce que le groupe fait en réalité, c’est de pousser plus loin dans leur monde.

L’innovation n’a pas été le point fort du groupe pendant de nombreuses années, mais elle n’a pas plus d’importance aujourd’hui qu’elle n’en a jamais eu. Ils jouent avec une précision décousue et un formalisme désinvolte qui, même après quatre décennies, continue de sonner neuf, même si l’on peut y retracer une longue histoire musicale à l’heure actuelle. The Bats sont sortis en 2020 et s’ils sonnent comme ce qu’était le lablel Flying Nun

il y a quelques années. Maintenant que tout cela vient à grandir, ce n’est pas seulement une bonne chose – c’est un spectacle impressionnant.

***1/2


Thee Holy Brothers: « My Name Is Sparkle »

25 novembre 2020

Thee Holy Brothers, l’auteur-compositeur-interprète Marvin Etzion (alias « Buddy Holy ») et le chanteur/multi-instrumentiste Willie Aron (alias « Johnny B. Holy » » ont conçu un premier album profondément convaincant. L’auteur-compositeur américain Paul Zollo, rédacteur en chef, a décrit la chanson titre de l’album comme « un miracle de la chanson », avant de poursuivre en s’enthousiasmant : « C’est un travail sérieux d’écriture et d’enregistrement, mais non sans une bonne dose d’humour sacré ».

À ce propos, il explque sueMy Name Is Sparkle est une expérience ambitieuse qui intègre le laïque et spirituel, l’histoire d’un personnage androgyne nommé Sparkle qui est à la recherche de Dieu. L’album est une pièce en deux actes et sur le format numérique dans lequel nous incluons le morceau de clôture original  « The End
of Suffering » pour laquelle Paul Buckmaster s’était chargé de l’écriture estinée à être interprétée en quartet. Malheureusement, cela n’a pas eu lieu, mais l’album en soi
a deux pistes incluses dans la version numérique.

Sparkle se rend à Jérusalem, la capitale spirituelle du monde, pour retrouver Elvis., il envisage le suicide, mais finit par poursuivre sa quête.

Dans une chanson clé, « If God Let Go », Sparkle pose la question ultime de l’oeuvre : « Que se passerait-il… si Dieu lâchait tout ? Est-ce que tout s’effondrerait ? Serait-il toujours sombre ? » (what would happen…if God let go of everything? Would it all fall apart? Would it always be dark?) Dans un monde déconnecté mais tout autant dur un mode qui n’est pas virtuel, les questions posées par Sparkle sont plus pertinentes que jamais.

Ce drnier conclut son voyage en chantant « si c’est toi Dieu, continue de m’écraser » (if it is you God, keep crushing me ) sur le titre « Keep Crushing Me ». C’est peut-être là que nous en sommes dans notre voyage en tant que race humaine, car des centaines de milliers de personnes meurent sans cause, par exemple le COVID dont l’origine peut être aussi bien une erreur humaine qu’une intervention divine qui nous oblige à nous fermer et à reconsidérer notre façon d’avancer vers le 22e siècle ?

À la fin de la ce qui peut être considéré comme une pièce, Sparkle est en paix, sachant que « la fin de la souffrance est dans votre cœur » (he end of suffering is in your heart.). Aussi difficile que la vie puisse être, Sparkle choisit de vivre, choix que chacun chacun de nous fera ; vivre tant que nous sommes en vie.

Auteur de la musique, James Gadson (Marvin Gaye, Bill Withers, Beck) est le batteur. James Gadson a été produit par Jeff Peters (Beach Jeff Peters Boys) et masterisé par Sean Magee (The Beatles) aux studios Abbey Road.

La critique musicale du Coachella Valley Weekly, Eleni P. Austi Coachella Valley Weekly n déclare : « Thee Holy Brothers ont façonné un album impressionnant et ambitieux qui fait véritablement écho à des pierres de touche dévotionnelles comme All Things Must Pass de George Harrison et Who Came First de Pete Townshend ».

« Chaque fois que nous chantons ces chansons ensemble, c’est comme si une autre voix que nous deux entrait en scène – presque comme si une troisième entité émergeait », dit Etzion.Ce sur quoi Willie Aron ajoute : « Nous sommes vraiment attirés par la puissance et l’intimité de nos deux voix, car elles sont le véhicule idéal pour la nature ardente de ces chansons. »

Marvin et Willie se sont rencontrés il y a plusieurs décennies chez Aron’s Records à Los Angeles, lorsque Willie était lycéen et que Marvin travaillait derrière le comptoir comme vendeur. Une admiration mutuelle pour les Who les a liés. En l’espace de quelques ans, Marvin a été co-fondateur des pionniers du cowpunk Lone Justice, tandis que Willie a été un membre fondateur de l’innovateur folk￾rock The Balancing Act.

Marvin est un chanteur, un auteur-compositeur et un producteur de disques nommé aux Grammy Awards. Il a collaboré avec des artistes emblématiques tels que Counting Crows, Peter Case, Voice of the Beehive, et bien d’autres.

Willie est devenu un compositeur primé de films et d’émissions de télévision et est un musicien/producteur de session pour des artistes tels que Victoria Williams, Syd Straw, Peter Himmelman et Rickie Lee Jones. Willie fait le portrait d’un membre du célèbre équipage de démolition dans le biopic Love and Mercy sur le fondateur des Beach Boys, Brian Wilson. Marvin et Willie n’ont jamais vraiment envisagé d’enregistrer un album ensemble jusqu’à ce que leur rabbin les appelle Thee Holy Brothers lors d’un service au temple.

« The » a été remplacé par « Thee »,et les répétitions ont rapidement suivi. Lors de leur premier spectacle, Thee Holy Brothers a reçu de grands encouragements le soutien de nul autre que Leonard Cohen, leur ami et collègue du temple Leonard Cohen. Marvin et Willie ont testé de nombreuses chansons de l’album dans les clubs de L.A. Ils ont également joué dans des endroits très convoités au Calgary Folk Festival au Canada. Le Calgary Herald a écrit : « Thee Holy Brothers… [était] l’un des plus beaux cadeaux du festival. »Après une gestation prolongée de plusieurs années, en raison de la double tragédie de la perte d’une famille et d’une grave maladie, My Name Is Sparkle est enfin de sortie, un « enfin » qui est marque de soulagement.

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Tim Minchin: « Apart Together »

23 novembre 2020

Quel était votre film préféré quand vous étiez enfant ? Avez-vous chanté chaque mot lorsque la comédie musicale est apparue ? Qui ne l’a pas fait ? et, à cet égard, nous devons remercier Tim Minchin pour cela. Roi de l’écriture musicale, Minchin a décidé de sortir de sa zone de confort et de sortir son premier album pop solo. Il a peut-être vendu le Royal Albert Hall, mais peut-il vendre son nouveau disque ?

Apart Together est un album qui restera certainement dans le cœur de Minchin, avec de nombreuses références personnelles et des histoires tirées de ses expériences de vie. Il n’y a pas de personnages derrière lesquels se cacher et les paroles de ses récits expliqueront certainement chaque centimètre de ses pensées.

Beaucoup de ces morceaux sont raisonnablement longs pour des chansons pop, la plupart d’entre eux allant de 4 à 6 minutes. Cependant, vous pouvez entendre les capacités musicales de Mangin dans chacune d’entre elles car l’orchestration produit une atmosphère qui ne peut être imaginée qu’en direct et crée des souvenirs édifiants qui non seulement empêchent la possibilité d’une trop grande répétitivité causant l’ennui mais vous emmènent dans un monde d’émerveillement.

On se surprend presque à se demander comment on a pu écouter une chanson de cinq minutes sans vérifier combien de temps il restait. « I’ll take Lonely Tonight » et « The Absence Of You « en sont deux exemples clairs, car ils commencent par de belles mélodies pour piano, à la fois mûres et simples, qui se transforment en de magnifiques chefs-d’œuvre d’atmosphère orchestrale. 

Malgré l’orchestration de ses instruments qui chantent magnifiquement tout au long de chaque morceau, sa force vocale n’est peut-être pas à la hauteur de ce que l’on attendrait. Avec une touche country unique, son falsetto dans « Leaving LA » et « If This Plane Goes Down » n’est pas exactement celui d’une personnalité comme Sam Smith. Cependant, la chanson « If The Plain Goes Down » elle-même détourne notre attention de ce sujet car elle vous fait vraiment réfléchir à la façon dont vous voulez que votre héritage vive après votre départ, en remettant en question votre moralité et la façon dont les gens vous perçoivent. 

Cet album n’est pas seulement rempli de grands instruments et de jolis accompagnements au piano, Minchin s’exprime parfois à travers des lignes de basse et de synthétiseur funky qui nous donnent une pause bien méritée et nous montrent comment s’amuser. « Talk Too Much », « Stayed Too Long » et « Airport Piano » font exactement cela, donc si vous voulez quelque chose qui vous fasse lever, alors ce sont certainement les chansons qui vous aideront. Même dans le morceau  « Apart Together », la ligne de trompette produit une aura douce pour nous. Il est toujours audacieux pour quelqu’un de sortir de sa zone de confort, mais Tim Minchin a prouvé une fois de plus qu’il est un touche-à-tout, zone de confort ou pas. 

***1/2


Palace Winter: « …Keep Dreaming Buddy »

14 novembre 2020

Le son élégant et jeune de Palace Winter est exactement le genre de chose qui calme les nerfs alors que la nuit approche et que la chaleur de l’air se libère pour un temps qui nécessite de se couvrir. Heureusement, le groupe a le bon nom pour correspondre à la musique de son dernier album Keep Dreaming, Buddy, sorti chez Tambourhinoceros en vinyle, CD et téléchargement.

Leur musique capture des morceaux électro trippés, apparemment assemblés de manière habile avec une production propre comme un sifflet, tout en capturant des basses profondes, des refrains colorés et de larges constructions de chansons qui plairont sans aucun doute à l’élite du rock dans la foule. « Monument Phase » se fraye un chemin jusqu’à la première place grâce aux comparaisons de Spacemen 3, alors que des claviers à décalage progressif illuminent le développement de la chanson, « Won’t Be Long » répète l’exploit posé devant lui avec un refrain hypnotique et doux tout en fredonnant des motifs de guitare floue qui ajoutent une couche supplémentaire de sophistication à la piste.

Rembobiner l’horloge avec un morceau intitulé « 1996 » pourrait faire réfléchir à des jours plus vertueux, des jours d’innocence et d’exploration. Il semblerait donc que cette année, le groupe l’ait fait avec un morceau apparemment influencé par les vibrations de l’heure d’été qui impliquent un saxophone soul. « Keep Dreaming Buddy » est un morceau électro-instrumental acoustique aux claviers lisses qui mène joliment au morceau qui tue sur l’album The Deeper End. Sonnant comme un croisement entre Primal Scream, les Spacemen 3 mentionnés ci-dessus et le chant de Jason Lyttle, le morceau se construit doucement en un crescendo de coeur, alors que des cloches d’église peuvent être entendues au milieu du masterblast qui brûle lentement.

L’un des derniers morceaux de l’album, « Rose », semble avoir été influencé par un autre groupe légendaire qui a utilisé des synthèses de moog à son avantage,  « World Of Twist » et leur délicat et mystérieux morceau « The Lights ». Il semblerait que Palace Winter soit en bonne compagnie avec leur première sortie depuis plus de deux ans. Les efforts qu’ils ont déployés pendant de longues années ont été salués par tous, ce qui devrait leur permettre de se faire une place de plus sur la carte rythmique des merveilles mélodiques de haute performance.

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Catherine Anne Davies & Bernard Butler: « In Memory Of My Feelings »

1 novembre 2020

Comme le dit le vieil adage, les meilleures choses valent la peine d’être attendues. En ce qui concerne In Memory Of My Feelings, cette attente s’est étendue sur six longues années.

Catherine Anne Davies enregistre de la musique sous le nom de The Anchoress depuis 2013, et a collaboré et tourné avec des artistes tels que Simple Minds, Paul Draper et Manic Street Preachers (c’est Davies qui joue en duo avec James Dean Bradfield sur la chanson Manics Dylan & Caitlin). Bernard Butler, bien sûr, est l’ancien guitariste de Suede devenu producteur réputé, et quand il a rencontré Davies pour la première fois il y a un peu plus de dix ans, les deux hommes ont commencé à écrire quelques chansons ensemble.

Et puis… silence. La grande majorité des chansons que le couple a achevées ont été enregistrées en 2014, mais après une succession de contretemps de la part de diverses maisons de disques, l’album semblait destiné à rester sur les tablettes. Ce n’est que lorsque le radiodiffuseur et journaliste Pete Paphides a créé son propre label Needle Mythology que le projet a été relancé, et In Memory Of My Feelings est maintenant devenu la première sortie officielle du label.

Il n’est pas surprenant pour quiconque connaît les précédents travaux de Davies et de Butler que cette rencontre particulière semble tout à fait naturelle. Les riffs de guitare de Butler n’ont jamais sonné aussi fougueux depuis les débuts de Suede, et les chansons de Davies sont intenses, passionnées et intemporelles. Il n’est pas exagéré de dire que l’alchimie musicale que le duo produit sur cet album est proche de l’alchimie.

Il commence avec « The Breakdown », un premier titre au rythme lent et à l’atmosphère sombre, mais c’est lorsque les riffs insensés de Butler donnent le coup d’envoi de « Ten Good Reasons » que l’album prend vraiment son envol. Il y a une rage contrôlée qui pullule à travers ce morceau et les suivants « Sabotage (Looks So Easy) » qui saisit vraiment l’auditeur par la peau du cou dès les premières notes.

Il y a aussi de merveilleux arrangements musicaux à écouter tout au long du disque – la chanson titre a de glorieuses mélodies plongeantes et des changements de temps soudains, tandis que le superbe « I Know, » l’un des meilleurs morceaux de l’album, a une touche vintage et pleine d’âme qui rappelle le travail de Butler sur le premier album de Duffy. La voix de Davies est ici à son meilleur, tandis que la guitare douloureuse de Butler lui sert presque de chorale.

Il y a une touche de Du Blonde dans l’arrogance terreuse de « Judas », tandis que le duo se montre tout aussi habile à manipuler les émois u coeur dans « The Patron Saint Of Lost Causes, » le genre de chanson qui est parfaite pour s’asseoir et se vautrer quand on s’apitoie sur son sort. Ce dernier morceau comporte également une section de cordes qui rappelle les vieux amis de Davies, Manic Street Preachers.

On ne sait pas encore si nous verrons un jour une autre collaboration Davies/Butler (bien qu’un nouvel album d’Anchoress soit prévu dans un avenir pas trop lointain). Si cela doit être le seul résultat de ce partenariat, les deux parties peuvent être assurées d’avoir produit l’un des albums qui compteront pour le bilan de l’année et ce, malgré sa longue période de gestation.

***1/2