Kiwi Jr.: « Football Money »

Kiwi Jr. fait partie intégrante de la scène musicale indépendante de Toronto. Avec Brian Murphy, qui fait le double service à la basse avec Alvvays et à la guitare avec Kiwi Jr ils partagent ainsi un penchant pour les guitares qui cliquettent, mais c’est là que s’arrêtent toutes les comparaisons.

Le premier album du groupe, Football Money, est rempli de rock universitaire des années 80 et de rock indépendant des années 90. Il ne fait aucun doute qu’il incitera les paresseux à adopter ce combo comme si il leur appartenait. Cela tient en grande partie à la voix acerbe de Jeremy Gaudet, que l’on peut confondre avec celle de Stephen Malkmus, mais même dans sa forme la plus blasée, cette cadence ajoute une formidable juxtaposition aux mélodies acérées et aux structures de chansons astucieuses d’un Kiwi Jr. dont, l’album, malgré ses 27 minutes, excède largement le temps d’accueil qu’on pourrait lui accorder

La vie métropolitaine a certainement déteint sur son leader. C’est un parolier observateur qui arpente son environnement avec l’esprit le plus sec, en particulier la difficulté de s’adapter à l’âge adulte à Toronto. Kiwi Jr. Souhaite sur son opus nous aider à nous orienter d’une manière assez doucement caustique comme ils le suggèrent sur « Swimming Pool » où ils nous incitent à relativiser en nous expliquant que, si jamais ça tourne mal, il ne reste qu’à rêver simplement de vse détendre avec Brian Jones au bord d’une piscine piscine.

Qu’il s’agisse du point de vue de la vie dans les grandes villes ou de la façon dont il nous rappelle la musique d’antan, Football Money s’avère être un opus vraiment délicieux.

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Halsey: « Manic »

Halsey, comme beaucoup de pop stars, a un personnage bien précis. Son personnage a évolué avec chacun de ses albums conceptuels, de la princesse dystopienne aux cheveux bleus qui a fait ses débuts avec Badlands en 2015, à la fée blonde bisexuelle Roméo/Juliet trouvée sur son Hopeless Fountain Kingdown de 2017. Grâce à sa relation très médiatisée avec le célèbre rappeur G-Eazy, également connu sur Internet, elle a joué le rôle de la petite amie rock star au look de cuir et a pris la décision de lancer elle-même son nouveau personnage : Ashley Nicolette Frangipane.

Manic est son album le plus personnel à ce jour. Le titre d’ouverture, « Ashley », nous présente la personne qui se cache derrière les personnages. Immédiatement, elle vous fait savoir que cette version ne peut être ni épinglée ni simplifiée. « Ashley » »utilise le pitching vocal pour créer une distorsion et un chaos avant de vous introduire dans une mentalité dichotomique de dégoût et de plaisir de son temps de gloire. Ces points de vue contradictoires se retrouvent dans l’album qui, comme le titre pourrait le laisser entendre, reflète son expérience de bipolaire. « Ashley » se termine par un extrait de l’album Eternal Sunshine of the Spotless Mind pour contrecarrer l’idee qi’elle n’est rien de plus qu’un concept. Ainsi, elle rend hommage à Clémentine avec un rendu à la fois déprimé et pince-sans-rire des sautes d’humeur et de la spontanéité qui font sa réputation.

Les émotions puissantes qui caractérisent cet épisode manique guident ses actions et agissent comme lun précipice pour tubes radiophoniques « Graveyard » et le premier « single » « Without Me » par exemple. « Graveyard » raconte son dévouement à un amant toxique qu’elle était prête à suivre jusqu’au bout du monde et « Without Me » fait office de suite, montrant que, même si elle a continué à essayer de les sortir de la tombe qu’ils avaient eux-mêmes creusée, elle a finalement dû se choisir elle-même. « You Should Be Sad » traite directement de sa relation avec G-Eazy, se déroulant comme le genre de lettre que l’on écrit avec rage et que l’on glisse dans un livre pour l’oublier.

Manic présente, à ce titre, plusieurs interludes d’Alanis Morissette, Dominic Fike et SUGA (de BTS). Ils ne se distinguent pas par eux-mêmes, mais contribuent à structurer et à scinder un album assez intense. La force réside ici dans les chansons enfouies dans la seconde moitié, où elle laisse s’effriter son anti-persona. « Finally // Beautiful Strange » » est, à cet égard, un confessionnal acoustique et dépouillé qui explore l’ouverture après une relation toxique. Elle se fond pour cette personne, mais a encore des problèmes avant de dissimuler ses sentiments sousdes sarcasmes. « 929 » clôt l’album par une réflexion sur sa vingtaine et sa célébrité. Elle rebondit sur la responsabilité morale qui découle de sa base de fans adolescents, de ses amants sans nom et de son père absent, en paroles rapides. « Qui suis-je, j’ai presque 25 ans » » réfléchit-elle avec le genre d’énergie frénétique et d’anxiété qui caractérise une crise de quart de vie.

Le titre phare de l’album sera le déchirant confessionnel « More » » Dans un discours émouvant prononcé lors du Blossom Ball de 2018, Halsey a parlé de son combat contre une fausse couche et l’endométriose. Elle a également fait savoir à quel point la maternité est importante pour elle et combien elle la souhaite, surtout à la lumière de ces expériences effrayantes. C’est l’un de ces rares morceaux qui vient du fait de permettre une vulnérabilité totale. C’est obsédant, déchirant et d’une beauté à couper le souffle. Qui va bien plus loin que la pop stricto-sensu

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Pinegrove: « Marigold »

Le quatrième album de Pinegrove à ce jour, Marigold, reprend là où Skylight s’est arrêté et nous présente le groupe au sommet de sa forme. En entendant la voix d’Evan Stephens Hall, on a encore une fois l’impression de prendre un bain chaud. De la première inhalation fidèle de « Dotted Line » à la conclusion optimiste et méditative du morceau-titre, on est à nouveau sous cette atmosphères apaisante que le groupe a si souvent si véhiculer.

Leurs paroles sont saines, et assumées telles qu’elles sont, mais les problèmes dont parle Hall – de manière cryptique et plus encore – semblent universels. La vision du monde de Pinegrove est optimiste et il est facile d’y souscrire, chose que « Dotted Line » illustre à merveille. Ils sont d’une sincérité désarmante et Marigold rayonne de chaleur et d’inclusion d’une manière que peu d’artistes peuvent égaler sans qu’un effort concerté de relations publique ne semble nécessaire.

Nous sommes devant un album qui ondule, qui ralentit, puis qui accélère à un moment donné d’une chanson à l’autre ; aucun morceau ne le montre mieux que « The Alarmist » », qui se dépouille au début pour, ensuite, se remettre en marche. Et quand ça gonfle, ça s’envole et cède la place à « No Drugs », une chanson qui transmet un message positif implacable et presque évident.

Au moment où nous arrivons à un bien-nommé « Moment », les guitares étincelantes du groupe font leur apparition, avec une anxiété universelle au cœur de la chanson, à savoir la peur de savoir, ce que l’on doit savoir. Il n’est pas étonnant que ce soit l’un des principaux « singles » qui a précédé la sortie de l’album. « Hairpin » nous ralentit et nous ramène à la case départ de l’autre « single » majeur, « Phase » qui est peut-être la meilleure preuve que Pinegrove reste fidèle à lui-même. « Endless » est, sans soute, le emorceau-phare de l’album, poursuivant les méandres sonores de Marigold, avant d’arriver à « Alcove », qui vous dit tout ce que vous devez savoir surce que peut être un refrain mature, raisonnable et entièrement adulte donnant donne aà Pinegrove une identité bien à lui, alors qu’il est généralement trop facilement comparé à des groupes comme Oso Oso et Microwave.

Si « Dotted Line » est la source de l’inspiration de Marigold, le morceau-titre est un autre de ces titres-pahares. C’est une odyssée de six minutes qui fait suite à «  Neighbour » ; alors qu’une guitare retentit tandis qu’une autre continue de jouer à côté d’elle comme si elle était dans son sillage. Dans un monde qui a mal à être cynique, Pinegrove est tout sauf cela, et Marigold est une lueur d’espoir dans un monde sans espoir.

***1/2

Courteeners: « More.Again.Forever »

Cela fait presque 4 ans que Courteeners a sorti son dernier album, Mapping The Rendezvous, et le groupe enfin est prêt à sortir son nouvel opus, More.Again.Forever. Dont on s’interroge si il est à la hauteur de précédent et de quoi il est le « plus » ou le « à nouveau ».

« Heart Attack » ouvre l’album, au rythme rapide avec un refrain accrocheur et différent des morceaux de Courteeners que ‘on a vus lors les précédents disques. Il Ia été ajouté à la setlist lors des concerts de décembre à l’Olympia Theatre de Londres et à la Manchester Arena et est devenu un plaisir pour le public, et il voit Courteeners prendre une nouvelle direction. Le « single » principal, « Heavy Jacke »t, est le deuxième titre de l’album, un autre point fort de la série actuelle de Courteeners. Un morceau qui est destiné à sonner encore mieux dans les festivals pour les mois à venir.

Le morceau titre verra Courteeners diversifier encore plus son approche sonique, le « spoken word » se marie à merveille avec l’instrumentation avant que le combo ne signe un énorme refrain qui s’inspire des pistes de danse mais devient de plus en plus évident et addictif à chaque écoute.

« Hanging Off Your Cloud » est la chanson que les fans attendaient et elle a d’ailleurs une place prépondérante sur la setlist de Courteeners depuis la tournée d’hiver du groupe en 2018. C’est un titre où le combo expose sa vulnérabilité et qui voit l’introduction d’un orchestre ajoutant encore à sa beauté. « Take It On The Chin » rappelle beaucoup les précédents albums de Courteeners et est destiné à être un des titres-phares du combo ne srait-ce que parce qu’il optimiste dans son message, positif et plein d’énergie.

Le dernier morceau de l’album est « Is Heaven Even Worth It », un autre titre qui voit Liam Fray d sommet de sa fragilité ; c’et un morceau poignant qui réintroduit l’orchestre qui était utilisé dans « Hanging Off Your Cloud ». Calme, il permettra à chacun de réfléchir sur les titres qui le précèdent et qui permettra ainsi de conclure un album parfait et plus proche.

More.Again.Forever voit Courteeners s’éloigner de son son rock masculin et c’est un changement à accueillir à bras ouverts. Avec un équilibre antre haute énergie et morceaux dépouillés, il fait de cet opus sans doute le meilleur album de la discographie du groupe.

***1/2

Poppy: « I Disagree »

Il y a quelque chose d’incroyablement déconcertant dans le fait qu’une voix douce et sirupeuse chante sur des riffs de heavy metal émeutiers et du dubstep noueux au possible, surtout quand cette voix est celle de Poppy et que ses paroles sont aussi sombres. Sur son troisième album studio, I Disagree, l’énigmatique interprète modifie son comportement de poupée pour y inclure un peu plus de colère.

Sérieusement, la quantité de heavy metal, avec des rythmes féroces et grinçants sur des chansons comme la chanson titre de l’album, » Bloodmoney » et « Concrete », plaira aux métalleux et aux amateurs de pop. Peut-être était-ce l’objectif de la mission de Poppy, qui sait ? Mais cela fait partie du jeu de la chanteuse: vous laisser deviner. Et deviner, et questionner, et s’interroger, et aimer.

Poppy, tout en paraissant douce et mystérieuse et en conservant une qualité kitsch et enfantine tout au long de cette sortie, est un démon. C’est un démon qui a des griefs, ses récits pointant largement du doigt la conversation apparemment constante qui entoure sa manière perplexe et particulière.

Poppy glisse et se glisse entre ce sentiment élevé de gfiel et sa douceur plus traditionnelle. Il est également déconcertant d’entendre Poppy chanter ce que l’on pourrait appeler une berceuse pour elle-même sur quelques titres ici comme « Don’t Go Outside », qui est couplé à sa férocité évoluée. Poppy recherche le confort, l’assurance, l’identité, et elle a mis ce message dans une bouteille explosive de textures et d’harmonies complexes.

En diversifiant davantage ses expérimentations mélodiques sur cette sortie, Poppy a trouvé une nouvelle et intrigante façon de vous accrocher à son monde ahurissant. Cependant, étant donné le thème de cette sortie, il semble qu’elle ne veuille pas monopoliser cette constante attantion, avant de passer à autre chose sans doute.

***1/2

Mando Diao: « Bang »

Ce neuvième album de Mando Diao nous montre un groupe pop rock disposant d’une faculté à nous emmener sur des terrains cent fois balisés mais toujours enclins à nous faire chalouper. Faire beaucoup avec finalement pas grand-chose de plus que les autres, c’est un sacré tour de force. Et quand on connaît la carrière du combo, on sait qu’il est capable de nous refaire le coup plusieurs fois de suite. Ce n’est pas « One last time », le premier titre de Bang qui nous fera mentir. Sous ses airs classiques, il balance un couplet prenant et un couplet mid-tempo qui flirte du côté du « tadium rock ». Mais le titre fait pâle figure aux côtés d’un « He Can’t Control You », hit single en puissance.

Comme d’habitude avec le groupe, les titres se suivent en variant les ambiances, de choses plus posées et bluesy à d’autres plus groovy ou au contraire plus nerveuses et rock, le tout porté par la voix délicieusement rauque de Bjorn Dixgard. Et comme d’habitude, le disque comporte son lot de titres imparables. Ici outre celui déjà cité on ne pourra que se prosterner devant « Bang your hHad », « Get free », et à la limite « My woman » et « Scream for you ». Ça suffira sans doute pour donner pérennité à une pop-rock qui reste toujours glorieuse at capable de proposer des enluminures derrièrs lesquelles on ne peut que s’incliner.

***1/2

Guppy: « In Heat »

Guppy est un quatuor mené par la chanteuse et guitariste Julia Lebow qui se fait remarquer ici avec un premier album nommé rempli d’humour et d’amour, In Heat Décryptage.

À mi-chemin entre power-pop acidulé et âge d’or du punk avec comme principales influences The Cramps et The Buzzcocks, Guppy nous ouvre les portes d‘un univers multicolore et déjanté et d’un quotidien riche en péripéties. La vie à la californienne n’est pas toujours rose comme en attestent les textes des morceaux entraînants à la lumière de l’introduction groovy qu’set « 420 7/11 (I Love You But You’re Bringing Me Down) » mais aussi « Pretty Boy » et « Sentimental ».

Julia Lebow et ses acolytes partagent avec nous expériences détonnantes et leçons qui en ont découlé jusqu’ici avec l’agressif « Blonde Mustache » ciblant les abuseurs, « Bogey Man » ainsi que « The Loneliest Worm . Il ne manquera plus que d’autres moments bien délurés comme l’acoustique « Mental Health Month » et « I Sucked All The Air Of The Room (And Now I’ll Float Away) » pour rappeler que Guppy sait balancer des messages efficaces à travers ses morceaux implacables et bien fun. Les Californiens réussissent ce compromis cimpeccablement.

***1/2

Electric Soft Parade: « Stages »

Retour inattendu (et inespéré) des frères White ! Les Electric Soft Parade ouvrent le bal des sorties de 2020 et mettent d’emblée la barre très haute.
C’était bien d’avoir 20 ans en 2001. En quelques mois débarquèrent
en lame de fond Strokes, Thrills, Coral ou autres Electric Soft Parade Ces derniers firent date avec Holes In The Wall, opus remarquable enregistré avec Chris Hugues (producteur de Tears For Fears)

Electric Soft Parade avait tapé trop fort dès le départ, aussi la suite ne fut pas accompagnée du même succès malgré la qualité des disques. Les frères White, que ce soit avec ce groupe ou avec leurs autres projets (les Brakes, les Pipettes, etc.), n’ont jamais écrit une mauvaise chanson. C’est encore le cas avec ce disque de sept morceaux écrits en hommage à leur mère décédée pendant l’enregistrement de Idiots.

Stages sort sans le soutien apparent d’un label. Aidé par Mike Rowe (Oasis Nole Gallagher, Bill Fay) et Chris Hugues, The Electric Soft Parade sort un disque qui force le respect quand ce n’est pas l’admiration. Grâce à l’absence de label( et donc de directeur artistique), la fratrie White a les mains libres pour étendre sur 12 minutes la mélodie sensationnelle de l’emblématique et significatif « On Your Own » et nous faire rêver comme personne d’autres depuis les meilleures heures de Travis. Quasiment 20 ans après leurs débuts, les Electric Soft Parade nous rendent une copie impeccable.

Bask: « III »

« Three White Feet » à la fois heavy mais très accessible ouvre ce troisième album attendu depuis quatre ans ; et sera un bon point d’entrée. « New Dominion » enchaînera avec hélas un côté un poil trop répétitif et manquant d’accroche. Mais la plus folk « Stone Eyed »va reprendre un excellent cours confirmé par un « Rid of You » qui emportera le morceau.

La doublette « Noble Daughters » ne tiendra pas vraiment les promesses révélées précédemment ce qui est dommage car ça semble être la pièce centrale de l’album. Le « closer » « Maiden Mother Crone », ballade à l’arrière-goût americana, remettra le train sur les rails. En résumé, voilà sept titres qui, si ils ne confirmeront rien, n’infirmeront pas non plus les espoirs placés en ce combo au potentiel resté intact.

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Cabana Wear: « Cabana Wear »

Elles ne sont plus à la mode depuis un moment, mais ça n’est pas grave ; les guitares électriques hautes en décibels ont eu plus que leur juste part de attention au fil des ans. Néanmoins, même quand elles ne sont pas un élément fondamental de la musique populaire du jour, un fait demeure : le son d’une guitare électrique demeure une chose presque mythique. La preuve est ici apporté sur le premier album éponyme de Cabana Wear, un combo qui joue depuis des années dans des groupes de Philadelphie et du New Jersey (By Surprise, Crucial Dudes, It’s A King Thing). Ils sont tous des amis de longue date, punks dans l’âme, et Cabana Wear est la résultatnte de ce qui s’est produit quand ils se sont regardés, ont réalisé qu’ils vieillissaient et qu’il pourrait peut-être temps, et amusant, de monter un groupe axé sur la musique pop rock qui leur rappelle leur bon vieux temps.

En l’exemple, ces jours-là sont le milieu des années 90, et les groupes auxquels Cabana Wear fait penser sont des ensembles comme Nada Surf, Weezer et Superdrag-acts qui ont fait surface dans le sillage du grunge, des combos qui étaient trop extravertis pour l’indie-rock et trop émollients pour le punk. Ici, le but principal est généralement de coupler une mélodie vocale effervescente avec des guitares qui sonnent comme si elles voulaient et parfois pouvaient, percer un trou dans le flanc d’une montagne à grands renforts de riffs. Ajoutez à cela un rythme propulsif et un solo de guitare grinçant à la J Mascis, et vous obtenez une marque de power-pop particulièrement moderne : moins de glamour, plus d’angoisse.

Sur cette toile de fond, Cabana Wear s’acquitte bien de sa tâche. Sans aucun doute, le groupe a toutes ses pédales baffutées, comme on peut l’entendre sur le premier morceau, « Get Well » un titre de trois minutes de ouceurs dures pour les oreilles et qui fait un usage décomplexé d’une suite d’accords alors que le chanteur/guitariste Brian Mietz chante les manifestations physiques de son mal-être

Il est un thème récurrent sur Cabana Wear, où l’on retrouve les chansons « Scaredy Horse », « Bother You » et « Least Comfortable Me ». Ce dernier titre montre le groupe à son meilleur avec une progression d’accords ascendante alors que Mietz chante son spleen. Sur ces aspects, Cabana Wear rappelle ici un autre géant de la power-pop de Jersey : Les Fontaines de Wayne.

En outre, le groupe n’a jamais peur de s’attarder mélodiquement, un trait qu le différencie soniquement ce qui donne à Cabana Wear et à l’auditeur un sentiment d’étrange satisfaction. Tout au long de l’album, ils s’accrochent régulièrement à un riff et y restent un moment. Mietz, de son côté, tient souvent les notes plus longtemps que ce qu’un chanteur de rock lambda ne le fait rypiquement (les couplets dsur « Always Loose » par exemeple) ou il chantera plusieurs mots sans changer de notes (« St. Napster »). C’est une technique intéressante qui semble aller à l’encontre des conventions du power-pop, où les mélodies vives règnent en maître. En revanche, Cabana Wear incorpore de petits éléments de grésillement et de fuzz dans sa power-pop, et l’effet est unique et séduisant.

IL ne faut pas se méprendre pourtant. Les mélodies de qualité sont légion chez Cabana Wear. Green et Tommy sonnent tous les deux comme un Weezer de l’époque du Blue Album, sur une comptine chantée. Ce sont des éléménts de la plus haute qualité dans la façon dont ils sonnent à l’oreille. Le menaçant « Brewers and Connie’s » présente un refrain sans paroles mortel et c’est un des meilleurs ponts jamais entendus. Le « closer » de l’album « Where I Am »- , le seul titre dépassant les trois minutes offrira un crescendo acharné mais laborieux, style Death Cab, qui se transforme en un tourbillon de roulements de tambour et de bruits percussidd. La dernière minute du morceau sonnera comme un orage de foudre mais apportera une apaisement qui aura l’effet d’une couverture chaude.

Si, à cet égard, Cabana Wear ressemble à un combo impossible et dont la démarche est irréalisable, ce n’est certainement pas le cas. Il s’agit juste de la puissance des guitares électriques en pleine distorsion dans des mains très, très ,très compétentes.

****1/2