Eleventh Dream Day: « Works For Tomorrow »

Treizième album pour ces vétérans de la scène indie mais doit-on reprocher à un groupe de 35 ans de continuer à être aussi bons ? Voilà un disque se hérisse de légèreté et d’idées et ils montrent que leur rock alternatif a su évoluer et garder de sa pertinence comme sur le titre d’ouverture, « Vanishing Point », qui pourrait en remontrer aux garnements de Parquet Courts.

Le combo comporte désormais cinq membres et le son des guitares n’en est que plus plein et excitant même si on pourra déplorer un « Snowblind » qui louche un peu trop du côté de Grace Slick. Pour le reste « Cheap Gasoline » et la chanson titre sont excellents et font ce qu’ils ont toujours su faire. En conclusion Works For Tomorrow reprend le travail là où il l’a laissé ; dans l’excellence.

***1/2

Ashley Monroe: « The Blade »

Il existe toute une pléthore de musiciennes qui on renouvelé la country mainstream en portant leur focus sur ses racines et en s’efforçant de la nourrir de textes plus ptofonds qu’à l’origine.

Après Like A Rose, ce deuxième album de Ashley Monroe prouve qu’elle est capable de générer des melodies variées et néanmoins une musique qui soit honnête. Elle est aidée pour cela par une voix bien cadencée mais c’est avant tout son écriture farouche et indépendante qui la rend si différente avec sa peinture de personnages vivaces et forts un répertoire qui va du bluegrass à des tonalités plus contemporaines.
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La chanson titre s’empare de la tradition sonique au moyen d’un violon, elle s’en échappe sur « Sixie » ou le honlie-tonk nostalgique de « If The Devil Don’t Want Me » et le merveilleusement léger « Wildflowers ».

On pourrait apparenter Monroe à Dolly Parton ; elle reprend sa vivacité et son excentricité et aux côtés de Angaleena Presley elle revivifie une country qui sort enfin de son moule conventionnel.

Elenie Mandell: « Dark Lights Up »

Après un « debut album », Wishbone, unanimement encensé en 1999 cette singer:songwriter de Los Angeles a sorti des disques de manière très prolifique ce qui coïncidait avec son refus de faire le même disque à chaque fois. Sn itinéraire musical est fascinant ; rock, pop, country folk, jazz et même cabaret. Dark Lights Up son dixième opus partage le même éclectisme et le débuter sur un titre comme « Im Old Fashioned » en est révélateur.

Pour la première fois, l’artiste s’auto produit et c’est sans doute sa patte personnelle qui permet à l’album de ne pas sembler s’éparpiller au milieu de tous ces différents registres abordés. Pour cela elle a utilisé des arrangements clairsemées et clean, de type country.

Sa voix est souple, bien mixée et sous tendue par une instrumentation subtile et discrète (guitare, contrebasse, piano, batterie, trompette et bugle. Son duo mixte sur « Baby Don’t Call » est charmant alors que le plupart des climats vont du mélancolique (« Someone To Love Like You » et « China Garden Buffet ») au facétieux (« I’m Old Fashioned ») et au désinvolte (« Cold Snap » ou « If You Wanna Get Kissed »).

Ce mix méritera attention et il la retiendra sans peine.

***

Vinyl Williams: « Into »

Le deuxième album de cet artiste multi-instrumentiste basé à Los Angeles vient d’un dénommé Lionel Williams qui n’est autre que le petit-fils du compositeur de musiques de films John Williams.

Il n’est pas, lui non plus, à cours d’idées même si il œuvre sur un mode plus excentrique s’appuyant sur d’une pop électronique enrubannée dans des beats déconcertants et des rythmiques fuyantes. En ajoutant des vocaux mixés très bas et par conséquent, à peine audibles, on obtient un résultat très prégnant en matière sonique.

Into est un disque sophistiqué vecteur de climats qui rendent rêveur avec des morceaux comme « World Soul » ou « Zero Wonder » qui dénotent une implication dans la pop française contemporaine (Air) ou Stereolab (la bossa nova « Axyomatic Mind » semble en être un héritière directe).

Le tout est fouillé, idéal pour une soirée paresseuse et les sentiments exprimés y sont si à la mode qu’ils en paraissent même trop clean. On déplorera le manque d’accroches et de pugnacité pour que cet opus de Vinyl Williams parviennent à nous agripper sauf sur « Eter-Wave-Agreement » qui nous fait déceler un potentiel musclé dont aimerait qu’ils soit plus prononcé.

**1/2

Jessie Jones: « Jessie Jones »

Ce premier album solo de Jessie Jones marque un changement radical par rapport à son groupe psyche-punk, Feeding People. Alors que ces derniers se concentraient sur des tonalités et des images sombres, Jessie Jones fait preuve de beaucoup plus de contrastes dans ses compositions ; que ce soit des titres plutôt lumineux, des jams pop et ou des moments plus calmes mais toujours influencés par la psychedelia.

Dès le premier titre, « Sugar Coated », Jones capte nos oreilles avec ce morceau accrocheur, carillonnant et acoustique cédant la place à un hymne pop où elle ose même avancer un « Kiss the ground that I walk on » plein de saveur.

Elle se lancera dans la musique « kleenex » avec une chanson propre à vous hanter, « La Loba » où les vocaux sucrés sont totalement oubliés et remplacés par une voix suintant d’un son plus obscur et étouffant. Le titre nous offre également un violon frénétique qui imprime une danse fascinante avant de plonger dans surf rock concluant le chapitre.

C’est en cela que réside l’attrait de l’album ; chaque composition parvient à s’juster à l’ensemble tout en gardant sa singularité. Nous avons désormais une image de Jones plus fragmentée et certainement plus séduisante.

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Warren Haynes: « Ashes And Dust »

Warren Haynes est un guitariste sous estimé mais surmené. Il a passé plus de 2O auprès du Allman Bothers Band et a décidé désormais de se concentrer sur sa carrière solo. Ashes And Dust en est sa troisième manifestation, un disque imprégné d’americana accompagné de Rairoad Earth, un groupe de « new grass » lui permettant de s’appuyer sur ses tradition roots.

Le matériel de cet album est constitué de titres composés il y a environ 30 ans et retaillés sur treize plages. En grande majorité, les jams de guitares sont ici manquantes et ont été remplacées par des structures plus traditionnelles, le bluegrass et un son fait de fingerpicking plus nuancé à la slide acoustique qui se substitue à la Gibson SG.

Cette variation s’accorde avec les vocaux profonds et comme imbriqués dans la terre de Haynes et certains morceaux tels « Word On The Wind » ou « It’s Me Or You » mettent an valeur les capacités de songwriter de Haynes ainsi que son habileté à créer un paysage évocateur.

Ashes And Dust montre ici que Haynes est plus qu’un guitariste virtuose au répertoire limité mais un artiste dont les talents n’ont pas encore tous été utilisés.

***1/2

Kasey Chambers: « Bittersweet »

Kasey Chambers occupe une position privilégiée ; chanteuse à succès mais également artiste ayant gagné le respect de ses pairs pour son intégrité.

Bittersweet est son premier album depuis sa séparation avec son mari Shane Nicholson en 2O12. On la retrouve ici un répertoire garni de références bibliques sans sacrifier pour autant l’émotivité, le sens de la mélodie et les racines country qu’elle a toujours su déployer.

Ce sixième opus meilleure part à la fraîcheur et à une musicalité plus large dans la construction des morceaux. Ainsi « Hell Of A Way To Go » fait immanquablement penser à Stevie Nicks avec son groove sinueux, « Stalker » sera un bluegrass rock contemplatif dans la veine de Little Bastards alors que « House On A Hill » aura une orientation plus traditionnelle dans sa métaphore entre une relation qui s’écroule en parallèle à une maison.

La chanson titre, un duo avec Bernard Fanning, évoquera, elle, un climat à la Neil Young, parfaitement « interprété » ; le tout fera de ce nouvel opus une collection de chansons solides dans lesquelles on ne pourra que regretter que la force vocale de Chambers ne soit pas poussée à son plus haut.

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Field Music: « Music for « Drifters » »

S’il y a bien un groupe qui peut entreprendre le défi d’écrire la musique d’un documentaire muet de 1929 et évoquant les expéditions de pêcheurs des Îles Shetland dans la Mer du Nord, c’est bien Field Music qui est en mesure de le faire.

Les deux frères de Sunderland, David et Peter Brewis, sont les architectes de ce qui se fait de mieux dans le art-rock mélodique et, même si la bande son de Drifters de John Grierson, se retient d’utiliser leurs idiosyncrasies les plus anti-conventionnelles, ces instrumentaux, construits autour de la guitare, de percussions au shuffle traînant, de piano et d’orgue tissent une toile dont le flair et l’inspiration sont les qualités principales.

« Village » et « Destroyers of the Deep » font ainsi montre d’espièglerie et d’entrain et ils surprendront les fans de Field Music plus habitués à des compositions de la trempe de « Hauling » ou « The Storm Gathers »

Regarder le film tout en écoutant le disque serait probablement plus « parlant » mais, même son composant visuel, le résultat demeure captivant.

***1/2

Gwenno: « Y Dydd Olaf »

Y Dydd Olaf est le premier album solo de Gwenno, ex-membre des Gallois de The Pipettes un groupe avec qui elle avait connu un certain succès. Ici elle s’attaque à bien autre chose, un disque chanté principalement dans sa langue natale qui a pour ambition de délivrer ce qui fait frémir beaucoup de personnes, un « concept album ».

Ici, l’affaire est beaucoup moins ludique et plus politique puisqu’il s’agit d’une dystopie dans laquelle les robots ont pris le pouvoir. Tous les éléments étaient donc là pour que l’opus soit peu accessible mais aussi puisse souffrir de cette musique ampoulée qui aurait rappelé par exemple Tales From Topographic Oceans de Yes.

Si comparaison il doit y avoir ce devra pourtant être avec Mwng des Super Furry Animal, lui aussi chanté en Gallois. Le disque est subtil, construit de manière extrêmement complexe en termes d’arrangements et le message est véhiculé avec une telle passion, Y Dydd Olaf signifie Le Dernier Jour, qu’on n’a pas besoin de comprendre la langue pour s’en sentir investi et que certains titres comme « Chwyldro » (Révolution) bénéficient d’arrangements si subtils que jamais un slogan politique n’a pu sonner aussi fluide.

Musicalement l’electropop de Gwenno se rapproche des rythmiques de Kraftwerk période Autobahn,  y greffera des synthés amples et omniprésents sans être envahissants et, au total, Y Dydd Ola mêlera exaltation, colère et mélancolie avec une si belle démonstration qu’on ne sera pas loin de se réconcilier avec le concept et la richesse d’interprétation d’un album chanté dans un langage qu’on ne comprend pas mais dont on perçoit, néanmoins, la ferveur insurrectionnelle.

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Strange Wilds: « Subjective Concepts »

Le « debut album » de Strange Wilds croule sous la furie qui caractérisait les premières années du label Sup Pop. Ils ont un son hardcore qui peut ne sembler distrayant mais il représente les tendances liées aux origines du groupe, le nord-ouest des USA.

Ils ont une force convaincante même si elle n’est pas raffinée au point qu’on pourrait négliger d’écouter Subjective Concepts qui renvoie à une période où les choses vous étaient envoyées directement à la figure, sous formes de riffs teigneux, de décibels et de vocaux revendiquant le fait d’être informes.

En même temps, nous voilà en face d’un combo en phase avec un renouveau du genre, symbolisé par le succès de METZ. Le côté abrasif de Strange Wilds est accrocheur mais ce n’est pas l’attrait mélodique qu’il peut exercer qui semble être la priorité du groupe.

Ce sera alors cette qualité qu’ils sont capables de démontrer à de trop rares moments qui peut impressionner comme sur « Starved For » ou un « Egophilia » où le combo fait travailler ses muscles hardcore avec une urgence au maximum. C’est cet aspect dur, parfois laid et impitoyable qui remporte le morceau. Et c’est ainsi que ça se doit d’être.

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