Circuit Des Yeux: « In Plain Speech »

Haley Fohr manie sa voix comme une couteau très aigusé sur le fil duquel elle a peur de se couper. Il est rare d’entendre une femme chanter avec un baryton mais il est encore plus rare qu’on le fasse avec une telle fluidité.

Son registre est celui du folk expérimental où elle crée un univers fait de ses émotions comme sur le premier « single » de son nouvel album In Plain Speech, « Fantasize The Scene ». La tension y est tendre et elle est totalement tenue en bride par la prononciation attentive de celle qui a pris pour pseudo Circuit Des Yeux.

D’une manière générale elle diffuse sur ses compositions une pincée de vibrato comme pour souligner la précision de son phrasé jusqu’au moment où il atteint une apogée en un crescendo qui durera et durera avant qu’elle ne se décide à laisser place à une explosion de guitares en drones et de percussions qui s’entrechoquent.

De cela émergera une force tranquille, presque existentielle,qui semble se repaître de cette solitude qui rend plus fort et qui s’agrémente des merveilleuse flûtes qui lui servent de décorum.

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Froth: « Bleak »

Depuis sa formation à Los Angeles, ce quatuor a généré pas mal d’attention avec leur fusion de lo-fi et de garage rock. Bleak est leur deuxième opus et ses neuf plages restent fidèles à un certain son « west coast » : mélodique et rais avec des riffs profonds qui sont parfaits pour accompagner une virée sur une highway déserte.

Un des morceaux phares sera « Nothing Baby » une lamentation en combustion lente qui semble annoncer, de par son tempo, la perte à venir d’un partenaire amoureux avec des tonalités sombres qui rappelleront The Jesus and Mary Chain. Le solo de guitare situé à la fin est mélodique et forme une transition adaptée aux rythmes plus enlevés qui suivront.

Le combo n’excelle pas uniquement dans les compositions rapides, le « closer », « Sleep Alone » est centré sur une tonalité acoustique et une recherche mélodique nuancée par un arrangement minimaliste et des vocaux en mode crooner.

Foth a créé un certain buzz autour de lui ; il capture à merveille la vibe estivale qui semble imprégner LA en permanence et, s’évitant le piège de le surproduction, il fait de Bleak un album essentiel du côté de Echo Park.

***1/2

Corrina Repp: « The Pattern of Electricity »

Corrina Repp est déjà connue pour la douceur mélodique de son répertoire et des rythmes perçants dont elle la ponctuait soudain. The Pattern of Electricity lui permet d’affiner cette approche en y ajoutant des éléments tantriques qui vous élèvent et semblent vous héler et donner un sens à votre vie.

On est ici dans la zen attitude assumée avec des compositions qui semblent traverser des territoires éloignés dans lesquels la chanteuse jettent des sorts au moyen des psalmodies mystiques qui parsèment le disque et éveillent nos désirs les plus secrets.

Ainsi les notes des orgues font allusion au sinistre plutôt qu’au liturgique  comme sur « Long Shadow » ; elles vous transportent non pas dans une église mais dans ces caves où se déroulent des cultes clandestins durant lesquels Repp nous invite à renaître d’une manière jamais vécue jusqu’alors et être ainsi capables de capter les chants tenaces qui compsent l’album.

Nous sommes dans le domaine du sans fin, de la quête de l’apothéose de la vie ; et si sa voix nous donne la chair de poule ça n’est pas pour pourfendre le coeur mais pour nous ensorceler.

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The Vaccines: « English Graffiti »

Ces cinq dernières années The Vaccines ont capturé le coeur et l’esprit de bien des fans de rock, au-delà des générations, grâce à une guitar indie pop énergique vectrice d’abandon et d’innocence. Après leur deuxième opus, Come of Age, et son « hit single », « Teenage Icon », le groupe est de retour avec un troisième album qui ne surprendra que peu de monde. La plupart des groupes prennent un disque ou deux pour assoir leur son avant de se lancer dans une aventure plus expérimentale et English Graffiti ne fera pas exception à la règle.

Le disque se permet ainsi des incursions dans des titres où les synthés sont plus accentués, avec des tonalités plus riches où les textures oniriques sont plus amplement mises en avant. Les sons de guitares familiers se sont transformés pour aller vers un véritable barrage de riffs fuzzy et abrasifs, une surmultipliée qui ne serait pas déplacée sur un groupe de garage rock. Ces deux éléments se mélangent de manière étonnamment fluide, par exemple sur « Denial » et la tonalité incroyablement drue de sa guitare et un arrière-fond de synthés fastueux.

Le titre d’ouverture, le « single » « Handsome », démontre à quel point, sous la houlette de Dve Fridman à la production, The Vaccines assument le fait d’être un groupe de rock qui pousse les choses à leurs limites en s’exemptant de synthés. La thématique sonique du disque est bien la distorsion, exmplofiée par una attitude joyeusement punk telle qu’on la percevait dans les précédents « singles » : enlevée, simple et bienheureuse.

La ligne de basse est intense, souvent en surmultipliée, les six cordes carillonnent ; le tout construit une énergie en profusion comme sur « 20/20 » ou « Radio Bikini » qui adhèrent à cette sorte de mantra axée sur l’accroche qui apporte un tranchant supplémentaire à ce qu’on connaissait de le formule du groupe.

« Dream Lover » et « Want You So Bad » enfonceront encore plus le clou en y greffant cette once de séduction qui fait partie de l’image du combo mais celle-ci se lézardera sur les passages les plus lents. « Maybe I Could Hold You » pourrait concourir au titre du meilleur classique de remplissage d’autant qu’il semble inspiré du AM des Arctic Monkeys.

Pour le reste, English Graffiti est le disque le mieux produit des Vaccines. Mérite en revient à Fridman bien sûr ; ceux-ci continuent à se montrer fédérateurs sans pour autant viser à toucher le mainstream. Leur rock conserve cette acuité qui ne peut que plaire aux aficionados de la chose indie adolescente et cette construction suffisamment bien agencée pour satisfaire un public plus âgé qui en a déjà vu d’autres mais qui ne perdra pas son temps en se plongeant dans English Graffiti. Leur premier album s’intitulait What Do You Expect Fom The Vaccines ? Celui-ci est une réponse circonstanciée : on ne peut s’attendre qu’au meilleur de leur part tant qu’ils produiront de telles pop songs.

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The Helio Sequence: « The Helio Sequence »

Donner un titre éponyme pour son sixième album est signe que ce duo de Portland s’oriente vers une nouvelle direction comme le confirme le titre d’ouverture « Battles Lines » où Brandon Summers déclare : « I’m looking for a new direction/I’m looking for another way ».

Ce disque est un paradoxe puisque le combo a enregistré 26 titres et a décidé, après avoir consulté amis et famille, de n’en retenir que 10 et ce en l’espace d’un mois.

On retrouvera les percussions infaillibles de Ben Weikel et les vocaux rêveurs de Summers mais la nouveauté résidera dans une décontraction et un calme auquel on ne s’attendrait pas de la part d’un opus réalisé si vite.

Le résultat est un son plus fluide et naturel qui semble comme couler des baffles et, se permettant quelques élans vers le shoegaze, The Helio Sequence va réinventer quelqes tonalités originales pour lui. On retiendra le psychédélique « Upward Mobility », un « Inconsequential Ties » qui évoque Revolver ou le majestueux « Seven Hours ».

Une visions artistique hors du temps et inflexible est, ici, en marche ; The Helio Sequence justifie pleinement son titre.

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SAF: « Hell Hath No Fury Like Me »

SAF est composé de Darius Keeler (leader de Archive) et de plusieurs musiciens parisiens croisés au cours de plusieurs rencontres.

Il partagent tous un amour commun pour PH Harvey, Sonic Youth ou Can , influences qui, après quelques EPs, se retrouvent sur Hell Hath No Fury For Me leur premier album.

La musique va ainsi naviguer entre sensualité rageuse façon Harvey et véhiculée par la voix de Marianne Elise, nervosité sous une apparence mantra (huit minutes) sur « Nailstorm ».

La douceur trouvera également où se lover avec « Fast »et l’ensemble se situera entre post-punk nerveux, punk sensuel, voix fragile et forte à la fois comme pour mieux évoquer ce qu’être écorché peut signifier.

Reste désormais à approfondir une direction et y greffer autre chose qui semble entériner le titre d’album dont se prévaut le trio mais qui ne sonne pas comme si il avait été produit par John Parish.

**1/2

 

Vaadat Charigim: « Sinking As A Stone »

Il est rare de croiser des groupes issus d’Israel, il est encore plus rare d’être aussi impressionné par ce trio psyche-pop qui a séduit le public au festival SXSW avec ses énormes volutes de bruit mélodique tourbillonnant comme si ils se situaient dans nuages.

Les guitares du combo fonctionnent sur des nombreuses couches dont les textures rappelleront Slowdive, Ride, ou, plus proches de nous, Wild Nothing.

La sensibilité pop du groupe est un de ses atouts mais un des problèmes de Sinking As A Stone (leur deuxième opus) est qu’il manque de cette distinction qui le rendrait moins fuyant. La musique flotte et laisse peu de prise à celui qui écoute et, chantés en Hébreu, les textes ne peuvent pas non plus remplir une fonction dans laquelle on pourrait s’identifier.

Si on considère que le disque est dépourvu de mélodies frappantes on ne pourra considérer ce disque que comme une agréable toile de fond.

**1/

LIfehouse: « Out Of The Wasteland »

Lifehouse ont vendu plus de 15 millions d’albums avec un succès particulièrement considérable aux USA. Out Of The Wasteland est leur 7° album après un hiatus de deux ans pour lequel ils ont intégré un nouveau label.

La musique, du rock alternatif, n’a pas excessivement varié depuis Almeria et alterne mélodies enlevées (une chose pour laquelle ils sont plutôt doués) et titres plus mélancoliques et de petites incursions dans des beats dance sur une composition dream pop comme « Stardust ».

Dans le premier registre, on retiendra le « »single » « Hurricane », « Runaways » qui sonne comme Snow Patrol et « Fight » qui semble inspiré des Goo Goo Dolls.

À mi-chemin, on notera « Central Park » avec un climat qui puise beaucoup chez REM et, pour ce qui est des chansons où affleure la tristesse, « Wish » avec guitare acoustique douceâtre et arrangements à cordes et « Hurt This Way » accompagné par un xylophone.

Lifehouse savent indubitablement confectionner de belles chansons ; reste qu’ils ne peuvent ambitionner un rôle autre que celui de seconds couteaux. Pour les figures de proue, il faudra écouter ailleurs.

**1/2

Dommengang: « Everybodys Boogie »

C’est du blues mais ça n’est pas du blues, c’est du rock mais ça n’est pas du rock ; c’est une réalisation, sur Everybody’s Boogie, de tout ce que nous devons à BB King en termes de musique.

Sur de « debut album », Dommengang, un trio basé à Brooklyn, emprunte aux Stooges, au Velvet Underground mais aussi aux Yardbirds ; ces trois influences augmentées de tonalités à haute énergie font de leurs morceaux bluesy injectés de fuzz et d’expérimentation quelque chose qui ajoute ce petit truc fait d’excitation exaltée.

Enregistré et mixé en quatre jours, le disque montre à quel poinr urgence et brièveté font bon ménage chez lui. Fuzz et slide pour la chanson titre chargée de l’ouverture puis grunge blues sur « Hatts Off To Magic » ; ces deux compositions nous dévoilent les vraies racines de Dommengang.

Le reste sera du rock and roll de la plus belle engeance, approfondissant l’introduction sonique des premiers titres ; au total Everybody’s Boogie est un parfait album de rock and roll, pas du rock ni du blues en effet, simplement du rock and roll.

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Madisen Ward and the Mama Bear: « Skeleton Crew »

Étant donné que Madisen et Ruth « Mama Bear » Ward sont un duo d’une espèce extrêmement rare (une mère et son fils) on comprendra aisément qu’il suscite l’intérêt. Heureusement la curiosité va aller plus loin qu’un line-up atypique trouvera matière à satisfaction quand les deux artistes se mettent à chanter.

Leur son a été peaufiné durant six ans dans les coffe houses autour de Kansas City et de leur ville natale (Independance, Missouri) et cet environnement ne peut qu’avoir influencé des racines brutes et pleines de corps.

Chaque composition sera peinte de couches de country, folk, blues ou gospel délivrée par la voix de rauque de Madisen Ward et adoucie par les douces harmonies de « Mama Bear ».

La production de Jimmy Abbis, plus sobre que dans ses travaux avec Adele et The Arctic Monkeys, donne toute latitude aux chansons de déployer leurs charmes sur des morceaux comme « Live by the Water » ou « Modern Day Mystery » ou la puissance que peuvent avoir des voix (« Undertaker & Juniper ».

Skeleton Crew est un excellent exemple de folk moderne non ajouré et non terni non plus par une coloration artificiellement actualisée.

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