The Naked And Famous: « In Rolling Waves »

Ils ont vendu 500 000 albums en 2011 avec leur premier opus,Passive Agressive, et les Néo-zélandais de Naked And Famous sont de retour avec In Rolling Waves. Produit par deux des membres du combo, on retrouve un rock mâtiné d’indie pop avec des compositions qui se veulent des hymnes et quelques subtiles variations dans les arrangements pour éviter les rédites. Àà l’écoute du disque, une interrogation se fait jour dans la mesure où on a en permanence la sensation que The Naked And Famous ont trop essayé. Évitons les clichés sur la difficulté d’enregistrer un deuxième album et constatons que, quelque part, la tentative de faire évoluer leur tonalités en introdusiant de nouveaux sons (guitare acoustiques, loops de six cordes) a peine à se mêler à ce qui faisait leur charme sur le premier album.

Le titre d’ouverture, « A Stillness », introduit une atmosphère très country avant de verser dans cet ndie pop qui est familier au combo.Le « single » « Hearts Like Ours » est sans doute un des meilleurs titres avec son riff de guitare combiné à des synthés qui fait de la composition quelque chose de plus unique qu’à l’ordinaire grâce aux vocaux de Alisa Xalaith qui ont ces textures éthérées capables de concilier ces divers changements de registres.

Au four et à mesure que le disque progresse naît quand même la sensatiion que, malgré ses efforts, le groupe se répète ; le comble sera atteint avec  « The Mess » qui va sonner de manière troublante comme le « Girls Like You » du premier album.

In Rolling Waves n’est pas un mauvais disque, loin de là ; il pa le mérite de ne pas vouloir réitérer les recettes d’’un premier album. Il pointe simplement le fait que The Naked And Famours ont encore beaucoup de travail à accomplir pour trouver un style qui leur soit propre.

★★★☆☆

Delorean: « Apar »

Apar est le 5° album studio de Delorean, groupe espagnol dont la démarche s’inscrit dans la mouvance electro tendance hédoniste. Les synthés sont colorés, vibrants et les riffs flottants, comme pour suggérer une atmosphère de béatitude planante.

Apar est, à cet égard, un disque consistant pour qui aime l’ électronica que ce soit sur « Spirit » avec ds chorus samplés et bouillonnants et des batteries électroniques impeccablement produites ou avec un « Destitute Time » dont le boursouflement est débridé et se présente comme un exemple d’optimisme.

Tout comme sur leur précédent opus, on retrouve ces climats kaléidoscopiques et incurvés, cette rêverie limite déjantée et ces vocaux convolant avec le vertige. On retrouve ici cette tendance « dance floor qui les apparente aux Londoniens de Disclosure, sans doute une tentative d’ouvrir leur musique à des influences moins issues des Baléares.

Restent néanmoins des titres qui demeurent puissants même si moins évanescents : « Dominion » en est une démonstration et « Your Face » est capable de greffer un vernis brillant même si, au total,Apar se révèle comme un album plutôt bancal dans son utilisation de ladite électronique.

Ces restrictions mises à part, l’album, qui s’adresse à ceux pour qui jeunesse et ambiance de fête sont les moteurs principaux, satisfera sa cible dans so, insatiabilité à se nourrir de soleil et de rythmes incessants.

★★½☆☆

London Grammar: « If You Wait »

If You Wait le premier album de English Grammar débute sur le « single » qui a créé tout le « hype » autour du groupe, « Hey Now ». C’est un témoignage de la démarche du combo basée sur l’austérité instrumentale. Citons par exemple, l’utilisation des silences à l’image d’un groupe comme The xx et des compositions qui cultivent une délicate toile ne comprenant rien de plus que quelques clefs d’accords, une guitare et les vocaux en soprano indistincts de Hannah Reid. Le trio londonien capture ainsi la fragilité émotive de la jeunesse plutôt que de se complaire dans une nuance indistincte de gris.

Cette approche de la mélancolie n’est pas nouvelle ; « Metal & Dust » doit par exemple beaucoup au « Unfinished Sympathy » de Massive Attack et beaucoup n’hésiteront pas à décréter que Hannah Reid est la nouvelle Sia Furler la chanteuse de pop/chill australienne. London Grammar délivre pourtant ses vérités avec la sincérité de ceux qui ont bataillé dur qu’il est difficile de les soupçonner d’apathie. « Sighs » est un exercice délicat dans lequel le crescendo de Reid ne masque pas l’émotion tout comme « Flickers » parvient à élaborer une atmosphère intimiste malgré une utilisation minimaliste d’une simple percussion accompagnant une voix a cappella.

Le trio parvient également à revisiter le « Nightcall » de Kavinsky en apportant à cette composition glaçante un climat dans lequel la respiration se fait chaude, décharnée et presque saignante prenant le pas sur le « chill » électronique de l’original.

Il y a dans cette volonté de recréation encore hésitante une forme de beauté qui émeut; il n’est que d’entendre la tentative de perfection qui entoure les chorus déchirants de « Wasting My Young Years » pour s’en convaincre. Au travers des ces relatives imperfections on ne peut que se dire que le groupe n’est pas loin de maîtriser la syntaxe de l’inspiration.

★★★☆☆

 

Summer Camp: « Summer Camp »

Avec ce disque éponyme, Summer Camp évitent les pièges du second album dans lesquels tombent si souvent les groupes. Alors que Welcome To Candale baignait dans la fiction ou le fantasme, nous avons ici quelque chose de plus proche de l’existence de ce duo britannique composé de Elizabeth Sankey et Jeremy Warmsley.

Comdale narrait la vie de personnages imaginaires dans une petite ville US du même nom, Summer Camp va plus loin que l’initiation adolescente et nous offre ici ce que grandir et devenir mature comporte, le tout raconté à la première personne.

Le background de journaliste de Sankey s’exprime au mieux dans des textes ouverts, n’ayant pas de honte à divulguer des émotions pendant que les références musicales rétros continuent à faire partie de l’univers du combo. Ceci n’empêche pas au disque d’avoir un parfum contemporain dans la mesure où iest question de témoigner aussi de la progression de son accomplissement artistique tout autant qu’émotif.

« The End » ouvre ’album ce qui est un choix apparemment pervers. Mais, au bout de quelques minutes, nous sommes plongés dans une forme de béatitude et d’élévation dont le carburant celui de changements de tempos, de bourrasques de mélodies et de sentiments tous axés vers la notion de carpe diem. Le duo se paiera même le luxe d’y mixer un écho de Twin Peaks preuve s’il en est que mature il est.

Si on fonctionnait par analogies on pourrait dire qu’ici Pulp a été remplacé par Blur avec un Stephen Street (Blur, The Smiths, Morrissey) prenant les manettes des mains de Stve MacKey (Pulp). Street a arrondi quelques uns des aspects bruts des musiciens et a crée un son plus chaud qui fait presque regretter que l’album ne soit pas sorti en été (en particulier si on pense à la scansion « dance » « Fresh » qui est une véritable tuerie.)

Ajoutons les loops samplés qui ajoutent immédiateté au disque et permettent à Sankey de lancer es vocaux en essor, aux tonalités presque câlines et à Warmsley de dérouler, en harmonie, des riffs de guitares rusés et efficaces et savourons les cérémonies pulsatoires de « Two Chords » tout autant que l’intime et touchante revendication qui clôt un bel album avecce« Pink Summer » enlevé mais sonnant comme un hymne.

★★★½☆

Califone: « Stitches »

Issu des cendres de Red Red Meat, pour devenir un véritable groupe Califone est pourtant articulé autour de la voix de Tim Rutili qui sonne à la fois abîmée par la vie mais toujours douce et presque tendre. On retrouve ici cette tendance à penser qu’émettre un vocable trop fort pourrait briser le charme qu’une musStichesique veut distiller, musique qui ici est trompeusement simple compsée qu’elle est de cuivres qui chevrotent avant de verser dans un ensemble plus ample et plein.

Comme toutes leurs précédentes production, Stitches se doit d’être écouter comme une entité et celui qui ne le ferait pas ne pourrait en être que frustré. Une des marques de fabrique de Califone est le crescendo mais il n’est utilisé que quand nécessaire, le groupe sachant qu’il se manifestera tôt ou tard dans la chanson suivante et que cette combinaison sera la plus efficace. « Bells Break Arms » mêle ainsi un rythme simple, des violons tourbillonnants et un piano mesuré mais ne permet jamais à l’auditeur de s’en échapper. Il s’agit ici d’une musique pour claustrophobes accentuée par la voicx intime de Rutili. On accueille allors plus volontiers ces moments où le groupe se lâche («  moonbath.brainsalt.a.holy.fool ») qui sonne alors comme une récompense de choix.

Stitches recèle pourtant quelques titres qui sont des morceaux en soi et qui contribuent à la structure d’ensemble en ménageant des pauses ; « Moses » en est un exemple, une admirable ballade qui se consume lentement avec un superbe accompagnement au banjo.

Dans une scène où le « single » et l’instantané semblent prendre de pkus en plus de place, il est agréable de constater qu’il existe encore des groupes comme Califone, capables de construire et de concevoir un album un peu comme les chapitres d’un livres et non des petites histoire rammasées dans une collection. Stitches est une belle addition à ce type de musique.

★★★★☆

Gingko: « Manopause »

Tout album solo que Manopause soit, le disque sonne énormément comme le projet d’un véritable groupe. Les débuts de John Grier sous le patronyme de Gingko le voient ici écrire tout le matériel tout en tournant avec son groupe Tapes ‘n’ Tapes et en intégrant durant l’enregistrement Jeremy Hanson et Brette Buillion pour ajouter des beats de Casio programmés ainsi que des percussions en « live ».

Toutes les compositions sont donc l’oeuvre de Grier hormis le noisy « Vitamin Friends » qui conclut Manopause de manière plus percussive avec Bullion y jouant la basse et la guitare.

Si on considère que Manopause sonne presque comme du Tapes ‘n’ Tapes et du Modest Mouse avec des tonalités dissonantes et lourdes et des structures de chansons pop et des vocaux ressemblant à Isaac Brock, il est impressionnant de constater combien l’artiste a été capable de recréer à lui seul le son d’un véritable groupe.

Il parvient par contre à donner également à son enregistrement une atmosphère bâclée comme s’il s’agissait de sessions « live » ce qui est aux antipodes du travail léché qui avait été accompli avec David Fridmann pour Tapes n’ Tapes sur Walk It Off ou le cohérent et méticuleusment façonné The Loon qui les avait vus sortir de l’anonymat.

Les titres ne sont pas particulièrement novateurs mais ils sont entraînant et failes à écouter. ON y retrouve l’esprit introspectif mais ludique de certains groupes des années 2000 comme le collectif Elephant 6. On notera aussi un œil très affuté pour des textures contrastées et détaillées grâce à une utilisation extensive des claviers, des guitares et de parties de basses très carrées ; le tout concourt à donner à l’album une ampleur bien plus grande que ce qu’on aurait pu attendre d’un projet solo. L’énergie qui y est mise donne un résultat plein d’un brillance plus qu’agréable tant elle semble ensoleillée.

★★★☆☆

TV Ghost: « Disconnected »

Faudra-t-il que le «  revival » devienne un genre à part entière tant la plupart des styles musicaux semblent, en cette période, couverts par cette tendance  ? On a beau jeu de tacler ces artistes et de leur reprocher un manque d’originalité on ne peut que prendre en compte et accepter que, dans ce domaine comme dans d’autres courants artistiques, tout fonctionne en cycles.

Les modes y sont sujettes et, si le timing est correct, une étude de genre peut devenir un témoignage aussi valide que l’original. Ainsi peut apparaître la nouvelle contribution de TV Ghost avec son Disconnect.

Le groupe, comme en témoigne sa page Facebook, est parfaitement conscient du fait que les sons qui sortent de sa musique ont une tendance à agir comme des flashbacks d’un Ian McCulloch plus jeune et des heures heures glorieuses du post-punk britannique. Le vocaliste de TV Ghost, Tim Gick, adopte d’ailleurs cette même tonalité d’abandon mais il ne faut pas pour autant réduire Disconnect à cela.

L’album est une véritable ondulatione au travers de paysages gravés par des guitares en delay et en échos qui semblent ne jamais finir, de synthés subtils et de claviers fantomatiques qui ajoutent un substrat de musicalité quand les guitares envoient vers les cieux les vocaux profonds et acariâtres de Gick. Les percussions propulsent ce climat de manière continue aussi bien dans les refrains enlevés que dans ceux qui nous absorbent dans des atmosphères «  trippy  » qui frôlent le psyché-rock.

Le «  single  » qui ouvre le disque, «  Five Colors Blind  », est d’ailleurs un rocker à l’élan hypnotique dans lequel Glick se débat eu milieu d’effets de reverb passées à l’envers avant que le titre ne se termine sur des cris où voix et sonorités rivalisent de bruitisme anti harmonique. Les mêmes explorations psychédéliques accompagneront «  Placid Deep  » et «  Dread Park  » d’une manière suffisamment satisfaisante pour voisiner avec les morceaux plus «  pop  » et à dessiner ainsi avec Disconnected un voyage dynamique et riche dans les cavernes d’un Atlantis psychédélique.

★★★½☆

Volcano Choir: « Repave »

Quand Unmap est sorti en 2009, il reflétait le statut hésitant de cegroupe issu du Wisconsin. 2013 les voit revenir un deuxième album dans l’année, un Repave qui montre que Volcano Choir est désormais un vrai groupe et non pas un ensemble de musiciens accompagnant son leader, un Justin Vernon toujours aussi influencé par Bon Iver.

La confiance qui habite le disque est liée à un Grammy Award qui couronnait les sons amples et cinématographiques de Vernon, out comme sa voix au registre hallucinant. La comparaison avec Iver s’arrêtera là car Volcano Choir ne s’appuie pas sur des métaphores indéchiffrables pour étayer les errances musicales qu’il affectionne et se concentre surtout sur des compositions qui sont avant tout des hymnes avec une multiplicité de choeurs qui se répondent en canon et justifient d’ailleurs le patronyme du combo.

Le « single », « Bygone » et un appel aux armes qui se veut fédérateur avec des vocaux en crescendo dont la tension se fera explosive et qui sonnera alors comme un cri de guerre. « Alaskans » verra ensuite Volcano Choir aborder un registre plus intimiste centré sur une guitare acoustique minimaliste évocatrice de méalancolie et de vulnérabilité. Le titre de l’album prend de ce fait toute sa valeur puisqu’il est un appel à la reconstruction et qu’il donne une tonalité d’espérance omme des titres tels « Comrade » peuvent le suggérer.

Il y a donc une certaine cohérence dans la vision de Vernon même si celle-ci semble être un peu moins mise en avant que d’habitude. Des versatilités expérimentales tout comme une production méticuleuse tentent d’ailleurs de délaisser l’approche singer/songwriter qui caractérisait le groupe et, quelque part, on ne peut s’empêcher de penser que l’émergence de Volcano Choir en tant qu’entité est assurément le principal événement de Repave.

★★★☆☆

Nedelle Torrisi: « Nedelle Torrisi »

Nedelle Torrisi est une de ces artistes qu’il est difficile de cataloguer ; active depuis les années 2000, elle a enregistré avec Xiu Xiu, The Curtains, Sufjan Stevens et Ariel Pink. Après la séparation de Cryptacisze, le duo formé avec Chris Cohen, la voici de retour avec un premier album, éponyme, qui la voit aborder un registre assez familier pour elle : une pop assez théâtrale infectée par une influnece jazzy façon Quiet Storm et une once de R&B contemporain. On retrouve donc des chansons pop au sens actuel du terme, avec une avalanche de synthés et des vocaux baignant dans de la reverb.

L’allié le plus important de Torrisi sur ce disque est Kenny Gilmore, le producteur de Los Angeles (Ariel Pink, Haunted Graffiti) qui joue également la plupart des instruments sur cet enregistrement. Julia Holter et Dev Hynes contribuent également à accompagner la voix de Torrisi entonnant ses chansons d’amour de manière directe au cœur évanescent sur un arrière-fond divers composé de synthés vintage rappelant à la fois le space-rock psychédélique des années 60 et le R&B des nineties, des accords de piano à la façon de Steely Dan et des arpèges de guitares acoustiques flirtant avec la musique baroque.

De cette expérience qui la voit sauter d’un style à l’autre on notera le schéma « dance » de « Double Horizon », la jolie ballade au piano « The Perfect Timing » et la titre phare «Born To Love You » intervenant malheureusement vers la fin de Nedelle Torrisi. Les vocaux vaporeux et oniriques de la chanteuse sont, hélas, peu représentés ici ce qui donne pour résultat un « comeback album » acceptable et, peut-être ?, prometteur

***

Richard Buckner: « Surrounded »

« Énigmatique » est sans doute le qualificatif qui convient le mieux à Richard Buckner, auteur-compositeur qui semble voué à demeurer un artiste culte tant sa vision du monde et les choses qui semblent se diffuser dans son esprit ne doennent pas trop envie d’y regarder de très près. Il a pourtant été une figure de proue de l’alt-country qui a surgi au milieu des années 90 mais ses œuvres sont devenues de plus en plus introspectives et son album précédent, Our Blood, a même failli ne pas voir le jour. Sur Surrounded Buckner a, à nouveau, choisi de faire tout lui -même mais s’est associé à Tucker Martine pour une production qui l’aiderait précisément à maintenir sa focalisation. Du coup, Surrounded est sans doute un des ses albums les plus cohérents, avec ses tonalité d’expérimentations dans l’« ambient » et l’atmosphère de claustrophobie inspirée par le titre qui est ainsi diluée tout au long des neuf morceaux. C’est un univers qui lui est propre, qui met même parfois à l’aise car l’artiste a la benne idée de le clairsemer de petites éclairs de lueurs comme sur « Go » ou « Cut ». On retrouve alors ici la grâce fluide de ses premières productions voisinant avec des morceaux qui ne peuvent qu’inspirer l’effroi : le buzz narcotique de « Beautiful Question » , les loops et la progression d’accords grattés de « When You Tell Me How It Is » ou le e-bow qui consume « Lean-To ».

Tout ceci est, bien sûr, narré sur un ton de chuchoté et rauque qui semble nous inviter à partager nos propres épiphanies. C’est cette tonalité au ralenti qui continue à faire émerger ces images tout au long de son œuvre, comme si, à chaque fois, la catharsis était toute proche mais encore fuyante comme un filet d’eau entre nos doigts.

★★★☆☆