Astral Cloud Ashes: « Too Close to the Noise Floor, »

Sous le nom de Astral Cloud Ashes se cache Antony Walker, muiscien natif de l’île de Jersey. Son « debut album », Too Close to the Noise Floor, combine les mânes de XTC pour la pop alambiquée et des Pixies pour la constance à explorer l’extravagance. Cet appairage tout incongru en matières d’influences fonctionne ici de façon fluide et permet un amalgame sonique qui échappe à toute définition de genre et, plus intéressant, de période.

Les textes de Walker sont, en outre, singuliers, à égale distance ente le personnel et l’ésotérique. On, par moments, la sensation de lire un journal intime meurtri par le désespoir (« The Man I Had To Become ») alors que d’autres instances se singularisent par une collision de mots et d’images mis bout à bout. L’ensemble génère un tableau qui serait celui d’une dystopie guère dissemblable à la nôtre (« Lites ».)

Too Close to the Noise Floor s’entend comme le disque d’un musicien s’interrogeant encore sur la direction qu’il veut prendre mais dont les prémisses sont, ici,indéniablement porteurs de promesses.

***1/2

Aquilo: « Silhouettes »

Des plages de pianos placides, de cordes brassées et secouées forment la base et le ferment de ce « debut album » de Aquilo. Rarement le terme de travail d’orfèvre na autant mérité son nom.

Opulence de morceaux délicatement surfilés ensemble, une voix qui vise à vous magnétiser, des phrasés qui vous forcent à vous arrêter et prêter l’oreille ; il n’est question que de cela dès le titre d’ouverture donnant son nom à Silhouettes.

Appellation judicieusement choisie, que ce soit grâce à la délicatesse tendre d’un « Human » s’écoulant comme des vaguelettes ou, mieux encore, sur un « Sorry » atmosphérique suintant d’émotion.

Quand « Never Again » apporte furtivement une touche un peu plus enlevée, il ne brise aucunement la « vibe » cohérente de l’opus. Tout eu mieux au contraire, sert-il à incarner sa beauté auditive et sa musicalité.

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Angel Olsen: « My Woman »

Ce nouvel album de Angel Olsen dort près de 3 ans après l’heure de gloire qu’a constitué Burn Your Fire For No Witness . Ici, point de carrefour entre Leonard Cohen ou Buffy Sainte-Marie mais un opus qui s’ouvre sur un « Intern » préfigurant un univers sonique bien différent conjugué qu’il est pas des synthétiseurs où l’onirisme est de mise.

Celui-ci est pourtant tout aussi expressif et dynamique par la faculté qu’Olsen a d’évoquer, qui Mary Weiss, qui Stevie Nicks sans pour autant se sentir tributaire de ces influences.

My Woman est une preuve que le chanteuse vaut bien plus qu’elle-même ne pensait l’être grâce à des compositions haut perchées comme « Woman » où sa voix nous emmène vers des sommets dramatiques et poignants.

Que ce soit en termes de musique et de thème, My Woman baigne dans un décor où tout n’est que défi et méfiance. Les vocaux sont comme écorchés dans un mix qui ne veut rien savoir de la pop (« Paps » ou la reverb transcendentale de « Sieter »). On admirera la transition subtile entre groove et calme émotionnel comme sur la romance emblématique que sera « Shut Up Kiss Me » modèle de minimalisme et de modestie.

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American Wrestlers: « Goodbye Terrible Youth »

Le titre de ce deuxième album de Gary McLure et son groupe est autobiographique, le premier disque, éponyme date de dix ans, mais aussi ironique si on remarque l’évolution musicale de American Wrestlers.

American Wrestlers était effectivement déjanté, mais il l’était d’une façon qui donnait au combo shoegaze-power pop une aura particulière bien apaisée si on prend en compte l’effort solo du bonhomme, Wreaths.

Ledit opus n’avait pas eu le retentissement escompté, il est logique que McLure se soit penché vers quelque chose de plus posé et un son plus ample.

Nous avons droit à un album fait de deux moitiés. La première se singularise par le titre d’ouverture, « Vote Thatcher », morceau new wave gorgé de synthés lourds et aux chorus appuyés, on n’échappe pas ici aux dance floors mais aussi à des textes d’une rare intelligence. C’est, en revanche, au niveau mélodique que les choses sont intéressantes. « Amazing Grace » est un morceau étincelant mais ce sont surtout les arrangements, alternativement grungy et dépouillés que l’album excelle. Les variations s’enchaînent sans que chaque composition puisse être considérée comme un bouche-trou, conduites qu’elles sont par un piano qui apporte une tonalité constante et définitive.

Quand la deuxième partie se lancera dans un schéma britpop, elle le fera toujours avec ce même soin à ne pas rendre les guitares trop tranchantes et à ménager d’autres instrumentations, par exemple du tambourin.

Indéniablement la « vibe » reste toujours mancunienne, mais elle semble vouloir amorcer un départ vers une musique où les idées son l’émotion plutôt que l’énergie. Revendiquer ses influences n’est alors pas un mauvais plan, surtout si c’est fait avec une telle subtilité presque distanciée.

***1/

Amber Arcades: « Fading Lines »

Annelotte de Graaf est une musicienne hollandaise qui sort ici son premier album sous le nom de Amber Arcades. Apparent onirisme que cette dream-pop où les accords sont soyeux et les vocaux gorgés de soleil et qui nous promène das un climat de sécurité qui, peu à peu, se révèlera trompeur.

La sérénité y est en effet voilée, comme des nuages métalliques et de Graaf y navigue pari des cieux qui s’avèrent turbulents et acquis à un vent qui les canalise d’une brise ferme.

Femme de loi de son métier, elle assemble ici des musiciens connus pour leur rigueur et un producteur punk, Ben Greenwood pour enregistrer un disque qui est tout aussi déterminé qu’il se montre fantasmagorique.

Le monde esquissé par Fading Lines y est sous-entendu, suggéré agrémenté de guitares persuasives et insistantes comme sur la chanson titre. Si on y ajoute un art consommé de jouer sur la rémanence de mouvements tirés du répertoire classique ou de Beach House (« I Will Follow ») on aura droit à cette euphorie intime qui nous envahit (« Right Now ») perturbée, en clôture, par la douce amertume de « White Fuzz ».

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Allison Crutchfield: « Tourist In This Town »

Des changements soudains faisant irruption en plein milieu de circonstances personnelles ; telle est la toile de fond qui sous-tend Tourist In This Town l’album de Allison Crutchfield, sœur jumelle de Katie déjà réputée pour ses opus sous le nom de Waxahatchee.

Ces situations, le travail, les relations, les amis, les lieux ou même les visions du monde sont génératrices de paniques qui, toutes temporaires qu’elles puissent être, font le lit de cette année horrible qu’a vécue la chanteuse en 2015 et qui sert d’exutoire à cet opus.

On a donc droit ici à une sorte de journal intime, explorant ce phénomène d’anxiété dont Crutchfield a été percluse, panorama d’angoisses traduites sur des modes new wave, pop, rock ou folk. Crutchield s’y introduit à grand renforts d’émotions allant de la candeur fragile jusqu’au lyrisme un peu affecté.

Le tout est délivré avec cet entrelacement agile de guitares craquelées, propres à nous amadouer tout autant qu’une Jenny Lewis.

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Alison Krauss: « Windy City »

Windy Ctiy est le premier album solo de Alison Krauss depuis dix-sept ans et il s’abstient de toutes références et interprétations tapageuses aquxquelles nous étions habitués dans ses disques précédents pour mettre en valeur des standards country vénérables choisis avec Buddy Cannon, le producteur préféré de Willie Nelson.

Hormis l’insouciant «  It’s Goodbye And So Long To You », le répertoire privilégie des climats mélancoliques dans lesquels la voix de Krauss déniche infailliblement le désespoir que peuvent évoquer des titres comme « Losing You », « All Alone Am I » (Brenda Lee)  ou le déchirant « You Don’t Know Me » de Ray Charles.

On notera également ses harmonies en overdub sur « I Never Cared For You » de Willie Nelson qui exemplifient à merveille un morceau où jamais les thèmes de l’abnégation et du déni n’ont été aussi merveilleusement saisis.

***1/2

Alex Izenberg: « Harlequin »

Après avoir passé plusieurs années à travailler et à enregistrer sous divers pseudonymes, ce multi instrumentiste sort enfin son premier opus sous sa réelle identité. Comme on pouvait s’attendre de la part de quelqu’un qui aime s’entourer de plusieurs avatars, Harlequin est un disque à la palette étendue nous offrant des matériaux musicaux divers et osés. On pourrait parler d’expérimentation tant Izeznberg ne semble pas vouloir faire l’économie des instruments dont il use avec une constante, le joie de créer qui n’est pas sans évoquer le White Album des Beatles.



Chaque plage semble vouloir s’amuser à feuilleter un livre d’idées et d’inspirations, sans retenue aucune d’autant que Izenberg ne manque pas d’habileté à nous faire entendre des choses qu’on ne rencontrerait chez personne d’autre. Ce serait lui faire injure que de vouloir le mettre dans une case ou le qualifier de faiseur ; on pourrait juste avancer qu’il emprunte à Eno et à Lou Reed mais qu’il est avant tout un musicien talentueux.

Harlequin est un disque intéressant, s’adressant à ceux pour qui curiosité va de pair avec innovation.

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Alex Clare: « Tail of Lions »

Il peut être difficile de se sentir inspiré quand on est entouré de technologies, Alex Clare a, lui, trouvé la solution : mettre au point ses compositions dans un bateau avec son bassiste Chris Hargreaves.

L’album qui s’en suit, Tail of Lions, voit le chanteur se muer en véritable auteur-compositeur, maturant vers des sujets aussi vastes que la maladie mentale (la pulsation de« Basic ») ou cet hymne à la survie qu’est le hard-funk de « Surviving Ain’t Living » et son solo de guitare.

Clare aborde ici les difficultés à maintenir une relation stable, le « single » « Tell Me What You Need » entrecoupé par des percussions pesantes et un chorus chargé de synthétiseurs.



Pour maintenir cet équilibre, il s’est converti au Judaïsme orthodoxe, phrase dont le titre de son album est diréctement tiré. Certains titres, « Get Real » ou « Gotta Get Up », abordent la tension entre sa foi et le monde réel et une des accalmies qu’il y puise se retrouvera dans une composition a cappella et en mid-tempo, « Tired From The Fire ».

Le disque se termine de manière contemplative, « You’ll Be Fine », où mes questions existentielles n’on plus lieu d’être. Quand on saura que l’artiste a eu des démêlés avec son label précédent, on comprendra que les thématiques spirituelles prennent le pas sur des interrogations terre à terre et que Taile of Lions révèlent, en matière de spiritualité, bien plus qu’un disque pop stricto sensu.

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Agnes Obel: « Citizen Of Glass »

Ce troisième album de Agnes Obel la voit s’éloigner de la pop façon Tori Amos qui jalonnait son premier opus, Philarmonics.

Elle s’appuie ici encore sur la palette expérimentale de Aventine (2013), mais Citizen of Glass nous offre ici une collection de titre beaucoup plus ambitieuse et accomplie.



Ses compositions sont adornées et jolies, des artefacts dont une étrangeté nous rappelle par moments Kristin Hersh (« Stone » ou « Grasshopper »).

« Golden Green et « Mary » nous transporteront dans un royaume que n’aurait pas négligé Joanna Newsom alors que « Stretch Your Eyes » ouvrira de manière audacieuse un harmonieux opus où règneraient aussi les mânes du Hope Six Demolition Project de PJ Harvey.

***1/2