Colleen Green: « I Want To Grow Up »

Colleen Green est une personne avec qui on peut se sentir une appétence. En effet, à leurs meilleurs, ses morceaux pop sont fort juste et articulés et ile décrivent avec acuité notre vie quotidienne. Ses deux premiers opus avaient été plus ou moins enregistrés chez elle ; sur un I Want to Grow Up au titre emblématique elle ajoute le son d’un véritable groupe et les résultats sont nettement probants. Green traite encore de ce que c’est que d’être adulte avec un point de vue enfantin mais l’aide qu’elle reçoit de l’extérieur (un de ses membres vient de Jeff The Brotherhood) fait, ici, merveille.
Il est aisé de deviner ce que sera la grand thème de l’album. Alors que, en général, quand on arrive à l’âge de 30 ans on est censé savoir de quoi est faite l’existence, dans son cas elle égrène des sensations dignes d’une gamine de 15 ans faites de confusion, de paresse ou de laisser aller. La chanson titre ainsi que « TV » sont, ainsi, un exemple dont on peut éprouver de la frustration face aux normes sociétales.


C’est au travers du noyau central, « Things That Are Bad for Me (Part I) » et « (Part II) » que le disque prend véritablement une certaine ampleur. La première partie est un numéro enlevé traitant de la façon dont Green devrait s’assumer, soit en buvant moins, soir en évitant un ex, bref en se montrant positive et elle mène directement dans la deuxième partie, un cousin de la première en plus grunge et mélancolique. Ces deux titres apportent vraiment une lumière intéressante sur la dualité de l’album et des voix conflictuelles qui résonnent en elle : ange pop-punk et diable synth-pop.
Le final, « Whatever I Want » sera la composition la plus positive, incorporant comme elle le fait les deux facettes de sa personnalité. Green est dans l’acceptation de cette nature ce qui est le cas de chacun d’entre nous. Elle comprend que le bonheur ne consiste pas à chercher le sans fautes ; quelque part c’est une façon qu’elle a d’avoir muri, même si elle n’en a pas totalement conscience.

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The Airborne Toxic Event: « Dope Machine »

Sur ce quatrième album des Airborne Toxic Event on assiste à un changement de direction de la part du groupe qui semble glisser du « guitar rock » à une approche qui repose beaucoup plus sur la pop et l’electronica.

Si on cherche les envolées de guitares et les chorus anthémiques de la forme de « Wishing Well » ou « Sometimes Around Midnihgt » de leurs précédents opus, on ne les trouvera pas. Les compositions sur Dope Machine sont plus dans la veine de leurs « singles » (« Changing » en 2011 et « Timeless » en 2013) avec les guitares mises en arrière plan et les claviers et les boîtes à rythme occupent la place centrale.

On peut discerner des chorus accrocheurs disséminés dans l’album mais ils sont enfouis sous de nombreuses nappes soniques ce qui, quelque part pose un problème ; Dope Machine semble impersonnel, tout en retenue et parfois même soporifique d’autant que, en matière de nouveauté, la plupart des titres sont déjà sortis sous la forme de « singles » dont « Wrong » et « Chains » sont les meilleurs.

Entre cela, le reste sonne affreusement similaire : quelques rockers froids et lentement cadencés dont se différenciera « Time To Be A Man » et une trilogie de ballades qui ne sont pas les moments phares di disque ; en particulier un « My Childish Bride » bien poussif.

Dope Machine déçoit malgré les promesses qu’il affichait. On peut créditer The Airborne Toxic Event de vouloir changer de direction mais on s’aperçoit que, au travers de cette nouvelle équipée, il a choisi de rester sur des sentiers bien balisés qui ne noue emmènent pas réellement quelque part.

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The Black Ryder: « The Door Behind The Door »

Il y a environ trente ans, Jesus and Mary Chain sortaient leur Darklands. Le tempo ralenti et les rythmes de guitare léthargiques ont fait, depuis écoole et, même si The Door Behind The Door des Black Ryder n’est pas rigoureusement semblable, l’effet produit, cette sorte de désenchantement qui atteint les esprits les plus affligés, ne peut que nous les remettre en mémoire.

Ce deuxième opus suit un Buy The Ticket, Take The Ride considéré comme un classique du shoegaze moderne mais il avait connu quelques détracteurs. Ici, le duo australien composé de Aimee Nash (qui a collaboré avec BRMC) et de Scott Von Ryper, est parti à Los Angeles et il nous présente un album sonnant comme une discothèque où figureraient This Mortal Coil, Cocteau Twins et tout combo qui appartient à l’éthique dreampop pour nous offrir un disque qui transcende tempe et espace.

Quand Nash chante, on ne peut qu’écouter. Sa voix a une qualité éthérée et hypnotique rappelant Mazzy Starr, plus suggestive et envoûtante que celle de Von Ryper qui se charge d’une production qui l’épaule avec force et fait de la vocaliste le point focal de l’album.

« Babylon » vous emmène en un lieu dont vous ne connaissez rien avec ses nappes de guitares vous transportant au sein d’une expérimentation psychédélique alors que « Seventh Month » interrompt le trip « psych-out » pour vous ramener vers un univers nourri de mélatonine.

«  The Going Up Was Worth the Coming Down » pourrait être une composition britpop exemplaire si elle n’ajoutait une grandeur majestueuse et «  Let Me Be Your Light » peindra l’onirisme de son optique surréaliste.

« All That We Are » nous permet la béatitude avant l’épique exode « ambient » que constitue « Le Dernier Sommeil ». The Door Behind The Door nous laissé alors devant une porte qui est celle d’une réalité atemporelle dans laquelle ne brille que l’hyper surréalisme. Il ne reste plus qu’à franchir le seuil qui ouvre sur des multiples chambres qui seront autant d’expériences hallucinatoires une fois quitté le tangible et le réel.

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Emile Haynie: « We Fall »

Quand votre « debut album » peut se vanter des participations de Bian Wilson, Lana Del Rey, Fay-ther John Misty et d’autres on ne peut que se dire que son travail en tant que producteur (Lana Del Rey, Kanye West, etc.) à fait de Emile Haynie le détenteur d’un carnet d’adresses imposant.

Pour ce premier disque solo Hayne semble d’ailleurs être resté dans sa zone de confort, témoin le duo avec Del Ray, « Wait For Life », qui aurait très bien figurer dans l’album de cette dernière tant il excelle dans ce genre de slow-blues incandescent dont la chanteuse est porteuse. À cet égard, il aurait été intéressant de savoir jusqu’à quel point cela est lié à la relation qu’il a ou avoir avec elle même si on retrouve cette même zone de confort dans « A Kiss Goobye » de St. Vincent qui s’honore de la participation de Charlotte Gainsbourg avec qui il avait déjà travaillé.

De ce point de vue, We Fall, ne surprendra pas mais il offrira beaucoup moins de cohésion que quand Haynie se contente d’un rôle aux manettes à moins qu’il ne s’ait souhaité nous confectionner une collection de « singles ». On trouvera néanmoins étrange qu’après un « Come With Me » rempli d’échos interprété par Likke Ly, survienne un « Who To Blame » avec un Randy Newman à son plus ampoulé.

Avec We Fall, preuve est faite qu’il est difficile pour un producteur d’arriver à la hauteur des artistes pour qui il travaille. Le « Fool Me Too » avec Nate Ruess est est l’exemple parfait si on le compare avec ses travaux avec Del Rey et West ; Emile Haynie fait pour lui ce qu’il sait faire pour les autres. À ce titre, le « closer » « The Other Side » et sa fin abrupte est emblématique d’un disque qui est le résultat de divers hasards plutôt qu’une création artistique et que la pluralité des connaissances de Haynie sauve de la banalité.

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Rapid Talk: Interview de Martin Carr.

Martin Carr est peut-être le meilleur songwriter que vous n’ayez jamais entendu à moins, bien sûr, vous n’ayez suivi fidèlement la carrière de son groupe The Boo Radleys. Connus avant tout pour leur monumental Giant Steps, ils ont pourtant un nombe conséquent d’albums mémorables comme Everything is Alright Forever ou Wake Up. Carr était leur compositeur principal ainsi que leur guitariste, il a ajouté une corde à son arc avec les vocaux sur son nouvel opus solo, The Breaks. Sa voix rappellera celle de Guy Chadwick ou Lennon, il lève ici un peu sur ses ballades songeuses et son statut de marginal par rapport à l’industrie du disque.

Avec The Breaks, on est confronté à une myriade de styles. Que diriez-vous de votre itinéraire avec The Boo Radleys, puis sous votre pseudonyme de Brave Captain et enfin avec votre dernier album solo ?

The Boo Radleys se sont séparés car je n’aimais plus la musique que nous jouions. On avait atteint un mur en termes de progression, j’écoutais beaucoup d’électronique et de dub et je ne voulais pas faire partie d’un groupe qui jouearait de la psychedelia. Quand j’y repense je me dis que j’aurais peut-être dû chercher des collaborateurs dans la scène electro mais j’ai fini par faire quelques albums de psyche-pop. Je n’avais pas les idées claires à l’époque.

J’ai commencé alors à faire de la musique sur mon ordinateur et j’en ai glissé les résultats sur mon disque Advertisements For Myself en 2002. C’était un drôle de mélange de bribes electronica éparpillées du psche-rock qui était la composante principale du disque. Je crois que c’est à partir de ce moment que j’ai cessé d’écouter tout ce qui pouvait s’apparenter au concept de chanson.

En 2003, j’ai commencé à faire quelques concerts avec mon portable. Ils étaient en majorité déstructurés et ennuyeux. J’ai fait un album, All Watched Over By Machines of Loving Grace, enregistré chez moi et ça été la première fois où je fusionnais l’electronica dont j’étais fan et la psyche-pop qui s’empare de moi dès que je prends ma guitare. J’ai continué à faire des « gigs » avec un batteur, mon portable et un piano Rhodes ; ces concerts étaient plus accessibles et sans doute moins ennuyeux que ceux que je faisais uniquement sur ordi.

Mon label, Wichita, m’a laissé tombé alors que je travaillais sur l’album suivant et j’ai eu un long moment de découragement. Je suis redevenu productif en 2005, un « single » chaque mois pour les membres de mon site web, un album, Distractions, dont je trouvais qu’il marquait quelques progrès par rapport au précédent et un autre de plages electros sou le nom de The Black Serpent Choir. J’ai fini par distribuer Distractions pour rien, j’étais vraiment au plus bas et j’ai, alors, complètement arrêté de composer.

Je me faisais un peu d’argent en illustrant un journal et j’ai fait un peu de guitare, en m’apprenant à jouer en style fingerpicking et ai recommencé à composer en me tenant éloigné de mon ordinateur. J’ai eu très vite un disque de prêt et je suis allé l’enregistrer dans un petit studio. Il se nommait Ye Gods (and little fishes), il était pas mal mais, au niveau de la production, je le trouvais en régression. Je l’ai sorti en numérique car personne n’était intéressé, je suis devenu père et ai continué à composer. Personne n’était intéressé et même Pledge Music ne me répondait pas. J’ai écrit la musique d’un téléfilm sur Lennon appelé Snodgrass et un jour, en 2013, un label de Hambourg, Tapete Records, m’a contacté m’a fait venir et m’a proposé de ré-enregistrer certains titres. Ainsi est né The Breaks. Tout content que je sois avec, je pense toutefois que je n’ai pas encore trouvé ma voie et que celle-ci se situe dans mon approche sur Distractions.

Vous mentionnez souvent le fait de ne pas vous sentir à la juste place ; comment cela a-t-il affecté votre créativité ?

Le plus gros impact a été, selon moi, de ne pas trouver de véritables collaborateurs. J’ai fait beaucoup de choses par moi-même et je ne comprends pas pourquoi je n’ai jamais pu rencontrer quelqu’un qui aurait voulu faire de la musique avec moi. Peut-être que je dégage de mauvaise vibrations, allez savoir. (Rires)

Comment vous viennent vos idées en matière de textes ?

La plupart du temps c’est lié à des choses qui se passent autour de moi, à d’autres moments je ne fais que décrire des rêves au des images qui me viennent quand je joue, sur « Santa Fe Skyway » par exemple. Quand je suis coincé, je me saisis de Masterpieces Of Western Art un livre qui est sur mon bureau et décris ce que je vois quand j’ouvre un page au hasard. Je le fais rarement mais c’est un bon moyen de débloquer ma machine à mots.

Certains titres comme « Santa Fe Skyway » ressemblent à des mini symphonies. Vous passez des guitares funky à une section de cuivres. Était-ce un processus organique ou avez-vous vous y reprendre à plusieurs fois pour que tout s’intègre avec fluidité ?

J‘ai travaillé très longtemps sur l’enregistrement original. La version suir l’album est identique, hormis la section rythmique. Pour moi, c’est un processus où j’essaie divers trucs jusqu’à ce que je trouve et garde ce qui me plait. J’ai tendance à utiliser pas mal de « samples » déglingués qui me donnent des idées mais la plupart d’entre eux sont ensuite abandonnés ou remplacés.

Vous avez été assez éclectique en matière de style ; en avez-vous un qui soit votre favori aujourd’hui ?

J‘aime quand c’est un mix de pop, de noise et d’electronica. Mais pour l’instant je ne suis pas encore arrivé à le réaliser correctement.

Certaines de vous compositions rappellent les parties orchestrales de Love ; vous ont-ils influencé ?

J‘ai entendu pour la première fois Forever Changes à la fin des années 80. Ça a eu un impact décisif sur moi ; j’ai commencé à réfléchir en termes de cuivres et de cordes. Des titres comme « You Set The Scene » m’ont ouvert à des arrangements étrangers à l’univers de la pop. J’en écoutais à la radio et la structure en était assez universelle mais avec des trucs comme ça ou Smile des Beach Boys l’implication émotionnelle changeait du tout au tout.

Dan Deacon: « Gliss Riffer »

Si on considère les albums précédents de Deacon, cette vague sonique qui caractérise Gliss Riffer n’est pas nouvelle. Pourtant, quelque chose semble avoir changé ; la sensation que pour ce compositeur de classique contemporain la linéarité de son œuvre prend une tournure différent, il s’agit de ces éléments qui font des différents mouvements de cet album quelque chose de cohérent.

Gliss Riffer montre le musicien d’humeur plus candide et condensée dans une approche qui fait de ces huit plages un ensemble de positivité electro-punk et de bruit « bubblegum » à son plus haut degré d’euphorie.

Les loops vocaux sont haut perchés et les structures semblent laisser plus de place à une spontanéité évoquant un dessin animé. « Feel The Lightning » ouvre le disque et déverse une « vibe » joyeuse et donne cette coloration effervescente qui va courir sur tout l’album.

En revanche, loin d’être d’un seul tonneau, le morceau ne nous prépare pas aux sons chaotiques et stupéfiants qui vont suivre. « Shethed Wings » qui suit sonne si occupé qu’il en devient agité ; des bruits d’alarme, des mots psalmodiés et un climat qui impose une anxiété nous préparant à ce qui va nous attendre.

Ce qui s’impose alors est un « road trip » explosif, «  When I Was Done Dying », puis «  Meme Generator » et « Mind On Fire » qui, tous deux, éveillent un plaisir masochiste à se sentir à la fois stressé et bienheureux et désireux d’en avoir plus.

La tension se diluera avec un «  Learning to Relax » dont le titre véhicule bien l’effet onirique auquel il aspire et il sera suivi, en toute logique, de deux longs instrumentaux (« Take it to the Max » et un délicat jusqu’à l’écoeurement « Steely Blues ») nous entraînant dans un état irréel et surréaliste.

Gliss Riffer est construit de la même façon qu’un rêve s’échafaude ; il entre en nous puis en sort de manière irréparable, mais ce qu’il y laisse est un élément qui, sur notre carte mentale, incitera à ouvrir un peu plus notre âme au chaos et à la réconciliation cathartique.

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Screaming Females: « Rose Mountain »

Le dernier opus des Screaming Females date de 2013 et c’était un EP, The Chalk Tape, dans lequel le trio se lançait dans de vagues recherches expérimentales au long de ses sept plages. L’approche était rapide et quelque peu désimpliquée et elle s’harmonsait assez bien avec le style punk débridé du groupe.

Rose Mountain, leur sixième album, est envoie le bois de façon tout à fait différente dans la mesure où il montre ce que le trio est capable d’accomplir si il prend le temps de polir et d’être un peu plus attentif aux détails. Cette évolution vers une ouverture sur d’autres tonalités avait déjà pu être pressentie sur leurs précédents albums comme Power Move et Castle Talk.

Ici, il semblerait que cette promesse se soit enfin réalisée avec ses guitares en fuzz libidineuses, ses solos qui pulvérisent et le alto chaotique de leur leader et guitariste Marissa Paternoster. Après 10 ans de carrière dans le guitar rock underground, Rose Mountain est un album de rupture par excellence.

Screaming Females s’échappent enfin de l’ombre punk qui menaçait de les stéréotyper et, si on devait aujourd’hui caractériser leur son, on pourrait dire qu’il est maintenant proche de ces riffs stoner rock graveleux qui évoquent le Black Sabbath des débuts. Le travail à la guitare de Paternoster assure la plus grosse partie de cette coloration heavy sur des morceaux comme « Empty Head » ou « Triumph » et elle y ajoute des textes qui sont en phase avec l’intensité émotionnelle de sa musique.

Le disque semble ainsi rendre coup pour coup, dans un échange immédiat et fulgurant entre mots et sons qui s’entrechoquent comme sur sur « Ripe » ou les deux se répondent même si quelques titres pop (« Wishing Well » et « Hopeless ») montrent que le combo a l’ambition de ne pas tout sacrifier au muscle et à l’enthousiasme mais aussi à explorer toute le spectre du guitar rock.

Avec cet opus, Screaming Females que c’est non seulement le rock féminin qui est vivace, mais le rock tout court.

***1/2

Los Bonsáis: « Nordeste »

Los Bonsáis est un duo noisy pop originaire des Asturies qui puise son inspiration à la fois dans le « fuzz » et dans la mélodie. Après plusieurs EPs prometteurs, Nordeste va vouloir enfoncer le clou de l’intérêt qu’ils avaient suscité auprès de la scène indie pop toujours pleine de jugeotte quand il s’agit de décrouvrir de nouveaux talents.
Sur de « debut album » on ne verra pas de grandes évolutions par rapport à leur matériel précédent, juste une manière un peu plus habile de le mettre en place. Le songwriting et le jeu instrumental de Nel sont parfaits cantonnés qu’ils sont dans le noise-pip alors que les vocaux de Elena sont plus hauts et assurés que sur Kingfisher leur précédent EP. Ce dernier était une ode à la rencontre amoureuse, celui-ci est perclus d’humeurs automnales dont le groupe est néanmoins capable da capter l’optimisme qu’on peut y trouver.


Les sons sont vibrants et colorés, et les morceaux conjuguent avec équilibre ce format où la distorsion se mêle à des climats enamourés. Les vocaux de Helena sont à cet égard doublés ce qui est manière de prouver que le duo n’a pas nécessairement besoin de mettre le volume à fond pour faire fructifier sa démarche.
On retiendra quelques morceaux up-tempos et assez accrocheurs comme « Como Si Nada » ou « Plan B », ce sera d’ailleurs une des seules qualités qu’on pourra trouver au combo dans un registre peu original, l’autre étant un art du mix utilisé comme il se doit et qui nous évitera une expérience d’écoute un peu trop pénible.
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S. Carey: « Supermoon »

Le « sophomore LP » de S. Carey, Range Of Light, était dense un album et certains de ses meilleurs moments se trouvaient quand, après plusieurs écoutes, on, y trouvait encore de nouvelles nappes et textures. Il représentait une narration sonique dans laquelle Carey souhaitait explorer son amour de la nature au travers de la musique.

Il y avait totale adéquation entre le démarche et le rendu mais Carey est un artiste versatile et, avec Supermoon, figurent dans cet EP quatre versions dépouillées de précédentes compositions, une reprise de « Bullet Proof…I Wish I Was » et la chanson titre qui est un original.

Une « Supermoon » est, an astrophysique, une pleine lune ou une nouvelle lune ; le moment où elle est le plus près de notre planète et où la vision qu’on en a à l’oeil nu est la plus claire. Carey va s’efforcer de rendre compte de ce phénomène soniquement en nous proposant des versions de « Fire-Scene », « We Fell », « In The Stream » et « Neverending Fountain » dont le dépouillement tranchera avec son opus précédent et dont la magnificence majestueuse ne pourra que nous fasciner.

Chaque résonance va ici conter, comme si il était possible de retranscrire un climat « space » sans déluge d’effets spéciaux ou électroniques. La « vibe » installée est celle d’une proximité dénudée de tout et naturaliste. Le piano domine avec des éléments « ambient » mixés en arrière, l’idée était de procéder à un décharnement presque ascétique des choses ; S. Carey a réussi son pari de prodiguer ampleur à des arrangements spartiates.

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Spectres: « Dying »

Ce disque s’ouvre sur un white noise à faire frissonner tant il est débridé et se veut marque de détermination et de confiance. Spectres est un groupe en pleine confiance et le titre qui intyroduit l’album, « Blood In The Cups », sonne comme une épopée bruitiste sans compromis. Il y a cris, il y a chuchotements, il y a rythmes chaloupés avant qu’une brusque secousse ne vous propulse vers une urgence et une peur qui ne peuvent que vous hanter. Ce sentiment ne s’effacera et, même si Spectres est un groupe, difficile à étiqueter, sa musique vous habitera.

Il s’agit pourtant de post-rock, mais celui-ci sera infusé par des paysages soniques où des bribes de noise-pop s’entrechoquent, un climat dans lequel ce quatuor de Bristol semble inébranlable dans ce qu’il exige.

Le beat de la batterie au coeur de « Mirror » évoque une poursuite au travers de tunnels remplis d’ombres, sur « Sink » , les vocaux sont remplacés par les psalmodies ténébreuses de type « You don’t see what these eyes see » avant qu’un instrumental détraqué ne fuse et qu’un refrain final ne promette un inévitable retour.

Bref, Dying peut être qualifié d’« uneasy listening ». En effet, Spectres sont parvenus à créer très vite une atmosphère et il n’y est question que de tension et d’abrasion dans un climat qui semble nimbé de brouillard. Ainsi, un volute de feedback qui enfle et phagocyte un « Sea Of Tees » semble un processus naturel et il en sera de même au long des dix plages qui jalonnent l’album.

Ce qui sauvera le disque de l’excès sera une véritable démonstration dans l’art de cultiver des refrains. Spectres pourrait, à chaque mesure, nous choquer et nous assaillir, il ne le fait pas et préfère nous titiller en privilégiant la durée de ce qui est à anticiper. Comme dans toute bonnes histoire de fantômes, le plaisir est dans l’attente ; Spectres l’ont parfaitement compris et impeccablement mis en place.

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