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Ty Segall: « Deforming Lobes »

Chaque fois qu’il est question de Ty Segall, on souligne sa phénoménale capacité à lancer des albums à volonté. Il est rare, en revanche qu’on parle de l’incroyable talent de showman du bonhomme ; aussi ce Deforming Lobes, album en concert du Californien, remettra les pendules à l’heure sur ce plan.

Capté en janvier 2018 lors de trois soirs au Teragram Ballroom de LA, Deforming Lobes est un très réjouissant album live à écouter même si on a peu d’intérêt pour la chose. En effet, ce disque traduit à merveille l’énergie brute de Segall et son groupe ur scène avec tout ce que ça implique de lourds riffs, de solos complètement déjantés et de feedback grinçant. Ajoutons que le disque a été enregistré et mixé par Steve Albini et on comprendra pourquoi cet opus est saisissant.

Mais Segall et Albini ne sont pas les seuls capables ici. Avec son Liberty Band, Ty Segall a atteint un potentiel de rouleau-compressage jusqu’ici inégalée dans sa carrière et ce disque live en témoigne autant qu’il apparaît comme la fin d’un cycle.

Avec le Liberty Band, Segall a lancé son deuxième album homonyme, le EP Fried Shallots et l’acclamé double disque Freedom’s Goblin. Alors que les deux premiers sont moins exploratoires, on y retrouvait un concentré de Tyl, plus ramassé et plus percutant. Avec Freedom’s Goblin, le guitariste chanteur a ramené une dose de folie et de psychédélisme garage à sa formule, mais en conservant son approche mise de l’avant depuis les débuts de son super groupe.

« Finger », « Warm Hands » et « Love Fuzz » sont parmi les meilleurs moments de ce « live » ; concentrés comme ils sont aux antipodes de ces groupes qui ont tendance à vouloir en faire trop sur pareils exercices.

Les guitares très fuzzées, la grosse basse deMikal Cronin et la voix perçante de Segall sont à l’avant-plan dans une production sale de grande qualité. Le choix des chansons a été fait avec soin alors qu’on a pris soin d’appréhender dans toutes les périodes de la carrière de Segall. À cet égard, « Squealer » et « Breakfast Eggs » en versions live avec le Liberty Band sont absolument convaincantes, au même titre que son inoubliable interprétation inoubliablement interprétation sur Emotional Mugger.

Bref, Deforming Lobes est une une leçon de rock, un tour de force technique et un album qui est simplement purement rock très plaisant à écouter. Segall prendra peut-être une pause de son Liberty Band dans les prochains mois pour se consacrer à des projets plus personnels (et déconstruits) – il a déjà commencé d’ailleurs – mais cet album « live » est un superbe échauffement pour le talentueux musicien.

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13 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Matt LaJoie: « The Center and the Fringe »

Les compositions de Matt LaJoie tournent en boucle autour de quelques notes jouées sur une guitare électrique, les cordes sont pincées, il y a de la reverb ainsi que du delay et les lignes mélodiques procurent immédiatement quelques vertus thérapeutiques. Elles se superposent progressivement les unes sur les autres, et l’on imagine instantanément le guitarist en train de sampler ses arrangements au gré de l’inspiration. Le sommeil peut attendre et cette musique narcotique se déploie lentement, nous plongeant dans un état second formant un mandala.

Sur « Venusian Ballroom », Matt LaJoie déploie progressivement ce psychédélisme doux fait de guitares claires et de bourdonnements hypnotiques rappelant la musique de Herbcraft et son folk cosmique.

Six minutes et vingt-deux secondes plus tard, le morceau restera à jamais dans cette cité spatiale imaginaire cachée au plus profond de notre imagination,et ce, sans que substance hallucinogène ne soit nécessaire.

***1/2

18 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

The Chocolate Watch Band: « This Is My Voice »

1965, Los Altos, péninsule de San Francisco, voit la naissance de The Chocolate Watchband construit autour de Ned Torney (guitare) et Mark Loomis (guitare et claviers). Pendant les 4 premières années de leur courte vie, les Américains ont été l’un des leaders de la scène garage rock psychédélique en sortant quasiment un album par an jusqu’en 1969 et le clap final. Sauf que, fort d’un renouveau du style à la fin des années 90, le groupe s’est reformé autour de David Aguilar, un des chanteurs originels.
54 ans après la naissance du combo sort This Is My Voice, un nouvel album longuement pensé et composé. The Chocolate Watchband propose donc un voyage au son résolument vintage d’un rock suranné à la patine redoutablement accrocheuse pour les amateurs du genre. Le psychédélisme est également bien présent notamment dans « Judgement Day » qui débute sur des notes indiennes à la George Harrison pour ensuite retourner dans l’Amérique profonde avec un air d’harmonica que n’aurait pas renié le Boss Springsteen. Le climat planant s’installe dans le titre éponyme totalement halluciné et aux mélodies opiacées dont l’auditeur sera extirpé par des riffs tranchants de guitare. Après ce passage trance, le groupe revient à une atmosphère plus bluesy à la Rolling Stones dans « Trouble Everyday » au refrain très seventies.


Le pari est diablement risqué de proposer à la fin des années 2010 un album aussi dépouillé, aux arrangements qui sonnent live, et livré dans son plus simple appareil, car ici tout est fait de façon à donner une image artisanale aux compositions. Il s’agit de répondre parfaitement au cahier des charges du rock garage. Le style ne réclame aucun fard et aucun effet electro moderne comme dans « Talk Talk ». Le groupe pioche dans la world music notamment indienne comme évoqué précédemment en accentuant la fusion dans l’instrumental « Bombay Pipeline » où sitar et batterie se mélangent naturellement. Le style tutoie également le folk avec son « Desolation Rock » qui aurait parfaitement pu paraître dans les premiers albums de Bruce SpringsteenThe Chocolate Watchband puise allègrement dans les influences auxquelles ils ont contribué à donner naissance à l’époque, en lorgnant vers les Doors dans un « I Can’t Seem To Make You Mine » très Jim Morisson avec un chant plus qu’ habité et le son de l’orgue Hammond.

This Is My Voice est un album dont les sillons trouvent leur origine dans le rock garage des années 60-70 et The Chocolate Watchband est volontairement resté bloqué dans ces années. Saluons un combo qui redonne image et belle authenticité d’un psychédélisme que l’on croyait perdu à tout jamais.

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15 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Bellows: The Rose Gardener »

Le premier projet musical de Bellows (un artiste venu de Brooklyn nommé Olivier Gelb) était un album brouillant les frontières entre indie folk psychédélique, musique progressive et pop baroque intitulé Fist & Palm. Sur The Rose Gardener la démarche est la même et ce one-man-band nous embarque à nouveau dans une odyssée ambitieuse et colorée.

S’ouvrant sur un majestueux « Housekeeping » où il use de l’Auto-Tune sur des instrumentations baroques comme personne, Bellows imagine un disque concept en se mettant dans la peau d’un personnage qui fait parler sa créativité en utilisant un jardin comme métaphore.

C’est dire qu’il est à fond dans ce périple comme le sous-tendent des titres riches en inspirations comme « Accidents Happen » à « Judgment » en passant par les incroyables « In Silence », « Innocent In Ignorance » et autres « Denouement » résolument plus rock.

Ce nouvel album de Bellows est, en outre, presque convivial ; on y sent cet esprit « at home » tout en son longr notamment à l’écoute de l’harmonieux « Rosebrush » ou même de l’interlude nommé « Gather Ye Rosebuds » où l’on entend même la voix de Gabrielle Smith alias Eskimeaux au fond.

Il y e quoi , chez Belows, de quoi faire mûrir une jardin qui éclora à l’écoute de la touchante et brillante conclusion qu’est « Count ‘Em Down » ; Bellos est un jardineri venu Brooklyn étonnant par son art de l’irrigation.

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3 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

The Bevis Frond: « We’re Your Friends, Man »

The Bevis Frond est une machine de guerre psyché, une sorte d’héritier de Hawkwind (dont Ade Shaw, bassiste sur ce disque, a d’ailleurs fait parti à la fin des 70’s) et d’Hendrix période Electric Ladyland. Mais également un cousin pas si éloigné que ça de Robyn Hitchcock et de Kevin Ayers pour la délicatesse pop/folk british. Le cerveau de la bête se nomme Nick Saloman, disquaire et boss de label, songwriter de génie, adulé des stars du rock indé : J Mascis, Teenage Fanclub, Thurston Moore, Lemonheads.
Saloman lâche donc une nouvelle tornade de presque 1h30, comme si de rien n’était, comme si les disques d’acid rock se vendaient par palettes, comme si Hendrix, Cipollina et Ron Asheton n’étaient pas mort, comme si tout allait bien !


Au menu : un songwriting de maître (« Enjoy », « Thief », « Growing »), du classic rock parfait (« Pheromones », « Lead On »), du Dinosaur Jr mieux que l’original « (Gig Bag »), des perles pop (« Birds Of Prey » », Little Orchestras, »), etc… Et bien sûr le dernier titre de 13 minutes, « You’re On Your Own » infernal et délirant, qui est une preuve supplémentaire de l’absence totale de recherche de succès de son auteur : la gloire recherchée est bien la gloire du rock’n’roll que connaissent très bien des gens comme Lemmy ou Lux Interior.
Et finalement, ce disque ne se distingue pas vraiment des 27 précédents, il vient enrichir l’œuvre d’un homme qui sait que la plus belle chanson sera la prochaine qu’il écrira, et pour qui faire de la musique et enregistrer des disques sont les raisons de vivre.

****1/2

26 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Needlepoint: « The Diary of Robert Reverie »

The Diary of Robert Reverie conviendra à tout ammateur du rock des années 60 et 70 et en particulier de la mouvance psyché/pop/prog. La filiation avec Caravan y est une évidence, c’est une de celles que revendique le groupe, tout comme Syd Barrett, Robert Wyatt (Soft Machine) et Camel dans leur liste de mentors. Ce quatrième opus est même celui dans lequel Needlepoint poussent le plus loin leur amour pour les sixties.
Ce projet de Bjorn Klakegg (compositeur, guitariste, chanteur) respecte les codes du passé avec de jolies couleurs apportées par les instruments emblématiques que sont l’orgue Hammond façon Doors, le piano Rhodes (à la mode Grateful Dead) et le jeu délicat sur les percussions (ambiance Pink Flod sur More). Guitare et basse sont quant à elles saturées juste ce qu’il faut pour donner un peu de grain à l’ensemble et donner davantage d’éclat au chant très clair et mélodieux.

Pour encore plus coller à l’époque, le quatuor basé à Oslo donne également dans le concept album, ils nous racontent l’histoire de Robert Reverie dont le nom est lui aussi assez évocateur, on est promené dans son petit monde entre onirisme et jazz-rock, entre songe et pop-prog, entre douceur et mélancolie.
The Diary of Robert Reverie représente une belle opportunité de redécouvrir un autre monde avec le son d’aujourd’hui, un opus qui permet de revisiter tout un pande l’histoire du rock ainsi que sa poursuite d’autres pistes presque parallèles (folk, jazz, prog, low-fi…).

***1/2

17 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Jacco Gardner: « Somnium »

Aujourd’hui plus que jamais, Jacco Gardner est un explorateur. Depuis Cabinet of Curiosities, son premier album sorti en 2013, le jeune et baroque pour son âge musicien néerlandais n’a de cesse de s’enfoncer un peu plus profondément dans une psyché de l’étrange, quelque part entre les effluves sixties des brillantes harmonies et les songes inquiétants des nappes analogiques.

Composé et enregistré à Lisbonne, où Jacco Gardner s’est installé, Somnium est entièrement instrumental. Coïncidence, le soleil filtre à travers les persiennes des mélodies, créant des terres de contrastes flagrants entre leurs lignes modulées, à la manière de « Volva ». L’éclaircissement est général, la littérature et le cinéma infusent. Nietzsche et Kepler sont cités, appelant à réfléchir à la place de la création, de l’expérimentation mais aussi de son rapport à la réalité.

Moins concentré sur lui-même et plus ouvert d’esprit, Jacco Gardner a gagné en assurance et s’autorise un espace sonore un peu différent, effectivement moins confiné que sur ses deux précédents albums. Le souffle se prend plus facilement mais demeure un élan à l’allure fantastique. « Rising » ouvre le disque et s’élève, objet à la vibration facile et aux notes aigues, celles-là mêmes qui teintent l’imaginaire de la science-fiction. Jacco Gardner continue d’embarquer pour un voyage peuplé de mysticisme où la chimère demeure vacillante et incertaine. L’illusion est la clef, le centre de son travail musical.

Le ton galopant de « Leviana » gagne en couleur, absorbant toute la lumière et éloignant le côté vaporeux du songe. Il élargit la palette des sentiments que véhicule Somnium. « Pale Blue Dot » s’enterre dans un psychédélisme de bon aloi quand « Privolv »a s’enfonce lui dans un orientalisme inédit. Jacco Gardner a le don de deviner des horizons nouveaux, de jouer avec les éléments et de les assembler en un ensemble hyper esthétique. Et Somnium est la chambre d’écho d’une créativité renouvelée, un très très beau reflet lumineux.

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17 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Deerhunter: « Why Hasn’t Everything Already Disappeared? »

Le leader de Deerhunter, Bradford Cox, est un authentique génie de la pop allumée, il l’a prouvé à maintes reprises avec des disques totalement lunaires faisant de son répertoire une pop accrocheuse tout en se situant à son avant-garde. En se jouant admirablement de toutes les frontières musicales, le combo d’Atlanta sort d’un long silence avec Why Hasn’t Everything Already Disappeared?, un disque à la fois aventureux et riche de quelques hits potentiels, et des es pop songs élégiaques et désespérées.

« Death in Midsummer », « No One’s Sleeping » (où le chanteur, fan des Kinks, parle de « Village Green »), « Element » et « What Happens To People? » en sont, ici, de savoureuses illustrations.

Derrière la beauté des compositions et des arrangements (clavecin trippant, synthétiseurs de l’espace etc.) se cache beaucoup de mélancolie et de nostalgie, des sentiments provoqués par la lente déliquescence de notre civilisation vers le néant et l’explosion finale.

Mais s’il est d’humeur chagrine, le disque regarde les étoiles en face, essayant de tirer vers le haut ses auditeurs et lui laisse, avant tout, humer ce qu’est la beauté.

Entre les enluminures pop, Deerhunter propose des interludes intersidéraux de haute qualité psychédélique, comme l’enlevé et stellaire instrumental « Greenpoint Gothic », l’excellent « Tarnung » ou le dérangeant « Détournement ».

Bradford Cox a parfaitement conscience que des échéances funestes sont proches, mais il n’en oublie pas pour autant de nous laisser savourer ces brefs interstices de vie et de joie qui demeurent vecteurs d’espoir.

***1/2

3 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Triptides: « Visitors »

Mine de rien, The Triptides sont en train de s’affirmer comme l’un des meilleurs groupes et surtout l’un des plus réguliers en matière de pop néo-psychédélique. Ce groupe de Los Angeles qui sonne comme une formation anglaise de la fin des années 60 nous régale de sa pop mélodieuse et enjôleuse, remplie de mélodies délicates et de rythmes entraînants, subtilement arrangés comme au temps des Beatles.
Ainsi, flûte, mellotron, sitar, orgue farfisa, clavecin et autre tambourin s’insèrent parfaitement autour du trio guitare basse batterie et sous la houlette de la voix du chanteur Glenn Brigman.
Encore bon petit travail de recyclage donc pour ce groupe que l’on découvre avec un plaisir intact.
***1/2

16 octobre 2018 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Oh Sees: « Smote Reverser »

John Dwyer est prolifique en matière de parutions mais aussi en tant que pourvoyeur de patronymes différents attribués à son combo ; Orinoka Crash Suite, OCS, Orange County Sound, The Ohsees, The Oh Sees, Thee Oh Sees, liste non exhaustive.

Ici ce sera Oh Sees, soit ! Dwyer a sorti, depuis 1977, plus de 20 albums et autant de EPs et de singles ; Smote Reverser changera la donne tout en maintenant toujours le même démarche quand il est question de pénétrer la « psychedelia ».

À cet égard, il importe peu que l’on aime ou non ses productions tout comme l’on considère comme un nouvel avatar inconséquent le fait que les premières salves de l’opus soient constituées d’un mur sonique si complexe qu’il semble impénétrable. « Sentient Oona » mêlera un Amon Düül II qui aurait rencontré Bony M et ce même schéma se reproduira avec « Enrique El Cobrador » et le single « C ».

L’odyssée se poursuivra alors et retrouvera des accents Kraurock avec les hypnotiques « Otherthrow » et « Last Peace » avant que la pierre angulaire ne se soidifie définitivement avec un « Anthemic Agressor », monstruosité de 12 minutes inscrivant Smote Reverser dans un freak out où free jazz et solos brûlants cohabitent aussi harmonieusement que possible avec mélodies délicates et climats moins tempétueux.

L’un ne prendra pas le pas sur l’autre et on aur , en conclusion, à l’oreille un disque qui ménagera riffs high tempo et vibrations garage rock ; un ovni qui pourrait s’apparenter à ce que donneraient Can, King Crimson et Deep Purple réunis ensemble aujourd’hui si caprice leur prenait de s’acoquiner en jam session début seventies.

***1/2

18 août 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire