No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Molly Sarlé: « Karaoke Angel »

Molly Sarlé est une des révélations indie-folk de la scène britannique. Cette avec l’auteure-compositrice-interprète venue de Durham sort, en effet, un premier allbum, Karaoke Angel, qui mérite qu’on s’arrête dessus.

Dès les premières notes de « Human », on sent que Molly Sarlé a beaucoup écouté de disques de folk appalachien tellement les influences se font ressentir sur les neuf compositions restantes. On se laissera ainsi emporter par la douceur des ambiances sereines avec entre autres « This Close », « Almost Free » ou bien encore « Twisted » qui nous mettront sur un petit nuage.

Il ne faudra pas, toutefois, se fier aux ambiances somptueuses de ce Karaoke Angel. Car si l’on prête attention aux textes de Molly Sarlé, tout n’est pas véritablement rose dans la vue de notre hôtesse. Mais elle dispose assez de charisme et d’aisance pour se dévoiler à nous que ce soit sur « Faith For Doubt » et sur « Dreams » où elle sait allier imagination et réalité sur sa vie et son cercle social. La jeune femme essaie de mettre du sens dans sa vie et ces dix compositions de ce premier album iront apporter des éléments de réponse. Et en ce sens, elle mérite une attention appuyée.

***1/2

25 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Hiss Golden Messenger: « Terms Of Surrender »

En l’espace de dix albums, Hiss Golden Messenger a su se faire une place sur la scène indie folk/alternative country américaine. On avait laissé le projet musical mené par MC Taylor avec un Hallelujah Anyhow il y a deux années de cela, opus et qui s’était à la hauteur des attentes. Ils reviennent aujourd’hui avec une nouvelle livraison intitulée Terms Of Surrender.

Composé pendant une période de dépression, MC Taylor a opté pour une écriture universelle sur ses textes résolument intimistes à l’image de morceaux country-soul luxuriants comme les allures 70’s de « I Need A Teacher » en guise d’introduction mais également les sonorités dignes de Grateful Dead sur le pastoral « My Wing » et « Cat’s Eye ». Terms Of Surrender vaut surtout la chandelle en écrivant des hymnes lumineux et de rédemption pour un auditeur en perdition dans sa vie et le fait avec une humanité hallucinante.

Hiss Golden Messenger opte pour l’universalité en s’ouvrant un peu plus au monde extérieur. Ce n’est pas un hasard si l’on retrouve dans le générique des pointures comme Jenny Lewis et Aaron Dessner de The National qui viennent lui prêter main forte sur des titres à l’image de la country-folk digne de Wilco « Bright Direction (You’re A Dark Star Now) » qui traite sur nos entourages et leurs influences sur notre quotidien mais encore du bouleversant « Down At The Uptown ». On appréciera l’honnêteté des textes de MC Taylor que ce soit sur « Happy Birthday Baby » s’adressant à sa fille ou sur « Whip » montrant un auteur de plus en plus lucide au fil du temps et fait de ce Terms Of Surrender un de ses albums les plus touchants de sa discographie.

****

23 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Devendra Banhart: « Ma »

Devendra Banhart nous invite une nouvelle fois avec doigté dans son salon décalé aux replis foisonnants, dont on ne sort jamais indemne. Ce dixième album du musicien américano-vénézuélien a comme titre un tout petit chapeau : Ma, une référence directe à la maternité qui prend aussi le sens plus large de notre rapport au monde, à sa sagesse. De la minimaliste « Memorial, » où sa voix décontractée rappelle immédiatement Leonard Cohen, au bossa-nova souple d’ «  Abre Las Manos », dédiée au Venezuela aujourd’hui tourmenté où il a grandi, Devendra Banhart est mi-doux mi-grave, abordant la mort et la vie de son souffle légèrement étourdi.

Bien que l’orchestration soit toujours dense et recherchée (écoutez « Love Song »), mêlant cordes, cuivres et guitares, l’ensemble est moins fumeux, plus huileux — sauf peut-être sur « The Lost Coast) » belle trame de fin du monde. Oui, on trouve encore sur Ma son petit vibrato caractéristique et un brin d’éclectisme, signe que Devendra Banhart change sans tout à fait changer.

***1/2

13 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Ruth Garbus: « Kleinmeister »

Peu d’entre nous connaissent réellement Brattleboro mais il s’agit d’une des formations les plus fascinantes de ces dernières années. Cela n’empêche pas pour Ruth Garbus de s’émanciper en solo l’occasion venue. Cette année, elle nous fascine de nouveau avec son nouvel ouvrage intitulé Kleinmeister.

Là où Ruth Garbus se démarque de l’ordinaire sur la scène indie folk, c’est tout simplement son interprétation qui ne laisse jamais de marbre. Enregistré avec peu de moyens, les ballades guitare/voix à l’image de « Strash » en guise d’introduction mais également de « Pittiful Poetry » et « Squirrels » prennent une dimension quasi-religieuse avec la voix de la musicienne native de New England qui prend des formes de chorale tandis qu’elle plonge dans l’introspection la plus pure.

On navigue en pleine grâce à l’écoute de splendides ritournelles délicieusement lo-fi comme « Pain » et « Slusher » qui compte la participation de Julia Tadlock aux choeurs. Et lorsque Kleinmeister est on ne peut plus produit avec notamment l’apparition d’un piano et d’un synthé discrèt sur « Pain » ou d’un solo de saxophone ténor sur « Fetty Wah », Ruth Garbus ne perd jamais en charme et fait de cet opus un moment suspendu dans le temps où on arrive à pénétrer dans son jardin secret de façon solennelle

***1/2

12 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Boy Scouts: « Free Company »

Derrière Boy Scouts se cache une auteure-compositrice-interprète plutôt talentueuse répondant au nom de Taylor Vick. On l’avait laissé il y a trois années de cela avec son second album nommé Homeroom Breakfast où elle avait perfectionné son style musical. Après une poignée de sorties les années suivantes, la musicienne native d’Oakland revient avec son successeur nommé Free Company.

Pour ce troisième album, Boy Scouts a décidé de faire appel à Stephen Steinbrink derrière les manettes qui nous avait offert un sublime album solo à l’automne dernier. Il en résulte un Free Company idéal pour cette arrière saison avec des compositions à mi-chemin entre indie rock, jangle-pop et indie folk. Le premier titre s’intitule « Get Well Soon » résolument nostalgique aux airs de Richard Hawkley et plante le décor avec aisance. On se laisse entraîner par cette virée fascinante avec d’autres titres comme « In Ya Too » et « Throw Away Love » où notre hôtesse muse sur le chagrin d’amour et la perte.

Que ce soit sur les boîtes à rythme (aléatoirement choisis) sur « All Right » et sur « Expiration Date » nous rappelant que rien n’est acquis ou sur des moments plus organiques et mélodiques comme « In Ya Too » et « Hate Ya 2 » où elle exprime sa colère de la façon la plus saine qui soit, Boy Scouts brille toujours autant. La musicienne californienne sait comment nous emporter et c’est avec ces neuf titres à la douceur cristalline qui habillent ce Free Company doucement nostalgique qui nous accompagnera pour ces climats de fin de saison.

***1/2

9 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Modern Nature: « How To Live »

Après Mazes et Ultimate Painting, c’est désormais au sein de la formation Modern Nature que l’on retrouve Jack Cooper. S’il s’agit surtout d’un nouveau projet mené en compagnie de Will Young (Beak>, Moon Gangs), le songwriter britannique a aussi enrôlé un Woods (le batteur Aaron Neveu), le violoncelliste Rupert Gillett, ainsi que Jeff Tobias et son saxo (Sunwatchers) pour donner naissance à How To Live, et s’écarter des chemins « psyché 60’s » qu’il a pu arpenter jusque-là.

Ce premier album de Modern Nature est un disque en mouvement constant. Entre folk, guitares feutrées et rythmes hypnotiques – voire cosmiques – How To Live impressionne par sa densité et ses mélodies portées par les chuchotements du songwriter originaire de Blackpool. Ici, tout est structuré pour opposer ou rapprocher l’univers urbain incarné par la rythmique et les espaces synthétiques de Will Young, à celui de la nature mis en mouvement par la matière organique de Jack Cooper. Tout se superpose. Cooper a d’ailleurs emprunté le titre du journal de Derek Jarman, lui aussi intitulé Modern Nature, pour donner un nom à sa nouvelle formation. Ce cinéaste anglais (aussi connu pour avoir réalisé des vidéos pour The Smiths, Suede ou les Pet Shop Boys) y racontait notamment comment il avait fait jaillir de la terre un jardin « extraordinaire » – que l’on peut encore visiter aujourd’hui à Dungeness dans le Kent – à côté d’une centrale nucléaire.

Alors forcément, les « Urban Hymns » de How To Live ne le sont pas totalement. Ils sont fouettés par le vent. Quant aux herbes folles, elles profitent du moindre interstice pour s’immiscer ici et là. Et prendre parfois le dessus à la faveur de quelques notes de guitares, ou d’un violoncelle qui vient rappeler les frappes les plus « tire-larmes » du Godspeed You! Black Emperor, période Yanqui U.X.O (Bloom, la première partie de « Devotee »). Parfois, on pense aussi à la folk des Kingsbury Manx – la faute à un clavier utilisé en guise de drone (« Turbulence », l’excellente « Criminals ») – et même à Radiohead tant l’intro de la formidable « Peradam » rappelle le « Reckoner » d’In Rainbows. D’ailleurs, lorsque Jack Cooper évoque les disques qui l’ont inspiré durant ces derniers mois, il cite bien évidemment le groupe d’Oxford. Mais aussi Fairport Convention, Robert Wyatt ou encore Talk Talk. Pas de Nick Drake en revanche.

Qui l’emporte alors ?Les autoroutes, les open-spaces ou ce champ sauvage qui cohabite tant bien que mal avec ces tours d’immeubles qui le regardent de haut ? À vrai dire, il n’y a pas de match. Cooper, Young et leurs acolytes semblent être à la recherche d’un équilibre. Après tout, pour eux l’essentiel consiste surtout à s’y retrouver au milieu de tout ça (How To Live). « Footsteps », « Séance », « Nature » ont beau nous imposer le rythme d’une montre oppressante, devenue folle et récalcitrante à tout retard, la délicatesse de Jack Cooper est toujours là, rassurante. L’album se conclut aussi de manière magistrale, le temps d’un « Devotee » de sept minutes où tout finit par se marier. Ça commence par une magnifique , et puis tout s’emballe à mi-parcours. Comme une transe minimaliste trempée par la pluie, au beau milieu d’une réserve naturelle.

****

8 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Joan Shelley: « Like The River Loves The Sea »

Il y a deux ans Joan Shelley nous avait emmené très loin avec un sublime quatrième album éponyme. Avec une discographie qui n’a rien à envier à la concurrence, l’auteure-compositrice-interprète originaire de Louisville n’est peut-être pas aussi connue que les autres actes mais elle sait nous envoûter comme il se doit ; on en a pour preuve ici avec son cinquième disque intitulé Like The River Loves The Sea produit aux côtés de James Elkington.

Joan Shelley reprend là où elle s’est arrêtée avec de nouvelles compositions indie folk avec une pincée d’alternative country. Le voyage débute avec l’introduction chaleureuse nommée « Haven » avant que de sublimes ballades en fingerpicking aux arrangements célestes ne reprennent le relais telles que « Coming Down For You », « Cycle » et « The Fading » montrant que le songwriting de la demoiselle reste toujours aussi éblouissant. Avec une dimension universelle telle que ce nouvel opus, la native de Louisville brille de mille feux sur « The Sway » et « Stay All Night ».


On y décèle également des références par rapport à la situation sociopolitique américaine actuelle qui n’est pas beau à voir mais qui est adoucie par des morceaux intimistes à l’image de « Awake » et « Tell Me Something ». Like The River Loves The Sea est un autre disque à rajouter dans sa discographie toujours aussi magique et précieuse de la part d’une musicienne complètement talentueuse et authentique. De quoi fermer les yeux et se laisser embarquer par les douces poésies indie folk pendant un bon moment.

****1/2

2 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Shannon Lay: « August »

En 2017, on avait eu l’agréable surprise d’apprendre que la personnalité de Shannon Lay possédait une autre facette avec un premier album, Living Water. La guitariste du groupe de garage-punk californien Feels qui avait été membre du Freedom Band de Ty Segall étonnait avec ce disque indie folk épuré et sensible.

Shannon Lay troque son garage-punk pour revenir à la folk somptueuse de son premier opus une fois de plus. Signée désormais sur le label Sub Pop, elle continue de nous envoûter avec des ballades en fingerpicking mais avec des arrangements plus luxueuses qu’à l’accoutumée. On en veut pour preuve des morceaux magnifiques à l’image du titre d’ouverture nommé « Death Up Close » conviant les cordes et les cuivres mais également « November » et « Shuffling Stoned » qui font passer le temps agréablement.

Sur August, Shannon Lay continue de baigner dans des influences dignes de Nick Drake, Karen Dalton ou encore de Vashti Bunyan avec un sens de songwriting digne d’Adrianne Lenker et de Jessica Pratt. Et cela donne des morceaux en fingerpicking acoustique (« Past Time », « Sea Come To Shore », « Sunday Showdown ») ou électrique (« Wild », « August ») et on se laisse emporter par cette douce poésie faisant parler sa vulnérabilité. Il ne manquera plus qu’un final plutôt touchant du nom de « The Dream » pour constater combien son onirisme vise juste.

Un peu plus étoffé que Living Water mais toujours aussi aérien et mystique, Shannon Lay fait de ce August un opus indie folk chaleureux nous invitant à lâcher prise quand le moment venu se présente.

***1/2

28 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Winterbourne: « Echo Of Youth »

Le duo indie-pop Winterbourne a survécu à la renaissance de l’indie-folk et à son emprise sur le milieu des années 2010, avec deux excellents EP qui ont montré une volonté de fusionner leurs racines avec le dark et l’expérimental.

Leur premier album, Echo Of Youth, n’a, toutefois, pas le même punch ni la même excitation que les précédents. Tout en continuant à repousser les limites sonores – avec toutes sortes de touches, de cuivres et d’électronique superposées sur les mélodies.

Des morceaux comme « Better » et « Sunday Night » se traînent avec une certaine fluidité mais, s’ils sont certes accrocheurs, se sortent pas de leur zone de confort et demeurent prévisibles.

On aura, en revanche, de moments plus lustrés qui traversent ce disque comme une brise fraîche, à savoir un « Too Many » qui navigue sur un bon rythem de croisière et le tendre mais groovy « Puzzle ». De même, « The Actors » fournira un peu de bruits de pas joyeux et « Daylight »dont les synthés enlevés rappelleront ceson de chants au coin du feu qui leur a valu tant de fans au départ.

Il y a des diamants dans un disque mais, pour la plupart, loin d’être bruts, ils sont surpensés et surproduits. Des titres comme « Breaking Out » ou le coup d’envoi de l’album « Revolutionary, Man » montreront un groupe avec toutes sortes d’ idées, mais pas vraiment l’exécution ou l’imagination nécessaires pour les faire vraiment briller.

**1/2

25 août 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire

Júníus Meyvant: « Rearview Paradise »

Un inédit inattendu de Júníus Meyvant ne peut causer qu’un soupir d’aise. Six mois seulement après Across the Borders, l’artiste et musicien islandais flamboyant vient de laisser tomber quelques morceaux conçus pour la majorité l’hiver, avec en plus une version retravaillée de « Carry On With Me », plus raffinée, sans ses pulsations originelles. Ce microalbum n’est ni tout à fait folk, ni tout à fait pop, ni seulement soul : Rearview Paradise est tout cela, une ravissante exécution qui renoue avec le côté minimaliste de Júníus Meyvant — ses constructions aérées, sa voix rude couchée sur des vagues — sans pour autant oublier son récent basculement dans la foison instrumentale.

Comment fait-il pour suinter autant d’extravagance et de simplicité mêlées ? Son caméléonisme est encore une fois l’essentiel du spectacle. Du puissant gospel-soul d’ »Ain’t Gonna Let You Drown », avec cuivres et piano, à la pop insulaire d’U »nder Violent Snow », introduite au clavecin, c’est de nouveau de la prestidigitation. Du vrai Meyvant.

***1/2

16 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire