Oh Pep!: « I Wasn’t Only Thinking About You… »

Duo australien originaire de Melbourne, Oh Pep! avait sorti en 2016 un premier album intitulé « Stadium Cake ». Pepita Emerichs et Olivia Hally l’avaient alors présenté comme le point culminant d’années d’amitié. Nul doute que les liens favorisent également l’inspiration, car ce nouvel album récemment sorti sur ATO Records est un parfait exemple de complicité. Voix mélodieuses et complémentaires, arrangement somptueux (les cordes de violons viennent souvent s’inviter derrière les guitares),  I Wasn’t Only Thinking About You… est effectivement un album sur lequel elles pensent au plaisir de tous en plus du leur.

Navigant entre Indie Pop et Folk, Oh Pep! nous propose un album relativement court, 35 petites minutes, qui le semble encore plus tant la finesse de leurs compositions nous donne du plaisir.

Le disque démarre de la plus belle des manières avec le titre « 25 » sur lequel se dégage une vraie part de magie que l’on retrouve chez des artistes telles que Dear Reader. Il faut dire que les deux jeunes femmes sont des virtuoses, aux formations Classique et Jazz. Elles ont particulièrement bien su transférer leur maîtrise du jeu vers une musique plus humble et personnelle, en insufflant à leurs chansons une instantanéité bien plus Pop, notamment sur l’entraînant single « What’s The Deal With David ? » ou « Bleeding Heart ».

A chaque reprise la poésie du duo fait des étincelles et suscite, au-delà du plaisir, l’émotion. C’est ainsi sur le morceau le plus dépouillé de l’album, la ballade Folk « Parallel » que Oh Pep! atteint des sommets, avec autant de classe que First Aid Kit. Il n’en faudra pas plus pour se laisser entraîner par ce disque qui constitue un sommet encore plus haut que leur premier essai. Lumineux.

***1/2

Jessica Risker: « I See You Among the Stars »

Jolie découverte 2018 en matière d’indie folk avecune jouvencelle du nom de Jessica Risker. Cette fille de Chicago, chanteuse, musicienne-plasticienne illumine de toute sa grâce cet album sobrement arrangé autour de la guitare et de sa voix diaphane.
Pour les fans d’Alela Diane et Vashti Bunyan. Superbe.
***1/2

Foxwarren: « Foxwarren »

Deux ans après un The Party qui lui a valu une consécration monstre, l’auteur-compositeur-interprète canadien Andy Shauf nous présente un nouveau supergroupe nommé Foxwarren qu’il a formé avec les frères Darryl et Avery Kissick sans oublier Dallas Bryson.

Ce supergroupe existe depuis maintenant dix ans selon les dires de certains mais Foxwarren continue de creuser l’univers musical dans lequel baigne Andy Shauf. On a donc droit à un par indie folk charmeur et noyé dans orchestrations douves issues des 70’s.

Le premier titre « To Be » en est l’exemple flagrant , tout comme « Lost In The Dream » avec son piano entêtant et le soyeux « In Another Life ».

Au milieu de ces morceaux son trouve néanmoins quelques surprises comme les allures krautrock de l’hypnotique « Everything Apart » mais aussi « Lost On You » qui comprend un final des plus glaçants.

Une fois de plus, l’interprétation suave et sucrée d’Andy Shauf est une plus-value sur ce premier opus de Foxwarren comme le résulte d’autres jolies trouvailles que sont « I’ll Be Alright » avec ses percussions luxuriantes ou bien même les allures de Mac DeMarco sur « Fall Into A Dream » qui comprennent un break instrumental des plus prenants.

Bien sûr, les sonorités de The Party ne sont pas lointaines notamment avec « In Another Life » qui a de quoi rappeler le morceau « Begin Again » et ces similitudes font froid dans le dos. Quoi qu’il en soit, Foxwarren est une irrésistible cour de récréation pour le natif de Saskatchewan et les trois hôtes ne sont pas en reste non plus montrant une alchimie des plus incroyables. De quoi être confiant et impatient pour un prochain album… si, toutefois, il y a lieu.

***1/2

Amber Arcade: « European Heartbreak »

D’assistante juridique au tribunal international des crimes de guerre à auteure-compositrice-interprète, Amber Arcade de son vrai nom, Annelotte de Graaf est fascinante. Après avoir enregistré elle-même un album avec toutes ses économies afin d’obtenir un contrat d’enregistrement pour un premier album, Fading Lines (2016), cette jeune femme a non seulement trouvé une vocation en musique qui lui va à ravir, mais elle récidive avec un remarquable second opus, European Heartbreak.

Avec cet opus, elle délaisse le côté électro/dream-pop de Fading Lines, acclamé par la critique, pour des sonorités un peu plus indie folk. Faut-il s’en inquiéter? Absolument pas, puisque l’on y gagne beaucoup en matière d’écriture, d’interprétation et particulièrement de conception.

European Heartbreak débute avec « Simple Song » une pimpante chanson composée d’une brillante rythmique dont il est impossible de ne pas se dandiner ou bien de taper du pied. On ne peut résister par la suite à la voix chaude et éplorée de Annelotte de Graaf sur « Hardly Knew », « Oh My Love (What Have We Done »), « Self-Portrait In A Car At Night » et notamment l’introspective et touchante ballade » Goodnight Europ »e.

De la chanson lente à la plus rythmée, il y a une agréable variété d’ambiance sur ce disque; tel qu’en témoignent deux titres : « Alpine Town », un charmant morceau intimiste et « Where Did You Go, » une piste sautillante assortie de solides riffs de guitare, d’un brillant jeu de batterie et d’un thème musical qui persiste pendant des heures. C’est édifiant, c’est nostalgique, c’est lancinant et captivant.

Enregistré et co-produit à Los Angeles avec Chris Cohen et à Richmond avec Trey Pollard, on baigne dans un registre sophistiqué et parfumé d’influences sixties, bordées d’incursions seventies. Les paroles sont belles et sincères, les mélodies sont agréables et les parties de guitares, de percussions et de cuivres sont astucieusement bien pensées, et ce, sans s’enfoncer dans le trop criant ou le trop planant. Ces détails permettent à l’album de ne pas sombrer dans le linéaire offrant au final un lot de très beaux moments. Il n’y a pas de haute-voltige musicale, pas de tentative de réinventer la roue, mais tout simplement des compositions bien construites avec une palette de couleurs typiquement rétro.

European Heartbreak est un disque musicalement riche et émotionnellement puissant où chaque ingrédient est parfaitement dosé. Résolument alimenté par son propre rayonnement, il s’écoute naturellement et apporte un grand vent de fraîcheur sur la scène indépendante féminine actuelle.

***1/2

Will Driving West: « Silence »

Le bouche-à-oreille ne suffit plus. Le groupe de folk atmosphérique formé autour de ce tandem canadien se fait entendre comme jamais sur ce quatrième album, un opus qui a des ailes, de l’envergure, de l’espace de résonance, de l’horizon.

On dirait même de l’ambition dans les sons : les tambours tonnent dans « Cannonball », la guitare explose à la Pink Floyd première époque dans « Wings », les cordes hachurées tournoient à en perdre le nord dans « Waltz of Life ».

Ces éclats égratignent, ces grandes saillies piquent, mais sans dénaturer WDW. Les harmonies des tourtereaux ne bercent pas moins les mélodies qu’avant, et les refrains ne sont pas moins naturellement porteurs.

Oui, ça remue, ça brasse, ça pose des questions aiguës sur l’engagement, les enfants, et même la potentielle fin du monde, mais à la fin, ça fait surtout du bien. La douceur l’emporte. Un peu moins en vain : c’est le but. Atteint.

***1/2

Tom Rosenthal: « Z-Sides »

Tom Rosenthal est relativement peu connu ; il est vrai que le Britannique fait surtout de la composition publicitaire et de la musique de films Dans son « autre vie ». préfère les petites étiquettes et compte surtout sur les réseaux sociaux pour se faire connaître. Pour ce Z-Sides, Rosenthal a cherché musicalement le relâchement qui mène au sommeil, ce qui veut dire : des morceaux au rythme très lent, une voix chaude au premier plan, des choeurs façon berceuse. À côté, son album Fenn (2017) était… endiablé.

Ainsi son psycho-folk où guitare, bruits de nature et piano sourd (« Lights Are On ») forment une onde de variations régulières qui est parfaitement et prévisiblement) harmonieuse, comme si on écoutait d’un bout à l’autre la même chose.

On acquiert ainsi un sentiment persistant de convenu et d’histoires gentiment dociles. Ceci dit, on ne pourra pas reprocher à Tom Rosenthal d’atteindre son but : générer une certaine mise en veilleuse du monde. N’est-ce pas une chose dont nous avons besoin ?
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Laura Gibson: « Goners »

Laura Gibson avait déjà réalisé tris albums avant que le quatrième, Empire Builder ne marque les esprits. Elle avait, en effet, délaissé son indie folk original pour des ambiances plus pop ce qui lui avait passablement réussi.

Goners lui succède deux ans après avec une pochette qui, dès l’entame, indique résolument qu’elle va se situer dans un registre nocturne avec des compositions qui explorent la problématique de la perte et du deuil.

Celui-ci peut être personnel mais, pour elle, il revêt une signification emblématique puisque la mort est considérés comme faisant partie de nos vies. « I Carry Water » développe ainsi une atmosphère sépulcrale avec retenue et distinction tout comme les titres poignants que sont « Slow Joke Grin » et « Clemency ».

Musicalement, Goners se situera à mi-chemin entre les sonorités indie folk de ses débuts et des arrangements plus imposants et paroxystiques qui ont tant marqué Empire Builder. Ainsi, les sonorités quelque peu baroques accompagnant les contes sombres de la chanteuse génèrent une valorisation émotionnelle en particulier sur des morceaux comme « Performers », « Tenderness » et « Marjory » où l’on peut s’avérer être en imersion avec ces récits. Laura Gibson se révèle une artiste enchanteresse et diabolique tant sa vulnérabilité ne peut que nous inciter à plonger dans son univers troublant et aguichant à la fois.

***1/2

Sara Forslund: « Summer Is Like A Swallow »

En 2015, Sara Forslund avait fait parler d’elle avec son premier album intitulé Water Became Wild. L’auteure-compositrice-interprète suédoise nous a envoûté pour son indie folk classieux et voyageur qui a rencontré un succès critique plutôt honorable. Trois ans plus tard, elle remet le couvert avec son très attendu, Summer Is Like A Swallow.

Avec l’aide du producteur John Wood (Nick Drake, Pink Floyd, Nico…), Sara Forslund nous embarque dans un nouveau voyage musical résolument paisible et somptueux. C’est à coup de fingerpicking acoustique et d’interprétation mielleuse quasi-mystique que l’on a affaire surtout à l’écoute des renversants « River of Dreams » en guise d’introduction mais encore « Seagull » et « Hard » en ligne de mire. Il arrive que le duo implante des arrangements on ne peut plus amples avec l’apparition de cuivres et d’auto-harpe sur « Know » et du plus cinématographique « The Lily and The Grave » où la trompette surgit de nulle part ou encore des cordes sur « Achilles Heel » mené à la guitare et au piano.

Envoûtant de bout en bout, Sara Forslund réussit son retour avec ce Summer Is Like A Swallow qui est prêt à nous réchauffer durant ces derniers mois de 2018. L’indie folk poignant de la suédoise atteint son paroxysme sur une touchante conclusion « Toad » qui ferait passer Weyes Blood et autres Marika Hackman pour des amateurs. Une chose est sûre, c’est qu’elle possède le sens de la magie.

***1/2

Courtney Barnett & Kurt Vile: « Lotta Sea Lice »

Que Courtney Barnett et Kurt Vile s’associent n’est pas véritablement incongru ; ils appartiennent tous les deux à cette mouvance indie lo-fi même si l‘Australienne a une approche un peu plus grunge.

Plus que s’opposer, leurs univers musicaux se complètent et Lotta Sea Lice, cette première aventure à deux, en porte des fruits plutôt sympathiques. Ils ont tous deux puisé dans quelques anciens morceaux pour les remodeler (« Fear is like a Forest » de Jen Cloher (compagne de K. Vile) et « Untogether » qui clôt l’album) mais nous gratifient surtout de nouveaux titres dans une humeur assez détendue proche du « easy listening » et de l’indie folk.

On notera surtout un titre, « Outta The Woodwork », une composition de Courtney Barnett assez bluesy et bluffante, juste pendant au morceaux de Kurt Vile démontrant ici encore ses talents de songwriter.

Les riffs échevelés façon Neil Young apporteront la juste dose de ce piment astringent pour attirer curiosité et intérêt ; une appréciation que l’on n’est pas toujours prête à porter sur ce type d’entreprises en duo.

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Adrianne Lenker: « abysskiss »

Adrianne Lenker c’est d’abord une voix. Un tourment qui se chante en volutes, un trémolo qui voyage en hauteur sur des mélodies inouïes de brillance. Quatre ans après Hours Were the Birds abysskiss enracine le talent de la musicienne américaine en matière de textes et de composition, travail minutieux qu’elle utilisait déjà au sein du groupe Big Thief. Sa manière mystérieuse de parler d’amour, de mort, de chocs, des fils ténus qui nous relient au monde paraît fragile, mais sa main a quelque chose d’inébranlable.

Adrianne Lenker fait rayonner sa solitude avec chaleur, reformule sa sensibilité dans un enchevêtrement soyeux de guitare acoustique — à l’exception de « out of your mind », plus rock — et d’effets subtils à la basse et aux synthétiseurs. « See my death become a trail / And the trail leads to a flower / I will blossom in your sail / Every dreamed and waking hour », chante-t-elle sur le fabuleux « closer » qu’est « terminal paradise ». Son oeil ,un peu mélancolique, observe ainsi finement ses alentours et sa voix nous y entraîne dans un voyage plus que bouleversant.

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