Hurt Valley: « Glacial Pace »

Hurt Valley est un projet musical du one-man-band californien, en l’exemple le dénommé Brian Collins, qui présente ici son univers musical sur premier album nommé Glacial Pace.

Comment résumer l’univers musical de Hurt Valley ? Et bien prenez une dose d’indie folk mêlée à la pop psychédélique gentiment lo-fi. Un peu comme si Chris Cohen ou Sufjan Stevens empruntait des sonorités dignes de Pink Floyd et le résultat fonctionne à merveille. Il n’y a qu’à juger les compositions célestes de « Geology Dreamer » en guise d’introduction mais aussi de « Bothers » et de « Live In To It » où la voix du californien est quasi semblable à celle de Kevin Parker mais avec les modulations psychédéliques en moins.

Glacial Pace fourmille de très bonnes idées avec notamment le solo de guitare sur la fin de « No Meaning » ou les interludes instrumentales de « Del Amo ». Hurt Valley arrive à distiller ses influences afin de n’en ressortir une harmonie qui règne sur « Be The Lighthouse », « Keepsake Ruin » ou encore sur « Immaterial Worlds » on ne plus tendu mais toujours aussi aérien. Un premier album qui convoque le spectre de l’indie folk lo-fi psychédélique rêveur comme on en fait plus.

***1/2

Richard Reed Parry : « Quiet River Of Dust Vol.2 : That Side Of River »

En septembre dernier, Richard Reed Parry avait débarqué avec un premier album nommé Quiet River Of Dust. Le musicien multi-instrumentiste d’Arcade Fire était un des membres du groupe à se lancer en solo et ison pari avait été réussi. Neuf mois plus tard, il présente son sequel ou son frère jumeau sous-titré That Side Of River.

Comme son grand frère, Richard Reed Parry nous fait planer avec ses compositions folk éthérées et gentiment spatiales. Le décollage est immédiat avec « The Fiddlers Play » résolument hypnotique et on retrouve toute cette quiétude qui avait fait sa réputation. Toujours influencé par le courant folk britannique avec des sonorités électroacoustiques et néoclassiques ainsi que par le folklore japonais, le musicien convoque les rayons de soleil du solstice d’été avec les aériens « In A Moment » et « Throw A Cup In The Water ».

Ce second volet de Quiet River Of Dust raconte surtout plusieurs histoires. « Lost In A River » raconte l’histoire d’un enfant qui se rend à la mer avec ses parents et se transforme de façon magique et nébuleuse et c’est un moment absolument magique. Entre arrangements organiques sur « It’s All Around You » et plus synthétiques avec « Where Did I Go », Richard Reed Parry nous plonge dans un univers surréaliste et bon enfant qui se poursuit avec « Heaeven For Meg » et la conclusion nommée « Long Way Back ». À coup d’instrumentations riches, Quiet River Of Dust Vol. 2: That Side Of River en émerveillera plus d’un.

****

The Milk Carton Kids: « The Only Ones »

Après avoir accueilli un petit groupe de musiciens sur leur dernier album, Joey Ryan et Kenneth Pattengale retournent à leur intimité confortable, seuls aux harmonies générales. The Only Ones n’a pas l’amplitude d’un album ni la concision d’un microalbum : il se trouve entre les deux, sorte de brève confidence sous les étoiles. On y retrouve sans faute des compositions élégantes et des galops de cowboy en déroute (« I’ll Be Gone ») qui font The Milk Carton Kids depuis leurs débuts.

Mais une nette distinction apparaît dans le soin donné aux histoires, qu’on dirait écrites au télescope. En cernant avec minutie la renonciation au couple, l’ambiguïté des sentiments ou le rapport à l’enfant (superbe « As the Moon Starts to Rise »), les musiciens américains basculent dans la force du témoignage. Longue et acharnée, plus abstraite aussi (un qualificatif rarement associé au duo), « I Was Alive » éteint les feux en révélant que, malgré la mort qui rôde en différents mirages, la vie, avec ses lumières, existe encore.

***

Milky Chance: « Mind The Moon »

En l’espace de deux albums, Milky Chance a réussi à s’imposer sur la scène pop-folk européenne. Le trio allemand avait publié son second opus Blossom en 2017 et celui-ci avait emporté tous les suffrages possibles. Deux ans plus tard, ils reviennent avec Mind The Moon.

Une fois de plus baigné dans des influences folk, indie pop et reggae, Milky Chance continue de faire voyager son auditeur à travers ces douze titres. Dès les premières notes de « Fado », le voyage promet d’être mémorable tant on se laisse emporter par les ritournelles hypnotiques de « Oh Mama », « Long Run » ou bien même de « Daydreaming » montrant qu’ils n’ont rien perdu de leur savoir-faire.

On appréciera également la rencontre entre la France et l’Allemagne avec la collaboration avec Témé Tan sur « Rush » pour un mélange des genres respectifs. Pour le reste, Milky Chance reste égal à lui-même avec d’autres morceaux qui réchauffent les cœurs comme « We Didn’t Make It To The Moon » ainsi que de « Scarlet’s Painting » et « Right From Here ». Il en résulte un Mind The Moon complètement à l’image du style du trio allemand: entêtant et attachant.

***

Mount Eerie & Julie Doiron: « Lost Wisdom Pt. 2 »

En 2008, Mount Eerie avait collaboré avec une jeune musicienne inconnue nommée Julie Doiron sur un très bel album de folk dépouillé nommé Lost Wisdom. Depuis, Phil Eleverum et l’auteure-compositrice-interprète canadienne ont pris deux chemins séparés musicalement et beaucoup de choses se sont passés en une décennie. Onze ans plus tard, ils ont beaucoup de choses à dire sur ce sequel très attendu.

Beaucoup sont au courant de la triste vie de Phil Elverum ces dernières années où il faisait son deuil sur ses deux albums déchirants A Crow Looked At Me en 2017 et Now Only l’année suivante dédiés à sa défunte épouse Geneviève Castrée. Suite à cela, il a tout de même goûté au bonheur avec son mariage avec l’actrice Michelle Williams l’année dernière… pour une courte durée malheureusement. L’heure est venue pour lui de faire un bilan de ses années tumultueuses et d’exorciser sa peine profonde sur ce nouvel album.

Dès les premières notes de l’introduction nommée « Belief », nous voilà plongés en terrains connus avec son indie folk dépouillé et minimaliste mais ô combien riche en émotions. Les voix de Phil Elverum et de Julie Doiron se complètent à merveille arrivant à jouer au yin et au yang tandis qu’ils partagent leur quotidien parsemé de galères  notamment sur « When I Walk Out Of The Museum » qui suit mais également « Enduring The Waves » et « Love Without Possession ».

Sur Lost Wisdom Pt.2, Phil Elverum met en avant sa paternité difficile et ses désillusions face à l’amour que ce soit sur les touchants « Real Lost Wisdom » et « Pink Light » tandis que Julie Doiron vient en renfort pour le réconforter avec sa voix doucereuse. Hormis le plus électrique et agressif « Widows » aux grosses distorsions de guitare, Mount Eerie & Julie Doiron signent une sublime suite indie folk dépouillée placée sous le signe de la rédemption. Avec Lost Wisdom, Pt. 2, le tandem n’en finit pas de nous émouvoir.

***1/2

Itasca: « Spring »

Itasca avait publié un album collaboratif avec Gunna Tschida l’an dernier ; aujourd’hui Kayla Cohen de son vrai nom sort, sous son patronyme en solo, un nouvel opus nommé Spring.

Faisant suite à son véritable prédécesseur Open To Chance Itasca reprend donc là où elle s’était arrêtée trois ans plus tôt. La musicienne de Los Angeles s’est délocalisée au désert néo-mexicain afin d’emmener son auditeur dans des hautes sphères. Il suffit de fermer les yeux et de se laisser emporter par ces compositions indie folk psychédéliques astrales et gentiment minimalistes telles que « Lily » en guise d’introduction mais également « Only A Traveler » et « Comfort’s Faces » pour être conquis d’emblée.

Spring est un peu comme un temps suspendu et Itasca est suffisant pour nous emporter. La musicienne californienne continue de marcher sur les pas de Vashti Bunyan sur lestitres magiques et planants comme « Voice Of The Beloved », « Cornsilk » ou bien même « Plains » . Il suffira d’ajouter « Bess’s Dance » ou bien encore la conclusion intitulée « A’s Lament » pour que ce nouveau disque ajoute un air printanier tranchant avec bonheur d’avec les saisons automnales.

***1/2

Liam The Younger : « Up To Something »

Décidément on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec Liam Betson. On avait laissé l’ex-membre de Titus Andronicus avec un album solo des plus touchants nommé Music For A While, il décide de changer son pseudonyme et de revenir sous le nom Liam The Younger et son nouvel album intitulé Up To Something.

Et on sent , en effet, qu’il mijote quelque chose de spécial tout au long de cet opus qui,c omposé de 14 titres dont deux interludes, se révèle moins aérien et mélancolique que son prédécesseur.

Up To Something se montre plus énergique avec une ambiance bon enfant notamment à l’écoute de « Private World » en guise d’introduction. Ici, Liam The Younger semble renaître de ses cendres des morceaux « Charcoal Gray » à « Easy To Make Fun Of » en passant par « Time Drips », « Smoke Gets In Your Eyes » ou bien même par « On The Veranda ».

Établissant la frontière entre folk et indie rock slacker, le musicien nord-américain réussit à séduire en dévoilant cette facette plus insouciante et active. L’album est rempli de courts titres que l’on chantera à tue-tête comme « Nothing If Not At All » ou d’autres dépassant les quatre minutes que sont « Her Hand Falls » et « No Or Yes » rendant ce nouvel opus plus facile d’accès qu’à l’accoutumée.

***1/2

Hovvdy: « Heavy Lifter »

Ce duo indie folk venu d’Austin avait bénéficié d’un bon petit succès d’estime sur son « debut album » Cranberry. Il s’emploie à le confirmer sur son deuxième opus, Heavy Lifter. Ce dernier est composé de treize nouvelles chansons sereines et nostalgiques où Hovvdy nous embarque dans une virée doucement mélancolique.

Cela commence avec l’introduction somptueuse nommée « 1999 » avant que des moments plus optimistes ne surgissent tels que « Mr. Lee » qui suit. Le duo d’Austin enchaîne ballades mélancoliques dignes d’Elliott Smith comme « So Brite », « Lifted » ou bien encore « Feel Tall ».

Très vite, Hovvdy tirera son épingle du jeu avec des compositions rappelant le regretté Mark Linkous comme le poignant « TellmeI’masinger » ou fait un clin d’œil à la scène bedroom-pop lo-fi notamment sur « Tools » où Charlie Martin a recours à l’Auto-Tune sans oublier sa boîte à rythmes punchy qui rappelle un peu (Sandy) Alex G et les projets de Sam Ray.

Pour le reste, on se laissera emporter par cette douce mélancolie acoustique des titres comme « Ruin (My Ride) » et « Pixie » ou par des virées faussement country de « Watergun ». Toute cette richesse mélodique se retrouve sur un Heavy Lifter des plus envoûtants montrant que le duo d’Austin sait nous emporter comme peu en sont capables

***1/2

Molly Sarlé: « Karaoke Angel »

Molly Sarlé est une des révélations indie-folk de la scène britannique. Cette avec l’auteure-compositrice-interprète venue de Durham sort, en effet, un premier allbum, Karaoke Angel, qui mérite qu’on s’arrête dessus.

Dès les premières notes de « Human », on sent que Molly Sarlé a beaucoup écouté de disques de folk appalachien tellement les influences se font ressentir sur les neuf compositions restantes. On se laissera ainsi emporter par la douceur des ambiances sereines avec entre autres « This Close », « Almost Free » ou bien encore « Twisted » qui nous mettront sur un petit nuage.

Il ne faudra pas, toutefois, se fier aux ambiances somptueuses de ce Karaoke Angel. Car si l’on prête attention aux textes de Molly Sarlé, tout n’est pas véritablement rose dans la vue de notre hôtesse. Mais elle dispose assez de charisme et d’aisance pour se dévoiler à nous que ce soit sur « Faith For Doubt » et sur « Dreams » où elle sait allier imagination et réalité sur sa vie et son cercle social. La jeune femme essaie de mettre du sens dans sa vie et ces dix compositions de ce premier album iront apporter des éléments de réponse. Et en ce sens, elle mérite une attention appuyée.

***1/2

Hiss Golden Messenger: « Terms Of Surrender »

En l’espace de dix albums, Hiss Golden Messenger a su se faire une place sur la scène indie folk/alternative country américaine. On avait laissé le projet musical mené par MC Taylor avec un Hallelujah Anyhow il y a deux années de cela, opus et qui s’était à la hauteur des attentes. Ils reviennent aujourd’hui avec une nouvelle livraison intitulée Terms Of Surrender.

Composé pendant une période de dépression, MC Taylor a opté pour une écriture universelle sur ses textes résolument intimistes à l’image de morceaux country-soul luxuriants comme les allures 70’s de « I Need A Teacher » en guise d’introduction mais également les sonorités dignes de Grateful Dead sur le pastoral « My Wing » et « Cat’s Eye ». Terms Of Surrender vaut surtout la chandelle en écrivant des hymnes lumineux et de rédemption pour un auditeur en perdition dans sa vie et le fait avec une humanité hallucinante.

Hiss Golden Messenger opte pour l’universalité en s’ouvrant un peu plus au monde extérieur. Ce n’est pas un hasard si l’on retrouve dans le générique des pointures comme Jenny Lewis et Aaron Dessner de The National qui viennent lui prêter main forte sur des titres à l’image de la country-folk digne de Wilco « Bright Direction (You’re A Dark Star Now) » qui traite sur nos entourages et leurs influences sur notre quotidien mais encore du bouleversant « Down At The Uptown ». On appréciera l’honnêteté des textes de MC Taylor que ce soit sur « Happy Birthday Baby » s’adressant à sa fille ou sur « Whip » montrant un auteur de plus en plus lucide au fil du temps et fait de ce Terms Of Surrender un de ses albums les plus touchants de sa discographie.

****