Protomartyr: « The Agent Intellect »

Protomartyr écrit des morceaux post-punk d’une manière telle que ceux-ci sonnent non seulement crédibles mais vécus. On ressent à l’écoute de The Agent Intellect, que beuacoup de réflexion et d’implication ont présidé à sa réalisation., tant au niveau des textes qu’en ce qui concerne l’interprétation.

L’impression générale est que rien n’y est négligé y compris dans les multiples plages émotives qui sont ainsi distillées et qui témoignent des efforts du groupe à communiquer sa hargne. S’y ajoute le fait que le chanteur Casey vient de perdre son père, on comprendra que se trouve ici une cumulation de verdeur à laquelle one ne peut qu’être sensible tant elle n’est pas feinte.

Sur « The Devil In His Youth » on l’entend ainsi se confronter au mauvais sort ou à l »inanité des choses (« Pontiac 87 ») et, par moments,  évoquer les mânes de Ian Cutris.

Le monde est regardé sans qu’il détourne le regard ; c’est une qualité de cet album de parvenir à construire une confrontation sans tomber dans le nihilisme.

**1/2

Rudimental: « We The Generation »

Rudimental est un collectif de l’est de Londres qui sort ici son deuxième album après Home.

We Are The Generation est alimenté par un savant mix de chorus drum and bass qui sonnent parfaitement agencés pour bien résonner dans des concerts en plein air.

S’exerce une dynamique « calm/loud » peut-être un peu trop systématique avec quelques emphases intéressantes quand Rudimental s’aventure dans des des rythmiques plus pulsées que lénifiantes.

On retiendra la sensualité de « Rumour Mill » ou l’euphorie de très 90’s du climat général du disque.

Il faudra confirmer quand Rudimental décidera de sortir de sa zone de confort pour que We The Genration ne soit, au final, rien de plus qu’une tentative abortée à mi-chemin.

**

Ought: « Sun Coming Down »

Jeune combo post-punk de Montréal, Ought réunit économie, immédiateté et passion pour concocter un son qui ne peut que nous toucher viscéralement. Les textes de Tim Darcy sont très observateurs et ils ajoutent à Sun Coming Down un climat musical trompeur malgré sa simplicité.

La description qu’il nous fait alors d’une vie stéréotypée si courante chez les classes moyennes est alors stéréotypée mais c’est précisément cette utilisation qui nous la rend si parlante. Darcy demeure, en effet, fasciné par le langage et le sens des mots et la perspective qu’il adopte est souvent sèche et teintée d’incrédulité.

« Beautiful Blue Sky », sa litanie et son usage de la suspension fera indubitablement penser à Sonic Youth et la litanie qui la ponctue fera dudit Sun Coming Down un exemple du parfait équilibre entre recherche formelle et disque de singer songwriter.

***

Girls Name: « Arms Around A Vision »

Le vocaliste de Girls Name, Cathal Cully a dit à propos de The Idiot de Iggy Pop que c’était le disque qui l’avait le plus marqué quand il avait traversait des épreuves. Sachant cela, il est impossible d’écouter, Arms Around A Vision, le troisième album de nos musiciens de Belfast sans penser aux barytons sombres que Bowie avait produit pour l’ancien Stooges. 

On y retrouve la même atmosphère morbide, les rythmes dansant et les timbres en baryton « Take Out The Hand ») « An Artidicial Spring » ou « Desire Oscillations ». Les chorus s’emploient à briser la tension et les orchestrations expérimentales se font jour sur « (Convalescence) » et « (Obsession) », les guillemets indiquant des ruptures par rapport à la narration du disque.

« Chrome Rose » utilisera une combinaison d’orgue et de mélodie tragique qui culminera sur la reverb hantée de « I Was You ».

Entre désespoir et vitalité cette écoute véhiculera alorsun entrain qui ne manque pas de nous étonner.

***1/2

Kylesa: « Exhausting Fire »

Le sludge-punk de Kylesa est facile à reconnaître tant il dépare son origine, le Deep South. Cela fait dis ans que le combo affiche les mêmes cheveux longs et et nous balance une musique soigneusement équilibrée et dont la rythmique date des siècles précédant le heavy metal.

« Crusher » et « Lost and Confused » se meuvent avec grâce entre raclements fuzz et une pincée de musique « ambient » permettant au combo de dynamiter le genre et de luis donner une dynamique post-rock et la plupart des titres montre comment les vocaux de Laura Pleasants et Philip Cove mettent en valeur cette recherche de cohésion.

« Movinge Day » et « Night Drive » mêlent ainsi new wave et rock gothique des années 80 alors que « Falling » et « Blood Moon » complètent le panorama pet lui sonnent une couleur psychédélique.

Le point de rencontre sera alors un amalgame entre calme et fracas, formule rebattue certes, mais Kylesa la maîtrise si bien qu’on aurait tort de s’en priver.

$$$

John Grant: « Grey Tickles, Black Pressure »

Que conclure du fait que ce nouvel album de John Grant soit le plus enlevé alors que l’artiste est en pleine crise existentielle ? Même sur un registre confessionnel toujours aussi sombre, le chanteur vivant désormais en Islande qui avait révélé en 2013 être séropositif (Pale Green Ghosts) décide ici d’errer du côté de l’humour.

La phrase d’ouverture est débité sur un ton impassible ; « I did not think I was the one being addressed ». Il évoque ensuite «  hemorrhoid commercials on the TV set », les textes nous mettant en garde de la tonalité que va aborder Grey Tickles Black Pressure.

Celle- ci s’articule autour de petits constats plutôt que de grosses révélations et est accentuée par un phrasé habile et des observations qui, connotées fortement dans le temps, lui donnent une facture fortement personnelle. Grant parvient pourtant à citer Joans Baez, GG Allen, Angis Dickinsen et Charlene Tilton en une seule ligne.

Le son va englober alors des références familières : le ballades au piano si évocatrices des années 70, la dance pop, de l’electro-funk et du post-punk façon Suicide.

La production met an valeur les qualités les plus grinçantes de l’album même si les émotions sont dissimulées sous une façade sardonique : l’impression qui perdurera alors autour de ce chaos qui fait partie, au fond, de ce qui est propre à l’humanité. C’est ce dernier facteur qui nous fait opter conséquemment sur le sensation que, en approchant l’âge mûr, John Grant est, enfin, une personne libérée.

****

Low: « Ones and Sixes »

Low sont maîtres quand il s’agit de transformer le vide en vague grondante et des orchestrations qui vous emmènent dans un maelström de bruit musical et mental. Ils sont à la fois intenses et vecteurs de joie ; c’est à nouveau le cas sur leur nouvel opus, une exhibition déglinguée de pop souterraine. Malgré son instrumentation relativement minimaliste, chaque morceau comprend en effet des craquements ou autres bruissements et soupirs, une sistortion qui égratigne nos sens et qui reste an nous de façon familière.

Cela fait vingt-deux ans que Alan Sparhawk et son épouse Mimi Parker ont fondé leur combo et ils chantent toujours avec ces harmonies pour lesquelles n’existe qu’un seul adjectif : impeccables.

Les voix se rencontrent et se connectent d’un façon qui ne peut que vous hanter et leur phrasé rythme des mots qui sonnent comme des vers poétiques (« Careful, Measured, Tortured, Stable »e est un titre qui pourrait résumer l’album).

L’impact est étrange et il nous interpelle un peu comme un vaste paysage qui s’ouvre sous nos yeux pour nous invite patiemment à le pénétrer et l’explorer. La nature synthétisée de l’album nous le rend difficile le catégoriser ; il évoque un appel vers une autre ère qu’il est impossible de situer en une époque.

On pourrait presque parler de cet Inconscient Collectif, ces moments culturels qui quémandent notre attention tant ils son remplis de cette émotion qui n’attend qu’une simple brèche pour, subtilement, pourfendre notre armure, exploser et, une fois l’acmé atteint, se tapit dans ses soubresauts avant que de renouer avec une toute nouvelle liberté. Une phrase se figera alors dans notre cerveau : «  Everything works within reason » (« Sanish Translation ») ; là encore la formule est on ne peut mieux « providentielle ».

Robert Forster: « Songs To Play »

Co-fondateur des Go-Betweens, l’Australien Robert Foster a toujours revêtu un étoffe pimpante et confectionnée des titres comme le ferait un tailleur. e n’est pas sur son premier album solo depuis sept ans que le patron changera.

On ne se lassera pas de cette subtilité et de cette voix si reconnaissable, de ces textes en quête de tendresse et de ces thématiques abordant les racines americana miueux que ne le ferait un Ricain.

L’ouest sauvage tremble sous les tonalités étouffées des cigales, les références cinématographiques forment « Love Is Where It Is » mais on y trouve également des relents de la Nouvelle Vague française avec des claviers flottant tels des volutes de fumée sous des « ah ah ah » frisant l’insolence.

Le résultat en est curieux ; hilarant mais aussi captivant comme ce dandy qui n’est pas dupe de son désir ridicule d’être habillé à la perfection.

Forster assume ce rôle sur « I Love Myself (And I Always Have) » ou avec un désabusé « Learn To Burn » ou l’égo s’abime avec délice.

Les guitares chatouillent, la voix emprunte à Lou Reed et les mariachi cumulent tendresse et distance, espaces de style western  ou proximité, et mouvement fluide comme les circonvolutions imperceptibles de ce no man’s land figé.

***1/2

Born Ruffians: « Ruff »

Il n’est jamais recommandé de se prétendre influencé par des « ancêtres » renommés, c’est pourtant ce que font Born Ruffians en citant The Strokes, Talking Heads et les Pixies.

Ruff est clair et honnête de ce point de vue par ses versions de riffs des Strokes qui, eux-mêmes, avaient eu maille à partir avec ceux qui leur reprochaient un manque d’originalité.

On y retrouvera également la art pop sautillante de David Byrne déjà popularisée^par Vampire Weekend mais Born Ruffians n’hésitent par à revendiquer ce qui es fait vibrer, ce qui est, quelque part honorable.

Cela suffit-il ? Disons qu’ils n’apportent rien de plus et que Ruff est juste un disque aiguisé et durci à une genre qui en a besoin. Le vocaliste Luke LaLonde est à la fois plein de cœur et d’esprit ; cela provoque un résultat louable pour ses efforts mais moyennement concluant pour sa réalisation.

**1/2

Autre Ne Veut: « The Age Of Tranparency »

Arthur Ashin exige sans doute que l’on sache tout de lui puisque le nouvel et troisième album de son groupe Autre Ne Veut se nomme The Age Of Yransparency. Artiste toujours à l’avant garde, il concseptualise la notion que, même si (ou parce que) elle s’avère honnête, une oeuvre est intrinsèquement devenue une marchandise.

 
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Dans sa vison idéaliste il reconnaît ainsi l’échec inévitable qu’est le désir de représenter son moi le plus profond. On ne sera donc pas surpris d’y trouver des jaillissements électroniques et le constat que nous avons avoir à ce qui est pour lui une trilogie incomplète lourdement déconstruite et semblable aux enregistrements originaux d’un vieux groupe de jazz.
La tentative consiste ici alors à exécuter une réplique de cette arificialité ; on comprend alors pourquoi la dissonance convient au musicien d’autant qu’elle représente un équilibre entre intimité silencieuse et abrasion bruitiste.
On cherchera éventuellement une transcendance sonique sans être néanmoins assuré de la dénicher.
**1/2