Phantastic Farniture: « Phantastic Farniture »

Il ne faudra pas retenir l’orthographe fantaisiste (Phantastic Farniture) choisie par ce trio australien pour que le combo soit parvenu assez vite à se faire un nom allant au-delà de la scène folk-rock de Syney.
Son leader, la vocaliste Julia Sacklin, avait pour ambition d’explorer ce que la pop peut revêtir de plus joyeux mais, en raison de la gestation plutôt longue de son premier album, le groupe a opté pour une approche plus carrée, censée, aussi, mettre le feu aux dance-floors.
Le résultat est à la fois propice à la rêverie « dream pop » et, en même temps, vecteur d’un climat quelque par moments délabré voire foncièrement mélancolique; si on se risquait à une analogie on pourrait comparer ce disque à l’impression qu’on aurait à farfouiller dans la collection de disques de ses parents.

On y trouve ce twang lo-fi si évocateur des sixties (« Uncomfortable Teenager », « Mumma Y Papa ») avec ses guitares gazéifiées à la Ride, une sensualité sombre («  Take It Off ») mais aussi, sur « Fuckin ‘N’ Rollin » une ode façon alleluia de toute beauté malgré son titre provocateur. Restera cette question ; Jackin apprécie-t-elle cette énergie atypique ou souhaite-t-elle, tout simplement, s’installer dans un ameublement confortable ? Ce « debut album » ne peut que nous inciter à vouloir en savoir plus.

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White Denim: « Performance »

White Denim est un de ces combos dont on peut dire qu’il est fermement enraciné dans la chose rock. Ce Performance qui est ici leur septième album ne dérogera pas à la règle mais il s’efforce ici de maintenir une certaine élasticité ; celle-ci se retrouve dans l’approche glam cummé au psyche rock que le groupe a toujours véhiculée.

Le discours est simple, résumé par des intéressés dont la confiance en eux n’est pas ébréchée par l’adjonction de deux nouveaux membres : « to make ineresting up-tempo rock & roll ».

On glanera une affection très marquée pour T.Rex dans les vocaux effrontés de James Petrulli, les rythmiques bondissantes et une propension irraisonnée à jouer avec les résonnantes majeures que sont certains groupes des « seventies ».

Toutefois, jamais n’aura-t-on la sensation que les quatre texans s’agrippent à la figure de Marc Bolan. Ils parviennent à se distancier d’un tel parallèle « Moves On » tout comme l’« opener » « Magazin » emploient un niveau raisonnable de tonalités ébouriffantes et psychédéliques.

Le combo parvient, pourtant, à ne pas aller trop loin ; la guitare oscille pas plus qu’il ne le faut, le groove reste insolent mais dans les limites du genre et les lignes de basse insistent avec pertinence qu’il ne s’agit ici que de passer de bons moments sans chercher la petite bête.

« Good News » couronnera le tout et clôturera Performance sur une note où les textures sci-fi montreront que White Denim a plus d’un tour dans son sac et que, bref, Performance est une véritable performance entre contrôle et de laisser-aller.

***1/2

Anna Calvi: « Hunter »

La façon dont Anna Calvi jongle avec les mots et la musique est plus qu’intéressante ; cela devient une évidence sur ce nouvel album. Ce troisième opus a été longtemps attendu mais le fait d’avoir, entretemps, travaillé avec Nick Cave , son bassiste Martyn P. Casey ainsi que le producteur de Grinderman, Nick Launay apporte ici une tonalité plus sombre encore à la alt-pop tranchante pour laquelle elle s’était révélée.

Hunter est un disque qui vous immerge sans que vous n’ayez besoin de le faire et qui cumule cette faculté de vous émouvoir et, simultanément, stimuler vos neurones.

D’abord parce qu’on y trouve une énergie primale mais aussi parce que la chanteuse s’est contentée de 10 plages assez succinctes. L’élan est là mais il ne débordera jamais : «  Don’t Beat The Girl Out Of My Boy » est une pop song enlevée, « Alpha » maintient l’intérêt par ses beats énigmatiques et accrocheurs ; ce sera alors dans le lyrisme et les textures que Hunter s’avèrera quter chose qu’un disque agréable à écouter.
Ainsi la chanson titre et « Paradise » vont tisser une toile intrigante par leurs guitares en sourdine et leurs mélodies angulaires, ainsi les vocaux hantés et presque languissants de Calvi nous transporteront dans cet ailleurs qui fait battre le coeur, taper du pied et abîmer l’esprit.
Hunter parle au coeur eu corps et au cerveau, il a cette âme « soul » dont bien peu de disques peuvent se réclamer.
***1/2

Lemon Twigs: « Go To School »

Le premier album des Lemon Twigs, Do Hollywood, était si abouti qu’il avait été difficile de croire qu’il avait été conçu et interprété par deux jeunes frères Brian and Michael D’Addario encore au lycée à l’époque. Il est vrai que les deux jeunes gens étaient multi-instrumentistes et que leur amour pour le pop telle qu’elle était en vogue du temps de leurs (grands) parents ne pouvait qu’annoncer une musique réfléchie et peaufinée, parfois un peu trop, à l’extrême.

Le disque contenait une véritable floraison d’accroches mélodiques datant de la fin des années 60 et début des seventies avec une solide dose de psychedelia faisant plus que la saupoudrer d’étrangeté.

Le duo, âgé maintenant de 21 et 19 ans, continuent leur éducation musicale avec un « concept album », Go To School (titre symptomatique s’il en est), lorgnant du côté du Tommy des Who aussi bien dans la forme que dans le fond puisqu’il nous narre le difficile apprentissage d’un chimpanzé s’entraînant à devenir adulte (sic!).

Comme on pouvait s’y attendre à la lumière d’un tel projet, les frères D’Addario ne lésinent pas sur la flamboyance expérimentale et la théâtralité à mi chemin entre une de leurs idoles, Todd Rundgren (le père du chimpanzé, Twigs en est un fan absolu et se présente comme un puriste de la pop) et le Meat Loaf de Bat Out Of Hell produit, tiens,tiens, par Rundgren lui-même.

L’illustration de cette démarche se révèlera par exemple sur « Queen of My School », hymne power pop étincelant, l’ampoulé « Rock Dreams », ou le punch émotionnel véhiculé par un « The Fire » délicieuse pépite country-pop.

Même si l’intrique peut, ici, sembler ressassée on ne pourra qu’être intrigué par ce que les deux frères nous offrent par la suite.

Indication nous est donnée par certaines vidéos où l’on assiste à ce qu’aurait pu être une bataille de décibels entre Keith Moon et l’incontournable Todd Rundgreen, la substance sera tout autant révélatrice par une production au cordeau (Jonathan Rado de Foxygen) qui ne pourra que nous faire penser à Todd R… par la place qu’elle occupe dans sa vision futuriste du rock assez idiosyncratique ou, à l’opposé, la « power ballad »dantesque du premier album, « As Long as We’re Together »,  tout comme les excroissances poppy qu’étaient  «  I Wanna Prove To You » et les hallucinantes harmonies de « These Words » . Aujourd’hui The Lemon Twigs ne se contentent pas d’égaler la fraîcheur de leur premier opus: « This Is My Tree » émule sans forfanterie et avec goût les Rolling Stones et « If You Give Enough » un petit chef d’oeuvre de pop baroque et d’harmonies vocales pleines d’émois.

Dire que, par rapport à l’album précédent, Go To School excelle dans le renouvellement est un euphémisme. Ce disque est si bon qu’il nous laisse dans l’expectative ; celle-ci peut être pantelante, certes mais elle est avant tout proactive et la seule question qui, alors, se pose est évidente et irréfutable: « Vers où les frères D’Addario vont-ils nous entraîner ?

La réponse s’adresse à ceux qui n’ont pas peur de se tremper, de s’immerger et de sortir de ce bain, plus instruits et éduqués,maîtres émérites  de la vulgate pop, celle où mélodies enfiévrées et arrangements soyeux et aériens cohabitent irrésistiblement pour faire frétiller nos oreilles et nos émotions.

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Sarah Beth Tomberlin: « At Weddings »

La religion n’a jamais de cesse a’être source d’inspiration pour les musiciens ; c’est le cas pour Sarah Beth Tomberlin une « singer songwriter » née dans le Kentucky d’une famille baptiste on ne peut plus dévote. Son premier album, At Weddings, en est le fruit tant il s’interroge sur la place qu’on occupe dans le monde et la solitude qui va avec le fait de chercher qui on est de manière révérencieuse et silencieuse, spiritualité et discrétion obligent.

L’environnement dans lequel all a grandi est, sans qu’on s’en étonne, au coeur de ce disque écrit par une jeune femme de 13 ans. La culpabilité s’inscrit dès l’ouverture ; « Oh my God / No, I’m not kidding » s’écrie-t-elle accompagnée par sa guitare sur un « Any Other Way » qui la voit se débattre avec l’éducation reçue.

Ces ruminations sur la foi coïncident avec une réflexion sur le statut de Femme, la romance adolescente ou l’interrogation sur l’image que l’on véhicule et sur le fait de savoir jusqu’à quel point on peut véritablement vous connaître. Cet écho introspectif sera construit sur un lit de guitares acoustiques, un piano qui gronde légèrement et une voix embuée de soupirs.

Le résulat en sera contrasté, simultanément douillet et spacieux, un équilibre fragile entre la spiritualité élevée de Julian Baker et les climats reclus du Ruins de Grouper. Le piano tinte comme le ferait l’oeil du cyclone alors que la ballade baignée de cordes qu’est « I’m Not Scared » se révèlera être le passage le plus percutant de l’album.

La réussite de At Weddings se situe dans la manière dont elle parvient à glisser des tranches d’humour dans un récit morbide par exemple sur « Self-Help » ; un disque qui démontre combien force intérieure, ou foi, peuvent nous affranchir de nos doutes, nous galvaniser et nous apaiser.

***1/2

Still Corners: « Slow Air »

Basé à Londres, ce combo a écrit et enregistré son dernier album, Slow Air, à Austin, Texas. Les son, susceptible de plaire à des fans de Beach House ou des Chromatics, est extraordinairement visuel. Ici, il est fermement enraciné dans une « americana » tendance dark country mêlée à leur coloration initaile, la « dream pop ». Le tout donne un opus qui ne déparerait pas la BO d’un film de David Lynch.

Textes simples et instrumentaux maussades nous plongent dans un décor qui nous emmène au sein d’un monde imaginaire où trônent la désillusion et le stress que peuvent générer la vie urbaine.

Ainsi, « In The Midle Of The Night » sonne comme du Neil Young remixé en mode chill out, chose qui n’aurait pas été hors sol dans les chansons d’amour désenchantées de Chris Isaak ou Lana Del Rey.

« The Message », quant à lui évoque ce que pourrait être une virée à grande allure sur un freeway au milieu de la nuit ; humeur à la fois libératrice mais emplie d’une solitude, humeur qui d’ailleurs, jalonnera tout l’album.

C’est sur le quasi-instrumental «  Welcome to Slow Air » que la morosité atteindra son paroxysme avec ces sonorités étouffantes et tropicales mais la dernière parte de Slow Air se fera plus enlevée avec lun « single » (« Black Lagoon ») plus lyrique et ancré dans un décor de moindre claustrophobie. Ce sera cette impression qu’il sera nécessaire de retenir pour mieux s’appesantir sur l’onirisme et l’imagination, deux éléments que Sill Corners et Lych conjuguent chacun à leur manière.

***1/2

Mark Lanegan & Duke Garwood: « With Animals »

Mark Lanegan et le guitariste Duke Garwoodont toujours été en poches informellement depuis une dizaine d’années, avec, par exemple, la présence du dernier sur Gargoyle et Blues Funeral ; With Animals les voit pourtant, et pour une maigre seconde fois, réunis officiellement.
Le duo avait déjà créé, il y a 5 ans avec Black Pudding, un opus quelque peu léger à l’ouïe, sur un registre white soul et bayou, mais rien ne e préparait un à telle densité.
Pour les fans de deux artistes rien ici ne sera inhabituel l’album s’apparente en effet, non pas à une promenade tranquille dans des rues familières, mais à une visite dans les cimetières voisins avec une effluve fraîche et sale comme le serait celle d’une terre qui y aurait été récemment retournée.

L’album sera, par conséquent, touchant et s’apparentera à un périple dans des allées familières et sombres, le tout retranscrit dans un climat de ralenti à vous broyer les tripes, un environnement où siègent parchemins poussiéreux et vieilles bouteilles de whisky
La mélancolie est comme passée au tamis des gravillons avec quelques rares commentaires sociaux de Lannegan. Le chorus de la chanson titre, « Girl you are a murderer » se révèle alors comme une ode ironique à la consommation de viande et une diatribe puissante et violemment anti romantisme. Les compositions de Garwood accompagneront cet univers par cette tendance perforante à couper directement dans le vif et le nerf ; With Animals aura alors cette faculté insubmersible de percer notre âme de façon aussi lancinante qu’une rage de dents.
***1/2

Neil & Liam Finn: « Lightsleeper »

Neil Finn et son fils Liam, sont tous deux, fans de bonnes petites mélodies pop : tous dissemblables qu’ils soient, leur collaboration n’en est que plus intéressante et, sur ce Lightsleeper fructueuse.

Ce sont leurs différences qui rendent l’album aussi captivant. le « single », « Back To Life », donne une idée de ce que peut être la « sonorité Finn » mais il permet également d’y plonger un peu plus profond comme avec cette pépite qu’est « Hiding Place », une combinaison de paysages soniques ornementés et de métaphores textuelles inhabituelles.

Le résultat en est un impressionnant travail où harmonies vocales, couches électroniques et acoustiques se superposent harmonieusement, tout comme les titres plus directs et efficaces en diable, que sont « Any Other Way » ou « Hold Her Close », toutes deux chansons d’amour d’une douceur inimaginable.

Des titres comme « Ghosts » et « Meet Me In The Air » nous donnent un aperçu de l’artde notre duo quand libre cours lui est dans un environnement détendu, familier et familial alors que « Where’s My Room » évoquera soirées bucoliques où l’on croirait entendre le chant des cigales. « Anger Plays A Part » réconciliera les contraires et paradoxes par son minimalisme relatif sur lequel s’appuient scansion et thèmes musicaux peaufinés.

Lightsleeper permet de s’égarer dans univers où il n’est pas nécessaire de savoir qui a influencé l’autre, juste de savourer le mariage de deux talents en quelque chose de renouvelé.

***1/2

Cullen Omori: « The Diet »

Après la séparation de son premier groupe, les flamboyants Smith Westerns, et la sortie d’un premier album solo, New Misery en 2016 la vie de Cullen Omori avait pris un tournant tumultueux dont The Diet semble être ici le témoin tout chargé de négativité qu’il est. Le chanteur semble s’être résolu à abandonner prétentions et simulacres comme pour mettre au rancart certaines attantes qu’on avait eues de lui.

Ce qu’il nous sert ici est, par conséquent, un disque assez simple où se conjuguent modernité du son indie et classicisme du rock des années 70. Le disque est un véritable exercice de songwriting dès son ouverture avec la pop ensoleillée de « Four Years » jusqu’aux hamonies pastorales sur le « closer », « A Real You ».

The Diet est un opus léger sur biens des plans, rappelant le rock psychédélique façon Doors, George Harrison ou Marc Bolan.

L’amour et la vie semblent suinter au travers de tonalités gauchies et déformées et de vocaux attaqués en reverb et, même si rien ici n’est novateur, le disque est un adjuvant agréable aux canons du genre.

Omori a travaillé avec le producteur Taylor Locke et cette proximité, arrangements high tech appliquée à des méthodes lo-fi, donne un album abouti, propre et coupant à une approche de la composition orthodoxe.

Thématiquement, tout autant que musicalement, The Diet se veut enlevé et vecteur d’espoir; un disque de psyche-rock traditionnel capable de brouter sur le territoire de l’indie.

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Julee Cruise: « Three Demos »

Les productions de cette chanteuse native de l’Iowa seront toujours associées à Twin Peaks la série télé iconique de David Lynch. La voix glaçante et éthérée de Julee Cruise parvenait amplement à générer ce surplus d’émotion et d’étrangeté apte à accompagner les atmosphères du cinéaste. Three Demos restera constitué de ces mêmes éléments d’autant qu’ils étaient censés figurer sur Floating Into the Night au même titre que les autres incarnations (devrait-on dire incantations?) des textes de Lynch associés aux compositions de Badalamenti.

Ici, les arrangements sont dépouillés à leur maximum, permettant ainsi de mettre en valeur l’impact que peuvent avoir les trilles de la chanteuse. Ces trois enregistrements, « Floating », « Falling » et « The World Spins », interprétés uniquement à la voix et aux synthés sont alors encore plus convaincants en matière de puissance que les performances originales.

Les floraisons stylistiques comme l’introduction récitée sur « Floating », méritent plus qu’une écoute distraite dans la mesure où la substance de Julee Cruise ne peut pas se résumer à une simple méthode.

Ainsi, la production spartiate de « Falling » rendra encore plus poignants les climats que Lynch, Badalamenti et Cruise affectionnent en lui donnant un espace qui, sous d’autres manettes, aurait pu devenir irrespirable.

Nous n’avons pas ici une resucée d’un show TV mais une expression indélébile, celle de ce en quoi tendresse et crainte d’avoir le cœur brisé peuvent être vectrices d’émotions qui ne peuvent que nous hanter à l’instar de ce « Something is different / Are we falling in love? » emblématique.

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