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Interview de Mark Lannegan: « Portes Ouvertes »

Mark Lanegan est une sorte de mitraillette vocale, un mercenaire un peu ours heureux de prêter son larynx à n’importe quel groupe en besoin d’un acolyte. Sa voix inimitable, craquelée et altérée par ce qui semble être une éternité de mauvais choix de vie, est tout aussi naturelle en chantant sur un morceau électronique d’Unkle ou une composition acoustique de Duke Garwood que sur un Queens of the Stone Age endiablé.

Ayant participé à tant de projets variés (plus de 30 crédits vocaux invités depuis 2015 seulement), il est facile de perdre de vue l’arc progressif que le projet Mark Lanegan Band a suivi cette décennie. Après les Blues Funeral de 2012 – son choix préféré dans sa propre discographie – Lanegan et son groupe se sont penchés sur leur propre mariage unique de blues surdimensionné et d’electronica baggy, culminant avec le passage à Heavenly Records pourGargoyle de 2017 et leur dernier effort, Somebody’s Knockking.

Malgré son titre inquiétant, c’est probablement l’album le plus joyeux que Lanegan ait sorti sous son propre nom, même s’il sonne toujours comme du Joy Division au meilleur de son humeur. « Je n’ai jamais caché que Peter Hook est l’un de mes héros absolus, alors chaque fois que j’ai l’occasion de voler sa signature sonore à la basse, je le fais », dit-il en riant à cette comparaison.

Une réponse typique du bonhomme : autodérision et volonté de mettre en valeur les compétences des autres par rapport à ses propres talents non vocaux limités. « Ce n’est pas comme si nous avions réinventé la roue ou quoi que ce soit, nous utilisons simplement des éléments que les gens utilisent depuis des décennies. Personnellement, je ne suis pas très doué techniquement, que ce soit pour changer l’huile de ma voiture ou pour jouer d’un synthétiseur », admet-il lorsqu’on lui demande s’il a appris des trucs et astuces électroniques en collaborant avec des gens comme James Lavelle, CJ Bolland et Dave Clarke, « Par nécessité j’ai appris comment utiliser Pro Tools et tout ça, juste parce que personne ne te donne d’argent pour faire un disque, je dois le faire tmoi-même. »

Bien qu’il soit sorti sous son nom, Lanegan tient à souligner que Somebody’s Knocking est un projet collaboratif Le disque a été co-écrit par Rob Marshall (qui est responsable de la plupart de la musique de Gargoyle), avec des contributions écrites importantes du violoniste Sietse Van Gorkom, Martin Jenkins de Pye Corner Audio, l’assistance de QOTSA et la légende du « desert rock » Alain Johannes avec qui Lanegan travaille depuis Bubblegum en 2004.

« Al est le premier gars que j’ai rencontré qui a fait de ma vision une réalité. Je pourrais lui montrer quelque chose à la guitare acoustique et lui dire « Oui, mais je veux que ça sonne comme The Who circa 1972 » et une demi-heure plus tard, j’ai l eu le squelette du morceau », se souvient-il en repensant à ce disque formateur « ,je ne peux pas imaginer faire un disque du Mark Lanegan Band dont il est responsable à 50% maximum. Il est devenu indispensable. »

C’est avec Johannes que Lanegan a écrit « Penthouse High », un titre house qui, pour la première fois dans l’histoire de MLB, sonne mieux adapté à un dancefloor en sueur qu’un bar rock traditionnel. Est-ce qu’il a réussi à faire sortir un chanteur à la hanche du célèbre chanteur au visage de pierre du studio ? « Voyons, je suis un homme de 55 ans et même quand j’avais 14 ans, je n’ai jamais été danseur, mais j’ai toujours aimé ce genre de musique », dit-il sans qu’on en soit étonné. Cette chanson, Alain et moi l’avions écrite pour Gargoyle mais sa longueur ne correspondait pas au disque. Ici, c’est devenu la pièce maîtresse dans mon esprit, et c’était parfait. »

Étonnamment, Mark Lanegan parle depuis le studio où il met la touche finale à son prochain album, un album d’accompagnement pour accompagner son prochain mémoire Sing Backwards And Weep, l’histoire de ses premières années en tant qu’artiste solo tout en faisant face aux Screaming Trees à Seattle à la fin des années 80 et au début des années 90, une époque qui fut passionnante pour la musique rock en général mais qui lui causa personnellement un grand tort.

« Le livre était lourd, je n’ai pas bénéficié de cette cataharsis promise par certains de mes amis », admet-il en soupirant, « mais ce qui en est ressorti, c’est que j’ai écrit un tas de nouvelles chansons directement inspirées par l’expérience du souvenir, en revenant dans cette histoire ancienne. »

Étonnamment, Mark Lanegan parle depuis le studio où il met la touche finale à son prochain album, un album d’accompagnement pour accompagner son prochain mémoire Sing Backwards And Weep, l’histoire de ses premières années en tant qu’artiste solo tout en faisant face aux Screaming Trees à Seattle à la fin des années 80 et au début des années 90, une époque qui fut passionnante pour la musique rock en général mais qui lui causa personnellement un grand tort.

« Le livre était lourd, je n’ai pas bénéficié de cette cataharsis promise par certains de mes amis », admet-il en soupirant, « mais ce qui en est ressorti, c’est que j’ai écrit un tas de nouvelles chansons directement inspirées par l’expérience du souvenir, en revenant dans cette histoire ancienne. »

Lors de l’ « explosion grunge » »(une étiquette qu’il récuse), Lanegan a souffert d’une dépendance paralysante à l’héroïne qui a coûté la vie à plusieurs de ses amis et l’a laissé sans abri,obligé de vendre du crack pour survivre.

« Deux de mes amis les plus proches (Layne Staley d’Alice In Chains et Kurt Cobain du Nirvana) étaient deux des gars les plus célèbres et les plus populaires de cette scène, mais ils n’y ont pas survécu , se souvient-il en réfléchissant sur son statut de survivant le plus peu probable, « écrire ces mémoires fut une expérience vraiment intense car un souvenir ferait ressortir un autre souvenir, puis, tout d’un coup, je me uis rappelé de toutes ces choses dont je n’aurais franchement pu me souvenir. J’en avais mis beaucoup de côté et j’avais tourné la page. Ce n’est pas quelque chose sur quoi je m’attarde, surtout les mauvais souvenirs. Pour moi, une grande partie de cette période a été très sombre, facilement la période la plus sombre que j’aie jamais connue jusqu’à présent. Mais il est encore temps », finit-il en riant.

L’idée de sortir les chansons issues de ce processus d’écriture sous forme d’album est venue peu de temps avant que son groupe ne parte en tournée en Europe avec Somebody’s Knocking. Lanegan, qui a un carnet d’adresse sans pareil, a demandé quelques faveurs. Il a réussi à engager Ed Harcourt au piano, Bad Seed Warren Ellis au violon, John Paul Jones de Led Zeppelin au mellotron, Wesley Eisold de Cold Cave et Simon Bonney de Crime & The City Solution (un des chanteurs préférés de Lanegan), Alain Johannes à la voix, et, comme il se doit, Jack Bates à la basse.

Le guitariste Mark Morton de Lamb of God, dont le premier album solo Lanegan a chanté la chanson « Axis », a également contribué à l’album. « À l’origine, il m’avait donné un morceau de musique différent et c’est moi qui l’ai chanté », révèle-t-il, « Et il m’a répondu par écrit : « Tu sais quoi ? J’aimerais prendre ce rôle et le mettre dans une musique totalement différente ». Je me suis dit : « Oh mon Dieu, c’est un désastre ! Il y a une liberté à abandonner le contrôle et à faire partie de quelque chose qui n’est pas le mien, mais ce que Mark Morton suggérait avait toutes les caractéristiques de quelque chose qui pourrait me faire passer pour un chanteur et un parolier terribles ! De la façon dont il l’a fait, il m’a fait ressembler à un chanteur brillant et pas un mauvais parolier non plus, aussi j’ai eu droit à une faveur quand j’avais peur qu’on ne me laisse tomber. »

Cette fois, Morton a envoyé à Lanegan deux courtes démos acoustiques qui ont fini par arriver sur le nouvel album pratiquement inchangé. « L’idée était d’en faire un mélange des disques que j’avais déjà commencé à faire et qui étaient des disques acoustiques, mais avec des éléments de ce que je sais. Je ne pouvais pas retourner directement à « The Winding Sheet » et refaire ça.. »

En dehors de ces deux titres, et malgré les grosses pointures rock qu’il a fait entrer en studio, les contraintes de temps ont fait que la plupart de ces nouveaux morceaux n’ont pas été écrits en collaboration. « J’écrivais ces chansons tout seul, et il y a une différence entre le fait d’enregistrer des collaborations et le fait d’y entrer. Il y avait une profondeur à ces chansons qui était intégrée parce que je les ai commencées dès que j’ai fini le livre « , explique-t-il,  » »ce sera le premier disque qui mettra en vedette mon ingénierie et le fait que je joue des instruments. Eh bien, à part les fois où Alain Johannes a glissé ma partie de guitare à gratter dans le mix derrière mon dos ! Mais je joue des trucs qur lesquels je n’ai pas peur de mettre mon nom dessus, c’est un disque assez spécial. »

« J’ai été très, très chanceux » , déclare Mark Lanegan lorsqu’on lui demande quel est le secret de sa longévité improbable, « j’ai toujours eu ce public de base qui a su attirer de nouveaux membres au fil du temps. Parfois je jouais à Milwaukee et il y avait 20 fans de Screaming Trees et c’est comme ça qu’ils me connaissaient, mais quand je joue en Angleterre, je suis considéré comme un gars qui fait de la musique vitale et de notre temps, par les gens ne savent même pas qui sont Screaming Trees. D’après ce que j’entends, le public ne sera pas à court de nouveaux morceaux de Mark Lanegan avant de nombreuses années. »

8 novembre 2019 Posted by | Conversations | | Laisser un commentaire

Au-delà du Son: Interview de Thurston Moore

Spirit Counsel de Thurston Moore est une collection de trois compositions qui s’étenfent sur une période de daux ans, entre 2018 et 2019, elle représente une époque de réflexion sur des questions spirituelles, des amitiés musicales collectives, un temps et un espace universels, sans mots ni langages pour détourner de la méditation. Occasion pour lui d’évoquer ce qui a inspiré Spirit Counsel, son passage dans Sonic Youth et le destin du rock indépendant en 2019.

« La musique est dans ta tête, dans ton âme, dans ton esprit, et c’est tout ce que j’ai fait quand j’étais assis au piano. J’y vais de l’intérieur. » – Alice Coltrane.

Pouvez-vous me parler un peu de votre nouveau coffret CD et de comment cette idée s’est matérialisé.

On m’a demandé de présenter une soirée au Barbican au printemps 2018, après m’y être produit plusieurs fois au fil des ans (avec Beck, The Can Project, This Is Not This Heat et autres). J’ai eu l’idée de composer de la musique pour douze guitares à 12 cordes.

Chris Sharp – le directeur du programme musical du Barbican – était apparemment ravi de cette proposition, alors je me suis enfermé dans le bureau de la Bibliothèque de la « Paix Extatique » pendant quelques mois et j’ai écrit deux arrangements pour deux morceaux d’une heure : un pour douze guitares acoustiques à 12 cordes et un pour douze guitares électriques.

C’était un moment incroyable, réunissant des musiciens des environs de Londres, certains qui étaient des instrumentistes de haute volée, et d’autres qui n’avaient jamais vraiment touché à une guitare à 12 cordes auparavant, allant de David Toop à Rachel Aggs de Trash Kit en passant par James McCartney et Susan Stenger de Band of Susans. C’était tout à fait la dynamique.

J’ai toujours voulu me concentrer davantage sur les compositions pour guitare étendue, en travaillant au moins avec des paramètres en dehors des formats traditionnels du rock et de la pop de trois à six minutes. Les deux pièces de Barbican duraient une heure. C’est pourquoi j’ai voulu que mon groupe londonien de James Sedwards, Deb Googe et moi-même nous éloignions du monde plus standardisé de la chanson pour présenter des concerts où nous jouions des morceaux plus longs, évitons le chant et nous nous concentrons sur l’interaction guitare / percussion et l’expérimentation de la composition.

J’ai composé les deux morceaux « Alice Moki Jayne » et »8 Spring S »’, je les ai enregistrés et j’ai décidé qu’ils seraient dans un prochain album qui a eu pour nom Spirit Counsel. Le morceau électrique à 12 cordes du Barbican a été ajouté car l’enregistrement s’est assez bien comporté jusqu’à présent et a semblé un compagnon raisonnable aux morceaux de studio parce qu’il présentait une approche qui traitait davantage des propriétés sonores d’un instrument électrique à 12 cordes en masse.

Spirit Counsel se réfère à de nombreuses musiciennes d’avant-garde d’hier et d’aujourd’hui. Trop de femmes de leur espèce vivent souvent dans l’ombre de leurs contemporains masculins, ou s’effacent complètement de l’histoire. Est-ce pour cela que vous avez décidé d’opter pour ce thème ?

J’estime qu’il est très important de réagir au déséquilibre de pouvoir dans l’industrie ou la vocation choisie. Que ce soit le sexe, la race ou la foi.

Tout au long des années dès les débuts de Sonic Youth et depuis, cette considération a toujours été importante pour moi. En tournée, dans l’édition, dans la sortie de disques, dans les collaborations de toutes sortes, j’ai toujours préféré travailler avec des personnes historiquement marginalisées et sous-représentées. Personnellement, je préfère cette dynamique, et je ne la perçois pas comme une mesure symbolique du symbolisme parce que la capacité créative est d’égale valeur quelle que soit la persuasion d’une personne. 

En composant « Alice Moki Jayne », j’ai découvert un léger motif de guitare qui me rappelait la musique que j’entendais dans les chansons dévotionnelles d’Alice Coltrane.

Je discutais avec Vivian Goldman, Neneh Cherry, sa fille Naima, et Eva, ma partenaire dans la bibliothèque de la paix extatique (et la vie !) et j’ai appris qu’Alice était amie avec la mère de Neneh, Moki Cherry (une artiste que j’ai toujours admiré) et Jayne Cortez – une poète qui a exprimé un travail remarquable qui était vivant avec résistance et grâce artistique. Au départ, l’idée était de dédier la chanson à ces trois artistes, que je n’étais pas le seul à considérer comme visionnaires, pour, finalement, donner un titre à cette composition en leur honneur. 

Bien sûr, leur profil n’est guère celui de leurs célèbres partenaires masculins (John Coltrane, Don Cherry et Ornette Coleman), mais ce n’était pas la raison pour laquelle je voulais promouvoir leur nom en tant que tel. Bien que cela déclenche des polémiques sur la façon dont les artistes historiquement privés de leurs droits – même au sein de leur propre culture – s’expriment sans avoir à faire appel aux structures (principalement blanches) dominées par les hommes dans le « business ».

Comment décririez-vous la musique d’Alice Coltrane et quel impact a-t-elle eu sur vos propres projets musicaux ?

Alice Coltrane est évidemment liée à la quête spirituelle de la musique de John Coltrane, en partie parce qu’elle a rejoint son groupe après leur mariage depuis un certain temps. Son travail a toujours fait preuve d’une croyance en la divinité, qui a évidemment transcendé certaines chaînes de la dégradation de la Terre, j’imagine.

Cela dit, il n’y a pas grand-chose qui puisse alléger l’histoire continue du racisme violent perpétré par une trop grande partie de la société américaine. J’ai toujours été attiré par la musique qui va au-delà des interactions humaines et qui traite de la présence ineffable de l’Esprit Saint parce qu’elle résonne avec mes propres croyances et sentiments de métaphysique.

Comment décririez-vous la musique d’Alice Coltrane et quel impact a-t-elle eu sur vos propres projets musicaux ?

Alice Coltrane est évidemment liée à la quête spirituelle de la musique de John Coltrane, en partie parce qu’elle a rejoint son groupe après leur mariage depuis un certain temps. Son travail a toujours fait preuve d’une croyance en la divinité, qui a évidemment transcendé certaines chaînes de la dégradation de la Terre, j’imagine.

Cela dit, il n’y a pas grand-chose qui puisse alléger l’histoire continue du racisme violent perpétré par une trop grande partie de la société américaine. J’ai toujours été attiré par la musique qui va au-delà des interactions humaines et qui traite de la présence ineffable de l’Esprit Saint parce qu’elle résonne avec mes propres croyances et sentiments de métaphysique.

Votre musique solo est devenue de plus en plus expérimentale au fil du temps, car vous vous êtes souvent essayé à des genres autres que le rock indie. Que pensez-vous du monde de l’indie rock maintenant ? Pensez-vous qu’il y a encore une place pour cela, ou y a-t-il des choses beaucoup plus intéressantes qui se passent ?

Le rock indépendant peut être ce qu’il veut. L’ordre du jour n’est pas une question d’argent, de célébrité ou d’attributs de la musique populaire, mais il a toujours joué avec le chevauchement de ces lignes d’une manière qui peut être incroyablement excitante ou plutôt ennuyeuse.

Je rencontre sans cesse de jeunes musiciens dans de nouveaux groupes qui font du rock indie des années 1980 et 1990 un rite de passage. Nous avons fait la même chose, je suppose, avec la musique qui a précédé notre époque. De nos jours, les musiciens ont tendance à avoir un vocabulaire technique assez élevé, alors que je me souviens des meilleurs groupes de l’époque où j’étais dans Sonic Youth et que je ne savais pas comment, ou ne tenais pas à, jouer un simulant une approche traditionnelle.

Jusqu’à quel point êtes-vous conscient de votre influence sur le noise/indie rock et les mouvements qui ont suivi ? Si vous regardez en arrière et pensez à ce ce temps passé au sein de Sonic Youth, comment le considérez-vous ?

C’est une partie importante de ma jeune vie ; quelque chose que j’ai aidé à créer et à établir et qui fera toujours partie intégrante de mon ADN. Il n’a pas été conçu pour être une force au-delà de sa propre conscience de vouloir être le groupe que j’aimerais vivre en tant que fan. Parce que je suis un fan. Je le serai toujours.

Je n’écoute pas ma propre musique – Sonic Youth ou autre. J’écoute la musique des autres. C’est toute une vie de conversation, comme les oiseaux.

8 novembre 2019 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Interview de Richard Hawley: « La Comète de Hawley »

Richard Hawley a eu 50 ans depuis son précédent album, et il célèbre cette année son 20e anniversaire en tant qu’artiste solo. Il n’est peut-être pas marqué par des événements marquants, mais son brillant nouvel album semble être un nouveau départ.

Lorsqu’il a coproduit l’album Road Trip 2011 de Duane Eddy, Hawley a également joué de la guitare sur la tournée des grands du rock’n’ roll. Dans les coulisses du The 100 Club, Eddy a raconté à Hawley comment lui et Willie Nelson avaient récemment parlé du bon vieux temps. « Vieillir, c’est vraiment merdique, n’est-ce pas ? » avait dit Nelson. Ce à quoi Eddy a répondu : « Ne t’inquiète pas, Willie. Ça ne durera pas longtemps » » Hawley explose de rire à cette répartie. « Maintenant, c’est sombre comme la nuit » admet-il en se rappelant ces moments. « Mais c’est on ne peut plus vrai. »

Hawley, une fois n’est pas coutume, a l’air d’excellente humeur. Il a besoin d’une cigarette dehors pour commencer l’interview afin de se calmer : il a 75 minutes de retard, en raison d’un ambouteillage. Le stress qui en résulte signifie qu’il falait aussi lui dénicher une bière comme il l’admet avec ironie : « Trouver quelqu’un pour me chercher une bière, c’est la seule fois où je jouerai la pop star. Mais je suis debout depuis 5 h du matin, et il me reste encore quelques heures avant de devoir repartir. »

Ces tracas temporaires mis à part, Hawley est mince, blagueur et semble généralement avoir réglé les problèmes de sa récente tournée au Royaume-Uni en septembre et octobre). « Les choses qui vieillissent un homme sont la calvitie et le poids », expliquet-il. « J’ai eu de la chance juqu’à présent et j’ai, également, une grande dette envers mes chiens. »Hawley reviendra sur ses chiens plus tard : ils ont influencé son nouvel album Further de toutes mille et une manières.

Le précédent album de Hawley, Hollow Meadows, était sorti en 2015. Maintenant âgé de 52 ans, il a eu 50 ans dans l’intervalle. « Je suis surpris que 50 ans ne me paraisse pas plus important », admet-il. « Avoir 40 ans, ça avait été beaucoup plus lourd. C’était un grave moment, lourd, comme si c’était dire au revoir à tout les vestiges de ma jeunesse. »

La nouvelle décennie n’a peut-être pas eu d’influence, mais Hawley s’est affairé à explorer de nouveaux territoires depuis Hollow Meadows. Il a écrit la bande originale de deux films : le célèbre drame de Maxine Peake, Funny Cow, et un prochain road movie Denmark, tous deux réalisés par Adrian Shergold. Basée sur son album de 2012, la première comédie musicale de Hawley, Standing At The Sky’s Edge, s’est déroulée au Sheffield Crucible.

« Vous devriez essayer d’écouter de nouvelles choses », insiste Hawley. « Si on persiste à regarder en arrière, on va stagner. Je me sentirais mal si je ne saisissais pas ces occasions, car je trahirais les gens qui me font confiance. Si je ne me gardais pas frais, que ferais-je d’autre ? Je suis probablement ingérable maintenant, donc je ne peux pas faire ce type de carrière. »

Hawley s’était senti « puisé et émotionnellement fatigué » pars le passé, mais cela date de la fin de sa carrière de guitariste chez Longpigs à l’époque Britpop. Sa dépendance à l’héroïne à l’époque a été bien documentée. Il est devenu abstinent en 1998 et a rejoint Pulp à la guitare. Un an plus tard, il a donné ses premiers concerts en solo. « Etre seul pendant 20 ans, et être encore là après tant d’années est un exploit. », sourit-il.

« Ceci dit, ça ne m’impressionne pas. Paul Weller m’a dit un jour : « Ne sois pas iobnubilé par les récompenses. Si tu traînes dans le circuit assez longtemps, ils t’en donneront quand même un. » Je ne suis pas pressé, et je ne l’ai jamais été. Quand j’étais plus jeune, je m’asseyais avec une guitare acoustique en rêvant : » »Si j’ai vraiment de la chance, je pourrais un jour finir sur un tourbus en Belgique ! En vieillissant et en devenant plus sage, on devient un peu réticent à jouer des chansons pour les gens – parce qu’on pourrait finir sur un putain de tourbus en Belgique. L’âge et l’expérience font tourner cette page. »

Pour rester plus concret le huitième album de Hawley, Further est son plus court, 36 minutes. « J’avais un programme très précis », explique-t-il. « Je n’allais pas laisser quelque chose dériver ou passer hors de tout contrôle. » Le « lead single » « Off My Mind »

est un cri rauque, tout comme le fougueux « Alone », tandis que » Galley Girl » se caractérise par une faconde bluesy. « Avec tant d’horreurs dans le monde, j’essayais de mettre les choses en ordre » , dit Hawley. « J’étais déterminé à faire quelque chose de positif pour moi. Je ne voulais pas être assis dans un studio à enregistrer des chants, car ils m’aspirent la vie en ce moment. Je sais que ça a l’air ringard, mais si on a de la lumière en soi, il facile d’être positif. »

Le magasin de disques préféré de Richard Hawley est Record Collector à Sheffield, dont le propriétaire Barry Everard et cets lui qui a initié le chanteur à certaines de ses musiques préférées depuis sa période adolescente quand il était au chômage. Hawley se souvient qu’Everard lui a joué The Psychedelic Sounds Of…. de The 13th Floor Elevators, alors qu’il cherchait à s’enfoncer dans la psychédélique après avoir découvert The Byrds.

« Barry m’a emmené dans les sous-bois », rit Hawley. « Il était la seule personne que je connaissais qui avait des albums des Elevators en vinyle. The Psychedelic Sounds Of…. était un de ces disques dont j’avais entendu parler, mais je n’avais jamais plus l’entendre. Ça me rendait fou. Je me suis dit : « Je dois mettre la main dessus ! Il coûtait 30 livres sterling, à peu près une quinzaine de jours d’argent de poche, alors j’ai dû faire la manche pour l’acheter plutôt que de manger. Le disque a répondu à toutes mes attentes.Il a changé la donne, ça a changé la vie. Je ne dis pas que les gens devraient être obligés de ramer pendant un mois juste pour écouter un disque, mais il y a tellement de choses qui sont jetables maintenant. »

Hawley s’est débarrassé des CD qu’il avait achetés dans les années 90 et il n’a jamais acheté d’abonnement à un service de téléchargement ou de streaming. Pour lui, « c’est comme acheter un seau de vapeur. Pourquoi dépenserait-on de l »argent durement gagné pour quelque chose qui n’existe pas physiquement ? »

Cela l’aide également à ‘éviter les médias sociaux. Il a récemment reçu son premier smartphone, faisant l’éloge de la clarté de l’application Voice Memo de son iPhone pour enregistrer des idées de chansons et Notes pour écrire des paroles, mais admet plus tard qu’il envisage de l’abandonner et de revenir à des idées d’enregistrement sur un dictaphone à cassette.

Pulp at the Motorpoint Arena, Sheffield

« Les médias sociaux sont assez isolants », réféléchit-il. » »Il y a beaucoup d’aspects positifs, mais cela semble créer des désagréments. Et je n’ai pas le temps pour ça, car je suis une personnalité addictive de toute façon. Je me jette dans des choses, qu’il s’agisse de toxicomanie ou de promenade de chiens. Un smartphone prend tellement de votre temps, même sans les médias sociaux. La dépendance est dans mon sillage depuis 21 ans, donc ce n’est pas un problème pour moi, mais je me méfie de la façon dont les smartphones s’accrochent en vous. Être constamment connecté à un cordon ombilical numérique, toute cette obscurité ne peut que vous alourdir. » Il rit en racontant que sa direction lui téléphone parfois parce qu’il n’a pas répondu à ses courriels. » « Putain de salauds de fous » s’esclaffe-t’il exapéré. « Appelle-moi, tout simplement. Ne t’embête pas avec ces putains d’emails ! C’est tellement plus drôle, et c’est cet aspect qu’il faut continuer à voir. »

En sus de la brièveté deFurther, seul le psychédélique « Time Is » va durer plus de quatre minutes : c’est 4min 1sec. Quand on lui demande s’il a été tenté de couper deux secondes pour garder le contrôle de l’album, Hawley répond : « Non. C’est une seconde de trop parce que c’est le titre prog ! J’ai failli ne pas inclure Time Is, car il me semblait que ça ne convenait pas, mais une fois que Clive Mellor a joué de l’harmonica dessus, ça a absolument marché. J’ai donc permis que l’on fasse preuve d’indulgence. »

S’il a voulu comprimer toutes les chansons de l’album en « l’ancienne idée classique des trois minutes », c’est parce qu’il aimait les singles de 7″ et leurs B-Sides. « Je suis obsédé par les célibataires de 7″ », s’enthousiasme-t-il. « J’adore DJ-ing avec 7″s, des trucs sur lesquels les gens peuvent danser, c’est pas de la merde… évidemment, c’est du goût personnel. Un 7″ ne peut contenir qu’une quantité spécifique d’informations, et c’était le guide pour Further. »

Les chiens de la famille Hawley, un colley de 10 ans et un springer de 5 ans, ont aidé à trouver l’énergie nécessaire pour faire une musique aussi joyeuse. » »Plus tu es sur le canapé, plus tu deviens mentalement flasque « , sourit Hawley. « Je ne suis pas le seul à promener les chiens, et j’ai le temps de m’allonger sur le canapé. Mais les chiens me sortent de la maison, et les idées de chansons me viennent quand ma tête est claire, en les promenant. Ça a changé mon écriture, parce que je suis dehors, pas assis sur le canapé pendant des heures avec une guitare. »

Bien que la plupart des chansons de Further aient été écrites après Hollow Meadows, Hawley a eu la beauté élégante de My Little Treasures pendant 12 ans. En plus d’être un métallurgiste, Dave, le père de Hawley, était lui-même un musicien accompli : Le vinyle le plus précieux de Richard est celui des quatre acétates de blues que son père a coupé en janvier 1963. Un an après la mort de son père, deux amis musiciens de Dave, les frères Roger et Pete Jackson, ont pris un verre avec Hawley. Pete a dit : « J’ai quelque chose à te montrer », se souvient Hawley. « Il y avait une photo de mon père et Pete, sur la moto BSA de l’oncle de Pete, quand ils étaient enfants dans les années 50. La photo était plissée au milieu ; elle était dans le portefeuille de Pete depuis des années. Pete a dit:’C’est mon petit trésor’. Cette phrase m’est restée dans la tête. Il a fallu du temps pour surmonter le côté émotionnel pour pouvoir chanter cet enculé sans éclater en larmes. » Hawley admet qu’il pourrait s’agir d’une chanson émotionnellement difficile à jouer en concert : « J’essaie de mettre la vérité dans mes chansons, donc elles sont parfois difficiles à chanter. Si tu me vois en larmes quand je chante « My Little treasures », c’est soit parce que c’est de la merde, soit parce que ça m’énerve vraiment. »

« My Little Treasures » n’est pas la seule chanson qui a pris son temps pour trouver le bon cadre. Il a écrit « Just Like The Rain » sur son album Coles Corner, nominé au Mercury, à l’occasion de son 16e anniversaire. « J’écris tous les jours depuis l’âge de neuf ans », dit-il, en fait. « Je ne sais pas si c’est peut-être une forme de maladie mentale. Je ne veux pas trop l’analyser. » Hawley a un plein d’autres chansons en réserve, attendant leur heure.

Pour expliquer pourquoi ils ont parfois besoin de légers ajustements, il prend sa guitare. Il ne garde jamais ses guitares dans sa voiture, car il a eu trop de guitares perdues ou volées au fil des ans. Sa guitare acoustique est une Gibson 185 de 1953, aupravant détenue pendant un an par Ike Everly, le père de The Everly Brothers. Il est si léger qu’il pourrait être fait de balsa, mais il joue magnifiquement. Ou quand Richard Hawley est à moins d’un pied, chantant doucement en même temps qu’il gratte le riff de son « single » « Baby, You’re My Light », sorti en 2002.

J’ai ce que j’appelle des « riffs de réconfort », explique-t-il. « Ce sont des riffs cycliques que je joue assis sur le canapé, entrant dans un état psychique zen pendant que je les joue encore et encore. Quand je décide quoi en faire, la chanson est prêtese. Ainsi est né «  « Baby, You’re My Light » ». Hawley joue à nouveau, pour expliquer comment sa chanson thème pour « Funny Cow » est en trois sections distinctes « puisque il a été écrit sur trois promenades de chiens différentes. »

Si la guitare est une tactique pour hypnotiser les intervieweurs et leur éviter de poser des questions difficiles, ça marche à merveille : le professionnalisme est au plus haut point de mise si Richard Hawley va vous faire un concert privé. L’autre jeu de Hawley est de démontrer « Galley Girl, » écrit sur une Fender Jaguar 1963 que Hawley a achetée quand il était avec Longpigs. Il l’a jouée sur certaines de ses chansons préférées de Longpigs (« Far », « The Frank Sonata »), mais l’a gardé en réserve parce qu’il était épuisé à la fin du groupe. « C’était un tel plaisir de jouer à nouveau » dit Hawley. «  Comme disait mon père : Ça se joue tout seul ». « Mais peu importe à quel point une guitarepeut s’avérer être géniale ou nulle, , il y a toujours une chanson dedans. »

C’est cette joie pour la musique et les absurdités de la vie qui fait que Hawley ne veut que brièvement discuter du « désordre dans lequel nous somme » » à propos de la politique. « J’espère que j’essaierai de voir l’autre côté de la médaille, car c’est la seule façon d’aller de l’avant », dit-il. I »l n’y a aucune considération pour toute opinion contraire, ou même une tentative de la comprendre. C’est ridicule. C’est ridicule. Tout le monde crie, et ce n’est même plus un cas de ‘Qui crie le plus fort gagne’, parce que tout le monde est sur le même volume. On peut parler d’autre chose ? »

C’est la seule fois où Hawley a l’air contrarié, ce qui est légèrement dévastateur de la part d’une personne aussi optimiste. Au lieu de cela, nous discutons de sa détermination à éviter de tourner ses albums dans leur intégralité (« Cest soulevé chaque fois qu’il y a un anniversaire, mais pour moi, il y a quelque chose d’assez triste  » », et de collaborations futures.

Hawley travaille avec un autre musicien qu’il ne peut pas nommer, mais il dit : « Ça t’empêche de disparaître. Être auteur-compositeur et interprète signifie que vous êtes dans votre propre petit psychodrame, car c’est votre vision du monde. C’est bien de jeter un coup d’oeil dans le psychodrame de quelqu’un d’autre de temps en temps. Cela vous empêche de penser que le vôtre est le plus important.D’ailleurs il ne l’est pas. »

Après 20 ans, il est peu probable que Hawley cesse un jour d’apprendre ou qu’il cherche à aller plus loin.

Les trois premiers albums de Richard Hawley, sortis sur Setanta, ont été réédités en vinyle en tirage limité en 2014. Cependant, ses albums ultérieurs sur Mute n’ont pas encore été réédités en vinyle depuis leurs premières sorties. Coles Corner, Lady’s Bridge et Truelove’s Gutter se vendent chacun environ £200, au grand dam de Hawley.

« Il y a deux types qui tiennent des magasins de disques à Sheffield qui, quand ils me voient, me demandent: « Avez-vous des copies de Coles Corner ou de Truelove’s Gutter?’ J’en ai quatre boîtes d’exemplaires dans le grenier, mais j’aimerais les garder. Un type m’a offert 600 £ pour une copie scellée de Truelove. Ça m’a mis en colère, pas contre lui, mais parce qu’ils devraient être disponibles. » Bien que le nouveau label de Hawley, BMG, possède les droits sur les anciens catalogues de certains artistes Mute, comme Alison Moyet, la musique de Hawley n’en fait pas partie.

Il comprends,toutefois, comprend que les relations entre les deux labels sont amicales et qu’une campagne de réédition pourrait en princiope avoir lieu une fois que la promotion de Further sera terminée. Quel est le montant maximum que Hawley a dépensé pour un album ? « Elvis Rock’N’ Roll No 2 », sourit-il, « c’est la couverture anglaise, où il a une chemise de velours vert, à l’air vraiment dangereux. J’ai payé 400 livres sterling,. Pour ceux qui lisent ça, j’adorerais ElvisRock’N’ Roll, le premier album, en très bon état. »

5 novembre 2019 Posted by | Conversations | | Laisser un commentaire

Interview de Foals: « Perdu & Sauvé »

Les piliers du rock indie britannique que sont Foals continuent d’amorcer leur retour avec un nouvel album, Everything Not Saved Will Be Lost – Part 2. Il s’agit de leur deuxième dans même année, après Everything Not Saved Will Be Lost – Part 1. Les deux volumes du double album ont été autoproduits, et, après avoir déjà entendu deux titres de cette deuxième partie ( le lead « single » « Black Bull » et « The Runner ») le combo avait tranché et situé situé très haut dans les marée des prétendants au trône de meilleurs esporis du rock indé britannique. Le statut, ils l’ont soigneusement cultivé depuis leur formation en 2005 à Oxford, eujourd’hui le fruit semble être plus que mûr.

En tant que corps entier, la partie 2 ressemble à une méditation sur ce qu’il faut faire avec les reliques esthétiques qui ont laissé les fans au bord de la falaise métaphorique de la partie 1. Passant du prêt à danser, ils ont décidé d’enrôler un guitariste pesant et chargé pour apaiser leurs angoisses et se diriger vers l’avenir d’ici la fin de la deuxième partie. La force habitée et durable qui sous-tend une grande partie de cette énergie agitée est le paysage actuel : destruction du climat, inégalité et turbulence pure et simple. Ces deux parties offrent un refus de cette ruine normalisée tout en se matérialisant simultanément comme un repos ou une pause pour l’après-guerre.

A l’occasion de sa sortie, Yannis Philippakis, le frontman de Foals, fournit ici une analyse de ce que le groupe représente pour lui et se prête à ce jeu des considérations qui en sont issues.

 

Ce qui a éclairé la perspective de l’album.

C’est un peu flou quand je repense à l’époque où nous faisions le disque. J’ai l’impression qu’on l’écoutait vraiment parce qu’on s’autoproduisait. J’étais totalement immergé dans le processus. Même depuis et vers le studio, j’écoutais juste les morceaux sur lesquels nous travaillions. Au début, l’idée qui m’a enthousiasmé était un disque, musicalement, qui était optimiste, énergique et même euphorique par moments, et qui mariait cela avec une perspective lyrique plus sombre. J’étais vraiment attiré par ce contraste. Cela a aidé à informer et à guider l’ensemble du disque, comme si l’on considérait les chansons comme des chevaux de Troie. Après une brève écoute, j’ai l’impression qu’il s’agit de morceaux de musique très agréables et gratifiants sur le plan physique. Mais quand on gratte dans les paroles, il y a tout un monde plus sombre qu’on ne pourrait le croire.

Le pessimisme et le sens du mot « perdu ».

Pour ce qui est du compte rendu, et certainement de la partie 2, le message essentiel pour la première moitié est d’essayer de reconstruire l’épave qui a été décrite à la fin de la partie 1 et de trouver un but dans cette épave. J’ai pensé au disque de façon assez narrative, où je pense que vous verrez que j’ai voulu faire un voyage sur la partie 1 qui mène ensuite à la partie 2. Donc, d’une certaine façon, je suppose que la première partie est plus axée sur l’observation et tente d’expliquer le paysage – le paysage étant celui dans lequel j’ai l’impression d’être le plus actuel. Je voulais vraiment profiter des nouvelles actuelles, en particulier en Grande-Bretagne, et probablement de mes propres inquiétudes internes à ce sujet.

Je suppose que, d’une certaine façon, pour relayer le mot « perdu », la perspective de la deuxième partie est celle où l’on est en quelque sorte libéré de certaines de ces choses parce que la destruction a eu lieu. Il y a moins de poids pour toi. Il y a moins de ces choses dans le dossier. La dernière chose que je dirai à ce sujet, c’est que j’ai une vision sentimentale du temps qui passe. Je me sens très émotif et senseible à ce sujet, et j’ai toujours été très préoccupée par le fait que les choses sont éphémères et transitoires. Avec l’âge, c’est devenu une obsession imminente. Je suis plutôt préoccupé par la fin et la finalité des choses. C’est en grande partie dans les chansons parce que c’est juste une préoccupation dans mon esprit.

Se faire continuellement demander si « Rock Is Dead ».

Je trouve ça plutôt ennuyeux, je suppose. Depuis que nous sommes un groupe, les gens posent cette question sur la mort du rock. C’est presque une sorte de névrose journalistique. J’ai l’impression que ça n’a jamais eu d’influence. Quand la musique rock est saine, les gens continuent de poser cette question, et quand ce n’est pas le cas, ils continuent de le faire. C’est un flux et reflux. Pour répondre à la question d’un point de vue britannique, je pense qu’il y a beaucoup de groupes de guitares vraiment intéressants en ce moment qui viennent du Royaume-Uni, et c’est de plus en plus politisé et louangé, ce qui est cool. Je pense que c’est un bon endroit. On ne pense pas vraiment que ça a un rapport avec ce qu’on fait, tu sais ? J’ai l’impression qu’on est assez autonomes.

Le climat politique et les artistes « qui restent « dans le droit chemin ».

Je pense que l’idée de rester sur cette voie, c’est des conneries. Attendre des gens parce qu’ils sont des artistes qu’ils gardent leur schtum et que parce que vous êtes un artiste d’un certain genre, alors vous ne devriez pas exprimer votre opinion ou que vous ne devriez pas en avoir une, je trouve ça insultant, simplement. À un moment donné, vous avez certaines opinions parce que vous écrivez des chansons ou parce que vous faites de l’art. Lorsque vous aurez ces points de vue, ils seront imprégnés de ces faits. Quand j’écris une chanson, ça vient de moi. Je ne travaille pas avec des auteurs-compositeurs. C’est ma façon d’aller de l’avant et ma façon d’y réfléchir. Je me passionne pour certaines causes, et pourquoi n’utiliseriez-vous pas votre programme, faute d’un meilleur mot, pour essayer d’amener le dialogue ? Le fait est que tout ce pour quoi vous avez travaillé, c’est d’être entendu. Donc, quand on peut se faire entendre, ne pas s’en servir pour exprimer des idées politiques, ce n’est pas seulement absurde, ce serait un peu lâche. C’est ce que je ressens.

La façon dont le groupe s’est détourné d’une écoute « heavy ».

C’est probablement à double tiroir. Une chose est liée à la raison pour laquelle l’album a été divisé en deux. Nous ne voulions pas qu’il se sente comme un fardeau d’écouter 20 morceaux parce que c’est un peu épuisant et laborieux. Et je suppose que, de cette façon, nous ne voulions pas que cela ressemble à une écoute lourde en temps réel, de sorte que vous puissiez facilement digérer la première partie et vivre avec pendant six mois, puis vous êtes prêt pour la deuxième partie. Et les choses ont le sens des proportions, et il n’y a pas de dévoilement aussi grandiose et aussi énorme de cette chose massive. L’autre aspect serait, comme en musique, que nous avons été plus mélancoliques que le paysage britannique. Nous avons déjà écrit de la musique mélancolique. Ce serait différent de parler de ces choses, et nous n’étions pas attirés par cette direction à l’époque, vous savez. Nous n’étions pas tellement intéressés à écrire de la musique d’une manière morose ou mélancolique. Et nous ne voulions pas avoir l’impression que quelqu’un te récurait. J’aime les disques comme ça, mais on ne voulait pas être comme ça.

L’impact artistique des tendances de la consommation de musique numérique

Avec l’écriture, ca ne nous concerne pas parce que je pense inconsciemment que nous regardons vers l’intérieur dans le sens où nous voulons juste essayer de faire de la bonne musique. D’une part, nous ne comprenons même pas vraiment le paysage parce que nous n’avons pas grandi avec lui de la même façon, vous savez, alors je pense que lorsque nous commençons à essayer de deviner comment faire des stratégies, ce ne serait pas bon. J’aime écrire de la musique parce que c’est une chose purement artistique qui me donne satisfaction loin de cette partie de ma tête qui serait branchée.

Je dirais que d’après l’expérience que j’ai vécue avec les deux albums et la façon dont les choses ont changé au fil des ans – ce qui n’est pas surprenant pour les journalistes musicaux – mais je pense qu’au niveau émotionnel, je me souviens que j’ai eu l’impression que l’on pouvait sortir un titre avec une photo promo et une vidéo, et tant que tout était bien fait et avait une forte identité, on pouvait essentiellement mettre son drapeau sur la montagne et cela serait visible pendant plusieurs mois sinon même un an. Vous aviez de l’oxygène, et c’est plus une métaphore, mais j’ai l’impression qu’il est plus difficile d’avoir de l’oxygène de nos jours, car nous en produisons beaucoup plus, pour utiliser le mot sale, le contenu. Nous publions beaucoup plus de photos, beaucoup plus de représentations esthétiques par album. Et tout est battu, et les choses sont enterrées un peu plus vite.

Sans avoir l’air d’un vieil homme grincheux, il y a quelque chose de troublant là-dedans. Les grandes archives du passé, auraient-elles prospéré et survécu dans ce paysage ? Et pas seulement avec ces disques, mais ces artistes qui sont devenus des figures emblématiques pour de bonnes raisons, survivraient-ils dans ce paysage ? Vont-ils percer ou seront-ils aussi submergés sous ce torrent d’information et de musique et quoi encore ? Ouais, je ne sais pas. On pourrait en parler toute la journée. Je pense que c’est formidable que la créativité puisse être consommée plus rapidement et plus librement, et il y a beaucoup d’aspects de cela qui sont excellents. Mais il y a aussi quelque chose de durable, pour le ramener dans le titre de l’album. Ce qui dure, et ce qui n’est qu’une nouvelle d’hier, et ce qui m’inquiète, c’est que nous jetons ce qui devrait durer. Il n’y a pas vraiment de bon processus pour décider ce qui doit durer et ce qui est plus temporaire.

La chanson préférée à jouer à partir du double album

Une chose qui a été très enrichissante cette année, c’est que nous avons une chanson sur la première partie intitulée « Sunday » ; nous n’avons rien joué de vraiment hors de la deuxième partie, mais une chanson comme « Sunday’ dont je me souviens avoir espéré avec une sorte de fierté en tant que parent. Je voulais qu’il communique avec les gens, et je voulais qu’il offre une fonction pour être la bande sonore de ce moment que nous avons tous eu avec nos amis lors d’une soirée ou d’un préjeu à la maison ou d’un festival. Quand vous avez cette mélodie qui vous rapproche vraiment de vos amis et vous fait vous sentir vivant et courageux. En jouant « Sunday », j’ai vu des gens chanter avec moi, et je peux dire que c’est devenu cette chanson pour les gens. C’est à ce type de réactions que je m’adresse.

2 novembre 2019 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Thés à l’Anglaise: Interview de Martin Newell

Avec Cleaners from Venus, the Brotherhood of Lizards, et en tant qu’artiste solo, Martin Newell a fait partie d’une des vagues les plus inventives de la pop-rock anglaise des 20 dernières années. Capable de composer des mélodies accrocheuses en diable et dotées d’harmonies exubérantes , il demeure encore un expert lyriciste quand il est question d’humour et d’esprit.

Avec quelques hurluberlus de la trempe de Syd Barrett, Robyn Hitchcock, des Beatles, Small Faces ou XTC, il est parvenu à créer un de ces univers qu’on déguste d’autant plus qu’il demeure un des trésors cachés les plus précieux et rafraîchissants de la pop anglaise. Desservi par des compilations hasardeuses qui ne lui rendent pas véritablement hommage, la sortie de Teatime Assortment nous permettra néanmoins d’en savoir un peu plus sur le bonhomme.

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Est-il vrai que, durant les 70’s, vous faisiez partie des musiciens auxquels on pensait pour entrer chez London SS ? (Bien que n’ayant jamais fait un seul concert, certains de ses membres furent à l’origine des Damned, de Clash et de Generation X).

C’est le genre de truc qui est à mi-chemin du mythe et de la réalité. Je ne faisais pas partie des London SS mais personne non plus ; ça ne représentait qu’une idée punk. Vous saviez, vers 1975, tous les musiciens portaient la barbe, avaient les cheveux longs et faisaient de très longs albums de rock progressif . Ailleurs il y avait ceux qui faisaient du country-rock comme les Eagles ou les Flying Burrito Brothers. Beaucoup de gens trouvaient que certaines choses s’étaient perdues et les labels de disques ne signaient pas des artistes comme nous. Nous étions trop jeunes pour être des hippies ; on avait juste le sentiment que les choses devaient changer.

Je venais de la « glam generation » ; je faisais partie de ces « young dudes » que David Bowie et Mott The Hoople évoquaient. Mais ce qui se passait avant tout pour moi , c’est que, au lieu de fréquenter des punks , j’avais intégré un group de rock progressif . C’était mon côté atypique ; j’avais 20ou 21 ans et mon groupe de glamù rock avait disparu. Je n’avais rien d’autre à faire que jouer au billard dans les bars et me saouler car je ne faisais plus partie de rien. Je me sentais malheureux. Un jour j’ai lu une annonce dans le Melody Maker : un groupe cherchait un chanteur excentrique.

J’ai téléphoné et je suis tombé sur quelqu’un qui je crois était Brian James, du moins c’est ce que me disait Captain Sensible. Ils voulaient former un groupe, il y avait aussi Billy Idol et personne parmi eux n’était connu. Tony James plus tard, fut membre de Generation X, Brian James, lui, forma The Damned et d’autres allaient faire partie de Clash.Il y avait aussi Mick Jones mais je ne suis plus très sûr. Ça a sans doute le meilleur groupe à n’avoir jamais fait un concert. The London SS était une idée géniale c’est moi qui ait été l’inventeur de cette histoire. Je ne savais pas ce que je voulais aussi quand on me disait au téléphone qu’on cherchait un chanteur provocateur et qu’on souhaitait faire autre chose que du country-rock et du progressive-rock, je disais que nous étions l’oiseau rare.

Après avoir bavardé durant trente minutes sur des trucs aussi débiles que les fringue et l’attitude ja lui ai finalement demandé : « ‘Quel genre de musique as-tu l’intention de faire ? » Il m’a dit : « Ben, un truc avec une voix façon Keith Richards et qui bouge pas mal. » Je n’étais pas de ces plus enchanté et j’ai joué à pile ou face dans ma tête. Finalement j’avais décidé de ne pas passer l’audition. J’ai ajouté que, à l’époque j’étais en contact avec les types qui ont été à l’origine du punk. Que Captain Sensible était avec nous, qu’on allait tous au Japon pour donner des interviews et j’ai commencé à raconter cette histoire comme quoi j’étais en cheville avec London SS. Un jour ce type me dit qu’il avait travaillé avec eux voilà dix ans et qu’il n’était ni plus ni moins que Brian James !

Ensuit vous avez fait un « single » pour Liberty en 1980.

« Young Jobless », c’était mon introduction à la renommée. J’avais à peu près 26 ans. J’étais plongeur dans un restaurant et, tous les jours, il y avait ce DJ appelé Big Lee Travis qui venait y déjeuner. Le « single » est sorti et, soudain, je l’ai entendu sur Radio 1. Ma mère m’a appelé pour me dire qu’il y avait un article sur moi dans le Daily Mail et qu’ils disaient que j’avais composé une chanson sur le chômage et la drogue. Au début j’étais assez excité mais, très vite, inquiet car je voyais que tout le monde m’en voulait à cause de cela.

Je n’avais pas pensé que le notoriété serait à l’origine de tout cela. Je croyais que les filles me courraient après, qu’on me demanderait des interviews comme cela se faisait dans les films des années 50. Des lumières flash, des micros, etc. C’était une vision américaine de ce qu’est la célébrité ; la presse britannique est assez impitoyable quand elle est sur une piste. Elle est prête à raconter n’importe quel mensonge et elle se moque de qui elle sacrifie. Si ils vous apprécient, tout va bien, sinon, comme ça a été le cas pour moi elle fait de vous un reclus paranoïaque ou un drogué. Quelque part, ce vertige m’a permis de donner naissance à Cleaners From Venus

Pourquoi avez-vous décidé de sortir la majorité de votre matériel sur cassettes au lieu d’essayer d’avoir des contrats d’enregistrement ?

J’ai été l’un des inventeurs de la notion de circulation « underground » pour les cassettes. J’étais juste un jeune musicien pop de type Spinal Tap, uniquement préoccupé par sa coupe de cheveux, les filles, la drogue et la musique. Je ne connaissais rien à la politique et puis, je me suis mis à lire des tracts anarchistes. J’avais toujours eu un esprit rebelle mais je suppose que, à l’époque, je n’avais pas beaucoup de cervelle. Peu à peu les lectures ont continué à germer et, comme vous le savez, les nouveaux convertis sont les plus zélés. Je suis devenu un anarchiste d’agit-prop à part entière. Foutons en l’air le système ; vous savez le style Lennon et ces slogans : « Imaginez qu’ils déclarent une guerre et que personne ne se déplace. » Pour nous c’était : « Imaginez qu’ils démarrent un label de disques et que personne ne veuille signer. »

Je trouvais que ça n‘était pas pérenne et comme on était tous végétariens on ne nous enverrait que des légumes, des fruits et aucune viande. Mais, pouvait-on accepter de la nourriture séchée ? Finalement on s’est aperçu que ça ne marchait pas très fort et que le mieux était de faire payer les gens qui voulaient nos bandes ; ceci dit nos prix étaient le plus bas possible.

Nous avons eu de plus en plus de notoriété et une sorte de businessman est venu me voir un jour pour me dire quelque chose du genre : « Martin les choses semblent décoller pour toi. Qu’est-ce qui va arriver si tu as encore plus de succès ? » Tu vas devoir devenir un capitaliste. » Je lui ai dit que j’étais anti-capitalisme et que je voulais baisser encore mes tarifs. Il m’a alors demandé ce que j’allais faire si il y avait de plus en plus de succès dans le monde et si je n’aurais pas à distribuer de l’argent. Je suis alors rétorqué qu’on payerait les gens pour le leur redistribuer avec les bénéfices qu’on aurait engrangés. Il s’est fâché très fort et j’ai dû partir du pub où on était pour éviter qu’il ne me frappe. (Rires) Dès qu’on touche à l’argent, les gens deviennent comme fous ; ils n’aiment pas l’idée qu’on puisse ne pas vouloir tirer profit de quelque chose ; ça va à l’encontre du raisonnement ou de la logique qu’ils peuvent avoir. C’est pour cela que je continue à tenir ce type de discours.

Comment êtes-vous parvenu à faire connaître vos cassette ?

Il y avait des tas de fanzines et toute une flopée de personnes qui se sentaient mal dans leur peau au moment du punk. Des tas de petits magazines sortaient nuit dans tous les coins du pays. C’était des trucs agrafés durant la nuit par des types complètement barrés qui se disaient qu’ils pouvaient faire parti de quelque chose. Je leur écrivais avec un petit mot leur disant : « Je fais quelques bandes musicales, vous vous sortez des articles, voulez-vous que j’écrive quelque chose ? » Nos enregistrements éteint alors chroniqués et les gens pouvaient écrire quelque chose sur des paquets de cigarettes et des trucs comme ça. Ça marchait hyper bien ! Ils nous filaient parfois 50 pence d’un billet d’une livre qu’ils avaient ! Parfois ça arrivait 6 mois plus tard car les fanzines ont une parution pas très régulière aussi ,à chaque fois qu’on sortait une cassette, une commande nous attendait. Quand on était arrivé à vendre cassettes sur un seul enregistrement, c’était plutôt du bon boulot.

Elles étaient jouées sur des radios underground même en Suisse ou ailleurs ! Je n’en croyais pas mes oreilles. Arriva un stade où l’Argentine avait décidé d’annexer les Malouines. On enregistrait alors sous le nom de Cleaners From Malvinas car on savait que ça rendrait les Anglais enragés. Pour moi c’était « fun » ; un jour je décidais de m’appeler The Hedge car je faisais du jardinage et coupais des haies.

C’est à cette époque que j’ai eu une lettre d’un opérateur radio d’un des vaisseaux de Sa Majesté. Il passait nos cassettes ce qui a fait de moi un chroniqueur musical de la Guerre des Malouines. C’était assez titillant pour moi (Rires).

Ce qui est intéressant et que vous soyez restés dans l’underground pour distribuer votre musique mais que celle-ci était toujours accrocheuse et conservait une sensibilité pop. Comme si vous étiez anti-establishment mais que, à l’inerse de Crass par exemple, vos productions demeuraient accessibles.

Crass ont persuadé Captain Sensible de devenir végétarien. Ils étaient tous complètement azimuthés. C’est vrai que je voulais faire des petites chansons pop accrocheuses avec des textes plutôt méchants. Ce qui m’intéressait c’était la pop et j’étais très naïf. J’aimais les Beatles, les Monkees et des tas de trucs comme ça. Toutes ces postures à propos d’art me laissaient indifférent. Ce qui me plait c’est une bonne mélodie, refrain, chorus, refrain chorus une petite guitare psychédélique et le tour est joué. Je laisse les trucs bruitistes aux « art schools ».

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Les types qui faisaient de la musique durant les Sixties étaient de très bons musiciens. Ce n’était pas du tout notre cas ; on était plutôt mauvais à cet égard. Lol pouvait tenir un rythme mais il était presque toujours défoncé. Je voulais juste m’abstraire de cela et passer à autre chose. Je n’ai jamais été un bon guitariste, quand je faisait parti d’un groupe, j’assurais les vocaux. Mon credo était de faire les choses comme elles vous venaient et j’estimais que tout ce qui était du ressort de l’alambiqué était réservé à ceux qui tâtonnent et expérimentent dans le noir. J’étais très impatient en fait, je ne cherchais pas à ce que ce soit parfait ; je voulais juste que ça reste « fun ».

Il y a eu d’autres musiciens, hormis Lol, qui se sont acoquinés à vous sur toutes ces années.

Tout à fait ; plus on progressait plus il y avait de gens qui souhaitaient nous rejoindre. Je ne le suis jamais considéré comme un musicien et beaucoup me disaient ; « Martin, tu pourrais être bon si tu étais entouré, par des vrais musicos. » On a toujours essayer de me raffiner avec plus ou moins de succès. IL est vrai que quand je suis surchargé par des tas de types autour de moi, j’ai tendance à laisser filer et à m’abstraire du jeu. En fait, je n’aime pas que les musiciens fassent que je sonne meilleur que je ne le suis. L’idée générale, l’élément « fun », ce que je considère comme le génie de la chose sont que c’est l’expérimentation qui va déclencher l’étincelle. Je ne me vois pas expérimenter à longueur et attendre qu’un Conseil des Sages décide de ce que devra être lune note. Je ne suis crois pas en l’artisanat pour composer.

Je fonctionne encore ainsi à présent. Il se peut que je fasse un nouvel album ientôt mais il sera enregistré dans un studio minable, je jouerai probablement de tous les instruments ce qui veut dire qu’il y aura des trucs merdiques. Je sais que c’est pour cette raison que mes fans m’aiment ; les labels et les musiciens s’acharnent depuis 15ans sur le son. Je considère que ma mission est de le combattre.

Votre art de la composition est on ne peut plus britannique ; il y a toujours des passages facétieux dans les références qui jalonnent vos textes.

Eh bien je suis Anglais ! Hemingway disait qu’il fallait écrire à propos de ce que l’on connaît et pas beaucoup plus. Je ne me vois pas composer un morceau sur la Route 66 car je n’y suis jamais allé. Je pourrais le faire sur le A12 par exemple, une autoroute ennuyeuse à mort. Je ne le fais pas mais je pourrais si je le souhaitais. J’aime écrire sur les petites choses que nous connaissons., ce qui nous est familier et que vous pouvez faire passer du sublime au ridicule. C’est comme un truc à la Monty Python ; vous volez quelque chose, sur la route vousindex voyez des arbres et vos commencez à discuter des arbres avec la personne que vous avez volé.

L’essence de mon « songwriting » c’est cela. C’est un peu comme donner vie à une existence qui est issue de vos souvenirs. Les gens voient en moi un poète, un écrivain. Vous saviez cela ? J’ai toujours trois ou quatre livres de poésie autour de moi, je fais des tournées où je participe à des festivals de littérature. Parfois on me voit à la télévision et, en Angleterre, je suis avant tout connu comme poète humoriste. On voit aussi en moi celui qui était musicien, qui avait eu du succès au Japon ou qui connaissait Captain Sensible. Ce qui compte pour moi est la poésie et les poètes ne deviennent jamais célèbres, pas comme des pop stars. Être reconnu en tant que poète est un grand honneur pour moi ; dans ce milieu on ne connaît pas beaucoup la musique, on estime simplement que je suis une vague star de glam-rock. Ils n’ont pas vérifié, ça ne les intéresse pas.

Comment expliquez-vous que vous soyez à peine connu en Angleterre en tant que musicien et que c’est surtout dans d’autres pays que vous êtes un artiste culte alors que votre inspiration soit si Britannique en terme de personnages ?

C’est très étrange de savoir que des gens en Allemagne, au Japon ou en France vous voient comme doté d’un pouvoir musical énorme. IL y a beaucoup d’articles sur moi dans les magazines français où on me voit comme une sorte de Jacques Brel anglais. En Allemagne je suis perçu de la même manière qu’aux USA, comme une sorte de figure culte. C’est assez extraordinaire d’avoir ce « crossover » de personnes qui se rendent compte qu’un type venu de Grande Bretagne est capable de se faire connaître dans des pays étrangers et d’y distribuer ses disques, sans parler des tournées. Le problème est que si je raconte tout ça à des gens dans un pub, ils vont penser que je suis siphonné ou que je suis un mytho. Pour certains, ce type de choses est inconcevable.

C’est comme ça quand vous vivez en Angleterre ; il y a un petit groupe qui sait qui je suis, il y a les quelques milliers de gens qui achètent mes disques et, à l’occasion, et de plus en plus rarement, je rencontre un type qui souhaite m’aborder d’un peu plus près. Au Japon, je suis assez suivi et les gens en Angleterre trouvent cela extraordinaire et me croient à peine. Je crois qu’en Angleterre ils ont une attitude très cynique par rapport au succès. Ils préfèrent que vous soyez un raté, ça les fait se sentir plus à l’aise ; surtout quand vous leur dites que vous ne vous sentez pas très bien.

Il ne vous est jamais arrivé d’être dans un train ? Vous êtes assis et, par la fenêtre, vous voyez un train se dirigeant dans la direction opposée à la vôtre. Arrive un moment où vous ne savez pas très bien où vous êtes ; dans votre train ? Dans un autre ? Vous vous demandez si vous bougez ou si vous êtes immobile. C’est une sensation assez bizarre. C’est ainsi que se passent les choses en Angleterre si vous avez du succès. Vous vous déplacez lentement et cela met en valeur me statut des autres… À un moment ou à un autre, chacun subit ce type de conséquences et en est malade. On essaie de se rassurer mais ça ne dure jamais bien longtemps et vous retournez à la normalité d’où vous aviez été issu. Le succès n’est pas chose normale en Angleterre. On considère que c’est une aberration et on estime normal d’observer les gens et on se réjouit quand ils pètent les plombs.

Tout cela en revient à dire que le talent est une chose très fragile. C’est comme Tinkerbell la fée dans Peter Pan. La plupart des gens retournent à leur travail de tous les jours. On vous demande si vous faites encore de la musique comme si c’était une maladie vénérienne. C’est la même situation aux USA, au niveau XL.

Vous avez sorti de nouveaux enregistrements durant les 80’s alors qu’ordinairement tout était sur cassettes. En quoi était-ce différent ?

Ce qui est sorti sur disque était plutôt bon. Si vous regardez ce que j’ai fait pour Golden Cleaners c’était même plus que bon. Les bandes, c’était un autre esprit, juste une chose totalement différente. Quand il n’y avait que Lol et moi à bidouiller avec des trucs « homemade » vous saviez que ça valait le coup. Mais une fois qu’on a signé sur un label il y avait autour de nous des musiciens, des ingénieurs du son qui nous signifiaient que tout ça c’était des broutilles. Des musiciens de rock qui voulaient prendre leur pied ?Pas chez nous ?Le label voulait que l’on fasse un album on leur a a dit que on voulait continuer comme avant. Même en nous disant qu’on aurait pu se faire plus de fric on les a envoyés se faire voir. Heureusement que j’ai pu garder mon sens de l’humour et ne me suis pas plaint. Je connais des tas de gens qui étaient dans la même situation et qui s’en sont tirés avec une dépression nerveuse.

Qu’est-ce que vos nouveaux collaborateurs ont apporté de différent ?

Lol est malade depuis un certain temps. C’est un type très drôle, un vieux hippie anar. Il était super mais n’avait aucune discipline. Son élan était canalisé par la quantité de ce qu’il fumait mais quand il était bon, il était vraiment génial. Il m’a beaucoup inspiré tout comme Gilas Smith qui était plus âgé que nous deux. Il était différent ; tout droit sorti des années 80 et de ce qu’elles véhiculaient. C’était vraiment un produit de son époque et je ne m’en rendais pas compte. Il voulait être une pop star et se voyait comme Greeb de Scritti Politti, ou George Michael, ou Sting. Pour moi il n’y avait rien de pire !

Pourquoi alors s’est-il acoquiné avec vous ?

C’était un excellent pianiste couplé au fait qu’il pouvait être très farfelu parfois. Je crois qu’il nous a suivis parce que il ne pouvait espérer mieux à l’époque. J’étais une mélange de punk et de hippie, j’avais du mascara et des idées bizarres mais je possédais la flamme. Je faisais des trucs, j’avais sorti des disques. Lui venait de la fac, c’était un fils de bonne famille. Il était à Cambridge, vous imaginez ?! C’était un type plein d’esprit, très malin ; il avait neuf ans de moins que moi mais il m’impressionnait. Très brillante et très urbain, policé. Je crois que son grand regret est de ne pas être devenu une star de type George Michael.

Quelle était la différence entre The Brotherhood of Lizards et Cleaners from Venus ? Les deux sonnent de manière assez similaire.

The Brotherhood of Lizards représentait un effort de de renouer avec l’esprit des Cleaners. Je trouvais que nous l’avions perdu après notre troisième album, un peu comme donner de nouvelles voiles à un navire. Avec l’arrivée de Giles, nous avions perdu de notre superbe et avions adopté une vitesse de croisière plus lisse. Je voulais retourner dans mon vieux rafiot.

Pourquoi êtes-vous revenu à des enregistrements plus discrets ?

Tout était devenu trop professionnel et notre label nous avait mis la pression. C’est quelque chose qui est imperceptible mais, une fois que vous êtes dans la luge, vous ne pouvez que descendre. Quand vous réalisez que vous ne savez pas qui mène la chose, il est trop tard. Au fond, je suis un type sans beaucoup de prétention, je veux juste faire de la pop carillonnante avec une petite tendance vers du dur. Pour beaucoup, c’est une chance de se faire un peu d’argent, d’avancer dans leur carrière. Je n’ai jamais cherché à me faire du fric ; j’adorais juste que l’on parle de moi, faire des interviews et rencontrer des gens. Je ne cours pas après la renommée et la drogue ne m’intéresse pas. Pourquoi alors claquer trop de fric ? Mon problème est que je suis une personne trop naïve et qu’il y a trop de gens qui sont ambitieux à ma place. À force de me pousser, on ne fait que coincer mon mécanisme et me faire fuir.

Dans tous les albums que vous avez faits quels sont vos préférés ?

Quand j’écoute nos tout premiers enregistrements avec Cleaners, je trouve qu’on avait vraiment quelque chose. Avec Brotherhood of Lizards on était bons mais on marchait sur des sables mouvants. Quand j’ai travaillé avec Andy Partridge sur The Greatest Living Englishman, là on était carrément brillants ! On était tous les deux un peu perdus et nous avions simultanément des relations qui étaient en train de casser. Ça n’était pas très différent de Sting et Phil Collins : on ne suivait plus une thérapie et on ne se lamentait pas sur notre sort. On a évacué le truc vite fait bien fait comme des mecs : enfermés dans une remise, sorti l’album comme des chefs.

indexLa galette a eu de très bonnes chroniques, ;Rolling Stonel’a comparé à Shake Some Action des Flamin’ Groovies. À l’époque ces branleurs de journalistes parlaient encore de « classic rock ». Toute ma vie j’avais espéré une chronique dans Rolling Stone. Est-ce que ça m’a rapporté de l’argent ? Non. Est-ce que ça a encore de l’importance ? Non.

J’en avais fini avec ma carrière quand j’ai appris que Andy Partridge voulait faire un album avec moi. J’adorais XTC et je ne comprenais pas pourquoi il souhaitait ça. Je suis allé le voir et on s’est tout de suite bien entendu. On a réussi à sortir ce super disque, probablement le meilleur que j’ai jamais fait. Je considère que c’est un truc indéracinable.

Je me souviens avoir pensé en le terminant : «  Eh bien, si je meurs aujourd’hui je pourrai partir l’esprit tranquille. » Et je n’ai pas changé d’opinion depuis ! 

La carrière de Partridge a été pas mal secouée avec ses labels et les complications financières qui en ont résulté.

Ils ne vous doivent pas de l’argent, mais vous oui ! Il a été chez Virgin/EMI et il a essayé d’ en libérer XTC . Ils ils ont essayé de l’étouffer alors il s’est mis en grève . XTC était un gros groupe à l’époque et nous pas grand-chose. J’ai alors réalisé que Cleaners ne pesaient pas lourd à côté.

Et vos livres de poésie ?

J’ai quelques publications de temps en temps, notamment en Amérique. Je continue dans ma mission qui est de secouer et provoquer les gens. Ils ont la vie trop facile. Alors autant continuer…


6 avril 2016 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Fantaisie & Créativité: Interview de FFS

Entre les art-rockers de Glasgow que sont Franz Ferdinand et nos vétérans de Los Angeles qui n’ont jamais rien eu quelque chose à voir avec la scène angeleno, à savoir Sparks ; la créativité semblait chez les deux être vêtue des mêmes habits. La sortie de FFS qui les réunit tous, pour inattendue qu’elle soit, n’est pas une véritable surprise en termes artistiques. Alex Kapranos des premiers et Russell Mael, du duo atypique et subversif des deuxièmes viennent ici nous narrer comment cette collaboration a pu fonctionner malgré un titre de l’album nommé malignement « Collaborations Don’t Work ».

Le visage impavide, au sourire absent, est une des physionomies les plus reconnaissable dans le monde de la musique populaire. Jouant de ses claviers sans jamais sembler se mouvoir cette image n’a pas été anodine dans la prise de contrôle de la Glasgow School of Art alors que Russell se lançait dans des improvisations chorégraphiques au milieu de public. Ces caractères avec lesquels ils jouent font partie intégrante du duo, toute attendue qu’elle ait pu être, s’est révélée une des bonnes surprises que les artistes nous ont préparés pour une performance qussi solide que l’a été leur album.

Les six musiciens n’ont pas de leçons à recevoir pour nous proposer du art-rock capable de flirter avec les charts et de rendre la présence de Spaeks toujours aussi captivante depuis plus de 40 ans : « Ron n’a pas besoin d’encouragement pour être au devant de la scène et danser, il est né avec une personnalité faite pour l’occuper » note Russell qui, avec le leader se FFF Alex Kapranos, se charge de toutes les responsabilités vocales qui échoient à FFS.

Le show de Glasgow a été triomphale et elles ont excellemment bien accompagné le tournée qui se préparait, tournée qui les fera participer au Prochain Rock en Seine, le 28 août. Il faut dire que cette association des deux groupes semble être une idée naturelle en termes de créativité si on la compare à des résultats moins réussis comme Lou Reed avec Metallica pour l’album Lulu ou celle, encore moins impressionnante, de Bowie et Tin Machine. Le travail de FF avec les frères Mael est une joie pour les oreilles tant ces derniers sont parvenus à pousser FF à écrire quelques unes de leurs meilleures compositions ces dernières années. Les fans des deux groupes peuvent y trouver leur bonheur et deviner duquel émane telle ou telle contribution mais il est évident que la force de certains titres comme « Police Encounters » entérine la notion que c’est ses propre mérite que l’album est un succès et qu’il n’est en aucun cas un projet mis en place par des amis qui auraient voulu se faire plaisir.

L’accueil reçu à leur premier concert a été un source de satisfaction pour Kapranos : « Quand des musiciens vous racontent qu’ils jouent simplement pour eux et que, si le public apprécie, c’estun bonus, ils vous racontent des conneries », ajoute Kapranos. « Mon égo fait la taille de le dette nationale grecque. Et c’est le cas de tous les musiciens que j’ai jamais connus. Certains vont vous prétendre le contraire mais ce ne sont que des mensonges. Ils se trompent eux-mêmes en pansant que l’égo est une force exclusivement négative alors que c’est cela même qui, initialement, vous donne la fource de créer ce que vous créez. Il vous faut avoir un égo démesuré pour vous mettre à penser que votre musique se doit d’exister. J’ai beaucoup aimé ce concert d’ouverture à Glasgow mais j’étais terribeement nerveux avant qu’il ne commence. Je crois que c’était le cas pour nous tous ; c’était notre premier concert dans un endroit qui avait une énorme signification pour nous, pour un public où il y avait des tas de gens que nous connaissions, des amis, des personnes que nous respections, des membres de nos familles. Dès que je me suis mis à chanter la première phrase j’ai néanmoins su que ça allait être un super spectacle. On avait mis en exergue la réputation de Glasgow pour Ron et Russell depuis très longtemps et le fait qu’ils se soient prêtés au eu montraient qu’ils ne nous laissaient pas tomber. »

FFS avaient beaucoup tourné avant ce concert, y compris une tournée en Écosse à Édimbourg et à Manchester. Le festival d’Édimbourg a une énorme réputation en termes de sérieux et du respest que l’on a pour les artistes qui y participent.

L’histoire de comment ces deux groupes, l’un à Glasgow, l’autre à des milliers de kilomètres à Los Angeles, ont été amené à produire une des albums les plus réussis de 2015 est mystérieuse. On peut suivre cette genèse à la sortie de leur « single », « Take Me Out » en 2004. Avec sa cadence mid-tempo aux changements dramatiques et ses chorus de feu, il a élevé le groupe bien au-dessus des ses collègues aux chaussures de plomb. Parmi ceux qui ont éét impressionnés, se trouvent les frères Mael un duo qui connait pas mal de trucs pour écrire une bonne « pop song » qui soit capable de vous désorienter et de vous faire aller et venir dans tous les sens. « Trop de groupes, explique Russell, ont perdu tout sens de l’innovation et préfèrent rester campés sur la même formule et les clichés de la pop. « Take Me Out », aussi bien que bon nombre de chansons de Sparks, n’ont pas suivi cette convention. C’est là que réside la différence. »

Ce message avait été reçu avec joie par FF dont les membres étaient des fans absolus se Sparks et qui avaient déjà tenté de faire une reprise de leur « single » « Achoo » pendant leurs premières répétitions. : « Quand quelqu’un dont vous admirez la musique se retourne vers vous pour dire qu’il apprécie ce que vous avez fait, cela bouleverse un peu l’image que vous vous êtes fait de votre monde. » Kapranos continue : « Vous avez construit tous ces systèmes de référence sur un sytème qui était inaccessible, un espace mythique où les personnages ont été créés voilà longtemps de cela, sur des disques qui tapissent les murs de votre appartement, et vous rappellent un moment où les hipsters existaient dans un monde qui est aujourd’hui en friches, désolé, abandonné et oublié. »

Sparks et FF se sont rencontrés pour la première fois dans le foyer de l’Hôtel Roosevelt que Kapranos décrit « comme une relique hollywoodienne datant de cet âge gothique où le noir et blanc cohabitaient de lueurs chancelantes. » Immédiatement il a été question de collaboration qui a résulté en un cadeau que Sparks à fait à FF sous la forme de « Piss Off » un des morceaux phares des concerts de ces derniers. Cependant, an raison des tournées programmées pour FF rien d’autre n’a pu se concrétiser avant 2013 où Kapranos, errant dans les rues de San Francisco à la recherche d’un dentiste, rencontra Ron et Russell.

« Je m’étais cassé une dent en Uruguay et j’avais hyper mal. Notre tour manager est parti avec nous nous disant qu’il avait un copain qui connaissait un dentiste. Il s’agissait du dentiste de Hey Lewis st comme les dents de Huey avaient l’air saines je me suis dit que il devait être bon. Dans le bloc j’ai entendu une voix me disant : « Alex, c’est toi ? » Je me suis retourné et j’ai vu Ron et Russell et sa petite amie Emmi. Ils m’avaient vu me diriger vers le bloc opératoire et s’étaient demandé si ce malheureux spécimen était bien moi. »

C’est à partir de cette rencontre non prévue qu’ils décidèrent de retravailler ensemble. « On a écrit à Los Angeles et FF en Grande-Bretagne », explique Russell. « On n’a fait aucun pause et on a commencé à travailler ensemble. Je crois que chacun n’osait pas regarder l’autre dans les yeux pendant qu’on créait. » Le morceau phare, « Collaborations Don’t Work » illustre sans doute au mieux ce processus avec Mael et Kapranos se lançant des piques lyriques de type « I don’t like your navel gazing ! » « I don’t get your way of phrasing ! » (Je n’aime pas que tu te contemples le nombril, je ne pige pas ta phraséologie ») !

« Le tout a pris une véritable vie quand on s’est aperçu qu’on se répondait au travers de nos chansons », confirme Kapranos. « On a écrite et interprétés des parties sur « Collaborations Don’t Work » et ils ont écrit et chanté « Police Encounters ». Ça allait d’avant en arrière perfois un peu trop entre nous mais c’était très excitant. En écoutant les titres, ça ne sonnait pas comme un groupe ou un autre ou comme une interprétation simultanée. Ça sentait nouveau mais avec des personnalités faciles à distinguer derrière le tout. On leur a envoyé la musique de « Man Without A Tan » et Ron a écrit les textes. Ils y avait de nombreuses approches différentes mais on est parvenu à modifier les choses de manière à ce qu’elles sonnent fraîches. Tout le travail d’écriture a eu lieu alors qu’on était à près de 10 000 kilomètres de distance on n’avais jamais bossé dec ette manière auparavant mais ça semble avoir bien fonctionné. »

Un décision collective de garder le secret a été faite jusqu’à ce que l’enregistrement a été complété et qu’une date de sortie confirmée.Même Domino, le label de FF, n’en a été informé que quand l’écriture avait abouti. Ce qui a été nécessaire ensuite aura de mêler les deux groupes et d’en faire une seule unité. Ron a occupé sa place habituelle derrière les claviers et les autres ont tenu le rôle de guitariste, batteur et bassiste. C’était à Kapranos et Russel de décider de qui devait assurer les vocaux. « Nous sommes tous les deux des leaders aussi cala semblait plutot évident », ajoute Kapranos. « Il ne s’agissait pas de savoir qui allait tenir le clavecin ou de voir Russell se mettre à la flûte. Quand on y pense, il n’y a pas beaucoup d’exemples de groupes avec deux leaders. The Specials, peut-être. ABBA, Happy Mondays… Mais qui était le véritable leader de ces derniers ? Youts ce que je sais c’est ce qui fonctionne pour nous. »

Les deux ensembles restent par contre très secrets quant à un éventuel nouvel album. « Nous n’avions aucune idée de vers où ça allait se diriger », ajoute Kapranos. « Une ou deux chansons, un album entier ? Et même si je savais ce que serait la suite, je ne vous le dirais pas… »

13 août 2015 Posted by | Conversations | | Laisser un commentaire

« La Nouvelle Vie du Macabre »: Interview de The Maccabees

Ce quatrième album de The Maccabees peut être considéré comme un tour de force tant Marks To Prove It a été façonné de manière experte et délivré avec cœur et fierté. C’est une récation brillante au précédeet, plus « soft », Given To The Wild. Il ne pouvait q’être intéressant d’entendre ce que leur leader Orlando Weeks, avait à en dire.

Comment cous sentez-vous avec ce nouvel album ?

Je ne peux pas vraiment me rappeler comment je me sentais la fois précédente. Je suppose qu’il y avait une bonne quantité de fierté et la sensation que nous avons fait notre maximum. Si les gens aiment le disque tant mieux, mais il est intéressant pour moi que c’est pareil dans ma tête si ils ne l’apprécient pas. On a beaucoup travaillé et j’en ai fini de me faire des soucis. Maintenant il faudra voir comment il sera reçu.

À quel moment le tracas intervient-il alors ?

Quand on travaille sur le disque. Je m’agite pour un oui ou pour un non car je me dis que c’est la seule façon de savoir que nous avons fait quelque chose d’honnête et de sincère. Nous nous somes pris souvent la tête à propos de ce projet et étions constamment dans le doute.

Vous sentez-vous plus mûr et avisé ?

Rires. De cela je ne suis pas certain.On a débuté parce qu’on voulait faire quelque chose vous savez ; un vrai quelque chose.Et l’un des éléments les plus attirants dans cela était de faire partie d’un gang ; es groupes que nous trouvions géniaux étaient ceux qui faisaient respecter une certaine tradition. Même si on n’est pas une copie conforme de nos parents, vous n’êtes pas non plus copie conforme de n’importe quel autre groupes. Ça peut sembler bizarre mais j’aime tous ces groupes de la même scène et je suis reconnaissant à ce qu’on m’assimile à eux.

Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit quand vous réfléchissez à d’où vous venez et à ce à quoi vous avez abouti ?

Quand je sirote un bon whisky et fume un bon cigare ? (Rires). Je ne suis pas comme ça ; quand je regarde en arrière tout ce que je vois est qu j’étais un jeune homme de 19 ans, peu sûr de lui, et travaillant trop dur. Je n’aime pas regarder les vieux groupes ou écouter des vieux disques. Je n’aime pas non plus ré-écouter nos nouvelles compositions pendant qu’on les enregistre parce que je travaille déjà sur des choses que je n’aimerai pas dans six mois. Sur certains plans je suis très nostalgique à propos de certaines choses mais, quand il s’agit de trucs qui viennent de moi, je ne le suis pas du tout. Je n »ai jamais le désir de le revivre.

Alors que peut-on attendre de ce disque maintenant qu’il est disponible ?

On voulait mettre « Marks » en premier car, après l’effort réalisé dans ce disque, on avait l’impression que ça le mettait en scène de belle manière. La version de l’album a cette longue agonie crépusculaire comme si on dérivait lentement vers autre chose et je la considère comme la véritable préface du disque. Ensuite vient « Kamakura » et je crois que c’est beaucoup plus représentatif de l’ensemble. Je crois qu’un des atouts de l’album et que si deviez uniquement écouter la première et la dernière composition, vous ne penseriez pas qu’il s’agit du même groupe. En ce sens l’album présente une voûte qui n’est pas prévisible. C’est un aspect qui comptait beaucoup pour nous ; le fait que tout s’intègre comme un puzzle et que chaque morceau justifie son inclusion dans un contexte. On y a beaucoup réfléchi.

Combien de temps avez-vous passé pour le sequencing ?

Interminable. Je suis certain que nous avons créé la chaîne d’emails la plus barbante qui existe. On se concentrait sur un truc, ça durait au moins deux jours et, à ce moment, quelqu’un disait que ça ne fonctionnait pas. On avait 13 ou 14 titres et j’étais convaincu qu’il ne fallait pas aller au-delà de dix. Ensuite on a eu deux types de morceaux, l’un d’entre eux était des titres nocturnes et l’autre qui était représenter le début d’une nouvelle journée. C’était pour moi, la clé, du disque mais certains d’entre nous ont remarqué qu’on aurait dû être plus explicites face à des gens qui n’avaient pas connaissance de notre approche. Ça a rendu le projet plus difficile à achever.

Pesez-vous être arrivé là où vous le souhaitiez au final ?

Oui. Je crois que la narration tient le coup et que certaines personnes s’en rendront compte. Et puis peu importe sinon, les morceaux se suffisent également à eux-mêmes indépendamment des autres. Quant à ceux qui n’arrivent pas à entrer dedans, ils en auront tôt ou tard une révélation.

La narration que vous évoquez est-elle naturelle ou a-t-elle été travaillée et réfléchie ?

Hélas non ; ça aurait été beaucoup plus facile si ça avait été le cas et il y a eu de nombreux moments où il nous a fallu forcer les choses. La façon dont The Maccabees travaillent est qu’il dit y avoir un processus exhaustif jusqu’à ce que le travail se révèle à lui-même. Il nous a fallu beaucoup de temps pour déterminer les composants clés et trouver les personnages. Ça pouvait très bien être un vieux piano de 50 ans ou une vocaliste qui privilégiait la reveb ; tous étaient importants dans la mesure où ils intervenaient et aidaient à établir ce à quoi nous souhaitions aboutir. On avait besoin de ces longs moments ; c’est un processus d’élimination et non pas une immaculée conception.

S’est-il produit un moment où vous avez eu la sensation que tout s’imbriquait idéalement ?

Il y a eu ce morceau, « Spit It Out » dont je pense qu’il fonctionnait d’une façon totalement différente à la manière dont Felix (White, guitare) l’avait imaginé. On avait ce type, Lloyd, dans le studio et sa présence nous a permis, pendant quon travaillait, de voire les choses d’une toute autre manière. « Spit It Out » est passé du statut de pomme de discorde à celui de référence à partir de laquelle on pouvait travailler. C’est une preuve que, si on leur donne la bonne orientation, ces titres avaient leur place dans l’album.

Vous avez eu, également, pour la première fois suffisamment de place en studio ;en quoi cela a-t-il impacté l’album ?

Ça a été crucial. C’est étrange car vous êtes dans votre propre espace et que vous vous sentez totalement libéré et que vous disposez de votre temps à vous. Mais ça peut aussi faire penser à une peine de prison. Vous pouvez avoir des journée allant de 10 heures à 22 heures sans que rien n’en sorte. Vous avez la sensation que ça n’a rien à voir avec ce à quoi vous vous attendez ce qui aboutit au résultat inverse et que, au lieu d’être un endroit où vous libérez votre créativité, ça devient un facteur de blocage. In ne vous reste plus qu’à vous acharner dans l’espoir de décongestionner votre inspiration.

Est-ce que beaucoup de vos compositions ont changé énormément en raison de cela ?

Je crois que toutes auraient eu une connotation plus dansante et joyeuse. « Something Like Happiness » a compté 20 versions et je crois que beaucoup d’autres titres existent encore mais à d’autres stades.

Un certains nombre de passages peuvent être qualifiés de « bizarres » ; d’où est venue l’idée de les intégrer ?

Je ne peux pas parler pour d’autres mais je crois que ça a à voir avec le fait que nous sommes cinq et que nous avons tous des opinions différentes sur ce qui peut rendre une chanson intéressante. Nous sommes forcés d’en tenir compte et je peux prendre n’importe quelle composition une à une et vous dire de la vision de qui elle émanait. Heureusement le résultat n’est pas aussi incohérent qu’on aurait pu le craindre.

Je pense aussi que, quelle que soit le contexte, vous essayez toujours de ne pas répéter vos erreurs et que vous essayez d’améliorer les choses sur lesquelles vous avez bien travaillé. Ça n’a jamais été conscient chez nous mais je crois que l’une des choses que cet album nous a permis de faire a été de justifier la musique que nous avons réalisée depuis nos débuts. Cela se voit et ça lui donne un certain contexte ; par exemple Given To The Wild était si décousu par rapport à nos deux disques précédents que le jouer « live » en même temps que des titres plus vieux ne fonctionnait absolument pas. Je crois que ce nouveau disque leur permet de tous les fédérer et de leur donner une homogénéité. C’est un accident plutôt heureux.

Étiez-vous toujours sur cette position à l’époque de Given To The Wild ?

Eh bien ce disque se devait d’être réalise de cette manière. On avait pris la décision que nous n’essayerions jamais d’essayer comment un titre devait être joué « live » pendant qu’on était en train de l’enregistrer. C’était un peu idiot car on s’est très vite aperçu qu’interpréter un morceau en concerte n’avait tien à voir avec une enregistrement. Avec ce disque, l’une des choses dont on était sûrs était qu’on ne voulait pas renouveler l’expérience. On a essayé de trouver un autre style d’atmosphère, un style qui ait sa propre personnalité mais sans utiliser les trucs qui nous semblaient pourvoir être des barrières quand on devrait jouer « live ».

On a beaucoup glosé sur ce que le groupe pensait de Londres et de sa boboisation.

Ce disque concerne Londres parce que nous y vivons. Je crois que notre objectif était de plaire à tout le monde indépendamment de où vous viviez. J’écrivais en ce sens. En partant de cela, vues regarderez certains endroits et lui trouverez un attrait romantique et penseriez à ces histoires extraordinaires qui se passent partout. Même dans un quartier comme Elephant & Castle dont la réputation n’est pas très bonne. Mon ambition était de faire d’un endroit censé être plutôt terne un lieu où des choses excitantes et même belles peuvent y exister. Elles méritent qu’on s’y prenne à deux fois pour les regarder.

D’où vous viennent vos textes en général ?

Très souvent c’est un germe d’idée tiré d’une chose que j’ai entendue en allant vers le studio ou dans le bus. J’a joute alors un vers même si il est pris hors contexte et l’applique à une autre idée que j’ai eue. Ensuite j’essaie de faire quelque chose qui se tienne à partir de cet instantané. Sur ce disque je voulais voir si j’étais capable de composer des morceaux qui y parviennent mais sans que cela parle de moi ou sans utiliser la première personne mais que ça conserve une pertinence qui me soit personnelle .

Vos compositions sont souvent humaines et basées sur des personnages ; n’avez-vous jamais pensé écrire de la fiction.

Oui, je le fais parfois. C’est assez thérapeutique de pouvoir permettre à mon cerveau de s’échapper. Il y a tout un tas de choses bizarres qui peuvent servir ; je ne m’attends pas réellement à las coucher sur papier mais c’est un excellent moyen de passer le temps. Je ne suis pas un gros lecteur alor s quand les gens lisent, en général je gribouille quelques idées.

Vous avez pu faire cela avant de commencer à composer ?

Un peu, j’ai toujours pensé que je serais un illustrateur ; je dessinais beaucoup et je croyais que c’était ainsi que j’allais gagner ma vie. Au fond je crois que j’aimais écrire des histoires qui allient avec mes dessins.

Quid du prochain chapitre pour The Maccabees ?

Ça viendra plus tard. Je suis sur l’instant en ce moment. Je parle beaucoup du disque et nous allons tourner 18 mois. Ensuite on fera un break habituel. En outre, le fait de parler de ce nouvel album me fait prendre conscience des réactions qu’il suscite en contrepoint à Given To The Wild.

En termes de longévité, comment analysez-vous le fait que vous avez du succès à l’inverse d’autres groupes qui se retrouvent moins bien lotis ?

Vous savez nous n’avons jamais eu un moment qui a été un tremplin, un révélateur, un concert phare. Tout s’est fait graduellement, les ventes de disques, la taille des salles. Je crois qu’on ne s’est jamais reposés sur nos lauriers. On est très conscients du fait qu’on ne doit pas se répéter et je crois qu’on a eu également beaucoup de chance avec un label , un agent et un manager qui nous ont continuellement soutenus.

Le plan est donc de continuer alors.

Oui, planifier, donner le meilleur de vous-même et vous améliorer. C’est cela qui est vecteur d’excitation et de sens.

1 août 2015 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

« Son & Passion »: Interview de Cat’s Eyes.

Le dernier film de Peter Strickland, The Duke of Burgundy, se situe dans un monde où le genre masculin est inexistant. C’est également le titre de la bande son qu’a composé Cat’s Eyes, un duo formé de Faris Baldwan (The Horrors) et de la multi-instrumentiste Rachel Zeffira, une soprano ayant reçu une éducation musicale classique. Le résultat en est une bande originale assez étonnante et à l’image du film, à la fois audacieuse et tendre ; un conte sadomasochiste où la passion se conjugue à la mort. Les musiciens nous dévoilent ici comment ils se sont efforcés de l’illustrer.

La bande annonce de Duke of Burgundy est, pour le moins, donne-t-elle une image exacte du film ?

RZ : On l’a regardée à plusieurs reprises. Elle est comme composée de tas de films que j’ai vus et d’autres que je n’ai pas vus. Faris l’a fait une douzaine de fois et mois plus de cinquante ! Elle est très belle et, à chaque fois, j’y trouve des choses différentes.

Comment résumeriez-vous le film alors ?

RZ : Le cadre en est un univers dépourvu d’hommes. Une relation en sert de trame mais ça n’a rien à voir avec quelque chose de lesbien.

FB : C’est un monde où le genre n’a jamais existé, où il n’y a jamais eu d’hommes et de femmes ; aussi la question du sexe n’a pas lieu d’être. La relation décrite y est banale, terre à terre et les protagonistes vont tenter de lui donner un peu de piment.

RZ : C’est pour cette raison que je voulais éviter quelque chose de grotesque.

FD : Exactement ; ce sont des problèmes normaux et que n’importe qui peut avoir dans une relation. Le film examine comment ils seraient vécus si la problématique du genre n’existait pas. Ça peut sonner austère mais le traitement est en fait très drôle. Il y a beaucoup de subtilité, pas comme si vous regardiez un Laurel et Hardy.

Est-ce que Peter Strickland vous a contacté directement pour vous demander de composer la musique ?

FD : On a eu un message où il disait vouloir nous rencontrer. J’avais déjà vu et beaucoup apprécié un des ses films, Katalin Varga. Il voulait juste parler de musique et de ce que nous aimions. Il a son propre label de disques, Peripheral Conserve , ce que personne ne sait. Il nous en a donnés un certains nombre et ils sont tous très bons. o,n discours était très vague, il parlait de la Russie et de Bjork. Ensuite il nous a suggérer de travailler avec lui dans un futur proche.

RZ : Ils nous a ensuite envoyé un scénario.

FD : Je crois qu’il est difficile de retranscrire dans un scénario à quel point un projet peut être intéressant. Mais, en le lisant, je l’ai tout de suite trouvé intéressant et excitant.

RZ : Ce qui le rendait fascinant était la façon dont il souhaitait générer cette histoire. Il y avait couches après couches d’éléments ce qui vous permettait d’interpréter le scénario de plusieurs manières et ne pas vous attendre à ce qui se produirait à l’écran. Ils ont commencé à filmer et on le voyait naître lentement, ils nous envoyait ensuite les scènes et c’était vraiment intéressant de le voir prendre forme.

Est-ce que sa façon de travailler concordait avec les conceptions que vous vous faisiez de composer une bande son ?

RZ : C’était même mieux. J’avais déjà fait des musiques de films mais là nous avions sa confiance et une totale liberté.

FD : Il ne nous a donné aucune référence filmique ce qui était probablement une bonne chose. Et nous ne connaissions aucune de ses références musicales ce qui était rafraichissant.

RZ : On échangeait constamment des « demos » et ça s’assemblait au-delà de toute espérance. Très vite on a compris qu’on allait dans la bonne direction. Peter voulait absolument du hautbois et ça nous a paru une évidence dès le début. Il a démandé également des climats endeuillés et de la mélancolie ; aussi on a introduit le clavecin.

Il ne vous a donné aucune indication filmiques mais vous, en aviez-vous en tête pendant que vous travailliez ?

FD : Non, tout était lié aux images que nous utilisions.

RZ : C’est d’ailleurs préférable que de pouvoir travailler avec le film sous les yeux.

FD : The Duke of Burgundy est très gratifiant visuellement ; aussi, quand, vous regardez ses scènes, il est difficile de penser à d’autres choses. L’inspiration qu’il suscite suffit.

Aviez-vous, dans le passé, été touché par d’autres musiques de films ?

FD : Beaucoup me viennent à l’esprit mais je ne sais pas à quel point elles seraient pertinentes en ce qui nous concerne. Par exemple la BO de Paris Texas est merveilleuse même si je ne suis jamais parvenu à voir le film jusqu’au bout car à chaque tentative je m’endormais.

RZ : Je ne pense pas que cela puisse nous influencer quand vous composez une bande son.

FD : Il y a certaines choses qui ne s’effacent pas en revanche ; quand vous entendez le « Everybody’s Talking » de Nilsson pour la première fois dans Midnight Cowboy, vous savez que la chanson deviendra iconique et vous ne pourrez que vous y référer.

RZ : Pour moi c’est Nino Rota et Le Parrain. [À Faris] Tu aimes la BO de Dirty Dancing non ?

FD : Je n’ai jamais vu le film ; j’aimer tout simplement The Ronettes ! Je ne sais même pas ce qui il y a d’autre dessus. don’t even know what’s on the Dirty Dancing soundtrack, you’re thinking of somebody else.

RZ : Tu devrais écouter, je suis certaine que tu aimerais et c’est moins gnangnan que celle de Ghost.

Sur The Duke of Burgundy, Peter vous a demander de remplacer le Requiem de Mozart qu’il avait utilisé en pré-production sur uen scène particulière. C’est une sacrée responsabilité, non ?

FD : Tout le monde y est attaché et il a été utilisé des centaines de fois.

RZ : Peter y tenait vraiment mais il nous a demandé de composer un autre requiem juste au cas où.

FD : Il ne nous retait que deux jours avant la fin mais travailler sous le pression convient très bien à Rachel. Dans le cas contraire, il lui est difficile de s’y mettre. La plupart des gens savent qu’elle fonctionne ainsi mais ça n’était pas le cas de Peter. Elle a donc bossé dessus pendant toute une nuit et moi je n’ai rien fait. Quand je suis réveillé, tout était fait. Il arrive souvent que les trucs sur lesquels je n’ai pas travaillé sont ceux que je préfère.

Comment travaillez-vous ensemble alors ?

FD : C’est très variable. Il peut y avoir 4 ou 5 morceaux où je ne participe pas et d’autres où j’écris et produis moi-même.

FZ : On est comme un groupe, un partage 50/50.

À l’approche de la sortie du film, êtes-vous nerveux ?

FD : Pas vraiment ; ce qui aide est que nous aimons tous deux le film. Sur Berberian Sound Studio, c’était la même chose pour moi mais je n’aimais pas le film autant que celui-ci. L’expérience a donc été différente avec The Duke of Burgundy.

Voyez-vous des similitudes en termes d’atmosphère entre les deux films ?

FD : Je crois que l’intrigue est bien plus forte sur The Duke of Burgundy et que les éléments visuels y ont une plus grande importance.

RZ : Il y a une scène, avec les insectes, qui est semblable néanmoins. On voit qu’il s’agit du même réalisateur.

Pensez-vous que votre approche sera différente désormais ?

FD : Ma façon de regarder les choses est de les désosser, que ce soit une BO ou les gens. Quand le film n’est pas très bon, vous commencez à vous attacher à d’autres éléments qui y figurent. Vous n’avez pas besoin de faire cela que c’est un chef d’oeuvre. Vous l’accompagnez de la même man ière que vous écoutez de la musique. Dès que vous vous mettez à réfléchir, vous êtes hors course. La musique et le cinéma doivent vous immerger dans quelque chose, leur propre monde ; l’exemple le pus flagrant pour moi est Le Parrain 3.

RZ : On voit bien que ce n’est pas Rota qui en a fait la nade son. La musique est trop intrusive et sentimentale et toute l’atmopshère des deux premiers films s’est transformée en un truc pour soap opera.

Ce travail vous a-t-il inspiré pour le prochain album de Cat’s Eyes ?

FD : Je ne dirais pas que cela nous a influencés énormément dans la mesure où on travaille sur des idées depuis pas mal de temps.

RZ : Quand vous faite une bande son, vous ne pensez qu’au film et celui-ci vient d’un autre endroit que le vôtre. Ce que vous faites, vous le faites pour vous, ici nous le faisions pour Peter.

19 avril 2015 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Les Fabuleuses Fables d’Alfy: Interview de Lady Lamb The Beekeeper

Aly Spaltro est une jeune musicienne autodidacte dont le nom d’artiste est Lady Lamb the Beekeeper. Après un premier album, Ripley Pine, qui avait fait plus qu’attirer l’attention, là voici de retour avec un After qui, sur le même schéma, dépasse les attentes qu’avait fait naître son premier opus. Elle répond avec la grâce et la bonne humeur qui la caractérisent sur sa carrière, ce nouveau disque, la manière dont elle travaille et s’inspire et, au fil de la conversation, ce qui l’a construit.

Vous parvenez à vous détendre après la sortie de After ?

Oui, je bulle et j’écoute des nouveaux disques comme celui de The Districts.

Mais vous allez très vite enchaîner les concerts…

Le Rough Trade à Brooklyn sera une première, j’y suis allée plusieurs fois mais n’y ai jamais joué. Ça va ouvrir ma tournée et j’ai du mal à croire que deux ans se sont écoulés depuis la précédente.

Comment vous sentez-vous par rapport à Ripley Pine, du moins en ce qui concerne ces nouveau morceaux ? Vous sembliez avoir eu du mal pour le montage de Ripley Pine, peut-être parce que vous y aviez passé trop de temps ; est-ce que ça a été plus facile avec After ?

Ce disque a été une expérience différente du tout au tout. C’est vrai que, précédemment, je me sentais dans l’obligation d’allonger les titres pour qu’ils sonnent ouverts et de les arranger de manière à ce qu’ils donnent une impression de de trop plein presque. C’était lié au fait que je les avais interprétés trop longtemps en solo. Pour cet album, beaucoup de temps s’est écoulé pendant que je faisais mes concerts promos pour Ripley Pine et que j’écrivais et arrangeais ces récentes compositions. Je tenais absolument à être fin prête pour After. Dès que je revenais d’un concert, je rentrais chez moi et commençais à composer. Ensuite j’en faisais des « demos » les plus complètes possibles sir mon ordinateur et les arrangeais dans mon appartement. En fait, le résultat était si achevé qu’elles ne sonnaient plus comme des « demos » et n’étaient pas éloignées de ce que l’on entend sur le disque, y compris les cuivres et les cordes. J’utilisais pour ces derniers un clavier MIDI. Tout était donc préparé au moment où je suis entré en studio alors que sur Ripley Pine j’ai fait les arrangements dans le studio. Ici j’avais les idées vraiment claires et je savais exactement comment tout devait sonner et où se situait chaque titre. Je crois que je préfère cette méthose, ça a été plus fluide et surtout moins stressant. Presque « fun, » même…

Est-ce qu’il y a eu certains morceaux qui ne sont pas sur le disque ?

C’est vrai qu’il y avait des trucs plus anciens et j’ai essayé de les y inclure. J’en avais une vingtaine et je suis passé à 12. Il y a quand même deux de mes anciennes compositions qui y figurent, « Violet Clementine » et « Penny Licks », et qui datent de plusieurs années. J’ai pris les toutes premières versions, les ai ré-arrangées ne manière à ce qu’elles sonnent fraiches et pertinentes.

Pouvez-vous néanmoins composer quand l’humeur vous en prend ou vous tenez-vous à une planification rigoureuse ? Je crois que vous êtes sensible à cela et je me demandais en quoi vous aviez évolué et si vous aviez développé des nouvelles techniques dans votre approche.

Je travaille toujours ainsi. Il est vrai qu’avec Ripley Pine j’étais très souvent sur la route et que je me suis souvent demandé si j’aurai le temps pour écrire, d’enregistrer si tant est que je trouvais une quelconque inspiration. Je ne pouvais pas changer la situation aussi j’ai décidé de ne rien forcer. En général, si j’arrive à écrire des textes, même un membre de phrase, je le triture tellement que, quand je suis rentrée chez moi, il sera prêt à être mis en forme. Jamais je ne m’assois pour composer ; il me faut toujours un contenu pour démarrer. Je sais que j’ai besoin de cela et que, si c’est le cas, tout se met en place facilement. En plus j’ai la chance de me mettre dans cet état d’esprit dès que je rentre de tournée. Je n’ai qu’à poser mes textes et à m’en servir comme tremplin.

Vos vidéos pour ce disque ont quelque chose de particulier ; êtes-vous à l’origine de ces concepts et d’où en sont venus certains passages ?

C’est moi qui aie décidé des idées et qui les ai également réalisées. La première, « Billions of Eyes », est pleine de vieilles découpes de magazines des sixties et de vieilles prises de vue de ma famille que j’ai compilées chez moi. C’est un truc que j’essaie de faire depuis longtemps en cherchant des trucs Internet que je pourrai utiliser gratuitement. Pour « Spat Out Spit » j’ai trouvé cette archive et j’ai regardé le documentaire qui est au début de « Let’s Make A Film ». J’ai été bluffée car, symboliquement, on pouvait trouver un sens à tout, même à la narration. Ensuite, j’ai trouvé d’autres vidéos faites des élèves dans un collège de Californie dans les années 60 et 70. Toutes se référaient à un prof d’art pl&stique nommé Will Simms. Au dernier moment, alors que j’avais tout téléchargé et étais prête à commencer le montage, j’ai vu qu’elles avaient un copyright. J’ai trouvé son propriétaire, la fille de Simms ainsi que la femme qui avait réalisé « Let’s Mke A Movie », et leur ai demandé la permission de l’utiliser. Une fois celle-ci obtenue, j’ai pu enfin me mettre à le convection du clip.

Parfois il suffit de peu.

Exactement ! Tout ce que j’avais à faire état de demander. C’était, en outre, enrichissant d’avoir une conversation avec ces femmes et d’apprendre quelque chose de l’histoire de ces gens. La femme qui a fait le film avait fait tourné ses enfants, la fille du professeur m’a raconté plein de chose sur lui. Tout cela fait partie de mon apprentissage artistique et humain.

Avez-vous l’intention d’en filmer d’autres ?

Une fois que nous aurons un vrai lien d’affiliation avec elles, elles sont assez lyriques ,n’est-ce-pas ? Ceci dit j’aime bien bidouiller tout ça et j’espère en réaliser quelques unes, certaines pour le « fun » et d’autres, plus professionnelles pour deux ou trois de mes chansons.

La pochette de l’album a-t-elle une signification autre que celle de trancher avec la couverture de Ripley Pine ?

J’ai trouvé cette police de caractères et elle était libre de droits. J’ai réalisé le graphisme pour le disque ; c’est dans mon habitude car c’est un de mes hobbies. Je savais qu’il y aurait ce pop de confiture à l’arrière et qu’on pouvait le prendre pour du sang. Mais je me suis dit que ça pouvait tout aussi bien représenter de la confiture et je trouvais que ça s’intégrait parfaitement à l’atmosphère de l’album.

Puisque vous parez de hobbies et que vous aimez vous enseigner à jouer divers instruments ; quel a été le dernier ?

Le dernier truc que j’ai choisi et sur lequel je veux vraiment devenir bonne est la basse. Sur Ripley Pine, j’en joue sur trois morceaux. Je pense me débrouiller de mieux en mieux avec et j’aime beaucoup que cela soit différent d’une guitare à six cordes. Je m’entraîne beaucoup et, comme pour tout, j’aspire à m’améliorer.

À cet égard, qu’est ce qui vous a conduit à la musique plutôt qu’autre chose ?

Je vivais dans le Maine et j’ai toujours été une gosse productive. Nous devions partir au Guatemala mais ça ne s’est pas matérialisé. Je n’aimais pas rester chez moi à ne rien faire et je m’ennuyais. Aau lycée, j’écrivais beaucoup de poésie et je me suis dit que ce serait pas mal de la mettre en musique et de chanter.

On a dû souvent vous demander d’où est venu votre pseudonyme au fait.

Un hasard à mi-chemin du rêve. Lady Lamb est devenu un vrai personnage de fiction pour moi. Ce qui est drôle est qu’en Angleterre ils assument que c’est une femme car c’est un nom qui est assez fréquent alors qu’aux USA on pense plutôt à un animal facétieux, tout comme les abeilles du « beekeeper » (l’éleveur). Pour moi c’est une femme et c’est super que de pouvoir façonner un personnage qui parle à ma place dans un autre espace. J’écris beaucoup de choses personnelles et c’est un atout d’avoir cet interstice qu’est le pseudo pour exercer ma créativité.

On peut supposer que vos textes sont issus du même processus ?

Oui, beaucoup me viennent durant mon sommeil. Des métaphores et des allitérations étranges et certaines ont donné des chansons. Sur « Little Brother » dans mon premier album tout était onirique.

Vous venez d’une petite ville, en quoi cela vous a conduit à adopter un sobriquet ?

Au départ c’était un moyen d’y rester anonyme et mystérieuse. Je ne voulais pas que les gens puissent faire le lien entre ma musique et moi. J’étais très nerveuse par rapport à la façon dont on me percevrait et, comme je ne pouvais pas être objective avec mes productions, je préférais rester en retrait. La vielle où j’habitais était si petite que tout le monde s’appelait par son nom et je ne tenais absolument pas à ce que le mien soit associé à ma musique. Au bout du compte ça m’a été utile car je n’étais pas jugée comme une singer-songwriter femme à la guitare. Ça me permettait de dire qu »il y avait toujours un plus et d’étendre la façon dont on me considérait ; Lady Lamb et non Alfy Spaltro. Cela m’a donné plus de potentiel je pense.

Comment avez-vous été perçue une fois qu’on vous a vue jouer de la musique alors ?

C’est gratifiant car ça vous valide en tant qu’artiste et que personne qui peut faire ce qu’elle veut et y verser tout ce qu’il y a en elle. Je me perds dans ce que je fais et c’est très épanouissant. Ça me rend heureuse de penser que je peux surprendre les gens. Je crois vraiment que je dégage quelque chose quand je joue « live » et même quand on écoute mes disques. La chose qui importe c’est l’interprétation, la performance.

Il y a beaucoup de références bibliques dans vos textes ; pensez-vous que ça peut résonner chez les autres ?

Je ne sais pas, je ne sais pas ce qui se produit en eux. Ça doit dépendre de qui écoute. C4est vrai que la Bible m’interpelle. Jusqu’à mes 12 ans j’allais souvent à l’église et faisais partie de sa congrégation. Je connais donc très bien cet environnement et c’est consciemment que le livre saint trouve place dans mon inspiration. Je sais que, en grandissant, ce que j’écoutais, Iron And Wine ou Sufjan Stevens, contenait des tas de références bibliques. Je ne sais pas pourquoi j’en ai étais imprégnée mais, visuellement, c’est toujours super de mettre en scène une imagerie aussi puissante.

Vous avez déclaré que certaines d’entre elles étaient plutôt tordues ; quelles sont celles qui vous ont le plus inspirée ?

Je ne pense pas que je pourrai en choisir une. Je crois qu’il y a toujours quelque chose de très palpable pour ce qui a trait à la foi. Je suis intriguée par le fait que nous, humains, ayons espoir et foi en quelque chose. Ce désir de réponses et d’amour, on le trouve dans la religion. C’est cela qui est le fondement inné de tout être humain. Ça dépasse le carde de la religion puisqu’il se trouve présent dans la façon dont nous entrons en relation avec les autres. On cherche perpétuellement quelque chose, l’amour, la réalisation de soi. C’est, dans mon cas, ce à quoi je m’attache et c’est en cela que la foi me paraît une chose tangible si intrigante. C’est une désir très brut, une émotion démesurée et tout cela est fascinant.

Beaucoup de vos compositions sont très honnêtes et semble requérir beaucoup d’introspcetion ; est-ce qu’écrire en solo facilite cette approche ?

Il ne pourrait en être différemment pour moi. J’écris à partir de mes expériences et il n’y a aucun filtre entre moi et mes textes. Parfois c’est très personnel, parfois c’est juste de l’observation. Beaucoup de mes textes viennent de la méthode du courant de conscience ou de conversations que j’ai entendues. Cela forme un immense conglomérat qui se retrouve dilué dans une seule chanson. Je suis heureuse de collaborer avec des gens musicalement mais je doute être capable de le faire en matière de musique.

Est-ce que l’écriture automatique est le meilleur moyen pour vous de vous connecter à vos émotions brutes quand vous écrivez quelque chose d’intime ?

Je trouve que c’est une approche intéressante. Dans mon expérience de travailler ainsi je me sens en complète symbiose. Les premières lignes traitent simplement de ce que je regarde ou de ma journée et, au fur et à mesure que vous écrivez, vous vous sentez de plus en plus ailleurs et les choses deviennent alors bizarres. Tout peut prendre des tangentes diverses, par exemple avec des associations de mots. Vous écrivez un mot et la faites rimer avec quelque chose de complètement différent et cela va vous emmener vers une autre direction. C’est assez marrant d’écrire des tas de choses ; pages après pages et de finir par oublier ce que vous avez écrit sur la page deux. Quand vous vous relisez, vous découvrez des trucs vraiment fascinants et je suis vraiment intriguée par cette façon de laisser votre esprit dériver et votre main écrire et écrire. Beaucoup de mes textes sont issus de cette approche.

Est-il facile d’assumer le point de vue d’un autre alors ?

J’ai vraiment essayé d’écrire en partant d’une autre perspective mais, dans ce sas, je m’aperçois que je ne me sens pas assez connecté avec pour vouloir le jouer. Je regrette ne pas en être capable mais ça semble se perdre dans de la poussière. Pour chanter quelque chose qui est de moi, il faut que ça fasse partie de mon expérience, que ce soit personnel intime ou lié de mes rêveries.

Concernant l’instrumentation, ressentez-vous une pression quant à la tonalité dépouillée ou pas ?

La seule pression c’est quand mon égo interfère trop ou que j’ai passé une mauvaise journée. Dans ce cas-là j’essaie de trop forcer les choses. La plupart du temps, en revanche, mon instinct me dit ce qui va ou ne va pas quand on travaille. Parfois je ne sais pas quoi alors je prends les choses une par une, les ôte de la composition, laborieusement, jusqu’à ce que je trouve ce qui cloche. C’est toujkours difficile de savoir de quoi une composition a besoin en termes d’arrangements.

Comment approchez-vous les concerts maintenant que vous avez peaufiné votre son et que vous ne manquez pas de matériel ?

Jusqu’à présent c’était en majorité des concerts solo et c’est dont cela que j’avais besoin. J’ai eu quelques expériences en trio et ça a plutôt bien marché ; ça permet aux titres d’être plus dansants et fun.

Vous avez quelques astuces ?

En général je débute a cappella sous un spot avec un éclairage faible mais centré sur moi. J’ai aussi essayé de commencer dans le noir absolu, surtout quand l’audience est assise. C’est quelque chose de très agréable et donne un focus certain au spectacle même si le public ne me voit pas. Dans l’obscurité, quelle que soit la formule, l’important est de pouvoir me concentrer sur ma voix aussi c’est un excellent procédé pour m’échauffer car si je chante quelque chose qui demande beaucoup de puissance, il m’est plus facile de le faire ainsi. Sur ja deuxième chanson je m’accompagne à la guitare et le son y est alors très élevé et en distorsion.

C’est un peu comme votre nom de scène ; vous forcez les gens à prêter atttention à votre musique plutôt qu’à vous juger sur votre apparence de jeune femme avec une guitare.

J’ai remarqué que, quand je faisais la première partie de quelqu’un, la plupart du temps les gens ne savent pas à quoi je ressemble. Je ne monte sur scène que dans le noir et je me fraie un chemin pour y arriver. On ne me voit que quand je commence à jouer de la guitare et je pense que c’est un très bon moyen de se focaliser sur une musique par l’oreille plutôt que par la vue.

Avez-vous des titres préférés à jouer sur scène ?

Je me suis aperçu combien ça pouvait être fun que de jouer avec des cordes, ou avec un groupe. C’est pour cela que j’ai hâte d’avoir mon propre combo.

Tourner est un excellent moyen de s’exposer publiquement mais, aujourd’hui, la technologie ajoute un rôle de plus en plus important pour découvrir de la musique. Qu’est-ce que cela fait d’offrir des chansons gratuitement tout en essayant de la monnayer par d’autres canaux ?

Vous savez, je préfère que les gens puissent en profiter plutôt que de les en priver. C’est mon point de vue d’autant que vous ne pouvez pas lutter contre cela. Ce qu’il faut que les artistes comprennent est que ça n’est pas parce que des gens téléchargent votre musique qu’ils ne vont pas s’enthousiasmer pour elle. Quand des mômes téléchargent Taylor Swift, ça n’est pas par irrespect, ils pensent qu’ils la soutiennent ce qui est un peu le cas.

Ça n’est pas votre idéal en matière d’accès aux fans.

Bien sûr, mais c’est quand même un soutien, un intérêt. Aujourd’hui, je n’ai pas à me mettre en colère si on considère lel prix d’un disque. Ce que j’aime, c’est quand les gens en achètent pendant mes tournées. Lutter contre cela ne peut que vous desservir. En ce moment je sors du studio, je suis contente de After et excitée à l’idée que les gens puissent avoir envie de l’entendre. C’est cela qui compte ; pour le reste si je peux continuer à payer mon loyer…

Quels rôles ont eu les réseaux sociaux pour vous et comment les utilisez-vous ?

J‘utilise Facebook plus que Twitter. Mais je ne me sens pas attaché à l’un ou à l’autre. Je ne suis pas une personne qui cherche les médias mais je comprends en quoi ils peuvent vous être utiles. Ce sont des outils que j’utilise et ils me permettent d’être plus accessible qu’avant. Cela crée un autre rapport à vos fans ; ils peuvent vous poser des questions, vous leur répondez et cela crée une intimité que j’apprécie. C’est important que mes fans puissent avoir un accès facile à moi et je suis attentive à ce qu’ils écrivent pour le leur rappeler si je les rencontre en concerts. (Rires)

10 mars 2015 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Interview de John Carpenter: Mémoires en Sons et Images.

MÉMOIRES EN SONS ET IMAGES

John Carpenter est un artiste culte ; tout autant comme réalisateur de films que comme leur illustrateur en matière de musiques. Il ressurgit de temps en temps alors qu’on le croyait disparu et, à 67 ans, la sortie de Lost Themes son premier véritable album depuis longtemps ne peut que représenter un évènement dont il se fallait de discuter avec son auteur.

Le titre de l’album fait-il référence à des musiques ou des thèmes que vous n’avez jamais utilisés et qui ne verront jamais la lumière du jour hormis sur le disque ?

Lost Themes fait référence à la notion que la musique sur cet album a pour but d’être la bande-son de fimls qui se dérouleraient dans votre tête.

Est-ce que c’était libérateur d’un point de vue créatif de ne pas avoir un projet qui lui était lié ? Et avez-vous eu, par la suite, l’idée de le faire ?

Non, tout a été improvisé. Mon fils et moi jouions sur des jeux vidéo pendant deux heures ensuite on descendait en bas et ont jouait pendant quelques heures sur mon équipement Logic Pro Music. Ensuite on remontait pour la vidéo et on redescendait pour faire de la musique. On a fini par en avoir 60 minutes et c’était comme un « sampler », des petits fragments et des passages de musique dramatique qui étaient censés susciter des images dans la tête. Ça pouvait être une rue vide à minuit, un paysage désolé, des tas de choses et, comme j’avais une nouvelle avocate, je le lui ai envoyé et, deux mois plus tard j’avais un contrat discographique.

Aviez-vous des demos de films précédents sur lesquelles vous avez travaillé ?

Non, tout y est nouveau et s’est manifesté comme un vol au-dessus de nous.

Sur « Vortex », il y a des éléments menaçants qui rappellent Assaut, en particulier la basse.

Ça a démarré sur un riff de piano de style boum boum ba boum. Je n’avais que cela et tout s’est construit à partir de lui.

Votre matière de composer est-elle restée la même au point de vue structurel qu’il y a 30 ou 40 ans ?

La plupart de mes trucs sont conduits par des riffs, un son ou une progression d’accords. Mon fils m’apportait parfois une esquisse sur laquelle il travaillait chose que je lui demandais pour qu’il participe à l’album. Sur les choses les plus récentes il enseignait l’Anglais au Japon aussi il me faisait tout parvenir par ordinateur et je m’occupais du montage.

Par rapport à ce que vous disiez de Lost Themes comme étant la bande-son d’un film intérieur, vous avez également déclaré que vous aimeriez inspirer d’autres réalisateurs. Est-ce à prendre au sens littéral ?

Tant qu’ils me paient, certainement. (Rires). J’adorerais même.

Est-ce que ce disque a déclenché une nouvelle envie de redevenir compositeur ?

C‘était la situation idéale ; je n’ai pas le stress et la pression de l’industrie du film. C’est vrai que mon premier amour sera le cinéma mais, ici, la seule question que je me pose est : « Est-ce que ça sonne bien à mes oreilles ? » C’est un processus créatif pur et dans lequel je n’ai à me soucier de rien d’autre.

Vous avez également fait partie de groupes de rock…

Oui quatre ou cinq. Ça a changé maintenant. Ma musique s’est développée au fil des années, elle a mûri mais conserve toujours ses mêmes bases. Comme je l’ai dit, tout part d’un riff, d’accords en progression, de sonorités. Mais mon goût a évolué avec l’âge, c’est ce qui arrive à partir d’un moment.

On entende pas mal de rock and roll sur ce disque. « Obsidian » est assez pop-rock, « Mystery » fait penser à du Rick Wakeman sous amphétamines et « Night » ne sonnerait pas comme un intrus sur un album de Daft Punk. Cela donne une impression qu’il est prêt à être joué sur scène.

J’adorerais interpréter ça en concert. Donnez-moi un milliard de dollars et je pourrais le faire ou venir à votre mariage. (Rires) Sérieusement ce serait fun de pouvoir monter sur scène ; je pense d’ailleurs faire bientôt un show avec mon fils et Daniel Davies qui est mon filleul. Je pourrais interpréter des vieilles compositions et ces nouvelles. Je veux juste jouer et ne pas me soucier de récolter de l’argent. Quand tout devient du business, ça craint. Vous savez je veux simplement profiter de mon âge, regarder le sport à la télé, jouer aux jeux vidéos et faire de la musique.

De quels disques ne vous êtes-vous jamais lassé ?

Les Beatles, tous les Beatles. Quelques Stones aussi. Je suis dans ma soixantaine et c’est là que j’étais à l’époque. J’adore aussi The Doors ; c’est là que demeure mon coeur.

Et aujourd’hui ?

Pas nécessairement des disques. L’industrie musicale est fragmentée et elle va dans des tas de directions. J’écoute un peu de techno, de musique électronique où je vois, de façon surprenante, qu’on utilise des vieux synthés. Pourquoi aller vers des sonorités si vieilles quand vous en avez de nouvelles tout aussi géniales ? Mais bon, c’est ainsi…

Beaucoup des films d’horreur d’aujourd’hui font référence à vos vielles musiques des années 70 en termes de synthés. Pensez-vous que c’est de la nostalgie et qu’ils devraient essayer de nouvelles approches ?

Je ne sais pas. Chacun a ses propres trucs. Au cinéma, le son est là pour mettre en valeur l’image et l’histoire que le spectateur regarde. Il y a des compositeurs fantastiques pour cela, Hans Zimmer est mon favori, il est incroyablement talentueux.

Que pensez-vous de la démarche très minimaliste de Trent Reznor, des petites touches de piano, une basse en drone ?

C‘est juste pour créer des effets sonores et c’est en ces termes que ça doit être apprécier, ou pas.

Revisitez-vous parfois vos vielles musiques et que pensez-vous des reprises qui ont été faites de La Nuit des Masques par exemple ?

Il faut comprendre que je ne regarde ni n’écoute mes anciennes productions. Je ne veux pas écouter mes bandes-son antérieures car sinon je me dirais : « Qu’est-ce que j’ai bien pu fabriquer là ? » Tout est situé dans le passé désormais.

Qu’en est-il des « deadlines » et du stress que ça engendrait ; est-ce que cela déclenchait un élan créatif ? Et vous rappelez-vous des moments pleins que cela faisait vivre ?

Vous me demandez si j’ai la nostalgie des « deadlines » ! Vous devez-être fou ! (Rires)

Peut-être l’accomplissement en soi.

Oh non ! Le stress dans le movie business est terrible quand il s’agit de boucler un film. Je n’en ai aucune nostalgie car ça m’a coûté beaucoup en matière de bien-être. Il y avait des moments où je faisais un film par an ; ça me tuait.

Quand vous êtes arrivé, encore jeune, avec Dark Star et Assaut, qu’on dit les producteurs quand vous leur avez annoncé que vous vouliez faire vos propres musiques ?

Rien du tout, ils n’avaient pas beaucoup d’argent, je n’étais pas cher et je pouvais travailler vite.

Il y a cette histoire à propos de Halloween.

Oui, je cherchais du travail et, après une projection, ce type m’a dit que mon film ne lui faisait pas peur. Il n’y avait pas de musique à ce moment-là et les conditions de visionnage en étaient modifiées. Il y a quelques années je l’ai croisé et il m’a dit qu’il avait tort, n’est-ce-pas un truc cool ?

Il en est de même pour la bande-son de Halloween 3.

C’est comme ça que vont les choses et je ne peux rien y faire. J’ai réalisé La Chose en 82 et personne n’a aimé, y compris les fans.

Il souffrait peut-être de la sortie de E.T. à la même époque.

Je ne sais pas, il y a tant de raisons à cela. J’en ai entendu à propos de ce film, c’est pourtant un de mes meilleurs ! Les réactions étaient incroyablement défavorables. Qu’est-ce que j’y pouvais ? C’est un film qui traite de la fin de l’humanité, de la fin de tout ; les gens étaient peut-être hostiles parce qu’il n’y avait plus aucun espoir.

Pourrait-il y avoir un Lost Themes ?

Je travaille avec mon fils et mon filleul. On aimerait le faire, bien sûr mais personne ne nous a contactés. Attendons.

Et un retour à la réalisation est-il possible ?

J‘ai un ou deux projets mais j’ai besoin des conditions idéales pour cela. Cela veut dire, un gros budget, une pression minime et l’assurance que ce sera mon film à moi. Là aussi, attendons…

7 mars 2015 Posted by | Conversations | Un commentaire