Cold War Kids: « L.A. Divine »

Depuis Loyalty to Loyalty en 2008, il demeure toujours difficile de reconnaître et comprendre la trajectoire d’un groupe qui va passer radicalement du minimalisme « emo »déconnecté et perdu de leurs deux premiers albums à un blues-rock façon Kings of Leon comme sur Mine Is Yours.

L.A. Divine va, lui aussi, être témoin d’un changement de cap, plus subtil, en optant pour une pop plus ampoulée encore où les émotions sont véhiculées de façon crue et lyrique rappelant Mine is Yours et Dear Miss Lonelyhearts.

De cet illogisme on a peine à capter quelque chose qui sonne naturel si ce n’est le phrasé vocal de Nathan Willett.

Celui-ci est néanmoins tout aussi incohérent dans la mesure où il alterne langueur, expérimentation ou autre jeu de rôles en jonglant avec un falsetto au systématisme frelaté.

Il y a dans ce nouvel opus une rigidité qui obère toute chance de renvoyer à un accomplissement créatif : tout devient très vite prévisible (« Invincible », « Luck Down ») et où le gospel dans lequel le groupe a décidé de se lancer sur « Open Up to the Heavens » s’avère artificiel et forcé.

Le « closer », « Free To Breathe » permettra à CWK d’échapper à un naufrage dont le titre « Can We Hang On ? » sera l’aveu de sa stérilité.

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Passion Pit: « Gossamer »

Passion Pit est un projet par Michael Angelakos, auteur-compositeur originaire de Boston. Sa première production, un EP nommé Chunks of Change, était en fait un cadeau de Saint Valentin pour sa petite amie. On ne sera donc pas étonné que Gossamer son second effort soit le véhicule de ses préoccupations personnelles (il est bipolaire ; alcoolique et cet album a failli ne jamais voir le jour en raison d’une tentative de suicide).

La musique peut servir d’expression de ses hantises (le premier titre répète à satiété : « We all have problems »), il n’en demeure pas moins qu’elle a aussi pour but d’enrichir nos oreilles. Angelakos a choisi une voie assez connotée ; une sorte de soul-funk mâtinée d’une électronique omniprésente et servie par des vocaux dont, et c’est un euphémisme, on peut dire qu’ils sont très expressifs.

L’album s’ouvre sur une sorte de fanfare aux synthés pour « Gossamer » embraie sur une voix emphatique et presque féminine dans une composition qui demeure encore assez pop.

C’est ensuite que tout dérape, les choeurs deviennent non seulement envahissants mais aussi limite hystérie. Les titres se succèdent sur un mode où alternent morceaux disco partant dans tous les sens (un « I’ll be Alrignt » chaotique à souhait et semi-ballades néo-soul (« Constant Conversations  où synth-pop (« Take a Walk »).

Le problème avec ce disque est que, indépendamment des problématiques et du mode musical choisi, les exhortations de Angelakos sonnent souvent comme qui des vociférations paranoïaques, qui de vaines tentatives à émuler David Bowie ou Freddy Mercury. Les arrangements épousent également cette option, envahisseurs, heurtés et excessifs dans l’utilisation de l’électronique.

« Gossamer » signifie « gaze » en Anglais. Il s’agit donc d’un pansement, et on peut comprendre ce qu’il y a de thérapeutique dans l’approche de l’artiste. Mais elle a également pour nécessité la fonction de dresser un voile vaporeux et apaisant sur les plaies. Ici, hélas, nous sommes sur le registre d’un suraigu permanent et, par conséquent, d’une hystérisation constante qui soulage sans doute son auteur mais à laquelle on n’est pas obligé d’adhérer. Gossamer en tous cas ne remplit pas sa deuxième fonction qui est celle de partage d’émotions. C’est un album nombriliste et auto-centré, une remise à jour d’une musique que l’on qualifiait autrefois de « pompier ».

Pop Levi: « Medicine »

Selon ses propres dires, Pop Levi n’est ni de la terre ni de notre dimension dimension. Il est vrai que ce multi-instrumentiste de Liverpool avait, sur son premier opus, The Return to Form Black Magick Party vagabondé avec bonheur dans une pop « sixties » et glam façon T. Rex et que sur le suivant, Never Never Love, il avait adopté un son plus « funky » à la Prince pour un disque enregistré à Los Angeles.

Ici, il explique que son dernier effort a été « enregistré par une autre version de moi dans une autre dimension, puis transmis à cette version de moi pendant de longues séances de caisson d’isolation sensorielle. »

Foin de théorisation ou d’élucubrations pour Medicine qui, lui, plonge dans le glam rock, electro funk, et ce qui Levi nomme « future rock ». Cette étiquette à elle seule suffit à caractériser une genre qui ne signifie strictement rien, un peu comme si Levi voulait se proclamer roi des D.J.s (le disque est inondé d’electronica) tout en n’ayant aucune idée de la façon de faire tourner les platines.
C’est en réalité dommage, parce que sous tous ces « loops » et ces refrains saccadés propres surtout avant tout à vous donner la migraine (sons égaux et aigus, murs soniques d’où ne s’échappe aucune couche, diction hoquetée) on peut réellement se dire que Levi possède encore les talents musicaux qui nous avaient si enthousiasmés sur son premier album .

Le premier « single », « Strawberry Shake », est effilé comme un rasoir et une voix haut perchée est à mi-chemin entre Bowie et le heavy metal. Le titre, malheureusement lasse rapidement par des chorus refrains d’où n’émerge qu’un funk robotique et presque lobotomisé.

Sur bien des titres d’ailleurs, les riffs dégoulinant de sueur à la Marc Bolan se dégonflent rapidement comme sur « Police $ ign » ou « Runaround Midnite », vaines tentatives à émuler The Strokes.
En fait, Levi a conçu un disque « venu d’ailleurs » pour reprendre sa terminologie, objet hybride où se côtoient rock traditionnel (« Motorcycle 666 », « Rock Solid ») et incursions dans des tripatouillages électroniques qui génèrent une impression d’hystérie non maîtrisée mais dont, la résultante est, hélas, plus chaotique que’entraînante.

Ça n’est finalement que quand Levi se pique de ballades qu’il est le plus convaincant : « Coming Down » est preuve que l’artiste sait encore écrire des mélodies et « Bye Byes » qu’il sait mettre à nu ses émotions.

C’est peu, bien trop peu, pour quelqu’un qui donnait l’impression d’énormes potentialités. On n’est jamais plus déçu que par les gens dont on attend, à tort en l’occurrence ici, le meilleur.

Seapony: « Falling »

De Seattle,‭ ‬on attend en général un son âpre et noisy,‭ ‬on ne sera donc pas étonné par ce deuxième album du trio mené par la voix de Jen Weidl compagne de Danny Rowland leader du combo.‭ ‬Plus étonnant sera par contre le fait qu’il se réclame de la dream-pop dans sa tentative d’amalgamer guitares fuzz‭  ‬ou en reverb,‭ ‬tempos moyens et atmosphères faites de délicatesse et de langueur.‭ ‬Les vocaux de Weidl apportent,‭ ‬de toute évidence,‭ ‬cette facette féminine mais c’est surtout cette relative évolution dans le son du groupe qui permet de véhiculer des climats éthérés.
Sur le disque précédent,‭ ‬une boîte à rythme brinquebalante était à l’honneur,‭ ‬ici on a affaire à un son plus vif‭ («‬ Tell Me So ‭»‬,‭ «‬ Outside ‭») ‬mais il est contrebalancé par les touches presque apaisées des morceaux plus lo-fi‭ («‬ Be Alone ‭»‬,‭ «‬ Sunshine ‭»)‬.
Tout sera donc affaire d’équilibre à l’intérieur d’un schéma très simple, si simple qu’il a tendance à devenir prévisible. On alterne ainsi humeurs détendues et crispations d’adrénaline, que les compositions ne parviennent pas à transfigurer. Le groupe lui-même disait privilégier le son aux textes («Nous essayons juste de glisser des mots qui sont à moitié cohérents, ont le bon nombre de syllabes et le rythme approprié.») Sur ce plan-là l’exercice est réussi et on pourrait facilement verser dans une ambiance onirique si, intérêt il était possible de maintenir.
Malheureusement il ne suffit pas de se montrer tour à tour «crooner», sirupeuse ou vaporeuse pour que Falling soit vecteur de richesse. Bien sûr on pourra émettre des comparaisons avec Velocity Girl, Talusha Gosh ou The Pains Of Being Pure At Heart, mais comment se satisfaire de ces chansons mid-tempos et sans consistance que sont «Follow, «No One Will» ou «Never Be»? D’un groupe qui, même s’il ne prétend pas être original, vise à offrir du rêve et des pop songs on pourrait attendre autre chose qu’un brouillamini qui s’avère très vite indigeste et des compositions sans aucune saveur.
Falling est une galette dont on se demande à quoi elle peut servir; elle interroge sur le constat que la profusion de sorties discographiques ne sera pas gage de viabilité pour l’industrie musicale, toute «alternative» qu’elle se réclame.

Spain: « Soul of Spain ».

La scène musicale est ainsi faite que, même quand elle veut s’éloigner de l’option « Grand Public », elle ne peut échapper à certains effets de mode plus ou moins durables. Nous avons ainsi eu droit, vers la fin des années 90, à l’éclosion d’une nouvelle mouvance, le « slowcore » qui voulait aller encore plus loin (si on peut dire) dans le minimalisme sonore. Low, les Red House Painters, American Music Club ou Spain ont ainsi eu l’honneur des médias dits « alternatifs ». Ces derniers, menés par leur chanteur et bassiste Josh Haden, nous ont donc livrés quelques albums d’où émergeait (si on peut dire à nouveau) la voix chuchotante du vocaliste, des tonalités fragiles et épurées et un rendu perclus de mélancolie et de vague à l’âme. Le groupe la rendit (son âme) en 2001 puis, sans doute pris d’un désir « frénétique » de réassociation, Haden tente ici de lui redonner vie (à son âme toujours) avec de nouveaux musiciens.

Soul (Âme) of Spain ne surprendra personne avec ses compositions en tempo moyens, des vocaux un peu plus dans le registre du « crooner » et quelques incursions vers des univers plus vifs. N’exagérons rien pourtant ; « Miracle Man », « Hang Your Head Down Low » ou « Sevenfold » peuvent, ici et là, changer la donne, il n’en demeure pas moins que l’on ne note pas de réelle embellie sur le front de l’affliction. La voix de Haden ne se prête d’ailleurs pas non plus à un excès d’emphase et reste bien souvent cantonnée sur ce côté « lounge » qui lui va si bien.

Au bout du compte on a comme un sentiment d’inutilité devant cet effort qui en arrive presque à sonner glacial au milieu de l’univers velouté qu’il essaie portant d’évoquer. Soul of Spain porte finalement bien son nom puisqu’il n’est qu’une resucée de ses albums précédents. On ne peut s’empêcher de comparer le groupe à Tindersticks ou Low qui, partis d’une approche similaire, ont pu graduellement évoluer vers d’autres territoires sans perdre ce qui les caractérisait.

Ne reste plus qu’à espérer que Spain se montre plus aventureux dans ses prochaines productions si, toutefois, le « business » lui permet de mettre cela à son ordre du jour. Considérant l’état dans lequel ce dernier se trouve, c’est loin d’être gagné…

Noel Gallagher: High Flying Birds

George Harrison qui n’était pas le plus cynique des Fab Four mais peut-être le plus perspicace avait eu cette phrase : « A quoi bon Oasis quand on a déjà les Beatles ! » Sans ergoter sur la pertinence de ce propos on ne peut qu’établir un parallèle entre les deux groupes, ceci même à la lueur de leurs albums solos. Les deux combos se nourrissaient de tensions ; Liam représentant l’aspect instinctif alors que Noel incarnait la discipline. On retrouve ici la même dichotomie entre Beady Eye et ce premier opus réalisé par le principal compositeur d’Oasis. High Flying Birds est à la fois le titre du disque et le nom du groupe, un peu comme si Noel, en endossant la totalité de l’opus, voulait mettre en avant la façade constructive, presque artisanale parfois, qu’il avait déjà précédemment. L’album est par conséquent tellement axé sur la recherche du bon goût qu’il en devient alors presque maniéré. « Everybody’s On The Run » introduit le disque et semble lui donner le ton tant la mélodie est quelque peu gâchée par des arrangements grandiloquents. La plus grande partie de l’album va d’ailleurs, peu ou prou, dérouler une sorte de boulimie orchestrale avec un « The Death Of You And Me » qui semble puiser dans « Being For The Benefit Of Mr Kite », ou un « (I Wanna Live In A Dream In My) Record Machine »très fortement inspiré de Harrison et constellé d’arrangements à cordes. « If I Had A Gun… »et « Aka…Broken Arrow » sont des ballades édifiées sur le mode du crescendo avec ce même souci du détail qui masque néanmoins des compositions pour le moins anodines et, paradoxalement, ce sont être des « rockers » (« Aka…What A Life ! », « (Stranded On) The Wrong Beach » par exemple) qui va susciter le plus d’élans vibratoires tant le chanteur fait fi de toute affectation et décide enfin à se lâcher. Ce dernier titre en particulier, dans lequel on l’entend s’interroger sur l’endroit où il est et sur la direction à prendre est peut-être le plus poignant par sa sincérité. Dans ce panorama, le vocaliste n’oubliera pas la pop avec un « Dream On »très Beatles ou un « Soldier Boys And Jesus Freaks »et sa petite incursion dans l’univers sonique des Kinks. High Flying Birds se conclura comme il avait commencé, une ballade lyrique, un « Stop The Clocks »qui sonne presque comme cet éternel v?u pieux d’arrêter le temps, mais dont la qualité et la valeur émotive sont malheureusement une fois de plus altérées par une fin à la limite de la préciosité orchestrale. On terminera donc un peu de la même manière dont on avait débuté en citant, à nouveau, Harrison : « Les Beatles ont sauvé le monde de l’ennui. » Voici un commentaire qui se suffira à lui-même…