No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Tiger Army:  » Retrofuture »

Tiger Army fait dans le psychobilly, du moins du temps de ses deux premiers albums. La suite n’a pas été à la hauteur du renouveau que les Californiens apportaient au genre, aussi ce sixième opus risquait de ne pas avoir droit de cité.

L’écoute renforce ce sentiment de déception tant le répertoire du groupe est plutôt mou du genou ; ainsi, « Prelude : tercio de muerte » ne pourrait moins mériter son nom. Pas le moins du monde menaçant, il se contente d’amener un riff des plus classiques vers une conclusion un peu plus enlevée mais pas enthousiasmante pour autant.

Apres « Beyond the Veil » et « Last Ride » l’ambiance retomnera tout comme sur un « Valentina » sans fièvre. « Death Card » nous fera croire à un léger sursaut, tout comme « Sundown » qui donnera le change. « Eyes of the Night » est le titre le plus psycho, mais pas le meilleur et « Mi Amor la Luna », sera l’habituelle ballade latin rock. Le tout est cliché et, au même titre que linstrumental « Night Flower », soporifique. On dit que la chance ne sonne pas plusieurs fois à la même porte ; on pourrait craindre ici que Tiger Army ait presque totalement épuisé ses jetons.

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20 septembre 2019 Posted by | Chroniques qui gueulent | | Laisser un commentaire

Spellcaster: « Inventory »

Issu de la scène expérimentale danoise, Holger Hartwig alias Spellcaster propose un premier album, Inventory, qui n’a de définissable  que sa propre singularité.

Faisant se collapser vocaux trafiqués et instrumentaux possédés, Spellcater nvente un langage à la croisée des genres, entre slow post-punk expérimental et noise r’n’b, spoken word défiguré et arabesques free à l’abstraction ambient conceptuelle.

S’il a hérité du déconstructivisme de sa formation Synd Og Skam, il a par ailleurs développé un sens du chaos qui doit autant au bouillonnement d’idées, qu’à l’acharnement de collages minutieux, intégrant la participation de plusieurs musiciens ou chanteurs à la création de son projet aux allures de magma en fusion.

Inventory demande une écoute attentive pour en apprécier ses diverses textures et sa richesse intrinsèque, bifurquant constamment sur des routes glissantes, désaxant ses mélodies de leurs axes pour leur offrir une beauté à l’usage du temps. Un opus inclassable aux atmosphères intrigantes. Très fortement recommandé.

***1/2

1 mai 2019 Posted by | Chroniques qui gueulent | | Laisser un commentaire

Laura Meade: « Remedium »

Si le nom de Laura Meade n’évoque pas forcément de souvenirs immédiats, celui du groupe au sein duquel elle évolue va sans nul doute attirer l’attention puisqu’elle est ni plus ni moins qu’une des voix de Izz, groupe plusieurs fois salué pour la qualité de son rock progressif inventif et foisonnant.
Evoluant cette fois-ci en solitaire, bien qu’accompagnée d’une part par la quasi-totalité de son groupe d’origine, mais également par quelques pointures au sein desquelles nous retrouvons notamment Jason Hart (Renaissance), l’artiste nous propose un concept album autobiographique narrant son combat personnel contre la sclérose en plaques qui l’affecte, le tout avec des paroles dotées d’une très forte puissance évocatrice.
Sur le plan musical, l’univers de Laura Meade est bien éloigné de celui de Izz et ne présente que peu d’accointances avec le rock progressif. Pourtant, le splendide « Sunflowers at Chernobyl » va nous démontrer le contraire, avec ses claviers introductifs qui renvoient à Marillion, avant que la suite ne se rapproche de Magenta : intonations vocales à la Christina Booth, basse chantante très présente et un magnifique tricotage basse/claviers pour finir placent d’entrée de jeu cet album sur de très bons rails.
Passée cette première plage, la suite va nous proposer des titres plutôt courts, où Laura Meade évolue dans un univers situé entre Kate Bush et Tori Amos, non seulement sur le plan vocal, mais également au niveau instrumental puisque l’on retrouve le piano très présent dans l’esprit de la seconde (« The Old Chapel at Dusk », « Irradiation’» et le côté parfois expérimental de certaines mélodies et orchestrations de la première. 


A cet ségard, il faut également souligner que les accompagnements instrumentaux sont souvent dépouillés, offrant une belle mise en valeur de la voix de l’interprète. C’est ainsi qu’un simple ukulélé suffit à venir habiller de manière on ne peut plus élégante une mélodie aussi simple qu’accrocheuse (« Home Movies ». Mais, loin de simplement singer ces deux illustres aînées, Laura Meade introduit beaucoup de sonorités modernes et notamment quelques touches d’electro voire trip-hop, comme par exemple sur « Dragons’ » deuxième titre epic de l’album, qui s’ouvre par une mélodie poignante rendue sur un mode acoustique, avant que le titre ne prenne de l’ampleur et un rythme entraînant que même la batterie électronique ne parvient pas gâcher.
Les dix morceaux présents sur Remedium sont autant de pièces finement ciselées, rendues par des instrumentistes et une interprète de premier plan et ce, dans un style vraiment original. Un opus qui constitue un vrai remède.

****1/2

4 décembre 2018 Posted by | Chroniques qui gueulent | | Laisser un commentaire

Okkervil River: « In The Rainbow Rain »

In The Rainbow Rain présente la nouvelle mouture de Okkervil River puisque c’est le premier album sorti par son leader, Will Sheff avec les nouveaux musiciens qui l’ont accompagné depuis 2017 quand il a commencé à ouvrir pour le tournée de The War on Dugs.

Cette collaboration n’est pas étrangère au nouveau son du groupe même si celui-ci demeure toujours rivé dans un folk-rock rock combinant climats west-coast américain, rock FM et pop britannique héritée des années 80.

En revanche une grande partie de la hargne explosive qui caractérisait le combo a désormais disparu, remplacée qu’elle est par une atmosphère beaucoup plus édulcorée voire lénifiante.

« Don’t Move Back to L.A » passera un peu la rampe et un seul moment d’émotion se produira quand Sheff s’époumonera dans la dramaturgie en crescendo qui accompagne « Human Being Song ».

L’instrumentation, elle-même est quelque peu inappropriée en particulier un saxo indigent (« Family Boy ») et l’on a trop souvent l’impression que le disque est interprété par un « cover band » qui aurait repris tous les tics de Okkervill sans les maîtriser.

In The Rainbow Rain est l’album inassimilable d’un combo devenu émasculé.

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26 octobre 2018 Posted by | Chroniques qui gueulent | | Laisser un commentaire

Arctic Monkeys: « Tranquility Base Hotel & Casino »

Loin du mordant qui fit sa renommée, Alex Turner fait enregistrer à son quatuor un sixième album où tout est luxe et volupté. Un premier album solo déguisé?

Être habile et déjouer les pronostics qui vous condamnent à l’essoufflement. S’avérer en tout point constant et démontrer d’un disque à l’autre un talent de songwriter racé, pertinent. S’observer en idole sans en faire une affaire pour autant, et s’autoriser réflexions prolongées ou silences obstinés. Alex Turner, patron d’Arctic Monkeys, trace sa route en indépendant, très exactement comme si le monde ignorait ses mouvements.

Provisoirement rangé du duo The Last Shadow Puppets avec qui il s’oxygénait récemment, l’homme fort du brit-rock offre avec Tranquility Base Hotel & Casino non pas un autre album bourré d’hymnes pop, comme à l’accoutumée, mais une suite de chansons délicieusement rétro et sexuées.

Avant sa publication officielle, aucune information fondamentale n’avait filtré – jusqu’au projet d’ouverture de six pop-up stores dernièrement inaugurés de Paris à Sydney. Maintenant, le voici tournant sans pause sur notre platine, ce disque. Et c’est un enchantement…

Pour sa réalisation feutrée signée James Ford, le contre-pied musical si loin des crâneries de son prédécesseur (AM, 2013) qu’il propose, et le raffinement qui constamment le porte, Tranquility Base Hotel & Casino se goûte d’abord comme un bras d’honneur à qui pensait les gars de Sheffield pour toujours confinés à une pop pétulante. Guitares sanguines, fûts martelés, refrains intergénérationnels et taillés pour les stades: tout cela, terminé. Plutôt, Alexander David Turner, 32 ans, fait-il cette fois se vautrer son gang loin des rivages prévisibles du rock, leur préférant les délicatesses de Scott Walker et Serge Gainsbourg période L’homme à la tête de chou, les symphonies funambules de Divine Comedy et Nino Rota.

Ici, donc, le groove de se faire moite, les rythmiques canailles, le piano commandeur en chef et le chanteur crooner-lover convainquant. «Je voudrais juste être l’un des Strokes, et regarde les bêtises que tu m’as laissé faire», chante ainsi Turner, goguenard, dans Star Treatment, pièce désenchantée mais extrêmement décontractée, comme composée sur le bar d’un palace bouclé pour impayés. Passé ce trait cynique qui vaut déjà à son auteur des haters par troupeaux sur la toile, on savoure ensuite l’examen critique que propose l’Anglais des conventions du rock, des mensonges qu’elles concentrent, des désastres qu’elles produisent.

A son arrivée en 2005, peu avant la sortie de Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not (2006), premier album de Arctic Monkeys plein à craquer de tubes immédiats («The View From The Afternoon», etc.), Alex Turner avait tout du teen-ager trop doué. Mignon, maigrichon, le guitariste grandi auprès de parents instituteurs charmait par la désinvolture avec laquelle il affrontait sa gloire instantanée. Nonchalant, jouant ses concerts comme si rien de tout cela ne le concernait vraiment, l’auteur de Fluorescent Adolescent (2007) durait contre tout attente à force de mélodies zélées et d’une plume caustique où tout le monde, potes, petites amies, entourage perdu en backstage ou aux confins d’un pub de banlieue en prenait pour son grade.

Trop éclairé pour ne pas se prémunir des dangers que l’hyper-notoriété faisait peser sur lui après la publication de Humbug (2009), probablement aussi seulement concerné par son art plutôt que par les imbécillités auxquelles se livraient ses confrères (The Libertines, etc.), Turner fuit finalement l’Angleterre et ses adulations exaltées pour l’anonymat de New York, puis Los Angeles. Là, détaché du music business auquel il refuse toujours obstinément de prêter le flanc, s’offrant pour parenthèse récréative le projet The Last Shadow Puppets mené avec Miles Kane, camarade de virées, le kid de Sheffield prenait cinq années pour inventer un futur inattendu à ses Arctic Monkeys.s douces-amères

Ou bien faut-il plutôt voir en Tranquility Base Hotel & Casino son premier album solo déguisé? Riffs désincarnés, refrains remisés au grenier, atmosphère de fin de soirée, cet album-monde inquiet, privé de single évident et qui avance entre pastels et apesanteurs pourrait en effet bien être le requiem inavoué d’un quatuor lassé du pinacle pop auquel il a accédé, et où il s’ennuie ferme désormais.

Car quel avenir espérer une fois juché sur le toit du monde, semble demander Turner? Finir comme U2 ou d’autres pachydermes semblables, et devoir obéir à ce que le marché ordonne? Hors de question! Piochant ses sensualités douces-amères, chez  Brian Wilson, notamment, Alex commet là à la fois son œuvre la plus ambitieuse, et un suicide commercial dont, à l’évidence, il se fiche bien des conséquences. A qui l’ignore, «Tranquility Base» est le nom du site pré-arrangé sur lequel atterrirent sains et saufs Neil Armstrong et Buzz Aldrin après leur «voyage sur la Lune» en 1969.

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3 août 2018 Posted by | Chroniques qui gueulent | | Laisser un commentaire

Cold War Kids: « L.A. Divine »

Depuis Loyalty to Loyalty en 2008, il demeure toujours difficile de reconnaître et comprendre la trajectoire d’un groupe qui va passer radicalement du minimalisme « emo »déconnecté et perdu de leurs deux premiers albums à un blues-rock façon Kings of Leon comme sur Mine Is Yours.

L.A. Divine va, lui aussi, être témoin d’un changement de cap, plus subtil, en optant pour une pop plus ampoulée encore où les émotions sont véhiculées de façon crue et lyrique rappelant Mine is Yours et Dear Miss Lonelyhearts.

De cet illogisme on a peine à capter quelque chose qui sonne naturel si ce n’est le phrasé vocal de Nathan Willett.

Celui-ci est néanmoins tout aussi incohérent dans la mesure où il alterne langueur, expérimentation ou autre jeu de rôles en jonglant avec un falsetto au systématisme frelaté.

Il y a dans ce nouvel opus une rigidité qui obère toute chance de renvoyer à un accomplissement créatif : tout devient très vite prévisible (« Invincible », « Luck Down ») et où le gospel dans lequel le groupe a décidé de se lancer sur « Open Up to the Heavens » s’avère artificiel et forcé.

Le « closer », « Free To Breathe » permettra à CWK d’échapper à un naufrage dont le titre « Can We Hang On ? » sera l’aveu de sa stérilité.

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26 mai 2017 Posted by | Chroniques qui gueulent | | Laisser un commentaire

Passion Pit: « Gossamer »

Passion Pit est un projet par Michael Angelakos, auteur-compositeur originaire de Boston. Sa première production, un EP nommé Chunks of Change, était en fait un cadeau de Saint Valentin pour sa petite amie. On ne sera donc pas étonné que Gossamer son second effort soit le véhicule de ses préoccupations personnelles (il est bipolaire ; alcoolique et cet album a failli ne jamais voir le jour en raison d’une tentative de suicide).

La musique peut servir d’expression de ses hantises (le premier titre répète à satiété : « We all have problems »), il n’en demeure pas moins qu’elle a aussi pour but d’enrichir nos oreilles. Angelakos a choisi une voie assez connotée ; une sorte de soul-funk mâtinée d’une électronique omniprésente et servie par des vocaux dont, et c’est un euphémisme, on peut dire qu’ils sont très expressifs.

L’album s’ouvre sur une sorte de fanfare aux synthés pour « Gossamer » embraie sur une voix emphatique et presque féminine dans une composition qui demeure encore assez pop.

C’est ensuite que tout dérape, les choeurs deviennent non seulement envahissants mais aussi limite hystérie. Les titres se succèdent sur un mode où alternent morceaux disco partant dans tous les sens (un « I’ll be Alrignt » chaotique à souhait et semi-ballades néo-soul (« Constant Conversations  où synth-pop (« Take a Walk »).

Le problème avec ce disque est que, indépendamment des problématiques et du mode musical choisi, les exhortations de Angelakos sonnent souvent comme qui des vociférations paranoïaques, qui de vaines tentatives à émuler David Bowie ou Freddy Mercury. Les arrangements épousent également cette option, envahisseurs, heurtés et excessifs dans l’utilisation de l’électronique.

« Gossamer » signifie « gaze » en Anglais. Il s’agit donc d’un pansement, et on peut comprendre ce qu’il y a de thérapeutique dans l’approche de l’artiste. Mais elle a également pour nécessité la fonction de dresser un voile vaporeux et apaisant sur les plaies. Ici, hélas, nous sommes sur le registre d’un suraigu permanent et, par conséquent, d’une hystérisation constante qui soulage sans doute son auteur mais à laquelle on n’est pas obligé d’adhérer. Gossamer en tous cas ne remplit pas sa deuxième fonction qui est celle de partage d’émotions. C’est un album nombriliste et auto-centré, une remise à jour d’une musique que l’on qualifiait autrefois de « pompier ».

11 décembre 2012 Posted by | Chroniques qui gueulent | , , | Laisser un commentaire

Pop Levi: « Medicine »

Selon ses propres dires, Pop Levi n’est ni de la terre ni de notre dimension dimension. Il est vrai que ce multi-instrumentiste de Liverpool avait, sur son premier opus, The Return to Form Black Magick Party vagabondé avec bonheur dans une pop « sixties » et glam façon T. Rex et que sur le suivant, Never Never Love, il avait adopté un son plus « funky » à la Prince pour un disque enregistré à Los Angeles.

Ici, il explique que son dernier effort a été « enregistré par une autre version de moi dans une autre dimension, puis transmis à cette version de moi pendant de longues séances de caisson d’isolation sensorielle. »

Foin de théorisation ou d’élucubrations pour Medicine qui, lui, plonge dans le glam rock, electro funk, et ce qui Levi nomme « future rock ». Cette étiquette à elle seule suffit à caractériser une genre qui ne signifie strictement rien, un peu comme si Levi voulait se proclamer roi des D.J.s (le disque est inondé d’electronica) tout en n’ayant aucune idée de la façon de faire tourner les platines.
C’est en réalité dommage, parce que sous tous ces « loops » et ces refrains saccadés propres surtout avant tout à vous donner la migraine (sons égaux et aigus, murs soniques d’où ne s’échappe aucune couche, diction hoquetée) on peut réellement se dire que Levi possède encore les talents musicaux qui nous avaient si enthousiasmés sur son premier album .

Le premier « single », « Strawberry Shake », est effilé comme un rasoir et une voix haut perchée est à mi-chemin entre Bowie et le heavy metal. Le titre, malheureusement lasse rapidement par des chorus refrains d’où n’émerge qu’un funk robotique et presque lobotomisé.

Sur bien des titres d’ailleurs, les riffs dégoulinant de sueur à la Marc Bolan se dégonflent rapidement comme sur « Police $ ign » ou « Runaround Midnite », vaines tentatives à émuler The Strokes.
En fait, Levi a conçu un disque « venu d’ailleurs » pour reprendre sa terminologie, objet hybride où se côtoient rock traditionnel (« Motorcycle 666 », « Rock Solid ») et incursions dans des tripatouillages électroniques qui génèrent une impression d’hystérie non maîtrisée mais dont, la résultante est, hélas, plus chaotique que’entraînante.

Ça n’est finalement que quand Levi se pique de ballades qu’il est le plus convaincant : « Coming Down » est preuve que l’artiste sait encore écrire des mélodies et « Bye Byes » qu’il sait mettre à nu ses émotions.

C’est peu, bien trop peu, pour quelqu’un qui donnait l’impression d’énormes potentialités. On n’est jamais plus déçu que par les gens dont on attend, à tort en l’occurrence ici, le meilleur.

27 novembre 2012 Posted by | Chroniques qui gueulent | , , , | Laisser un commentaire

Seapony: « Falling »

De Seattle,‭ ‬on attend en général un son âpre et noisy,‭ ‬on ne sera donc pas étonné par ce deuxième album du trio mené par la voix de Jen Weidl compagne de Danny Rowland leader du combo.‭ ‬Plus étonnant sera par contre le fait qu’il se réclame de la dream-pop dans sa tentative d’amalgamer guitares fuzz‭  ‬ou en reverb,‭ ‬tempos moyens et atmosphères faites de délicatesse et de langueur.‭ ‬Les vocaux de Weidl apportent,‭ ‬de toute évidence,‭ ‬cette facette féminine mais c’est surtout cette relative évolution dans le son du groupe qui permet de véhiculer des climats éthérés.
Sur le disque précédent,‭ ‬une boîte à rythme brinquebalante était à l’honneur,‭ ‬ici on a affaire à un son plus vif‭ («‬ Tell Me So ‭»‬,‭ «‬ Outside ‭») ‬mais il est contrebalancé par les touches presque apaisées des morceaux plus lo-fi‭ («‬ Be Alone ‭»‬,‭ «‬ Sunshine ‭»)‬.
Tout sera donc affaire d’équilibre à l’intérieur d’un schéma très simple, si simple qu’il a tendance à devenir prévisible. On alterne ainsi humeurs détendues et crispations d’adrénaline, que les compositions ne parviennent pas à transfigurer. Le groupe lui-même disait privilégier le son aux textes («Nous essayons juste de glisser des mots qui sont à moitié cohérents, ont le bon nombre de syllabes et le rythme approprié.») Sur ce plan-là l’exercice est réussi et on pourrait facilement verser dans une ambiance onirique si, intérêt il était possible de maintenir.
Malheureusement il ne suffit pas de se montrer tour à tour «crooner», sirupeuse ou vaporeuse pour que Falling soit vecteur de richesse. Bien sûr on pourra émettre des comparaisons avec Velocity Girl, Talusha Gosh ou The Pains Of Being Pure At Heart, mais comment se satisfaire de ces chansons mid-tempos et sans consistance que sont «Follow, «No One Will» ou «Never Be»? D’un groupe qui, même s’il ne prétend pas être original, vise à offrir du rêve et des pop songs on pourrait attendre autre chose qu’un brouillamini qui s’avère très vite indigeste et des compositions sans aucune saveur.
Falling est une galette dont on se demande à quoi elle peut servir; elle interroge sur le constat que la profusion de sorties discographiques ne sera pas gage de viabilité pour l’industrie musicale, toute «alternative» qu’elle se réclame.

13 novembre 2012 Posted by | Chroniques qui gueulent | Laisser un commentaire

Spain: « Soul of Spain ».

La scène musicale est ainsi faite que, même quand elle veut s’éloigner de l’option « Grand Public », elle ne peut échapper à certains effets de mode plus ou moins durables. Nous avons ainsi eu droit, vers la fin des années 90, à l’éclosion d’une nouvelle mouvance, le « slowcore » qui voulait aller encore plus loin (si on peut dire) dans le minimalisme sonore. Low, les Red House Painters, American Music Club ou Spain ont ainsi eu l’honneur des médias dits « alternatifs ». Ces derniers, menés par leur chanteur et bassiste Josh Haden, nous ont donc livrés quelques albums d’où émergeait (si on peut dire à nouveau) la voix chuchotante du vocaliste, des tonalités fragiles et épurées et un rendu perclus de mélancolie et de vague à l’âme. Le groupe la rendit (son âme) en 2001 puis, sans doute pris d’un désir « frénétique » de réassociation, Haden tente ici de lui redonner vie (à son âme toujours) avec de nouveaux musiciens.

Soul (Âme) of Spain ne surprendra personne avec ses compositions en tempo moyens, des vocaux un peu plus dans le registre du « crooner » et quelques incursions vers des univers plus vifs. N’exagérons rien pourtant ; « Miracle Man », « Hang Your Head Down Low » ou « Sevenfold » peuvent, ici et là, changer la donne, il n’en demeure pas moins que l’on ne note pas de réelle embellie sur le front de l’affliction. La voix de Haden ne se prête d’ailleurs pas non plus à un excès d’emphase et reste bien souvent cantonnée sur ce côté « lounge » qui lui va si bien.

Au bout du compte on a comme un sentiment d’inutilité devant cet effort qui en arrive presque à sonner glacial au milieu de l’univers velouté qu’il essaie portant d’évoquer. Soul of Spain porte finalement bien son nom puisqu’il n’est qu’une resucée de ses albums précédents. On ne peut s’empêcher de comparer le groupe à Tindersticks ou Low qui, partis d’une approche similaire, ont pu graduellement évoluer vers d’autres territoires sans perdre ce qui les caractérisait.

Ne reste plus qu’à espérer que Spain se montre plus aventureux dans ses prochaines productions si, toutefois, le « business » lui permet de mettre cela à son ordre du jour. Considérant l’état dans lequel ce dernier se trouve, c’est loin d’être gagné…

2 novembre 2012 Posted by | Chroniques qui gueulent | Laisser un commentaire