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Loscil: « Equivalents »

Revenu à une formule en solo, après plusieurs disques sur lesquels il était accompagné d’autres musiciens, Loscil nous livre un nouvel album qui intervient alors que nous avons encore en mémoire le très bon concert donné à Nantes, dans le cadre du Festival Soy en novembre 2017. Pour Equivalents, le Canadien est à nouveau parti d’une source artistique tierce puisqu’après un film de Philip Glass, ce sont des photographies d’Alfred Stieglitz qui l’ont ici inspiré. La série de clichés qui donne son nom à l’album saisissait des nuages et de la fumée, ce qui a conduit Scott Morgan à composer huit morceaux majoritairement constitués de nappes superposées, formant des atmosphères ombrageuses et assez denses.

Avec des titres agissant dans la durée (six minutes et trente secondes de moyenne), Loscil parvient à faire évoluer ses créations mais celles-ci manquent malheureusement, sur la distance, de relief, comme si elles paraissaient trop plates, carencées en cadences et trop pauvres en variation. Certes Scott Morgan accueille-t-il quelques vocalises féminines qui permettent de diversifier un peu son propos (« Equivalent 6 »), comme peuvent le faire aussi les touches de clavier perlant ici ou là (« Equivalent 8 »), mais le manque de rythmiques se fait néanmoins patent.

Alors, en soi, non n’a rien contre les disques arythmiques, mais, sachant ce dont le Canadien est capable, il apparaît presque bridé sur Equivalents. Peut-être faut-il y voir une forme d’exercice de style, un pas de côté entre deux propositions plus ouvragées et plus riches instrumentalement.

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20 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Jon Keliehor: « Fables Of Forests And Light »

Jon Keliehor, avant de frayer dans les milieux « ambient » et « roots », joué dans de nombreuses formations durant les années 70 et 80. Il a même fréquenté Jim Morrison et james Brown puis composé des « B.O. » de films et des musiques pour le théâtre et la danse. Ses plus récentes productions en solo consistaient en un travail sur les percussions et les « field recordiings » (The Beginning Of Time en 2016) .

Après avoir fait cette projection sur les bruits de jungles animalistes, Fables Of Forests And Light  va, lui, s’orienter vers une autre sorte d’instrumentation faite de cithares réverbérées.

Jon Keliehor cite Aldous Huxley lui permettant de situer sa démarche sur les insterstices qui se situent entre différents seuils, peu ou prou cachés. Elle explicitera ce travail de symbiose entre bruits organiques et approches plus numériques (cordes synthétiques sur « Light Horizon »). Tout comme chez The Doors cette démarche rappellera la démarche de Carlos Castaneda sur les états altéérsé de conscience ; entre forêts pluvieuses (rainforest) et dérives « stupéfiantes » et néo-psychédéliques se feront percevoir ces voix fantomatiques à la lisière d’un charnel qui ne s’émanciperait pas, d’un tangible qui serait toujours hors de portée.

***1/2

18 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Toby Andersen: « Chasing Shadows »

Toby Andersen a déjà derrière lui une carrière bien remplie, à la fois riche et variée. Il a d’abord connu le succès avec le groupe de disco pop britannique Funkapolitan en 1980 avant de devenir un musicien de studio travaillant pour divers groupes mais aussi pour des commandes pour l’univers de la publicité ou de l’illustration sonore (pour la BBC) dans les années 90 et 2000.
Aujourd’hui,
Toby Andersen s’offre un premier album en mode solo piano, fort plaisant, assez loin de son univers d’origine.

En effet, ici pas question de démonstration de virtuosité, mais plutôt l’envie avec ce Chasing Shadows de proposer des ritournelles simples, faciles à écouter et vite mémorisables qui rappelleront forcément les premiers albums de Yann Tiersen. Un disque rempli de notes de piano virevoltantes, aux allures de musique de film et plutôt riche en émotions ; une jolie parenthèse, légère et bucolique.

***1/2

18 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Tor Lundvall: « A Strangeness In Motion – Early Pop Recordings 1989-1999 »

Ceux qui connaissent les travaux de Tor Lundvall et son ambient cinématographique passablement sombre (par exemple Empty City ou le récent A Dark Place, lent et envoûté) vont s’étonner devant ces travaux. On a ici une pop wave très narrative, parfois gentiment dansante (« The Night Watch ») alors que ses compositions lorgnent habituellement sur le descriptif et les climats (on retrouve cet axe dans l’introduction de « Lessons that Kill » par exemple). Plutôt datés et donc passablement au goût du jour, ces miniatures (« Fligh » est un instrumental et plusieurs titres marquent un état finalisé) amuseront les fans de Duran Duran, Talk Talk ou les Pet Shop Boys (« Original One », la voix sur « The Melting Hour »), davantage que ceux de Depeche Mode ou du premier Ministry. 

Heureusement, la conception de ces titres, remisés jusqu’alors, s’étend sur une décennie, de quoi modifier progressivement leur ADN. Les détails affluent, les morceaux, travaillés, dévoilent des teintes doucement grisées (« Procession Day », « August Rain »).

Ce pas de côté se justifie dans l’œuvre habituelle de Tor Lundvall. Cependant, on reste sur sa faim : cet univers plus chatoyant est maîtrisé en termes de prise de son, mais sans risques (le doucereux « Procession Day », la délicatesse de « Hidden ») et, plus dommageable, sans personnalité suffisamment affirmée. Le disque peut plaire, mais n’apporte pas la découverte qu’on attendait à la lecture de la promotion : à l’image de « The Clearing », bien porté par des trouvailles synthétiques, les compositions retombent régulièrement dans l’anecdotique. Bien produits, il manque toujours à ces titres un éclat, une tournure plus étonnante, un refrain, un gimmick (« Watched » se tient à la porte des tubes indolents qu’on aimerait aimer). 

Tor Lundvall restera reconnu pour ses apports à une scène ambient cinématographique, pas pour son implication de compositeur dans la scène electro-pop-wave. Ce disque peut, à cet égard, se cantonner dans les curiosités avec la prégnance que xe type de compilation peut avoir.

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16 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Sando Perri: « Soft Landing »

Avec sa musique qui défie toute catégorisation, le Torontois Sando Perri fait figure d’ovni dans le paysage indie. Rarement a-t-on vu un artiste passer si facilement d’un genre à l’autre, de l’électro au folk tropical jusqu’à la pop ambiante. Sur Soft Landing, il s’amuse avec les codes du jazz et du soft-rock des années 70 avec une parfaite maîtrise du style.

La parution aussi rapide de ce Soft Landing a de quoi surprendre un brin. En effet, il y a moins d’un an, Perri nous arrivait avec In Another Life, un album lancé après une absence de sept ans et qui lui a valu les commentaires les plus élogieux; en même temps, le musicien et réalisateur n’a jamais été du genre à s’asseoir sur ses lauriers, lui qui a également été actif sous les pseudonymes Polmo Polpo et Off World.

La musique de Perri a toujours été marquée par une économie de moyens. Il utilise la répétition et des structures harmoniques simples pour créer des chansons expansives qui se développent sans se développer, entraînant l’auditeur dans un monde où l’on perd la notion du temps. Ainsi, In Another Life était constitué de la chanson-titre, une odyssée de 24 minutes bâtie sur une seule séquence d’accords, et de trois versions du même morceau, avec trois chanteurs et trois arrangements différents.

Soft Landing se situe dans un registre quelque peu différent dans la mesure où il fait appel à d’autres traditions musicales. C’est un peu plus léger dans le ton qu’In Another Life en s’abreuvant au jazz-funk à la Stevie Wonder (incluant le clavinet) et le soft-rock à la America, The Eagles ou Cat Stevens. En ce sens, ce nouvel album est plus proche sur le plan stylistique d’Impossible Spaces, le disque qui a révélé Sandro Perri en 2011 et qui regorgeait lui aussi d’influences du rock et du jazz fusion des années 70. Cela dit, la signature sonore de Perri demeure toujours la même, avec pour éléments principaux son chant souple et délicat et la finesse des arrangements.

Soft Landing s’ouvre avec une plage de 16 minutes, l’excellente « Time (You Got Me) », sur laquelle Perri médite sur le passage du temps et son impact sur nos relations avec les autres.

Musicalement, la composition évolue lentement au gré d’une séquence d’accords qui semble suspendue dans les airs. Puis, à quatre minutes, Perri se libère des contraintes du format chanson en se lançant dans une improvisation qui rappelle les jams un peu désordonnés des Grateful Dead ou du Velvet Underground.L ’accent n’est pas mis sur la virtuosité, mais sur les textures qui rendent le tout extrêmement fluide et facile à assimiler.

L’album révèle d’ailleurs une autre facette de musicien peu exploitée jusqu’ici dans sa discographie : son jeu à la guitare. On le remarque notamment sur la chanson-titre et sur « Floriana », deux instrumentaux qui évoquent des noms comme Pat Metheny ou Jeff Beck. Et c’est sans compter la très réussie « Wrong About the Rain, » où la guitare semble en parfaite communion avec le clavinet sur un rythme funk.

Comme le reste de l’œuvre de Perri, Soft Landing s’apprivoise lentement, au gré des écoutes, à la lumière d’un bon vin qu’on laisse vieillir. Sans doute le même vin qu’on pourra ensuite déguster en écoutant cet album volontairement sans artifice (malgré la richesse des références et du propos) et avant tout résolument « chill out ».

***1/2

14 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Darren McClure: « On Opposites »

L’avoir croisé à l’occasion du disque écrit en collaboration avec Uwe Zahn et Porya Hatami nous a permis de nous familiariser avec Darren McClure et de nous montrer plus attentifs aux parutions de ce dernier en 2015 . Il n’a pas fallu, du reste, trop longtemps pour retrouver le musicien installé au Japon puisque le musicien publie déjà un nouvel album, grosse heure d’electronica douce et caressante.

De fait, les sonorités et textures utilisées par Darren McClure opèrent dans un registre assez plaisant, mettant en boucle, sur des tapis plutôt minimalistes, de petites phrases mélodiques, à peine rehaussées de quelques apports un peu oniriques (bruits d’eau sur « Strange Slip In Time », tapotements façon gouttelettes sur le morceau-titre, pressions tels des pas dans la neige sur « Reflecting », glitchs semblables à des pépiements d’oiseaux sur « Charmonia » . Avec ces concours, On Opposites se situe à la fois dans un répertoire accueillant et réconfortant, que dans quelque chose de plus inquiétant ou intriguant.

Arythmique, le long-format parvient néanmoins à dérouler ses neuf morceaux sans lasser l’auditeur puisque les autres composantes se chargent de contribuer à une forme de mouvement : passage d’un canal à l’autre d’une chaîne de grésillements sur le morceau-titre, note régulière s’apparentant à un sonar sur « Reflecting », nappe oscillante jouant également sur la stéréo dans « Charmonia ».

 Savamment composé, On Opposites fait également montre d’une grande richesse puisque chaque écoute permet de distinguer une couche supplémentaire, d’identifier un matériau non entendu précédemment et de goûter la qualité des constructions sonores de Darren McClure.

***1/2

13 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Carmen Villain: « Both Lines Will Be Blue »

La musicienne d’Oslo, Carmen Villain, délaisse le chant et le format pop pour proposer un album ambient dub tout aussi réussi que ses deux premières productions.
Des gazouillis d’oiseaux, le bruit d’une rivière, le vent dans les arbres… Les enregistrements de terrain ou Fields recordings, c’est selon votre niveau d’anglais, tiennent une place importante dans les nouvelles compositions de Carmen Villain.
Cette artiste, moitié norvégienne, moitié mexicaine, née aux États-Unis et qui vit aujourd’hui à Oslo s’était fait notamment remarquer pour la qualité de sa pop éthérée que l’on avait apprécié notamment sure l’album
Infinite Avenue en 2017, avec cette photo noir et blanc de Gena Rowlands en couverture.
Cette fois, on la retrouve dans un registre ambient New age, où le chant est cette fois inexistant. Un pari osé mais réussi pour Carmen Maria Hillestad qui se montre aussi à l’aise dans les chansons au format pop que dans les musiques contemplatives éthérées.
Ici il sera surtout question d’ambient dubby, avec des atmosphères changeantes dans des titres composés avec des instruments traditionnels (flûte, piano, percussions…) et des sonorités électroniques bénéficiant de différents effets et traitements.
Le résultat ressemble à un voyage en divers endroits du globe, et s’avère aussi apaisant que méditatif.
***1/2

9 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Hugar: « Varda »

Hugar est un duo islandais, et sa musique est le type même de chose qu’on peut s’attendre à entendre d’un duo islandais ; un subtil mélange entre post rock, trip hop, néo classique et ambiant. De longs, magnifiques et délicatement tristes titres qui vous emmènent tutoyer cimes enneigées et fjords embrumés. Tout cliché que ce puisse être, les quatorze titres ne sont pas aussi longs que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Étant donné que la musique de ce premier album correspond à 95% à ce que j’attendais, on ne peut pas dire que la surprise est absente ici.

De là à parler de musique « convenue », il y a un pas à ne pas franchir. En effet, ils sont peu ceux qui peuvent pondre de si belles plages, faisant passer de l’émotion, de la beauté, du frisson et de l’élégance en toute simplicité, sans jamais passer pour une musique élitiste et pompeuse. Simple certes, mais pas simpliste ni minimaliste ; chaque titre recèle d’une foule de détails et textures qui le rendent unique. Varda est le type de disque dont on va forcément croiser les titres sans même le savoir dans plein de séries, reportages et films, aux moments les plus tragiques. C’est peut-être peu, mais ça garantit la totale en termes d’émotions.

***1/2

5 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Channelers: « Being »

Le musicien californien Sean Conrad, alias Channelers, propose, avec For Being ,un disque d’ambient lumineux et insitant à la méditation.Avec claviers, guitare à archet, flûte et voix, le musicien Sean Conrad nous présente un disque d’ambient composé à partir de ce qu’il appelle des « sons essentiels ».Il a d’abord enregistré les parties instrumentales avant de les découper, les assembler, les mettre en boucle et les associer à des fields recordings sans doute enregistrés dans sa ville de Oakland, en Californie.

Il résulte de ce travail d’artisanat d’art, un disque solaire, ouvert sur de vastes horizons, dans lequel on se perdra avec bonheur grâce aux boucles lumineuses qui évoluent sensiblement tout au long des morceaux.
Une très belle production ambient, propice à la rêverie : à découvrir.

***1/2

29 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Michael Cutting: « Stills »

Le bruit par lequel est introduit Stills de Michael Cutting est un son immédiatement reconnaissable pour la plupart des gens qui ont plus d’un certain âge ou qui aiment jouer avec des équipements audiovisuels plus vieux qu’eux : c’est le son d’un bouton en métal ou en plastique de la taille d’un doigt appuyé et qui engage mécaniquement une sorte de processus de lecture. Dans ce cas, à en juger par les images de l’album et aussi par la façon dont il sonne, le bouton appartient probablement à un lecteur de cassette modifié, un projecteur ou un autre appareil de lecture de bandes ou de films à roulette et autres pièces mobiles. Cutting est la moitié de Kinder Meccano (l’autre moitié étant Vitalija Glovackyte), et l’intérêt pour le bricolage, l’électronique modifiée et adaptée déborde de ce projet dans son travail solo. Stills est plus ciblé, cependant, impliquant surtout des manipulations de lecture de bandes.

Ce cliquetis est suivi d’un silence, puis de doux sons tourbillonnants, sonnant dans le timbre, bouclant, s’entrechoquant rythmiquement et s’entrechoquant l’un sur l’autre. C’est un mélange à la fois étrange et familier, apaisant et anxogène à la fois. Les accords syncopés de la plagesuivante, presque jazzy et presque syncopés, roulent pour s’arrêter, puis recommencent, rejoints par des sons durs et tranchants. Le rythme s’essouffle ensuite pendant un moment, avec des tonalités hautes doucement hurlantes sur des accords chauds et ambigus, avant qu’une chute de basse n’entraîne des rythmes de guitare frémissants. Cette légère teinte jazzy reviendra plus tard dans l’album, cette fois dans de longues notes étouffées de ce qui ressemble à des trompettes sourdes, des carillons silencieux avec un bourdonnement, un bip et un crépitement de chantier.

L’utilisation de la mélodie par Cutting – plaintive, désinvolte, parfois décalée – convient parfaitement à la nature de ses «  instruments «  sur bande, avec leurs défauts inhérents, leurs incertitudes et leurs moyens de production sonore. C’est presque comme s’il cherchait à donner une voix aux personnalités d’appareils comme les vieux magnétophones et les projecteurs de bobines, ou du moins à y projeter un certain personnage. Prenons l’exemple de la mélodie rapide et enjouée sur le morceau « Ardoise », qui finit par s’estomper, trébucher et finalement faire place à des accords lents et légèrement tristes : avec un peu d’imagination, on entend les sautes d’humeur d’un enfant enjoué dans un univers robotique. Stills est plein de ces contrastes attrayants de mélodie, d’harmonie et de rythme, rendus d’autant plus fascinants par la manière dont ils incorporent la nature matérielle des machines et des processus qui les produisent. L’album se terminera, comme attendu voire espéré, là où il a commencé, avec le cliquetis d’un bouton.

***1/2

27 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire