Anthony Pirog: « Pocket Poem »

14 janvier 2021

e nom d’Anthony Pirog a reçu un coup de pouce lorsqu’il s’est associé à la moitié du groupe punk iconique Fugazi pour former un « power trio » instrumental The Messthetics en 2018. Mais le guitariste avait déjà établi sa notoriété sur la scène du jazz et de la musique expérimentale de Wwashington, DC, en tant que chef d’orchestre et moitié du duo Janel et Anthony. Pocket Poemest la deuxième production de son trio avec le bassiste Michael Formanek et le batteur/percussionniste Ches Smith, quite àPalo Colorado Dreamparu en 2014.

Cet album pourrait être la bande-son d’un film décrivant un voyage à travers des contrées américaines brûlées par le soleil, vu à travers les yeux d’un protagoniste qui lutte contre des démons intérieurs. La guitare de Pirog raconte de telles histoires, qu’il joue fort et électriquement ou qu’il pioche en acoustique, ses doigts grattant les cordes lorsqu’il change d’accord. Les synthétiseurs de guitare, qui n’ont pas l’habitude d’offrir un drame, contribuent souvent à l’ambiance. Ils sonnent souvent comme des trompettes qui s’harmonisent derrière la guitare.

Deux pistes atteignent la barre des cinq minutes, mais la plupart sont nettement plus courtes, six d’entre elles durant moins de deux minutes, leur brièveté les faisant ressembler d’autant plus à des répliques de film. Et « Mori Point » commence même avec quelque chose qui ressemble au ronronnement d’un vieux projecteur de film. La musique va de lignes de rechange à des arpèges très chargés, le tout avec une partie sinistre et une partie belle. 

Une grande partie de l’album sonne comme Pirog dans son travail en solo, mais ses compagnons de trio s’exercent à des moments appropriés. Formanek ajoute un contraste avec un solo acoustique au milieu de l’électricité (« Adonna the Painter ») et des courbettes lourdes contre une guitare propre (« Untitled Atlas ») avant que les choses ne se libèrent. Smith joue souvent avec retenue, mais son électronique ajoute aussi à l’atmosphère. Même si la bande-son est imaginaire, Pirog offre beaucoup d’images impressionnistes pour évoquer pléthore d’ intrigues.

***1/2


Foresteppe: »Odeyalo »

5 janvier 2021

Peu d’endroits peuvent rendre l’apparente accalmie de l’hiver aussi sombre et profonde que les landes sibériennes sans limites. C’est de là que vient Egor Klochikhin, depuis quelque temps déjà le créateur sous le pseudo Foresteppe d’un délicat paysage électro-acoustique issu de l’inéliminable matrice analogique ; l’artiste russe y revient après la parenthèse de déconstruction bruyante de son précédent opus, Karaul (2019), présentant dans le nouvel « Odeyalo » une galerie de douze fragments sonores impressionnistes, répartis en deux longs morceaux qui remplissent chacune des faces de son édition vinyle couleur cuivre.

Les appareils d’enregistrement eux-mêmes deviennent des instruments dans l’exécution d’Odeyalo, une œuvre déjà jouée en direct l’été dernier grâce à une douzaine de magnétophones à cassettes, qui reproduisent les tracés élancés qui combinent des boucles, des enregistrements sur le terrain et une grande variété de signaux acoustiques et électroniques minuscules. Ce n’est pas un hasard si le terme qui donne son titre à l’œuvre signifie « feuille », indiquant à la fois l’unité physique de l’objet résultant d’une pluralité de textures élancées, et sa légèreté délicate, qui suscite un sentiment de protection et de douce indolence.

En revanche, les éléments dynamiques ne manquent pas tout au long des quelque trente-cinq minutes de l’œuvre, qui est notamment parsemée dans la première partie de vibrations acoustiques chatoyantes, progressivement traversées par des ondulations et des saturations parfois légèrement bruyantes. Plus enclins à la définition d’un espace sonore délicatement enchanté sont les quatre fragments de la deuxième partie, dans laquelle la veine contemplative et bucolique de Klochikhin refait surface, à laquelle les résonances, les sifflements et les imperfections des bandes ajoutent une aura sépia et intemporelle, donnant à Odeyalo les contours d’une fragile couverture sonore hivernale.

***1/2


Slow Reels: « Farewell Islands »

2 janvier 2021

Il y a de quoi être excité par ce nouveau disque de Slow Reels. Et bien que le nom soit nouveau à beacoupd’oreilles,les sons qui en sont ici issus ne sont pas. Derrière ces passages se trouve un duo familier composé de Ian Hawgood et James Murray dans un projet dont on peut croires que les deux acolytes le cuisinent depuis un certain temps, projet qui, à lui seul, est remarquable. Étant donné que ces deux artistes ambient prolifiques ont décidé de créer un nom de projet complètement différent (par opposition à une sortie collaborative, par exemple « Ian Hawgood + James Murray »),on peut subodorer que ce n’est que le début de cette merveilleuse entente et que nous devrions attendre beaucoup de grandes choses à venir. Mais pour l’instant, nous sommes doués d’un ralenti de 40 minutes, idéal pour les moments où la réflexion est forte. Plongeons dans cet océan et imprégnons-nous de son bruit…

Il n’y a que quatre pièces sur Farewell Islands, mais comme vous l’avez peut-être déjà deviné, il s’agit de quatre textures qui évoluent tranquillement et de fréquences riches en harmoniques, qui surgissent, s’amenuisent et s’écoulent. Les paysages sonores en expansion sont ensuite noyés dans la chaleur de la bande magnétique. L’émotion énigmatique provoquée par la retenue évoque un sentiment d’apesanteur et d’absence de temps. Au cœur de cette tendresse, nous sommes seuls et n’avons d’autre choix que de nous dissoudre dans le spectre audible pour rejoindre l’unité d’où nous venons. Dans cette méditation sonore, les deux amis et artistes ont trouvé un épicentre de minimalisme lo-fi et de bourdonnement cinématographique. C’est le type de musique ambient qui demandera à être jouée à onze heures du soir.

***


Near The Parenthesis: « Intervals »

19 décembre 2020

Projet solo de Tim Arndt, basé en Californie, Near the Parenthesis revient après une interruption de quatre ans et résente ici huit compositions pour piano qui franchissent une ligne délicate entre le classique moderne, l’ambient et l’électronique.

Des cascades de notes sincères jaillissent du piano de Tim Arndt, pour apaiser et inspirer une année 2020 particulièrement étrange pour la créativité. Pendant un certain temps, au début de la pandémie, on avait l’impression que tous ceux qui passaient énormément de temps en studio produiraient un éventail étourdissant de chefs-d’œuvre. Mais à mesure que la crise s’est installée, du moins pour beaucoup d’entre nous assiégés et sans gouvernail, cette explosion d’énergie créative s’est transformée en un sentiment de survie et s’est installée dans une nouvelle réalité sinistre.

C’est pourquoi il est d’autant plus impressionnant de rencontrer le travail de quelqu’un qui a su non seulement survivre, mais aussi faire progresser son art d’une manière qui – et c’est important – élève aussi le public. C’est le cas de Intervals, la nouvelle sortie de The Parenthesis.

L’ouverture, « Cente » crée immédiatement l’ambiance, avec une douce mélodie de piano acoustique à touches mineures, bientôt complétée par des synthétiseurs à pulsations et une ligne de basse enflée, amenée à un doux point culminant avant de s’estomper. Le bien nommé « Second » suit avec une variation sur le thème, peut-être avec un peu plus de recul cette fois, et une évocations de l’épique Says de Nils Frahm, influence qui permet à Arndt commente que le fait de commencer par le piano sur ces morceaux lui a permis de « se concentrer davantage sur la satisfaction instantanée de s’asseoir et de jouer ».

« There Are No Waves » introduit une vocalisation sans paroles et un clin d’œil à la musique plus traditionnelle du n5MD sous la forme d’une ligne de caisse claire IDM complexe. Le titre de l’album est en partie un clin d’œil aux intervalles musicaux et aux espaces entre les notes. Cela en devient évident dans son utilisation de l’arpégiation, qui semble être un motif de base dans tout l’album. C’en sera encore plus exliciteavec « Only the Ocean » où le quelettede la compositions se transformera en un simple arpège de trois notes qui commence comme un motif de synthétiseur nu et qui, au cours des six minutes suivantes, est enclosdans de riches lavis et élaboré avec des ornements, pour réapparaître enfin et vous rappeler qu’il n’a jamais vraiment disparu.

Ensuite, « Muse »tout comme la chanson titre de l’album suivent le schéma ainsi établi, la première étant plus a »mbient » et la seconde se rapprochant d’un groove backbeat sans jamais perdre son calme et sa musicalité assurée. Ce qui, il faut le noter, est magistral : les lignes de piano sont variées, intéressantes et interprétées avec minutie, avec suffisamment d’inflexion humaine pour dissiper l’idée que l’album n’est qu’un exercice de programmation.

Pour conclure, « Oslo » introduit un coup de basse plus insistant et une ligne de clavier légèrement désaccordée, répétée et variée dans le champ stéréo. « Sillhouette » clôt l’album par un arpège ascendant, nostalgique et émotionnel, tandis que des cascades de notes émouvantes jaillissent du piano d’Arndt, pour apaiser et inspirer.

Nous vivons une époque étrange, et il nous est donné de nous accrocher à la positivité et au confort que nous pouvons trouver. Near the Parenthesis vous enveloppe de son comme une couverture chaude, vous apportant un réconfort sonore dans un monde de plus en plus dissonant.

***1/2


Hotel Neon: « Moments »

19 décembre 2020

Hotel Neon est un trio ambient composé des frères Andrew et Michael Tasselmyer et de Steven Kemner, qui les a rejoints en 2015. Le groupe est apparu en commençant par leur premier album éponyme, Hotel Neon, suivi de Remnants (2016), Context (2017), Means Of Knowing (2018) et leur dernier, Vanishing Forms en 2019).

Enregistré en seulement huit semaines et réalisé à distance, Moments est certainement l’un des albums les plus minimaux et les plus texturés que Hotel Neon ait jamais réalisé […] Élargissant sa palette sonore avec des cordes plus gonflées, des éléments orchestraux en mouvement et de subtiles mélodies de piano, en plus de ses couches texturées habituelles de guitares brumeuses, de bourdons vitreux, de coussinets apaisants et d’enregistrements sur le terrain, Hotel Neon propose ici l’un de ses meilleurs albums à ce jour.

Moments est, quelque part, une berceuse pour tous les moments malaisés. C’est un verre de fluide chaud doucement absorbé par les os qui frissonnent. C’est une couverture préférée qui retient l’essence, vieille et oubliée, comme un rêve d’enfant. Ses sons réconfortants adoucissent et apaisent. Et je m’ouvre à ses fréquences comme je m’étendrais et accueillerais le soleil. Le visage vers le haut. Les mains tendues. Les paumes ouvertes pour recueillir les rayons. Les textures euphoniques de l’harmonie se répandent sur les arêtes et les plis de mon esprit. Les accords coulent en vagues, faisant écho à des rythmes, des modèles et des cycles naturels, qui tendent à faire appel à notre perception d’extraction de motifs, encodés avec des modèles, au plus profond de nos cordes. L’ambiance organique est traversée par des basses, grondantes et résonnantes, ajoutant sa chaleur au spectre de la lumière. L’album entier est une expérience méditative unique, émise, enregistrée, transmise, reçue.

***1/2


Wil Bolton: « Cumulus Sketches »

17 décembre 2020

Cumulus Sketches de Wil Bolton fait suite à Bokehréalisé en 2014. Poursuivant dans une veine ambiante profonde, il mélange le synthé analogique avec des enregistrements sur le terrain en milieu rural et urbain, qui ont été réalisés en Corée du Sud, au Japon, à Hong Kong et au Sri Lanka. La dernière excursion de Wil Bolton capte l’atmosphère de l’Orient, avec ses synthés lumineux produisant des monuments mélodiques frais et étirés dans la nuit qui ne reflètent rien d’autre qu’une lumière déclinante. Les synthétiseurs se prélassent dans la lueur du jour ; son soleil couchant est une boule de feu, qui brûle sur la toile de fond du ciel jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les cendres noircies de la nuit.

Cumulus Sketches est immédiatement expansif, avec des mélodies étendues et immersives et une atmosphère orientale. En général, la musique est calme, réparatrice et saine, et les morceaux ont le temps de se développer correctement, se sentant plus comme des morceaux adultes et moins comme les esquisses de son titre. L’effet flou de la réverbération ne fait qu’ajouter au rêve, ce qui fait de Cumulus Sketches la bande-son parfaite pour regarder les nuages.

« Lavender Layer », d’une douceur soyeuse, n’est qu’un exemple de sa nature ambiante divine, et une fois de plus, les auditeurs se souviendront du lien indéfectible entre la nature et la musique d’ambiance. On peut presque imaginer une forêt luxuriante, avec des pépiements et des gazouillis qui filtrent dans le disque, créant un refrain supplémentaire lorsque les oiseaux appellent de la cime des arbres, apparaissant ainsi proches mais aussi faisant écho d’une branche éloignée.

« In Flight » est également un mélange délicieux, dans la mesure où il fusionne une présence humaine avec des synthés tranquilles et insaisissables. Malgré l’enregistrement sur le terrain urbain, il parvient à conserver un noyau relaxant, et son essence reste calme même au milieu de l’agitation. Tout comme les oiseaux mentionnés ci-dessus, les mouvements et autres sons semblent distants même lorsqu’ils sont proches et personnels. C’est le même effet que le précédent morceau, mais dans un cadre très différent, ce qui renforce l’idée que les barrières n’existent pas dans la musique. C’est une question de contexte. Le même effet peut être obtenu en pleine campagne ou en pleine ville : paix intérieure, calme intérieur. Après tout, les nuages n’hésitent pas à s’éloigner de l’un ou de favoriser l’autre ; on les trouve dans les deux contextes et il suffira donc juste de lever les yeux.

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Lau Nau: « Själö »

16 décembre 2020

Il n’est pas rare que Laura Naukkarinen soit à l’origine de la bande originale d’un film. Ses compositions luxuriantes, balayées par le vent, ont fourni la musique nécessaire pour faire avancer de nombreuses vies. Mais n’est-ce pas là le but premier de l’art ?

Själö n’est pas seulement l’œuvre de Naukkarinen. Non seulement il est influencé par les scènes de la réalisatrice Lotta Petronella, mais il comprend également des « environnements sonores » de Janne Laine. Le résultat est un album qui est organique dans son isolationnisme édifiant. Les sons résonnent à travers les frontières musicales de Naukkarinen, faisant résonner des notes particulières et des phrases mélodiques à chaque volée qui passe.

Les contributions de Laine confèrent à Själö le bénéfice de la nature morte. Les sons de la vie quotidienne et les tâches banales (ouvrir des portes) remplissent le peu d’espace disponible avec un sens de l’objectif.

Déconnecté du film, Själö peut se suffire à lui-même car il comble bien les lacunes de notre vie quotidienne. Les mélodies de Naukkarinen sont fragiles, et les réverbérations des environnements sonores de Laine ressemblent à une balle en caoutchouc dans une petite pièce de vases. Toute caresse ou détournement bizarre du chemin choisi pourrait effacer la solitude et nous réveiller d’un demi-sommeil où l’isolement devient solitude plutôt que chaleur.

Pourtant, Själö ne s’écarte jamais de son chemin. Son chemin est vierge, méditatif, comme un moine au service des principes de Lau Nau et de la collaboration de Laine. C’est le travail de voisins qui se sentent collectivement à l’écart jusqu’à ce qu’un terrain d’entente soit trouvé.

***1/2


Yellow6: « Silent Streets And Empty Skies »

3 décembre 2020

Cet album de Yellow6, le projet de Jon Attwood, nous présente ici un opus, Silent Streets and Empty Skiesdont le titre ne peut qu’immédiatement attentio tant il correspond parfaitement à l’air du temps.

C’est, en effet, une déclaration douce mais sombre sur cette époque troublée. Tous les morceaux ont été enregistrés entre avril et juin 2020, pendant la première période de confinement et de quarantaine. Attwood a pris le temps de s’inspirer de la désolation dont il a été témoin autour de lui. Des parcs vides, l’absence d’avions dans le ciel, des gens qui évitent les rues. C’est une expérience visuelle étrange, mais qu’Attwood a magnifiquement traduite en un album d’ambiance apaisante.

Sur cet album, vous trouverez neuf morceaux, tous assez similaires et se fondant les uns dans les autres, ce qui garantit un bonheur d’écoute de 77 minutes. Attwood utilise des paysages sonores minimaux, des mélodies de guitare provisoires et des textures ambiantes aérées pour recréer ces joyaux. « V2 » en est le titre-phare, il semble se diriger avec précaution vers la scène du jazz ambiant, ce qui correspondrait parfaitement à ce que Yellow6 voulait faire. À d’autres occasions, comme dans « Broadcast », Attwood dépouille toute la scène post-rock pour créer quelque chose d’émotionnel.

C’est peut-être l’aspect le plus fort de cet album. Vous y trouverez des tas d’émotions, une atmosphère quelque peu hantée qui reflète modestement le monde qui nous entoure. Certains d’entre vous peuvent verser quelques larmes en écoutant le sombre « Panam », d’autres peuvent trouver de l’espoir dans les sons apaisants de « Silent Flight », mais on peut être certain que tous les fans d’ambient minimal et de post rock discret apprécieront beaucoup, et pendant très longtemps, ces neuf morceaux de pastilles sonores.

***1/2


Randal Collier-Ford: « Advent »

1 décembre 2020

Juste quand vous pensez que vous avez une emprise sur l’étendue de la musique d’ambiance sombre, un autre artiste attire votre attention. Cet artiste peut non seulement avoir un nouvel album, mais aussi une longue discographie accumulée au fil des ans. Avec plus de 30 albums de la dernière décennie, Randal Collier-Ford, basé à Seattle, correspond à cette description.

Advent, néanmoins, va au-delà du tarif standard. Non seulement il présente les bourdons et les vagues de mauvais augure attendus, mais aussi des cordes, des vocalises et une utilisation intelligente des percussions sur ses trois longs morceaux. La combinaison de ces éléments est non seulement spacieuse, mais aussi post-industrielle. De plus, il y a de nombreux thèmes clairs qui se répètent suffisamment pour être reconnaissables sans devenir fastidieux.

Les cordes sont texturées et les voix chantent plutôt que de chanter. En effet, l’album est destiné à raconter une histoire de science-fiction, avec en écho des processus mécaniques abritant d’étranges formes de vie organiques. Ces sons deviennent de plus en plus obsédants, car le dernier morceau, « The Second Wound », comprend un thème plaintif et interdit au piano qui évolue vers des percussions martiales avant de s’évanouir dans le silence.

***1/2


Snorri Hallgrímsson: « Landlord »

27 novembre 2020

Lorsque vous entendez les premières notes tristes et tendres au piano au début de son nouvel album, vous pourriez être pardonné de ne pas avoir réalisé que Snorri Hallgrímsson pensait à son lieu de vie heureux. Landbrot est la nouvelle suite dune musique magnifique qui tire son nom de l’emplacement de sa cabane familiale dans la campagne islandaise. Le mot se traduit par « fractures de la terre », suggérant le concept d’érosion et présentant l’album comme une recherche de calme intérieur et d’acceptation parmi les nombreux obstacles de la vie quotidienne. Mais le mot a une autre signification qui détient la clé pour débloquer le message finalement édifiant qu’il espère que l’album transmettra.

Landbrot est son véritable lieu de bonheur, celui qu’il récemment découvert quand il a réalisé que ce mot « oasis », car il est situé entre deux grandes plaines sablonneuses dans le sud-est de l’Islande. Quand il a écrit ce morceau, son esprit était un peu coincé dans un désert de sable, et créer des mélodies simples sur son piano à la maison était sa façon de me rapprocher de cette oasis ; avec l’esporqu’elle pourra nous emmener là où se trouve notre propre oasis puisque telle est la profession de foi de cet album.

Les mélodies simples auxquelles il se réfère sont vraiment douces et à travers elles, l’affection pour les souvenirs qu’il détient transparaît. À ce charme captivant s’ajoutent les contributions exquises d’un trio de collaborateurs sous la forme de Björk Óskarsdóttir (violon), Karl James Pestka (alto) et Unnur Jónsdóttir (violoncelle).

En écoutant, si vous pensez entendre une parenté avec la musique de son compatriote Ólafur Arnalds, vos oreilles ne vous trompent pas. Snorri a travaillé aux côtés d’Arnalds sur plusieurs de ses projets phares, notamment Island Songs, The Chopin Project (avec Alice Sara Ott) et la musique de Broadchurch, qui a remporté le prix BAFTA. C’est un style sincère, lyrique et naturellement atmosphérique qui reflète le chemin musical qu’il a suivi depuis la tradition chorale islandaise de sa jeunesse jusqu’à son amour pour la musique de film à l’adolescence, avant de poursuivre ses études de composition à l’Académie des arts d’Islande et à l’École supérieure de musique de Berklee. Hallgrímsson a certainement un don pour l’expression musicale et, grâce à cet effort, vous pourriez découvrir que ce don vous aide à trouver un endroit heureux qui vous est propre, au moins pour une courte période.

***1/2