No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Nico Guerrero: « The Nordic Intimate Sessions »

Encore trop peu connu, Nico Guerrero a marqué les esprits avec le projet Vortex fondé avec Sonia Cohen-Skalli dès le début des années 1990. Leur premier album, Eksaïphnès en 2000, posait déjà les bases de l’univers glacé, cosmique et noisy que le guitariste/compositeur allait explorer par la suite. Même si le duo est toujours en activité, c’est en solo qu’on retrouve le musicien pour un album enregistré en conditions live à la Nordic House de Reykjavik le 9 novembre 2018.
Totalement inspiré par l’atmosphère froide de l’Islande, le disque rend aussi hommage à deux artistes essentiels : Coil tout d’abord avec une reprise d’ « A Cold Cell » »et la chanteuse-compositrice Nico, dont on sent le spectre à peine voilé sur « Clepsydra ». Dès ce premier titre, on est d’ailleurs époustouflé par l’ampleur du son – il ne faut pas oublier que Nico Guerrero est tout seul à produire tout ce que l’on entend. La guitare, traitée par de nombreux filtres électroniques, crée un espace très dense, riche en harmonies.

Elle pourra, à cet égard, se rapprocher de l’orgue et rappellera en cela le jeu très reconnaissable de Justin Jones (And Also The Trees). Elle devient un mur d’échos, tantôt frigorifique et incantatoire (« Clepsydr » »), tantôt plus épique et paysagiste (« Blackburn ») ou plus sombre et menaçant (« Montagne Inquiétante »). Le summum est atteint avec la pièce de bravoure, « Materiae Melancholia », qui clôt le périple, évoquant la dévastation et toujours cette persistance du froid, encore et toujours.
Cold ambient pourrait être un bon terme pour définir ce son. Par moments, c’est aussi aux guitares de Robin Guthrie (Cocteau Twins) que l’on pense (« Ekpyrosis ») et le chant pourrait être une version shoegaze hallucinée de Dominique A (« Montagne Inquiétante »). L’ensemble est profond, proche du cérémonial, à la fois abstrait et émotionnel. On est donc surpris quand les applaudissements retentissent, nous ramenant à une réalité tangible. Nico Guerrero arrive à un certain gigantisme sonore avec au final une instrumentation assez minimaliste. Chapeau bas pour ce beau voyage mélancolique.

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3 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Marcus Fischer: « On Falling »

Les compositions de Marcus Fischer sont de celles qui se dérobent à la compréhension pour mieux irriguer les sens. Le natif de l’Oregon peaufine ainsi depuis une dizaine d’années un ambient magnifiquement minimaliste et a déjà livré une poignée d’albums de haute volée.

Une certaine poésie abstraite se dégage des environnements sonores créés par Fischer, dans ce qu’ils donnent à entendre bien sûr mais aussi dans leur process, soit une exécution particulière. Il y a dans tous ces bidouillages savants une maîtrise quasi totale des éléments. Quasi totale car, au-delà de sa capacité à reconnecter brillamment ces derniers entre eux, à les faire apparaître, transiter puis disparaître dans une danse d’électrons fascinante, l’Américain laisse finalement beaucoup de place à l’improvisation donc aux incidents et à des imprévus accidentels remodelant sans cesse mais imperceptiblement sa musique évanescente.

 

On Falling était initialement une cassette seulement disponible lors de la dernière tournée de Marcus Fischer. L’album se divise en deux parties : la première présente quatre nouvelles pièces travaillées en studio tandis que la seconde offre une captation live soit une composition hautement immersive de 30 minutes livrée d’un bloc (« On April 29th »). Cependant il est difficile de distinguer une réelle différence entre ces deux parties n’en faisant qu’une puisque les performances improvisées et méditatives de l’Américain reste fidèles à elles-même, dans son studio autant que devant une audience. On Falling se frotte à sa manière au style cosmique (« While Sleeping ») mais dans une forme plus introvertie, élaborant des loops de guitares hypnotiques en vue de les noyer dans des nappes synthétiques profondes et étendues faisant perdre toutes notions du temps. Essentiel.

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1 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Fejka: « Reunion »

Un feeling très nordique se égage de Reunion, le premier album de ce musicien allemand. Au programme, une musique électronique puissant largement dans l’ambiant et le downtempo, tout en gardant des atours assez technoïdes. Il est rare qu’un premier disque parvienne à nous offrir des moments à la fois groovy, rêveurs et acides, mais c’est le tour de force de ce premier opus. Assez variés, les titres oscillent entre plusieurs ambiances. Principalement instrumentaux, ils se hissent sans mal à la hauteur des musiciens les plus émérites des genres sus-nommés. Voici un grand premier album. Christian Löffler, son créateur, ne se considère d’ailleurs pas comme un musicien de musique électronique

Éloigné des préoccupations, habitudes et modes de vie des autres acteurs de la scène, il conçoit ses titres comme des tableaux, lui qui est attaché aux représentations graphiques des sentiments, et peintre à ses heures. Reunion n’est pas forcément un album qu’on partage sy il s’apparente plus à une expérience solitaire, un voyage intérieur, délicat et magnifique. L’avenir dira si c’est le premier d’une longue érie ou juste un « one shot ; en attendant l’important est de le savourer.

***1/2

1 novembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Meemo Comma: « Sleepmoss »

Ambiance sinistre, évocatrice, inspirée de l’automne et de l’hiver, à la fois isolante et belle. Sleepmoss, le deuxième album de Lara Rix-Martin sous le nom de Meemo Comma, arrive délibérément au cœur de l’automne. L’artiste de Brighton, qui dirige également le label expérimental Objects Limited, affirme que le disque s’inspire de la descente de l’hémisphère Nord en hiver et, surtout, de la façon dont ces mois d’obscurité affectent son état de conscience. Ce n’est pas la première fois que Rix-Martin explore les espaces liminaux. L’EP Cyclizine de 2016 (sous le nom de Lux E Tenebris) a été réalisé en réponse à la prise de médicaments contre l’hyperémèse, ou nausées matinales extrêmes, pendant la grossesse, tandis que le LP Ghost On The Stairs de 2017 évoquait l’expérience modifiée de l’artiste dans le traitement des troubles auditifs. Ces cadres conceptuels, aussi abstraits soient-ils, contribuent peut-être à l’étrangeté stylistique de la musique de Rix-Martin. Sleepmoss, à travers la planète Mu, est aussi étrange et onirique que tout ce qu’elle a jamais fait.

Mêlant nature et saisons, Rix-Martin réalise un album d’ambiance luxuriant, régnant dans ses précédentes expériences de jeu de pieds en faveur de quelque chose de plus classique. Il y a des violons romantiques (« Sleepmoss »), des roulements de tambour orageux (« Meadhead ») et des bois flottants (« Murmur »), souvent associés à des échantillons de vent, de pluie et d’appeaux. Bien que cela donne une atmosphère douce et mystique, la caractéristique distinctive de Sleepmoss est le sentiment sinistre qui se cache en dessous.

Chaque plage a tendance à se décomposer au fil du temps, comme des artefacts laissés de côté dans les éléments, en commençant par une qualité de soufflage ou de lueur, puis en finissant par être discordants et obsédants. La conception sonore, aussi, a un sens de l’ironie. Aussi apaisant que cela puisse paraître, il y a généralement quelque chose d’inquiétant dans les cris d’animaux fantômes de « Night Rain », les bourdonnements d’acouphène de « Amethyst Deceiver alors que « Windross », avec sa distorsion boueuse, sonne comme un chœur d’anges noyés dans une tourbière.

Ces ambiances et ces textures font de Sleepmoss Rix-Martin le disque le plus évocateur à ce jour. Son boisé éthéré est facile à évoquer, tout comme son sentiment de s’installer dans l’obscurité de l’hiver. Elle peut être à la fois isolante et belle. Alors que cet album est un développement prometteur de la part d’un producteur dont les disques passés ont chassé des idées difficiles et abstraites, Sleepmoss ne parvient pas à livrer une certaine fraîcheur vocale. En prélude à cet album, Rix-Martin a sorti un mix FACT, où une poignée de ses titres, nouveaux et anciens, côtoyaient des contemporains comme Puce Mary, Caterina Barbieri et l’artiste Objects Limited RUI HO. La musique de ces femmes constitue le point culminant stylistique et émotionnel du mélange. Les productions de Rix-Martin semblaient moins lourdes, se contentant d’ombrager les espaces intermédiaires. Pourtant, ils sont essentiels pour faire flotter la vision plus large de l’artiste, l’univers sombre et onirique de Sleepmoss évoque aussi.

***1/2

30 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Land Of Light: « The World Lies Breathing »

En 2012, Jonny Nash et Kyle Martin sortaient un incroyable album sous le pseudonyme de Land Of Light. L’opus randait hommage aux classiques de Cafe Del Mar par Vangelis, Eric Serra et Double / Dancing Fantasy – avec les valeurs de production d’une opulente session où figurait le Bryan Ferry des années 80. Peindre des images sonores d’endroits comme l’île des Larmes et l’avant-poste de Bell Rock. Sa suite, The World Lies Breathing, est maintenant disponible.

Au cours des sept dernières années, le monde a respiré et bougé, tout comme Jonny et Kyle. Ce nouveau registre reflète les changements d’approche, d’instrumentation, d’intérêts et d’expérience. Au lieu de nocturnes et d’hommages aux partitions de films d’art et d’essai et aux communications innovantes, leur collaboration réactivée s’aligne davantage sur le minimalisme hyperréaliste, épars et moderne des Visible Cloaks – et sur le Kankyo Ongaku japonais qui les inspire ;les notations singulières des vagues de Hiroshi Yoshimura.

Tout se passe comme si on apportait un microscope à leurs enregistrements précédents,un zoom avant et un voyage fantastique dans l’espace moléculaire entre les deux. La refonte du familier en extraterrestre. Étirer et tordre ce qui auraientt pu être des gouttelettes d’eau, les faire pétiller et bourdonner. Le son organique encouragée ainsi à chanter et résonner comme le ferait un bol tibétain. Drone métallique, brillance sonique, les cordes pincées émettent d’étranges notes isolées en cascades au travers d’averses d’éclats au ralenti. Les atmosphères se forment sans hâte à partir de bourdonnements statiques et subliminaux à ondes courtes. Les circuits bavardent et chantent enfin comme des insectes initant à la médiation musicale et à cartographier calmement le vide.

***1/2

27 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Chihei Hatakeyama: « Forgotten Hill »

Avec son rythme effréné de sorties (une dizaine d’albums par an !), Chihei Hatakeyama est évidemment impossible à suivre, voire pourrait commencer à être suspecté de faire tourner ses machines toutes seules. Ce sentiment pourrait même être renforcé par le fait qu’une nouvelle fois, il nous annonce un album issu d’un voyage (dans la région d’Asuka, au Japon) et tentant de rendre compte des pérégrinations au cours desquels un voyageur peut se perdre, soit un programme tellement conventionnel s’agissant d’un disque ambient. Pourtant, toutes ces considérations un peu frileuses se trouvent battues en brèche dès le début de Forgotten Hill tellement la musique du Japonais parvient à se faire belle et lumineuse.

Sous ce jour, la présence, comme sur les deux précédents longs-formats d’Hatakeyama publiés sur Room40 d’une guitare électrique réverbérée, faisant perler quelques notes ici ou là, participe évidemment de ce constat enthousiaste. Plus encore, sur « Falling Star » et « The Constellation Space », le musicien privilégie une approche pastel, entre post-rock alangui et ambient, dans une veine sachant conserver une forme de discrétion du propos. Tandis que cette dimension presque minimale se retrouve sur tout l’album, démarche plutôt louable quand ces pages ont pu relever les limites de compositions passées plus chargées et ampoulées, la six-cordes prend de plus en plus le pas sur les autres composantes.

Au fur et à mesure, l’album s’oriente ainsi vers le post-rock, avec un morceau comme « Staring At The Mountain », condensé d’à peine deux minutes et trente secondes de vraie grâce et d’émotion. Plus loin, des vocalises un peu ululantes, presque spectrales s’échappent de « The Big Stone Tomb », apportant une touche de lamentation poignante et le caudal « Fugitive From Wisteria Filed » invite une guitare acoustique et quelques nappes colorées. Sur ces deux derniers morceaux, et plus généralement sur la face B de l’album publieé en vinyle et téléchargement, c’est une véritable mélancolie, coruscante et triste, que Chihei Hatakeyama déploie, soit un sillon qu’il n’avait pas forcément creusé jusqu’à présent et qui lui sied particulièrement bien.

***1/2

17 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Alessandro Cortini: « Volume Massimo »

Cela fait quelques années maintenant qu’Alessandro Cortini fait son chemin dans ce genre si particulier qu’est la musique électronique de type ambient et/ou drone. Grand amateur de synthétiseurs modulaires il explore depuis les possibilités offertes par ses nombreuses machines.

Volume Massimo est un bon album, solide et cohérent. LIitalien y décline, en huit pistes, un univers très évocateur, visuel même. Riche en émotions, la musique de Cortini prend son temps pour amener l’auditeur là ou il le souhaite.

Malgré un début de disque un peu inégal et qui souffre de quelques longueurs, la fin de l’album, elle, commencée avec « Momenti », sera plus inspirée et elle récompensera notre patience avec de longues montées en puissance sonore, entrecoupées de silence.

S’il n’est pas le meilleur opus de Cortini, Volume Massimo trouve sa place aisément dans une discographie bien étoffée. Il contient d’excellent morceaux (« La Storia », « « Batticuore » » propres à satisfaire les fans du genre et du compositeur.

***1/2

10 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Sky Burial: « The Forcing Season: Further Acts of Severance »

Michael Page (alias Sky Burial) présente son seizième album, The Forcing Season : Further Acts of Severance. Au début, cela ressemble à une grande ouverture orchestrale à une pièce de théâtre qui parle peut-être d’une sombre promenade dans les bois. Certains sons rappellent le bal de l’école à la fin de la récréation/pause. Rassurez-vous, cela a, à la fois, un côté surprenant et un virage à gauche complet ou mélodique. Dix titres, chacun simplement intitulé par des chiffres romains, sont chacun leur propre histoire courte, aidée par un bruit et une sonorité industriels intermittents. Au bout d’un moment, on commence à entendre de profonds gargouillements et ce qui pourrait être des plaques qui s’écrasent, c’est vivant et clandestin.

En fait, plus ces chapitres s’approfondissent, plus ils deviennent un mirage particulier. Il y a ce thème « Quasi Close Encounters » tressé par un tambour tribal presque militariste qui semble s’éloigner des moments les plus sereins. Dans cette optique, le disque est finalement pictural, comme si vous analysiez de vieilles bobines de films d’avant l’avènement de l’appareil photo. En fait, vous pouvez même observer le battement d’un projecteur sur IV, car il se replie et la scène s’ouvre sur une sensation de légèreté. Pourtant, une présence inquiétante demeure.

Le « twang » incliné, et les voix sans langue remuent cela peut sembler étrange au premier abord, mais parle davantage à l’essence de la vérité, en laissant être le patrimoine culturel dans son état le plus naturel. Il y a quelques tonalités de surface métalliques surutilisées, mais aucune n’ébranle les qualités d’écoute de l’album. En fait, comme l’atteste la dernière composition (plus de vingt-sept minutes), il y aura toujours des choses qui vont cogner dans la nuit. Et c’est un riche exemple d’un paysage sonore autonome et respirant qui garde l’esprit éveillé la nuit. Comme sa couverture peut le suggérer, c’est un monde inversé, plein d’esprits, imaginatif et laissé à l’écart. De même que l’auditeur en tant que témoin de la lente respiration de son âme.

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9 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Sable Blanc: « Homecoming »

Les albums ont vu leur rôle changer de manière conséquente en matière de composition de la production numérique d’aujourd’hui. Développé autour de l’inspiration tirée d’un récent voyage à New York, Sable Blanc sort ici une collection élégante et ciblée de morceaux, chacun racontant sa propre histoire. On y trouve une très une belle interaction entre la sensation de l’instrumentation réelle et le pouls de l’électronique qui entoure la musicalité de l’ensemble.

On pendra pour exemple les moments jazzy comme « Limo And Theatre » (feat. Reuben Lewis) particulièrement révélateurs tant les coups de trompette froids enflammenront l’air de l’automne alors qu’à l’inverse, la séquence rapide des notes de piano cherchera une fin appropriée à l’atmosphère qui cultivera le bon goût et l’élégance de Yakima Pepperoni. L’album sera, ainsi, accompagné d’une série de photographies accompagnées d’explications révélante le processus de réflexion et la façon dont l’artiste est finalement arrivé à son Homecoming.

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6 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Sigh Of Relief: « Injection »

C’est à un étrange et fascinant voyage que nous vous invitons pour finir cette nouvelle brève de platine avec la présentation d’Injection, le projet ambient de Sigh of Relief, alias Bubba Kadane de Bedhead et The New Year.

Ici, point de slowcore, ni de chansons mélancoliques et dépressives mais un unique morceau ambient de 40 minutes qui s’insinue peu en peu entre nos oreilles et semblent se diffuser jusqu’à la pointe de nos orteils, nous laissant dans un état de douce mais attentive léthargie.

Bubba Kadane travaille depuis 2015 sur ce projet, l’étirant peu à peu, avant de le ramasser à nouveau  pour atteindre une pureté musicale dépourvue de tout artifice et nous offrir un objet sonore hypnotique et fascinant.

Si l’atmosphère peut d’un premier abord se révéler inquiétante, c’est au final un bonheur profond que diffuse Injection. Superbe et infectieux!

***1/2

5 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire