Shirley Collins : « Heart’s Ease »

Charmante Shirley Collins, avec sa voix calme et douce ; nulle ne voudrait être une aspirante chanteuse de folk – pas dans son ombre. C’est une doyenne qui inspire une certaine forme de dévotion fanatique de la part de ses fans. Elle domine le genre depuis près de 60 ans, et peut magnifiquement dédaigner les intrus. Elle a déjà dit que la vraie musique folk doit être de la classe ouvrière, et qu’elle « doit avoir subi le processus de transmission de bouche à oreille… Pas seulement à propos de la beauté de la terre et de l’air, mais aussi à propos de trucs semi-hippies… Si fragile ! » (it’s got to have undergone the process of being handed down by word of mouth…. [not] all about how lovely the earth and the air is, semi-hippy stuff…. So flimsy!) Elle est très sévère sur ces deux sujets dans les interviews et on peut frémir en pensant à ce qu’elle pourrait dire de la petite aristocrate Laura Marling, avec sa voix traînante pseudo-américaine. Collins parle de M*mford & Sons comme de « Wotsit and Sons ».

On a tant écrit sur la vie de Collins, et il est inutile de propose une hagiographie maladroite. Mais tout de même. La femme a eu une vie fascinante : une socialiste ardente qui est allée en Amérique pour enregistrer les chansons du Sud profond, et qui est revenue à Blighty pour être le fer de lance du renouveau folk des années 60. Une mère itinérante dont la séparation torturée avec son premier mari – sa maîtresse se baladait en portant ostensiblement ses pulls – lui a fait perdre sa voix. Elle est tombée dans l’obscurité. Elle n’a pas chanté pendant 38 ans. Cette géante du folklore travaillait dans la librairie de la British Library. Il y a un passage désespérément triste dans The Ballad of Shirley Collins, où Collins, octogénaire et charmante, joue du violon avec des sachets de thé dans sa cuisine et soupire : « Il y a de grands chanteurs dans le coin maintenant, et j’aimerais être l’un d’eux, mais je ne le suis pas. » (here are some great singers round now, and I wish I was one of them but I’m not.) Elle a depuis décrit son come back album en 2016, Lodestar, comme « plutôt timide » et on ne ouvait qu’espérerque son nouvel album, Heart’s Ease, implique la cofiance que son titre suggère.

Heart’s Ease est un opus riche en laitières, en nostalgie, en ronces jaillissant des tombes et en amants qui pleurent abondamment, des pleurs assurés par un album qui est assuré, contemplatif, et parfois un peu triste.

Les critiques louent la pureté de l’engagement de Collins envers la musique folk – qu’elle honore la qualité intrinsèquement politique de la musique folk en préservant le bouche à oreille des histoires de la vie des gens ordinaires. La grossesse, la mort, le travail de qui humilie – tout cela apparaît dans l’album. Elle est décrite comme une héraut d’un autre temps, comme si elle était un héraut d’un marais humide sous le règne de Robert le Magnifique, ce qui n’est vraiment pas juste, dans la msure où c’est un peu réducteur. L’album comporte une poignée de morceaux non traditionnels, chacun surprenant à sa manière. « Sweet Greens and Blues », par exemple, a été écrit par son ex-mari et est – de façon charmante – consacré à ses enfants. Au début, il est déconcertant d’entendre ses références à un appartement en sous-sol après son interprétation de, disons, « Barbara Allen », une chanson folklorique écossaise mentionnée pour la première fois dans le journal du vieux débauché Samuel Pepys en 1666

Collins revient ici sur de nombreuses chansons déjà sorties, et nous les trouvons transformées par les changements de sa voix. Le vieillissement et la dysphonie ont approfondi et grossi sa voix, lui conférant une chaleur croquante. Dans ses premières œuvres, elle était une soprano pure et planante, aussi propre et sans sexe qu’un castrat. « Oh Sally, ma chère, j’aimerais pouvoir te coucher » (Oh Sally, my dear, I wish I could bed you) – livrée sans un signe de tête ni un clin d’œil. Sa voix a maintenant une qualité chaleureuse et timbrée, et quand elle se brise dans « Tell me True » (« comment puis-je vivre maintenant que mon William est parti »), la chanson est remplie de tristesse. Son interprétation de « Barbara Allen » sur Heart’s Ease est radicalement différente de celle de ses précédents albums : moins résignée, moins tragique, même si c’est toujours un paean à l’amour condamné. Sa voix ressemble plus à un instrument qu’à un vaisseau.

Mais il y a aussi beaucoup degrivoiseris sur l’album. « Rolling in the Dew » est le récit d’un gentil monsieur à la poursuite d’un fermier aux joues roses. « Rolling in the Dew » renjustices aux gens de peu ! Encore une fois, il est un peu fou de penser simplement à son âge. » Rolling in the Dew » remonte à des ballades des années 1600, et l’interprétation de Collins, avec son violon et ses percussions, est amusante et vivante malgré ces gens qui tournent en rond pour jouer du violon depuis des centaines d’années, et à qui Collins a joué un rôle important dans l’intérêt continu que l’on peut avoir pour ce genre de musique.

Ainsi, elle est un maître du traditionalisme, mais « Locked in Ice » – l’une de ses nouvelles chansons – est sans doute la meilleurecomposition de l’album. D’une mélancolie maladive, et parfaite pour son chant nouvellement altéré, elle raconte l’histoire d’une femme à la dérive sur une mer glaciale : « c’était en l’an 69, j’ai été aperçue pour la dernière fois…. Enfermée dans la glace de cent ans….Condamnée à voyager sans fin, dérivant au gré du courant ». (it was in the year of 69, I was sighted for the final tim) Il s’agit sans doute de la douleur de son interruption qur la musique, mais son style et sa façon de s’exprimer font que vous pourriez fermer les yeux et penser qu’il s’agit de la grande gelé quand lla Tamise a gelé en 1608-09. Elle mélange l’ancien et le nouveau de manière harmonieuse et reprend ce refrain sur le dernier morceau de l’album, « Crowlink », qui s’éloigne soudainement des conventions folkloriques. Son chant dérive sur un mélange de vielle à roue et de fracas de vagues et d’oiseaux marins. « J’étais enfermée dans la glace, un demi siècle » (I was locked in ice, half a hundred years). C’est un sentiment de hantise, d’inattendu. Elle a le pouvoir de surprendre et de ravir dans cet album qui montre une maîtrise de la tradition mais dont ses meilleurs moments sont les nouvelles chansons.

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Strangerous: « Death By Anticipation »

« Tout doit changer. Tout doit changer. » (Everything needs to change. Everything needs to change). À chaque loop de sample ainsi prononcé l’émotion est drainée de cette déclaration ; chaque son du morceau d’ouverture de 17 minutes est induit dans une orbite serrée et maniaque de répétition sans fin. Les voix de fausset commencent à battre comme une sirène, des bruits statiques se font entendre à plusieurs reprises, et le tintement des carillons perd son charme de paresse lorsqu’on les fait tourner en rond. Une autre voix se fait entendre, apparemment issue d’un reportage – « le changement climatique affecte déjà des millions de vies » (climate change is already affecting millions of lives) – alors que les boucles commencent à se bousculer et à se multiplier, entassées dans une zone d’urgence croissante et de familiarité banale. Des cris humains jaillissent à travers les marges, s’épaississant au fur et à mesure que le reportage se poursuit.

Alors que la musique s’enfonce dans la cacophonie, la demande de changement stagne – elle n’est plus le précurseur de l’action, mais une vocalisation habituelle, divorcée du sens.

Ailleurs, la répétition est maniée comme un adhésif par la force : un moyen brutal de fusionner le son des pas sur la neige, les surfaces métalliques perturbées et le souffle des ventilateurs de refroidissement, rompant le lien ombilical entre le son et son contexte d’origine.

Ces échantillons deviennent des éclaboussures d’autoréférence. Ce qu’ils gagnent en multifonctionnalité – des jokers sonores sans allégeances lourdes au paysage et au matériel – ils le perdent en familiarité avec le monde réel. La récurrence les rend étonnants. Les voix adoptent la texture désincarnée des sons sinusoïdaux purs ; le cliquetis du plastique commence à ressembler à des dents qui claquent. Les sons gagnent en intensité et en chaleur alors que l’esprit s’efforce de les placer, ce qui transforme l’auditeur en un paradoxe de connaissance et d’aliénation, et l’entraîne dans un bourdonnement insidieux en niveaux de gris alors que la musique résonne comme une machine à distiller de l’horreur.

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Koki Nakano: « Pre-Choreographed »

Lorsque le pianiste Koki Nakano était en formation à l’Université des Arts de Tokyo, il n’a probablement pas vu sa carrière l’emmener en France, et signer pour le label de pointe No Format ! fondé par Laurent Bizot.

Nakano affirme que son deuxième album est la continuation de son désir d’explorer les relations binaires entre la musique et la danse. Comme il le note : « Quand je compose, je garde toujours une image des corps en mouvement dans ma tête. »

Ses compositions ont été en partie inspirées par le spectacle de la compagnie de danse L-E-V devant les Nymphéas de Monet au Musée de l’Orangerie à Paris. Le ton et les textures de ses compositions souvent délicates conviennent beaucoup mieux aux spectacles de danse moderne que les partitions orchestrales plus grandioses qui accompagnent habituellement le ballet classique.

Son style de jeu épuré, mais d’une grande dextérité, se prête aux espaces ouverts qu’il crée pour le travail de ses danseurs imaginaires, et est caractérisé par « Overlay » comme son jeu hypnotique et répétitif s’appuyant sur des effets électroniques de drone.

« Bloomer », plus réfléchissant, est imprégné d’égratignures et de rayures, comme si Nakano encourageait les danseurs à s’épanouir comme des fleurs au fur et à mesure du développement de la pièce. Les effets électroniques de Choreographed Mollusk sont éthérés et dérangeants, tandis que le jeu texturé de Nakano les contourne.

Les notes piquées de Minim sont un moment rare de quasi-flagellation qui conviendrait bien à un ensemble qui danse sur des riffs et des courses. Les cordes pincées et les percussions légèrement chaotiques de « Palinopsia » donnent au jeu de Nakano une sensation de colère et de désorientation. « Genou Respirant », qui se termine en tonnerre mécanique, est également une écoute sinistre, avant que les accords relativement gros pour lui sur Faire le Poirier ne rassemblent plusieurs des thèmes que Nakano explore.

Toutes ces compositions fonctionnent selon leurs propres mérites, car Nakano est un compositeur intelligent et un pianiste doué, qui n’abuse jamais de sa technique, mais elles prennent vraiment vie dans une série de vidéos qui sont chorégraphiées par des danseurs de premier plan du monde entier. La vision d’Amala Dianor sur la synchronisation quasi parfaite donne un sens physique à la pensée de Nakano alors qu’il danse autour d’un site de vente aux enchères de machines d’usines lourdes

Comme beaucoup de compositeurs contemporains, Koki Nakano cherche à relier son travail au monde chaotique qui l’entoure, et même si vous ne regardez pas les interprétations vidéo, vous ne pouvez pas vous empêcher d’admirer les œuvres de Koki Nakano.

***1/2

Joe Chester: « Jupiter’s Wife »

Joe Chester est dans le tristes remous. Pris dans le naufrage d’un mariage raté, son sixième album capture les impasses, les regards vides et les lourds silences qui traînent les jours et bloquent toute lueur d’espoir. Dans des chansons écrites à une époque où le divorce n’était pas une option viable, l’auteur-compositeur-interprète et producteur irlandais – et ancien guitariste des Waterboys, de Sinéad O’Connor et de Gemma Hayes – apaise la tension entre deux personnes autrefois follement amoureuses et, dans cet espace émotionnellement confiné, il brosse un tableau plus vaste du besoin par rapport au désir.

Cette poussée et cette attraction sont immédiatement évidentes dans le livre qui s’explique d’elle-même, « Stay Together for the Children », où Chester se compare à un évangéliste dans le colisée qui doit choisir entre l’amour et la liberté (« n evangelist in the colosseum who has to choose between love and freedom »). Alors qu’il perd pied dans ce mariage, il constate que sa propre spiritualité s’amenuise. Il perd tout sens de lui-même et, sur le plan plutôt larmoyant de « My Shipwrecked Mind », se demande s’il peut encore faire confiance à ses sentiments. Alors que l’amour s’estompe, sa foi dans le monde s’estompe également, ce qui rend l’écoute plutôt sinistre.

Des morceaux instrumentaux tels que « Is Cuimhin Liom » (« I remember ») et le triste « Synge’s Chair », aux violons, donnent beaucoup d’importance au désespoir de cette période sinueuse. Combinant des cordes traditionnelles avec des guitares contemporaines, ces arrangements remplissent l’air quand il n’y a plus rien à dire, et ajoutent à l’exaspération de cette période tortueuse. Si cet album était une feuille de couleur, ce serait un blues dévastateur, des blancs écrasants et des gris étouffants.

Enregistré entre le Sun Studio de Memphis et le home studio de Chester dans le sud de la France, Jupiter’s Wife comporte des contributions de Julie Bienvenu de A Lazarus Soul et des membres des Waterboys. Projet collaboratif mais profondément personnel, ce disque est chargé d’émotion, mais les moments les plus marquants – à savoir le Coeur de Saint Laurence O’Toole – arrivent lorsque les musiciens se perdent dans leur environnement.

Bien qu’il remarque qu’il voit encore le bonheur dans les yeux de son amant à la neuvaine, il raye tout rallumage d’amour avec des paroles évocatrices comme « Je suis la canicule qui brûle le bouquet, je suis le sang du défilé » (I am the heatwave burning the bouquet, I am the blood on the parade ). Cette union n’est pas seulement terminée, elle est anéantie. 

La femme de Jupiter était Junon, la déesse romaine du mariage et de l’accouchement – et, comme Chester chante « l’amour pardonne tout au début et ne pardonne rien à la fin » ( love forgives everything at the beginning and forgives nothing at the end) sur le long « Nothing at the End », il montre clairement sur cet album douloureux que même les dieux ne peuvent pas sauver ce qui est irrémédiablement perdu.

***1/2

Library Tapes: « The Quiet City »

Comme l’indique son intitulé, The Quiet City offre une tranche bienvenue de musique classique moderne tirée des Library Tapes de David Wenngren. Le projet a maintes fois donné des résultats exceptionnels, mais il y a quelque chose de remarquable dans cette sortie et sa musique la place au-dessus de ses frères et sœurs. The Quiet City est un lieu de calme et de sérénité. La toxicité urbaine et le poison du langage politique ne sont plus à l’ordre du jour. Le monde tel que nous le connaissons actuellement est mis en sourdine, et cela ne peut pas être une mauvaise chose. Tout égoïsme, comme le refus de porter un masque en pleine pandémie à cause d’une menace perçue et absurde pour la liberté d’un individu, ne fait plus la une des journaux, car il n’existe pas dans l’écosystème de la musique, qui est vif et éloigné du drame. The Quiet City est un refuge, un disque aussi petit qu’un chalet, mais plein de tant d’âme, de vie et de couleurs qu’il devient un véritable foyer, et un foyer pour la vie. Son rythme plus lent a été intégré à un phrasé intelligent, et Library Tapes contrecarre le déclin de la civilité et de la voix de la raison avec une musique superlative.

Malgré son titre, les compositions de Wenngren sont évocatrices de l’Angleterre rurale. La musique se déplace « Through the Woods » et passe à « Brighter Lights », indiquant le rural au milieu de l’urbain, et un petit cimetière bien entretenu juste à côté d’une route principale ou d’une rue secondaire. Ces petites zones isolées nourrissent et arrosent le piano, et la musique offre un sanctuaire de calme alors que les notes sont dispersées dans les zones métropolitaines. Les cordes dégoulinent sous une pluie froide et font tourner les brins d’herbe d’un vert plus vif.

Wenngren est rejoint par Akira Kosemura, Julia Kent, Hoshiko Yamane, Michael A. Muller et Olivia Belli, qui apportent tous leurs talents au disque. Un désir désespéré de revenir à une époque meilleure semble être dans l’esprit de la musique. Le retour est comme un thème : retour à la terre, à une période plus douce, à une époque plus calme, à l’époque où le monde n’était pas si bruyant, désorientant ou angoissant. « It Wasn’t Always Like This » est une piste émouvante là où les cordes montent progressivement, douloureuses au vibrato, tandis qu’une texture ambiante plus fine s’efface, enroulant son bras autour des cordes et les réconfortantes, pleurant la perte et l’irrécupérable. Les cordes et le piano, qui libèrent l’esprit, oxygènent la musique, comme un éparpillement d’arbres, et une mélodie d’ambiance plus profonde les traverse, enrichissant et nourrissant la musique et assurant l’équilibre lorsque les cordes ne sont pas utilisées. The Quiet City est timide et pourtant incroyablement expressive. Elle n’a pas besoin de crier sur les toits, et c’est là que réside son charme.

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Ai Aso : « The Faintest Hint »

La voix d’Ai Aso est accrochée à une seule voyelle, frémissant comme des ailes d’oiseau qui s’ajustent au vent. Chaque pincement de sa guitare acoustique est encadré par le bout des doigts qui arrêtent prématurément les notes ou grincent la touche pour préparer l’accord suivant. Chaque geste sur The Faintest Hint (l’allusion la plus légère) se voit accorder l’espace nécessaire à l’existence. Chaque syllabe lyrique, chaque résonance de corde. Ils émergent dans l’air, accrochés au silence comme des mobiles en porcelaine, partageant un moment d’intimité avec leur entourage avant de disparaître, offrant l’espace entier à la prochaine proclamation d’Aso. Ce sont des chansons pop lorsqu’elles sont considérées dans leur intégralité. Il y a des couplets et des refrains. Il y a des sentiments manifestes de solennité, de doux espoir, des inclinaisons de nostalgie ensoleillée. Pourtant, là où tant de pop s’effondre dans une explosion de présent, cet album montre clairement l’enchaînement des actions individuelles qui culminent d’une manière ou d’une autre dans le temps qui passe. Chaque morceau est un paradoxe de Zeno ; Aso est tellement envoûté à chaque instant que l’écoulement d’un morceau entier semble être une erreur logique.

L’album aurait facilement pu être réduit à une seule guitare et une seule voix. Lorsque Aso s’étire pour les notes aiguës chuchotées sur « Floating Rhythms », vacillant de la manière la plus exquise, la présence d’instruments supplémentaires aurait été ressentie comme une distraction. La décision d’orner occasionnellement ces chansons de synthétiseurs, d’harmonies ou de boîtes à rythmes n’est jamais prise à la légère, chacun révérant la quiétude exigée par la configuration de base. Les carillons s’égouttent sur les bords de « Move », disparaissant aussi vite qu’ils viennent. La guitare de Stephen O’Malley trace un berceau fantomatique autour du refrain mélancolique de « Gone », qui, de même, refuse de résider plus longtemps que nécessaire. La principale aberration est « Scene » : une ballade dans laquelle Aso est soutenu par les membres de Boris, avec des motifs de brosses comme une pluie légère et des guitares qui se déploient comme des fleurs à l’horizontale. Elle illumine brièvement le terrain qui, autrement, se résigne à l’ombre, agissant comme un dépôt pour l’inclinaison vers l’excès afin que le reste de The Faintest Hint puisse se libérer, sans être gêné par des tentations divergentes, dans le calme.

***1/2

The Psychedelic Furs: « Made Of Rain »

Avec leur premier album depuis trente ans, ces influenceurs post-punk que sont The Psychedelic Furs reviennent avec l’obligatoire, mais différente, même offre.Des albums acclamés par la critique, des « singles » classiques, le split, la reformation. Un tarif standard pour un groupe qui est resté dans le jeu sous une forme ou une autre depuis la fin des années 70.

Après le retour de 2000, ils sont restés un groupe actif sur scène, ce qui est une chose. La nouvelle musique en est une autre et le fait d’appuyer sur lecture ou de lâcher l’aiguille sur ces nouvelles fourrures psychédéliques apporte une combinaison d’inquiétude et de plaisir.

Tout commence par une ambiance de bruits sourds et denses et Richard Butler se décharge d’un monologue qui implique des vols de corbeaux, des cœurs d’insectes et des jours de douleur inutile. Déclarant qu’il est le garçon qui a inventé le rock and roll sur la première piste du même titre, c’est un appel aux armes revigorant au milieu d’une bande sonore tonitruante.

Onze autres titres sont remplis de psychédélisme post-punk punchy ou de n’importe quelle étiquette que vous voulez attacher au contenu. Bien sûr, il ne s’agit pas de les catégoriser, mais il suffit de dire que Made Of Rain est plutôt, peut-être de façon surprenante, audacieux et grandiose.

Le tribal « You’ll Be Mine » en est un des premiers points forts ; « Ne soyez pas surpris quand tous vos rêves s’évanouissent / tout le trafic rouille / tous vos jours sont des jours d’hier » (Don’t be surprised when all your dreams all fade away / all the traffic runs to rust / all your days are yesterdays).Un hymne au temps qui passe, une voix vaguement déconnectée et neutre, des nappes de synthétiseurs et des lignes de guitare discordantes peuvent avoir un lien ténu avec le « passé ». Et, sans contesattion aucune, c’est émouvant.

La question de savoir si elle est meilleure ou non est à débattre, mais avec « Wrong Train », la première face de ce qui pourrait être votre copie vinyle est aussi forte que tout ce que vous entendrez en 2020 et les craintes sont apaisées.

Une luxuriance à la manière d’un faucon et un air général d’opulence et de majesté – « This’ll Never Be Like Love, » la boîte à musique de « Tiny Hands » et « Turn Your Back On Me » – font en sorte que la seconde moitié mène sur des chemins plus frais. Cependant, la présence du saxophone Mars Williams contribue à certains des moments musicaux les plus significatifs du disque.

Oui, on parle avec enthousiasme d’un retour à la forme et d’une chance de mettre en pause la pensée qu’ils ont laissé Pretty In Pink comme sommet de leur héritage. Peu importe qui, quoi, quand, où, pourquoi, Made Of Rain est un album de classe. Ceux qui avaient perdu le contact, en particulier, saliveront et tous ceux qui se cachent en marge se demanderont d’où cela vient.

Cette idée que tout vient à point pour qui sait attendre refaitt soudain surface. Est-ce un second souffle pour le combo ? Butler boys et lsont groupe ont livré ici un digne chant du cygne. Il ne serait pas étonnant que le Royal Albert Hall les appelle.

***1/2

The Coronas: « True Love Waits »

Vers la fin de l’année 2019, le guitariste Dave McPhillips a décidé de quitter le groupe après avoir été avec les Coronas pendant plus de dix ans. Malgré la réaction mélancolique, cette nouvelle reçue des membres restants du groupe et des fans n’a pas empêché la productivité musicale ni les tournées prévues en 2020 au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis. Malheureusement pour ce trio désormais irlandais, la majorité de ces dates de tournée ont été annulées en raison du virus mondial dont ils partagent le même nom, auquel le frontman Danny O’Reilly a réfléchi.

The Coronas sont un groupe qui cherche toujours à se remettre en question et à rester sur sa faim alors que O’Reilly réfléchit à « l’incroyable montée d’adrénaline » et à « la connexion que vous ne pouvez pas obtenir… dans une arène ». Tout en admettant qu’ils changeraient de nom s’ils étaient plus récents et s’ils n’étaient pas déjà connus, les choses auraient pu être pires s’ils avaient conservé leur nom initial de groupe Corona, que The Coronas’ a changé pour éviter toute confusion avec le groupe de danse des années 90 qui a connu un succès retentissant avec « Rhythm of the Night ».

Néanmoins, l’engouement pour le sixième album s’est exacerbé avec l’augmentation du nombre de titres sur Spotify. Le groupe s’est vanté d’avoir utilisé de vrais cuivres pour la première fois et d’avoir recruté le « jeune » producteur George Murphy pour injecter des idées nouvelles et fraîches afin de refléter « un groupe qui mûrit, qui arrive à l’âge adulte tout en ne jouant pas trop prudemment ». À en juger par la pochette de l’album (qui présente une figure du style Matisse sur une toile de fond minimaliste des débuts de l’ère moderne) et le « single » « Find the Water » enregistré au parc national de Joshua Tree en Californie, on peut s’attendre à un développement et une maturité musicale.

En ouvrant avec une chanson qui partage le même titre que ce LP, on n’est pas séduit par les guitares diluées, et on est sans émotion et sans passion, ce qui donne un son terne et sans mordant. Malheureusement, la majorité des morceaux suivants ne parviennent pas à donner un élan à ce faux départ. L’intro fade et mécanisée au piano sur le fait d’être « Cold » avec des percussions distinguées mais étouffées sur le fait d’être seul sans partenaire ne parvient pas à susciter des émotions humaines. Malheureusement, ces défis font que l’auditeur n’est pas touché par cette expérience probablement douloureuse et personnelle. De même, « Heat of the Moment » manque d’intensité et les touches de synthétiseur, la batterie diluée et les guitares acoustiques sont toutes imbriquées les unes dans les autres, à tel point qu’il est difficile de retracer les différents éléments individuels qui composent cette chanson. Le principal problème est que la chanson incite rarement à s’y intéresser.

Il y a des poches d’espoir où l’on voit une réanimation réussie. Le deuxième morceau, « Never Ending (On Your Side) », comporte des riffs de piano impressionnants qui complètent ceux de « Smokers Outside the Hospital Doors » et de Death Cab pour « I Will Possess Your Heart » de Cutie. Le feu et la passion qui manquent au premier morceau sont libérés et renforcés par une injection de vrais cuivres (comme promis par le groupe) sans pour autant atteindre un crescendo et monopoliser ce morceau aux couches élégantes. « Brave » impressionne également en sonnant comme une version teintée d’irlandais et plus mainstream d’une ballade au piano de Bright Eyes. La force réside dans la détection d’un sentiment et d’une inquiétude véritables dans le fait de vouloir « vous entendre crier ». L’avant-dernier titre, « Light Me Up » dispose d’un rebondissement accrocheur servi par le rythme de la batterie et de la guitare comme « Crash and Burn » de Savage Garden.

Malheureusement, la majorité des sons vous rappellent d’autres chansons sans créer d’exaltation, comme « Haunted » qui ressemble à « Jealous » de Nick Jonas et « Need Your Presence » qui résonne comme « Halo » de Beyoncé. Si « Light Me Up » est un bon titre autonome, le voyage d’écoute décevant pour atteindre cette destination ne semble pas justifié, d’autant plus que le titre de playout « LA at Night » revient à la typographie initiale.

En conclusion, alors que la présence des guitares a toujours été destinée à être minimisée, le piano compense trop souvent sans imagination. Les cuivres ne sont pas pleinement accueillis et utilisés comme un nouvel ami de confiance. Alors que True love Waits ne déçoit pas au niveau des paroles, l’absence d’essence musicale dans les chansons, y compris « Find the Water », fait que l’on ne veut pas faire d’effort pour essayer de déchiffrer la métaphore que représente l’eau.

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bdrmm: « Bedroom »

bdrmm est un quintette de Hull, en Angleterre, et il est peut-être l’ensemble musical le plus chargé en consonnes de la planète en ce moment. Mais ce qui leur manque peut-être dans l’utilisation des voyelles, ils le compensent largement dans le domaine de la musique.

C’est une introduction captivante pour le groupe, qui est sorti de ses humbles débuts dans l’East Yorkshire en 2016 pour sortir le « single » « Kare » deux ans plus tard. Il n’est pas étonnant qu’ils aient été signés sur un label bien établi très tôt après avoir reçu de nombreuses critiques élogieuses. Ainsi, lorsque l’estimé label indépendant Sonic Cathedral Recordings a fait appel à nous, l’alliance entre bdrmm et le label est née.

L’année dernière un EP a fait du combo l’un des nouveaux groupe à guitares les plus excitants et prmetteur du Royaune-Uni et Bedroom, leur premier LP, rconfirme pleinement sa promesse tout en laissant entrevoir des choses encore plus grandes à venir. Le titre, qui explique le nom du groupe en anglais plutôt qu’en langage textuel, démontre une maturité qui va bien au-delà de ce que leur surnom suggère.

Composé de 10 titres, Bedroom donne l’impression d’être transporté dans un drame de cuisine où se mêlent des histoires de grossesse non planifiée, d’abus d’alcool, de santé mentale et les montagnes russes générales de la vingtaine dans l’Angleterre post-Brexit qui se retrouvent noyées dans un paysage sonore chatoyant qui rappelle l’époque d’Oshin DIIV, de Deerhunter ou même The Cure dans leur version la plus grandiose et la plus ambiante.

Bedroom est une sorte d’album concept qui change d’ambiance à chaque tonalité, qu’il s’agisse de l’ouverture instrumentale subtile « Momo » ou de sa transition vers les hauteurs vertigineuses de « Push/Pull ». Le couple délirant de « Gush » et « Happy » est pris en sandwich au milieu, et se retrouve écrasé dans « (The Silence) », un autre instrument sombre (cette fois-ci) qui sert de tampon pour la suite.

« If…. » »reprend le rythme avant que l’avant-dernier moment épique de Bedroom, « Is That What You Wanted To Hear ? », ne conduise à un dernier crash où l’album s’arrêtera. Le prochain chapitre de ses créateurs semble être sur le fil du rasoir, laissant tout le monde en suspens après ce « debut » album confiant et assuré qui exige une suite.

***1/2

NOFX & Frank Turner: « West Coast VS Wessex »

Les split EPs (EPs partagés) sont malins à bien des égards, ils nécessitent moins de production musicale de la part de chaque groupe/artiste, permettent éventuellement de faire des économies, vous permettent de travailler avec et d’être associé à des personnes que vous admirez, et vous permettent d’accéder à un public plus large. C’est notamment le cas de West Coast vs Wessex, un split dans lequel les punk rockers américains NOFX reprennent les chansons du chanteur folk-punk anglais Frank Turner et vice versa. C’est un exercice qui permet de faire connaître les paroles introspectives de Frank Turner à la masse des fans de NOFX, et la bravoure de NOFX aux fans de Turner.

West Coast Vs Wessex commence avec NOFX qui reprend cinq des chansons de Frank Turner. « Substitute » cdébute lentement, avec un morceau de guitare ska avant de passer à la NOFX dans un style punk rock. Un traitement similaire est donné à « Worse Things Happen at Sea », avec une bonne dose de mélancolie. « Thatcher Fucked The Kids » est relooké en ska et « Ballad of Me and My Friends » est transformée en une chanson punk rock frénétique et au rythme rapide. Alors que « Glory Hallelujah » affiche un chant enjoué, qui inclut les voix de nombreux invités, avant que les 30 dernières secondes ne se transforment en un mur de punk rock.

Les chansons sont très éloignées de votre tarif habituel, les paroles de Turner permettant à NOFX de superposer sa musique avec des chœurs de qualité et de superbes riffs de guitare. Prendre les chansons de quelqu’un d’autre et les faire vôtres semble permettre à NOFX de faire ce qu’ils font le mieux : créer du punk mémorable.

La dernière partie de l’EP commence avec Frank Turner et son groupe, The Sleeping Souls, qui s’attaque à « Scavenger Type », en lui donnant une touche de folk punk britannique. Alors que « Bob » est dépouillé, il devient ce que l’on attend d’une chanson de Frank Turner. « Eat The Meek » a une ambiance gothique des années 80, new wave. La juxtaposition de la musique joyeuse avec les paroles sombres de « Perfect Government » donnera au titre une nouvelle profondeur. L’EP se termine par « Falling In Love », avec son ambiance et ses échos obsédants.

La capacité de Frank Turner à transformer chacune des chansons de NOFX en quelque chose de différent et de varié est un exploit en soi et reflète son talent de musicien. Il a pris des chansons très connues et très appréciées et les a fait siennes.

Le plaisir que vous éprouverez en écoutant cet EP sera directement lié à votre allégeance. Préférez-vous NOFX ou Frank Turner ? C’est ce qui déterminera la partie du split que vous martelerez. Dans l’ensemble, c’est un exercice intéressant, surtout si vous connaissez un ou deux artistes originaux. Si vous êtes un fan, n’oubliez pas d’y préter l’oreille.

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