Camper Van Beethoven: « La Costa Perdida »

Entre Cracker et Camper Van Beethoven, David Lowery a toujours eu du mal à mettre en contexte son approche faite d’éléments hétéroclites (punk, folk, ska, world music) même si il a été un des composants essentiels dans la naissance du rock indie américain. Avec La Costa Perdida le groupe semble redémarrer de là où il était parti (beaucoup d’auto-indulgence dans l’album précédent New Roman Times en 2004) et donne l’impression de nous envoyer une carte postale un peu frelatée de son repaire vers San Francisco.

Cet album est toujours aussi « freak rock » mais il semble avant tout jouer avec sa propre mythologie. Le problème est que, alors que sur l’opus précédent, il y avait encore une faconde qui rendait l’album attachant, avec La Costa Perdida toutes ces idiosyncrasies envahissent les plages et que les compositions sonnent finalement comme un fourre-tout aléatoire et non maîtrisé.

Un exemple en sera la tentative de psycho-blues « You Got To Roll » où Lowery ne va pas assez loin dans sa volonté d’émuler Captain Beefheart alors que quand il s’affranchit de volonté extravagante, le groupe est capable de délivrer des compositions propulsives comme « Come Down The Coast ». « Peaches In The Summertime » et « La Costa Perdida » plairont aux vieux fans du groupe mais montreront aussi que Camper Van Beethoven est resté figé dans un anti-conformisme si rituel qu’il en devient conventionnel. Le legs de CVB a été, depuis, repris par des artistes comme Beck et on ne peut que déplorer que rien ne permette de distinguer aujourd’hui Lowery et son gang d’une myriade de groupes jouant sur le déstructuré, le décalage et le disparate.

★★½☆☆

Golden Grrrls: « Golden Grrrls »

On attendait avec une certaine impatience le premier album éponyme de ce trio indie-pop basé à Glasgow après le buzz occasionné par la tournée qu’il avait effectuée avec Sea Lion. Golden Grrrls va s’avérer être un disque composé presque comme une collection puisqu’il sera construit comme un assortiment de chansons pop qui se veulent infectieuses et entraînantes.

Les morceaux baignent dans des guitares « noisy », crispées, aux tonalités brouillées et avec de la reverb qui semble vouloir occuper chaque portée musicale, des percussions relâchées au point de sonner désinvoltes et des vocaux dont l’esthétique bricolage sera partagée entre Rachel Aggs et le guitariste Ruari MacLean.

Golden Grrrls donne le sentiment d’être un groupe pop par essence déluré, flirtant avec son auditeur par ses vocaux mais dont le mur sonore ôte toute sensation de roucoulade.Les onze morceaux ne dépassent pas 27 minutes accentuant encore cette impression d’instantanéité volatile et inconséquente. « New Pop », « Paul Simon » ou « We Got… » sont obligeants; concis et immédiatement addictifs ; exemples d’un groupe qui semble s’être amusé pendant ses sessions d’enregistrement.

Au chapitre des influences on pourrait citer The Delgados ainsi que The Pastels même si Ruari McLean revendique l’héritage de plusieurs groupes néo-zélandais. Il est certain qu’on pourrait être tenter de réécouter à la place des Golden Grrrls les premiers albums des Delgados mais l’exubérance et la poursuite incessante de la chanson pop simple, « fun » et efficace mélodiquement fait qu’il est, finalement, difficile de ne pas apprécier notre trio.

★★★☆☆

Girls Names: « The New Life »

Pour ce groupe de Belfast dont The New Life est le deuxième album, la vie semble être faite de tout ce qui peut l’obscurcir. On pourrait presque qualifier le combo de « gothique » vu l’atmosphère oppressive qui se dégage de ses compositions si ses influences musicales ne se situaient pas ailleurs, du côté du début des années 80 avec des ensembles comme The Smiths, Cure ou même REM. De ce point de vue, Girls Names parvientà faire un bien joli grand écart car ce disque demeure fondamentalement de la pop music.

Les morceaux d’ouverture, l’instrumental « Portrait » et « Pittura Infamante » mettent tout de suite dans l’ambiance avec un basse ronflante ; des percussions métronomiques et des guitares chargées de reverb. Le ton des vocaux est incantatoire et plein d’une imagerie dédiée à la nuit, le péché et la chair. Il faut n’y voir, au mieux qu’une accentuation de l’univers que le groupe instaure soniquement, au pire des stéréotypes sur l’envers des choses dont on peut aisément s’abstraire.

En effet, si problème il y a, c’est que justement Girls Names va maintenir ce modèle tout au long de l’album. Bien sûr les riffs sont balancés et accrocheurs, les mélodies de qualité, mais si on ne peut reprocher au combo de ne pas être consistant, on peut être très vite lassé par le monolithe que constitue The New Life.

Visiblement les musiciens ont choisi d’appuyer là où ils aiment, « Drawing Lines » est fascinant par son étrangeté, et « Hypnotic Rgression » ou « Occultation » sont des merveilles de « gloom pop ». On ne peut donc qu’applaudir cette volonté de se situer au-dehors des modes transitoires qu’adore la presse britannique. The New Life est un album crépusculaire et certainement magnifique. Espérons que la tension qui envahit les derniers titres de l’album saura trouver un exutoire musical vers, en l’occurrence, une nouvelle vie.

★★★½☆

Torres: « Torres »

L’histoire de ce premier album éponyme de Torres (Mackenzie Scott,22 ans, native de Nashville) est assez instructive. Sa famille s’est cotisée pour lui offrir une Gibson et lui permettre d’enregistrer un disque, chose faite en cinq jours en Louisiane. Scott n’avait pour ambition que de faire entendre sa musique et, vu sa modestie, on est agréablement surpris que Torres soit aussi brut et prenant et qu’il explore avec une telle acuité les émotions humaines les plus basiques.

À partir d’arrangements très simples et le plus souvent dépouillées, elle utilise une voix aux multiples facettes et parvient ainsi à faire entrer l’auditeur dans les moments les plus intimes de sa vie. Ce peuvent être des banalités du quotidien (une chute d’eau, des cendres de cigarette dans une tasse à café, la confusion de se trouver devant une maison inconnue) mais à partir de ceux-ci, tout personnels qu’ils soient, se dévoilent des thèmes qui parlent à tout le monde , le chagrin amoureux, la peur, la crainte d’être rejeté ou l’amour de soi.

« Mother Earth, Father God » qui ouvre l’album avec des cordes languissantes sur un fond de distorsion et des vocaux solennels résume à lui seul ses diverses influences. On sent le façon d’enregistrer assez crue de Chan Marshall tout comme son phrasé habité, les trilles fleuries de Joanna Newson, tout comme la voix puissante et sensuelle de Alela Diane ; tout cela sur une juxtaposition de sons électriques et acoustiques. C’est un titre qui annonce avec force un album consumé par des colères multiples, des percussions implacables et des violons aux tonalités sinistres. Que le tout soit filtré et adouci par une perspective qui demeure toujours axée sur l’« americana » rend le morceau d’autant plus envoûtant.

Cette introduction n’est pourtant qu’un avant-goût d’un album qui va se révéler au fil des plages de plus en plus aventureux. Scoot est parfaitement à l’aise pour trouver sa voix et, en partant de cette aisance, est capable de prendre des décisions instrumentales hardies qui surprennent et charment formant un patchwork d’idées musicales sur lesquelles ses histoires prennent vie.

« Honey » est la premières de trois compositions qui explorent avec ferveur le chagrin qui peut souvent accompagner la passion. Le timbre des vocaux fait preuve d’expressivité en soi tant il dénudé et poignant et que les arrangements suintent la tension comme le feraient des gouttelettes d’eau tombant sur une surface à intervalles irréguliers. Les mots sur « Honey » sont délivrés doucement au départ puis, peu à peu, la composition montre ses dents quand la voix de Scott se fait dure et rocailleuse. Une nouvelle dimension s’ajoute alors quand ce mélange de supplication et de rancoeur s’étale sur un mur sonore qui semble palpiter. Ces orchestrations incarnent à merveille ce que peut être l’état mental d’une personne traversée par le tels tourments et ces efforts surhumains faits pour rester calme alors que tout est ravagé à l’intérieur de soi. Elle le font avec justesse,on pourrait presque dire timidité, et ne versent jamais ainsi dans l’outrancier.

C’est avec la même exactitude que Scott va explorer les complexité des sentiments humains sur un « Jealousy & I » qui hésite entre les larmes et la recherche d’un réconfort ou comme sur « November Boy » dont l’atmosphère tremblant accentue ette introspection faite de solitude.

La deuxième partie de l’album se voudra plus vive et électrique. « When Winter’s Over » est un titre rock assez direct dont le climat est néanmoins perturbé par des boîtes à rythme et des vocaux « chill out » à vous couper le souffle. « Don’t Run Away, Emilie » et « Come To Terms » monterront que Torres sait également rebondir avec légèreté et délicatesse même si la chanteuse ne s’éloigne jamais de son phrasé passionné.

Torres est un album qui palpite de vie comme si il ne pouvait avaoir été écrit par quelqu’un d’autre . C’est d’ailleurs le cas tant s’en dégage compréhension, maturité et confiance, candeur et en même temps exhibition à fleur de peau. On peut penser que Scott s’est jetée à l’eau pour enregistrer ce disque ; à y bien penser on peut juger qu’elle a eu mille fois raison de le faire.

Bonnie « Prince » Billy and Dawn McCarthy: « What The Brothers Sang »

Il est des reconsidérations qui sont pleines d’ironie. Du temps où les Everly Brothers étaient actifs, le duo était considéré comme faisant partie de la pop grand public (mot gentil pour ne pas dire « variété »). Que des figures aussi cultes dans les milieux indépendants que Dawn McCarthy et Bonnie « Pince » Billy s’avisent à faire un album de reprises et, brusquement, voilà les Everlys auréolé d’un nouveau statut, presque mythique.

Il est vrai que McCarthty et BPB traversent la planète « americana » beaucoup mieux que la plupart des interprètes modernes et, alors que beaucoup de ces derniers, offrent une musique prédigérée,ils ont été constants et consistants pour nous délivrer, seuls ou ensemble, des albums dont la crédibilité n’a jamais varié.

What The Bothers Sang n’est pas un exercice aussi classique qu’on pourrait le croire. En effet, nos deux artistes n’ont pas choisi l’optique Best of mais ils ont, au contraire, privilégié des titres moins connus . Ils en ont transplanté les racines légèrement rock dans leur univers country et leur ont donné cette vibration harmonique et enveloppante qui leur est si particulière. « So Sad » en est l’exemple le plus flagrant et, même si un « Devoted To You » est plus proche de l’original, il ne se départit pas de la vision intime imprimée par McCarthy et Billy dont la seule liberté sera une reprise ébulliente de « Somebody Help Me » qui sonne toute droit sortie du juke box d’un bar américain.

What The Bothers Sang est une bien belle addition à l’univers de ce duo constitué pour l’occasion. Nous faire pénétrer dans le génie des Everly Brothers est une autre chose. Ce disque parvient à concilier les deux.

★★★★☆

Rapid Talk: Interview de Thao (And The Get Down Stay Down).

Le retour de Thao & The Get Down Stay Down est une benne nouvelle tant ce combo est réjouissant et astucieux dans son éclectisme. We The Common en est une meilleure tant, sans sacrifier ses bien jolies compositions pop, il continue, sous l’égide de Thao, dans la voix de la verve et de l’originalité.

Vous avez fait un disque avec Mirah ; en quoi cela a-t-il affecté We The Common  ?.

Ça m’a indubitablement décoincée et m’a donnée une plus grande confiance pour jouer une plus grande variété d’instruments et aborder une plus grande palette de sons et de mélodies. J’ai beaucoup de respect pour son art, la façon dont elle s’adresse à son public et la poésie qui émane d’elle. Elle m’a encouragée à écrire en dépassant des thèmes qui me concernaient.

Qu’en est-il de cette Valerie Bolden citée dans le titre ouvrant l’album, « We The Common (for Valerie Bolden) » ?

L’ossature de cette composition est l’idée que le collectif est un support sur lequel on peut s’appuyer. Le texte de ce morceau est basée sur ma première conversation avec elle quand, en tant qu’avocate, elle venait visiter une prison d’état pour femmes en Californie.

L’instrumentation sur « City » est très acérée. Comment les chansons prennent-elles forme chez vous et sur quels critères décidez-vous d’une « vibe » plutôt que d’une autre ?

J’ai une idée grossière au départ. Elle est basée sur ce dont le morceau va traiter et la motivation qui a été à l’origine du sujet choisi. À partir de cette esquisse, la mise en forme et les arrangements se font avec le groupe.

Vous êtes une bénévole pour la California Coalition for Women Prisoners. Qu’est-ce qui vous a parlé dans cet organisme et cela a-t-il joué pour ce disque ?

J’ai appris et bénéficié d’eux beaucoup plus que je ne saurais leur donner. Je suis impressionnée par la force, la résilience et l’esprit de ces femmes dans un environnement cruel et injuste. L’humanité de de groupe est quelque chose que je n’avais jamais rencontrée.

Vous voyez-vous désormais comme une artiste engagée et dont la voix pourrait porter ?

Je n’estime pas que mon statut me permet de mettre en avant certains problèmes mais je crois que ces expériences m’obligent à écrire sur des choses qui vont plus loin que moi-même. Sur ce disque, je n’avais pas pour but de faire un manifeste politique mais ce que j’ai vécu s’est infiltré dans mes compositions. Je suis impressionnée par le degré d’implication des musiciens aujourd’hui. Je crois que beaucoup parmi nous reconnaissent qu’ils sont dans une situation privilégiée et que cela les encourage à évoquer des causes qui les concernent.

Qu’est-ce qui vous a amenée à la musique ? Quels artistes ou albums par exemple ?

Smokey Robinson a été le premier musicien avec qui je me suis sentie en phase. Je me souviens l’avoir entendu très jeune à la radio. En terme d’album je dirais Car Wheels on a Gravel Road de Lucinda Williams.

Sur « Human Heart » il y a un élément « soul » assez nouveau chez vous

J’adore la«  soul music », elle est vitale pour moi. Ce morceau a été laborieusement écrit en studio lors du dernier jour où nous enregistrions. J’étais exténuée et la production est issue d’un effort collaboratif que je ne peux que louer.

Il y a aussi ce duo avec Joanna Newsom sur « Kindness be Conceived » ; comment parvenez-vous à trouver des points communs avec un artiste au point de travailler avec ?
Ça a été sensationnel. J’avais terminé ce morceau et je suis venue la voir pour lui demander d’en chanter les harmonies. On a travaillé pendant une heure ensemble et, quelques mois plus tard, elle a enregistré sa partie à New York. Je crois que deux artistes travaillent mieux ensemble si ils s’entendent personnellement.

Rapid Talk: Interview de Darwin Deez.

Darwin Deez est une sorte de raconteur ou de bateleur jouant de la musique en solo. Sur Songs for Imaginative People, son deuxième album, il manie le verbe mais aussi la musique de façon plus articulée que son apparente désinvolture pourrait ne nous le faire croire.

Comment vous êtes-vous senti au moment d’enregistrer ce deuxième disque  : croulant sous les idées, tendu, inhibé  ?

Je dirais qu’il y avait à 80% une sensation de liberté mais avec 20% de restrictions. Celles-ci venaient principalement de ma tête, mais en termes de production je crois avoir pu occuper tout l’espace que je souhaitais tout en restant moi-même.

Vous avez eu en général d’assez bonnes critiques, cela compte-t-il pour vous  ?

Tout à fait mais je n’aime pas les lire. Quand je le fais, j’ai toujours envie de rétorquer, d’expliquer ou de défandre ma musique. Au bout du compte ça n’a pas grande importance. La meilleure option pour moi est donc de ne pas en prendre connaissance. Si je me mettais à polémiquer avec les médias, très vite je serais perçu comme un enquiquineur. J’ai pu lire par exemple que copiais Nick Valensi des Strokes. Ça n’est pas mon «  guitar hero  » mais, comme ça vient d’un journaliste, ces commentaires deviennent gravés dans le marbre. Les gens prennent ce genre de déclarations sérieusement mais moi aussi je prends mes chansons au sérieux  ! Jje n’aime pas qu’on les attaque car je suis fier de ce que j’ai fait de chacun d’entre elles.

Quid du titre de la l’album  ?

Je l’avais en fait préparé pour le premier album mais j’ai finalement décidé de garder un titre éponyme car l’idée était qie je me définisse. Ces compositions racontent des histoires, si vous écoutez un conte des frères Grimm, vous devez utiliser votre imagination. On vous donne des détails mais l’histoire n’est riche que de votre interprétation. J’attends des gens qu’ils mettent bout à bout ces compositions. Il y a une narration qui est cohérente et qui n’est pas simplement un langage fleuri pour le plaisir d’user de bons mots. C’est le genre de chanson qui me rend fou !

D’où viennent vos influences au niveau des textes ?

La première est sans doute The Dismemberment Plan (groupe indie de Washington) et The Weepies (folk-rock de Cambridge, Massachusetts). Leur chanteuse, Deb Talon, excelle dans l’art de choisir un sentiment spécifique et d’en dresser un portrait. C’est pour moi la plus haute forme de composition. La musique se prête à l’expression des sentiments et je dis sentiment plutôt qu’émotion car ça implique une situation qui est chargée émotionnellement. Quand je pense à l’émotion, je pense à la folie, la tristesse, la peur, juste des pulsions. Des artistes comme elle savent relater de façon intéressante ce qui nait de leurs sentiments.

Vous êtes assez prolixe dans votre jeu de guitare, vous est-il difficile de vous retenir parfois ?

C’est vrai que j’essaie toujours de montrer un maximum de choses, comme ces riffs que j’ai appris récemment et qui figurent ça et là sur l’album.

Vous n’étiez déjà pas mauvais sur le premier disque.

Oh que si ! C’est pour ça que je ne jouais que sur une guitare à quatre cordes , sans aucun « mi ». Vu la souplesse de mes doigts, quatre cordes me permettaient d’avoir un son plus clean. Il y avait aussi un effort délibéré d’avoir un timbre qui me soit propre, je l’accordais bizarrement pour pouvoir accéder à des résultats inhabituels en terme de voix. L’élément fondamental de ma technique était que je n’ai pratiquement pas joué durant mon adolescence. J’étais si occupé à faire du travail de production sur la batterie et la basse que mes riffs avaient disparu. Avant ce disque, j’avais été surtout influence par Thin Lizzy et John Mayer.

Vous avez également fait un album de drum and bass, n’est-ce-pas ?.

J’étais en tournée et je m’ennuyais. Les concepts m’inspirent beaucoup.Charlie and the Chocolate factory est un film que j’adore par son allégorie bouddhiste et ses compositions qui complémentent l’histoire plutôt qu’ils ne l’envahissent. Je voulais que les gens en apprécient les mélodies. C’est aussi un bon moyen de me remettre dans un « groove » créatif, surtout après avoir tourné pendant plus d’un an et c’est le type de projet sur lequel je peux travailler sans groupe et sans trop d’investissment émotionnel. J’ai, d’ailleurs, commencé un autre projet, un « remix » deLast Splash des Breeders. C’est le premier album que j’ai acheté.

En quoi vous inspirent-ils ?

J’ai une relation d’amour et de haine avec ce disque. Les textes m’ont toujours frustrés tant ils sont impressionnistes. Je m’y suis habitué mais c’est sans doute pour cela que je voulais essayer de les réinventer.

Quelle est l’histoire derrière votre vidéo de « Free (The Editorial Me) » ?

J’adore l’existentialisme. C’est de cela que traite le morceau, vous pouvez profiter de la vie si c’est ce à quoi vous aspirez. Il y a une boucle en feedback qui délivre deux images de vous et qui vous permet de regarder comment vous agissez et de le transformez.

Est-ce aussi une chanson qui traite de boulots sans avenir ?

Pas ce morceau, même si une ligne le mentionne. « Free » n’est pas aussi spécifique qu’il le devrait à mon sens. Je ne suis pas vraiment satisfait du texte, il est trop vague mais j’essayais quelque chose de nouveau. Ce qui m’excitait était d’approcher les textes à travers des structures familières. Sur un des titres, j’ai pris tout ce que racontait une publicité et l’ai transformé pour qu’il ait un thème humain. Pour moi, il s’agissait de faire autre chose que des métaphores et des allégories. Une de mes amies est aveugle et elle écrit des choses formidables et vous êtes censé écrire à partir de ce que vous voyez. Mais si j’étais aveugle ?! Cela me donne envie de ne pas rester confiné dans les mêmes approches de la composition. Cet album me permet d’en sortir et d’essayer des nouveaux trucs.

Vous aimez enregistrer seul ?

Énormément, c’est mon réel objectif. Tout en revient pour moi à fabriquer quelque chose de beau à partir de rien. Ça me fait halluciner et j’adorerais le faire pour le reste de ma vie. Je n’ai même pas encore ébréché la surface tant les combinaisons d’histoires, de mélodies et d’enregistrement sont infinies… Tourner, je le fais parce que j’ai besoin d’argent. (Rires)

Rapid Talk: Interview de Adam Green.

On ne s’y attendait pas du tout mais ce premier album de Adam Green et Binki Shapiro est constellé de luxuriantes compositions de folk-pop sixties pleines d’accroches instantanées. Adam Green revient sur la genèse de ces récits où abondent les cœurs brisés.

Cela fait longtemps que vous vous produisez en solo ; comment est venue l’idée de ce « concept album » avec Binki ?

Ça m’est venu soudain à l’esprit alors que j’étais sur quelque chose de complètement différent. Je me suis dit que ce serait pas mal de faire un disque avec elle. Je me suis assis sur mon divan et ai écrit sur une feuille de papier en lettres majuscules de façon à ne pas oublier : « FAIRE ALBUM AVEC BINKI ! » .

Comment vous êtes-vous partagé la tâche avec Binki ?

On a tout écrit ensemble. J’avais quelques idées quand on se réunissait et on les passait au crible. Binki est très bonne à synthétiser les choses et elle a eu la patience de s’attarder sur tous les textes que je lui présentais. Elle était très concentrée et capable de ne pas dévier des thèmes. Elle me disait parfois : « Adam, c’est une chouette phrase mais elle n’est pas cohérente avec la chanson ! » C’est vraiment une personne très artistique et, une fois qu’on s’est mis à travailler ensemble, notre rythme était presque d’une chanson par jour.

Et comment a fonctionné l’harmonie et la dynamique entre vous au moment de l’enregistrement studio ?

Ça été un peu stressant car nous n’avions pas beaucoup de temps, moins de trois semaines. On avait composé les morceaux sur une guitare acoustique, comme des folk songs et nous n’avions pas une idée très claire de la façon dont nous souhaitions les produire. On était en studio avec Noah Georgeson qui s’était occupé de nos précédents albums respectifs ce qui était rassurant. On se chamaillait pas mal sur les directions esthétiques car nous avions tous des idées très fortes sur la façon dont devait sonner l’album. Mais le plus stressant a été d’avoir à expérimenter à cause du temps qui nous manquait. Au regard de ça je trouve les arrangements assez créatifs.

Les morceaux semblent suivre le thème d’une relation qui se détériore. Était-ce conscient et délibéré ?

C’était ce qui arrivait à l’époque. Il s’est trouvé que Binki et moi nous sentions tous deux très isolés à cette période. Je ne sais pas si c’est ma façon, venimeuse, de réagir à des désillusions sentimentales. Je crois qu’on voulait faire un album artistique mais parcouru par l’émotion. Le choix est simple : faire une thérapie art-noise vomissante ou avoir une méthode et une structure.

Vous deviez avoir une idée du son désiré avant de commencer. « Don’t Ask For More » a, par exemple, une production assez remarquable.

On voulait que ça sonne joli. Notre bassiste, Joe Steinbrick, et moi sommes de grands fans de Herbie Flowers. On a beaucoup discuté de sa façon de jouer par rapport à ce qu’on voulait, en particulier sur ce morceau. Je lui ai demandé de jouer comme si il avait pris un acide il y a 30 minutes et que celui-ci commençait à faire de l’effet. Je crois que c’est comme ça que Herbie jouait sur « Melody Nelson ». D’une manière générale on s’est basé sur ce qu’il y avait en studio : un harmonium, quelques carillons, un grand piano, une guitare à cordes de nylon, des claviers et des percussions. On a beaucoup bossé sur les variations sonores des plages de façon à donner un côté « live ». Noah y est pour beaucoup, il a toujours eu cela en lui.

On a beaucoup évoqué Lee Hazelwood et Nancy Sinatra en référence à ce disque.

Je peux comprendre la comparaisonet elle n’est pas totalement fausse. La fin de « What’s The Reward » référencie la fin de « Some Velvet Morning » mais on n’en a jamais beaucoup parlé entre nous. Je trouve que Lee et Nancy sont plus dans le bubblegum ce qui n’est pas notre cas. Je digresse un peu mais je trouve un peu idiot que ce qui est vieux doivent être considéré comme un classique.

Quel titre sur le disque s’est avérée meilleure que ce à quoi vous vous attendiez ?

Je dirais presque tous ! Mais j’ai été particulièrement surpris par le fait que « The Nighttime Stopped Bleeding » sonne si bien.

Et comment vous situez-vous aujourd’hui par rapport à votre discpgraphie personnelle ?

Je dirais que je considère ce disque comme mon huitième. Je les apprécie tous pour différentes raisons. Gemstones m’est venu naturellement, c’est un de mes préférés. Sur Jacket Full of Danger j‘étais très en colère et c’est un album très nihiliste. Sixes and Sevens n’est pas estimé comme il le devrait ; il y a dedans des morceaux qui sont parmi les plus beaux que j’ai jamais composés.

Rapid Talk: Interview de Foxygen.

We Are The 21st Century Ambassadors of Peace & Magic de Foxgen est un album assez notable par son traitement, à mi-chemin entre hommage et pastiche, de l’approche sixties qu’il revendique. La vision de ce jeune duo (Sam France et Jonathan Rado) est originale tout comme l’approche de Rado lors d’une interview.

Quelle importance attachez-vous à l’image que Foxygen véhicule ?

Je ne sait pas réellement de quoi elle est constituée. Je crois que nous sommes simplement deux gamins qui font de la musique et que nous n’avons pas beaucoup de contrôle sur la façon dont on nous perçoit.

Votre bassiste joue sur une de ces basses de type Beatles : est-ce un clin d’oeil à vos influences rétro ?

C’est en fait une imitation allemande de la basse Hofner. Elle a été fabriquée juste en face de l’usine Hofner mais ils la vendent beaucoup moins cher. J’adore ce son de basse vraiment creux. Vous savez c’est beaucoup moins une influence Beatles qu’une influence sixties. Tous les groupes de cette époque avaient ce son en commun.

« San Francisco » recueille beaucoup de compliments, comment s’est construit le titre ?

La première version était assez country ; nous l’avons changée après pas mal de temps mais avons conservé le même chorus.

Quel type de musique écoutiez-vous durant votre jeune âge ?

La scène de Los Angeles ne nous plaisait pas du tout ; les groupes de hard rock au Whisky A Gogo par exemple. J’aime bien White Fence et Beck à qui on nous associe même s’il vient d’une autre décade.

On vous apparente aussi à des artistes comme of Ariel Pink, Mac DeMarco, MGMT, Gross Magic ou PS I Love You : qu’en pensez-vous et comment vous différenciez-vous d’eux ?

J’aime beaucoup Ariel Pink et MGMT. Quant aux autres groupes, je ne connais pas du tout..

Vous êtes assez branché Internet : avez-vous mis votre musique en ligne avant d’être signé par Jagjaguwar ?

C’est vrai que je me passionnais pour le codage html. Je ne suis pas un hacker ; j’aime mieux bidouiller un peu et trouver des cracks ici et là.

Comment envisagez-vous vos cinq prochaines années ?

Enregistrer quelques albums encore et mourir assez vite.

Une déclaration finale que vous voudriez partager ?

Nous avons grand coeur et sommes fans des Knicks.

Johnny Marr: « The Messenger »

Johnny Marr est de cette race de guitaristes des années 80 qui, à l’instar de Bernard Butler, ont préservé une réputation d’innovateurs tout en s’affranchissant des excès démonstratifs des « guitar heroes » de la génération précédente.

Après la séparation des Smiths il s’est avant tout concentré sur une carrière de musicien de session et The Messenger est son premier véritable album solo depuis près de 30 ans. Il n’y a pas lieu d’être ni étonné ni déçu de ce disque ; il s’agit de l’album de guitariste auquel on pourrait s’attendre avec les les particularités de Marr (une six cordes assez fleurie en trémolos, marque de fabrique qui a été fort utile à des groupes comme Modest Mouse ou The Cribs).

On ne peut donc que saluer ce mélange de vibrato et de glam rock qui accompagne « The Right Thing Right », un « Upstarts », pop song accrocheuse en diable où les guitares semblent se démultiplier et détailler tous les détails de ce qu’on peut être capable de faire avec cet instrument. Tout ceci se fait sans mine d’y toucher comme ce « European Me » avec son arrangement à la Radiohead et ses accords pris en mineurs qui semblent explorer toutes les gammes de la mélancolie. On peut d’ailleurs regretter que Marr n’ait pas souhaité prolonger cet exercice dans l’étrangeté plus avant et que, fondamentalement, The Messenger reste un album plutôt convenu et sans prise de risques.

On peut voir dans cela un excès de discrétion et aussi le fait que, tout comme pour Butler, Marr n’est pas un chanteur et que, quelque part, se réfugier derrière une instrumentation et des vocaux à peine perceptibles reste une solution de contournement compréhensible. Ce disque déçoit quelque peu par son manque d’ambition, il rassure et réconforte néanmoins sur un artiste dont la capacité à composer des chansons pop accrocheuses ne doit rien à personne, y compris Morrissey.

★★★☆☆