Telema: « Breakfast »

Il doit être difficile comme un groupe indie pop de trouver un son qui ne soit pas totalement usité et de le conserver au frais quand ils arrivent en studio. Ce quatuor londonien est formé d’anciens membres de Pete & The Pirates et il semble âtre en mesure de l’avoir fait si on considère leur premier « single », « Chistina » une chanson pop posée et à la limite d’une mièvrerie et qui n’y échappera que par l’intervention indéniablement tranchante d’un riff de guitare. Voilà un morceau emblématique de ce que peut-être un tube indie-pop avec sa mélodie soigneusement construite et le « fun » qu’elle véhicule.

« Steam Train Girl », pendant ce temps, sera de la synth-pop vaguement robotique semblable à du Krftwerk n’ayant pas encore embrayé la vitesse supérieure et aurait voulu émuler Belle & Sebastien mais le titre fonctionne à plein tout comme le titre phaare que sera « 23 Floors Up » avec un son aussi épique que l’aurait souhaité Suede.

Teleman semble, en effet, être un groupe particulièrement composé ; ce peut être dans le minimalisme arty de « Skeleton Dance » ou dans les autres morceaux ; ils donnent l’image d’un combo qui sait qu’il sait ce qu’il fait et qui semble heureux de le faire.

Breakfast dégage ainsi un sentiment de fierté qui émane et bouillonne de manière sous-jacente tout au long de ses plages, et, malgré les quelques inévitables bouche-trous propres à chaque album, il se résume au final en un disque qui est aussi agréable à écouter qu’il semble l’avoir été à réaliser.

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Parquet Courts: « Sunbathing Animal »

L’imagerie invoquée par Sunbathing Animal, le deuxième album de ce groupe de Brooklyn capture à la perfection l’insouciance calme qui est générée pa run disque qui, tout détendu qu’il paraisse, est capable de se lancer en pleine action à la moindre occasion.

The Parquet Courts ont été ici capable d’affiner leur pop noisy avec des éléments plus cérébraux et cette habileté à aller du languide à l’agité fournit une dichotomie sonorequi fait partie intégrante de leur charme.

Le titre d’ouverture, le lysergique « Bodies », se termine sur une vibration séductrice et jopueuse à la Pavement avant que le morceau suivant, l’urgent « Black And White », ne verse dans le chaotique avec ses guitares en feedback et les vocaux de Andrew Savage comme alimentés par du kérosène.

Voluptueux, l’album le sera comme indiqué avec « Dear Ramona » et son arrangement étrange et captivant tout comme dans la réponse légèrement hypnotique et onirique que semblera être un peu plus loin « She’s Rolling ». Tracklisting impeccable, le morceau débouchera sur la chanson titre, au staccato infernal, avant que le groupe ne paraisse se lancer dans une résignation avec le labyrinthique « Up All Night ».

The Parquet Courts ne se contentent pourtant pas de ne jouer que sur les oppositions. Il est aussi capable de décliner des schémas répétitifs avec une certaines allure : témoins en seront les rythmes haletants façon Velvet Underground de « Vienna II » ou le frénétique « Duckin’ And Dodgin’ » qui, inlassablement, va s’insinuer dans le cerveau.

Si on ajoute des moments comme « Instant Disassembly », jam de sept minutes qui rappellera The Modern Lovers et The Feelies on trouve, avec cet album, un combo qui n’est pas simplement capable de recycler ses influences mais qui est également à même de les transcender et de leur donner une direction qui en fait plus que la simple commodité revivaliste qu’aurait pu faire craindre leur « debut album ».

***1/2

Eureka Calfornia: « Crunch »

Crunch est le deuxième album de Eureka California et il arrive sans qu’on ait eu le temps de se lasser de fredonner les compositions du premier. En une période où tout est rigoureusement planifié leur spontanéité (18 mois entre les les 2 disques) fait plaisir à entendre.

Ils semblent arpenter la ligne du « rien à foutre » avec entrain tout en réussissant à retomber sur leurs pieds à chaque fois.

Crunch fait preuve de confiance et de légèreté et, juste au moment où ils semblent vouloir expédier les affaires courantes, ils vous balancent un classique « powerpop » comme « This Ain’t Not A-Side » qui pourrait sans rougir avoir sa place aux côtés des Plimsouls ou de Jam.

La plupart des morceaux tournent autour de deux minutes, aussi, les quatre minutes de « Aert Is Hard » feront figurent de « epic song » avec des textes malicieusement empruntés à d’autres de leurs compositions. La musique résonne alors entre hilarité et non sens sans pour autant que son sérieux puisse être remis en cause.

Eureka California sont des experts à ce jeu de nous faire croire qu’ils plaisantent sans que ce soit la cas. Ils savent changer de braquet quand il le fait, ne pas nous endormir dans une fausse indolence et nous entraîner brusquement dans le déséquilibre et le vertige.

À brouiller ainsi les lignes entre comédie et tragédie, leur approche devient alors une interprétation proche de l’art, à l’image de groupes comme Mudhoney ou The Replacements où rien ne semble sérieux sauf au moment où ils se saisissent pour de bon de leurs instruments.

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Popstrangers: « Fortuna »

Que n’a-t-on pas glosé sur le fameux « sohomore slump », ce deuxième album qui ne peut être qu’inférieur à un premier qui a fait date et qui guette chaque groupe comme les Néo-Zélandais de Popsstangers devant donner une suite consistante à Antipodes.

Celle-ci se nomme Fortuna et le combo semble avoir mis de côté le son en distorsion de leur effort initial pour s’orienter vers une pop plus brumeuse sise dans l’esprit des 60’s. La combinaison (anxiété urbaine subtile et riffs accrocheurs) fonctionne assez bien et permets d’aborder les thèmes habituels que sont l’amour, la communication ou l’hostilté en lui donnant une humeur particulière explorant la face le plus émotionnelle de la pop.

Cette atmosphère n’est pas joyeuse pourtant mais elle est portée d’une manière qui la rend engageante et satisfaisante, sans paraître laborieuse et compulsive.

Au départ pourtant, la première sensation est celle d’un déséquilibre entre les guitares agitées et des rythmes apaisant qui donnent un climat quelque peu onirique. Fortuna est un disque assez simple mais difficile à catégoriser ; la voix de Joel Flyger oscille ainsi entre l’éructation punk et le phrasé de crooner et les influences musicales vont aller de la psychedelia avec les riffs qui ouvrent « Violet » à la pop-rock façon Elvis Costello rencontre The Stokes du premier « single », « Country KIlls » sans que, néanmoins, ces similarités prennent le pas sur la composition.

Plus que tout ce sera la simplicité sous-jacente qui fait de Forruna un album accessible et donne la sensation d’être un classique : riffs élémentaires, accord atonaux et vocaux suffisamment brouillés pour qu’on tende l’oreille pour les déchiffrer. IL n’y a rien de blasé dans la diction d’un titre comme « Tonight », juste des mélodies accrocheuses qui propulsent l’album de l’avant. Popstrangers utilisent à merveille ce feeling de dérive facile ; celle-ci se situe avec aisance entre minimalisme et complexité et Fortuna a suffisamment de substance pour qu’on y prête attention sans se forcer.

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Haunted Hearts: Initiation »

Dee Dee Penny et Brandon Welchez ne sont pas là pour nous produire en série des chansons d’amour archétypales et clichées. Ce duo mari et femme, de respectivement The Dum Dum Girls et de Crocodiles) ont formé Haunted Heart il y a deux ans et, malgré le titre de leur projet, ils sont plus inclinés à camoufler leur affection derrière une imagerie scabreuse et une instrumentation faite de reverb et de sons étouffés que de remarques sirupeuses.

Les phrases standards de leur romance sur ce premier album comprennent des textes de style : « C’est OK / Tu peux m’attacher/ Si j’en fais aussi. » sur un titre aussi parlant que « Something That Feels Bad Is Something That Feels Good. ». On ne trouvra certainement pas ça dans une déclaration d’amour sur une carte mais on ne rechignera pas à s’approprier cette sérénade joliment balancée.

Initiation se situe musicalement à mi-chemin entre les sons de Penny et de Welchez, assemblant des extraits lo-fi qui n’explorent pas véritablement des nouveaux territoires et préfèrent s’appuyer sur des fondations trépignantes.

Le titre d’ouverture, « Initiate Me », est un morceau dont la séduction opère dans des zones ombragées qui voient les harmonies des deux vocalistes se répondre en écho, des guitares bruissantes et des synthés aux sifflements tapageurs montrant en quoi ce premier opus est fait de mariages contrastés mais heureux.

Si Penny et Welchez partagent la plupart du temps les vocaux, le titre phare de l’album se situera quand Penny se retrouvera en pleine lumière sur une ballade aérienne qui n’aurait pas déparé les 80’s, « Love Incognito » ni des comparaions avec Kate Bush ou Hope Sandoval.

Les six plages baignent toutes dans cette même rêverie brumeuse, telle un brouillard qui avance sans effort et se révèle contagieux. Les deux artistes ne se situeront donc pas en terrain inconnu et ne gagnera aucun fan qui n’aurait pas déjà été séduit par The Dum Dum Girls ou Crocodiles. Ceux-ci y verront une addition qui construira un pont entre deux des groupes garage les plus importants de la scène musicale récente.

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Hundred Waters: « The Moon Rang Like A Bell »

The Moon Rang Like a Bell est le « sophomore album » de Hundred Waters, ce groupe californien résidant en Floride. Leur premier disque, éponyme, avait séduit par son côté expérimental assez somptueux dans lequel on trouvait des échos de Röyksopp et de Feist.

Son succès était bâti sur les vocaux malléables de Nicole Miglis dont la versatilité à passer de l’aérien et au léger à la Björk à des trilles acrobatiques façon Amber Coffman avait fait de Hundred Waters un disque difficile à égaler.

The Moon Rang Like a Bellgarde cette note de beauté en apesanteur et y ajoute une production qui souligne à merveille les qualités du combo. Ce peut être sur « Xtalk » et ses couches sonores en perpétuel mouvement, dans le R&B raffiné de « Out Alee » ou avec un « Cavity » céleste et qu’on dirait inspiré par une divinité.

Ajoutons également une approche néo-classique latente (« Seven White Horses »), un « Innocent » qui évoquera le murmure de Beach House et on obtiendra des orchestrations dont la compétence est rien moins qu’exemplaire.

Il ne sera pas difficile (ou peut-être le sera-t-il) de choisir des moments de choix dans ce pot-pourri d’influences mais la plus grande qualité de Hundred Waters est d’être capable de sen emparer et de nous concocter quelque chose de réellement innovateur. On ne pourra pas, alors, ne pas détecter une attitude similaire à celle du musicien expérimental Sonny Moore (ex-Skrillex) ou une démarche de scansion qui oscille entre Bat For Lashes et Laurie Anderson.

Instrumentation, compositions et vocaux se conjuguent pour faire de The Moon Rang Like a Bell un opus de choix qui montre un groupe bien plus avancé qu’un deuxième album dont on sait combien ils sont souvent hésitants pourrait suggérer.

***1/2

Chris Schlarb: « Making The Saint »

 

Le compositeur, producteur et multi-intrumentiste Chris Schlarb est le genre de personne qui permet à la musique de rester intéressante. Il a joué de la pop expérimentale, du free jazz et de la chamber pop avec Psychic Temples et a même retravaillé des compositions des Beach Boys et de Frank Zappa mais ce californien est resté d’un esprit nomade et, après une album comme Psychic Temple II qui s’enorgueillissait d’un accompagnement pléthorique, Schlarb a décidé de délaisser ce temple psychique pour s’adonner à la solitude plus simple et moins polie de Making The Saint.

La chanson titre dure pourtant vingt minutes mais elle est composé d’un long drone à l’orgue que seules quelques légères improvisation à la guitare viennent interrompre pour nous emmener encore pus avant dans la méditation contemplative.

De l’organique on passe ainsi à la sensation de flotter dans l’espace et une autre composition tout aussi longue, « The Fear Of Death Is The Birth Of God », va prolonger le même effet répétitif, cette fois avec des couches musicales plus amples, des cordes qui semblent gémir à l’unisson et cette guitare qui glisse toujours dans ce même sens.

« Great Receiver » sera une ballade poignante à la guitare acoustique, tout comme le bref mais méthodique duo acoustique que sera « My Foolish Heart ».

Comme le titre de l’album, et celui du précédent également, l’indique le travail de Sclrab doit être scruté au travers d’une réflexion spirituelle mais Making The Saint n’est pas une musique qui s’adresse uniquement à l’intellect. On pourra l’écouter et l’apprécier dans le réel, comme source de relaxation ou de dérive mais qui jamais ne devra être vécue comme purement dérivative.

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Trash Talk: « No Peace »

Il est difficile de rester indifférent à l’assaut sonique dont le groupe harcdore de Trash Talk sait faire preuve. Intituler ce sixième album No Peace est preuve de ce qui les caractérise avec, en bonus, une petite pointe de provocation.

Le combo se singularise par une musique extrême dont le terrain principal est la scène, des vocaux r lesquels on se demande à chaque fois si leur auteur, Lee Spielman, n’a pas été trop loin et des performances que bien des groupes ont été tentés d’émuler.

Ici, Trash Talk n’a rien perdu de l’urgence qu’on trouvait dans Eyes & Nine ou 119 mais sur des morceaux comme « Cloudkicker » (le titre le plus long puisque durant trois minutes) ils parviennent à apporter de nouveaux éléments à leur son.

No Peace se distinguera avant tout par une cohérence et ce sans que le groupe semble pourtant exercer la moindre retenue dans son interprétation : des compositions comme « Monochrome », « Locked Skin » ou « The Hole » jouent allègrement sur des tempos mineurs et s’éloignent de ce à quoi les combos de hardcore lambdas semblent être intéressés ; brouiller les genres et les sons plutôt que reprendre les choses à la base et faire leurs gammes.

L’album semble être ainsi conduit sans efforts et vouloir être écouté avec la même fluidité. De ce point de vue-là, le combo de Sacramento continue à marcher facilement sur le fil qui se situe entre collision musclée et production soignée ; on peut ne pas aimer mais on ne peut nier la qualité et el soin mis à réaliser No Peace.

**1/2

Neil Young: « A Letter Home »

La carrière solo de Neil Young s’étale sur près de 45 ans et elle se scinde, schématiquement, ent deux types d’albums. Il y a les rockers proto grunge comme Rust Never Sleeps ou Ragged Glory et les disques folk-rock plus subtils du style Affter The Gold Rush ou Harvest.Ces quatres productions sont des classiques, des monstres même, mais Young, malgré une probité qu’on ne peut remettre en question, n’a pas été le plus consistant des artistes si on considère des choses comme Everybody’s Rockin, Re-act-tor ou Life.

Juste après le vintage Psychedelic Pills, le chanteur change à nouveau de registre avec un A Letter Home qui se situe dans la tradition folk-blues de Young et comme si le titre de l’opus se voulait un retour aux sources. Son chant si unique et mélancolique s’accompagne d’une guitare acoustique, d’un piano et d’un harmonica pour réaliser un album de reprises, autre regard vers le passé, qui ne pourront que susciter une certaine fierté quand on connaît l’esprit patriotique qui rassemble les Américains.

On y trouve des titres de Dylan, Tim Hardin et Bert Jansch auquel Young donne un traitement si basique et « roots » qu’ils auraient très bien pu avoir été enregistrés dans une pièce, au coin d’une cheminée et sur un rocking chair.

En fait, les sessions ont été réalisées dans une cabine d’enregistrement vinyle telle qu’il en existait à l’époque, un Voice-O-Graph datant de 1947. Young a donc tenté de donner un parfum vintage authentique mais il semble essayer si fort que, par moments, il n’est pas loin de la parodie. Y avoir rajouté des craquements et, sur la chanson titre, des bribes de monologues ne fait rien non plus pour restituer cett atmosphère du temps jadis.

Les versions du « Girl From The North Country Fair » de Dylan ou de « Crazy » de Willie Nelson sont plutôt réussie mais le disque souffrira d’un manque de variation dans son approche. A Letter Home, n’apporte, en fait pas grand chose et ressemble plus à un disques composé de chutes de studio ou de demos qu’autre chose. Il ne restera donc, à l’issue de son écoute, que la certitude qu’il ne peut s’adresser qu’aux inconditionnels de Neil Young essentiellement.

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Echo & The Bunnymen: « Meteorites »

Meteorites est le douzième album studio de Echo & The Bunnymen, groupe dont le vocaliste Ian McCullough demeure un des leaders les plus immodestes que la pop anglaise ait pu connaître aussi il convient d’accueillir, comme d’habitude, avec des pincettes ses déclarations emphatiques sur ce nouvel opus.

Produit par Youth, ce qui est en soi un bon signe, il apparaît pour une fois comme le digne successeur de Crocodiles (1980) ; chose à laquelle le combo a toujours aspiré à réaliser depuis.

Les Bunnymen s’éteint longtemps complus dans une sorte de synth-pop incohérente et mélancolique qui rappelait de plus en plus des Doors qui seraient passés à la moulinette de l’édulcoration. Ils ont peu à peu déconstruit ce modèle mais sont toujours restés dans une pompe orchestrale (Ocean Rain) qui ne tranchait pas véritablement avec leur image.

Sur Meteorites, McCullough semble vouloir prendre la préséance aux dépens du guitariste Will Sargeant qui na rajouté que quelques parties instrumentales une fois les demos réalisées.

Le résultat en est une collection de titres alertes donnant une impression de marche en avant inexorable d’autant qu’elle est sous-tendue par une narration qui semble réaliste et moins brumeuse. L’inventivité de la fuzz va alors de concerts avec des morceaux qui montrent McCullough fermement ancré, pour une fois, dans un univers où la perte et le désespoir ne sonnent pas apprêtés. La chanson titre, est à cet égard, une merveille et « Constantinople » (avec ses emprunts à la musique orientale) ou « Market Town » sont des incursions dans des climats plus enlevés totalement battus en brèche par les textes sombres auxquels on ne peut qu’adhérer.

Il serait vain alors de comparer Meteorites à leurs meilleurs exercices, même si la comparaison est grande. Les chansons de McCullough ont beaucoup changé mais c’est un album qui a un pouvoir viscéral indéniable, une plongée au coeur de soi qu’on aurait eu du mal à imaginer chez le vocaliste ; cette approche dont il fait preuve ne peut que nous engager à embarquer dans le voyage intime qu’il nous propose.

***1/2