Rapid Talk: Interview de Cheatahs

   Le chanteur guitariste des Cheatahs Nathan Hewitt a suffisamment entendu les comparaisons qu’on faisait de son groupe avec Swervedriver pour le son shoegaze de son combo pour en être interpellé : «  C’est vrai que qu’on nous parle souvent d’eux mais c’est un de gens groupes dont je n’avais jamais entendu parler avant que quelqu’un, puis d’autres, pointent la référence. Notre guitariste, James Wignall, a grandi en les écoutant et il aimait beaucoup ? Je ne pense pas que quelqu’un d’autre ne n’ait prêté attention à eux avant cette analogie. On a vérifié et c’est vrai qu’ils sont un super son. Mais j’ai la sensation qu ‘il y a aussi chez nous des éléments d’autre groupes de Creation Records. »

Des comparaisons avec l’écurie Creation ont été faites dès 2012 avec la sortie de deux EPs, Coared et Sans plus tard réunis soue le titre de Extended Plays, en particulier My Bloody Valentine. Ces rapprochements ne sont pas prêtes de disparaître dans la mesure où leur premier album éponyme est riche de compositions baihnant dans la reverb comme « Geographic », « Get Tight » ou « Cut The Grass ».

L’album était presque achevé quand The Cheatahs furent invités à rejoindre la tournée Waaves/Fiddlar au printemps 2013 : « On avairt enregistré 80% du disque avant de démarrer la tournée. On est revenu et notre label, Wichita, nous a dit qu’il n’allait pas sortir avant février. On leur a demandé quelle était la date limite pour terminer le disque et ils nous ont répondu août 2013. On a donc passé tout l’été en studio à ré-enregistrer, changer els arrangements, écrire de nouveaux titres. L’album est finalement sorti plus tard que prévi mais je crois qu’il a bénéficié de ce délai. On se sent plus forts et armés de meilleures compositions. »

Tourner a indubitablement aidé The Cheatahs à solidifier leurs titres et leurs relations personnelles. « Ça a été vraiment la tournée la plus chère que nous avons faite . On a appris à vivre ensemble, à dormir dans le même van, à manger de ce qu’on trouvait. Ça nous a galvanisés, a contribué à nous souder et à mieux définir notre son. Maintenant nous savons vers quoi nous voulons aller. »

L’hiver dernier, plutôt que de rester à ne rien faire, le groupe a tourné en Europe avec les punks du label Sub Pop, Merz. C’était une affiche idéale même si elle n’est pas prête de se répéter car Merz travaille sur son deuxième album. The Cheatahs espèrent passer le plus de temps possible sur la route, à jouer dans des festivals aux USA, Grande-Bretagne et en Europe. Comme l’explique Hewett sans qu’on puisse le contredire : « Rien ne vaut une bonne salle, avec un son idéal et des gens venus voir des groupes jouer. »

Rapid Talk: « Interview de Conor Oberst »

Malgré le fait qu’il n’ait que 34 ans, Conor Oberst a plus de 20 ans de carrière dans la musique. Aujourd’hui semble être venu le temps de la réflexion pour un artiste qui a commencé à écrire des chansons dès l’âge de 13 ans. Comme pour tous les musiciens ayant commencé tôt, Oberst s’est constamment redéfini. Il a d’abord été qualifié de musicien « emo » puis a eu avalé le calice empoisonné d’être baptisé le « prochain Dylan » et, plus récemment, son répertoire a varéi entre l’Americana, le stadium rock où la spiritualité n’est pas absente et, enfin, du post-hardcore imprégné de politique protestataire.

Oberst s’éloigne aujourd’hui de l’étiquette Bright Eyes à laquelle il a souvent été associé avec son nouvel album solo, Upside Down Mountain. Bien que ce ne soit pas sa première incursion dans l’entreprise solo (le premier, éponyme, est sorti en 2008 suivi par Outer Soth avec le Mustic Valley Band 12 mois plus tard) ainsi qu’un The Peoples’s Key en 2011 qui ressemble de plus en plus au dernier album de Bright Eyes dans un futur proche, travailler seul offre aujourd’hui la parfaite opportunité pour qu’on puisse approfondir qui est le véritable Conor Oberst, non seulement pour nous, mais aussi pour lui-même.

Avec la production assez imposante de Bright Eyes, chose que le chanteur concède, le fait de devenir aussi dispersé soniquement, la réédition de tout son catalogue et l’importance de ses textes et à sa tonalité vocale, la perspective de cet album solo est assez intrigante quant à ce que le chanteur a à offrir : « La façon dont j’ai tendance à travailler ou à ressentir la créativité est en général une réaction contre ce que j’ai fait précédemment. Si je fais quelque chose pendant un certain temps, mon impulsion sera d’opter pour aller vers autre chose tout de suite après ».

On peut certainement dire que ce disque est un départ si on le considère avec son prédécesseur nettement plus cryptique. Alors que les albums précédents ont toujours vu Oberst chercher l’inspiration auprès de sources extérieures (la spiritualité, la vie dans le Sud des US ou dans une communauté en Floride), ce disque voit Oberrst choisir de regarder en lui-même ce qui fait de Upside Down Mountain son album sans doute le plus personnel.

« Parfois la créativité fonctionne comme un balancier et vous vous retrouvez là d’où vous êtes parti. C’est un endroit où vous avez déjà trouvé quelque chose de vous et je crois que j’ai essayé de revenir à une formule de composition plus traditionnelle pour moi. Avec The People’s Key, j’ai voulu enrober mes textes derrière un code cryptique que les gens devraient déchiffrer pour comprendre. Je crois qu’ici je suis beaucoup plus direct, d’une certaine manière. »

Tout comme un balancier, Upside Down Mountain présente, en certaines occasions, toutes les idiosyncrasies d’un album de Bright Eyes et voit le chanteur dans son registre le plus pensif. Il faut dire que bien des choses ont changé pour l’artiste depuis quelques années ; il s’est installé au Mexique, s’est marié et a signé pour Nonesuch Records une « major » après avoir réglé plusieurs problèmes contractuels. Malgré ce semblant de maturité nouvellement acquise on trouve sur le disque des restes d’introspections avec lesquels nous sommes toujours familiers depuis ses débuts discographiques en 2000.

Le début de l’album en est une indication d’ailleurs car « Time Forgot » voit Oberst vouloir se défaire de sa relative renommée pour emménager dans une ville fantôme de manière à, précisément, « réunir l’éparpillement de mes pensées ». Celles-ci se percutent dans « Double Life » : « J’essaie de dépeindre les périls et les côtés positifs du fait de vivre une existence plus calme , D’ailleurs une grande partie de l’album me voit me concentrer sur ces moments où il faut assumer un problème sérieux, que ce soit le départ de ses enfants ou la vie qui ne se déroule pas comme on le souhaite. »

L’optimisme n’est pourtant jamais loin et ce sur quoi Oberst insiste c’est « cette attitude semblable à la démarche zen qui est d’accepter la vie telle qu’elle vient et de réagir aux choses du mieux qu’on le peut. La vie est une souffrance et il y a des tas de choses cruelles qui arrivent dans le monde. Votre pouvoir réside dans le fait d’être capable de vous concentrer sur la négativité ou sur la nécessité d’avancer. » d’où l’importance qu’il donne au rôle que joue la musique : « Elle a l’unique habilité de nous faire passer derrière les lignes ennemies ; qu’elles soient politiques, spirituelles ou idéologiques. Si j’essaie de communiquer quelque chose, c’est juste un message d’humanisme que je tire des mon existence. Je me vois dans les autres et j’espère juste qu’ils en feront tout autant. » La musique ne changera peut-être pas le monde en effet, mais les gens qui l’apprécient et qui sont en phases avec ces idées pourraient un jour remporter le match.

Oberst gagnera sans doute certains fans et en perdra d’autres, plus proches de Bright Eyes ; mais ce qui compte ne réside-t-il pas dans cette lutte universelle qui se situe à l’intérieur de nous mais aussi au dehors et à laquelle on ne peut que se sentir des affinités ?

Rapid Talk: Interview de + / –

Les New Yorkais de + / – (Plus/Minus) ont un sacré pedigree musical. Leur leader James Baluyut qui a conçu le projet en 2000 et le chanteur-guitariste, Patrick Ramos, ont tous deux participé à Versus pendant près de dix ans avec le frère de James, Richard. Ces derniers sont peut-être un des groupes indie les plus sous-estimés des années 90 sortant des disques ambitieux qui n’ont jamais réuni rien de plus qu’un bon accueil clairsemé et la fixation obsessive de Sam Fogarino de Interpol qui cherchait désespérément à les faire connaître.

Entretemps, le batteur Chris Deaner, avait fait ses armes avec Prescott Curlywof de Austin et avait également joué avec Kelly Ckarkson, illustrant en quoi son approche était à la fois grandiose et pleine de dynamite.

+ / – sont une unité resserrée, à des années lumières des premiers projets solos de Baluyut avec son ordinateur portable et, au bout de 14 ans, ils ont enfin enregistré ce qui est sans doute leur meilleur album, l’étincelant Jumping The Tracks. Si on lui demande en quoi les six années de latence ont gêné ou aidé le groupe, Baluyut tranche:

« Un peu des deux. de toute évidence toute cette impulsion que nous avions dans les années 2000 est partie. Les fans qui ne nous suivaient que de loin ne sont plus là. Mais ceux qui en étaient des vrais, sont toujours présents et nous attendent. Les gens qui sont les moins inventifs continuent ailleurs, c’est la règle. Ce qui importe c’est de maintenir l’attention des gens. Une pause prolongée n’est certainement pas un adjuvant pour cela. Mais avoir du temps pour réfléchir à un album et à en faire quelque chose de meilleur que jamais ne peut qu’être bénéfique. Patrick et moi avons beaucoup parlé de réalisé un album qui soit un classique et je crois que celui-ci l’est. Nous n’avons aucuns regrets quant à son contenu. »

Ceci étant dit, le fait d’avoir ouvert pour Death Cab For Cutie et d’avoir été sollicités par The National pour tourner avec eux et de les voir atteindre un succès tel qu’ils jouent désormais dans des gros stades leur a donné une certaine assise qui leur a permis de graver de superbes albums sur leur premier label, le vénérable et historique Teen-Beat. + / – n’ont sans dote pas autant de visibilité que ces autres combo mais les leurs plus ardents supporters n’hésiteront pas à écouter et d’adorer d’anciens disques comme Jumping et les plus néophytes seront surpris d’écourter des productions qui valent bien plus que ce à quoi ils s’attendaient.

Baluyut prétend être plutôt imperméable au rôle que sa musique peut avoir dans la vie des gens mais il est toujours surpris par l’effet provoqué par ses compositions quand elles sont exprimées au près du public : « On essaie juste de faire quelque chose qui a du sens pour nous et espérons que cela se communiquera aux autres ;je ne suis pas certain de ce qui peut l’être d’ailleurs, peut-être que ça a à voir avec nos tendances sombres et le fait de s’y réferrer souvent.… J’ai eu quelques mails de gens qui y voyaient des messages qui n’y figuraient pas du tout. C’est intéressant de penser que vous pouvoir établir un rapport avec des personnes alors qu’ils ont une interprétation qui va totalement à l’envers de ce que vous essayez de véhiculer. Ce n’est pas que je ne veux pas me connecter à eux, c’est juste ainsi que je procède. »

Circulatory Systems: « Mosaics Within Mosaics »

Ce troisième album du groupe de Will Cullen Hart (ex-membre de Neutral MIk Hotel  et de la tendance dream-rock de Athens en Géorgie)  est une chose sinueuse et onirique. Il n’est que de percevoir les embardées  de ses beats et la façon dont Hart murmure ses textes dans ses enregistrements pour se dire que ce disque, ces mosaïques dans d’autres mosaïques, ne sont  que le long continuum au sein d’un même morceau composé de multiples mouvements. Disque tiroir donc, centré autour des de la voix de Hart, avec des orchestrations qui se fondent sur l’acid-rock sur fond de basse fuzz, de voix passée sur bandes passées à l’envers , d’instrument à bois et à vent mis en sourdine, d’orgues de barbarie et de cloches éraflées et de sons innombrables qu’il est impossible de définir.

Le Smile des Beech Boys, impossible à achever est là, en arrière plan, sur ces 31 plages dans la façon dont elles s’assemblent les unes aux autres. Tout y est question de texture et de rien d’autre, celles-ci se dissolvent les unes aux autres plutôt que de disparaître avant d’être assemblées par quelqu’un d’autre que leur créateur. Masaics Within Mosaics est ainsi construit, à partir de plages à peine terminées composées par le batteur Derek Almstead. Pourtant, malgré la liste des 26 personnes ayant contribué au disque (avec entre autres Jeff Mangnum et Jeremy Barnes de Neutral MIlk Hotel) il est clair que c’est l’opus de Hart dans la mesure où il s’agit d’une continuation de ce à quoi l’artiste a travaillé depuis plus de vingt ans avec Bill Dossl fondateur aujourd’hui décédé de Olivia Tremor Control.

En dépit de ce pot-pourri ce qui étonne est le côté mélodique du disque. Le spectre des années 60 hante l’album en particulier avec une réitération du « Only a Northern Song » de George Harrison qui semble être doublé en dissonance par rapport à ce que les Beatles en ont fait ou un« If You Think About It Now » qui se passe du rock le plus direct à des harmonies inimaginables. Tous les titres nécessitent un apprentissage, par exemple, la chanson qui clôt l’album,« Elastic Empire Coronation », mais chaque composition a une tournure séduisante ; il suffit de prêter l’oreille avec patience pour en être captivé

***1/2

Peter Matthew Bauer: « Liberation! »

The Walkmen sont un groupe qui, comme Arcade Fire, recueille une certaine unanimité et qu’il est de bon ton d’apprécier. Tous deux sont des combos qu’ont peut qualifier de solides et, dans les deux cas, dotés de personnalités affirmées.

Maintenant que les premiers cités se sont séparés il n’est pas étonnant de voir ses anciens membres se lancer dans des projets solos. I y a d’abord eu celui de leur vocaliste, Hamilton Leithauser, Black Hours, et maintenant nous avons doit à celui de leur multi-instrumentiste Peter Matthew Bauer.

Le titre du disque de ce dernier, Liberation  !, ne peut qu’interpeller. Il peut être vu comme l’expression d’être libéré des Walkmen mais il peut également faire allusion au processus créatif qui découle du processus de création individuelle. L’un n’exclut pas l’autre dans la mesure ou cet album sonne comme si Bauer redécouvrait toute une série de tonalités qui ont été, depuis fort longtemps, mises dans un placard.

Si on considère la première plage par exemple, «  I Was Born In An Ashram  », jamais on ne pourrait croire qu’elle a été enregistrée par un membre des Walkmen. Cet éloignement de l’univers familier du groupe est ce qui rend Liberation  ! digne d’attention. C’est, en effet, un album rempli de guitar rock aux sons biens propres avec quelques idées «  world  » qui seraient égrainées ici ou là. Que ce soient des enregistrements sur le terrain, des mélopées ou des instruments non conventionnels, Bauer parvient à mixer l’ensemble de ces éléments de manière harmonieuse tout au long de l’album tout en préservant sa coloration rock.

Le problème qui va surgir du disque est en fait son manque de mélodies suffisamment fortes pour nous accrocher. Le «  songwriting  » est correct, sans plus et les chansons ne parviennent à nous captiver plus que l’espace d’un moment. Ainsi les titres passent sans qu’on en garde souvenir une fois terminés, « Philadelphia Raga » par exemple ; quand on les écoute les instants sont sont pas désagréables mais n’ont rien de mémorables. On peut voir la chose de façon positive en sa disant que rien n’est médiocre ou n’est composition de remplissage, mais, sans faire une fixation sur les « singles », on ne décèle rien non plus qui pourrait en être un.

Liberation ! est un album honnête dont on peut se dire que son auteur ne se moque de personne, à mi-chemin d’être qualifié de prometteur, mais qu’il est également capable de nous ménager d’autres surprises, bien meilleures que celles-ci.

***

White Reaper: « White Reaper »

Le EP devient un format de plus en plus populaire pour cette génération de musiciens qu’on a baptisée « post-it-quick ». Elle est, en effet, un support adapté pour un groupe qui débute et qui ne se sent pas réellement prêt à sortir un album et à, ainsi, parfois subir des critiques du style « un EP aurait suffi. »

Dans le cas de White Reaper, un combo du Kentucky de la mouvance pop-rock axée sur les guitares en fuzz et les coup d’éclats soniques, on peut dire que cette option s’est avérée judicieuse. On peut exiger d’eux plus qu’une inspiration instantanée dans ses élans juvéniles eu égard à son pedigree.

Le début du disque de ce trio de Louisville démarre de manière assez épineuse mais plaisante avec « Cool », un titre penchant plutôt de côté mélodique de l’esthétique trash-garage. On y décèle des back-up vocals féminins inattendus, des pointes de synthés bon marché et un écho sur les vocaux qui lutte pour se frayer une voix au milieu de la frénésie des guitares. Bref,c’est une bataille de moucherons contre des guêpes au même titre que « Funn » et « Half Bad » où le chanteur passionné qu’est Tony Esposito, crie comme si il était poursuivi par une nuée d’abeilles.

On est dans le registre du trashy estival, ces premiers moments d’énergie que nous apportent les vacances mais sans le kitsch des enluminures power pop. Sur les trois derniers titres, en particulier le tempétueux et épique « Conspirator », le groupe se verrouille encore plus en mode trashy avec des accords minimalistes, des riffs épais et des percussions déchaînées. On se sent alors comme au-dessus d’un endroit où répèterait un groupe de garage-rock novice, c’est à la fois le meilleur et le pire qu’on puisse dire de White Reaper.

**

White Hex: « Gold Nights

Le post-punk est devenu une étiquette qui, aujourd’hui, veut tout dire et ne rien dire. Les seuls points communs sont leur basse assez proéminente et leur qualité dansante. L’expérimentation et le changement entre les genres sont leurs éléments fédérateurs ce qui fait qu’à partir de ces prérequis il n’y a plus guère de sens à s’en réclamer.

C’est ainsi qu’on pourrait qualifier Gold Nights, le nouvel album du duo australien White Ex tant ses influences sont claires et tant, pourtant, il défie toute catégorisation. On ne peut dire que c’est un disque « revival » dans le mesure où le groupe est parvenu à créer un climats aux riches et profondes textures qui ne repose jamais sur une resucée des tropes électroniques ou post-punk.

Il aurait été facile de revisiter le passé mais Gold Nights est habité par une atmosphère à la fois industrielle et luxuriante, justifiant un titre où fleure l’optimisme que la nuit peut susciter. Cette dichotomie est prévalante toute au long de lalbum ; parfois avec des thèmes sombres alliés à de somptueuses orchestrations ou des beats féroces d’où émergeraient des vocaux attendris. Les oppositions jouent ainsi l’une contre l’autre mais d’une façon qui implique l’auditeur plutôt qu’elle ne l’aliène.

La sensibilité pop de White Hex est également très affirmée ; malgré des sujets lourds, les titres se veulent accrocheurs et comme destinés aux dance clubs. Chaque aspect des compositions semble vouloir nous faire dodeliner de la tête et, de ce point de vue, Gold Nights ne peut être qu’un succès. Même quand le contenu émotionnel est absent, il sait se reposer sur une atmosphère scintillante et c’est en cela qu’il est d’autant plus surprenant. Pour un album qui aurait facilement pu tomber dans le rebattu par son utilisation des synthés vintage et de boîtes à rythme, il parvient, et c’est son plus grand exploit, à nous délivrer une substance unique qui ne sonne jamais ringarde ou forcée.

***1/4

Vacationer: « Relief »

Relief le deuxième album de ce groupe de Philadelphie annonce d’emblée la couleur de par son tiotre et son intention. Il se veut un disque plaisant, propre à l’évasion un peu comme leur premier opus, un Gone electro-pop ensoleillé où il était déjà question de voyage, de photographie et de béatitude sonique.

Relief y ajoute une touche plus ample, cinématographique mais toujours suintant la positivité pop. Vacationer résulte d’une collaboration entre Kenny Vasolik, Matthew Young de Body Language et Grant Wheeler avec un son plus serré et puissant comme si il s’agissait de signifier que les vacances étaient terminées. Le fait d’avoir beaucoup tourné avec plusieurs autres ensembles en est la cause avec un des avancées kaléidoscopiques gorgées de samples mais avec une orchestration plus musclée et expansive.

Le « single » « Wild LIfe » mélange ainsi Beach Boys et LCD Soundsystem, « Heavenly » Animal Collective et musique de l’âge d’or hollywoodien alors que « Paradise Waiting » nous catapulte entre De La Soul et musique de club sur laquelle passer l’été.

Relief s’avère ainsi être presque de la « background music », plein de facéties excentriques et de luxuriants arrangements tropicaux mais il sonne beaucoup trop fabriqué et trivial pour susciter notre adhésion. Là encore c’est un disque emblématique de ce que le scène musicale représente aujourd’hui : profusion de disques, belle fabrication et compétence musicale assurée. Mais, quelque part, il ne provoque aucune vibration si ce n’est de surface, en fait c’est un disque bouche-trou un peu comme ces « hits » estivaux qui n’ont pour vocation que de durer quelques semaines avant de s’évanouir de nos souvenirs. Il est vraisemblable que, même étendu tout au long d’un album, ce savoir-faire ne s’avère aussi stérile qu’une plage une fois qu’elle a été abandonnée.

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Donovan Blanc: « Donovan Blanc »

Captured Tracks est devenu, ces dernières années, un des labels les plus rebommés de la scène indie américaine. Notons le succès de Marc Demarco mais aussi le fait qu’ils soient restés fidèles à leur démarche : rééditions du labal Flying Nun et un catalogue qui comprend Chris Cohen et ici Donvan Blanc pour son premier album éponyme.

Duo composé de Joseph Black et Raymond Schwab, ils ont peu à peu jeté par dessus bord leurs tendances noisy puis lo-fi pour se rapprocher d’un son plus propre et mieux produit. Musicalement c’est de la bedroom pop avec une claire influence, celle de l’album rock du début des 70’s qui rappelle celui d’un autre ensemble de la période, America. Comme eux, Donovan Blanc ont un penchant pour la pop à la saccharine mais avec des mélodies qui parviennent à nous surprendre par leurs changements d’accords et de rythme inattendus et apporter une certaine densité.

Le titre d’ouverture, « Girlfriend » débute ainsi avec une mélodie à la guitare façon « Sounds of Silence » avant d’intriduire des flutes au travers d’un mellotton et des harmonies luxuriantes qui feraient sourire de joie tout fan de musique AM.

Les textes font référence aux relations humaines, avec des noms s^pécifiques qui ajoutent une qualité romantique à l’album. « Minha Menina » est le « single » qui traduit du Portugais signfie « fille » et il est vraisemblablement une référence appuyée à la chanson de Os Mutantes du même nom. Toutefois, alors que le composition des Mutantes suit le schéma classique de deux personnes tombant amoureuses, celle de Donovan Blanc est introspective et se concentre sur l’inconnu. C’est un titre mid-tempo, aux guitares en carillon qui ressemblent à un clavecin ; sans doute une des meilleurs chansons de l’album.

Donovan Blanc est ainsi rempli jusqu’à plus soif de chansons merveilleusement écrites dont bien des groupes souhaiteraient en avoir composé au moins une. C’est un disque qui se veut monumental et intemporel, dans ce deuxième cas il survivra autant que les influences sur lesquelles il s’appuie.

***1/4

Strand Of Oaks: « Heal »

« Je suis né à mi-chemin, peut-être trop tard, tout ce qui est bon a déjà été accompli. » Ainsi commence « Shut In », une plage au milieu de Heal de Strands Of Oaks qui résonne comme une personnification que ferait Jim Jones de Bruce Springsteen. On peut espérer que Tim Showalter ne croit plus en ces lignes et d’ailleurs ce cinquième album fonctionne comme une argumentation contre cette idée.

Indépendamment des nombreuses influences qu’on peut déceler, l’histoire de Heal est intrigante. Les textes sont directs et honnêtes, remplis d’aveux où la mauvaise image du soi est omniprésente, mais véhiculés avec une fermeté qui les fait sonner comme de la véritables poésie. On ne critiquera donc pas cette propension à mêler les compositions ensemble ; un « Goshen ’97 » qui amalgame The Smashing Pumpkins et la participation de J. Mascis, « JM » un hommage à Jason Molina, ou le riff de la chanson titre qui rappelle « Give Out » de Sharon Van Etten.

Showalter saute ainsi d’un genre à l’autre chanson après chanson comme si il lui était nécessaire d’exorciser ses démons de haines de soi où qu’il puissent se situer et qui ont nom : addictions, peine des coeur ou aliénation. Tout cela sonnerait bien lugubre si l’effet final n’était pas celui d’une catharsis et si la musique n’téiat pas si jubilatoire et pleine de vie.

Showalter peut à un moment « perdre sa foi envers les gens » mais il l’équilibre par du rock and roll exubérant et débridé ; chose qui nous fait comprendre que sels les gens qui ont connu les abysses peuvent rendre positifs des cauchemars personnels.

Les albums précédents de Strand Of Oaks s’étaient cantonnés dans une niche folk totalement mise de côté sur Heal. Les moments rock ne baignent dans aucune ironie, comme si Showalter vivait dans un mode étranger à ce concept. Sur « Mirage Year » ou « Wait For LOve » il se permetet même de faire plus Coldplay que Coldplay eux-mêmes et nous invitant dans un monde où le pouvoir de la création est nécessaire comme s’il s’agissait de nous guérir (« heal ») de nos traumas. À l’écoute de ce disque, il semble avoir réussi à le faire, au moins déjà pour son auteur.

***1/2