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Ventura: « Ad Matres »

Ce trio hélvétique œuvre dans le shoegaze et ce quatrième album depuis Ultima Necat les voit rompre un silence qui durait depuis 6 ans. Le temps semble leur avaoiré été profitable car Ad Matres est sans doute le meilleur album du combo.

Ce réveil est moins électrique que précédemment mais tout aussi douloureux. Alourdi par le deuil d’une mère disparue et bousculé par l’arrivée d’un nouveau batteur, ce nouveau chapitre reste marqué par une certaine noirceur de ton autant que par une volonté farouche de résilience ; souffrir, certes, mais aussi effacer avec, en introduction, un instrumenta, « Acetone », pour, enfin, repartir.

Le noise-rock plutôt frontal se voit ainsi enseveli sous une avalanche d’overdubs de guitares héritées de ce shoegaze qui se résume par cette formule : tête dans le guidon et yeux rivés sur les pédales.

Défilera alors tout un pan de l’histoire de ce rock alternatif qui fraie dans le chéma adolescence tourmentée façon Shellac ou ces digressions noisy à la Sonic Youth ou Labradford, voire Fugazi.

La force de Ventura, toutefois, sera de dépasser ces références écrasantes en y apportant équilibre et légèreté. Cette position passera notamment par la voix mélodieuse voire discrète de Philippe Henchoz contrastant impeccablement avec les déferlantes furieuses de l’instrumentation. Le tout sera étayé par unep roduction magistrale, celle de Serge Moratel (Knut) qui sait rendre encore ici ce contraste pertinent et d’une efficacité redoutable. De quoi satisfaire les oreilles les plus exigentes mais aussi les plus adaptables.

***1/2

15 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Debrider: « Gift Horse »

Que voilà un disque joliment paradoxal. Avec sa couverture pastel et bucolique, la voix très pure Lia Pisa-Relli ainsi que sa musique portant toutes les caractéristiques de la dream-pop, on s’attend à une petite douceur sans conséquence. Et on se prend de plein fouet la dureté des paroles et la complexité mouvementée des mélodies. Avec ses six titres on se dit que Gift Horse n’est guère plus qu’un EP. ; on ressort de son écoute aussi éprouvé que s’il en faisait le double ou le triple. « Eprouvé » dans le bon sens du terme.

Gift Horse est-il seulement un album de dream-pop ? S’il en a une partie des sonorités, il lui manque ce que l’on retrouve immanquablement chez tous les émules de Mazzy Star : le côté vaporeux. Ethéré. Alangui. Rien de tout cela ici, le chant comme la musique étant toujours fermes et décidés, secs et rythmés, presque un peu groovy par moment. Cela ne veut pas dire que Debrider fait dans le rock and roll, juste que le trio américain a compris que calme et soyeux ne veut pas dire chiant et cotonneux et que le rêve souvent se transforme en cauchemar…

 

Gift Horse est par contre définitivement pop. Chacune des cinq chansons originales (la reprise du « Billie Holliday » de Warpaint, de fort bonne facture, est accrocheuse et mémorable, parfaitement structurée pour mettre en valeur aussi bien le chant que le texte ou l’instrumentation. Mais il va piocher aussi bien dans le répertoire dream-pop, shoegaze que post-rock ou indie-rock l’habillage qui va lui permettre d’être le plus efficace pour faire passer sa mélancolie douce-amère… En cela Debrider n’est pas très éloigné de groupes comme Basement Revolver ou Alvvays.

***1/2

29 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Plastic Handgun: « Involuntary Memories »

Plastic Handgun est le projet solo de Mark Di Giovanni, un artiste de Toronto qui joue de tous les instruments et se charge également de la production. Son nouvel album, Involuntary Memories, est, musicalement, un dérivé du shoegaze en mode plus électronique et s’avère, dans cette démarche, fortement influencé par MGMT et Animal Collective.

Le musicien a pourtant eu l’intelligence de se saisir de cette inspiration en essayant de pousser ses ramifications vers une direction plus expérimentale. Beaucoup des titres, comme le superbe « Capillary Vessel », sont des instrumentaux ce qui accentue cette facette abstraite mais, lorsqu’il se décide à chanter, l’effet est avant tout émotionnel, semblable à celui que véhicule quelqu’un comme Elizabeth Fraser.

On s’est souvent interrogé sur à quoi ressemblerait soniquement, aujourd’hui, un groupe qui se réclamerait de The Jesus and Mary Chain ou My Bloody Valentine. Plastic Handgun pourrait apporter un début de réponse de par la manière dont il est capable de s’approprier l’electronica moderne. Il sait pourtant donner une place essentielle à la guitare, par exemple les loops et le feedback sur « Eustachian Tube », mais elles se partagent l’espace avec les synthés. « Selective Living » rappellera même The Durutti Column par la façon dont il combine nappes de guitares et plages incitant à la rêverie.

Ajoutons que le travail à la production est plutôt impressionnant quand on connaît sa source et que son ampleur pourrait faire honte à toute une flopée de musiciens. Involuntary Memories est indubitablement un album fascinant et prometteur et provenant d’un musicien qui mérite d’être entendu.

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24 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Pinkshinyultrablast: « Nothing Else Matters »

Il y a une très belle comparaison à faire entre des étendues désertiques mornes très souvent en-dessous de zéro de température et illuminées par la faible lueur d’un soleil caché et la particularité qu’ont certaines excusions shoegaze. Aucun chemin clair ne s’y discerne pour nous indiquer une direction qui nous soulagerait ; les deux s’engagent dans une direction à l’intensité qui nous écrase et qui n’est apaisée que par le charme intérieur et vacillant qu’on peut distinguer dans ses moirages.

Oeuvrer dans le revivalisme est une entreprise délicate car on s’expose très vite au risque d’être perçu comme une copie conforme. La seule solution viable est de s’emparer du style qui vous convient, ne pas tenter de l’édulcorer ou de le moderniser et de le jouer comme le dictent votre sensibilité et votre environnement.

C’est des frustrations qui sont issues d’un paysage dévasté et d’une scène indie ne bénéficiant d’aucun soutien qu’est né Pinkshinyultrablast, un groupe de cinq musiciens originaires de Saint Petersbourg. Leur « debut album » est donc un double défi adressé qu’il est à un cadre qui fait tout pour les estomper ; on comprend qu’il se manifeste par une musique débridée qu’aucune entrave ne peut domestiquer.

Pédales « fuzz », vocaux qui se fendent pour révéler une splendeur chorale et une obsession shoegaze consolidée par, d’un côté une fixation pour des synthétiseurs Krautock drus et secs et, de l’autre, par une volonté d’aller vers les expérimentations classiques à la Terry Riley et Philip Glass. Le résultat en est celui d’une beauté angélique lumineuse qui s’insinue profondément dans une complexité bruitiste façon My Bloody Valentine.

Nothing Else Matters oscille ainsi au travers d’une dynamique où alternent le calme et le bruyant, les loops pleins de douceur de « Metamorphosis » ou les tempos épiques et carillonnants de « Marigold ». Que chaque morceau puisse être extrait de l’album et plongé dans un mix 90’s sans sonner dénaturé en dit long sur ce combo. Si beaucoup de groupes travaillent sous cet angle, Pinkshinyultrablast fait partie des meilleurs. Que cela soit sur leur premier disque, mérite d’être souligné.

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30 janvier 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire