Brendan Benson: « You Were Right »

Il se dit qu’un nouvel album des Raconteurs est en préparation et qu’il sortirait au printemps 2014. La question qui ne peut que se poser est de savoir si ce disque du seul Brendan Benson nous permettrait de patienter.

You Were Right ne déçoit pas réellement mais il donne l’impression d’avoir été façonné précisément pour ne pas le faire. Les fans d’accords mineurs mais lourds, de pop-rock teintée de country qu’il nous a habitués à produire depuis plusieurs années ne pourront qu’être satisfaits d’un disque au charme discret mais avec autant de mordant qu’un album de pop dirigé vers le grand public.

On trouve quelques riffs décents, disséminés tout au long de You Were Right, par exemple sur « Long Term Goal » qui ouvre le disque ou le mélodramatique « I Don’t Wanna See You Anymore » qui doit beaucoup aux Eagles. Trop souvent, pourtant, les compositions tendent à s’affadir et à ne pas captiver notre intérêt avant même qu’elles ne se terminent. Benson est un compositeur doué et il est presque impossible de détester ses morceaux mais cette collection de « singles » manqués sans véritable liant ni concept dans son assemblage semble être plus une lubie survenue après coup qu’une véritable réflexion.

Le résultat en est qu’aucune composition ne se distingue véritablement des autres en terme de qualité, surtout par rapport à ses albums précédents. Bien qu’impeccablement produit et poli, il exsude de You Were Right un parfum de lassitude qui ne peut que faire penser que Benson a autant hâte que nous d’un retour des Raconteurs.

★★½☆☆

Shearwater: « Fellow Travelers »

Ce dernier projet de Shearwater était destiné à être un EP suite à leur album de 2012, Animal Joy. Devenu un disque de dix reprises, l’intituler Fellow Travelers est à la fois habile mais aussi peu parlant puisque, ici, nos Texans font avant tout une rétrospective de musiciens avec qui ils ont tourné tout au long de leurs 14 années de carrière. L’intérêt résidera dans le fait que tous ces collaborateurs esquivent leurs propresmorceaux en faveur de matériel composé par d’autres artistes. C’est cela qui rendra étonnamment divertissante cette compilation.

Ce sera donc sans surprises que l’album va suivre un cours qui abordera de façon éclectique un nombre de styles, de tempos et d’humeurs varié. Ce qui les liera sera la voix bourrue et brusque de Jonathan Meiburg capable d’atteindre les sommets sublimes de « I Luv The Valley OH ! » de Xiu Xiu tout autant que les profondeurs mélancoliques du « Mary Mary » de Wye Oaks sur une durée qui ne dépasse pas 33 minutes.

Choisir de conserver le venin et la bile de Xiu Xiu s’avère un choix avisé car c’est une des réadaptations les plus évidentes tout comme le sera le « Hurts Like Heaven » de Coldplay. Ici, la composition bénéficie d’une clarté que l’on ne retrouve pas dans l’original, libérée qu’elle est de ses synthés et interprétée de la manière la plus directe qui soit. C’est une version légère, accompagnée par un piano avec des couches de bruit « ambient » qui s’érigent progressivement jusqu’au « grand final ».

Le groupe conserve néanmoins son sens du théâtral (« Natural One » par exemple) mais il le particularise à sa façon sur le « Fucked Up LIfe » des Baptist Generals agrémenté de boîtes à rythme, de signaux radio et de claviers fournis par le groupe Clinic.

On ne trouvera pas le même niveau d’exubérance sonique qu’on rencontre en général dans les albums de Shearwater dans la mesure où le groupe est dicté par les chansons qu’il a choisi de reprendre et opte pour une approche plus sobre et intime que le « stadium rock » qu’il privilégie parfois. De ce fait, les titres les plus réussis sont les plus dépouillés : « Ambiguity » et un « Mary Mary » qui aurait pu être interprété par The National ou « A Wake for the Minotaur » où intervient Sharon Van Etten dont le style abrupt et nu convient parfaitement à la nature maussade du titre.

Fellow Travelers ne changera certainement pas l’opinion que l’on aura d’un groupe à la sensibilité suffisamment atypique et décalée pour ne pas prétendre au succès commercial ; il y a néanmoins suffisamment de richesse créative pour que l’album ne soit considéré que comme un « one shot » album.

Josephine Foster: « I’m A Dreamer »

Le timbre de voix de Josephine Foster, assez similaire à celui de Karen Dalton, est absolument unique ; il est vrai qu’elle se destinait, à l’origine, à la musique classique et qu’elle est également professeur de chant. Ce ne sera donc pas sur son aptitude technique qu’on pourrait trouver à redire ni d’ailleurs sur ses idiosyncrasies à vouloir explorer toutes les composantes de la musique folk (européennes comme américaines) au travers d’albums aussi achevés et envoûtants que restés confidentiels.

I’m A Dreamer la voit varier quelque peu sa focalisation dans la mesure où elle emprunte à deux nouveaux éléments : le jzz et les « torch songs ».Cela se remarque avant tout par une variation plus emphatique sur l’instrumentation. Son disque précédent, Blood Rushing, s’ornait d’un groupe limité de musiciens et se singularisait par une utilisation intensive de cette guitare à cordes de nylon qui a les faveurs de Foster. Par contraste, ce nouvel opus place la double basse et le piano de manière plus robuste dans les arrangements. Sur un titre comme « Wandering Star » cela donne un parfum de renversement presque effréné assez proche du mélodrame

Sachant quand mettre certains éléments en avant et quand les réduire, I’m A Dreamer nous frappera par sa maîtrise à équilibrer le clair et l’obscur. « No On’s Calling Your Name » fera peu pour vous consoler d’un chagrin d’amour alors que « Amuse A Muse » nous offrira une réjouissante critique pleine d’humour sur la façon dont l’homme peut considérer la femme. Les textes de Foster sont, en outre, d’une simplicité qui échappe à tous les clichés, consolidant sa capacité à trouver de nouveaux modes au travers de formes d’expression familières.

Son approche de la tradition est rétrospectif et aussi plein de déférence sans pour autant se fourvoyer dans l’imitation pure et simple. « Pretty Pleasee » est ainsi teinté de ce parfum country avec une double basse tendue, son frappé de guitare, quelques touches de piano honky-tonk et l’inclusion d’une slide-guitar et il sera immédiatement suivie de « Magenta » où la voix de Foster complémente à merveille une profusion d’accords de piano qui procurent une impression de tendresse dans laquelle il est presque impossible de s’envelopper.

Toutes ces compositions sont les exemples parfaits de temps passé à peaufiner chaque détail du disque. Une démonstration de cette facilité à assembler connaissance musicale et créativité qui sonnerait bien plate avec des groupes moins assurés.

***

Minor Alps: « Get There »

Voici une collaboration étrange mais sympathique entre le leader de Nada Surf, Matthew Caws, et l’ancienne chanteuse de Blake Babies s’étant depuis engagée dans une carrière solo, Juliana Hatfield.

Le duo, Minor Alps, compose, chante et joue ici de presque tous les instruments sur des titres soyeux, légèrement teintés de mélancolie et, finalement, assez plaisants à entendre.

Le revers est que cette écoute confortable n’est que rarement plus que cela ; des refrains aimables et charmants, qui dérivent dans un brouillard incitant à une vague rêverie dont on pressent qu’ils pourraient donner des chorus ou des mélodies mémorables mais qui n’y parviennent que rarement.

La vois de Hatfield est en général avenante mais ce charme se perd quand elle tente de s’harmoniser avec les tonalités plus « crooner » de Caws et, avec seulement, deux « rockers » pour nous extraire de cette ambiance, peu de matériel laissera ici une impression durable.

On retiendra néanmoins le « single » « Far From The Roses » avec sa guitare tendue et douce en même temps, seule instance où le disque ne sonne pas froid et dénué d’émotion. Le fait d’utiliser des boîtes à rythme accentue en outre ce sentiment de distance et l’approche choisie pour les titres où s’expriment désir et manque, à savoir une démarche posée, ne parvient pas à épouser le désespoir qui imprègne les textes de « Waiting For You » par exemple.

Au bout du compte on a droit à un album qui est presque édulcoré tant chaque titre se mêle au suivant, une unité de son qui peut être, certes, agréable mais dont le charme s’efface très rapidement ; une ascension mineure qui ne va pas très loin en quelque sorte.

★★½☆☆

Jake Bugg: « Shangri La »

Le premier album de Jake Bugg était celui d’un jeune troubadour qui diffusait cet ennui propre aux petites ou moyennes villes (il est originaire de Nottingham) d’où les perspectives ne dépassaient pas les limites de ces résidences HLM qui en constituaient les vignettes. (http://wp.me/p2Lg5f-q9) Son succès global aurait pu risquer de l’aliéner de son essence basique mais il a eu plutôt l’effet inverse : le faire connaître plus largement du public britannique.

Une fois de plus ici, son authenticité terre à terre a assuré la survie de son pragmatisme et, même produit par Rick Rubin et enregistré à Malibu, Shangri La (qui est également le nom du studio d’enregistrement de Rubin) tout éloigné qu’il soit géographiquement de ses origines demeure exemplaire dans la manière où Bugg poursuit ses méditations sur le style de vie qui est le sien aujourd’hui.

Tout en explorant adroitement d’autres genres musicaux, c’est un disque qui fait preuve d »une immédiate connexion émotionnelle. On y trouve des tranches de vie réelles et allant bien au-delà des frontières de sa ville natale, évolution somme tout logique quand on explore le monde et qu’on le voit au travers d’autres yeux.

« There’s A Beast And We All Feed It » met immédiatement les choses en place. Il s’agit d’une incrimination mordante de ceux qui montrent toujours les autres du doigt et qui utilisent Twitter comme outil de rumeurs. Elle est accompagnée d’un rythme rockabilly frénétique qui continue sans reprendre son souffle avec « Slumville » et « What Doesn’t Kill You ».

C’est pourtant dans les passages les plus sensitifs que les qualités expressives de Bugg sont le plus reluisantes. « Me And You » est une charmante et douce ode perlée, « A Song About Love » se distingue par une note en « sustain » au climat hantant et propre à vous donner la chair de poule et l’acoustique « Pine Trees ainsi que le pastoral « Storm Passes Away » sont témoignage de ses sessions à Nashville et se font profondément touchantes par leur délicat phrasé country.

Rubin sait à merveille jouer avec l’intensité émotionnelle d’une musique comme il l’a déjà prouvé avec Johnny Cash. Sur Shangri La il a usé d’un son propre et dépouillé pour mettre en valeur le brillant « storytelling » de Bugg. Le résultat en est un album mature et remarquable propre à nous faire encore plus nous pencher sur le développement de cet encore jeune interprète.

★★★½☆

The Strypes: « Snapshot »

Voilà enfin le premier album de nos Irlandais de Cavan après tout le « hype » qui les a entourés comme c’est si souvent le cas Outre-Manche. Snapshot est déjà bien nommé puisque, effectivement, il est composé de morceaux d’instantanés blues-rock avec, notamment, une reprise du « You Can’t Judge A Book By Looking At The Cover » de Muddy Waters. La différence avec d’autres groupes ayant bénéficié des mêmes acclamations : l’adoubement de Paul Weller, Noël Gallagher, Elton John (ce qui n’est peut-être pas un cadeau) mais surtout de Dave Grohl et ni plus ni moins que le Grand Jeff Beck (« le plus doué d’entre tous » selon maints guitaristes)

On peut leur reprocher manque d’originalité et d’identité (la pochette de ces jeunes gens vêtus comme des adultes peut s’avérer troublante) mais ils ont le mérite de se démarquer de la plupart des combos indie qui paraissent s’évertuer à sonner de la même manière. De ce point de vue, il est sans doute plus réjouissant d’entendre une reproduction de l’explosion « beat » du début des sixties que les éternelles antiennes passées aujourd’hui à l’électronique et au Moog.

Douze compositions originales plus trois reprises : Snapshots ne dépasse pas les 33 minutes. Aux manettes, Chris Thomas assure la production, qui a quand même oeuvré pour les Beatles, les Pink Floyd ou les Sex Pistols. Du feedback ouvrant « Mystery Man » blues construit à l’harmonica que constitue « Rollin’ and Tumblin’ », nous avons droit à tout ce qu’un guide pratique de la Blues Explosion pourrait nous enseigner : un son « vintage » mais vital, frais et comme rajeuni ; bref une férocité presque « live » sachant s’emparer du slogan des Who : « Maximum Rythm and Blues ».

Se posera bientôt, et se pose peut-être déjà la question : The Strypes sont-ils plus qu’un groupe glorifiant les reprises et se complaisant dans le pastiche ? Pour l’instant ils ne sont pas encore assez formés musicalement pour qu’on puisse de faire une idée. Reste donc à s’éclater sur l’énergie déployée par ces 33 minutes d’anthologie dont la brièveté-même est un gage de bénéfique impétuosité.

★★★½☆

Connan Mockasin: « Caramel »

Connan Mockasin est le nom de scène de Connan Hosford,musicien de pop psychédélique néo-zélandais dont Caramel constitue le deuxième album. L’intégralité de celui-ci sonne comme enregistrée sous l’eau et avec des bandes passées à l’envers, justifiant ainsi le titre sirupeux et « coulant » du disque.

Il s’agit en effet d’un opus dont la psychedelia pop est à son stade le plus extrême, l’emphase étant mise sur la première partie du terme. Caramel est comme un chemin dont l’itinéraire est un gargouillis de textes imprégnés d’eau et dont la nature incompréhensible est compensée, voire étayée, par la tonalité générale de la musique. Ici, il ne s’agit pas d’être dans le réalisme mais plutôt dans un onirisme enfantin où la nature des textes ne serait pas la sincérité mais le baragouinage traitant d’histoires invraisemblables. Les instruments sonnent comme si ils étaient élastiques et l’enregistrement comme si il avait été fait sur une vieille cassette restée trop longtemps sous le soleil ; on arrive, de ce point de vue, à une forme de musique sérielle qui ne serait presque qu’effets sonores, « Why Are You Crying » par exemple où la rythmique est faite de halètements.

La moitié des plages sur Caramel sont nommées « It’s Your Body » et ne se distingue que par l nombre qui figure après le titre. Ces bribes de chansons sont lo-fi, tordues et bruitistes avec des textes la plupart du temps, incohérents et peut-être est-ce dû au fait que Hosford a passé beaucoup de temps à faire partie des musiciens de Charlotte Gainsbourg. Ce qui pourrait être pris pour un cri de baleine dérive, s’éloigne puis réintègre les compositions, leur apportant une vibration propice à la relaxation. Une guitare grinçante frottée contre un haut-parleur s’emploiera à déconstruire ces sensations et, quand Mockasin se décidera à interpréter une chanson « normale » elle sonnera comme du Roxy Music en plein naufrage (« I Wanna Roll With You »). « I’m The Man, That Will Find You » possédera, lui, un groove séduisant et intoxicant et « Do I Make You Feel Shy ? » sera la composition la plus conventionnelle de l’album, une douce chanson d’amour qui sera préservée de les élans bizarroïdes qui l’entoure et qui en prendra d’autant plus de poids.

★★★☆☆

Cate Le Bon: « Mug Museum »

Cate Le Bon est une chanteuse folk galloise dont le relatif succès du premier album, Cyrk, lui a ouvert certaines portes y compris la possibilité d’enregistrer celui-ci en Californie. Mug Museum nous replonge dans une atmosphère onirique et soyeuse comme une gaze étendue par devers nous mais avec cette nuance qu’apporte le climat ensoleillé de Los Angeles. « No God » incorporera ainsi une basse assez puissante au roulis imposant ainsi qu’une guitare dont le grain est prononcé. « Mirror Me » flottera sur un clavier d’église à la fois fiévreux et à peine distinct ainsi qu’une batterie lente et visqueuse. La chaleur est palpable dans ces dix nouvelles compositions donnant plus d’intensité à l’album avec des arrangements à la forte dimension. Les instruments à vent tourbillonnent et se heurtent et les accords sont distordus et comme écorchés. Le ton général est d’ailleurs celui d’un psychédélisme démonstratif comme sur la guitare solo rampante d’un « Cuckoo Through The Walls » qui frôle le burn out, et l’ampli proche de la saturation de « Wild ». Sur le brûlant « Sisters » Le Bon invoquera des images de mains mises au feu et chante « Je suis une sœur / Je ne mourrais pas » saluant ainsi l’émergence du thème central de l’album : la façon dont ses relations familiales ont changé suite à la mort de sa grand-mère maternelle.

La cadence de Mug Museum va alors adopter un tempo plus mesuré et la tonalité se faire plus méditative. La chaleur est remplacée par une fraîcheur qui semble mijoter longtemps ; « Are You With Me Now ? » est clair et ensoleillé, parcouru par cette ambiance laid back propre aux dimanches matins et le titre phare de l’album en sera un duo interprété avec Perfume Genius et intitulé « I Think I KNew » . C’est aussi le morceau le plus calme, placé judicieusement au milieu du disque et permettant de reprendre sa respiration au sein de cette expérience frénétique et pleine de vibrance que nous offre Le Bon.

★★★☆☆

Moonface: « Julia With Blue Jeans On »

Sous le nom de Moonface, se cache Spener Krug, musicien canadien ayant quitté plusieurs groupes à succès (Wolf Parade, Swan Lake et Sunset Rubdown) à la recherche de sa muse et, pour cela, il s’installa en Finlande comme si l’Islande (royaume pour musiciens avant gardistes) était devenue trop populaire.

Le canon indie rock qu’il avait mimé durant près de 10 ans semblait, en effet, peu adapté à sa voix spectrale tant il s’agissait pour l’artiste de capter, au travers elle, le maximum d’attention. Il s’agissait bien sûr de son timbre mais aussi de ses textes, très souvent métaphysiques voire mystiques, nécessitant pour s’épanouir un canevas simple et dépouillé lui permettant de donner libre mesure à son inspiration. Un « piano album » était comme inscrit dans ses gènes, le voilà sous le nom de Julia With Blue Jeans On.

On goûtera ici dans sa pleine mesure le don de Krug à nous faire pénétrer dans un monde allégorique dont les choses du cœur sont l’élément principal. L’intégralité des dix compositions est composée d’un clavier et d’une voix, sans overdubs, synthés ou harmonies, et ce dépouillement fonctionne à merveille.

Krug concentre ici sa technique à minimiser le paysage sonore et à pousser vers le haut le niveau émotionnel. Cela permet de passer des notes solides et appuyées de « Everyone Is Noah, Everyone Is The Ark » avant de faire flotter une vague impétueuse, celle de la chanson titre. Cette cadence mouvante est l’essence du flux et reflux de l’album ; « Love The House You’re In » tisse une toile d’accords de piano hypnotisante alors que « Barbarian » est comme saigné par une contemplation issue de chaque clef qui serait frappée. Le titre phare sera néanmoins « November 2011 », un titre de cinq minutes envoûtant et désarmant par la façon dont l’amour semble s’y être scellé.

Le plus renversant sera la presque naïveté avec laquelle l’album est conduit. Le piano a déplacé le voile de mystère qui entourait Krug ; ce qui reste est quelque chose de chaleureux, sentimental et surtout non apprêté.

★★★½☆

Bardo Pond: « Peace on Venus »

Quand de nombreux groupes tournent timidement autour du pot quand il s’agit de dire à quel point la prise de drogues a pu influencer leur musique, nos vétérans « stoners » et « space rockers » de Bardo Pond ne se privent pas, depuis 1991, de noter, combien les hallucinogènes constituent une raison d’être au travers de leurs albums. Ceux-ci empruntent souvent leurs titres à des champignons dont on devine la nature (Amanita), autres éléments psychoactifs (Bufo Alvarius, Amen 29:15) et des projets parallèles nommés 500mg, Hash Jar Tempo ou LSD Pond.

On comprend qu’avec ce type de références Bardo Pond n’est pas le genre de groupe qui passera sur des programmes grand public mais que, si vous avez de vous projeter librement de votre sofa vers le cosmos et d’avoir l’impression de vous réveiller d’un « trip » au milieu d’une forêt, écouter ce neuvième album de ce quintet originaire de Philadelphie sera pour vous.

Peace on Venus sera, en effet, une assez bonne approximation sonique de ce type d’expérience même si l’impression première (5 morceaux) pourrait sembler vous laisser sur votre faim. Sachant néanmoins que le titre le plus court, « Taste », dépasse les cinq minutes et que les deux compositions les plus longues (les kaléidoscopiques « Chance » et « Before The Moon ») terminent le disque sur une durée de 11 minutes environ chacune on entrera facilement dans ce qui nous est proposé : les vocaux plaintifs et la flûte trippy de la chanteuse Isobel Sollenberger, les grandes envolées de guitares en « freeform » de Michael et John Gibbons ainsi que les rythmiques martelées de Jason Kourkonis à la batterie et les lignes de basse stupéfiantes de Clint Takeda.

Si on devait emprunter une phrase iconique pour l’appliquer à Bardo Pond, ce serait une expression de Spacemen 3 : « Prendre de la drogue pour faire une musique vous donnant envie de prendre de la drogue. » Bardo Pond peut clairement s’y référer depuis 22 ans ; il n’est que d’écouter la distorsion et le feedback de « Fir » pour avoir l’équivalent auditif d’une recréation du big bang.

★★★☆☆