Electric Wizard: « Wizard Bloody Wizard »

Le modus operandi de Electric Wizard est partagé par un nombre incalculable de groupe de «  doom-metal » : reprendre ce que faisait Black Sabbath sur ses trois premiers albums, mais le refaire de manière plus lente, plus bruyante et plus crasseuse.Ce combo issu du Dorset emprunte ici à sa source d’inspiration mais il redonne vie à un disque comme Sabbath Bloody Sabbath, lequel avait vu ces prophètes de malheur s’aventurer vers des structures et des dynamiques plus élaborées.

Les puristes effarouchés par le terme de « rock progressif » ne doivent pas l’être pour autant car Wizard Bloody Wizard parvient à demeurer fermement planté dans son territoire initial en y ajoutant cette petite touche plus subtile que l’on avait décelée dans Master of Reality.

Si la formule doom-metal est largement reprise, on y trouvera toutefois quelques fragments atypique tels le ricanement ironique qui encadre les moulinets palpitants d’un « Necromania » nous ramenant au bon vieux temps des Stooges période Ron Asheton ou la menace psychédélique qui émane de « The Reapar ».

La corps de l’album va, toutefois, rester dans le domaine d’un « riff-rock » monolithique qu’on trouverait tout droit sorti d’archives de Black Sabbath. L’interprétation en est sans failles, y compris sur un titre comme « Wicked Caress » qui conjugue aussi bien les attaques de guitares à la Sabbath que les escapades de ces derniers semblables à « Into The Void ».

Néanmoins des emprunts si flagrants ne sont ni une surprise ni rédhibitoires pour un combo qui a hérité de son nom an combinant deux titres de Black Sabbath : « Electric Funeral » et « The Wizard ». À cet égard,Wizard Bloody Wizard s’apparente à ce que serait une marque déposée dans la mesure où le disque ne s’éloigne pas de ce que Electric Wizard faisait auparavant (en particulier Dopethrone qui, depuis 2000, représente une pierre angulaire du « stoner rock » contemporain.)

Les textes eux-mêmes se marient très bien avec la frayeur existentielle qui s’échappait de ce qu’écrivait Geezer Butler tout comme sur le martèlement métallique qui, chez Electric Wizard, évoquera avec assertivité la rythmique de Tony Iommi et Bill Ward.

Hormis ces signifiants on peut affirmer qu’il y a, chez nos Anglais, quelque chose de plus qu’une simple resucée. Celle-ci est une spécialité communément admise chez Electric Wizard mais qu’elle soit parfaitement exécutée ne suffit pas.

Ce qui importe, par contre, est que le groupe n’essaie pas de faire école mais que sa démarche soit de rester fidèle au patronyme qu’il a adopté. Le combo sait utiliser le schéma de l’incantation quand il faut et comme il faut pour invoquer les ténèbres et les abysses ; on touche ici aux limites du genre mais ceci est, au demeurant une qualité dans la mesure où certaines choses n’ont nul besoin d’être réinventées.

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Morrissey: « Low In High School »

Il a toujours été difficile de séparer le Morrissey politique du Morrissey musicien. Mais, même dans ses déclarations les plus véhémentes, on trouve toujours une idée qui ne manquera pas d’éviter les faux-fuyants et de dénicher quelques idées, si ce n’est fortes, capables de véhiculer matière à cristallisation.

Low In High School ne manque pas d’exemples de ce type, ne serait-ce que dans le fait d’arborer des badges « Fuck Trump » pour dénoncer la prédilection de ce dernier à véhiculer des « fake news » at à se somplaire dans la démagogie.

Ce peut être sur les guitares martiales de «  My Love I’d Do Anything For You » et sa diatribe contre les médias « mainstream » et leur propension à édulcorer tout esprit critique ou dans les maniérimes électroniques qui ponctuent un « Spent The Day In Bed » où ll nous harangue, tel un tireur isolé, contre « ces informations qui s’emploient à distiller la peur en vous. »

Pour quelqu’un avide de quelque chose de plus subtil cette rhétorique peut sonner décevante mais on peut être emporté par l’audace épique qui accompagne « I Bury The Living » et sa dénonciation de ceux pour qui l’honneur mérite qu’on transforme les autres en chair à canon.

La déification qui entoure alors les forces armées est, ici, battue en brèche de façon incisive et pertinente mais c’est surtout quand l’artiste laisse de côté la polémique que le disque atteint une certaine grandeur propre à nous faire vibrer. On notera une « Home Is A Question Mark » propre à nous chavirer par les boursouflures accompagnant une composition où s’exarcerbe le désir emphatique. A contrario, l’électronique sinistre qui larde « Jacky’s Only Happy When She’s Up On The Stage » racontera avec une économie de moyens judicieuse l’histoire de ce personnage qui ne vit que pour épater la galerie.

Sur un album dont le thème principal est l’obfuscation de la vérité, on ne peut rêver de meilleure illustration.

***1/2