Redinho: « Redinho »

Redinho a commencé à se faire connaître en 2011 quand, avec The Numbers, ses compositions funk facétieuses offraient une alternative bienvenue à l’obsession «  dance  » habituelle. Il aura fallu attendre trois ans pour qu’il sorte quelque chose de substantiel et il est difficile de constater que ses loufoqueries atypiques ne se soient pas étendues et aient été supplantées par un sens de conscience de soi un peu trop étalé. Sur Redinho on trouve tout ce qu’on est en droit d’attendre, certes, mais le toute semble être délivré avec le plus profond désintérêt.

Le sentiment de lassitude se fait sentir dès « Jacuzzi » un titre basé sur les aspirations à se conformer à un certain style de vie dont le sujet résume à lui seul la vacuité. Sur « Sharp Shooter » Redinho fait état des es prouesses sexuelles d’une manière qui s’efforce d’être séductrice sans grand effet d’autant qu’il est difficile de s’adhérer à son fonds de commerce musicale qui est la « talkbox », ce moulin à paroles plus approprié à une musique artificielle qu’à un véritable désir de donner chair à la musique synthétique. Rien ne peut être convaincant ici, y compris le compulsivement sexy « Playing With Fire qui ne suscite qu’indifférence.

Il n’est que certains moments de brillance qui peuvent nous retenir mais ils sont trop parsemés pour donner substance à l’ensemble. « Shem » nous rappelle qu’il maîtrise sans peine l’art de l’instrumental ou de synthétiseurs émotionnels (« Bubbles » ou « With Or Without You ») mais la plupart de temps nous sont présentées des compositions qui semblent abandonnées en plein milieu.

Au bout du compte, le disque distille une sensation d’ennui (le duo avec Vula, « Making Up The Rules ») ; on se contentera donc de se raccrocher au morceaux déjà connus ce qui est un peu maigre pour un artiste qui donne l’impression de se reposer déjà sur ses lauriers.

**

Lower Plenty: « Life/Thrills »

Des sessions qui sonnent comme enregistrées dans une cuisine, des instruments acoustiques, des textes introspectifs ; tout cela a sens si vous êtes capable de vous installer dans les aspects rustiques et déprimants de ces chansons.

Voici un album curieux, un amalgame attrayant réalisé par Lower Plenty un quartet de Melbourne composé de musiciens expérimentés qui ont trouvé le temps, en plus de deux ans, à réaliser Life/Trills leur 3° opus sous ce nom.

Il s’agit donc d’un album discret et modéré, plus une collection de démos que de chansons étoffées mais cette approche stylistique a son intérêt une fois qu’on s’y est habitué. Il s’agit de ce qu’on nomme un « grower », un disque qui s’insinue en vous peu à peu et qui nécessite qu’on s’immerge dans les bruits divers qui y figurent. On y trouve ainsi malaise, celui des banlieues, et observation qui nous hantent et saturent chaque note.

C’est un élément thématique partagé par de nombreux artistes de folk pop australiens contemporains et que is manifeste par des percussions éparses et un travail acoustique de la guitare, le tout enregistré dans un espace confiné où le bruit va être absorbé et les textes peuvent prendre toute leur importance sans être occultés par une orchestration minimaliste mais qui demeure, toutefois, vibrante.

Voici donc un disque qui a été enregistré sans hâte et dont on perçoit les conditions de préparation. Des morceaux comme « Life/Trills » et « On The Beach » restituent à merveille ce climat d’intimité qui parcourt l’album. Un album qui se doit d’être dégusté tranquillement et qui mérite qu’on y entre sans idées préconçues et avec patience.

***

Kasper Bjørke: After Forever »

Sur After Forever, le producteur/DJ danois Kasper Bjørke a fusionné des éléments de disco et de synth-pop des 80’s pour créer une 4° album visant à la transcendance et débordant d’invités notables.

Il set selon l’artiste un disque « good for sad dancing days » et il adopte de ce fait un ton plus contemplatif et soucieux que les précédents. La production arbore un air romantique et mystique à la fois qui permet d’exploiter au mieux l’humeur recherchée.

« Rush » est un titre d’ouverture trompeur ; une introduction à la boîte à musique visant à charmer l’auditeur avant de l’entraîner dans une vibe soul et psychédélique. Le vocaliste Tobias Buch permet à sa voix séductrice de glisser librement sur le riff d’accroche nous attirant dans une caverne de riffs rétro et douceâtres.

Les synthés chaud et océaniques de « Sylvia » sont un prélude aux tonalités hypnotiques de CTM qui envahissent la production « ambient » et on retrouvera un paysage sonore similaire sur « Marbled Blood » jalonné d’une lecture poétique pleine de drame et de funestes pressentiments émise par Soho Rezanejad.

Les titres plus enlevés (« Apart », « Lies ») ont plutôt un rôle de hits pour dancefloors. Le premier brille grâce aux vocaux envoûtants et à la superbe composition de Nomi Ruiz alors que le dernier nous fascinera par la dance vibe spacey et la voix élégante de Sisi Eye.

After Forever est un disque habile, sans doute un des meilleurs de Kasper Bjørke, il a cette capacité à produire du neuf avec du vieux grâce à une production nostalgique toujours complémentée par des artistes contemporains qui font de l’album une plus qu’intéressante expérience musicale interstellaire.

***1/2

Johan Hedberg: « Paradiset »

La pop suédoise dans les 70’s était connue grâce à des artistes comme Harpo et Ted Gärdestadid. Si vous en avez la nostalgie, le premier album de Johan Hedberg, Paradiset, devrait vous intéresser.

La moitié du duo Suburban Kids of Biblical Names sort en effet un opus solo qui semble avoir le don de trouver des mélodies harmonieuses comme s’il lui suffisait de se baisser pour les recueillir.

La plupart des chansons parlent de Stockholm comme la première plage, « Nackamasterna », est supposée nous y conduire mais d’autres empruntent le même chemin comme le magistral« Avartema » ou un titre comme « Sur Och Tvär » qui semble piocher du côté de Supertramp.

On constate ainsi que Hedberg, soniquement, s’éloigne des tonalités riches et vibrantes du bedroom rock de Suburban Kids of Biblical Names et il effectue ici un pas de géant vers quelque chose qui ne donne pas l’impression d’être enregistré avec un budget resserré.

Les arrangements sont complexes et amples, semblables à ce qui se faisait à Los Angeles au début des seventies : piano à queue, saxos veloutés, parties de guitares comme s’il en pleuvait, choeurs vocaux et une flopée de sons qui vise à remplir le plus d’espace possible.

La structure des chansons demeure classique, ce qui leur permet de créer un impact immédiat tout en laissant assez de place pour que les éléments instrumentaux ne soient pas occultés.

L’exercice est donc parfaitement équilibré et balancé, manquant peut-être de l’excitation générée par ce qu’il faisait auparavant mais, si cela est un mal, la force des mélodies et la maturité gracieuse qui se manifestent ici en font, sans discussion aucune, bien plus qu’un bien.

***1/2

The Holy Sons: « The Fact Facer »

Depuis 1O ans cet artiste basé à Portland a vu son statut progresser de telle manière que son potentiel semble le voir être prêt à basculer dans le « mainstream ». Depuis 1992, Emil Amos fait de la musique sous le nom de The Holy Sons, produisant plus de 1000 titres et sortant une douzaine d’albums et de compilations tout en restant volontairement discret au point de passer inaperçu.

Il a assuré la batterie avec des groupes expérimentaux comme Grails et un duo doom réputé, Om.

La sortie de The Fact Facer peut certainement changer la situation. Tout au lon de onze plages impeccables, Amos nous délivre un répertoire de singer-songwriter infectieux et étrange aidé par les efforts intelligents et à l’émotion brute de Nina Nastasia et Sun Kil Moon. Le tout est poli par une production pleine de bon sens évoquant Califone ou Modest Mouse.

Pour quelqu’un qui écrit tout sa musique et joue presque tous les instruments, Amos se met remarquablement peu en avant. Il est certain qu’il est depuis longtemps parvenu à incorporer des styles spécifiques mais, le plus souvent, ceux-ci servent les intérêts des compositions. ET ceux-ci ne sont certainement pas anodins ! Sur The Face Factor il raffine encore son art de la composition et se plonge un peu plus dans l’humeur introspective évidente dans des titres comme « Selfish Thoughts, « No Self Respect » ou « Doomed Myself » sans oublier le morceau titre qui termine l’album sur une note lo-fi rappelant les débuts de Amos.

Ce dernier se révèle posséder un voix de baryton hypnotique mais il n’en joue pas trop car il l’accompagne de feed back, de solos de guitares et de beats programmés. Les percussions demeurent pourtant beaucoup plus organiqess qu’avant, ce qui donne au disque une nouvelle couche de bnaturel sur les chansons teintées d’esprit Nashville comme « All Too Free » et « Life Could Be A Dream ».

The Face Factor est sans doute l’opus le plus abouti de Amos. À ce titre il serait un merveilleux point d’entrée dans le « back catalogue » de ce dernier.

****

Girl Tears: « Tension »

Selon l’opinion que l’on a du punk on pourra l’approche de Girl Tears, trio de Los Angeles, primaire ou primale. Tension est un titre qui résume bien la caractéristique de l’album : pas de solos de guitares, de pont compliqués, ou de virtuosité à afficher. Le résultat est un disque qui affiche douze titres au compteur en moins de dix minutes.

Veulent-il être dans l’essence la plus dépouillé du punk, ou bien la déconstruire, toujours est-il que Girtl Tears a décidé de ne pas se prendre la tête et à viser directement notre jugulaire. Le son est crasseux, il ne s’embarrasse pas de penchants vers la pop et les titres sont aiguisés avec pour base un riff à qui il arrive d’être accrocheur.

De ce point de vue, ils vont encore plus loin que ce que pouvait être l’impact du premier album des Clash et, avec les vocaux sombres qui ululent à la lune de Kam Andersen, on pourra retrouver une familiarité avec un Gun Club dont le gothique est né de façon prématurée.

Tension est et se veut inabouti et épileptique mais il est certain que de morceaux pleins de panache et d’arrogance comme « Candy Darling » ou « Kill for Love » auraient mérité un traitement allant jusqu’à, n’exagérons rien, deux minutes !

Bref, un disque à pleurer et qui ne mérite pas vraiment que l’on s’étende dessus ; reste à savoir si, selon que vous soyez fan absolu du punk, vous serez tenté de le jouer trois ou quatre fois à la suite.

**

Empires: « Orphan »

Ce ne sont plus des novices dans l’industrie musicale après des albums comme Howl ou Garage Hymns, mais un peu de temps a permis à Empires de sortir, avec Orphan, un disque toujours débraillé et à écouter une lame sur la gorge mais avec un son plus propre, plus poli et posé.

Il y a de l’acuité dans ce pop-punk de la fin des 80’s tant il reproduit à merveille des hymnes cool et assez fascinants, toujours enlevés avec une rythmique instinctive aussi bien dans les guitares que dans les percussions. La voix de Sean Van Vleet apporte une touche de hantise permettant de tuer dans l’oeuf toute virevolte pop et son registre de crooner crée une atmosphère électrique et dense dans laquelle il est toutefois aisé de se faufiler.

Sans instruments, on aurait droit à un long lyrisme indéchiffrable, chose accentuée ici par la permanence de la reverb. « Please Don’t Tell My Lover » et « How Good Does It Feel » émergent des influences post-punk rock mais elles véhiculent néanmoins un « feel good factor » qu’on écouterait volontiers dans un bar enfumé. Ce sont des titres qui sont familiers, approchables.

La mélancolie punk-rock classique ne nous sera pas épargnée, mais elle sera presque facile à écouter tant elle semble ne requérir aucune attention de notre part. Empires ne se préocuppe pas d’être un groupe de indie rock de plus, il s’inscrit dans une autre démarche ; celle d’avoir une instrumentation fluide et sans heurts, capable d’accompagner avec placidité les textes de son chanteur et d’intégrer une audience qui fonctionnerait sans avoir à se soucier d’autre chose que de passer un moment où seule la décontraction est de mise.

***

Whirr: « Sway »

Whirr est un groupe bruyant dans la vie tout autant que sur le net. Sur scène son shoegaze a toujours été confrontationnel mais il est également parvenu à établir une sorte de communion transcendantale avec son audience.

Les qualifier ainsi est une façon de ne pas perdre son temps à trouver d’autres définitions. Leurs vocaux restent clairs et délibérés et leurs guitares passent sans effort du nuancé au désinhibé. « Mumble » apparie merveilleusement les deux sans qu’on y discerne artifice avec un attirail de tonalités de guitares toutes plus grandioses les unes que les autres et qui semblent danser et nager à la fois.

Les meilleurs moments de Sway sont pourtant ceux qui ne sont pas communiqués « live » mais peaufiné avec attention comme la tension entre douceur et intensité sur « Clear » une des rares plages où les mélodies prennent le pas sur les orchestrations.

Il ne faut donc pas attendre une logique de construction interne dans cet album. Sway signifie d’ailleurs « balancement ». On pourrait pinailler en disant que, sur ce deuxième disque de ce duo de San Francisco, le balancement est beaucoup plus synonyme d’hésitation. On en conclurait alors qu’il a du mal à mâtiner son shoegaze de post-rock. Il est vrai qu’il sonne souvent lunatique et introverti, vague et mal assuré. On hésite à souhaiter qu’ils aient pu mieux se fondre en un seul son ; bref Sway est un disque limite inconstant dont on se doit pourtant de retenir quelques bien jolis et agréables moments.

post rock**1/2

Goat: « Commune »

Pour un groupe de de musiciens suédois psychédéliques experts en l’art de théâtraliser leur art, la déclaration faites par leur leader à propos de la genèse de Commune est assez facétieuse. Dire que le combo a juste fait un peu de musique avec quelques percussions et quelques riffs met volontairement en sourdine la clameur qui a accueilli les débuts de Goa (Le Bouc)t, issus de la ville semi fictionnelle de Korpilombolo.

Il n’est pas pour autant difficile d’être immédiatement saisi par le titre d’ouverture, « Talk to God », qui semble commencer là où World Music s’était arrêté en 2012. Les vocaux plaintifs harmonisés sur des riffs qui semblent former murs sur murs de bruits déclenche une réaction physique semblable à leur « sngle » initial, « Goatman », il y a deux ans.

À nouveau les personnages de la mythologie « Goatienne », tels Gotaman, Gothead et Goatlord, lèvent leurs têtes cornues et nous introduisent de nouveaux membres, « Goatchild » et « Goatslaves », et déploient leurs nappes vocales innombrables sur des narrations dont la portée semble sans fin.

On pourrait parler de musique épique si elle n’était pas aussi disjonctée et si l’inspiration ne venait pas d’endroits sombres plus proches du black metal que du rock progressif teinté de légendes féériques.

Goat est pourtant un groupe progressif dans la mesure où une progression peut y être trouvée. Sur le « single » « Words », le groupe utilise une cadence éléphantesque et robotique plus dansante que les freakouts habituels même si la pédale wah wah envoie toujours autant ses pointes acides et addictives.

Goat est parvenu à s’inspirer du passé sans y être figé. Un schéma qui produit une suite logique mais non pas identique et qui nous engloutit encore plus dans l’étrangeté.

***1/2

Dustin Wong & Takako Minekawa: « Savage Imagination »

Quand les art-rockers de Ponytail se séparèrent en 2011, Dustin Wrong réalisa quelques disques en solo ajoutant quelques éléments à sa déjà diverse discographie. Il décida ensuite de déménager à Tokyo et y rencontra Takako Minekawa, une artiste qui en était à sa treizième année d’hibernation musicale. Tous deux sortirent Tropical Circle en 2013 et Savage Imagination est leur « follow up album », un disque de pop expérimentale qu’ils ont souhaité interpréter de manière ludique et « enfantine ».

À la première écoute, l’opus conne presque entièrement instrumental ; il faudra se mettre au diapason du langage japonais pour discerner des textes parlant de physique quantique, de conscience humaine ou d’envolée au-dessus du désert (sic!) L’utilisation de la voix est, en fait, plus un instrument qu’un outil pour exprimer les désirs les plus profonds de la chanteuse. De ce point de vue, même si Savage Imagination n’est pas à proprement parler un album calmant, il demeure un album « fun » et joyeusement libéré.

Le modus operandi du duo semble être de démarrer on ne peut plus simplement puis de s’enfler jusqu’au moment où il n’est plus possible d’y intégrer de nouvelles mélodies. Cela peut procurer, par moments, un sentiment de légère anxiété mais cela signifie aussi que l’on obtient un merveilleux mélange de polyphonies qui se fracassent les unes aux autres. La « borderline » est parfois proche du ridicule dans la mesure où certains passages pourraient illustrer un jeu de Super Mario mais cette construction de tonalités parvient à ne pas dépasser une certaine limite et nous donne plutôt une sensation de plaisir ludique, celui qu’on aurait en s’escrimant avec une console de jeux.

« Dancing Venus of Aurora Clay » en est le parfait exemple avec cette démarche qui consiste à supprimer toute ligne de basse. On reste ainsi dans le domaine d’une pop extra-terrestre parfaitement représentée par la pochette du disque. L’adjonction des vocaux de Wong approfondira encore ici l’ampleur du son tout comme sur « Pale Tone Wifi », emblématique de la façon dont ceux-ci se délectent.

On aura le choix entre les guitares en loop de Wong et les mélodies de Minekawa ; en optant pour les deux on obtiendra une combinaison hypnotique et séduisante, celle d’un e collaboration exercée au Paradis ou dans l’espace sidéral.

****