Day Ravies: « Liminal Zones »

Day Ravies n’est pas le pseudo du leader des Kinks mais un combo de Sidney dont ce deuxième album n’évoque Ray Davies que de loin dans la mesure où Liminal Zones, tout constitué de pépites qu’il soit, se situe plutôt dans la mouvance post-punk et rock alternatif, tendance psychgedelia.

Les compostions sont ornementées de guitares qui dronent et véhiculent un climat brumeux et incitant à la rêverie.

Les vocaux, pris à plusieurs, iront piocher du côté de Yo La Tengo et apporteront un son varié d’une plage à l’autre. Oute ces derniers cités on verre que Day Ravies ont beaucoup mis à profit l’écoute des groupes « inie » américains des années 90 et, plus localement, les Go-Betweens (« Hickford Whizz »).

Le combo ne devrait pas tarder à s’embarquer pour une tournée international ce qui devrait lui garantir une exposition plus à la mesure de ses ambitions.

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Esmerine: « Lost Voices »

Esmerine est un combo de « chamber » rock basé à Montréal- dont Lost Voices est le deuxième album. Pour cet effort le groupe a étoffé un peu plus son line-up et est passé de quatre membres dont Bruce Cawdron (Godspeed You! Black Emperor) et Rebecca Foon (violoncelle chez Thee Silver Mt. Zion), au multi instrumentiste Brian Sanderson ainsi que Jamie Thompson aux percussions.

Étayés par cet apport plus pléthorique, ls producteurs Vid Cousines et Jack Lasek nous offrent un son encore plus riche (on s’en serait douté!) mais paradoxalement plus « rock » si on sélectionne le côté tendu de l’affaire.

Ajoutons une facette qui vise à entraîner notre écoute dans des phases plus méditatives (le saxophone de Colin Stretson), l’expérimentation des aux guitares, marimbas, harmoniums et piano et le produit en sera une expérience qui sera à la fois dynamique pour le corps et exaltante pour l’esprit.

***1/2

 

The Inexperienced: « Too Inexperienced »

The Inexperienced sont un groupe basé à Londres dont le leader est Alex Meadows qui tenait la basse au milieu de Sir Tom Jones et jouait de ce même instrument sur l’album de Will Youg : Echoes.

Précédemment, il a travaillé avec Jamiroquai et a été membre d’un combo nommé Electrasy dont les influences comprenaient le Pink Floyd, Pearl Jam et The Bonzo Dog Doo Dah Band.

Se nommer ainsi et sonner à son second opus solo un tel titre révèle un sérieux sens de l’humour surtout qu’il se pare dans les habits de la légèreté.

Tout y est en, en effet, démonstration de confiance quant à l’interprétation, des harmonies à vous faire rougir et un délicieux mix entre brises estivales et impact que l’on éprouverait lors d’un coup de foudre :(« Something to Sing »).

Il y est même question de thérapie ; (« 528h ») ou du même remède que nous permet le blues sur « Microwaving » qui parviendrait à embarrasser The Alan Parsons Project.

Mélange d’audace et de second degré Too Inexperienced mérite son titre si on considère l’alliage très British dont il se réclame.

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Magnet School: « The Art of Telling the Truth »

Le terme « indie-rock » englobe de nombreuses connotations, en la personne de Magnet School ce qui prime c’est la géographie puisque ce groupe de Austin sonne comme si «enregistrer un disque était comme jouer dans un bar et se balancer des idées musicales jusqu’à ce qu’elles sonnent à qui mieux mieux.

La tonalité générale est celle de des ineties avec peu de place pour des enluminures numériques, un peu comme si la technologie s’était arrêtée en cette époque.

Cela n’ôte rien à la qualité des compositions, ainsi l’ « opener », (« We Were Golden ») est une ballade qui allie sincérité et beauté. Ce titre montre qu’il est possible de concilier gros son avec instrumentation basique et il exemplifiera le déroulé du disque dans son intégralité.

« Double Agent » les accords de guitares sont frappés de manière grandiose, un peu comme si la combo venait de découvrir une baguette magique et trouvé recette et désir d’aller plus loin. Chaque plage sera telle un révélation, y compris l’ironique « British Monuments » qui se plonge avec délice dans le son de la pop britannique des années 60.

The Art of Telling the Truth est bien ce qu’il annonce ; il nous propose une vérité sans ambages qui a le mérite d’être indissociable des décennies.

***1/2

Cashavelly Morrison: « The Kingdom Belongs To A Child »

Quand un artiste entre dans le segment Americana, il est confronté aux mêmes écueils ; ceux qui sont liés à être répétitif. Ceci peut s’exemplifier au niveau des influences ou de la ré-interprétation plate indissociable de ce qui a précédé.
Cashavelly Morrison, chanteuse et « songwriter » native de la Virginie s se lance pourtant à cœur perdu dans cette mouvance sur son premier album, The Kingdom Belongs To A Child.
La différence est néanmoins de taille par rapport à d’autres, son disque est terriblement hanté et triste, un peu à l’instar de Bon Iver, avec une diction qui n’est pas sans rappeler une musicienne comme Loretta Lynn.

Cette expérience, conjuguée à une narration emplie d’émotion (« Emory »), lui permet de rompre avec les fers du passé et de s’apparenter à des à d’autres interprètes comme Sun Kil Moon (« Breakwater »).
Grâce à cet alliage de douceur et de menace, d’humanité et de noirceur, Morrison fait montre d’une singularité remarquable et d’une approche qui la fait appréhender ses récits comme autre chose que de simples objets de beauté.

***1/2

 

Nap Eyes: « Whine of the Mystic »

Whine of the Mystic est déjà sorti précédemment mais cette nouvelle édition ajoute des nouvelles compositions qui ne chanfent pourtant pas la nature de sa conception. Les disque a, en effet, été enregistré dans des conditions « live », sur un support analogique et sans overdubs.

C’est une façon d’ancrer l’album dans une sensation de spontanéité, d’une prise faite dans le but de sonner naturel, y compris dans les quelques erreurs qu’on y trouve. Il n’y a pas raison de jeter le discrédit sur cette approche mais de considérer l’artefact comme il a été conçu.

Le résultat en est charmant, avec quelques soupçons de garage pop et de folk et des titres comme « No Man Needs to Care, » « Tribal Thoughts » et « The Night of the First Show » se montrent punchy et effrontés comme la pop se doit de l’être.

Nap Eyes est, toutefois, capable d’évoluer dans un autre registre, comme sur un »Delirium, Persecution Paranoia » ou « No Feel of Hellfire, nous présentant une pop qui se veut diverse et tout sauf figée.

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Maritime: « Magnetic Bodies/Maps of Bones »

Maritime sont comme une relique du premier mouvement où la new vave s’associait à l’ « emo ». Ils continuent, toutefois, à nous présenter un rock « indie » direct sans prétention, certes, mais avec un souci pour la mélodie.

Magnetic Bodies/Maps of Bones s’avère être une collection plaisante de titres pop-rock qui pourraient être parfaits si on voulait partir au hasard sans être contraint par une quelconque destination.

Rien n’est véritablement mémorable mais l’ensemble constitue une avalanche de petites compositions sur lesquelles on peut s’appuyer en toute confiance, « Nothing Is Forgot » par exemple, en étant une bien jolie et mélancolique illustration.

**1/2

Vega INTL. Night School: « Neon Indian »

Voici la dernière production de Alan Palomo avec cet album nommé Neon Indian. Ils ‘agit d’un opus toujours aussi engageant mais avec une plongée vers la claustrophobie liée sans doute à l’installation de notre Texan à Brooklyn. Rythmes et textures visent à nous désorienter, à mettre encore plus le sentiment de confusion que le déménagement vers une nouvelle ville peut inspirer.
Nous sommes ici dans le domaine de l’étrange et du surréaliste, rappelant le After Hours de Scorcese, avec un son aux synthés évocateur des années 80 qui frise le pastiche. On retrouve aussi des influences Toro Y Moi ou Ariel Pink. Si on considère que Palomo apparient au courant de la chillwave, on ne peut qu’apprécier la manière dont il parvient à la rendre plus gaillarde.
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Someone Still Loves You Boris Yeltsin: « The High Country

Les derniers albums de Someone Still Loves You Boris Yeltsin avaient été marqués par une très nette baisse d’inspiration. Au regard ce ceux-ci la surprise sue nous vaut High Country est d’autant plus bonne.

Avec 11 titres en moins de 27 minutes, le focus est l’énergie et l’efficacité et il est rafraichissant de constater que, en dix années de carrière, ce cinquième opus renoue avec des percussions propulsives des tonalités fuzz en pleine distorsion, des riffs cinglants et des compositions qui ne dsurent jamais trop longtemps pour nous lasser.

Le tout est familier mais fonctionne à merveille ; son approche ramassée est positive dans la mesure où elle est capable de faire quelque chose de vibrant avec du déjà entendu. SSLYBY varient suffisamment les plaisirs, un coup Weezer par ci un coup Beatles par là, pour se réinventer.

On appréciera « Step Brother City », « Song Will » « Full Possession of All Her Powers » ou l’assourdi « Madeline » ; une belle flopée de titres pour ce qui est sans doute le meilleur disque du combo.

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The Cult: « Hidden City »

Hidden City est le dixième album dans la carrière de The Cult et le troisième d’une trilogie que nous propose désormais le combo après Born Into The City (2007) et Choice of Weapon (2012). Le noyau du groupe reste le vocaliste Ian Asbury et Billy Duffy à la six cordes. Bien qu’il y ait eu une pléthore dans son line-up depuis de nombreuses années The Cult ont toujours eu un don pour composer des titres iconiques comme « She Sells Sanctuary », « Love Removal Machine » ou « Spiritwalker ». Sur cet opus, ils sont fidèles à leur tradition de nous offrir quelques joyaux mais se révèlent aussi moins constants en matière d’inspiration et d’excellence.

L’entame se fait sur des percussions issues du Burundi (« Adam and the Ants » (sic!) pour se fondre dans un « Dark Energy » qui nous montre que Ashbury est toujours apte à évoquer son terrain de guerre indien habituel, les réserves Peaux Rouges (« tribes are all dancing »). Il continue donc à explorer cette spiritualité au travers de sa musique sachant que c’est au fil des années qu’on demeure en apprentissage et en découverte.

Hidden City,tout comme sa chanson titre, peuvent être ainsi comme une métaphore sur la vie spirituelle et la lumière qui sont à l’intérieur de nous , non la quête d’une validation externe mais plutôt d’une épiphanie qui serait sise au plus profond de chacun de nous. Ashbury nomme cela « l’individuation » et affirme que celle-ci est dotée de nombreuses strates.

Pour étayer cette démarche pour le moins absconse, Ashbury s’appuie, sursla section centrale du disque) sur une triplette de plages vigoureuses, « Hinterland » est un opus particulièrement frappant dans la façon dont il est construit et ses références à la lignement de notre planète qui se devrait être en phase avec le mouvement des autres. « G O A T (Greatest of All Time) » la partie la plus punchy du disque verra la chanteur pousser sa voix sur les registres les plus puissants possible avec Ashbury et Duffy décharger ses riffs de la manière la plus impitoyable dont il semble capable. Pour suivre, « Deeply Ordered Chaos » affiche un tempo plus lent mais tout aussi menaçant avec un Violence in my head I’m a European » qui font référence à l’assaut mené contre Paris et aux massacres en Syrie.

« Dance The Night » nous rappellera que tout ne doit pas donner sens et se vouloir profond tant il est possible de se satisfaire des éléments les plus dansants que la musique peurt nous apporter et « Avalanche of Light » est révélateur d’une tentative pas nécessairement vaine d’éclaircir un peu nos humeurs grâce à son chorus irrésistible.

Par moments pourtant la guitare et les percussions, toutes étincelantes qu’elles soient, ont tendance à shunter les vocaux et, conjuguées à quelques compositions qu’on pourra aisément oublier, font de Hidden City un opus qui tend à s’éterniser. Quand l’album se terminera sur une ballade, (« Sound and Fury »), on se dit que ça n’est pas vraiment pour cela qu’on a envie d’écouter The Cult.

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