Rapid Talk: Interview de The Jean Paul Sartre Experience

The Jean-Paul Sartre Experience est de ces groupes dont le nom est trompeusement simple. Les mélodies ont beau faire, la palette sonique du combo, un des piliers de Flying Nun, a toujours été captivante comme sur un dernier opus I Like Rain. Dave Yetton, bassiste et vocaliste, nous en explicite certaines ficelles.

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Parlez-moi de vos premiers enregistrements et de ce qui a attiré l’attention de Flying Nun ?

C’était une cassette de 30 plages, enregistré avec les moyens du bord dans des boîtes de de nourriture pour chiens vides et q’on essayait de vendre dans les maisons de disques qu’on fréquentait. Le personnel en a commandé quelques exemplaires et ils se sont vendus assez vite. C’était un concept original, surtout sur uen scène réduite comme la Nouvelle Zélande. On a été invités à jouer à la soirée de Noël de de Flying Nun en 85 je crois et je crois que ça nous a boostés un peu.

Dans ces années 80 ; qu’est-ce que représentait le fait de faire parler de soi dans le marché indie ?

Il n’y avait ni internet, ni emails et nous étions plutôt isolés du reste du monde. On comprenait que l’intérêt de Flying Nun venait d’un tropisme pour certains groupes venus d’ailleurs. Ce qui en a résultat a été du bouche à oreille grâce à des journaux comme le NME et ça nous a permis d’avoir accès à d’autres groupes qui contribuaient à nos collections de disques. Rétrospectivement c’était une période facile, influencée par la drogue mais emprisonnée dans une cette isolation culturelle conservatrice qui rendait étroit d’esprit. À l’époque on ne s’en rendait pas compte mais on était, quelque part, une épine dans le pied dans la culture « mainstream ». Se situer à l’extérieur était une bénédiction à cet égard. Flying Nun était un label destiné à tous ceux qui ne souhaitaient pas s’intégrer dans ces convenances. Créativement le terreau était fertile et on était tous en compétition entre nous avec des ressources réduites au minimum.

Hormis le Velvet Underground quels autres groupes étaient importants pour vous ?

Je crois que toute véritable fan peut apprécier des musiques s’élargissant dur de nombreus specetres musicaux. On aimait l’expérimental mais aussi le mainstream ; un peu comme une discothèque où Cindy Luper et Pricne côtoyaient The Residents, Pere Ubu ou Rhrobbing Gristle. On état fans de Wire, Television, Pere Ubu, Joy Division, Can, Brian Eno, Fela Kuti, Nina Simone, Motorhead, Captain Beefheart, 70’s disco, Billy Idol, Bruce Springsteen, Suicide, James Brown, Van Morrison, Paul Simon, PIL, The Beatles, Nick Cave.

Quelle était votre approrhe en termes de songwriting alors ?

On écrivait différemment et les composions étaient rarement complètes. C’est le groupe qui remplissait les trous et leur connaît un ensemble. On dégraissait alors les idées mais, à mesure que nous progressions, nous étions de plus en plus attentifs aux détails et à collaborer ensemble. C’est de ce chaaos qu’est né nos compositions les plus intéressantes. Nous devions tomber tous d’accord à la fin d’autant que nous avions beaucoup de songwrtiters et qu’ile devaient donner un élan.

Rapid Talk: Interview de Local H

Hey Killer le nouvel album de Local H semble être un virage vers une musique plus « crossover ». Pour son leader, Scott Thomas, « c’est un retour à une ville fantôme. Même si je suis toujours resté fixé sur le « grunge » c’est comme si je revisitais Frankeinstein Junior ou même Bambi. » Où se situe alors cette ville fantôme puisque ville fantôme il n’y a plus ? D’une part « il y a un refus obstiné à « romancer le passé et à ne pas considérer que ça demeure un bastion de ma culture », mais d’autre part, « perdure toujours cet élément que quelque chose ne vous appartient plus Ce n’est pas comme Bruce Springsteen et sa façon d’appréhender le New Jersey. »

Il explique ainsi son imagerie sur les villes fantômes : «  Vous écoutez des récits ou voyez des pellicules sur des choses qui sont déjà mortes. C’est ainsi que je considère cette épée à deux tranchants qu’est la religion. Le cinéma est une façon de mettre de côté ce qui a existé et qui scintille encore c’est pour cela que je m’éloigne de plus en plus d’albums qui sont basés sur des concepts ; je ne suis plus un puriste. »

De là aussi ce désintérêt pour la politique : « chaque album traite toujours de la religions, de la mort de la vie, les miens ou ceux des autres, tous ces éléments se combinent implicitement, à quoi bon alors avoir en faire la promotion ou la nécrologie. »

Les idées sont venues ainsi ; « nous avons eu « Misanthrope », nous avons eu « One of Us », tout s’est fait de manière informelle ; c’est « pour moi le seul moyen de composer ; ne pas prétendre à la longévité mais just avoir une perception de ce qui entrera dans la tête des gens et de ce qui y laissera trace. »

Quel rapport alors avec l’téhique « grunge » qui demeure celle de Local H ? « Je n’essaie pas d’en établir, contradictoirement à ce que je peux prétendre, il y a certains titres qui pour moi ne valent rien et ne dureront que le temps qu’il a fallu pour les composer et les interpréter. Je me contenterai d’être honoré si d’autres artistes dépassent mon ambition et, un jour, y fassent référence. Je vous l’ai dit, un disque c’est comme un film, une fois le rideau éteint la vie que l’oeuvre prend ne vous appartient plus.  Comme dans une ville fantôme. »

Rapid Talk: Interview de The Dream Syndicate

Il est rare de pouvoir s’entretenir avec Steve Wynn de The Dream Syndicate. Depuis son chef d’oeuvre, The Days of Wine and Roses en 1982 le groupe était devenu un secret caché aux autres, une des ces choses qu’on ne pouvait que dissimuler alors que, à l’époque, c’était la disco qui monopolisait l’attention. Steve Wynn est, par conséquent, suffisamment une légende du rock alternatif pour que quelques échanges avec lui ne puissent être qu’un bonus.

Omnivore a sorti certains de vos albums ; comment vous en sentez-vous ?

Omnivore est un label fabuleux. Ils sont les vrais héritiers de ce travail d’archiviste que j’adorais dans le passé ; Rhino, Ryko ou Edsel. La sortie de The Day Before Wine and Roses ainsi que quelques sessions radio et des trucs en solo que j’ai faits en Espagne sont destinés à revoir vie grâce à eux. C’est assez excitant de pouvoir se dire que certains titres vont acquérir une nouvelle vie, en particulier ceux qui sont épuisés depuis plusieurs années. Ce qui est génial avec Omnivore est qu’ils savent choisir le disque qu’il faut et qu’ils sont conscients de ce qui va le mettre en valeur.

Votre disque est, aujourd’hui, aussi mémorable qu’en 1982 ; qu’est-ce qui, à votre sens, l’a permis ?

Eh bien, je crois que la musique que nous faisions était hors du temps dans la mesure où nous mixions tous ces éléments que nous aimions et qui venaient de notre passé, les 60’s, la psychedelia, le garage avec ce qui était excitant à un cette époque où le le punk et le post-rock étaient les genres phare. C’tait comme une bande de mixage d’ères où nous pensions que la musique n’était pas destinée à une époque spécifique.

C’est vrai que ça fait bizarre d’écouter de véritables instruments aujourd’hui par rapport à avant.

Ça n’a pas changé sauf si vous le voulez bien. Il y aura toujours beaucoup de bonne musique. Aujourd’hui il est plus difficile de savoir ce qui se passe car tout est fragmenté. À notre époque il était plus facile de trouver ce qui valait le coup car il y avait moins de sorties discographiques. On pouvait être facilement très clairs si ce qui nous plaisait ou pas. Chacun pouvait choisir son album préféré et on y parvient toujours.

Votre public couvre aujourd’hui plusieurs générations, cette idée est venue de vous ?

Oui ; c’est une idée que j’avais en tête depuis deux ou trois ans. Il y a même des gens qui n’étaient pas nés à l’époque de notre première année. Je trouve qu’ils entre mieux dans ce que nous faisons ; c’est un peu comme si le monde nous avait rattrapé. Quand on a commencé, on n’appartenait à aucune époque, on était une anomalie. C’était frustrant par moments mais ça nous a bien servi. Nos fans avaient le sentiment de faire partie d’une croisade ; c’était d’ailleurs ainsi que nous voyions les choses. C’est pour cela que je suis heureux de repartir en tournée et de jouer ces chansons devant des visages qui semblent heureux.

Vous étiez considérés comme faisant partie du mouvement « Paysley Underground » ; est-ce que cela vous posait des problèmes ?

Oui ; on avait l’impression d’être le mouton noir, les cousins bizarres de la famille Paisley. On se sentait beaucoup d’affinités avec Green On Red qui, eux aussi, évoluaient dans un terrain plus sombre et sinistre. Mais on était aussi fans de The Bangles ou Salvation Army qui sont ensuite devenus Three O’Clock. On était tous dans un certain contexte ce qui rendait les choses faciles pour nous. Et on se sentait plus proches de ces groupes que de ceux qui occupaient le hit-parade à la radio.

Vous étiez tous diplômés d’Anglais à l’université. Est-ce que cela a compté pour que les critiques musicaux aient un faible pour vous ?

Je crois que cela nous a bien servis, tout comme la prétention que ça pouvait générer chez nous. On souhaitait mélanger des choses que l’on connaissait et avions une totale irrévérence par rapport à l’histoire. On voulait édifier quelque chose et vous si on survivrait à une démolition, un peu comme le Velvet.

Votre fusion entre racines punk, psychedelia des sixties et tonalité Velvet vous semble-t-elle encore d’actualité ?

Vous savez, tout va très bien en ce qui nous concerne. Notre musique a toujours une signification ne serait-ce qu’en écoutant des groupes comme Thee Oh Sees ou Tame Impala. Je dis souvent que si The Dream Syndicate a existé c’était parce qu’on ne pouvait entendre la musique que nous aimions.

Rapid Talk: Interview de Chelsea Wolfe.

La singer/songwriter californienne Chelsea Wolfe a toujours eu les honneurs de ces pages pour son approche atypique des schémas gothiques imprégnés d’imminence funèbre. Son nouvel album, Abyss, la voit trouver son inspiration vers des sujets aussi joyeux que la paralysie durant le sommeil, la sécheresse et la stérilité extrêmes ou l’exploration des esprits avec l’ambition d’y plonger au plus profond.

L’artiste semble exister dans un espace énigmatique et rudimentaire entre le distant et le troublant ; visuellement ses performances sont sporadiquement interprétées sous un voile mais, musicalement, son rock gothique est enfiévré et vampirique, propulsant ses pulsions de façon on ne peut plus ouverte. Son répertoire est totalement américain, enraciné structurellement dans la géographie de Los Angeles mai hanté également par les tourments qui peuplent l’americana dans ce qu’elle a de plus classique. Alors que Pain Is Beauty était avant tout et justement décrit comme un « concept album » ure le déni, son « follow up », Abyss, est plus intense et déstabilisant nourri qu’il est par une immersion riche et sauvage dans une intensité sonore proche de la musique industrielle.

« Alors que je grandissais, j’entendais le groupe country de mon père répétant inlassablement ses harmonies. Je suis tombée vraiment amoureuses ses ses riches nappes », confie-t-elle. « Quand j’ai commencé à faire ma propre musique, j’ai très vite accumulé nappes sonores sur nappes sonores et couches harminiques que j’avais peine à dénombrer. Je suis également une créature d’eau, j’adore nager et peut-être que ce sont ces choses quise sont reflétées dans Abyss. Je ne pensais pas à cette idée d’être submergée en soi, j’avais plus en tête la notion que l’esprit est un abysse qui devait être exploré et mis en contraste avec l’univers qui, lui aussi, recèle des profondeurs inconnues. »

Durant tout l’enregistrement, Wolfe a admis volontiers avoir souffert de crises de paralysies liées au sommeil, une affliction qui, voit certaines personnes incapables de se mouvoir, de parler ou de réagir qu’elles soient endormies ou éveillées. De là est née la notion qui sous tend Abyss et qui pose le présupposé qu’un tel état peut générer des expériences qui altèrent notre esprit. Pour elle ce disque est par conséquent « le plus désolé qui soit ». C’est pourquoi sa trajectoire sonique « atteint des territoires ténébreux inexplorés jusqu’à lors, des arcanes qui, à l’instar de « Carrion Flowers », sont de véritables exercices pour véhiculer une perversion squelettique et répétitive au moyen des percussions. » Les vocaux de Wolfe, au départ commotionnés, sont supplantés par des couches harmoniques qui se multiplient à l’image du rôle qu’elles ont parfois chez Portishead ; « c’est le titre d’ouverture de Abyss choisi à cet endroit pour la bonne raison qu’il préfigure le châtiment qui, ensuite, nous attend. »

Rapid Talk: Interview de Bully

Alicia Bognanno. leader de Bully son groupe basé à Nashville, n’a qu’une seule politique ; l’honnêteté. C’est, en tous cas, une profession de foi dans laquelle elle n’hésite pas à choquer le système. Feels Like est peut-être alors le signe de quelque chose de spécial.

C’est, en effet, un « debut album » sans compromis, visant l’estomac et ne laissant aucun espace pour respirer. Cette approche est le résultat d’un travail de deux ans qui a vu le combo peaufiner son esthétique directe. « C’est un disque personnel et honnête », dit Bognanno, « Écrire de cette manière vient avec les années. Auparavant je me cachais derrière les textes ; ce n’est pas un processus qui me voit vieillir mais juste mûrir en tant que compositrice. J’ai compris qu’il était plus important de dire ce que je pense plutôt que me cacher derrière. Il n’y a rien à perdre et, en outre, c’est beaucoup plus gratifiant. À quoi bon chercher la facilité en se dissimulant ? »

Ce projet est né quand Bognanno, qui était à l’époque dans un autre groupe, King Arthur, a commencé un travail d’ingénieur du son au Battle Tapes studio, un studio local. Là, elle a montré ses productions à Stewart Copeland, un batteur qui était également son petit ami et tout s’est déclenché à partir de cela avec l’intronisation énergique du bassiste Reece Lazrus et du guitariste Clayton Parker. Le groupe noisy était formé et sa nature implacable n’a, depuis, pas cessé.

Après un démarrage sur Bandcamp en 2014, quelques « singles » auto-produits et un EP, un contrat avec Startime International où le potentiel de Bully a été reconnu fut signé : « Ils étaient très excités et voulaient absolument qu’on sorte très vite un album ! Cétait tout bon pour Alicia » se rappelle Copeland.

Celle-ci put alors retrouver un territoire familier pour enregister Feels Like. Elle réserva trois semaines au Electrical Audio, une studio de Chicago appartenant au légendaire Steve Albini et où elle avait passé un été en tant que stagiaire. Elle y avait appris plus que les rudiments du travail de production et s’attaquant à la prise ed son : « Ça a été un boulot insensé, admet-elle, même se préparer à tout cela était démentiel. Il me fallait amener tous les micros que je voulais utiliser, tout planifier et rien, dans tout cela, n’a été facile. Finalement tout s’est déroulé avec une certaine fluidité hormis lors de la dernière semaine où il a fallu tout terminer et où j’ai cru que j’allais devenir cinglée. »

« J’adore tous les gens qui y travaille », dit-elle de Electrical Audio. Nashville est plus confortable mais je souhaitais un autre environnement. Je ne voulais pas faire une pause déjeuner et rencontrer quelqu’un que je connaissais car cela m’aurait déconcentrée du travail en cours. »

Le produit fini est un album qui se nourrit de l’adrénaline initiale de Bully mais qui l’amène un peu plus loin. C’est toujours du rock débridé mais les rugosités ont été limées pour présenter un son plus poli mais, comme elle le dit elle-même, « la fuzz est toujours aussi perçante et je chante toujours chaque note comme si ma vie en dépendait. »

Rapid Talk: Interview de Black Honey

Peut-être est-ce aujourd’hui le meilleur moyen de créer le « buzz » : s’entourer de secrets, préparer un disque mai se dire pas pressé de le sortir. C’est le cas de ce combo de Brighton, Black Honey ; dont les textos mystérieux et parfois même sexy ont crée une attente.

Quelques concerts tout aussi secrets, une poignée de démos ont servi à alimenter l’attente mais n’ont pas empêché le groupe de rester sur ses gardes. Leur chanteuse, Izzy B. Philips, la baisse ici un peu ; pensant sans doute qu’il est temps de se faire connaître de manière plus tangible.

Bien que Black Honey se soit formé récemment, ses membres se connaissent pour avoir joué dans splusieurs groupes auparavant : « On a fait parti de plusieurs combos, tous dans la région de Brighton. On se connaît depuis trop longtemps » annonce-telle platement. « Black Honey est une chose toute nouvelle mais nous ne sommes pas véritablement encore un collectif. »

Le groupe s’est pourtant forgé une image avec soin : visuels très stylisés pour la télé par exemple et ils ont une vision très claire de l’album en préparation et de vers quoi ils souhaitent aller : « Le disque est déjà écrit mais on n’est pas pressé de tout planifier. On ne pense même pas au-delà de l’été prochain alors… L’année prochaine peut-être » ajoute-t-elle avec désinvolture « On prend les choses une par une et on passe avant tout de bons moments. Si ça ne tenait qu’à moi on resterait un groupe caché. »

On peut prendre cette dernière déclaration de la manière que l’on veut, pour l’instant un rêve d’enfance est en phase de se réaliser : « Cela fait des années que je souhaite jouer aux festivals de Reading et Leeds. Je me sens très secouée. J’en ai parfois la nausée et, en un sens, je me fais plaisir de façon frivole », dit-elle en affichant une mine d’ingénue. Comme moi certains ressorts de promo et de jeu avec l’image sont déjà bien en place.

Rapid Talk: Interview de Everything Everything

Indubitablement Everything Everything ont le vent en poupe. Leur troisième album, Get To Heaven, a reçu des critiques dithyrambiques non seulement pour sa musicalité (riffs effervescents et rythmiques grinçantes) mais aussi pour sa peinture d’une dystopie meurtrière qui n’est pas si éloignée de notre monde. Le tout est marié art et concision, une contradiction que les Mancuniens, sous les explications du vocaliste/guitariste Jonathan Higg et de l’autre préposé à la six cordes, Alex Robershaw, justifient pleinement.

De quoi traite l’album au juste ?

Jonathan : Son thème est que vous ne devez pas être un passager dans votre propre vie. Au réveil, la sensation est qu’il vous faut vous lever de votre siège et confronter vos démons. Tout ce qui consiste à ne pas laisser l’existence vous submerger et vous tirer vers le bas.

Quand un fan se glisse pour que vous autographiez votre disque, qu’est-ce qui se passe dans sa tête à votre avis ?

Alex : Eh bien c’est l’album qui correspond le plus à ce que Everything Everything représente. Il est plus fort et hardi que nos opus précédents ; c’est ce que j’espère nos fans auront à l’esprit.

Avez-vous raisonné en termes de similitudes par rapport aux autres ?

Alex : Quand on s’est mis à y réfléchir, notre but était d’être dans l’énergie la plus brute possible. On voulait s’assurer à ce que tout le disque opère un mouvement vers le haut et soit de plus en plus excitant poutr que notre public ait envie de se bouger. Sur Man Alive nous voulions surtout nous distinguer ; on était jeunes et on souhaitait es singulariser par rapport aux autres. Parfois notre façon de composer laissait trop de place à de la mystification. Ce qui était bordélique et bruyant figurait au centre.

Jonathan : Au cinéma, vous avez une structure qui est utilisée par une bonne raison. C’est pareil pour la musique ; si vous vous amusez trop avec, vous ne vous sentez pas satisfait en tant que public. Et c’est la même chose si vous vous cantonnez à une même formule Il faut donc apprendre comment les choses fonctionnent avant de les tripatouiller ; ce qui constitue un bon chorus ne s’improvise pas.

Puisque vous mentionnez les chorus, « Distant Past » semble être construit autour de cet éléments.

Jonathan : Ça s’est fait au pied levé. Je suis rentré chez mes parents pour enregistrer le vers qui était encore plus invraisemblable que celui de maintenant. C’était stupide, je le trouvais génial et me suis dit que j’allais écrire une chanson marrante. Puis j’ai pensé que j’allais avoir besoin d’un chorus. Je l’ai écrit sans y penser plus que cela et les gens se sont focalisés dessus.

Si le chorus s’est avéré un accident, ça va un peu à l’encontre de ce que vous disiez précédemment.

Alex : C’est comme un footballeur qui marque un but ; je ne crois pas qu’il pense au processus à chaque fois.

Jonathan : Voilà pourquoi il m’a fallu huit ans pour apprendre tout ça. Si j’avais été à la fac pour apprendre comment écrire une chanson pop, ça aurait été nul.

Qu’est-ce que vous a apporté Stuart Price sur ce titre ? C’est un producteur pop et c’est aussi le morceau le plus pop du disque.

Jonathan : Il n’a pas fait grande chose dessus.

Alex : C’était un des titres qu’il aimait le moins.

Jonathan : Il nous a dit : « Pas celui-là les gars. » Il n’a pratiquement rien changé et c’est pourtant le morceau le plus populaire.

Alex : Il souhaitait nous emmener dans ce truc où on danserait, avec un piano à queue. C’était totalement étranger à notre optique.

Jonathan : On voulait tout sauf ça aussi on s’est assurés de bien le jouer à la guitare, avec une vraie batterie ; tout ce qui en faisait une chanson rock auquel on a ajouté quelques rythmes tribaux. C’était bizarre d’aller voir le producteur et de lui dire qu’on voulait sonner comme un artiste dance mais sans en utiliser les éléments.

Vous êtes un groupe très contemporain mais vos disques véhiculent un vrai malaise par rapport au monde moderne. Que pensez-vous de cette contradiction ?

Jonathan : Je crois que beaucoup de gens vivant comme nous, da manière relativement confortable se sentent un peu perdus par rapport à ce q’est le monde aujourd’hui. La presse ne fait que mettre en épingle ce qui est négatif dans la marche du monde et il est assez facile de se faire embobiner, ou alors de faire comme si ça n’existait pas. On est un peu entre les deux ; cela nous consomme certes mais on essaie de s’en affranchir ou de réajuster ce qui ne va pas.

Vous semblez écrire plus à propos d’émotions aujourd’hui.

Jonathan : Exact, et de plus en plus. Au début je ne traitais que d’histoire ou de technologie. Maintenant je veux me concentrer sur les sentiments ; ceux-ci ne sont pas très articulés sont parfois même contradictoires c’est pourquoi parfois je m’exprime en partant d’un point de vue qui est opposé au mien. C’est une façon de vouloir comprendre, de se dire : « Peut-être aurais-je agi autrement dans une situation différente. »

Comment cela s’est-il manifesté sur « Regret » ?

Jonathan : Très simplement ; j’ai des regrets, tout le monde en a. Ça n’a pas été un morceau que je devais écrire, c’était quelque chose que je chantais bêtement chez moi avec ma copine. Elle évoquait le fait d’être assis dans le noir. Un jour j’ai juste éteint les lumières, le truc crétin par excellence qu’on s’est tous mis à faire ensuite.

Vous prétendez être unique et c’est vrai que, depuis vos débuts, aucun groupe ne sonne comme vous.

Alex : Nous n’avons jamais été les préférés de qui que ce soit. On n’appartient pas à cette scène où la mode est aux jeunes chanteuses comme Florence ou Ellie Goulding. Ni à ces groupes indie qu’on a déjà entendus comme Two Door Cinema Club. L’indie pop à la Uber.

Diriez-vous qu’il y a quelque chose de politique dans vos disques ?

Jonathan : Je dirais que j’essaie d’aborder les chose d’un point de vue plus large que les Travaillistes et les Conservateurs. Sur ce disque, il y a des choses qui font allusion à Farage, non pas lui en soi mais à tout ce que son discours peut remuer chez les gens.

Rapid Talk: Interview de Title Fight.

Au bout de 12 ans de carrière, Title Fight, un groupe d’anciens punks de Philadephie, a enfin, semble-t-il, trouvé une véritable vitesse de carrière avec leur troisième album, Hyperview. Ce disque est sans doute leur meilleur dans sa tentative de trouver un terrain commun entre shoegaze et hardcore. Leur leader, le bassiste et vocaliste Ned Russin, fait le point sur la réaction des fans : « C’est assez controversé et il nous est difficile d’évaluer ce qui sortira de tout ça. Pour l’instant je me plais à penser que c’est le disque qui a eu les accueils les plus positifs mais ça pourrait changer très vite. »

Il est pourtant légitime de se demander comment Title Fight s’en sortira avec ce nouveau répertoire si on considère la différence entre les précédentes productions du groupe : « C’est délicat car ce qui compte pour moi est d’exprimer là où nous en sommes aujourd’hui. Nous ne sommes pas le même groupe qu’il y a deux ans et, même si nous n’avons pas honte de notre vieux matériel, nous souhaitons aller de l’avant. »

Quid, alors, des anciens fans ? « La plupart aimaient bien le « stage diving », pour moi c’est cool mais ils ne doivent pas s’attendre à ce que notre nouveau répertoire les encourage. »

En outre, l’approche lyrique du groupe a, aussi, pas mal évolué et Russin n’hésite pas à se réclamer de Faulkner ou Steinbeck. Les vocaux sont désormais assurés par les guitariste Jamie Rhoden. Cela n’a aucunement été planifié ; « les compositions semblaient avoir besoin d’un autre type de vocaux. C’était une progression inconsciente qui a fait son chemin. Jamais on ne s’estdit qu’on voulait plus de reverb, des notes plus propres ou une autre façon de chanter. »

Hyperview est également le troisième disque d’affilée à bénéficier de la production de Will Yip : « Son rôle a été principalement instrumental. On a ré-arrangé pas mal de choses et il a été là tout le temps. Il nous a donné des idées pour les arrangements, nous a aidé pour les vocaux sur les mélodies et les harmoniques. On s’est totalement mis à la disposition de ses idées et c’était quelque chose d’inédit pour nous. »

Rapid Talk: Interview de His Name Is Alive.

Tecucitzecatl, le nouvel album de His Name Is Alive célèbre presque les 25 ans du duo expérimental pop. Groupé autour de la chanteuse Andrea Morici et du guitariste Warren Defever, l’ajout de Dusty Jones à la six cordes et de J. Rowe aux percussions a fait du combo un des meilleurs réunis par Defever.

« Tecuciztecatl a été véritablement un effort de groupe et non pas le produit d’un maniaque obsédé par la recherche d’un son et ne faisant qu’embaucher des musiciens pour réaliser un rêve impossible. » Defever se met ainsi un peu de côté tout en ajoutant, « j’avais néanmoins établi une certaine éthique, la même que celle qui avait été la mienne depuis les débuts. Ce disque s’est développé de façon organique, sur la base de quatre amis répétant sans pression. J’ai fait de nombreuses erreurs dans le passé et me sens coupable de ce que j’ai fait subir à des amis quand on était en studio. Au fil des années je pense avoir développé une certaine capacité à savoir commet gérer les attentes et ne pas vouloir outrepasser les limites des musiciens avant que, justement, ils n’arrivent à leur point de rupture. Pour moi désormais, la collaboration ne se résume pas à la relation qu’aurait un vampire à ses victimes ; d’ailleurs peut-on vraiment parler de collaborateurs dans ce cas ? »

Quels qu’aient pu être ses objectifs, Defever a réussi à créer un album qui transcende la culture éphémère du MP3 en donnant à ses auditeurs manière à cogiter dans la mesure où le disque est disponible sous tous les formats, y compris un livre, Book of Tecuciztecatl où figurent textes et diverses illustrations. Il demeure circonspect quant à la définition des variations en termes de sons mais plus disert quand il s’agit d’aborder le concept sous-jacent, la gémellité, qui jalonne un disque où se multiplient une juxtaposition de sujets sérieux et de frivolité ce qui va de pair avec ses nombreuses productions. « Mon véritable défi en écrivant cet opéra rock n’était pas seulement de parler d’une femme enceinte de jumeaux en 1969 mais aussi dans sa réalisation qu’e l’un d’entre eux est un démon. Tout va tourner autour de la relation entre les deux jumeaux et explorer l’imagerie historique et mythologique qui s’est élaborée à partir de cette problématique. Si on va un peu plus profond, on peut y voir une métaphore avec toute relation fusionnelle dans laquelle les deux protagonistes ont une très forte connexion. Mais un des deux absorbe l’autre, comme les jumeaux dans le ventre maternel ce qui engendre sentiments de perte et de regrets. Que se passe-t-il si vous avez non seulement perdu votre âme sœur mais l’avez également tuée ? Un opéra rock traitant de ces tensions dans les relations me semblait représenter un défi pour lequel je me sentais prêt. »

Morici prête sa voix à cet opéra de la terreur et elle y est étincelante. Que ce soit dans le registre de crooneuse charmeuse sur la ballade « I Believe Your Heart Is No Longer In This Room » ou dans celui, plus sépulcral, sur le titre d’ouverture schizophrénique, « The Examination ». Son style s’harmonise à merveille avec l’esthétique tordue de Defevrer ce qui explique sans doute pourquoi, avec dix ans passés au sein de His Name Is Alive, elle détient la palme de la longévité : « Andrea est la personne qui est le plus à même d’exprimer les émotions qui me traversent, et ce y compris les plus personnelles. »

Il ajoute ensuite : « Je crois que son expérience à jouer à Detroit dans les groupes les plus déjantés possible est très proche de la mienne. Elle a travaillé avec des artistes dont je me sens très proche. Nous avons tous deux le même intérêt pour la découverte et l’exploration musicales. C’est vers elle que je me tourne quand j’ai quelque chose à demander que ce soit pour ma musique ou ce que je dois mettre en termes de tenue de scène. »

Rapid Talk: « Interview de Holly Herndon »

Son album, Platform, vient de sortir et Holly Herndon est prête à l’évoquer et à la comparer à ses précédentes performances expérimentales , au processus complexe qui vise à traduire une musique complexe comme l’est la sienne dans un environnement « live » et à ce à quoi on peut s’attendre pour sa prochaine tournée.

La musique de Herndon est connue pour sa capacité à brouiller les lignes et ce nouvel opus n’est en rien différent. Elle a travaillé avec plusieurs collaborateurs vocaux et incorporé des processus complexes et des logiciels réalisés par elle pour nous offrir une vision qui transgresse les frontières entre les gens et les ordinateurs ; ce qu’elle envisage de faire pour ses concerts porte la même ambition dans la mesure où « le processus créatif ne s’achève pas avec l’enregistrement. Je considère que Platform est un projet en développement et je souhaite intégrer quelques uns des concepts de l’album dans un cadre « live », en y incluant, par exemple, des personnes qui ne sont pas nécessairement des musiciens ».

Cela ne serait pas le première fois où elle aurait oeuvré avec d’autres artistes ; son pojet Collusion en 2011 ; une collaboration avec le philosophe iranienReza Negarestani et son compagnon Mat Dryhust, avait requis la participation de l’audience en en appelant certains sur leurs téléphones mobiles, en faisant des samples des applaudissements et en les leur rejouant à la fin du show.

Tout atypique que ce soit, pour elle, le côté malicieux d’une performance est important : « Je crois qu’un des rôles de l’artiste est d’être un arnaqueur et c’est un fonction que j’adore. On a fat un spectacle à San Francisco voilà quelques mois et nous avions installé des caméras de surveillance un peu partout. Tout se faisait sous la supervision de l’artiste Michael Guidetti et, à chaque fois que quelqu’un prenait son mobile, on zoumait dessus et on le projetait sur le grand écran. »

Ce côté perturbateur semble vouloir se poursuivre pour sa prochaine tournée sous la forme d’une collaboration avec un artiste digital japonais basé à Tokyo, Akihiko Taniguchi, qui va participer à la vidéos de « Chorus » : « Il a un programme que nous utilisons et, là où je peux créer une audience virtuelle, j’ajoute certains membres dans la vidéo et les y fait bouger. »

Cela fait longtemps qu’elle a intégré une audience à ses spectacles mais ces innovations basées sur la technologie sont également des commentaires sur la problématique de la vie privée dans le monde numérique. Pour Herndon, la technologie est un espace intime et personnel et c’est pour cette raison qu’elle imprègne la base-même de sa musique. Cette technique permet la déconstruction des frontières entre l’interprète et son public, en jouant sur un regard qui peut rendre mal à l’aise et, « en dévoilant le fort attachement que nous avons aujourd’hui avec la technologie,cela nous permet de faire changer la dynamique et de la mettre de notre côté ».

Au-delà d’une conversation un peu abstraite sur l’intimité et l’Internet, Hernedon est parfaitement consciente du contexte localisé où sa musique est interprété : « Je suis vraiment intéressée par l’idée de réaliser mes performances dans des endroits très spécifiques et uniques. Je n’aime pas le concept de brancher mes outils et d’interpréter la même chose partout où je vais. »