Laurel Halo: « Dust »

Le minimalisme austère de Chance of Rain en 2013 avait été signe d’un grand pas en avant artistique de Laurel Halo par la manière abrupte dont il avait été conduit. La transition stylistique de l’artiste américaine lui avait fait mettre de côté les vocaux qui avaient caractérisé Quarantine, un « debut album », conçu, il semblerait, pour une expérience brutale.

Le second opus avait, alors, fait montre d’une beauté revendiquée et inattendue ; Dust, lui, va s’employer réunir les deux composants desdits albums et y ajouter de nouveaux schémas tout aussi captivants.

Le phrasé râpeux et le hurlement de « Buh-bye » fera référence à la techno dépouillée du disque précédent mais le coeur du disque sera sur cet ersatz de soul constituée par « Do You Ever Happen » ou « Sun To Solar ».

La respiration de Dust sera, par moments, facile et régulière et même ses beats seront relâchés et distendus. On remarquera alors le groove bouillonant de « Moonwalk » où l’esthétique de Halo se révèlera affranchie de toute tension mais tutoyant l’euphorie.

***1/2.

Big Thief: « Capacity »

La ligne de guitare mélancolique qui introduit ce deuxième opus du combo installe immédiatement la trame lo-fi que Big Thief veut faire naître dans Capacity. On y ajoute des notules tendres et lyriques pour un résultat qui vise à nous hanter.
Cette obsession a sa source dans ces émotions qui ont pour noms douleur amoureuse et ferveur des saisissements.
Un titre comme « Mythical Beauty » ou la chanson titre ajoutent ainsi souffrance et accalmie comme signes de rédemption avec guitares en distorsion et vocaux qui s’approfondissent la notion de chagrin.

Il ne restera alors qu’à laisser les mélodies flotter en apesanteur pour se libérer de cette tension sous-jacente et de ces traumas.

***

Bleachers: « Gone Now »

Jack Antonoff représente l’essence du « songwriter » pop qui aime à faire étalage de ses émotions et à les exprimer de la manière la plus vivace possible. Rien à voir donc avec un quelconque artifice, Gone Now est le parfait pendant de son premier album, Love Letters, dans la mesure où on y retrouve cette correspondance amoureuse pour la pop indie telle qu’on la pratiquait dans les années 80.

Antonoff utilise à nouveau cette focalisation en mode grand angle pour véhiculer ce qui constitué l’essentiel de son répertoire, un exutoire aux peines de coeur. Pour accentuer catte tonalité dramatique, les arrangements sont grandioses voire grandiloquents et les orchestrations se veulent audacieuses.

Il appartiendra donc à chacun d’y trouver sa thérapie ou pas ; l’honnêteté revendiquée de « Let’s Get Married » ou un « Foreign Girls » pris sur le registre de l’auto-tuning peuvent sonner dérisoires, infantiles ou, au contraire, palpitants de véracité. On ne peut s’empêcher de penser pourtant que Gone Now résonne de manière terriblement datée et rien moins qu’anachronique.

**1/2

!!!: « Shake The Sudder »

!!! est un étrange ensemble punk-funk dont la marque de fabrique est assez peu orthodoxe marquée qu’elle est par la notion que la « dance » et la musique indie-pop peuvent faire bon ménage.

Shake The Shudder est leur septième album et il montre le le combo a eu amplement le temps d’entériner cette démarche festive. Les lignes de basses sont comminatoires (« Dancing Is The Best Revenge »), les « grooves » souples et leurs instincts pop qppuyés comme il se doit (« The One 2 »).

Ces ressources s’étiolent pourtant dans le deuxième partie de l’album, moment où l’innovation ne semble être que la répétition d’une seule et unique « party » qui se répèterait indéfiniment. Les scratchs de guitares, les samples s’enchaînent à vau l’eau et cette tentative de crossover perd rapidement de son intérêt.

**

The Charlatans: « Different Days »

Il y a environ deux ans, Modern Nature avait semblé revivifier la carrière des Charlatans. Le combo est désormais composé de quatre membres et en a profité pour réouvrir ses portes avec un nouvel opus, Different Days, qui se vante de la participation de nombreux invités prestigieux.

Johnny Marr, Kurt Wagner de Lambchop, l’ancien batteur de Verve, Pete Salisbury, Stepehn Morris (New Order) font sentir ici leur présences mais le tout, Charlatans inclus, sonne anesthésié dans ses méandres et dilué.

On notera, à cet égard, les contre-exemples que sont « Solutions » et « There Will Be Chances » et, a contrario, le léger et plaisant funk qui se manifeste sur « Over Again » et « Same House ».

Le reste est insignifiant et, à l’inverse de Modern Nature, superfétatoire, délayé et creux.

**

Ben Ottewell: « A Man Apart »

L’ancien chanteur de Gomez sort, avec A Man Apart, son troisième album solo et, plutôt que de dévier des tonalités folk et Americana de ses opus précédents, le vocaliste à la voix rocailleuse a déniché ici quelques autres pépites musicales.

L’atmosphère y est, en effet, plus pop, et enlevée avec un titre d’ouverture, « Own It », se caractérisant par son immédiateté. « Watcher », lui, nous emmènera dans des travées déjà parcourues par Bruce Springsteen.

Ce sera la chanson titre qui nous rappellera le mieux Ben Ottewell avec ses arrangements dépouillés et une rythmique sèche et allant dans tous les sens.

« Back To The World » et « Bones » rendront encore plus emblématique ces évolutions et permettront à A Man Apart d’être véritablement un disque à part des précédents tout en y distillant un nouvel éclat.

***

Burning Hearts: « Battlefields »

Sur leurs premiers albums ce duo finlandais composé de Jessika Rapo et Henry Ojala mêlait habilement pop indie et synthe. La trame était faite de mélancolie sombre saupoudrée de douceur comme pour atténuer l’abattement.

Battlefieds est plus affiné et si, on retrouve toujours cet alliage entre synthés glaçants et vocaux qui cajolent, il se manifeste de façon plus proportionnée.

La structure des compositions tout comme les textes visent à aller plus profond dans l’émotion mais avec ces détails qui apportent une lueur toute vacillante et clairsemée qu’elle soit.

« Folie à Deux » adopte ainsi un tempo rapide et le reggae de « Ticket » procurent ainsi un éclairage sur le panorama évoqué alors que « Bodies as Battlefields » associent flambées organiques à grand renfort de riffs de guitares et de rythmiques « house » .

Battlefieds est, au fond, un album dont le sous-texte est frénésie verrouillée d’une part et morosité endiguée, d’autre part. Il ne restera plus à Burning Hearts qu’à apporter, par exemple, onirisme et folk pour que harmonies et poésie se conjuguent plutôt qu’elles ne s’affrontent comme c’est encore le cas ici.

**1/2

Color You: « The Grand Trine »

Color You est un quatuor californien se psych rock et ce nouvel album arbore fièrement l’étiquette musicale à laquelle il se réfère. Bien que la référence soit ostensible, il n’est pas question ici de nous entraîner dans des longues odyssées où l’influence des stupéfiants serait un passage obligé.

En effet, malgré la couverture du disque qui illustrerait sans qu’on y trouve à redire, un van hippie, la musique est plus dégraissée et aigue et se penche sur un versant plus rock façon Nirvana ou The Pixies.

Le combo n’a pas peur d’explorer les extrêmes du genre en les opposant sciemment et si des morceaux comme « Empty » et « Lady In Blue » sont ampoulés comme des hymnes font montre d’effervescence et de vivacité.

Les harmonies vocales sont ainsi éthérées et débridées mais sonnent tout autant comme une incursion dans le surf rock (« Shine Through », « In Tune ») où les Red Hot Chili Peppers auraient apposé leur paraphe.

On trouvera de la « reverb » dans « Same Old Story » où le combo montre sa capacité à maîtriser cette manière concentrée et dépouillée d’évoluer dans le rock indie. Si The Grand Trine ne se montre pas pétri de cohésion, il est le portrait sensible et affuté d’un groupe en train de forger sa propre voie.

***

Ásgeir Einarsson: « Afterglow »

Ásgeir Einarsson est un chanteur venu d’Islande que son premier album avait placé dans le mouvance post-folk à la Bon Iver. Afterglow le voit bénéficier de la collaboration de John Grant et s’éloigner de ce registre avec une approche pleine de sensualité où se mêlent pop orchestrée et electronica fantomatique.

D’interprète timide et compassé, Einarsson s’est transformé en artiste plus audacieux avec des vocaux plus cosmiques et des arrangements fait de beats aiguisés

En son début de carrière, Einarsson expliquait que, issu d’un village reculé, il n’y avait rien d’autre à faire que de la musique.

Maintenant que l’on estime qu’1/4 de la population islandaise possède son disque, on accueillera sans réticence fourmillement éthéré (« Unbound »), sursaut pour s’échapper du sommeil émollient (« Stardust ») et onirisme fiévreux de « Fennir Yfir’ »,moment incontournable  où la glaciation est faite des carillons d’un piano et de cette grandeur orchestrée qui évite le pompeux  et distille le confort.

***

Cloud Nothings: « Life Without Sound »

Après quelques années où ils s’adonnaient à une volonté expérimentale, Cloud Nothings s’oriente avec ce quatrième album vers un son plus ramassé soniquement ce qui, pour eux, équivaut à alterner power-pop, post-hardcore et lo-fi.

Bien des choses seront familières ici ; les vocaux et les textes de Dyaln Baldi se coltinant à l’ennui et au mal-être mais, avec le production de John Goodmanson (Sleater-Kinney, Death Cab For Cutie), Baldi adopte ici des tonalités plus mesurées édulcorant ainsi les propos les plus drus.

Quand le vocaliste se veut contemplatif il ne s’éloigne alors pas trop du territore « emo » et les « singles » de Life Without Sound, tout évidents qu’ils soient, naviguent dans un bain aérien comme sur « Internal World ».

Les mélodies caresseront toujours les oreilles (« Things Are Right With You » ou le conversationnel « Sight Unseen ») ce qui ajoutera un côté cérémonieux à l’ensemble. Délaissant la dissonance, Cloud Nothings élaborent alors ici un canevas qui vivifie plutôt qu’il ne décourage.

***1/2