Eugene McGuinness: « Suburban Gothic »

Dans l’art de la pop ironique et pleine de sous-entendus Eugene McGuinness est un orfèvre. Laconique comme il se doit il n’avait plus deonné de nouvelles depuis quatre ans et son album précédent, Chroma.

Sur Suburban Gothic  il est toujours aussi sybillin et charmeur avec dix compositions mettent à l’honneur une pop mâtinée de rock indé affriolant.

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Malgré quelques moments oubliables de-ci de-ça (« With Words », « High Rise »), la sauce de ce nouvel opus prend grâce à certains morceaux imparables « (Hope in Hell », « Start at the Stop », « Roman »), mention spéciale àu « closer » azec un « Now Here’s a Look at What You Could’ve Won », forcément splendide

***1/2

Robyn: « Honey »

Marie Mai, Ariana Grande, Taylor Swift et toutes les Lorde qui se respectent sur Terre sont influencées par Robyn, superstar de la scandipop en Europe.

Enrobés des meilleures productions synthpop, dance-pop ou disco house, ses rythmes et accroches mélodiques continuent de faire école auprès des chanteuses ayant émergé depuis les deux dernières décennies, et ça continue avec cet excellent Honey.

Encore aujourd’hui, la Suédoise de 39 ans s’avère une authentique leader esthétique comme le fut naguère Madonna, en voici une autre démonstration éclatante, huit ans après la sortie de Body Talk.

Robyn s’entoure ici des réalisateurs anglais Joseph Mount (Metronomy) et Adam Bambridge (Kindness), du maître ès house américain Marvin Burns alias Lil Louis, des docteurs ès scandipop Klas Frans Åhlund, Markus Jägerstedt et Rudolf Nordström.

Non seulement les neuf chansons au programme sont-elles des méga-tubes potentiels sans exception aucune, mais encore elles révèlent une diversité de rythmes, grooves, mélodies et arrangements des plus innovants.

Voilà un album hautement créatif, malgré le conservatisme apparent de ses constructions mélodico-harmoniques.

***1/2

Sun KIl Moon: « This Is My Dinner »

Sun Kil Moo, alias de Mark Kozelek est un artiste prolifique ; son nouvel album, This Is My Dinner, suit un double opus pour le moins indigeste ce qui explique sans doute pourquoi celui-ci est plus direct et focalisé.

Les compositions demeurent toujours de la même veine néo folk, très lo-fi et intimistes avec « This Is Not Possible », « Copenhagen » et autres « Linda Blair » où le piano et les guitares acoustiques demeurent relayés au premier plan.

Les récits sont toujours aussi personnels ce qui, sur des titres égalant les dix minutes, peut autant nous aliéner que nous harponner.

Kozelek reprend également, en l’espace de une minutes cette fois, une chanson de The Partridge Family et, pour nous désarçonner encore plus« Rock’n’Roll Singer » d’AC/DC.

Ce moment d’électricité sera comme la foudre, il s’éteindra aussi vite que l’éclair ; reste à se demander alors ce qu’il vient faire si ce n’est peut-être encore plus nous désengager.

**

Rivulets: « In Our Circle »

Encore un artiste qui s’exprime en choisissant un nom de groupe ; Rivulets c’est, en vérité, Nathan Annundson et In Our Circle son sixième album. Il sera aisé de cataloguer l’opus sous le registre de l’americana celle qui pourrait se reconnaître si on a beaucoup écouter le Nebraska de Springsteen et, de manière plus surprenante, ce que P.J. Harvey véhiculait dans Dry.

Archétypal de l’americana, le disque l’est sans doute : sensibilité aux relations humaines examinées avec bienveillance y compris quand elles sont heurtées, calme sous les aspérités (« You Can Never Come Back » ou « Everything Goes »).

Le tout est accompagné par une guitare rude et sèche masquant, sous le grumeleux, la chaleur qui peut se former en vapeurs évanescentes.

***

Adrianne Lenker: « abysskiss »

Adrianne Lenker c’est d’abord une voix. Un tourment qui se chante en volutes, un trémolo qui voyage en hauteur sur des mélodies inouïes de brillance. Quatre ans après Hours Were the Birds abysskiss enracine le talent de la musicienne américaine en matière de textes et de composition, travail minutieux qu’elle utilisait déjà au sein du groupe Big Thief. Sa manière mystérieuse de parler d’amour, de mort, de chocs, des fils ténus qui nous relient au monde paraît fragile, mais sa main a quelque chose d’inébranlable.

Adrianne Lenker fait rayonner sa solitude avec chaleur, reformule sa sensibilité dans un enchevêtrement soyeux de guitare acoustique — à l’exception de « out of your mind », plus rock — et d’effets subtils à la basse et aux synthétiseurs. « See my death become a trail / And the trail leads to a flower / I will blossom in your sail / Every dreamed and waking hour », chante-t-elle sur le fabuleux « closer » qu’est « terminal paradise ». Son oeil ,un peu mélancolique, observe ainsi finement ses alentours et sa voix nous y entraîne dans un voyage plus que bouleversant.

****

Here Lies Man: « You Will Know Nothing »

Malgré une pochette pour le moins douteuse, Here Lies Man est un groupe qui vaut le détour avant tout pour leur son, gras, compact et épais, qui rappelle le Heavy Metal des années 70 dans lequel on aurait injecté des influences africaines. Assez improbable à première vue, mais pourtant l’alchimie fonctionne.

Et ça tourne encore à plein régime sur ce 2e album du groupe conduit par Marcos Garcia de Antibalas (un groupe d’afrobeat originaire de Brooklyn). Sans doute le truc le plus original qu’on puisse entendre en matière de rock indé actuellement.

***

Parcels: « Parcels »

Dans la mouvance disco pop actuelle, Parcels était surtout connu jusqu’alors pour avoir collaboré avec Daft Punk sur le titre « Overnight ». Le quintet australien propose cette fois un premier album dont les ambiances et le style rappelleront fortement le Random Access Memory des Daft, avec ce son électro-disco-pop-funky si caractéristique.

Manque juste Pharrell Williams pour que la fête soit totale et surtout un peu d’inspiration. Car pour le reste, le groupe ne propose pas grand chose de neuf et reste beaucoup trop light et sans réel point de vue pour convaincre véritablement. Un disque sympa (à écouter d’abord en mode « single ») mais dans lequel on s’ennuie finalement assez vite.
**

Kaleb Stewart: « Tropical Depression »

Après un premier album folk résolument intimiste, Kaleb Stewart a décidé de revenir à des événements politiques et autres points tournants de sa vie, nourris par ses bases emo/pop-punk.

Le musicien de Gainesville en Floride se montre ici percutant et il n’hésite pas à balancer des textes cinglants et explosifs jetés à la face d’une Amérique qu’il perçoit comme agonisante. Notons, par exemple « 8th and 3rd », « No Angel » ou « Cinco de Mayo ».

Tropical Depression n’est sans doute pas un album tapageur mais il parvient, par ce retour en douce, à, mine de rien, réveiller, comme sur un « Politics At The Bar » tonitruant, des consciences politiques souvent singulièrement assoupies.

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Razorlight: « Olympus Sleeping »

Razorlight s’était fait discret si on fait exception d’un album en solo de Johnny Barrell ; Olympus Sleeping marque donc le retour de notre combo britannique.

Rien de changé dans cette nouvelle livraison si ce n’est une resucée des Libertines ou autres Strokes.

Au programme de ce « revival » : des titres pas trop mal foutus, (« Brighton Pier », « Carry Yourself », ou « Midsummer Girl »), des arrangements toujours aussi bien pros et la ballade mélancolique de rigueur ( le très réussi « Iceman »).

En revanche on regrettera une fin quelque peu faiblarde (« No Answers », « City Of Women ») en accueillant ce retour avec l’attention mitigée qu’il mérite.

**1/2

Slothrust: « The Pact »

Slothrust est un trio bostonien dont The Pact est le quatrième album. Il génère un certain intérêt dans ladite scène locale mais ce nouvel opus s’éloigne d’un certain académisme « alternatif » pour regarder un peu ce qui se passe ailleurs. Cela consistera en un soupçon de tonalités synthétiques visant à les distinguer des « guitar bands » façon Pixies à qui ils étaient immanquablement comparés de par leur proximité géographique.

Ce sont sur des titres comme « Double Down » ou « Some Kind of Cowgirl » qu’une telle évolution se profilera mais le combo n’oubliera pas non plus d’amorcer un virage vers la pop avec « Peach » et « Birthday Cake ».

L’instrumentation demeure toujours basique, permettant ce rendu explosif sur lequel on peut toujours fonder espoir hormis quand le combo décide se s’aventurer vers d’autres horizons plus jazzy et étayés par les cuivres de « For Robin ».

On saluera l’effort de rénovation qui parvient à mêler énergie et introspection (le solo acoustique sur « The Haunting ») ; The Pact,démontrera alors ainsi qu’il n’est pas si malaisé que ça de s’affranchir d’un style.

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