Violens: « True »

https://i0.wp.com/c3.cduniverse.ws/resized/250x500/music/876/8740876.jpgFormé par d’anciens membres de Lansing-Dreiden à la fin de 2007, le combo new-yorkais de Violens tire son nom d’une combinaison des mots « violence » et « violons ». Avec un son influencé par des éléments aussi disparates que les Zombies style psyché-pop, le shoegaze et le post-punk , Violens sortit un EP éponyme Mars 2008. Apres quelques changements de line-up, des remix de MGMT, le groupe sort son premier album, Amoral, le Friendly Fire en 2010. 2011 les voit publier plusieurs tires sur l’Internet avant que True n’apparaisse en 2012. Référence au noise pop, les compositions ont tendance à vouloir prendre place dans la tête et à s’imbriquer assez profondément, comme passées à la moulinette. C’est d’ailleurs le même cas de figure que sur le disque précédent sauf que, sur True, ça n’est plus chanson par chanson que cet effet se reproduit mais sur une base constante que rien ne brise. Le rendu en est nocturne mais, de façon étrange, assez engageant.

La raison en est cette ambivalence entre le côté épique dont un groupe comme Ride serait porteur et une fascination pour la psyche-pop introspective façon Rain Parade. Il suffit alors à Violens d’ajouter quelques éléments bruitistes et frénétiques pour enrober le tout. En outre, l’interaction entre la guitare et la voix n’est pas sans rappeler The Church, ce qui, effets de reverb aidant, apporte une tonalité chaude et presque réconfortante.

On a droit à un constant aller-retour entre énergie féroce mais tamisée et atmosphère singulièrement accueillante. On comprend presque la pochette où figure un lit qui aurait pu être douillet si les draps n’avaient pas semblé être froissés de façon désorganisée par des corps entremêlés.

Certains titres se dégagent et semble être faits pour la radio (« Totally True », « When I Let Go ») alors que d’autres donnent l’impression de vouloir aliéner l’auditeur (un « All Night Low »). L’album baigne néanmoins dans des nuances subtiles de nostalgie mélancolique et d’apparitions oniriques . Cela concourt à donner un disque agréable à entendre mais aussi à écouter. Le sommet en sera un « So Hard to See » qui reprend la formule shoegaze en y adjoignant un tempo groove assez dansant. Le morceau, certes, évoque The Cure, mais quand les influences sont prises avec intelligence, elles rappellent qu’il est toujours possible de pointer une petite lueur dans une atmosphère aussi glauque que celle d’une chambre où la couche semble souillée.

Ben Gibbard: « Former LIves »

On ne peut nier la puissance et la grâce de chanteur-compositeur Benjamin Gibbard. Que ce soit les contes tissés dans le projet electro-pop The Postal Service, les récits dont il nous régale avec Death Cab for Cutie, All Time Quarterback ou les ballade inspirées de Kerouac One Fast Move Or I’m Gone, Gibbard a un don certain à écrire des chansons qui ont un fort impact et mais qui disent pourtant quelque chose de durable et de profond. Il suffit, pour en être convaincu, d’écouter Former Lives son premier et tant attendu album solo.

Composé de nombreuses chansons qu’il a laissé macérer pendant des années,il est emblématique de tout ce qu’on peut espérer de lui tant il véhicule audace, délicatesse et intelligence.
Le morceau d’ouverture, « Lullaby Shepherds Bush », est un effort a cappella qui serait comme le prologue d’une chanson impeccable pop, servie comme sur un plateau . Un « Dream Song », folk rock de la plus belle nature, suit et apporte une touche dynamique, mélodique et enjouée.Grand pas en avant donc que cette équipée aux guitares carillonnantes et jubilatoires.

Apportant un contrepoint aux deux titres précédents, « Teardrop Windows » est lui, un effort plus exacerbé qui sonne comme une prière poignante et auto-destructrice, un schéma dans lequel il n’était pas entré depuis un certain temps. Certes, nous avons déjà entendu Gibbard parler de « trop ​​de postes vacants » et dire « se sentir trop vide », mais n’a jamais semblé plus il découragé, plus vulnérable et, de ce fait, plus vivant.
Le piano délicat qui entre en lice sur « Bigger Than Love » permet peu à peu la chanson de se transformer en une façon de se débouler exubérante et sans effort et se montre un choix évident pour un premier « single ». « Bigger Than Love », raconte l’histoire d’un jeune couple aux prises avec les difficultés à élever une famille ; ce sujet lourd s’ajuste parfaitement à la voix de ténor Gibbard et offre un résultat rien de moins qu’éclatant et brillant. Ici, le vocaliste épouse la densité du thème de manière lyrique et et harmonieuse et en fait quelque chose délivrant une profonde empathie. Le chef d’oeuvre du disque, peut-être même un « classique » à venir.
Pas du genre à reculer devant un chant d’amour, Gibbard dévoile ensuite sur un intime et chaleureux « Lily qu’on pourrait presque jouer  lors de mariages, d’anniversaires ou à la Saint Valentin. Le titre qui suit, « Something’s Rattling (Cowpoke) », est sans doute la chanson la plus audacieuse que Gibbard ait composée et aussi une de ses meilleures. Elle débute sur une atmosphère de vaudeville comme si on mettait en musique le Paris des années 1940. Mais le meilleur est encore à venir avec une ballade intemporelle au piano « Duncan, Where Have You Gone? » C’est sans aucun doute un sommet de l’album avec ses riches nappes qui balaient la mélodie, une incursion dans cet univers Beatles-esque qui est peut-être l’auto-affirmation de Gibbard en tant que artiste osant s’attaquer à de telles icônes.
« Oh, Woe », oscille entre déception, doute et l’espoir avec des textes acides que le chanteur parvient à faire sonner apaisants et sympathiques. C’est d’ailleurs là que réside le charme et la grâce de Gibbard ; il est capable d’évoquer sur un rythme accrocheur et plein d’entrain («  A Hard One To Know ») ce qu’on ressentà aimer une femme qu’il est impossible d’aimer et à qui il est également impossible de résister.
Former Lives se termine sur une trilogie, la placidité tranquille de « Lady Adelaide » a une qualité aérienne et intime qui pousse à l’affection envers une personne traversée par angoisse et désespoir « Broken Yolk in Western Sky » utilisera un lap steel nous conduisant peu à peu vers un alt rock poussiéreux puis à une tonalité très Big Sur,. À bien des égards, pourrait être comme un présage de choses à venir.
Le disque s’immobilisera sur le folky et « old school » « I’m Building a Fire ». Ici, Giibbard cumule talents de troubadour et évocation qui fleure bon le Roy Orbison et dont on se dit que l’incendie qu’il allume est éradication d’un passé et témoignage de belles choses en devenir.
Former Lives porte alors bien son titre puisque, offrant un panorama de tout ce dont il a été capable, Ben Gibbard nous fait miroiter le fait qu’il est encore porteur d’une inspiration non encore tarie.

Interview de Ben Gibbard: En une Autre Vie.

Le leader de Death Cab for Cutie, Ben Gibbard est connu pour façonner une musique mélodieuse et mélancolique aux dorures délicates et feutrées. Il s’est aussi aventuré dans une pop électro en compagnie de Jimmy Tamborello avec The Postal Service, tout comme des musiques de films aux côtés de Steve Fisk. Ne manquait plus qu’un album solo ; le voici avec un Former Lives dont les compositions, réalisées ici et là sur une période de près de 10 ans, datent, effectivement, d’une autre vie.

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Quelle différence y-a-t-il entre cet album et votre autre disque All-Time Quarterback?
Il s’agissait du concept d’homme-orchestre, quelque chose de totalement différent différent. À cette époque, il y avait une sorte de mode de faire des bandes lo-fi ainsi que d’avoir des projets parallèles sous des noms différents. « Quaterback » était le mien.

Après avoir écouté l’album, on peut se demander dans quelle mesure il est autobiographique et dans quelle mesure il est simplement une narration.
Dans tout ce que j’écris, il y a une partie de moi. Je n’ai jamais vu l’intérêt d’essayer de faire une feuille de route dans chansons. Être un écrivain implique beaucoup de choses : vous devez tordre la réalité, créer des résultats et des scénarios, et puis vous commencez à vous éloigner de la version initiale. Dans chaque histoire, il y a plusieurs facettes et j’essaie de les voir toutes. À mon sens ce n’est pas trop grave si elles sont des moments de ma vie réelle. Je ne suis même pas sûres que ces chansons le soient d’ailleurs.
Vous avez pourtant dit que ce matériel recouvrait huit ans, trois relations, deux villes, la boisson. Vous avez également déclaré: « Je pense que les gens seraient surpris quand ces chansons ont été écrites et pour qui elles l’ont été. »
Les chansons sont très rarement ce que les gens pensent. Je n’ai jamais fixé un objectif quant à ce qu’elles racontent. D’ailleurs je ne vois pas en quoi ça intéresse celui qui les écoute. Le fait qu’elle ait un écho n’est pas nécessairement lié au fait que sa trame soit précise.

Pourquoi faire un album solo maintenant en comparaison de vos autres activités ?
Je sentais que j’avais enfin assez de matière et que ça pourrait marcher. Je travaillais sur un nouveau disque de DCFC à Los Angeles et je me suis accordé quelques pauses.J’ai réalisé que j’avais un tas de nouvelles chansons, mais elles n’existaient que sous forme de démos. Je me suis dit pourquoi ne pas aller en studio et voir ce qui se passe. Je ne l’ai annoncé à personne, pas même mon manager, d’autant que je n’avais pas trouvé de label. Après toutes ces années, tout le monde sait que vous préparez un disque ; il y a donc une certaine attente. C’était agréable de travailler sur quelque chose que personne ne connaissait, quelque chose que je faisais pour moi-même.

Comment alors pensez-vous que les fans de Death Cab for Cutie vont réagir ?
Nous avons la chance d’avoir des fans très fidèles. Ce disque ne sonne pas radicalement de ce que je faisais avec le groupe mais les gens sont très versatiles. Je crois que chacun va se fixer sur sa période favorite de notre répertoire. Je n’ai pas de réelle ambition par rapport à Former Lives.

Il paraît que certains de vos textes sont basés sur des lettres d’amour entre F. Scott et Zelda Fitzgerald.
C
‘est un détail important pour la connaissance et la compréhension de la chanson. Elle a été pensée en fonction de la situation et d’une connaissance très profonde du travail de F. Scott Fitzgerald,. J’ai toujours été friand de ces lettres qu’ils se sont écrites pendant une longue période. On y trouve de fort jolies choses et je voulais les lier ensemble pour faire une chanson, romantique et tragique à la fois.
« Oh Woe » semble être sur l’amour et le mariage. Est-ce lié à votre expérience personnelle?
C’est une façon de percevoir chanson. Il n’y a rien qui fait référence au mariage de façon flagrante. C’est un peu mon point sur la façon dont un événement se rapporte directement à la vie des gens, pas nécessairement moi. Des événements dema vie qui ont été très public et beaucoup de gens essaient de les relier ; Je ne dis jamais si c’est correct ou incorrect… je trouve ce schéma plus amusant qu’autre chose. (Rires)

Certaines de ces chansons existent de façon incomplète depuis des années. Vous avez déjà joué « Broken Yolk in Western Sky » par exemple. Qu’est-ce qui vous a incité à terminer le projet?
Il y a toujours des morceaux qui ne cadrent pas avec le contexte de mes enregistrements pour Death Cab. C’est comme une scène qu’on aurait supprimée d’un film. Un album essaie de raconter une histoire et de garder un ton particulier tout au long. Parfois, vous pouvez vous retrouver avec une grande scène qui doit être coupée parce qu’elle ne fait pas avancer l’histoire ; c’est ce que je ressentais à propos de ces chansons.
Et comment cela fonctionne-t-il avec le groupe ?
En tant que compositeur, je suis toujours trop près de la matière après que je l’ai écrite. Le groupe a toujours été très bon pour les lier ensemble. Mais il y a des titres qui n’appartiennent à rien parfois. Ce fut certainement le cas avec cette chanson. Je me suis retrouvé avec un peu de temps alors que je travaillais sur Codes and Keys et je me suis dit que le pire ne pouvait qu’en sortir. Ça a donc été une séance de studio avortée. Ça aurait pu être un B-side, ou figurer dans une compilation mais
comme je continuais à type d’enregistrement, certaines ont commencé à s’assembler dans mon esprit et à faire germer l’idée d’un disque.
L’album m’a rappelé votre collaboration avec Jay Farrar. On y entend une légère influence « country ». Était-ce une direction que vous tentiez de prendre?
En tournée avec Jay, le groupe que nous avons mis en place était composé de moi-même, Jay, Jon Wurster, qui jouait de la batterie avec The Mountain Goats, Mark Spencer à la steel-guitar et Nick Harmer, de Death Cab for Cutie, qui jouait de la basse. J’ai adoré le son de la « steel » et Jon a contribué à l’écritude de Broken Yolk in Western Sky » tout comme à « Lady Adelaide. » J’ai aussi beaucoup apprécié la « franchise » classique du « country songwriting ». Ce sont vraiment des pros, et si il y a une chose à laquelle je m’identifie de moins en moins dans la musique moderne, c’est cette surabondance de sons, la sur-production dur les plages et tout ce genre de trucs.
Les notes de pochette d’album indiquent que « Shepherds Bush Lullaby » a été enregistré sur iPhone. Était-ce une nécessité ou une expérience? Je sais, pour en revenir à All-Time Quarterback, que vous avez enregistré certaines de ses pistes sur un vieux Walkman.
Nous étions en tournée, et je jouais à Shepherds Bush. Je me suis retrouvé à tirer parti de lcette technologie qui était dans ma poche. C’étaitt comme une « chanson androïde », un sketch,l ‘ébauche d’une composition. J’ai juste trouvé que ce serait marrant de commencer l’enregistrement avec. C’est un côté espiègle et pas très en accord avec ce que les gens savent ou pensent savoir de moi. Dire que c’était une nécessité est sans doute un peu extrême, mais c’est la version que j’ai enregistrée à Shepherds Bushet il n’y avait vraiment aucune raison d’essayer d’en faire une autre.

Et qu’en est-il « Teardrop Windows » qui a été utilisée pour la pochette de l’album ?
J’ai vu ce tableau et j’ai vraiment beaucoup aimé ça. C’est une peinture très impressionniste avec beaucoup de couches et beaucoup de textures. On peut en dire plein de chose sans qu’aune ne soit explicite ou distincte. C’est ce que je ressentais à propos de mon enregistrement.

Et quid de la participation de Aimee Mann?
Nous sommes amis depuis des années. J’ai pensé que ce serait cheeutte qu’elle vienne chanter quelque chose.. Je me sentais si honorée que, quand j’ai entendu sa voix via le haut-parleur, je me suis dit : « Oh mon Dieu, c’est elle! » C’est une merveilleuse et gracieuse personne.
Une dernière question ; le nom de « Death Cab for Cutie » vient-il de la chanson du Bonzo Dog Band ?
Ils étaient dans Magical Mystery Tour et ils y jouaient ce morceau. C’est comme ça que je me suis branché sur eux. Les Beatles et surtout Paul McCartney étaient très amis avec eux. J’ai pensé alors que si je devais démarrer un groupe, il fallait l’appeler « Death Cab for Cutie ».

Interview James Iha: Au sortir du Silence…

Il aura fallu attendre 14 ans avant que l’ancien guitariste des Smashing Pumpkins ne sorte son deuxième album solo, Look To The Sky. Il est vrai qu’il n’a pas été inactif entretemps : collaboration avec A Perfect Circle, formation du « super-groupe » power pop Tinted Windows (comprenant un membre de Fountains of Wayne et le batteur de Cheap Trick) et ouverture de son propre studio d’enregistrement à New York Stratosphere.

JH

La première question sera, bien évidemment, ce qui a généré ce nouvel opus…
Je suis devenu semblable au pilote d’une voiture de course… Sérieusement, je n’ai pas vraiment une bonne réponse. Il suffit d’un moment parfois, vous savez.
Il est assez varié, comment le définiriez-vous  ?
Il est plein de chansons assez vives, pop-rock ou alt-rock dans lesquelles participent Karen O et Nick Zinner des Yeah Yeah Yeahs ainsi que le légendaire guitariste de Television Tom Verlaine, entre autres. J’y étais presque un «  sideman  » parfois… Ça me rappelait les Pumpkins de ce point de vue.
Hormis vos autres activités pourquoi a-t-il fallu tant de temps pour faire ce nouvel album solo?
Je pense que lorsque j’ai commencé à écrire à nouveau pour des trucs en solo, ça sonnait de manière trop similaire au premier enregistrement. Je voulais vraiment que ce soit différent, avec une approche plus éclectique symbolisant le fait qu’il y avait du changement. Au fil des années, j’ai enregistré des versions différentes de ces compositions. Comme je n’étais pas signé sur un label et n’avais pas de date limite, ça m’a pris un certain temps pour arriver à ce que j’estimais être une bon assemblage de chansons.
Il y avait un peu de tout dans ce que j’ai gardé. De l’électrique, des trucs plus rock, des choses plus tranquilles, comme sur le premier enregistrement. À l’inverse, on trouve aussi des tonalités plus new wave, axées sur les claviers. Tout ceci m’a pris une éternité.

Le fait que vous ayez votre propre studio n’a pu que vous aider…
Absolument, c’est un studio commercial aussi. La moitié du travail est générée par moi et les deux autres propriétaires, et l’autre moitié sst totalement indépendante des impératifs commerciaux. Nous n’avons pas beaucoup d’argent, mais c’est presque une bonne chose parce que tout le monde travaille de façon assidue sur sa musique. Et puis nous commençons aà avoir pas mal de bons petites groupes qui viennent y enregistrer.
On a parfois l’impression, à vous entendre que composer n’est pas si facile que ça pour vous.
La musique vient très vite, mais l’écriture des textes, la finition et les vocaux durent une éternité. Il est beaucoup plus facile pour moi de n’être que le guitariste et de jouer pour les autres. Pour une raison ou pour une autre, quand je travaille sur mon matériel, je m’y investis tellement qu’il me faut beaucoup plus (et trop) de temps. Mon co-producteur Nathan Larson m’a fait sortir de cela. Il m’a donné plus confiance en ma capacité à mener les choses à terme. Il est génial. Il a fait beaucoup de musiques de films, donc il est vraiment fantastique à arranger les cordes et à apporter cette autre dimension qui vous fait ressentir que cela vous dépasse .
Quelles ont été vos guitares pour ce disque? Vous devez en avoir une assez belle collection…
Vous savez, j’ai tendance à devenir blasé – en fait, je suis blasé d’une manière générale en ce qui concerne les instruments. J’ai quelques très bonnes guitares, comme une Martin et une Gibsonacoustique qui sont «  vintage  ». ainsi qu’une Les et une Epiphone. Mais je m’en fous. Honnêtement, peu importe ce qui traîne, je vais trier, en rammaser une et commencer à enregistrer avec . Sauf si la guitare est vraiment cassée, je ne m’en préoccupe pas.
Une des basses au studio est une Squier, qui est, comme une Fender mais dans une gamme moins chère. Elle sonne très bien et tout le monde l’utilise. Donc ce n’est pas vraiment ce que vous utilisez mais plutôt le fait que ça sonne cool. « 
Sur le premier «  single  », «  To Who Knows Where  », quel est cet instrument que l’on entend ? On dirait un archet électronique.
En fait, c’est une guitare Fernandes. Elle a de des micros qui font qu’elle sonne comme un E-Bow. Le E-Bow ne fonctionne que sur une corde, mais avec la Fernandes, lorsque vous pressez un bouton, un «  sustainer  », c’est la guitare entière qui est comme un E-Bow . J’aime ce son  ; c’est comme si vous jouiez de la guitare alors que vous n’en faites rien.
Vous avez également un son très cristallin sur «  Speed Of Love  », comme si la guitare se cassait pendant le mixage.
Tout à fait, durant le pont et aussi le solo.
Vous êtes très branché «  effets  », non?
J’adore, c’est vrai. Il y a des joueurs de guitare qui les aiment et d’autres qui se branchent directement sur un ampli. Fixer cinq ou six pédales dessus me semble tout à fait naturel.
Comment s’est passée votre collaboration avec, entre autres, Tom Verlaine? C’est une assez grosse pointure côté guitare.
Oui, mais il est très cool, un vrai new-yorkais . Il a fait quelques enregistrements en studio. Il connaît d’ailleurs un des ingénieurs qui y travaille. Il y avait certains titres où on se disait  : «  Ce serait super si on pouvait avoir un peu de guitare qui sorte des lieux communs.  » Il habite tout près, nous l’avons appelé, il est venu, et il a joué des tas de trucs tous plus formidables les uns que les autres. C’était très facile de bosser avec lui, c’est un type extra
Vous avez fait brièvement allusion au fait que vous étiez plutôt un guitariste pour groupe. Comment vous sentez-vous à vous présenter comme artiste solo?
Ça ne me semble pas naturel (rires), c’est même un peu effrayant quand vous y pensez … Mais j’ai vraiment beaucoup travaillé sur l’art de la composition de façon artisanale presque, chanson artisanat et aussi le chant. C’est juste que ça représente beaucoup plus de travail (rires) alors que jouer de la guitare avec d’autres personnes est relativement facile.
À ce propos, je serai curieux d’avoir votre point de vue sur Billie Corgan du temps des Pumpkins : quand était-il bon, quand ne l’était-il pas  ?
De toute évidence, c’était un super groupe qui a fait partie d’un grand moment dans l’histoire de la musique. C’est ce que disent que beaucoup de fans et les gens en quand ils parlent des années 90. C’était, pour moi, un moment incroyable d’être dans ce groupe étonnant. Nous avons certainement eu des hauts et des bas mais je préfère choisir d’être positif à ce sujet et me rappeler les bonnes choses que nous avons faites, des enregistrements et des concerts «  live  ».
Quels ont été a les moments les plus forts pour vous à cette époque?
Il y avait surtout beaucoup de travail. Chaque enregistrement semblait aller plus loin que le précédent. C’est difficile à dire. Quant aux faits saillants, je pense que certains de nos concerts étaient très vivants. L’énergie du public était incroyablement stimulante. Jouer pour la Lollapalooza a été évidemment un énorme souvenir. Nous avons aussi fait un tournée en Australie, et il y avait un festival appelé Big Day Out. C’était plutôt cool avec un line up composé de Soundgarden, les Smashing Pumpkins, Bjork, les Ramones … Quand ces derniers étaient dans le coin, c’était toujours assez spécial !
Pourtant, il y avait des tensions au sein du Pumpkins. Mais ça ne vous a pas empêchés de produire de la grande musique.
C’est bizarre. Nous parlions de ce genre de choses ici au studio avec quelques uns de nos stagiaires. Quand il y a un groupe en studio, ils sont enthousiastes à l’idée de les enregistrer, mais parfois il y a cette tension sous-jacente. L’orchestre nerveux, le producteur est parfois nerveux, donc la dernière chose que quelqu’un veut s’entendre dire de la part d’un stagiaire, c’est une remarque au sujet d’un son de guitare à partir d’un stagiaire. C’est le genre de chose que vous apprenez très vite à ne pas faire.
En même temps, un groupe se doit de gérer ces tensions et, très souvent, les problèmes vous permettent de mieux être créatifs.
Après la séparation des Pumpkins, Jimmy Chamberlin a rejoint Billy pour une nouvelle version du groupe jusqu’en 2009. Avez-vous jamais tenté de recontacter Billy ?
Je n’ai pas parlé à Billy depuis très, très longtemps. Cela fait bien plus de 10 ans je crois. Vous savez, quand le groupe s’est séparé vers 2000, nous avons juste rompu. Il n’y a rien de plus à ajouter…

 

JEFF The Brotherhood « Hypnotic Nights »

JEFF The Brotherhood est effectivement une fratrie, Jake et Jamin Orall, composée donc de deux éléments dont aucun d’entre eux, facétie oblige, ne se prénomme Jeff . Hypnotic Nights est leur septième album, le premier pour une « major ». Cela ne va pas pour autant changer la nature de leur répertoire (un mélange de power pop, de heavy rock et de garage (on pense à Weezer) même si, passage chez Warner Bros aidant, ils ont pu bénéficier de moyens plus conséquents. On retrouvera donc aux manettes et à la guitare le de plus en plus demandé Dan Auerbach des Black Keys.

Sur ce plan-là, le son va devenir plus ramassé et constant, s’éloignant peu à peu des tonalités psychédéliques que le groupe affectionnait auparavant. Leur disque précédent, We are The Champions sic!) avait développé un style fait de décontraction et d’une certaine impression de laisser aller (le « slacker rock ») ; si celui-ci perdure, par exemple sur les morceaux d’ouverture « Country Life » et « Sixpack », Auerbach va s’efforcer d’arrondir un peu les angles.

Hypnotic Nights va donc se révéler plus « réfléchi » dans la mesure où les riffs saturés qui ornaient les compositions « power pop » précédentes et leur prodiguaient versatilité sont remplacés par une approche plus monocorde, comme si, un bon ombre d’années plus tard, le duo embrassait la cause « grunge ».

Cette méthode a ses avantages et ses inconvénients. Les bonnes nouvelles seront que, à l’instar de We Are The Champions, « Hypnotic Mind » délivre un solo de guitare incandescent et propre à réjouir ses fans précédents, que « Staring at the Wall » rappelle ces hymnes à une adolescence frustrée auxquels Jay Reatard nous a habitués et que « Mystic Portal II » s’envole sous un flot de cithares.

À la décharge du groupe, et peut-être qu’Auerbach aurait du imposer sa patte, le disque souffre d’un manque de cohérence évident. La dynamique est présente mais les frères Orall auraient certainement bénéficié de voir leurs compositions être plus canalisées. On s’interroge ainsi sur le choix d’une reprise de Black Sabbath, « Changes », empesée dans des synthés pour clore le disque. Il semblerait que, conscients du côté répétitif et pesant de compositions parfois balourdes, JEFF The Brotherhood ait, artificiellement, opté pour cette dérivation. Ne reste plus qu’à espérer que celle-ci ne se transforme pas, par la suite, en dérive…

Talk Normal: « Sunshine »

Pour l’auditeur lambda, Talk Normal peut sembler vivre ou représenter un monde à part. Il est vrai qu’il aurait été difficile, pour ce duo expérimental féminin de Brooklyn, de réaliser, voilà 3 ans, un disque aussi aventureux et dénué de compromis que un Sugarland qui mêlait stridences de guitares en « free form », percussions pour qui le terme « expressionniste » serait un euphémisme, et vocaux où alterneraient accalmies impassibles mais provisoires se muant ensuite en vocaux déclamatoires de suppliciées au bord de la rupture.

Déclarer que ce disque était galvanisant reste d’une actualité mordante et on était curieux de voir quelle transition allait ménager Sunshine.

Ce nouvel opus dégage d’abord plus de mélodies, signe que le groupe est peut-être plus à l’aise avec lui-même, sa musique et se montre plus capable de se situer par rapport à la « no wave scene » de New York. On trouvera donc ici quelques gestes mineurs vers une pop compréhensible moins envahissante, avec une production qui, si elle privilégie les nombreuses strates, le fait de manière plus subtile et moins pesante. On pourrait dire que c’est comme si Sarah Register et Andrya Ambro s’employaient à chanter de façon harmonieuse plutôt que d’essayer de greffer des vocaux mélodieux sur une dynamique faite de dureté et d’abrasion.

Ainsi , la chanson titre, pourtant très impactante, est abordée, le duo chante en harmonie en contraste énorme avec les guitares incendiaires de Register et les percussions galopantes de Ambro. Sur tout le disque d’ailleurs Talk Normal semble embrasser la joliesse mélodieuse de la même façon qu’il manie la sévérité dissonante. Sur « Hot Water Burn » les chorus pris à deux permettent essor du morceau dans la mesure où, rythmant son développement, ils lui donnent une substance narrative qui met à bas la complexité de son architecture.

« XO » et « Bad Date » englobent free jazz, post punk et new wave avec des rythmiques alourdies épousant un sax et des vocaux dont l’envergure semble illimitée. On pourrait alors citer Laurie Anderson ou Kristin Hersh dont on pourrait presque dire qu’elles sont réunies, elles aussi, en duo sur « Hurricane », tout cela pour conclure que si Sunshine a pour vocation de véhiculer lumière et chaleur, il le fait en y mêlant constamment déflagration et incandescence.

Éectro ou hardcore, électro et hardcore, la frontière est ténue (« Lone General » qui voit Wire frayer avec Ministry ) ; et il ne manquerai alors qu’une dose de primitivisme animal pour que la messe soit dite. «  Baby Your Heart’s Too Big » len sera la plus belle manifestation avec son « outro » qui clôturera Sunshine d’une façon si anti-conformiste qu’elle ne peut qu’être la marque d’un nihilisme revendiqué.

Pond: « Beard, Wives, Denim »

Quand on sait que Pond est un trio dont deux des membres jouent avec Tame Impala, on ne peut que s’attendre à des connotations psychédéliques. Ils y ajoutent néanmoins des tonalités très « free form » qui leur sont propres et avec Beard, Wives, Denim sorten tun quatrième album qui n’a d’ailleurs pas failli voir le jour et sur lequel leur nouveau label Modular s’est empressé de sauter.

L’analogie avec Tame Impala est évidente (mêmes articulations sur plusieurs couches musicales) mais l’entité Pond semble être plus désireuse d’expérimenter et de créer un son plus riche et, par conséquent, générateur d’émotions plus vives.
Cet esprit vient de leur choix d’espace d’enregistrement, une ancienne ferme située dans la campagne de l’Australie occidentale.
Beard, Wives, Denim se montre ainsi très versatile – un peu comme si le lieu privilégiait ce désir d’opérer sur le mode des « jam sessions » – et, sans que cela semble artificiel, virevolte de moments aussi frénétiques que le bruit d’un équarrisseur broyant tout sur son passage à de délicats interludes vocaux censés apporter accalmie dont on sait pertinemment qu’elle ne sera que toute provisoire.

«  Fantastic Explosion of Time » titre plein d’énergie (les Stooges rencontrant les Kinks) invite l’auditeur à être témoin de chorus endiablés se décomposant ensuite en éclats de guitare plus que « space ». Mêmes déferlements sur « Leisure Pony », « Elegant Design » ou « Moth Wings » alors que, a contrario, les percussions de « Sun and Sea and You » muterontnt avec fluidité d’un hymne triomphal en un développement suave avant que des riffs chaotiques inattendus prennent le pas et semble engloutir ce qui précédait. Dans l’arsenal de la « psychedelia » il ne faudra pas non plus omettre les rires et fragments de conversation ; ceux-ci sont abondamment utilisés sur « Dig Brother », mais jamais ils n’apparaitront comme une pièce rapportée et n’entameront donc pas l’aspect corrosif du morceau.
On ne peut pas non plus passer sous silence les longues parties instrumentales sur lesquelles le trio s’appuie avec bonheur en particulier quand il se promène dans le registre atonal, voire dodécaphonique (« Sorry I Was Under The Sky »).

Des voix feutrées mais chevrotantes, des accords désincarnés et tremblotants servent ainsi de toile de fond judicieuse à un « Mysrery » qui évolue alors entre climats cotonneux et feedback et fuzz radiocatifs. Ça ne sera, au bout du compte, que sur le dernier titre de l’album que l’on trouvera une unité de ton, l’acoustique et dépouillé « Blend Moreno » remplira alors son rôle de voie de sortie pour un disque que MGMT (avec qui Pond a tourné) doit regretter ne pas avoir réalisé.

Entre Tame Impala et Pond, on a au fond la rivalité de deux frères, une route parallèle dans laquelle le dernier, plus jeune, semble résolu à apprendre au travers de ses erreurs ; il n’en rendra que plus essentielle la possession de leurs deux derniers albums.

Pop Levi: « Medicine »

Selon ses propres dires, Pop Levi n’est ni de la terre ni de notre dimension dimension. Il est vrai que ce multi-instrumentiste de Liverpool avait, sur son premier opus, The Return to Form Black Magick Party vagabondé avec bonheur dans une pop « sixties » et glam façon T. Rex et que sur le suivant, Never Never Love, il avait adopté un son plus « funky » à la Prince pour un disque enregistré à Los Angeles.

Ici, il explique que son dernier effort a été « enregistré par une autre version de moi dans une autre dimension, puis transmis à cette version de moi pendant de longues séances de caisson d’isolation sensorielle. »

Foin de théorisation ou d’élucubrations pour Medicine qui, lui, plonge dans le glam rock, electro funk, et ce qui Levi nomme « future rock ». Cette étiquette à elle seule suffit à caractériser une genre qui ne signifie strictement rien, un peu comme si Levi voulait se proclamer roi des D.J.s (le disque est inondé d’electronica) tout en n’ayant aucune idée de la façon de faire tourner les platines.
C’est en réalité dommage, parce que sous tous ces « loops » et ces refrains saccadés propres surtout avant tout à vous donner la migraine (sons égaux et aigus, murs soniques d’où ne s’échappe aucune couche, diction hoquetée) on peut réellement se dire que Levi possède encore les talents musicaux qui nous avaient si enthousiasmés sur son premier album .

Le premier « single », « Strawberry Shake », est effilé comme un rasoir et une voix haut perchée est à mi-chemin entre Bowie et le heavy metal. Le titre, malheureusement lasse rapidement par des chorus refrains d’où n’émerge qu’un funk robotique et presque lobotomisé.

Sur bien des titres d’ailleurs, les riffs dégoulinant de sueur à la Marc Bolan se dégonflent rapidement comme sur « Police $ ign » ou « Runaround Midnite », vaines tentatives à émuler The Strokes.
En fait, Levi a conçu un disque « venu d’ailleurs » pour reprendre sa terminologie, objet hybride où se côtoient rock traditionnel (« Motorcycle 666 », « Rock Solid ») et incursions dans des tripatouillages électroniques qui génèrent une impression d’hystérie non maîtrisée mais dont, la résultante est, hélas, plus chaotique que’entraînante.

Ça n’est finalement que quand Levi se pique de ballades qu’il est le plus convaincant : « Coming Down » est preuve que l’artiste sait encore écrire des mélodies et « Bye Byes » qu’il sait mettre à nu ses émotions.

C’est peu, bien trop peu, pour quelqu’un qui donnait l’impression d’énormes potentialités. On n’est jamais plus déçu que par les gens dont on attend, à tort en l’occurrence ici, le meilleur.

… And You Will Know Us By The Trail Of Dead… : « Lost Songs »

À l’heure actuelle, on ne peut que savoir à quoi s’attendre d’un nouvel album de … And You Will Know Us by the Trail Of Dead, ce s groupe de «  punk prog  » (eh oui! ça existe), originaire de Austin, Texas, dont c’est aujourd’hui le huitième disque en 14 ans. Lorsque Conrad Keely et Jason Reece, les mentors, se sentent inspirés, vous pouvez vous fier à ce que vous allez entendre  ; un bon petit post-hardcore lancinant qui vous laisse néanmoins toujours une certaine marge de manœuvre selon le fait qu’ils ont décidé de mettre en avant leur côté «  proggy  » ou d’écrire de façon directe en se tournant vers un registre haut perché et corrosif.
Le spectre de Lost Songs, le place résolument dans la direction du dernier aspect invoqué. En effet, il s’agissait selon le groupe de secouer «  l’apathie des gens face aux événements du monde réel qui ont durement affecté la scène musicale indépendante».

Ce but n’est guère surprenant quand on sait que Trail of Dead a toujours fait preuve d’une certaine ferveur «  révolutionnaire  », en particulier face à l’industrie du disque dans la mesure où il n’a pas hésité à larguer les amarres par rapport à la «  major  » avec qui il était sous contrat.

Il s’attaque aujourd’hui à une autre scène musicale, et, si leur objectif était de les secouer, nul ne peut nier que soniquement la mission est accomplie tant on sort comme exsangues d’un tel déferlement transforme ces chansons « perdues » à l’origine, fécondées par une substance toute renouvelée.
L’album débute dans un style typique, avec basse, batterie et guitare en pleine distorsion le tout explosant en un mur frénéstique d’accords majeurs. Les quatre premiers titres foncent ainsi tête baissée mais avec une précision d’horlogérs, tous plus intenses que les précédents, jusqu’à ce que la marée montante soit finalement brisé par la chanson-titre. Curieusement, « Lost Songs » évoque le U2 première période mais cette impression ne durera pas au-delà des deux minutes de la chanson.
Le rythme mollit dans le deuxième tiers de l’album, avec des chansons comme «  Flower Card Games » prenant le contre-pied de la formule mise en place au démarrage puisque, peu à peu, le rythme va s’adoucir. En fait, cette structure décrit parfaitement l’agencement de l’album pris comme un ensemble avec « Heart of Wires » et « Catatonic » propulsant à nouveau une accélération rythmique. « Bright Young Things » est alors bâti en crescendo et le paroxysme sera atteint sur « Time and Again » qui finit les choses avec excentricité et beauté.

Lost Songs est un bel exemple de ce qu’on pourrait nommer du « prog hardcore », l’intensité y fait bon ménage avec le lyrisme voire l’équipe, un peu comme si à sa révolte épidermique Trail of Dead voulait donner une tonalité poétique, et même philosphique, aux éruptions qui caractérisent ses descriptifs impitoyables, passionés et sans concessions de nos quotidiens.

Divine Fits: « A Thing Called The Divine Fits »

Le concept de « supergroupe » est une idée à double tranchant. Bien que l’idée de musciens renommés qui se réunissent pour former un mastodonte musical puisse sembler géniale, nous avons vu échouer tant de fois maintenant.Nous avons eu occasionnellement les Wilburys Traveling ou Broken Social Scene qui sont parvenus à percer et à créer cette musique intemporelle, à la hauteur de ce que nous attendons de superstars qui se regroupent, mais le plus souvent nous nous sommes retrouvés avec de débris épars reflétant ce qui se passe vraiment quand des égos surdimensionnés sont censés être dans l’interaction: Velvet Revolver, Freebass, Power Station, Monsters of Folk, Contraband … La liste est interminable.
Le concept d’un «supergroupe» est encore plus étrange dans le domaine de la musique indie. Il est plutôt récent et il est difficile de l’aborder en faisant comme si nous ignorions d’où viennent ses musiciens. C’est un peu comme si notre prétendue objectivité ou neutralité était mise à mal, un peu comme si nous attendions quelque chose mais sans savoir quoi au juste. Ça n’est pas comme si il s’agissait du nouvel album d’untel dans lequel nous avons une chronologie ou des repères auxquels nous raccrocher.

En outre, nous ne parlons pas d’énormes icônes musicales telles que Mick Jagger et Dave Stewart se réunissent pour former un groupe très médiatisé (Superheavy), mais de célébrités musicales mineures. Ici pourtant, nous sommes présentés à un ensemble indie qui, en quelque sorte, défie toute définition en quelque sorte du super-groupe: The Divine Fits.
Composés de Britt Daniel (Spoon), Dan Boeckner (Handsome Furs, Wolf Parade), et Sam Brown (New Bomb Turks), on peut dire, en effet, qu’ils en représentent un nouveau type. Avec leur premier album, A Thing Called The Divine Fits, le combo se construit à partir de composants qui identifient leurs groupes d’origine pour explorer un tout nouveau territoire. Le son qui en sort est semblable à une vague renouvelée tant elle semble exemple de tâtonnements et emplie de certitude artistique, une nappe ondoyante soigneusement tavaillée sous un emballage tout ce qu’il y a de plus indie rock (à savoir un son dont l’option a été clarté, netteté, rigueur presque mécaniqste) ; le tout va nous apporter l’un des albums les plus fascinants et mieux conçus de 2012.
A Thing Called The Divine Fits s’ouvre sur leur « single », « My Love is Real ». Construit autour d’une riff électronique incessant et des éclats de synthé très new-wave, le morceau va parfaitement établir les tonalités et thématiques du reste de l’album. Comme pour la majorité des titres du disque, la composition atteint aisément l’oreille, et, ce faisant, touche instantanément l’auditeur. Ainsi cette phrase, « My love is real / Till it stops » montre à quel point même dans l’affect revendiqué, la maîtrise reste toujours de mise. Les vocaux de Boeckner sont hypnotisants et emprunts d’un humour noir, le tout nous incitant presque à vouloir le ré-entendre ou à chanter avec lui.
Les vocaux sont également partagés entre Daniel et Boeckner, tout en maintenant le même netteté et la même fluidité. Ce rythme est tout simplement superbe, parvenant à capter intérêt au travers des les 11 titres. Les chansons se fondent de façon presque transparente l’une dans l’autre et, s’il y a de fréquents changements de tempo, ceux-ci restent légers,façon de maintenir cohérence tout en évitant la monotonie. Plus important encore, l’équilibre entre le rock new-wave et indie est magnifiquement marquée, de sorte que les deux sont réunis en un ensemble nouveau et élégant,puisant dans l’un et l’autre de ces univers.
Basé uniquement sur le line-up du combo, il serait facile de déduire qu’il s’agit ici d’un autre rendez-vous indie. Mais The Divine Fits sont indubitablement un super groupe, définition qu’ils parviennent à transcende. Plutôt que produire un amalgame confus de trois sons disparates, ils nous convient, sans efforts apparents, à une expérience musicale véritablement nouvelle et naturelle et sans effort, tout en partant d’ingrédients de base maintes fois parcours.

The Divine Fits sont, en effet, un super groupe, mais ils sont avant tout un groupe super !!