Old Sea Brigade: « Ode to a Friend »

Si on considère la teneur mélancolique de ce premier album de Ben Cramer alias Old Sea Brigade, on peut devinera que l’ami cité dans le titre n’est plus de ce monde ; choses avérée quand on saura qu’il était fan de la musique de notre songwriter , qu’il s’est donné la mort mais qu’il la poussé également dans la voie d’une émancipation en solo.

Le sens qui est donné à ce disque est don éloigné de tous les lichés, mièvres comme gothiques, mais plutôt d’un « vécu » ayant une fonction cathartique.

« Sinkhole », qui ouvrera les hostilités, évoquera The Villagers avec son indie folk mâtinée d’électro, comparaison qui s’’a de sens qui si on ne prend pas en compte une voix bien plus hantée que chez ces derniers.

La délicatesse y est immédiatement perceptible et  ainsi, « Seen a ghost » poursuit son chemin avec tout autant de simplicité avec quelques nappes fantomatiques en arrière-plan  qui suffisent à installer une vraie ambiance. Celle-ci suscitera l’attention, qu’elle se déploie majestueusement comme sur un épique « Resistance », ou qu’elle se fasse plus rêveuse et doucereuse avec « Hope » .

« Stay up » est un autre titre un peu plus pop et classique alors que « Western Eyes » s’alignera sur la même humeur que « Hope ». « Straight through the sun » et « Want it again » et « cigarette » préserveront une once de légèreté electro pop folk avant que « Ode to a friend » remplit le spectre d’une lumière chaude qui semble éloigner le malheur, ou au moins exorciser toutes les émotions négatives. Bref, Old Sea Brigade est un joli projet capable de choses magnifiques, dont on espère qu’il suivra le chemin de plus de titres émotionnellement forts.

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Julian Lynch: « Rat’s Spit »

Après un hiatus de six années le guitariste et musicologue des Real Estate renoue avec le mode solo, un septième oups aux climats un brin expérimentaux et psychédéliques mais avant tout abondamment rêveurs. La production est complexe et luxuriante, l’agencement sonore s’empile en couches denses et déstructurées liés les unes aux autres par une pléthore d’instruments et d’effets.

Rat’s Spit septième opus de sa discographie en solo n’est en aucune façon calqué sur son collectif du moment. Les climats sonores développés sont un brin expérimentaux et psychédéliques mais avant tout abondamment rêveurs. La production est complexe et luxuriante, l’agencement sonore s’empile en couches denses et déstructurées liés les unes aux autres par une pléthore d’instruments et d’effets. Seul maître à bord sur ce nouvel LP Lynch y joue de tous les instruments, chante de sa voix relaxante et fragile et assure aussi la production. La paternité de ce nouvel album est donc sans équivoque.

Rat’s Spit (nom inspiré par un personnage du film « Dungeon Master ») a été mené en parallèle avec sa thèse d’anthropologie mais le traumatisme de l’élection américaine de 2016 lui fournira également ses dernières cartouches et apportera à son projet son lot de mauvaises et alarmistes vibrations.

« Catapulting » nous projette spectaculairement dans un voyage aux couleurs musicales riches et luxuriantes. Très orchestral et ambitieux ce morceau flotte comme la voix de son maître. Point de tempo aux crescendos explosifs mais un mantra alimenté par un synthé aérien et quelques soubresauts de guitares saturées. Le single « Meridian » est un cas d’école, Julian Lynch y combine les mélodies et génère des dissonances ; le tempo et la pulsation de la batterie et de la basse sont feutrés, mais, sous-jacente, une guitare saturée menace et gronde. Ici est bien résumé toute la particularité de cet opus : sa lecture et sa découverte se font sur plusieurs niveaux.

L’éponyme « Rat’s Spit » est sur le même registre mais il va se densifier au moyen d’effets luxuriants à grands renforts de suppléments d’électroniques. Lynch n’abandonnera pas pour autant son instrument fétiche ,la guitare mais sil s’ingéniera à rendre sa 12 cordes méconnaissable sur « Floater ».

Toute apprêtée qu’elle soit, la musique de Lynch demeure organique, elle renvoie par instant aux ambiances sonores crées en son temps par Ian Master (Pale Saints) via sa formation Spoonfed Hybrid, on peut aussi y entendre un peu de Slowdive ou de Spiritualized. Son style musical est à la croisée d’un post-rock serein, d’une indie planante ou d’une dream pop orchestrale et ambiante. Le songwriter et guitariste du New Jersey n’endosse pas ici le rôle d’un professeur. Cet album de pop moderne n’est pas réservé aux érudits, il est juste bien agréable à l’écoute et très abordable. Il résume en tout cas le travail d’un musicien appliqué et concerné.

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Ryley Walker: « The Lillywhite Sessions »

En plus d’être un compositeur et interprète au talent immense, jamais Ryley Walker ne s’endort sur ses lauriers ni ne sombre dans la facilité. Après un disque paru voilà quelques mois, un Deafman Glance, qui abandonnait son folk circa 67 pour des escapades beaucoup plus urbaines et jazzy, il rehausse encore sa palette avec son nouveau projet.

Ryley Walker a donc choisi de remettre au goût du jour un album « fantôme » du Dave Matthews Band. Entre 1999 et 2000, Dave Matthews enregistre avec son groupe un album sous la houlette de Steve Lillywhite, le renommé producteur. Ledit disque sera entièrement refusé par le label et Dave Matthews ira enregistrer du coup un album solo avec un autre metteur en sons. Plusieurs morceaux de ce disque jamais paru referont surface quelques années plus tard, réenregistrés pour un nouvel album du groupe au complet. Mais les sessions avec Steve Lillywhite vont tout de même connaître une vie de clandestines, ces versions studio réapparaissant aux balbutiements du peer-to-peer dans les tuyaux parallèles d’internet. C’est certainement par ce biais que Ryley Walker découvrira ces rares enregistrements qui ont créé le « buzz » parmi les fans.

Choix pour le moins surprenant donc tant les deux univers de ces artistes semblent évoluer à l’opposé. D’un côté, la « rock star » et son super groupe de musiciens de studio hyper produit, taillé pour remplir des stades made in U.S.A., de l’autre l’artisan besogneux qui écume les bars et petites salles d’un périple intimiste.

Pourtant, à l’écoute des Lillywhite Sessions, point n’est besoin de connaître les originaux pour en apprécier l’acide saveur. Il n’empêche que ce disque impeccable titille amplement la curiosité et l’envie de les découvrir. Si Ryley Walker continue toujours son chemin vers un folk jazz épuré, on sent derrière ses interprétations l’hommage appuyé et le respect pour les talents de songwriter de son aîné. Dans une intonation – la ressemblance de timbre et de rythme est parfois troublante, dans un phrasé, l’on se rapproche petit à petit de la fêlure originelle tapie derrière le décorum de la grosse cylindrée. Une brèche qui redonne sens à l’envie de Dave Matthews d’écrire des chansons et de les offrir au monde.

Si jamais l’on venait à douter du grand écart qui séparerait les deux artistes, le saxophone free qui s’exprime chez Ryley Walker n’est pas sans rappeler celui, souvent très calibré, qui se manifeste dans le Dave Matthews Band. S’il y a au plus profond de chaque chanteur américain le désir d’augmenter son niveau de jeu, d’audience et des velléités à devenir en quelque sorte le nouveau Springsteen, rien n’empêche alors le rocker dans l’ombre de rendre hommage aux talents multiples de celui qui a explosé en pleine lumière. Ils sont faits du même bois. Cela n’enlève alors du mérite ni à l’un ni à l’autre.

***1/2

Aidan Moffat & RM Hubbert: « Ghost Stories for Christmas »

Aidan Moffat & RM Hubbert nous sortent ici un album traditionnel pour la saison mais lui donnent un visage qui va à revers de l’imagerie traditionnelle de Noël.. Ghost stories for Christmas tourne autour de Noël sans jamais vraiment s’y abandonner. Dans une approche dickensienne, Moffat n’en retient pas tant le bonheur et la liesse que l’idée d’un espoir résiduel qui viendrait rattraper une situation mal embarquée. Son Noël est loin d’être pessimiste mais s’organise néanmoins autour de situations, majoritairement solitaires, où les maîtresses ont déserté, où l’on vieillit (« Such Shall You Be ») et l’on se languit de retrouver les siens (« Only You »).

Ce n’est pas pour autant que l’esprit de Noël n’est pas là, porté par la voix apaisée, et en mode narratif d’un Moffat chaleureux comme jamais et par le piano aérien et élégant de RM Hubbert.  L’album démarre par le son de clochettes magiques qui introduisent la narration de la très jolie chanson-titre, d’un conte gothique où, dans une maison abandonnée, une femme se lamente de l’absence de son amant, en se remémorant leur temps ensemble. On ne saura pas ce qui lui est arrivé mais sans doute est-il mort. La chanson s’achève dans un lamento tragique où la jeune femme l’appelle à elle en vain. « Lonely This Christmas, » une reprise du groupe glam anglais Mud est un slow ralenti à l’extrême, battu par une rythmique lourde et mécanique, où c’est, cette fois, un protagoniste masculin qui passe Noël en solitaire après avoir été quitté. La danse est macabre, maladroite et exécutée en solo, l’homme claudiquant, à chaque mouvement, sur l’absence de quelqu’un en face de lui. Cette « cover » est sans conteste le sommet du disque.

« Only You », autre reprise, de Yazoo cette fois, est exécutée avec respect et délicatesse mais on préfère de beaucoup le somptueux « Weihnachstsstimmung » où Moffat fera chanter les anges. « Nous n’avons pas besoin d’hommes savants ou de vierges », chantent-ils tandis que l’homme reprend leurs préceptes à son compte pour se tourner vers demain. Plus loin, on mettra en avant l’efficace « Desire Path (baby please come home) » à la rythmique très Arab Strap et « The Fir Tree », emprunté à Hans Christian Andersen. On s’ennuie un poil avec « Ode To Plastic Mistletoe » avant que l’album ne délivre ses derniers joyaux avec notamment « The Recurrence of Dickens, » une réflexion sur Noël contée brillamment par ce Père Noël d’infortune et misère.

Aidan Moffat & RM Hubbert réussissent l’impossible ici : composer un bel album de Noël sans céder aux rythmes entraînants ou s’abandonner béatement aux standards de la période. Leur Noël est digne à défaut d’être joyeux, il est attentionné et habité à défaut d’être peuplé de belles histoires. Ghost Stories est un opus irrévérencieux et parfaitement bien vu. On attend maintenant de retrouver Moffat dans des habits rouges et blancs que seraient ceux d’un Arab Strap reformé comme il l’a laissé entendre.

****1/2

Angelo De Augustine: « Tomb »

Si on cherche de la douceur musicale, on peut sans hésiter la mettre au crédit de l’américain Angelo De Augustine. Un album en forme d’exutoire pour cet artiste marqué par une déception amoureuse et qui déverse toute sa mélancolie dans les 12 titres du délicat Tomb.

Contrairement à ses deux précédents albums qui avaient été enregistrés à la maison, Tomb a bénéficié des services d’un producteur venu mettre en avant de manière subtile la voix fragile et les arpèges de guitare du chanteur dans des morceaux jamais larmoyants ni pleurnichards et qu’on a envie de serrer très fort dans ses bras.

Tomb parait sur le label de Sufjan Stevens… un chanteur avec lequel il partage, comme d’autres (Bon Iver, Iron & Wine, Jose Gonzales) un certain talent pour mettre en chansons la tristesse de manière réconfortante.

***1/2

Josh T. Pearson: « The Straight Hits! »

Cela fait maintenant plus de 20 ans que Josh T. Pearson occupe le terrain sur la scène musicale américaine. L’ex-membre de Lift To Experience natif de Texas avait publié son premier album solo Last of The Country Gentleman en 2011 opus qui a rencontré un certain succès. Sept années plus tard, il décide de faire son retour et va droit au but avec son successeur intitulé The Straight Hits!

Comme la majorité des Américains, Josh T. Pearson est estomaqué par les élections américaines de 2016 et décide de parler son mécontentement à travers ces dix morceaux comportant le mot « straight » et un schéma classique (couplet-refrain-pont) avec une première partie bien énergique dont l’introduction country-punk nommée « Straight To The Top! », « Give It To Me Straight » et autres « Straight Laced Come Undone ».

Tout au long de ce nouvel album, Josh T. Pearson respecte sa démarche en voulant délivrer ses frustrations par rapport à ses élections qui ont bouleversé pas mal de gens pour des vibes plus positives à coup de synthés 80’s et d’explosions saturées comme sur « Straight At Me ». Pourtant, la seconde partie de l’opus est remplie de ballades plaintives comme « The Dire Straits Of Love », « Damn Straight » et autres « A Love Song (Set Me Straight) » qui compensent largement ce second disque.

On appréciera certains moments nostalgiques comme « Loved Straight To Hell » qui ravira les fans de Lift To Experience mais en somme, The Straight Hits! ne sera pas réellement mémorable en raison de son côté trop appliqué. Josh T. Pearson peine à convaincre avec ce second opus qui manque de spontanéité, à trop vouloir être direct.

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Myra Folick: « Premonitions »

Les premiers EPs de Miya Folick ont fait de cette jeune auteure-compositrice californienne un des possibles relèves de la pourtant toujours relativement jeune scène Folk-Rock américaine, quelque part entre Angel Olsen et Sharon Van Etten. Plus rock et rageuse que ses aînées (voir son « Trouble Adjusting ») elle a toujours eu les yeux rivés vers l’avenir et une terrible envie d’indépendance. Voici chose faite avec ce premier album.

« Premonitions », c’est un peu le virage Pop de Miya Folick avant l’heure, mais dans le bon sens du terme. Co-produit avec Justin Raisen (Sky Ferreira, Charli XCX, Santigold et… Angel Olsen) son disque bénéficie de l’expérience effectivement plus pop du premier de ses collaborateurs, mais sans sacrifier pour autant ses compositions sur l’autel du succès auquel elle a d’ailleurs furtivement goûté en voyant l’une de ses chansons, « Talking With Strangers », utilisée dans la série de Netflix 13 Reasons Why.

Plus ample, plus aventureux, ce premier album a au moins l’avantage de répondre à l’exigence des attentes suscitées par ses débuts, et notamment la chanson-titre. Du coup son univers se rapproche aujourd’hui beaucoup plus de celui de la jeune britannique Pixx, en mêlant claviers et guitares, pop et rock certes, mais en observant aussi le monde de son œil d’artiste.

Beaucoup de morceaux traitent plus ou moins directement de l’image que l’on renvoie à soi-même et au monde, des chansons d’amour et de confiance en soi particulièrement bien écrites, notamment « Stock Image » et le tubesque « What We’ve Made » avec son envoûtant refrain aux sonorités 80’s. Miya Folick semble très à l’aise lorsqu’il s’agit de naviguer entre joie et tristesse. Il y a notamment un côté le très enjoué « Leave The Party » dont l’approche rythmique oscille entre la Soul music et les compositions aux rythmiques élaborées de David Byrne et St. Vincent, puis le léger et très 80’s « Stop Talking », et de l’autre le noir et absolument imparable « Deadbody ».

Miya Folick devrait parvenir à séduire sans mal grâce à la variété et l’originalité de ses compositions à condition qu’elle ne tombe pas dans la facilité, surtout lorsqu’elle explore des contrées plus pop.

***1/2

Mark Lanegan & Duke Garwood : « With Animals »

Le tandem Mark Lanegan et Duke Garwood est un des duos qui possèdent une alchimie indéniable, complémentarité qui dure depuis 2013 et Black Puddin . C’est ce que l’on a pensé en 2013 lorsque le duo a publié un premier album intitulé Black Pudding. Cinq ans plus tard, le couple anglo-américain refait des siennes avec leur successeur intitulé With Animals.

Après Gargoyle en 2017, Mark Lanegan avait repris du service un an plus tard avec son fidèle collaborateur. Voici donc douze nouveaux morceaux sombres et minimalistes que le tandem Lanegan/Garwood nous concocte avec en ligne de mire des titres bien lancinants comme « Save Me », « Feast To Mine » et le plus douloureux « My Shadow Life ».

Sur With Animals, on assiste à une cérémonie solennelle où les deux complices nous entraînent dans leur univers bien brumeux. Malgré quelques éclaircies que sont « Upon Doing Something Wrong », Mark Lanegan et Duke Garwood brisent les frontières entre folk et ambient sur la majorité des morceaux comme « Ghost Stories » tout en restant mélancoliques avec par exemple « Desert Song » en guise de conclusion.

Une fois de plus, le couple anglo-américain prouve qu’ils font la paire avec ce nouvel opus torturé et mélancolique. With Animals est ce genre de disque à écouter religieusement en raison de sa mysticité prononcée digne d’artistes comme Leonard Cohen ou Nick Caven.

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Nicholas Krgovich: « Ouch »

Il y a des ruptures amoureuses que l’on ne parvient jamais à guérir et c’est le cas de nombreux musiciens qui mettent leur chagrin d’amour en musique sous n’importe quel forme pour tenter de s’en affranchir. Dernier cas en date, Nicholas Krgovich qui est dans la souffrance et qui le crie sur Ouch sur son dernier album.

L’auteur-compositeur-interprète et musicien multi-instrumentiste originaire de Vancouver a vécu une séparation pour la moins brutale selon ses propres dires et il nous le fait savoir à travers ces douze morceaux aussi bien mélancoliques que rêveurs. Il n’y a qu’à juger les précieuses écoutes de l’introduction onirique de « Rosemary » mais aussi celle des très smooth « Time » avec un chaleureux solo de saxophone et « Hinoki » pour capter la douleur de l’artiste qui noie sa peine avec une plume plus qu’éloquente.

Nicholas Krgovich établit un parallèle de sa rupture amoureuse à celui d’un deuil mais en processus beaucoup plus ralenti. Que ce soit sur les morceaux chaloupés de « Goofy », « Belief » et « Guilt », il en fait un exercice cathartique à travers des influences indie folk aux sonorités hybrides mais chaleureuses à plein souhait. Avec Ouch, même si il n’a pas cicatrisé entièrement à l’écoute de « Rejection », « October » ou du final riche en qu’est « Field » il arrive sans se montrer trop larmoyant tout de même à exprimer cette partie de l’être de chacun qui n’y sera pas insensible.

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Randall Dunn: « Beloved »

Membre des très mystiques et mélangeurs Master Musicians Of Bukkake et ingénieur du son renommé, Randall Dunn a notamment mis ses talents au service de Six Organs of Admittance, Earth, Mamiffer, John Zorn, Tim Hecker, Black Mountain, Wolves In The Throne Room, Oren Ambarchi ou encore les divers projets de son compère Stephen O’Malley, de KTL à Sunn O))). Excusez du peu ! Il n’a, en outre, besoin de personne pour nous embarquer dans de fabuleux voyages mentaux aux majestueux paysages lunaires et ravagés

Pour Ambarchi et O’Malley, le New-Yorkais tenait également les claviers sur l’halluciné Shade Female From Kairos ux impressionnants crescendos de tension hypnotique et d’errance cauchemardesques. Beloved a plus d’un point commun avec ce dernier opus, si ce n’est qu’il s’avère encore plus magnétique dans ses textures et ambivalent dans ses influences, capable de mêler ambient vocale au chant planant, déstructurations électroniques et incursions free jazz sur le fantasmagorique « Something About that Night » avant de décliner sur les 9 minutes ésotériques de « Theoria : Aleph » un dark ambient de purgatoire pour cordes capiteuses et chœurs synthétiques gutturaux puis d’enchaîner sur le futurisme à la Blade Runner d’un « Mexico City » au lyrisme radiant.

Cette ambition libertaire, le line-up du disque s’en fait le reflet, du génial clarinettiste jazz/ambient Jeremiah Cymerman sur deux titres à l’Islandais Úlfur Hansson (guitare) remarqué dans nos pages l’an dernier en passant par l’omniprésent Shahzad Ismaily (Marc Ribot’s Ceramic Dog, Carla Bozulich, Sam Amidon, Chantal Acda…) à la basse. Quant à Randall Dunn, ses synthés analogiques aux textures mouvantes et organiques contribuent tout autant à donner chair à ces méditations sur ce qu’il nomme « l’angoisse, la paranoïa, différentes nuances d’amour, différentes prises de conscience de la mortalité », qui culminent d’emblée sur un « Amphidromic Point » aux drones cinématographiques particulièrement évocateurs et sur « Lava Rock and Amber » dont le piano sépulcral et les cordes hantées renvoient à une imagerie baroque et horrifique.

« Living, dying, loving… in the midst of nothingness » chante Zola Jesus, autre invitée de marque, sur le planant « A True Home », donnant une dimension presque mythologique à notre humanité en souffrance sur fond de beats aux allures de battements cardiaques et de nappes rétro-futuristes éthérées dignes du meilleur de Tangerine Dream.

Si Randall Dunn parle de nos errances intimes voire subconscientes, alors Beloved en est la cartographie, une allégorie de nos parcours de vie chaotiques et changeants et de leur influence sur nos personæ mais surtout un chef-d’œuvre de musique expérimentale accessible et captivante.

****1/2