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Bon Iver: « 1,1 »

Bon Iver est de retour avec i,i, son quatrième album. Ce qui frappe le plus est sa grande accessibilité. Contrairement à 22, A Million, on est ici en présence de mélodies plus faciles à digérer pour l’oreille. Ceci ne veut pas dire que Vernon laisse vomplètement de côté t les sonorités étranges et particulières, mais elles sont plus intégrées à son univers.

i,i offre plusieurs pièces mélodieuses qui trouvent facilement niche dans le tympan.  « Faith », avec sa douce guitare, ses sonorités qui rappellent le son des vagues, ses cordes douces et sa grosse basse pansue, frappe dans le mile. Ce n’est pas la seule composition à venir ainsi nous chercher ; « Hey, Ma » qui rappelle un peu « Holocene », viendra aussi conquérir l’aiditeur. La mélodie est simple, mais pas convenue, intelligente, mais intelligible.

« Marion » pour sa part nous ramènera un peu plus vers les jours de For Emma, Forever Ago avec sa guitare acoustique simple et ses cuivres chauds. Cet album est aussi certainement le plus lumineux de Bon Iver. « Salem » en est la preuve avec sa trame immense aux sonorités de musique du monde, un phénomène plutôt rare dans la discographie de Bon Iver.

« We » sortira du lot aussi avec sa mélodie efficace et son instrumentation atypique pour Bon Iver. Ce qui ne veut pas dire que les chansons intimes disparaissent pour autant. « iMi » (sur laquelle collabore James Blake) en est un excellent exemple.

i,i est un album complet, intelligent, mélodieux, plutôt lumineux pour Bon Iver. Il n’y a pas de doute, Justin Vernon ne fait pas les choses à la légère. Et à l’écoute de cet album, on se dit que si c’est ce qu’il peut faire de plus pop, il n’y a pas de grande crainte à avoir pour le futur.

***1/2

9 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Bill Ryder-Jones: « Yawny Yawn »

Les albums revisités par un artiste soit sous une forme acoustique soit sur un format remuixé ne sont souvent qu’un moyen de se renflouer financièrement après un échec artistique ou parce que le disque n’a pas trouvé le public escompté. Ce Yawny Yawn n’appartient définitivement pas à cette catégorie. L’an dernier, Bill Ryder-Jones avait sorti avec Yawn, l’un des plus beaux albums de l’année 2019. Avec ce dernier, on sentait un musicien qui parvenait au sommet de son art. L’album atteignant des pics émotionnels insoupçonnés.
Quelques mois plus tard, le liverpuldien a décidé de sortir une nouvelle version du disque sous une forme piano-voix. S’il y avait parfois un côté dépouillé à la Elliott Smith sur Yawn, les morceaux étaient à d’autres moments emplis de guitares rageuses à la Sonic Youth ou à la Neil Young époque 90s. Ici, il n’y a plus le moindre artifice. Le côté sombre qui prédominait déjà dans la première version devient ici dominant.

Les morceaux sont épurés jusqu’à l’os. Cela leur confère une beauté ténébreuse qui vous saisit. Le disque s’avère d’une cohérence musicale totale de « There’s Something On Your Mind » qui ouvre l’album à « Happy Song « qui le conclut. Nombre de titres s’étirent sur de longues minutes qui permettent d’en extraire toute la moelle et tout le spleen. Plus l’album avance et plus l’auditeur est impressionné par la splendeur de la chose.
Si tout est beau du début à la fin, certains morceaux atteignent des sommets rarement égalés dans la production musicale actuelle, comme « And Then There’s You », » Don’t Be Scared », « I Love You » ou » No One’s Trying To Kill You ». Des titres où il sera difficile même pour un cœur endurci de ne pas verser une larme.
Bill Ryder-Jones aura, ici, réussi l’exploit de sortir deux opus remarquables en l’espace de quelques mois avec la matrice d’un même album.

***1/2

2 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Mark Mulcahy: « The Gus »

Mark Mulcahy est de retour avec The Gus son sixième album solo. Il y quitte les paysages de l’Amérique des ombres qu’il côtoyait sur son précédent disque, The Possum in the Driveway et débarque dans une librairie pour écrire des chansons inspirées par George Saunders dont le résultat est flamboyant.
À vrai dire, la qualité des chansons de The Gus n’était pas un sujet d’inquiétude. Depuis 1987, Mark Mulcahy rend des copies impeccables, que ce soit avec Miracle Legion ou Polaris. Pour comprendre l’importance (et surtout l’influence) de cet écrivain aux Etats-Unis, il suffit de se pencher sur les participants de Ciao My Shining Star : The Songs of Mark Mulcahy, un disque « hommage ». Qui peut, à l’heure actuelle, se targuer de réunir Thom Yorke, Franck Black, The National, Dinosaur Jr. ou MichaelStipe si ce n’est Mulcahy ?

Inspiré par George Saunders et enregistré dans une bibliothèque, The Gus est un disque extrêmement bien charpenté qui évoque Trump (« Mr. Bell) » ou l’Amérique des années 30. Produit par Marc Seedorf ( Dinosaur Jr.) ce disque est un régal. La presse à célébré cet album que ce soit en Angleterre ou aux USA ; à nous de lui emboîter le pas.

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2 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Angie McMahon: « Salt »

Y a-t-il quelque chose qui puisse expliquer le frisson qui nous parcoure des pieds à la tête à l’écoute d’une artiste dont on ne connaissait encore rien quelques minutes auparavant ? Avec son premier album intitulé Salt, la Melbournienne Angie McMahon, nous fait chavirer en l’espace d’un instant. Ses hymnes indés déterminés alliés à de superbes ballades intimistes ont eu raison de nos sentiments.

Ce qui fait d’abord la force d’Angie McMahon, c’est bien la justesse de son interprétation. Une voix puissante et décidée qui témoigne du parcours d’une femme battante jusque dans ses textes où les failles, affichées avec une honnêteté totale, la rapprochent de ses voisines australiennes Julia Jacklin et Jen Cloher, mais plus encore de la tourmentée Julien Baker voire de boygenius, supergroupe que cette dernière forme avec Lucy Dacus et Phoebe Bridgers.

Les désillusions et ruptures (« Missing Me » et « Push ») menant à la détresse (le poignant « Soon »), des douleurs et l’illusion du paraître (« Play The Game ») à l’affirmation de sa condition féminine (« I Am A Woman »), chaque titre de Salt provoquera en nous toute une décharge d’émotions vives, non sans remuer souvent dans la plaie encore béante d’amours désenchantés.

C’est dans ces histoires personnelles, dans ces témoignages du quotidien qui tranchent avec l’autorité (et la grâce) naturelles de son interprète qu’on se retrouve immédiatement propulsés, émus par ces chansons écorchées par la vie où l’espoir de jours meilleurs n’est jamais éteint. Angie McMahon s’impose à travers ce premier album remarquable, par la force de ses textes réalistes et son interprétation entière, comme l’une de meilleures artistes de sa génération. Sûr alors que le romantisme a encore de beaux jours devant lui.

***1/2

1 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Calexico: « Years To Burn »

Quatorze ans, c’est ce qu’il aura fallu pour que Calexico, le groupe qui a permis à pas mal de monde de placer la ville de Tucson, Arizona sur une carte, et Iron & Wine, le barde barbu carolinien, fassent de nouveau cause commune sur un même disque. In the Reins, leur première collaboration, remonte déjà à 2005 et avait laissé un souvenir très profond aux fans de ces deux entités singulières. Le désir de chaque partie de retravailler avec l’autre s’est heurté, durant toutes ces années, à des difficultés d’emploi du temps, chacune étant prise dans le cercle infernal albums – tournées – retours au bercail et, plus simplement, par la vie personnelle des trois musiciens qui, bien évidemment, suivait leur cours respectif. L’espoir des retrouvailles allait en s’amenuisant, mais l’attente a finalement pris fin avec la parution de ce Years to Burn aussi inattendu que bienvenu en ce mois de juin 2019. Sam Beam, accompagné de Rob Burger et Sebastian Steinberg, deux de ses musiciens de tournée avec Iron & Wine, a pu rejoindre Joey Burns et John Convertino, les deux têtes pensantes de Calexico, secondés de leur côté par Jacob Valenzuela et Paul Niehaus, eux aussi de Calexico, en décembre 2018 à Nashville pour enregistrer leurs nouvelles compositions. C’est donc au cours de brèves (on parle de quatre jours seulement) mais sans doute très intenses et fructueuses sessions d’enregistrement que le groupe ainsi constitué a pu se rassembler et enfin donner libre cours à sa créativité après des années d’attente et de patience.
Sur In the Reins, Sam Beam avait composé la totalité des morceaux. Sur Years to Burn, c’est encore lui qui en a écrit la majorité, cinq sur les huit, en laissant une à Burns, tous les musiciens présents collaborant sur les deux restantes. Et si l’on est familier des dernières productions d’Iron & Wine (Beast Epic en 2017 et l’EP Weed Garden en 2018), c’est en terrain connu que nous ramène Beam, puisque l’on retrouve dans les chansons qu’il propose ici la même atmosphère chaude et accueillante qui les entourait. C’est donc avec délice que l’on écoute « In Your Own Time », son orchestration et ses superbes harmonies, « What Heaven’s Left », légère et décontractée, « Follow the Water », aussi douce que le délicat écoulement d’une rivière, ou encore « Years to Burn », feutrée et sensible. Mais c’est bien la lumineuse « Father Mountain » qui emporte tout : des harmonies célestes, des chœurs puissants, une instrumentation de toute beauté (le piano, les guitares, la batterie, tout est parfait !), des paroles touchantes qui visent juste, un allant irrésistible, c’est tout simplement un des morceaux de l’année me concernant, de ceux que l’on réécoute sans jamais se lasser et qui passeront toujours aussi bien des décennies plus tard. Pour vous situer un peu, Beam parvient à recréer l’effet « Call It Dreaming » (sur Beast Epic), ce qui n’est pas un mince exploit.


À côté, « Midnight Sun » » la compo de Joey Burns qui précède « Father Mountain », paraît plus voilée et sèche et apporte une légère tension au disque. Elle n’en reste pas moins très réussie et agit comme une sorte de voyage initiatique en plein désert, épopée striée par la guitare électrique de Burns, elle-même apaisée par la steel guitar de Paul Niehaus. N’étant pas vraiment un spécialiste de Calexico, je peux tout de même avancer que l’on retrouve leur patte dans ce morceau, cette ambiance aride, de base acoustique que Convertino et Burns développent depuis plus de vingt ans. Patte de nouveau identifiable sur le court instrumental mâtiné de cuivres « Outside El Paso », forme dans laquelle les deux hommes ont appris à exceller depuis longtemps et qui, étant donné son nom même, s’avère typique de leur œuvre et s’y insère donc sans difficulté. Enfin, l’odyssée épique « The Bitter Suite », divisée en trois segments dont les deux premiers ont été composés ensemble par Beam et Burns et le troisième par Beam seul, est longue de plus de huit minutes et porte les marques des deux groupes. Le segment a, le lancinant « Pájaro », chanté en espagnol, laisse lentement la place au b, le quasi instrumental « Evil Eye », qui porte assez bien son nom avec ses guitares et sa rythmique inflexibles et que la trompette de Valenzuela accompagne dans un écho fantomatique. Il s’éteint au moment où Beam reprend le micro pour le dernier segment, le c, « Tennessee Train », qui conclut avec une sobre et discrète élégance ce triptyque où chacun a eu son mot à dire. Les variations rythmiques et stylistiques ainsi que la diversité des voix et des instruments qu’on y retrouve en font sans aucun doute l’exemple le plus probant justifiant le bien-fondé de cette tardive réunion.
Et le seul bémol que l’on peut adresser à cette dernière, c’est uniquement sa trop courte durée : huit morceaux pour trente minutes de musique environ, c’est bien peu, surtout comparé à l’attente et aux espoirs que le retour de cette association avait fait naître lors de l’annonce de sa résurrection. Mais comme ce Years to Burn (magnifique titre au passage, et somptueuse pochette également) se tient de bout en bout et délivre de véritables trésors, on n’en tiendra pas réellement rigueur aux musiciens, qui trouvent chacun un espace où s’exprimer, en espérant néanmoins que l’on n’ait pas encore à attendre quatorze longues années pour les voir se réunir de nouveau.

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30 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Ada Lea: « what we say in private »

Ada Lea qui est une jeune auteure-compositrice-interprète originaire de Montréal qui semble prête à débarquer de façon explosive si on en croit un tout premier album, what we say in private, particulièrement marquant.

Même si ses influences indie rock peuvent paraître basiques d’emblée, ce qui fait la richesse d’Ada Lea est son caractère bien trempé. On sent que la Montréalaise a également plongé dans les univers de grandes dames comme Sylvia Plath, Frida Kahlo, Nina Silone et Karen Dalton peut-être pas musicalement mais artistiquement où l’expressivité est de rigueur.

what we say in private ira plutôt se mesurer du côté de Julia Jacklin, Wolf Alice et Marika Hackman et Ada Lea n’a pas peur de vider son sac sur des morceaux résolument attachants comme « mercury » qui ouvre le bal mais également « the party », « for real now (not pretend) » et d’autres.

La jeune femme détaille la fin d’une relation amoureuse qui s’était avérée chaotique et elle arrive à concilier chagrin et espoir que ce soit sur les touchants « what makes me sad » et « 180 days » et les plus percutants « the dancer » et la conclusion rock nommée « easy » avec tune incroyable aisance.

Ajoutez ces compositions accrocheuses et consistantes à des bruitages d’extérieur (brouhaha de l’extérieur, gazouillis d’oiseaux etc…) pour créer une certaine proximité avec l’auditeur, what we say in private met les points sur les i et permet de placer Ada Lea parmi les futurs espoirs de la scène indie féminine.

***1/2

24 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Purple Mountains: « Purple Mountains »

l y a des disques auxquels on ne croyait plus. Celui des Purple Mountains est de cette trempe. David Berman, qui avait tiré le rideau des Silver Jews en 2008 revient avec un nouveau nom, des nouveaux musiciens et toujours les mêmes états d’âme.
La dégaine
et la voix sont toujours identiques depuis que, dès 1994 David Berman s’était acoquiné avec Stephen Malkmus et Bob Nastanovich pour écrire des merveilles dont on ne s’est à vrai dire jamais remis.
En 2008, Berman a brusquement sifflé la fin de la partie. Le revoilà donc pour son nouveau projet. Onze ans d’absence pour onze morceaux touchés par la grâce divine, par la grâce de
Lou Reed. Se livrant à un autoportrait au vitriol, David Berman dégaine encore des chansons qui éclairent toute la concurrence par leur simplicité apparente et leur beauté implacable.

La preuve encore avec « Margaritas at the Mall », une chanson existentialiste qui évoque le Purgatoire. Berman, qui s’est assuré une place au paradis avec ses disques, disserte sur le monde et sa vie tel un John Fante qui aurait rencontré John Cale dans un bar. L’artiste n’a pas changé. On va donc continuer d’écouter religieusement ce disque nous raconter sa vie.

***1/2

9 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Jane Weaver: « Loops In The Secret Society »

Jane Weaver a commencé à faire parler d’elle il y a une dizaine d’années avec son album The Fallen By Watchbird qui avait auguré d’un des parcours féminins et électroniques les plus riches et singuliers de l’ère moderne. La compositrice de Liverpool officie désormais depuis quasiment vingt ans, dans un registre qu’elle recompose et décentre au gré de ses expériences en studio. Jane Weaver est tantôt folk, psychédélique, rock. Elle habite un territoire électro où on a le sentiment souvent d’évoluer dans un futur proche, une succession de bandes son exotiques et passionnantes où affleure toujours une féminité sensuelle et en permanente recherche de vérité.

Loops In The Secret Society est venu d’une série de « lives » que l’artiste a donnés en s’imposant la contrainte de ne pas utiliser de bandes et donc de tout jouer en direct. Le défi est immense quand on connaît un peu sa manière de composer qui consiste à empiler les couches de musique et à assembler une structure monstrueusement compliquée et éphémère, autour d’un squelette ou d’une mélodie à deux doigts. Jane Weaver a profité de ces concerts pour revisiter des morceaux venus de toute sa discographie. C’est cette expérience que prolonge Loops In The Secret Society, un album aussi déroutant que somptueux.

La recomposition des morceaux leur donne une saveur nouvelle. Le ton est spatial à l’entame avec les grandioses « Element » et « Milk Loop ». Mais c’est l’incroyable « Arrows » qui donne le ton et la mesure du dépouillement à l’œuvre. La chanson est ramenée à sa plus simple expression : une voix d’ange, posée sur une pulsation élémentaire. Jane Weaver met un reverb sur sa voix et nous propulse dans une sorte d’outre-monde futuriste, nébuleux et nuageux. On a clairement ici le sentiment d’évoluer en apesanteur. Jane Weaver expérimente au point d’effrayer.

On pensera à Can et aux grands expérimentateurs. Le krautrock cotoye le spacerock mais aussi la synthpop (« Did you see Butterflies ») sans aucune trace d’effort. Avec ses 22 titres qui alternent les instrumentaux et les passages chantés, mais évoluent aussi dans des genres très différents, Loops in the Secret Society est un album roboratif mais aussi étonnamment homogène. « Mission Desire » fait office de tube à la Kraftwerk et fait le grand écart avec le quasi gothique et sépulcral « Found Birds ». La balade est prodigieuse et hypnotique. Il y a dans cette électro une vie propre, des parfums naturels (Majic Milk, par exemple, qui est à tomber) et biologiques qui émeuvent et transforment ce qui est d’essence technologique en un monument de sensibilité organique. Jane Weaver continue après quasiment deux décennies de musique à surprendre et à fasciner par sa capacité à animer des structures électroniques qui relèvent à la fois de la pop et de la musique classique. On marche dans les pas de Debussy, en même temps qu’on entend les machines qui respirent et discutent entre elles.

La musique de Jane Weaver s’adresse autant à ses fans de longue date qu’à ceux et surtout celles qui veulent découvrir une nouvelle facette des musiques électro, féminine et habitée. La musique de Jane Weaver donne parfois l’impression d’une culture scientifique, comme si on avait prélevé quelques cellules d’une partie de son corps et qu’on avait laissé le soin à des machines d’en assurer la croissance et l’éducation. La femme électronique. L’enfant louve, nourrie par des synthétiseurs. C’est d’une beauté sidérante et d’un charme troublant.

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9 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Jesca Hoop: « Stonechild »

En 2017, Jesca Hoop avait connu la consécration en solo avec son album Memories Are Now. Après des débuts quelque peu difficiles, l’ex-nounou de Tom Waits a enfin réussi à s’imposer sur la scène indie folk féminine américaine. Et c’est pour cette raison qu’elle récidive deux ans plus tard avec son cinquième opus intitulé Stonechild.

Ayant acquis une certaine notoriété, Jesca Hoop semble, en effet, prête à prendre les devants. Avec comme principales sources d’inspirations PJ Harvey période White Chalk, Vashti Bunyan et Kate Bush, Stonechild produit par John Parrish ira ouvrir grand les portes de l’intimité de son auteure à travers ces compositions indie folk étrangement douces et minimalistes à l’image de « Footfall To The Path », « Death Row » ou bien de « 01 Tear ».

Tout au long de ces onze nouveaux titres, la musicienne met en lumière son enfance plutôt rude élevée par des parents mormons hyper-stricts et fait preuve de sensibilité lorsque ses deux pays de cœur (le Royaume-Uni et les États-Unis) se déchirent.

Le ton est à la fois universel et personnel et il n’hésite pas à afficher une couleur plus sociopolitique avec entre autres la montée inquiétante de la white supremacy sur « Red White Black » et de la société patriarcale de plus en plus étouffante sur « Old Fear of Father ». Et elle le fait avec une douceur et une vulnérabilité des plus touchantes surtout lorsqu’elle s’entoure du groupe Lucius sur « Free of The Feeling » et « Shoulder Charge » ou encore de Kate Stables alias This Is The Kit et Justis sur « Outside of Eden ».

En fin de compte, Jesca Hoop est sur la pente montante avec un Stonechild qui prend plusieurs dimensions. Pour ce nouvel album, elle se pose en tant que spectatrice et tire la sonnette d’alarme grâce à des compositions indie folk éthérées  vectrices  d’harmonie et de beauté.

***1/2

9 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Visage Pâle: « Holistic Love »

Le Suisse Visage Pâle offre sur son premier album Holistic Love, un disque à la fois original, superbement écrit (en français et en anglais) et qui évolue sans repère évident dans une chanson française qui n’avait pas connu une telle audace poétique et vocale depuis Michel Polnareff (sic!). Lars-Martin Isker (l’homme qui se cache derrière le maquillage mortuaire de Visage Pale) avait, auparavant, officié dans un groupe suédois-anglais-suisse appelé Tim Patience Watch qui joussaitt d’un mini-statut culte dans sa mère-patrie. La mise au point de Visage Pale n’en reste pas moins quelque chose de fondamentalement surprenant et qui tient du miracle.

L’album est une fantaisie irréelle et sublime qui rappelle l’apparition, il y a quelques années, du chanteur Cascadeur. On ressent la même sensation d’équilibrisme, celle d’avoir affaire à un artiste à la fois singulier et d’une grande fragilité mais en même temps plein d’assurance et sûr de ses moyens et de la direction qu’il s’est donnée. Holistic Love est un album clair, aéré (8 morceaux dont un ne fait qu’une minute) et spatial. « Empire », à l’entame, s’appuie sur une electronica élémentaire qui rappelle les crépitements mélancoliques de Radiohead mais repose quasi exclusivement sur l’irruption de la voix du chanteur. Celle-ci est le principal atout du disque, comme une révélation relevant du sacré. L’organe évolue en voix de tête, parfois à la limite de la justesse, et confère à l’ensemble des titres une patine fantastique. Le texte est abstrait, d’une beauté vaguement imperméable mais fascinant et l’ambiance, crépusculaire. On traîne dans une ville de bord de mer. Le chanteur décrit une femme, prisonnière de l’ancienne civilisation.

On a l’impression avec Visage Pâle de partir à l’assaut d’une nouvelle frontière, d’être installé malgré nous dans un poste avancé d’une humanité à venir. La sensation se prolonge avec le remarquable « Ether » à la texture électro d’une richesse tout à fait extraordinaire. On pense à Archive, à l’école trip-hop mais aussi plus près de nous aux expérimentations sonores de Vanishing Twin.

Il y a une amplitude incroyable dans le minimalisme de Visage Pâle qui est tout à fait prodigieuse et qui se prolonge tout au long des huit titres. Les morceaux chantés en anglais sont paradoxalement moins séduisants. C’est le cas d’Holistic Love qui repose pourtant sur une production sous-marine assez géniale mais sur lequel l’accent du Suisse tend à banaliser la composition et à sonner un peu faux.

Visage Pâle évolue sur le fil et dépouille les morceaux jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que l’ossature électronique et la voix frémissante. « Open Source » est un morceau délicieusement immersif et d’une beauté déchirante. On pense au « Undersea » de The Antlers, alors qu’il s’agit d’une variation presque monstrueuse sur le célèbre « My Funny Valentine » qui se prolongera (sans aucun lien direct) avec une autre plage intitulée juste après…. « Little Valentine ». Avec ses deux minutes et trente secondes, « Open Source » aura tout juste le temps de s’éveiller et s’éteindra comme il était venu. Holistic Love nous donne le sentiment d’être installé dans le noir et d’assister à un feu d’artifices ou à un lancer d’étoiles filantes. Les morceaux scintillent et s’évanouissent laissant sur nos oreilles une trace subjective de leur passage fugace.

Cet opus respire la fragilité, la mortalité mais aussi l’immanence de l’univers. Waves est une curiosité cristalline et qui fait penser à une sculpture en sucre. La voix est déséquilibrée et placée comme en opposition avec la musique. L’album se referme comme une évidence sur un « I Leave The Night » joué par un piano seul et souverain, dernière touche de magie dans un album proche de la perfection.

***1/2

5 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire