No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Patrick Watson: « Wave »

Mélangeant des caractéristiques communes à plusieurs de ces groupes — usage d’instruments d’orchestre, expérimentations sonores, mélodies accrocheuses — Patrick Watson s’est rapidement imposé comme un artiste emblématique de la scène montréalaise

Lorsqu’on lance Wave, son dernier opus, on se retrouve d’emblée en territoire connu. Le rythme simple, mais bien affirmé du premier morceau de l’album soutient un enchaînement d’accords de piano nimbé d’écho, suivi plus loin d’envolées de violons. La voix caressante de Patrick Watson s’installe rapidement, mais on sent quelque chose de différent. La légèreté n’est plus la même et les paroles nous confirment qu’il y a trouble en la demeure.

L’œuvre de Patrick Watson a mis de l’avant jusqu’ici un univers planant, empreint de rêveries et d’histoires fantastiques. Certes, son dernier album, Love Songs For Ronots, transportait déjà l’auditeur sur des chemins plus tortueux, inspirés par la science-fiction. Sur Waves, cette théâtralité cède un peu la place à la réalité.

Une réalité torturée, au cours des quatre dernières années, par le décès de la mère de Patrick Watson, puis par la séparation d’avec sa compagne. De plus, Robbie Kuster, le batteur l’accompagnant depuis ses débuts, a quitté le groupe. Cette période trouble imprègne ainsi Wave, amenant le chanteur à signer son album le plus personnel jusqu’ici.

Ainsi, dès le second morceau, la chanson titre de l’album, l’atmosphère se fait plus lourde. D’une immense tristesse, la pcomposition prend la forme d’un long crescendo. Mais le deuil évoqué par les paroles semble trouver sa résolution dans la finale, après un changement de rythme inattendu, tandis que la batterie vient briser la vague construite jusque là dans le morceau, avant de se retirer et de laisser le pedal steel de Joe Grass conclure.

Le ton de Wave est dès lors donné. Exploitant une large plage dynamique, les arrangements mélangent de brillante façon des éléments qui semblent résumer toute la discographie du chanteur. Les cordes de Wooden Arms et Adventures In Your Own Backyard se mélangent aux synthétiseurs de Love Songs For Robots et aux effets sonores de Close To Paradise.

Celui-ci compare les difficultés de l’existence à une rivière qui vous emporte. Des violons magnifiques viennent renforcer la métaphore, montant tranquillement de niveau jusqu’à noyer la voix du chanteur. Patrick Watson signe ainsi un album bouleversant, son plus abouti jusqu’ici, peut-être le plus puissant de sa carrière.

****

18 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Common Holly: « When I Say to You Black Lightning »

When I Say to You Black Lightning n’est pas un titre, c’est une invitation à suivre un parcours noir et parcellaire où vivotent des taches de lumière pâle — une humanité, au fin fond des choses. Deux ans après le remarquable Playing House, Brigitte Naggar (Common Holly) adopte une allure volontairement incertaine, où sa voix gracile devient l’antithèse de ses airs acides et louvoyants. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la main de la musicienne montréalaise est toujours aussi raffinée : des fils, des sons, des antres secrets émergent, s’entremêlent, vacillent et se replient, jamais dissonants.

Oui, l’atmosphère est sombre : guitares, cordes et percussions forment des précipices, mots et chants formulent les brisures humaines, le doute, la folie, la douleur indélébile. Mais la douceur existe, souterraine, comme en témoignent les poches d’air de Measured, les intonations quasi divines de « Uuu » et l’intense clivage de « Crazy OK ». Si la puissance se mesure à ses ondes de choc, cet album se hisse certainement à un sommet.

****

18 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Jungstötter: « Love Is »

Fabian Altstötter est un rescapé de Sizzar, échappé en mode perso pour mieux diluer sa mélancolie couverte de lyrisme ombragé. C’est au hasard d’une vidéo chargée de spleen (en compagnie de Soap&Skin dont il assure les premières parties) que je découvris l’univers de son nouveau double baptisé Jungstötter. Un songwriting léché, des conditions d’enregistrement live créant une proximité trouble avec ceux qui seront amenés à tendre l’ouïe, autant de brio chez ce crooner ténébreux venu d’Allemagne.

À l’écoute des dix titres qui composent Love Is, c’est un mystère constant qui pénètre l’espace. Nous sommes alors remués par un chant délicat (« Into Deep ») en ayant à l’esprit quelques filiations artistiques notables, à l’exemple du refrain torturé « Wound Wrapped In Song « dont l’emphase éplorée contamine des trémolos graves empruntés à David Sylvian. Une indubitable caresse qui se livre avec le concours d’un piano, véritable support affectif de l’ensemble. « To Be Someone Else » en sera le morceau de bravoure, résumant à lui seul le déroulé qui lui précède : Somptueux !

***1/2

5 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Angel Olsen: « All Mirrors »

C’est à l’ouverture de la première chanson, « Lark », lorsque le tambour tonne et que la voix d’Olsen s’envole une octave plus haut, qu’Angel Olsen nous attrape par les tripes et nous garde fermement jusqu’à la dernière chanson. Ce quatrième album est fabuleusement écrit, le texte riche et les mélodies envoûtantes. Il est surtout audacieusement habillé, l’auteure-compositrice-interprète osant ici se réinventer à travers des orchestrations de cordes étonnantes, parfois même dissonantes, sur les épiques « Lark », « All Mirrors » et « Too Easy » en ouverture, jusqu’à la finale « Chance » que Nat King Cole ou Frank Sinatra auraient pu chanter en studio avec Nelson Riddle.

Entre ces perles, quelques incursions dans une chanson empruntant à la new wave une rythmique et des timbres de synthétiseurs. Olsen explore aussi les possibilités de sa propre voix, puissante et tranchante lorsqu’elle pousse la note sur « Lark », susurrée sur l’enfumée « New Love Cassett »e et la cinématographique « Impasse ». 

****

4 octobre 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Jesse Malin: « Sunset Kids »

Sur de nombreux plans, Jesse Malin semble égaré dans son époque, un personnage comme on en fait peu, un manière de rescapé des seventies alors qu’il est probablement trop jeune pour avoir pleinement vécu l’époque. Doté d’un sens de l’humour ravageur, caustique, et d’un charisme à toute épreuve qui font de lui un artiste dont on ne peut que déplorer qu’il soit si peu reconnu.

C’est donc toujours avec un joie non feinte que l’on reçoit un nouveau disque comme on prendrait des nouvelles d’un vieux pote que l’on est content de revoir. Et tant pis si chaque disque se ressemble un peu, toujours sous l’égide du modèle Springsteenien, ou si, plus précisément, chaque opus prend la suite du précédent, le tout formant un corpus, une chaîne particulièrement consistante sur la durée.

Tant pis, en effet, puisque l’on est quasiment certain d’y retrouver ce que l‘on aime : des mélodies bien troussées, finalement plus intemporelles que revivalistes (« Meet me at the End of the World Aaain »), un sens de l’harmonie (« Chemical Heart », « When you’re Young ») et de l’attaque à la guitare folk (« Promises » , « Shining Down »), une ambiance mélancolique (« Shane », « Revelations »), et une âme s’échappant des textes évoquant les galères du quotidien de ceux qui tentent de s’en sortir le tout avec sa bonne vieille ville de New York City en toile de fond. Écouter un disque de Jesse Malin c’est un peu comme prendre un express imaginaire pour la Big Apple. Et s’y mettre en route.

***1/2

 

29 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Pieta Brown: « Freeway »

Pieta Brown est très loin d’être une novice sur la scène. L’auteure-compositrice-interprète et musicienne new-yorkaise possède à son actif sept disques d’une qualité constante mais malheureusement passé inaperçue. Elle ne baisse pas les bras pour autant car la voici de retour avec un nouvel opus nommé Freeway toujours aussi enivrant.

Co-produit aux côtés de S. Carey, Pieta Brown reprend là où elle s’est arrêtée deux ans plus tôt avec son album précédent. Et lorsqu’elle se confronte à l’univers des Eaux Claires, la palette musicale de la musicienne s’élargit que ce soit sur des morceaux incitant à l’évasion comme l’introduction nommée « Ask For More » plantant le décor mais encore « Morning Fire » et « Bring Me ».

Accompagné d’accords de guitare que ce soit frottées ou en fingerpicking ainsi que d’arrangements somptueux, Pieta Brown nous embarque une fois de plus très loin avec « Only Flying », « Ever A Time » et « Beyond The Sun » redonnant ses lettres de noblesse an l’indie folk moderne. La fille de Greg Brown n’hésite pas à convier le légendaire Mark Knopfler de Dire Straits pour ses partitions de guitare électrique sur « The Hard Way ». Quoi qu’il en soit, on ferme les yeux et on plane aux sons de « Before We Break » et de « Shelter Now » qui font de ce Freeway un disque atmosphérique et aérien comme on en fait plus.

***1/2

25 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Shannon Wright: « Providence »

Providence, le nouvel album de Shannon Wright réussit l’exploit de s’inscrire dans une indéniable continuité musicale, tout en proposant une approche sonore très différente. En effet, l’Américaine a choisi d’enregistrer seule au piano, et si le concept évoque immanquablement l’expérience menée il y a presque quinze ans avec Yann Tiersen, elle affirme avec autorité sa forte identité dès les premières notes.

Comme tout ce que porte Shannon Wright, Providence reste infiniment poétique, marqué par sa voix fragile, parfois souffreteuse, à la limite de l’éraillement, vectrice d’histoires intimes, sombres et sans fard, avec une émotion troublante et charnelle. Le dépouillement de l’album permet à la voix de prendre une ampleur nouvelle, celle, par le passé, était souvent dévolue à l’épaisseur et à la rage des guitares. Son timbre et son phrasé traînant (parfois samplés, comme sur « These Present Arms », entretiennent le sombre romantisme qu’on lui connaît, même si quelques titres tombent parfois dans l’ennui (« Somedays »), revers du format monolithique piano-voix.

La songwriter contourne alors cet écueil par un choix audacieux et subtil, en faisant se succéder « Providence », titre instrumental (un des plus longs de l’album) marqué par Erik Satie dégénérant Steve Reich, puis « Wish You Well », sûrement le plus influencé par l’expérience Tiersen et sur lequel le chant revient pudiquement, dont les accords sublimes tombent en boucles saccadées et cristallines. Enfin, l’album se referme ra sur « Disguises » qui , s’il n’est pas le titre le plus marquant, se laissera habiter progressivement par des nappes synthétiques envoûtantes parachevant cette expérience faite de subtilité et d’enchantement.

****

23 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Dave Hause: « Kick »

Dave Hause est de retour avec son quatrième album solo. Cet excellent collègue de Brian Fallon, et par extension de The Gaslight Anthem avec lequel il tourne sans arrêt a, sans doute, été tributaire de ce CV pour avoir été considéré comme une version simpliste et moins aboutie de ces derniers. On y a donc peu prêté attention mais le bonhomme a du talent et roule sa bosse depuis un paquet d’années sur la scène.

Ce manque de notoriété va peut-être être réparé car, avec Kick, Dave Hause vient de sortir son meilleur album. Ici, la qualité de son songwriting a atteint un plateau et les tubes potentiels pourraient, enfin, pleuvoir (« The Dich, » « Paradise »).

Il ne s’agit pas simplement de hits faits pour les radios mais aussi de compositions rock’n’soul aux refrains magnifiques (« Weathervane ») et remplis d’une émotion à faire chavirer (la sublime « Fireflie » et un harmonica à donner des frissons).

Sans originalité aucune, mais avec ce supplément d’âme qui fait un bien fou, Kick est un opusun cran au-dessus ds bien d’autres ne serait-ce que par le fait que chaque morceau se retient, et donne envie d’y revenir en contant ses tranches de vie, à la fois simplement et d’une bien belle manière.

***1/2

17 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Gruff Rhys: « Pang! »

Un peu plus d’un an après la sortie de Babelsberg, sur lequel il avait collaboré avec l’Orchestre National du Pays de Galles, le fantasque Gruff Rhys, échappé de ses Super Furry Animals, nous propose aujourd’hui Pang! produit par Muzi, l’artiste sud africain.
Une fois encore, c’est en Gallois que Gruff chante ses neuf aventures mais, histoire de continuer à surprendre ses auditeurs, il y incorpore ici quelques couplets en zoulou. Toujours aussi déconcertant, l’artiste a cependant ici choisi une certaine sobriété. Si Babelsberg misait avant tout sur la dimension intimiste, c’est le versant pop qui est à l’honneur sur ce Pang!.
Du concept à la conception, rien de bien fou pour une fois (si ce n’est ces insertions de zoulou), et Rhys joue totalement sur l’immédiateté de son talent à écrire des hymnes pop, à l’image de « Digidigol » ou encore de « Ara Deg (Ddaw’r Awen) », qui mélange à merveille les deux langues et les deux cultures d’une manière tellement naturelle qu’à la première écoute, on se rend à peine compte que l’on se fait bercer d’une langue à l’autre. Le format est court, autour des trois minutes, et l’on ne garde que l’essence mais insidieusement, on bascule vers des compositions plus étoffées, où les cuivres s’invitent (« Eli Haul »).


Si l’on retrouve la patte de Gruff Rhys, Pang! incorpore de petites touches de nouveautés, à l’instar de la splendide « Taranau Mai » ; on quitte à moitié l’acoustique, on le sublime en la parsemant de quelques pépites, quelques cordes, quelques percussions qui rappellent l’Afrique, on tend vers l’intime, pour ensuite le repousser et on bascule alors vers des dimensions plus froides, plus électroniques (« ÔI Bys / Nodau Clus »t) où la voix chaleureuse vient nous rappeler que quoi qu’il advienne, elle viendra ranimer notre feu sacré.
Comment peut-on objectivement jauger le talent d’un artiste ? Gruff Rhys pourrait en partie répondre à cette question avec Pang!. Il réussit en effet à nous faire tomber amoureux non seulement de ses mélodies mais aussi de la chaleur et de la poésie du gallois et n’est-ce pas une forme de talent indéniable que de charmer par une langue incompréhensible pour la quasi majorité des auditeurs et de le récompenser  avec une petite infusion tropicale.

***1/2

15 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Finn Andrews: « One Piece At A Time »

A l’heure où l’avenir de The Veils est plus qu’incertain après leur album Total Depravity, lles membres du groupe ont décidé de s’émanciper chacun de son côté. C’est notamment le cas pour son leader Finn Andrews qui décide de dégainer en premier avec son album solo intitulé One Piece At A Time composé durant ces cinq dernières années.

Sans surprise, Finn Andrews n’ira pas baigner dans les sonorités qui ont fait la notoriété de son groupe mais il s’orientera vers des ambiances plus baroques et romanesques. One Piece At A Time regroupe ainsi des morceaux intimistes comme la ballade d’ouverture intitulée « Love, What Can I Do ? » sous une pluie de cordes et de piano sépulcral mais également des morceaux pop enivrants qui suivent comme « Stairs to the Roof » et « The Spirit In The Flame ».

A travers cette ambiance pesante, les textes de Finn Andrews sont, quant à elles, dépressives et déprimates. On perçoit ainsi une détresse (le menaçant « A Shot Through The Heart (Them Down In Flames) »), mais également des moments plus sépulcraux comme « One By The Venom » et « What Strange Things Lovers Do » qui ont de quoi nous émouvoir par leur brillante franchise.

Le membre de The Veils n’a rien perdu de sa superbe que ce soit sur des passages plus solennels avec « Al Pacino / Rise and Fall » et « Hollywood Forever » ou plus lumineux placés en fin d’album comme « Don’t Close Your Eyes ». Les envolées lyriques sont toujours de sortie tout comme ses arrangements lumineux et font de ce premier opus un album plutôt bouleversant.

***1/2

14 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire