No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Emily Reo: « Only You Can See It »

Il y a trois années de cela, Emily Reo est sortie des sentiers battus avec son album Teach You dans lequel l’auteure-compositrice-interprète originaire de Brooklyn avait posé les bases dune pop stratosphérique qui lui a valu toutes sortes de louanges. La voici de retour avec son successeur tant attendu du nom de Only You Can See It.

Sur celui-ci, Emily Reo repousse à nouveau les champs du possible et sa pop et lui fait prendre des allures démesurées. Pour cela, elle va conjuguer des compositions fiévreuses et riches en motifs de clavier sucré en tous genres allant de l’introduction nommée « Phosphenes » au charme dévastateur de « Charlie » en passant par des allures extravagantes de « Ghosting », « Fleur » et autres « Strawberry ».

Seule aux commandes, de l’écriture au mixage,notre new-yorkaise tirera son épingle du jeu avec des morceaux osés n’ayant pas peur du ridicule. Elle ouvre, en effet un peu plus les portes de son intimité riche en maladies mentales (dépression, anxiété…) et son ras-le-bol face à la société de plus en plus patriarcale et oppressante pour la gente féminine. Elle n’hésitera pas, à cet effet, à exprimer le fond de sa pensée sur ses productions bien taillées pour le FM comme le fit Grimes sur Art Angel sil y a quelques années de cela. Que ce soit sur l’hypnotique « Counterspell » ou sur « Sundowing » ainsi que la touchante conclusion « In Theaters », la musicienne est en phase d’affirmation et d’assertion et, même si certaines productions un peu trop sucrées frôlent parfois le risque d’overdose, on ne peut qu’applaudir la prise de risque de de l’artiste sur ce Only You Can See It.

***1/2

16 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Shana Cleveland: « Night Of The Worm Moon »

Shana Cleveland a prouvé qu’elle pouvait se réinventer sans l’aide de son groupe La Luz. Il y a trois années et demi de cela, la chanteuse et guitariste du groupe s’est lancée en solo avec son somptueux premier album Oh Man, Cover The Ground en compagnie de The Sandcastles. L’année dernière, on avait été gâtés par le quatuor féminin avec un Floating Features qui signifiait qu’il était temps pour une nouvelle pause. La musicienne, ici, est de retour avec son second opus solo, Night of the Worm Moon.

Comme son prédécesseur, Shana Cleveland troque le surf-rock tarantinesque sentant le désert californien pour une indie folk paisible et rêveuse. Amputée de ses acolytes de La Luz et de ses Sandcastles (excepté son batteur Kristian Garrard), la musicienne emprunte des sonorités plus solaires aux aspirations dignes de Sun Ra. Dès lors, le décollage est immédiat avec des morceaux plus psychédéliques et planants allant de la divine introduction nommée « Don’t Let Me Sleep » à « Solar Creep » en passant par les envoûtants « In Another Realm » et « Castle Milk ».

S’inspirant du Night of the Purple Moon et de Kadhja Bonet, c’est un véritable voyage astral que l’on a affaire. Avec sa voix voluptueuse et ses compositions venues d’ailleurs, il est difficile de rester insensible face à des moments plus harmonieux à l’image de « Face of the Sun », « Invisible When The Sun Leaves » mais aussi de « A New Song ». S’achevant sur les harmonies doo-wop pas si lointaines de La Luz de « I’ll Never Know », Shana Cleveland prouve qu’elle sait aussi se faire douce quand elle le peut avec ce Night of the Worm Moon à mille lieues de son groupe d’origine. Une bien belle pause en solo méritée pour notre hôtesse résidant maintenant en Californie.

***1/2

11 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

John Vanderslice: « The Cedars »

John Vanderslice avsit fait paraître son dernier album, le dixième, en 2013. Depuis, le musicien et producteur du San Francisco a connu des hauts et des bas ; il a produit pour pas mal d’artistes et de groupes, a construit son propre studio et a même frôlé la mort lors d’un accident de voiture. L’heure était sans doute venue pour lui de parler, et cette heure a pour nom, The Cedars.

Plus ambitieux que son prédécesseur, John Vanderslice a décidé de faire parler tout ce qui l’a rongé pendant toutes ces années. Mettant au centre une pop plus expérimentale avec tous les gadgets électroniques et synthés vintage qui s’acoquinent avec les guitares, le Californien fait part de ses peines et ses inquiétudes (de son accident à la mort de sa mère ainsi que sa dépression) à travers des textures venues d’ailleurs sur « Will Call » qui est suivi de « I’ll Wait For You » et conviant John McEntire de Tortoise à la guitare et aux synthés.

Tout au long de The Cedars, on va naviguer dans la psychologie tourmentée de son auteur qui s’enfonce dans le pessimisme permanent à travers « 151 Rum », « Spectral Dawn » ou le bouleversant « I Got Shit To Lose ». A côté de cela, on retrouve des titres plus directs comme « Oral History of Silk Road 1 » qui est une référence au darknet ou sur des interludes instrumentaux pour les moins étranges dans lesquels ce producteur torturé décide de s’éloigner de l’univers qui l’a nourri pour des influences venues d’ailleurs. Avec The Cedars, nul doute qu’il parciendra à exorciser ses tourments et démonses plus profonds afin de n’’en faire surgir plus de clarté.

***1/2

11 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Christopher Duncan: « Health »

Il aura fallu deux albums pour que Christopher Duncan soit considéré comme étant une des figures importantes sur la scène indie écossaise. On l’avait découvert avec un sublime premier album Architect en 2015, suivi d’un The Midnight Sun plus électronique l’année suivante. L’auteur-compositeur-interprète et musicien multi-instrumentiste revient avec son troisième opus, Health.

Pour ce nouveau chapitre musical, Duncan a décidé de mettre l’accent sur la collaboration et continue de s’éloigner des ambiances pastorales et baroques. Dès lors, les résultats peuvent décontenancer à l’écoute des morceaux électro-pop plus directs comme l’introduction nommée « Talk Talk Talk » aux allures discoïdes tout comme les sonorités dignes d’ABBA sur « Impossible » car ce n’est pas ce que l’on attendait du musicien de Glasgow.

Le virage n’est pas trop radical car à côté de cela, on retrouve des moments rêveurs et immersifs à l’image de « Wrong Side Of The Door », « He Came From The Sun » ou bien même des somptueux arrangements de cordes sur « Rêverie » qui accompagne parfaitement la prestation vocale solennelle de notre hôte. Entre le morceau-titre mélancolique dominé au piano et des accents plus groovy et pop comme le riff funky de « Holiday Home » ou le smooth « Blasé », il n’y a qu’un pas et témoigne la métamorphose musicale de Duncan.

Avec Health, le musicien écossais sort de sa zone de confort en privilégiant le travail en collectif. Il en ressort un disque plus audacieux et plus rythmé mais ne néglige pas pour autant les arrangements qui sont dignes de son auteur montrant qu’il n’a rien abandonné de ses expérimentations de ses deux albums précédents.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Nilüfer Yanya: « Miss Universe »

Ni pop, ni rock, ni folk, ni soul, et pourtant toutes ces choses à la fois.  Nilüfer Vanya est l’audacieuse découverte qui nous rappelle pourquoi nous aimons tant la musique : parce qu’elle nous surprend. Elle n’a que 23 ans, mais elle écrit des chansons depuis l’âge de 6 ans, avant de prendre en main la guitare à douze ans. Mais cette jeune artiste est surtout le reflet d’une génération : d’origine turco-irlandaise-bajanaise, sa musique est justement un mélange de cultures et de saveurs qui reflète autant un héritage musical lointain que la Pop moderne nourrie par internet.

Et son album est fort surprenant. Il démarre en trombe sur « In Your Head », avec guitare saturée et batterie binaire, mais ce premier contact avec sa musique n’est que le début d’un long parcours de 17 titres au fil desquels la jeune artiste va passer en revue, à sa manière, tous les styles évoqués au début de cet article, et même plus encore lorsque « Tears » flirte avec l’Electro. Bref, elle semble autant capable de sortir un morceau vif aux accents Garage Rock qu’une Soul délicate (« Baby Blu », ou « Melt » et son air de saxophone très relaxant). La plupart des titres seront entrecoupés d’intermèdes conceptuels qui émanent d’une société fictive de gestion de santé, « WWAY HEALTH TM. »

Ces petits interludes sont un peu le fil conducteur de l’album, car ils lient des compositions très différentes les unes des autres. Du coup il est impossible de coller une étiquette à Nilüfer Yanya. On aimerait bien la qualifier de nouvelle révélation Folk, parce qu’il y a de cela dans sa démarche, mais musicalement ses chansons sont à la recherche de l’équilibre idéal entre Groove léger (« Safety Net »), Folk moderne (« Monsters Under The Bed »), et Indie Rock dépouillé (l’excellent final « Heavyweight Champion of the Year »).

Le résultat s’avère passionnant, et le culot affiché par le titre de ce premier album, Miss Universe, est finalement un bel avant-goût de l’envergure que pourrait prendre la carrière de Nilüfer Yanya.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Chris Cohen: « Chris Cohen »

Chris Cohen est à des années lumière de la superstar, même de celle indie adoubée par les détenteurs revendiqués du bon goût. Pourtant, il suffit de s’être plongé une seule fois dans sa musique, de s’être laissé emporter sans se débattre par sa mélancolie pour ne plus jamais l’oublier. Certes, nous ne sommes pas légion, mais le songwriter californien n’en tire aucune pression : au rythme d’un nouvel album tous les trois ou quatre ans, Chris Cohen a toujours pris le temps de bien faire les choses, et la qualité évidente de chacun de ses trois albums ne fait que lui donner raison.

Nées de mélodies d’abord enregistrées sur son téléphone avant d’être travaillées et étoffées avec l’aide de quelques musiciens, ces dix nouvelles chansons sont directement imprégnées de la vie personnelle mouvementée de l’auteur qui, durant la composition, a vécu le divorce de ses parents mariés depuis 53 ans et le coming out de son père. Lu comme ça, on pourrait croire cet album éponyme quelque peu plombé par l’ambiance.

Il n’en est rien, bien au contraire : comme soulagé de s’être débarrassé d’un poids (« Green Eyes », « Sweet William »), le songwriter fait seulement face ici à des vents d’émotions contraires (« The Link ») qui ne font que souligner la singularité de ce disque à la sensibilité touchante, comme insaisissable tant il est suspendu dans le temps.

Plus eighties que ses prédécesseurs qui préféraient la décennie précédente, ce nouvel album éponyme est étonnamment auréolé d’une assurance inédite, renforçant le propos d’une pop psychédélique aux arrangements enrichis de saxophone (« Edit Out »), de clavecin et de soli de guitare (« Sweet William », « Twice in a Lifetime) ». Aussi apaisant que ses ainés, ce nouvel opus de Chris Cohen permet non seulement à son auteur de vider son sac et de panser ses plaies (« Heavy Weather Sailing », « Not Time to Say Goodbye »), mais rappelle aussi à quel point il est injuste que cet ancien collaborateur de Deerhoof et Ariel Pink ne se fasse pas plus entendre.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Finn Andrews. « One Piece At A Time »

Après cinq albums parus en une quinzaine d’années avec The Veils – et un court passage scénique dans le revival Twin Peaks en 2017 – Finn Andrews sort son premier album solo, disque qu’il a écrit et composé ces cinq dernières années. Moins électrique et plus personnel ici que sur les disques de son groupe, le chanteur reste toutefois maître dans l’art du lyrisme solennel et des mélodies grandioses.
A l’image d’un Nux Vomica, second opus dans la discographie de The Veils, One Piece At A Time alterne morceaux épiques et d’autres plus posés, presque pop (l’envoûtant « Stairs To The Roof », « The Spirit In The Flam »e). L’album s’ouvre sur la balade « Love What Can I Do » et ses effluves de violon et piano que l’on croirait toute droite sortie d‘un piano bar. Il en va de même sur « A Shot Through The Heart (Then Down In Flames) » dont les trompettes sont mêlées à l’atmosphère menaçante propre aux compositions de Finn Andrew.

Les paroles sont elles aussi fidèles aux talents de songwriter du londonien, sépulcrales et dépressives, à l’instar du brûlot sublime « One By The Venom » et de la balade » What Strange Things Lovers Do ». Malgré cela, One Piece At A Time se conclut sur deux morceaux plus positifs, entre une chanson-titre céleste et le somptueux final de « Don’t Close Your Eyes, » surprenant l’auditeur le plus régulier de The Veils.

One Piece At A Time reste dans la continuité des œuvres de The Veils, sans l’électricité et avec des teintes de luminosité éparses. Finn Andrews n’a rien perdu de sa superbe : même amputées de ces grandes envolées lyriques que lui-seul maîtrise, les compostions du disque offrent des arrangements subtils et une palette d’instruments plus diversifiée qui correspond très bien au style et l’identité du musicien.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Billie Eilish: « When We All Fall Asleep, Where Do We Go? »

La californienne Billie Eilish n’avait que 14 ans lorsqu’est apparue sur Soundcloud sa première chanson, Ocean Eyes, et n’a pas encore atteint la majorité aujourd’hui alors que paraît son premier album. En trois ans cependant, elle a réussi à rallier autour de son répertoire introspectif et douloureux une armée de jeunes fans qui reconnaissent dans sa voix, toujours douce mais tellement inquiétante, l’expression de leurs angoisses adolescentes. Coréalisé avec son frère Finneas O’Connell, ce premier disque est classique sur le fond et juste assez singulier dans la forme, particulièrement dans l’utilisation de bruits et de sons volés dans les rues, pour le rendre intrigant.

Munie de rythmiques étudiées rôdant près du rap, du R&B et de la pop, Eilish s’aventure aussi dans la chanson acoustique, en témoignent les précieuses ballades « Listen Before I Go » (piano-voix) et « I »Love You » (guitare-voix) avec une maîtrise et une maturité remarquables, auxquelles on préférera encore les insidieuses et envoûtantes « Bad Guy », « Wish You Were Gay » et « When the Party’s Over ».

***1/2

30 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Jonathan Davis: « Well, I Guess That’s My First One »

Homonyme du chanteur de Korn, Jonathan Davis est un musicien multi-instrumentiste canadien dont le premier album – sans doute en forme de best-of de tout ce qu’il a pu composer au cours de ces deniers années – renferme un tas de musiques très variées et passionnantes. Pour la plupart des pièces instrumentales aux titres parfois assez humoristiques (« Music Four Six Pianist with One Finger ») jouées avec une instrumentation fournie (guitare, piano, saxophone, batterie auquels sajoutent diver effets…) allant de la pop au jazz, en passant par la Muzak, le prog rock ou la (fausse) musique de médiation.

Dans le ton et l’attitude, dans l’envie de toucher à tout, on pense à des gens comme Tommy Guerrero ou Shawn Lee, à ces one-man-band un peu fous et pleins d’idées, qui excellent quel que soit le style auquel ils s’essaient. Nul doute que cet artiste devrait trouver rapidement un public plus large pour apprécier ses productions.

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27 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Andrew Bird: « My Finest Work Yet »

Le chanteur américain Andrew Bird se consacre à sa carrière en solo depuis 1997, c’est donc un vieux routier de la scène. My Finest Work Yet, de par son titre, se devait par conséquent d’être excellent ; ce ne sera pourtant pas le cas. Ce qui prime est le manque d’originalité et une impuissance à se renouveler et à sortir de sa zone de confort.

Avec une pochette pastichant La Mort de Marat Bird avait pourtant affiché des ambitions littéraires, politiques et sociales.Son album, d’ailleurs, aborde de différents thèmes liés aux crises que l’on connaît aujourd’hui et il critique sans vergogne son gouvernement.

La chanson qui évoque le plus la critique sociale est la dernière composition de l’album, « Bellevue Bridge Club » : à un moment où le monde entier est secoué par la crise #metoo, Bird semble personnifier le harceleur, le menteur, le violent, bref à jeter un pavé dans la mare de la bien-pensance.

« Bloodless » a une tonalité jazzy trompeusment inoffeensive et analyse sévèrement la situation politique vécue aux États-Unis. En effet, dans un monde où chacun pourrait faire une différence, la plupart préfèrent suivre le bateau. Bateau qui tend à diviser ceux qui ont le pouvoir de ceux qui le subissent. La chanson se veut un moyen de critiquer la situation tout en trouvant des solutions pour renverser la vapeur avant qu’il ne soit trop tard.

S’il fallait retenir une seule composition de l’opus son opterait pour  « Archipelago » Andrew Bird joue du violon et le mélange de sa voix et de l’instrument est délicieux.

My Finest Work Yet, malgré son manque d’originalité dans les sons, reste un album agréable à écouter, faute de réinventer sa musique, Andrew Bird livre un album qui ne méritera d’être souligné que, et c’est un peu insuffisant, par la qualité de ses textes.

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22 mars 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire