Sarah Mary Chadwick: « Please Daddy »

Quand Patti Smith a dit : « We go through life. We shed our skins. We become ourselves » (Nous traversons la vie. Nous perdons nos peaux. Nous devenons nous-mêmes), elle s’adressait directement aux libérations solitaires qui nous habitent tous. Please Daddy, la dernière œuvre de l’artiste Sarah Mary Chadwick, basée à Melbourne, est un portrait de cette mue aussi possible sur le plan émotionnel. Il est le registre de l’effondrement d’une vie et le numéro d’ouverture « When Will Death Come » est si douloureusement touchant que l’esprit, le corps et l’âme de la chanteuse originaire de Nouvelle-Zélande sont là pour nous agripper, pour posséder puis échapper aux crevasses osseuses d’une âme atteinte. 

Avec suffisamment de mélancolie pour recréer deux fois des scènes de bleuettes, c’est une éducation à la liberté que l’on trouve dans la prudence malgré les vrais bleus de la vie.

En traçant le fil des contusions noueuses le long de la colonne vertébrale on peut signifier ce que c’est que d’être mal à l’aise mais toujours en mouvement, il est impossible de ne pas se laisser aller à la tristesse. Et c’est tout à fait normal. « Let’s Fight » pourrait bien être un cri à vos sens ou un appel à la reprise des armes. Avec une carrure suffisante pour provoquer l’ascension de montagnes et le déchirement de votre âme au lever du soleil, c’est autant une motivation à la découverte de soi qu’une observation des moments de calme et de sérénité qui vous poussent vers le point de rupture, avant de prendre un virage pour le dépasser.  

Si vous vous mettez à nu pour accentuer le charme, prenez tout le temps qu’il vous faut avec ce disque ; à long terme cela en vaudra la peine. Rien ne collera mais les effets de Please Daddy dureront toute une vie.  Sarah Mary Chadwick n’est certes pas autorisée à aller au ciel et pourtant, elle a créé la sainteté pour ceux d’entre nous qui y hésident et qui l’écoutent.

***1/2

Frances Quinlan: « Likewise »

Les albums de Hop Along ont souvent l’air de recueils de nouvelles. Sur le fantastique Painted Shut de 2015, la chanteuse et compositrice principale de Hop Along, Frances Quinlan, ressamblait à ces évangelistes faisant du porte à porte et évoquant son expérience du serveuse pour imprégner imprégnant le quotidien d’une profonde signification. Ses paroles se démarquaient nettement de la production de John Agnello, qui a réussi àapporter un son propre sans sacrifier le grain mélodique du groupe (il avait déjà travaillé avec des groupes comme Dinosaur Jr. et Sonic Youth). Sur leur dernier album, Bark Your Head Off, Dog, le groupe a opté pour une production plus luxuriante et plus variée. Bien que les paroles de Quinlan aient parfois été abstraites, son art de la chanson est resté au centre de l’attention.

Quinlan a travaillé sur de nombreuses compositions qu’elle a écrites pour Likewise, son premier album solo, avec son compagnon de route Joe Reinhardt dans son studio Headroom à Philadelphie. Ce disque est un triomphe, associant l’instrumentation élargie et la technique de chant aventureuse du dernier album de Hop Along à des structures de chansons plus squelettiques et à une production réduite. Comme avec le meilleur travail de Hop Along, Likewise présente des mélodies incroyablement complexes et des histoires encore plus complexes. Les paroles de ces chansons se faufilent entre les marges des livres, mystifiant constamment le quotidien. Sur le plan musical, tant en termes de mélodie que de structure, elles ne sont jamais en repos. Tout cela permet une écoute incroyablement revigorante.

En matière d’instrumentation, le disque poursuit la tendance de Bark Your Head Off, Dog, en s’éloignant d’un son de guitare. Bien qu’il y ait encore beaucoup de guitare, elle prend souvent sa place à l’arrière-plan, fournissant une épine dorsale rythmique à un assortiment de piano, de synthés et de cordes. Alors que Bark Your Head Off, Dog a une production polie par rapport à Painted Shut and Get Disowned, Likewise fait un excellent usage de l’espace négatif. L’un des meilleurs aspects de ce disque est que, même avec une instrumentation étendue et des mélodies détournées, ces chansons sont souvent dépouillées et jamais surchargées. À chaque fois, elles mettent en évidence deux des plus grandes forces de Hop Along : la narration axée sur les détails et la force élémentaire qu’est la voix de Quinlan.

Prenez l’intro « Piltdown Man », une chanson sur un célèbre canular paléoanthropologique, qui fait tant avec si peu. Elle s’ouvre sur des voix lointaines et des accords de piano, qui sont rejoints peu après par la voix et les cordes de guitare de Quinlan. La façon dont les accords de piano rythmés ponctuent le chant de Quinlan est passionnante pour une chanson aussi dépouillée. L’utilisation de l’espace par la chanteuse sur l’album permet à chaque élément de ces chansons de se démarquer, de la basse enjouée du moment pop le plus contagieux de l’album, « No Reply » à la fin de « Went to LA » » où Quinlan saute une octave, mettant en valeur sa voix puissante. Il est important de noter que les instruments s’éteignent lorsqu’elle termine le refrain de la chanson : « Heaven is a second chance » (Le paradis est une seconde chance.)

Une grande partie de ce qui fait la grandeur de cet album se résume à la confiance. Du choix atypiquede Quinlan de chanter sans accompagnement dans la conclusion épique et sans retenue de « Went to LA » à sa décision de conclure ses débuts en solo par une reprise de l’une des chansons les plus populaires de Built to Spill, « Carry the Zero ». Le choix d’une reprise comme morceau de clôture comporte déjà certains risques, mais « Carry the Zero », en particulier, est à la fois bien connu et très apprécié des fans. Beaucoup d’artistes y réfléchiraient trop, ne parvenant pas à marquer une chanson de leur empreinte en essayant trop fort de lui rester fidèle. Mais Quinlan semble tout à fait à l’aise lorsqu’elle fait sienne le titre, changeant le rythme et l’instrumentation, dérivant sur des synthés flottants avec le même sens du but qu’elle possède sur ses chansons originales. Les paroles abstraites de « Carry the Zero » se démarquent en outre des observations incroyablement détaillées de l’artiste sur les morceaux précédents. Comme beaucoup d’autres moments du disque, c’est un risque qui ne se sent pas comme un risque quand on l’écoute, et cela témoigne de l’assurance de Quinlan en tant qu’artiste. Sur Likewise, Frances Quinlan est au sommet de son art.

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Andy Shauf: « The Neon Skyline »

Andy Shauf n’est pas étranger à un album concept. En 2016, il a sorti son disque révolutionnaire, The Party, qui a été inspiré par différents participants à une fête. Le musicien canadien s’est imposé comme un artiste ayant un don concret pour créer des personnages immersifs et enrichis par son lyrisme.

Pour le cinquième album du Torontois, The Neon Skyline, on le suit lors d’une soirée entre amis dans un bar de sa ville. Au cours de la narration de l’album, Shauf découvre que son ex-petite amie est de retour en ville et (à sa grande surprise) elle finit par se montrer. À première vue, cela peut sembler une affaire relativement banale. Cependant, l’album qui en résulte est en fait une exploration inattendue, poignante et charmante sur tout, des relations et des cycles destructeurs à la réincarnation et à la capacité d’aller de l’avant.

Dans la continuité de son travail, Andy Shauf a écrit, produit et interprété tous les titres de The Neon Skyline. S’écartant du son centré sur le piano de son prédécesseur, la composition met la guitare au premier plan. Deux aspects clés rehaussent l’esthétique folk-rock globale de l’album. La présence de la clarinette de Shauf sur des morceaux comme « Thirteen Hours » et « Where Are You Judy » introduit une chaleur et une profondeur jazzy qui me rappelle le Closing Time de Tom Waits. Le second ajout est l’utilisation de la pédale de réverbération à ressort de Shauf pour sa guitare, qui crée une dimension psychédélique tout à fait bienvenue dans le jeu, en particulier sur le morceau de clôture « Changer ».

Mais ce qui fait de cet album un dique au-dessus du lot, c’est la richesse des paroles, qui prennent ces moments fugaces de conversation dans la vie et créent de belles réflexions sur la condition humaine. Un sentiment de voyage s’installe dès le début du morceau d’ouverture, car Shauf encourage son ami Charlie (et l’auditeur) à le rejoindre au bar local, où il « lavera ses péchés ». Lorsque Charlie finit par le rejoindre, Shauf propose une réflexion après coup à laquelle tout le monde peut s’identifier, en chantant : « Je perds [juste] du temps… parfois, il n’y a pas de meilleur sentiment que celui-là ».

La relation de Shauf avec son ex-petite amie Judy est disséquée tout au long du dossier, ainsi que les processus que nous vivons tous lorsque nous retrouvons un ancien amant. Dans « Fire Truck », après avoir protesté contre son ex, Shauf affirme que parfois on peut avoir l’impression qu’on n’aurait jamais dû parler l’impression que je ne devrais plus jamais parler. Il s’agit d’une articulation sur le type de pincement d’orteils que toute personne ayant déjà eu une conversation avec un ex sous l’effet de l’alcool est susceptible de comprendre.

Ce sont ces réflexions récurrentes qui soulignent la poignance accessible de l’album. Sur « The Living Roo » », après avoir écouté son amie Claire parler de sa propre répétition d’une mauvaise habitude parentale qui lui a été transmise par son père, Shauf et Charlie réfléchissent qu’ils ont l’impression d’être accidentellement entrés dans le salon d’un étranger. En tant qu’auditeur, c’est souvent ce que l’on ressent en s’aventurant dans l’album.

Shauf a une capacité brillante à créer un récit sain, riche de personnages colorés et complexes. The Neon Skyline vous fait passer pour un groupe d’étrangers lors d’une soirée à Toronto. Le résultat en est une charmante observation des moments les plus subtils de la vie de l’humanité.

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Låpsley: « These Elements »

La transition entre l’adolescence et l’âge adulte peut être une période particulièrement difficile pour tout le monde. Si vous êtes un artiste qui se trouve dans le processus de cette énorme transition de vie tout en étant sous les feux de la rampe, ce processus peut être encore plus difficile. Heureusement, ces artistes peuvent compter sur leur médium, quel qu’il soit, pour traiter ce développement. Pour Låpsley, la chanteuse, compositrice et productrice anglaise, elle a pu documenter cela pour son nouveau EP These Elements. Son premier album, Long Way Home est sorti il y a trois ans et entre-temps, Låpsley a connu les mêmes difficultés de croissance que nous tous, de l’adolescence à la vingtaine, et c’est avec These Elements que, façon de se faire entendre, elle se met à nu .

Cette collection de quatre chansons est très réfléchie. L’EP commence avec «  My Love Was Like The Rain » qui met en avant le chant doux de Låpsley sur de beats minimalistes et des synthés aériens. L’autre chose que le morceau met en avant est la clarté et la confiance retrouvées dans son approche de l’écriture de chansons, un peu comme si qu’elle avait vécu des changements et qu’elle était devenue une personne plus mature à travers ces expériences. « Eve », avec ses applaudissements syncopés et son refrain addictif, est aussi accrocheur que beau. A propos d’une relation à sens unique, Låpsley déplore une situation dans laquelle son partenaire semble prendre plus que donner.

Le point fort du EP, « Ligne 3 » est une médiation émouvante sur une relation qui a échoué. Chanson composée à la fin de sa dernière relation elle éfléchit sur sur le fait que passer à autre chose n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît ; une émotion qui frappe fort et qui est douloureusement réelle tant la vie ne fonctionne pas comme s’il suffisait de clauqer les doigts pour ce faire. Cette piste est clairsemée et flotte sur l’émotion pure et Låpsley peint le tableau simplement et honnêtement à travers ses paroles. L’EP se terminera avec « Drowing », une autre tentative magnifiquement minimale. Doucement et en subtilté, elle chante sur un riff de piano bourdonnant qui éclate dans un refrain qui fait de ce titre le plus passage d’un disque qui, fondamentalement, ne lésine pas sur des sentiments qu’elle souhaite cathartiques.

Essayer de s’adapter aux changements dans sa vie, tout en se lançant toutes sortes de défis, fait partie de l’enfance. Låpsley semble clairement avoir vécu sa part de difficultés ces dernières années. Elle a dit à propos de la collection de chansons qui composent These Elements que l’amour émotionnel, le désir physique, la dépression et l’estime de soi forment un tout tel qu’il a été vécu au cours de ces quatre dernières années qui sont comme ces quatre nouvelles compositions. Belle leçon donnée que de réaliser qu’on ne sort pas de façon abstraite ou obtuse de certaines situations mais qu’on le fait très directement et complètement en mettant son coeur à nu. Grandir n’est peut-être pas facile, mais avec des albums comme These Elements, il y aura toujours quelque chose pour atténuer la douleur et prouver que nous ne sommes pas seuls.

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Alexandra Savior: « The Archer »

The Archer est le deuxième album d’Alexandra Savior, un récit de dix titres stylisés et granuleux, empreint de chagrin et soutenu par une nouvelle indépendance ; indépendance acquise par cette auteure-compositrice-interprète née à Portland ayant déjà travaillé avec Alex Turner et The Last Shadow Puppets.

The Archer s’ouvre sur « Soft Currents », un morceau romantique au piano, associé à la voix tourbillonnante et délicate de Savior. « Saving Grace » prend un tournant plus rock avec un riff de guitare courageux et une ligne de basse lourde qui ouvrent la chanson et le chant de la vocaliste qui sonne de plus en plus sinistre. « Crying All The Time » est le premier « single » écrit et sorti après son premier album en 2017, Belladonna of Sadness, que Savior a co-écrit avec Alex Turner. Écrite à la veille du Nouvel An, cette ballade sombre est pleine de chagrin et a un côté noir dans lequel alternent de façon atypique lyrisme mélancolique et ludique.

Le piano et les chœurs fantomatiques de « Howl » vous donnent l’impression d’être dans une maison hantée sur un champ de foire où Savior chante la prise en compte de son identité le développement de son estime de soi.

Les « pré-singles » (« Saving Grace », « Crying All The Time », « Howl » « t « The Archer ») sont les chansons marquantes de l’album mais les cuivres de « Send Her Back » et « But You » seront un ajout bienvenu au son de l’album. Celui-ci se termine par la chanson titre permettant à l’artiste de metre en évidence le tournant que prendra sa relation.

Savior reste fidèle à son son rétro et rêveu, créé pour la première fois dans Belladonna of Sadness mais fait preuve ici d’une plus grande indépendance en terme d’inventivité ; la gamme de sons utilisés pour véhiculer des compositions pleines de mélancolie, ainsi que l’esthétique de ses vidéos et de ses pochettes indiquent distinctement le talent artistique d’une Alexandra Savior qui confirme ici être bien plus qu’une jolie voix.

***1/2

Jeff Tweedy: « Warmer »

A l’automne 2018, Jeff Tweedy, éternel membre du groupe de Wilco, a enfin publié son véritable premier album solo intitulé Warm. Le leader s’est enfin démarqué de la masse avec des compositions douces-amères plutôt marquantes et remarquées. Warmer, titre oblige, eedistribue les mêmes cartes, preuve, comme s’il en fallait une, que l’inspiration de Tweedy ne s’était pas tarie avec ce tout premieropus solo.

Composé durant les mêmes sessions d’enregistrement de Warm, Jeff Tweedy présente ici son frère jumeau qui fut prévu uniquement pour le Record Store Day. Sans surprise, on retrouvera donc dix morceaux marchant sur les pas de son grand frère avec les mélancoliques mais réconfortants « Orphan » qui ouvre les hostilités mais encore « …And Then You Cut It In Half » et « Sick Server ».

Avec une plume toujours aussi touchante et humble et des instrumentations dépouillées, le leader de Wilco continue de verser son spleen et son cœur brisé par les mésaventures de cinquantenaire. Que ce soit sur « Empty Head », « Landscape » ou bien encore sur « Evergreen », Jeff Tweedy ne lasse jamais son auditeur avec ce second disque poignant qui le rend de plus en plus humain et accessible.

***1/2

Hand Habits: « placeholder »

Meg Duffy, le cerveau derrière Hand Habits, est devenue discrètement l’une des guitaristes les plus importantes dans le climat actuel de la musique indie, prêtant sa virtuosité à A Deeper Understanding de The War On Drugs et au groupe live de Kevin Morby. Son premier album Wildly Idle (Humble Before The Void) était rempli de mélodies de guitare d’une grande tendresse qui possédaient le calme accueillant d’une fraîche brise d’été, et son lyrisme mélancolique combiné à sa voix émouvante a également révélé qu’elle était une auteure-compositrice d’une poignante beauté.

Bien qu’elle ait travaillé avec de nombreux collaborateurs pour son dernier effort (contrairement à ses débuts autoproduits, qu’elle a enregistrés chez elle à Los Angeles), les talents de Duffy restent heureusement au premier plan. Il n’est pas surprenant qu’il y ait une abondance de travail de guitare formidable ici, que ce soit les riffs flous sur «  can’t calm down » la félicité acoustique de « wildfire » ou les léchés inspirés du pays sur « jessica « , et sa voix a toujours un punch émotionnel efficace. Les mains supplémentaires sur la production renforcent légèrement le son de Duffy ; les guitares se tissent sans effort avec des lignes de basse plus riches, des synthés chauds, et même un solo de saxophone sur « the book on how to change part II », mais cela ne compromet jamais l’intimité que sa musique dégage.

Sur le plan des paroles, Duffy concentre souvent son regard sur les émotions qui accompagnent les relations qui s’effondrent, et c’est ce qui fait de placeholder un opus si captivant. Dans « pacify », elle explore sa culpabilité et ses remords (« I don’t want to pacify you with excuses »), tandis que dans le déchirant « jessica », elle accepte que la connexion avec son amant s’est pratiquement dissipée (« But I’ve seen the deepest part of you / So I can’t act like if my voice can reach you now »). Mais c’est dans le livre sur la façon de changer la deuxième partie » que l’on trouve les lignes les plus convaincantes de l’album, avec son histoire de croissance personnelle et de dépassement du poids des attentes des parents envers leurs enfants (« When I want to misbehave / I think about my mother’s grave »).

Certains peuvent se lasser du rythme délibéré et étudié de l’album, mais placeholder est un disque nuancé qui permet habilement à son impact émotionnel de se déployer lentement, et c’est tant mieux pour lui. Duffy s’est peut-être fait un nom en tant que musicienne de session, mais sur son deuxième album Hand Habits, elle s’est réaffirmée, après avoir travaillé comme guitariste à gages,comme une brillante auteure-compositrice-interprète à part entière.

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Jim Sullivan: « If The Evening Were Dawn »

Le label Light In The Attic Records fait oeuvre de salubrité publique en rééditant de fort belle manière les deux disques de feu Jim Sullivan et en publiant If The Evening Were Dawn, un disque qui 10 chansons acoustiques jamais sorties.
On connaissait la destinée tragique d’ Everett Russ, en novembre 1934, ce jeune poète disparaît avec sa mule dan le désert du Sud de l’Utah.
Quarante-et-un ans plus tard, Jim Sullivan disparaît dans le désert de Santa Rosa, un lieu perdu du Nouveau-Mexique. En guise de mule, Sullivan avait une Coccinelle Volkswagen qui sera retrouvée abandonnée tout comme sa chambre d’hôtel. Le mystère reste encore entier aujourd’hui.

Matt Sullivan, le boss de Light In The Attic Records, s’est entiché de cette affaire et a décidé de percer le mystère de cette disparition en menant sa propre enquête. Jim Sullivan a-t-il été enlevé par la Mafia ? Par des extraterrestres ? Aucune réponse n’a été trouvée pour le moment. Pour patienter sagement, on peut écouter et surtout acheter les splendides rééditions des deux albums de ce Californien : U.F.O. paru 1969 et Jim Sullivan paru en 1972 grâce à Hugh Hefner, patron de Play-Boy. A la croisée des chemins entre Neil Young Bill Fay, et Fred Neil, Jim Sullivan n’a écrit que des merveilles.
Ligh In The Attic Records sort donc ce If The Evening Were Dawn, un disque qui comprend de versions alternatives de chansons d’U.F.O.. Et tout n’est que ravissement et beauté…

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Oliver Spalding: « Novemberism »

On retrouve ici deux membres d’une même famille, celle de collaborateurs rassemblés autour du jeune Ed Tullett. On le retrouve donc pour un premier album qui se laisse logiquement apprivoiser en un rien de temps.

Première tâche de l’auditeur et du critique amateur, liquider la ressemblance plus que troublante avec Bon Iver. Les voix très haut perchées (ou vocodées) et l’écriture pointilliste étant deux marqueurs forts. On le répète donc, si la paternité et le patronage du style ne font aucun doute, on est souvent amenés à préférer cette bande-ci. Ces affinités électives ne s’annulent évidemment pas mutuellement mais une écriture et des arrangements plus directs rendent ceci plus touchant que ce que fait le toujours hors normes combo de Justin Vernon.

C’est un rien plus direct donc, d’emblée avec « Ahamé » qui ne cache pas ses soubresauts qui secouent un discret mais efficace gimmick. Il n’en faut pas plus pour présenter un style, qui suscitera attachement. À cet égard, il faudra toujours des morceaux forts pour incarner un style et « Emissiv »e (avec ses nappes de synthés) en est un.

C’est évidemment d’une délicatesse inattaquable (« Xanax ») sans jamais montrer la moindre velléité de mièvrerie et peut aussi se faire spectaculaire quand « A Stop » arrive à installer une belle intensité. La plage titulaire est plus franche, avec des beats plus présents, comme une synthwave au cordeau. Cette variation, certes bien peu moderne, fonctionne indéniablement. Ils ne reculent même pas devant un peu de sax (« Everglades »), de synthé (« Bow Creek ») ou de vocoder (« Her Crescent »), donnant une inattendue coloration eighties à cet assemblage subtil.

Plus qu’une version succédanée de Bon Iver, ce que produit le duo anglais est un conseil en soi. Ces jeunes talents-là sont en effet plus que des promesses, ils montrent depuis leurs débuts une constance dans l’excellence qui force le respect.

***1/2

Camp Counselor: « scabs »

En 2017, un one-man-band a réussi à sortir de l’ordinaire de l’underground ; il s’agit de Camp Counselor qui n’est autre que le projet musical de Mickey Yacyshyn qui nous vient tout droit de St. Louis et qui avait publié un premier EP de bedrom-pop lo-fi cette année. En ce début d’année, le projet revient avec son successeur intitulé scabs.

Composé de six titres uniquement, la musicienne de St. Louis nous cajole avec ses compositions intimistes et touchantes telles que « museum of broken relationships » en guise d’introduction mais également de « cotton mouth » et de « black crayon » qui font office de thérapie pour elle.

Camp Counselor chasse les vilains nuages qui la pourchassent grâce à sa plume réaliste sur « devil’s advocate/apathy » et « turning songs into rituals ». Il ne manquera plus qu’un touchant « when it counted » pour synthétiser l’univers chatoyant de cette compositrice mesurée et subtile.

***1/2