Jerry Paper: « Like A Baby »

Jerry Paper est un des talents cachés de la scène californienne. De son vrai nom Lucas Nathan, le musicien multi-instrumentiste avait sorti un premier opus Toon Time Raw! suivi, deux ans plus tard aujourd’hui par un nouvel album, Like A Baby.

Il y a une part d’improvisation hasardeuse dans la démarche de Paper avec des morceaux qui se veulent inventifs. Cela se traduit par un alliage entre pop synthétique et groove de « Your Cocoon » ou des approches plus smooth jazz sur « Gray Area ».

Ce n’e sera pas un hasard si il passera alors par les sonorités bossa nova et les guitares wah-wah du chaloupé « A Moment », la patte psychédélique de  Did I Buy It ? » et les atmosphères édulcorées de propre à la « yacht pop » sur « Baby ».

Si on agrémente Like A Baby d’accents lo-fi et nonchalants comme sur « Huge Laughs », on obtiendra un disque un peu hybride guère éloigné de Mac Demarco avec qui il partage une versatilité touche-à tout sous laquelle il conviendra de gratter pour décreuser sa superficialité.

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Bipolar Explorer: « Sometimes In Dreams / Til Morning Is Nigh: A Dream of Christmas »

Bipolar Explorer est un duo de dream-pop/shoegaze new-yorkais qui avait publié un premier opus Dream Together et qui semble vouloir faire d’une pierre avec n deuxième album connoté de la même manière en matière de terminologie puisqu’il s’intitule Sometimes In Dreams / Til Morning Is Nigh: A Dream of Christmas.

Composé de Summer Serafin (vocaux) et Michael Serafin-Wells (instrumentation) le couple nous emmène dans un univers, on l’aura deviné, onirique où l’intimité la plus pure et la plus cérémonieuse est mise en valeur.

À cet égard, c’est la voix de Summer Serafin que l’on va entendre dès les premières secondes de « You Are Loved (Summer’s Theme) » avant que son époux reprenne les devants avec des compositions épurées et célestes qui ont de quoi nous envoûter sur, entre autres, « Letter To The Darkest Star », « Ocean » ou même « So Anyway ».

En alternant passages parlés et envolées lyrico-sentimentales de Michael Serafin-Wells où il ne suffira que d’arrangements minimalistes (une guitare et des sonorités en arrière-plan) et de schémas « bipolaires », crépusculaires et umineux, Sometimes In Dreams nous convie dans sa matrice intrigante.

On sera, alors, fasciné par ce qui est du ressort de la beauté immaculée avec des titres comme « Out » et « Necessary Weight » en passant par les célestes « And At That Hour, Above (Perigee-Syzygy) », « The Choral Text Passage » et autres « Dead End Street » ; l’ensemble formant un tout.

Au travers de ces humeurs contrastées, ce double « concept album » est avant tout un exutoire ; qu’il parvienne à exorciser ce qui peut nous embraser le rend indispensable.

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Coaches: « A Bright Crumb Of Steel »

Combo de sept membres venus de Brooklyn et Boston Coaches pratique une musique plutôt bigarrée dans la sphère « indie » puisque on y trouve du shoegaze, du noise-rock mâtiné par moments de space rock.

Leur premier album, A Bright Crumb Of Steel, exemplifie leur approche hétéroclite avec du rock puer et dur ( « You’ve Got A Way Of Bringing Me Down ») où les parfums invitant à la contemplation saturée de « Slow Crush » et « Only If ».

L’opus est un condensé mais il s’avère étonnamment fluide si on considère la palette qu’il revendique. On notera, toutefois, les interludes plus étranges et oniriques que sont « Crime Boys, IDK » ou « Gumshoe ») et une conclusion assez épatante (« With You ») qui tranche à merveille dans ce qui aurait pu s’avérer trop émollient.

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The Green Kingdom: « Seen And Unseen »

Artiste plutôt prolifique, l’Américain Michael Cottone connu des amateurs d’ambient sous le pseudo de The Green Kingdom sort un nouvel album qui ne fait que confirmer le talent et l’originalité dont il fait preuve pour créer des confirmer tout le talent de ce garçon pour créer atmosphères crépusculaires de toute beauté.

Cette fois, il nous offre un album d’ambient guitar, s’éloignant une fois encore de l’électronique, comme c’était le cas sur son précédent opus, le superbe The North Wind and the Sun paru en 2017.

Ici, les notes de guitare s’égrènent lentement et viennent se poser sur des nappes de synthés délicates, ou s’accompagner de piano, offrant à l’auditeur un véritable tapis de lumière sur lequel il s’allongera avec bonheur pour fixer un ciel sans le moindre nuage. Une merveilleuse incitation au rêve !

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It Looks Sad: « Sky Lake »

It Looks Sad est un duo de Caroline du Nord formé en 2012 et mené par Jimmy Turner (chant, guitare) qui, après plusieurs EPs, sort son premier album, Sky Lake. Les influences sont revendiquées, le rock indie à tendance « emo ». Ce qui les distingue est leur capacité à combiner plusieurs éléments qu’on ne relierait pas ensemble spontanément.

On trouve, par exemple, de l’auto-tune, de la bedroom pop (« Shave », « Light ») et des escapades qu’on pourrait même apparenter au space rock comme « Fantasy ».

Les appétences à la mélodie ne sont pas oubliées sur des titres plus traditionnels comme « Bike », « Faded »tou « Drool ».

On remarquera, par ailleurs,, que le combo sait manipuler les synthés futuristes (« Seaweed », « Moria », « Stranger ») ou le surf mâtiné d’ « emo » (« Graves », « Palme », « Pig ») ainsi que, pour compléter le panorama le shoegaze et ses guitares turbulentes.

De ce foisonnement hétéroclite on aura du mal à démêler une identité forte et on ne pourra que songer au fait que gammes bien exécutées ne sauraient remplacer inspiration.

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Laurel: « Dogviolet »

Il ne faut pas se fier à l’air de nymphette de Laurel Arnel-Cullen pour considérer qu’avec son joli minois elle ne peut que faire partie de ces chanteuses formatées comme un produit consommable jetable.

Son répertoire est « certes » pop mais cette catégorisation ne la représente que partiellement. Il n’est que d’en juger la teneur de son premier E.P., un Park brut et sombre, et d’entendre son « debut album », Dogviolet, un opus faisant montre d’une forte identité, semblable à celle qu’aurait une artiste indie-folk, mais amplifiée par des compositions, électriques ou acoustiques qu’elle vit et porte à bout de bras comme une véritable singer-songwriter.

C’est sur cet équilibre fragile que repose le charme de son premier album. Laurel ne s’embarrasse qu’assez peu des effets de productions, juste le strict nécessaire pour peaufiner ses morceaux qui n’ont guère besoin d’autre chose que sa voix et la distorsion étouffée de sa guitare. Enregistré dans son home studio avant de bénéficier d’un mixage analogique, ce premier opus sent le soufre et l’urgence, même si sa conception est étalée sur une longue période où elle était cloîtrée dans sa maison.

Dogviolet est une exploration profondément personnelle du sentiment doux-amer qu’est l’amour. Et c’est un peu ce que nous font ressentir ses compostions, avec sa façon d’insuffler à chaque titre une force quasi dramatique, notamment sur l’excellent « Life Worth Living » où nous la découvrons en vocaliste « torchy » torturée, avec une voix légèrement éraillée et un ton affecté qui fait également des merveilles sur « Same Mistakes », tout comme la rage habitée de « Adored » ou encore le sombre et plaintif « Sun King ». Ces morceaux ne cachent past outefois la sensibilité pop de a chanteuse qui apparaît plus évidente sur un mordant « Crave » mais aussi « Tak It Back » et le refrain entêtant de « Lovesick ».

Du début à la fin de Dogviolet elle dégage surtout une impression de maîtrise, celle d’une artiste qui sait exactement où vont ses chansons. Entre côté obscur et lumière, la sombre et romantique Laurel sait habilement user de son chant nonchalant et blessé pour emmener ses compositions vers des cimes inattendues que sa carrière ne devrait pas tarder à atteindre non plus.

***1/2

Summer Salt: « Happy Camper »

Summer Salt a débuté de manière sporadique car, après un buzz assez conséquent sur la scène de Austin, son bassiste a été accusé de viol par plusieurs femmes. Le résultat a été un black-out total mais le combo, après avoir congédié son bassiste, a décidé de continuer et sort maintenant son premier album, Happy Camper.

Avec un tel patronyme et en regard au titre de son disque on aotient ce à quoi on peut s’attendre, à savoir une twee pop indie eaux accents 60s et arborant des mélodies entraînantes saturées de doo-wop.

Les climats sont légers et même gracieux et l’humeur est apaisante. Les atmosphères sont estivales et insouciantes. Happy Camper est essaimé par des petites perles de rosées qui ont nom « Speaking Sonar » et « Rockin’ my Paw » et des refrains enivrants comme « Life Ain’t The ame » et « Swingin’ For The Fences ».

Des petites touches de bossa-nova agrémenteront un disque qui se serait passé des mauvaises vibrations qui l’ont entouré et qui, dans l’absolu, ne mérite aucun excès, qu’il soit d’honneur ou d’indignité.

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Zuider Zee: « Zeider Zee »

Il y a des vieilles gloires qui valent le détour ; parlons, par exemple, du groupe Zuider Zee dont la seule gloire est d’avoir sorti un album en 1975… malheureusement pour eux passé totalement inaperçu à l’époque.

Ce groupe de Memphis Tennessee, a néanmoins droit à une session de rattrapage, en l’exemple la réédition de certains de leurs inédits censés permettre de faire connaissance avec le son du combo.

Le style du groupe n’est pas sans rappeler celui du Beatles des derniers albums et, par extension, celui de John Lennon ou Mac Cartney en solo ou en groupe.

Que conclure si ce n’est qu(il y a des indémodables et que inspiration et créativité n’ont que faire des instantanés dont se réclame la « culture pop » ou celle, incorruptible ; qui fait feu de tous bois sur des choses dont elle n’a eu connaissance que par procuration.

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The Sea And Cake: « Any Day »

Depuis 1994, Sam Prekop, John McEntire et Archer Prewitt pourraient être les gens les plus ennuyeux du monde. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. The Sea and Cake est un groupe d’intellos qui fait de la musique pour des intellos mais qui est, paradoxalement, parvenu à être apprécié par presque n’importe  qui. en réalité la capacité évidente d’être aimé par n’importe qui.

C’est un constat implacable qui se manifeste à nouveau quand on écoute ce Any Day. Avec leurs C.V. respectifs, les membres des The Sea and Cake pourraient rouler des mécaniques et enregistrer des titres expérimentaux qui séduiraient n’importe quel lettré.

Au lieu de ça, le groupe de Chicago produit une musique à la simplicité déconcertante et à l’efficacité redoutable. Ce onzième album est court mais il s’insinue dans les oreilles à l’infini. On pourra le comparer à Man-Made du Teenage Fanclub (que John McEntire avait d’ailleurs produit) : voilà un opus que l’on glisse sur sa platine un peu par hasard pour, au final se le mettre en boucle pendant des heures voire des journées.

***1/2

Quiet Dan: « When The Earth Was Flat »

Il y a un petit côté années 70 (on pense par moment à JJ Cale), presque naïf par son parfum idyllique dans cet album, comme du temps où les espaces étaient à la liberté et l’insouciance, avec des images du passé très évocatrices et nostalgiques…

Le groupe Quiet Dan signe là un petit disque charmant comme tout, entre pop, blues, folk, country, avec des chansons fragiles et légères qui s’écoutent et font du bien.

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