Preoccupations: « Preoccupations »

Suivant les circonstances de sa création on ne sera pas étonné que Preoccupations soit aussi dépourvu d’humour. Autrefois nommé Viet Cong, le groupe a subi tant de mauvais coups qu’il a décidé de changer de patronyme pour ces nouveaux enregistrements.

La morosité et la préoccupation sont au menu de ce disque éponyme, toutes deux liées à des histoires personnelles, des ruptures et une instabilité récurrente. Place est donnée ici à l’introspection, une introspection récitée sur le mode viscéral.

« Anxiety » ouvre le disque de façon suffocante, tant il navigue sur un fond d’incertitude avec des vocaux noyés sous un mur de lignes de guitares et de section rythmiques dissonantes.

Les climats sont cauchemardesques et les espaces aspirés par le vide, percutés qu’ils sont par un drone râpeux. La peur et l’insécurité n’est pas alors vue de l’extérieur mais elle rampe à fleur de notre peau ; qu’on le veuille ou pas, Preoccupations est le disque idéal pour les boursouflures et la turgescence.

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KT Turnstall: « KTN »

Trois ans après qu’elle ait presque abandonné la musique pour le cinéma, KT Turntall semble avoir rédécouvert qu’elle aimait toujours la pop. Le sixième album de l’Écossaise la voit se libérer de folk intimiste et mélancolique de son dernier double album, Invisible Empire/Crescent Moon, e résultat n’en est pas pour autant réussi.

Elle a en effet, délaissé les passages les plus tendres et dépouillés pour une approche pop-rock et des titres qui ne sont pas véritablement mémorables (« Turn a Lignt On » ou « Two Way » un duo insipide exécuté avec James Bay)

La magnificence dont elle était coutumière s’est comme évaporée, hormis peut-être avec un « Evil Eye » où elle retrouve un peu de muscle et de pavane. La chanson titre et un « On My Star » acoustique permettront de montrer de quoi elle est capable, mais KYN est avant tout un amalgame de titres radio friendly dont on ne peut même pas assurer qu’ils auront un impact commercial.

**/1/2

Wilco: « Schmilco »

Wilco, depuis plus de vingt ans, fait partie de ces groupes qui se sont inscrits dans le paysage alternatif américain de la manière la plus satisfaisante.C’est un combo dont toute la carrière est marquée par le signe du silence, de la restreinte ainsi que de la détente. Ces éléments sont encore plus prégnants sur ce dixième albums studio.

ll ne faut pas pour autant se fier à ce semblant de confort et de routine ; Schmilco est un de ces disques qui pose des défis à qui voudra l’écouter tant il se promène avec aisance entre le alt-rock turbulent de Star Wars et des références on ne peut plus exemplaires au chef d’oeuvre de Harry Nilsson : Nilsson Schmilsson.

Schmilco trouve ici une inspiration « progressive folk » en harmonie avec les récents disques en solo de Jeff Tweedy et son projet parallèle, Loose Fur. La majeure partie de Schmilco se construira donc sur un mode confessionnel acoustique dépouillé traversé d’arrangements soniques perturbants et de textes plombés d’où émanent des sentiments d’aliénation et de mal être

C‘est une équipée dont nous n’émergerons pas indemnes et qui perdurera encore bien longtemps aprèss qu’elle se soit évanouie dans l’éther ; une expérience d’autant plus troublante tant elle mêle ouceur, inconfort et, au final, peur.

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The Divine Comedy: « Foreverland »

In 2010, Neil Hannon le leader de The Divine Comedy enregistra la bande son de la comédie musicale Swallows and Amazons. Il avait fallu attendre longtemps avant que cette entreprise ne puisse enfin voir le jour et, à ce titre,  il a fallu un temps certain pour que ce nouvel effort de Divine Comedy n’opte pour une mise en scène plus théâtrale.Hannon avait été marqué par cette expérience scénique et il a donc oeuvré inlassablement sur un concept de doux titres servis par une narration appuyée.

Foreverland vise à la grandeur et il n’est pas éloigné du grandiose en maintes moments. Hannon dipose d’un orchestrre de chambre apportant un scintillement aux compositions; les cordes sont mises à contribution mais interviennnt comme des coups de poignards plutôt que comme des veloutés porteurs de floraison. On trouvera même un banjo utilisé avec justesse sur « My Happy Place »  ainsi que « The One Who LOves You ».grand, managing to fall just short enough of grandiose-by a hair. Hannon has a chamber orchestra twinkling in these compositions, as well as strings, which stab effectively rather than flourish messily. Even a banjo finds its way in, on « My Happy Place, » and is picked up again on « The One Who Loves You, un morceau oùil se pomène avec nonchalance au milieu d’une instrumentation à cordes des plus dramatique. Ces cordes sous tendent l’intégralité de Foreverland ce qui est une autre cartactéritioue qu’il partage avec le théêtre.



Que ce soit en partant de « Catherine the Great, » et de ses interrogations sur la notion de souveraineté grâce à une orchestration qui trouverait sa place en plein milieu de l’ère baroque, que l’on examine les mêmes thématiques avec la « vibe » flamenco couronnant « A Desperate Man », Foreverland  va parcourir toutes sortes d’aires.

« Funny Peculier » emprunte le ton de la conversation pour un dialogue flirtant avec le théâtre classique, « Other People » va s’embrancher sur un même style de narrativité et des cordes sorties de l’univers de Disney pointeront vers une dramatisation intensifiée par une surabondance d’effets et de « blah blah blah ».

 Il sera peu surprenant que le morceau s’arrête abruptement tant il sait donner sa place à lune flamboyance qui jaillit comme une formula magique, aussitôt écoulée, aussitôt disparue.

***1/2

 

Russian Circle: « Guidance »

On ne pourra reprocher à ce groupe de Chicago de rester figé ; même si il fait partie de la mouvance post-rock, il témoigne sur ce cinquième album d’une volonté de se défaire des nœuds musicaux du genre et poussant toujours au-delà des limitations auxquelles guitare, basse et percussions semblent a priori sujettes.

Empros, leur opus précédant s’était déjà singularisé en amalgamant une séquence de compositions formant un tout cohérent cinq ans plus tard on se doit de constater que Russian Circle continue à faire montre d’expertise, notamment dans la façon dont il est capable de gérer tempo et atmosphère.



Guidance suit un cours fluide constellé de soubresauts considérables à l’image de « Asa » qui nous propose un moment de calme limpide avant que des explosions parfaitement maîtrisées ne débouchent sur les vigoureux « Vorel » et « Mota ».

On pensera, dans cette approche à un ensemble comme Mogwai en partie sur un « Afrika » qui balance dangereusement vers l’émotionnel. Combinaison de puissance et de finesse, Guidance, comme l’indique son titre nous emmène où il veut aller, là où l’organique se pare d’enchevêtrement et de subtilité.

***1/2

The Album Leaf: « Between Waves »

Between Waves est l’album idéal pour qui aime conduire la nuit et laisser ses pensées êtes envahies de rêveries noirâtres. Unité de son que même un titre plus enlevé comme « Lost In The Fog » verra fracturée par un sampling minimaliste et des percussions organiques et abstraites.A contrario, les nappes sonores se superposent en synthés visant à fournir, par des orchestrations voletantes, un panorama gigantesque mais le tout restera comme emprisonné comme pour approfondir cette claustrophobie nocturne.

L’electronica est exemplaire dans son exécution et son intemporalité. On est loin, en effet, de ces groupes qui s’emploient à ressusciter cette tonalité 80’s depuis longtemps disparue grâce à une utilisation de cuivres, une insistance à ne défaire d’éléments « dance » et répétitifs pour, au contraire, des petites touches primesautières pour forcer notre attention.

L’ensemble est semblables à ces écoutes où le piano bar se fait agressif et étrange et où le xylophone (« Ambo ») remplace ce que devraient être des moments paresseux au crépuscule sous un patio.

On évoquera Eno, dans la façon dont il enrichit une certaine palette pop et complexifie la tapisserie électronique ; Between Waves est la parfaite antidote pour abandonner ces journées estivales trépidantes et se glisser dans les vibrations élusives du soir.

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Eluvium: « False Readings On »

Eluvium, autrement dit le prolifique Matthew Cooper, revient ici avec un opus « ambient » de toute beauté. Cooper est connu pour la façon architecturale dont il triture le son, ici, False Reading pourrait aisément être placé dans la catégorie « BO » dans la mesure où sa production est totalement a-rythmique et exemplaire d’un film de science-fiction.

L’approche mélodique est directe mais demeure elliptique avec un évitement flagrant de tout ce qui pourrait être gimmicks empruntés aux 80’s en éludant aisément les limites d’un style de par une construction de mélodies menées sur un tempo analgésique.



Les plages sonores sont, par conséquent, foisonnantes tout en se faisant presque lénifiantes. Les crescendos sont construits inopinément tant les airs sont accessibles tout en demeurant en sourdine. La grandeur est alors sous-jacente avec un juste équilibre entre électronique et instrumentation traditionnelle (piano, cordes, vents) ce qui fera de False Readings On un disque classieux sans être démonstratif.

« Posturing Through Metaphysical Collapse » sera l’unique faute de goût,d’autant plus dommageable car elle avoisine les 17 minutes, nous laissant sur nune faim d déguster des histoires où les sons seraient tout aussi importants que les paroles.

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Thee Oh Sees: « A Weird Exits »

Thee Oh Sees sont des fournisseurs d’un rock psychédélique aussi hétérodoxe que pourrait l’être l’univers des frères Coen au cinéma. Ce sont, eux aussi, des producteurs qui ne cessant jamais de travailler et, même siA Weir Exits n’est pas aussi tranchant que leurs précédents albums, il s’avère marquant dans la mesure où c’est leur disque le plus enrichi de climats progessivo-atmosphériques depuis longtemps.

Avec de nouvelles têtes, en particulier un deuxième percussionniste,The Oh Sees se sont permis ici d’explorer des nouvelles portes soniques et instrumentales et de nous ploger dans un opus que l’on ne peut qualifier que de « trippy ».

Pourtant, à l’inverse de leurs derniers albums) la moitié des compositions passent sous la barre des 5 minutes (l’une d’elles étant, en outre un instrumental, et une autre, « Jammed Entrance », déplace l’album vers des morceaux vers une orientation nettement plus pop.

C’est surtout sur un titre comme « Dead Man’s Gun » où des vocaux en staccato de Dwyer contrastent avec des guitares rugissantes ou avec le plus lourd que le lourd « Ticlish Warrior » où instrumentation en distorsion et phrasé vocal rugissant forment une véritable muraille bruitiste que le climat s’oriente vers la notion que le riff martial à lui seul est l’alpha et l’oméga et de chose psychédélique.

C’est ainsi que le combo cultive à bon escient le mariage entre focalisation et lâcher prise ; les tonalités qui semblent dériver et les mélodies aux claviers titillantes comme sur Jammed Entrance », les six cordes claironnantes et serrées de « Platic Planat » ou la brusque plongée dans la contemplation assourdie et tranquillisante de « Gelatinous Cube ».

« Crawl Out From The Fall Out » sera alors un « closer » logiquque : de par sa nature (morceau le plus long et le plus lent du disque) il illustrera et exemplifiera ce qu’est la démarche de A Weird Exits : une plongée insidieuse dans une brume épaisse couronnée par des choeurs aériens qui font comme surplomber la plongée dans la densité des tempos alors qu’un « The Axis », trempé dans un bain d’orgue, culminera vers cette stratosphère orgiaque avant de s’écrouler avec ce fracas qui est preuve qu’on peut à la fois délivrer une musique planante et confondante.

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Katie Day: « Flood Nertwork »

Malgré son association avec The Orchid Tapes, la musique de Katie Dey est difficile à situer tant, même si elle revendique une origine australienne (Melbourne). Productrice et compositrice sa musique est, en effet, un étrange amalgame de synthés broyés à tort et à travers, de guitares power pop aux fortes giclées et, pour couronner la distorsion, de vocaux éructés à tue-tête.



Nous sommes ici dans une zone crépusculaire où les idées habituelles de ce que sont la mélodie et l’harmonie n’existent pas et où règne est celui de l’expérimentation.

Day utilise un laptop au maximum de ses possibilités et, sans nous indiquer une moindre image, nous plonge dans les pièces trompeuses des sous-genres et des identités. Flood Network est un réseau où toutes les productions se réclament de l’insolite et de l’inquiétant ; le huit morceaux sont semblables à des interludes dont, fatalement, on peine à démêler l’écheveau.

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Steven Tyler: « We’re All Somebody From Somewhere »

We’re All Somebody From Somewhere est, pour le chanteur de Aerosmith, un essai à se faire sa place dans un marché plus lucratif, celui de la country. La chose est surprenant tant il n’a montré beaucoup d’intérêt à ce genre et, sur l’album, ce manque d’affinité est plus qu’évident.

Malgré les efforts de T-Bone Burnett et d’autres à la production, Tyler demeure incapable de modifier sa manière de chanter et de nous proposer quelque chose de sensible, acoustique et discret.

La mandoline de la chanson titres ou l’accordéon sur « My Worst Enemy » se distingueront avant que Tyler ne revienne à sa nature profonde, qui est celle d’une scansion aux accents heavy. On retiendra alors rien de plus que « Rad, White & You », « Sweet Louisiana » et, même une tentative à évoquer les violences domestiques, (« Janie’s Got A Gun »), sombrera dans le mélo et le larmoyant.

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