Lusts: « Call Of The Void »

Le premiers opus de Lusts se nommait Illuminations, trois ans plus tard arrive un Call Of The Void dont, étape du deuxième album oblige, on se demande dans quel sens il nous éclairera.

Formé par deux frère (Andrew et James Stone) cet « appel du vide » est illustrateur de la thématique qui le compose. L’air du temps est à la fragilité, la santé mentale ou la nostalgie nihiliste, la palette sonore sera protéiforme, allant de Tame Impala à New Order.

Plutôt campé dans les années 80, le climat général sera résolument post-punk avec des vocaux réduits à l’essentiel, comme détachés, et des instrumentaux qui se taillent la part du lion.

« Promise To Be Good » sera une introduction exemplaire tout comme le « single » « Lost Highway » et cette voix féminine enclavée renforçant un aspect cinématographique venu d’un environnement aliénant. Sur « Lost And Found », le duo ralentit le tempo pour offrir une balade pop-romantique, un apaisant moment d’intimité et de calme.

Le résultat est mitigé, les orchestrations synthétiques alourdissent le propos et occultent les tonalités sombres qui gagneraient à se faire plus prégnantes : si Illuminations fa été un galop d’essai, sa traduction demeure ici un peu clairsemée.

***

Anna St. Louis: « If Only There Was a River »

Nous voilà devant un chant incantatoire. Avec sa voix lâche et pleine de groove son « fingerpicking » attentif et l’entrelacement délicat de ses mélodies très folk-country américain (mais jamais plaquées), Anna St. Louis pourrait être une sorcière nomade qui s’arrêterait, avec sa monture, pour faire irradier la chaleur sèche d’un feu de camp du Midwest.

If Only There Was a River, premier album de la musicienne du Kansas désormais installée à Los Angeles, fait à la fois ancien et moderne dans sa manière de manier le folk. Anna St. Louis chante en boucles et en itérations un croisement de solitude, d’apprivoisement, de désir et de liberté, qu’on pourrait comparer à un amant — irrésistible, mais prompt à se dérober.

Âme souple et agile ;alors qu’on s’imaginait une simplicité sobre, ses mélodies prennent soudain flamme et corpulence : des tambours (« The Bells »), des violons (« Water) », de la guitare électrique (« Wind »), même du wurlitzer (« If Only There Was a River ») forment une matière soyeuse et confiante, juste assez audacieuse. Un ravissant début.

***1/2

The Wave Pictures: « Brushes With Happiness… Look Inside Your Heart »

The Wave Pictures a publié deux albums en un an, il rectifie plus ou moins le tir avec Brushes With HappinessLook Inside Your Heart. Ce dernier opus se veut plus ouvert que le précédent avec une tentation garage-rock et une communication plus simple, voire enlevée.

Le disque a de forts relents fin seventies début eighties (Talking Heads, The Fall) avec des rythmiques brisées, des riffs comme en suspens et une impression de spontanéité qui n’est que le produit d’un bon travail en studio.

Sans surprise, l’album navigue à la frontière du studio et du live, de l’improvisation et de la précision, du propre et du bordélique. C’est précisément cette simplicité et cette sincérité qui plaît. The Wave Pictures prouvent une nouvelle fois qu’ils excellent dans la musique pure, sans super production ni effets par milliers. Ainsi, on ne peut qu’être charmé par la voix remplie de larmes et de vibrato de David Tattersal sur le titre « Jim » ou ladhérer à son délicieux phrasé dans « The Litte Window ».

Leur musique est libre, ponctuée de solos vaporeux, de moments purement instrumentaux où les musiciens, en communion, semblent improviser avec brio.
À la différence de
Bamboo Diner In The Rain et contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, Brushes With Happiness est peut-être l’un des plus sombres albums de la discographie de The Wave Pictures. Leur blues, qu’ils étirent parfois sur six minutes, est communicatif. Tous les titres sont teintés de la même mélancolie, une tristesse latente à l’image du premier morceau, « The Red Suitcase ». « The Burnt Match » fera un exception toute en subtilité ; bien que pris sur un mode mineur, li prendra la forme d’une comptine enjouée.
The Wave Pictures signent un album blues étonnement sombre, dépouillé, hélas un peu répétitif. Il faut peut-être attendre les soirées pour apprécier à sa juste valeur
une mélancolie entre chien et loup qui hésite encore à se débarrasser des lambeaux du spleen.

***1/2

John Parish: « Bird Dog Dante »

Bird Dog Dante est le premier album solo de John Parish depuis des lustres tant le bonhomme a été occupé par d’autres projets ou bandes originales. Son titre se veut onirique destiné qu’il est à accompagner un opus impressionniste puisque bricolé et enregistré ci-et-là et empruntant des sentiers divers et, sans qu’on s’en étonne, par moments déroutants. La construction de ce disque assure une forme de cohérence au sein de la variété des approches musicales de Parish. Dès les premières plages, il donne ce que beaucoup de ses admirateurs attendait depuis longtemps : des chansons portées par cette voix étrangement juvénile à l’accent caractéristique du sud-ouest anglais. Entre mélodies de folk gothique et blues expérimental, les chansons résonnent comme les émanations sonores d’un pur songwriter inspiré et rigoureux, une race malheureusement quelque peu disparue au sein du paysage musical actuel et qui sait encore manier des harmonies sobres et élégantes mais non dénuées de recherche.

Parmi les titres notables de cette partie chantée, on retrouve « Sorry For Your Loss », duo quasi inévitable avec PJ Harvey qui vient rendre hommage au regretté Mark Linkous de Sparklehorse, le très agréable et dépouillé « Type-1 » ou « Rache »l, collaboration avec la jeune chanteuse néo-zélandaise Aldous Harding, à laquelle Parish avait apporté son renfort sur son album Party sorti l’année dernière.
Le disque évolue ensuite vers des horizons plus expérimentaux, avec des instrumentaux aux accents progressifs alternant des ambiances teintées de psychédélisme orientalisant (« Buffalo »), des montées floydiennes (« Kikeru ») ou des émanations plus décadentes sur « Le Passé Devant Nous ») avant de clore comme une boucle ce disque par une dernière chanson, l’énergique « The First Star ».
Sans aucune prétention ou posture, ce disque au charme à la fois mélancolique et serein, se pose comme le témoignage discret d’un arpenteur de la pop, élégant relais entre tradition et progressisme.

***1/2

PILL: « Soft Hell »

Il y a deux ans, PILL qui avait signé un des meilleurs albums art-punk de 2016 : Convenience. Résolument explosif et cosmopolite, le quatuor de Brooklyn avait tout pour plaire et ce n’est pas pour rien qu’ils récidivent avec leur successeur intitulé Soft Hell.

Veronica Torres (chant, basse), Andrew Spalding (batterie), Benjamin Jaffe (saxophone) et Jonathan Campolo (guitare) retroussent leurs manches afin de nous offrir un bon condensé bien brûlant sur ce nouvel opus.

On retrouve donc le chant habité et quasi-hystérique de Veronica Torres à mi-chemin entre Karen O et Kim Gordon sur des morceaux bien redoutables avec « A.I.Y.M? » débutant par un cri de bête mais aussi « Dark Glass » et les influences garage-punk de « Softer Side ». Ici, elle s’affirme réellement en tant que vocaliste mais aussi en tant que parolière n’hésitant pas à employer l’humour noir sur des sujets de société plus graves.

Une fois de plus, PILL étonne par sa diversité des styles et il n’est pas rare que l’on passe des morceaux no wave/post-punk avec « HAHA » ou plus free jazz avec « Sin Compromiso » comprenant un saxophone des plus menaçants. Et au milieu de ces bombes soniques riches en riffs explosifs et de rythmiques mitrailleuses comme « Power Abuser » et « OK », le quatuor de Brooklyn sait calmer les tensions avec « Fruit » mais encore la très mélodique « Midtown » qui mérite son lot d’écoutes répétées.

En définitive, PILL continue à faire valoir leur style bien tête brûlée et Soft Hell le synthétise parfaitement avec son mélange inventif d’art-punk, post-punk et de no wave libéré de toutes contraintes

***1/2

King Buffalo: « Longing to Be the Mountain

Avec son nouveau disque,King Buffalo su éviter les pièges du deuxième effort, en n’apportant que de légères bonifications à son psych rock, nimbé de prog et de stoner.

Longing to Be the Mountain est un album aussi concis et expansif, que dynamique et introspectif à la fois. Pour le dire clairement, il est le meilleur disque que pouvait livrer le trio de Rochester, NY après le convaincant Orion (2016).

On reconnaît rapidement les compositions du groupe, la recette ne changeant évidemment pas. De longs crescendos mélodiques qui aboutissent sur d’épaisses couches de guitares et de basse. La formule se répète d’un titre à l’autre, mais sans jamais devenir monotone, le groupe conservant toujours une carte dans sa manche pour nous emmener vers d’autres strates.

Sur Longing to Be the Mountain, l’ajout d’ambiances, de pistes de guitares acoustiques, de séquences programmées et de claviers donne juste ce qu’il faut de nouveautés au son de King Buffalo pour le faire progresser et pour captiver les mamateurs qui ont usé à la corde leur copie de Orion.

Une tournée intensive avec Elde et All Them Witches respectivement, deux poids lourds de la scène psych rock et stoner, a nettement contribué à cette assurance nouvelle du groupe, tant sur scène que sur disque. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence qu’un des membres d’All Them Witches est l’architecte de Longing to be the Mountain. Qui de mieux pour faire ressortir sur disque les forces d’un groupe que quelqu’un avec qui on a partagé la scène pendant plusieurs semaines aux États-Unis et au Canada ?

Peu de groupes parviennent à produire un psych rock aussi équilibré entre les atmosphères, les mélodies et le côté plus terreux des guitares propres au stoner. Mais même dans ses moments les plus pesants, King Buffalo demeure un groupe dont le son est en suspens, destiné au ciel et aux étoiles.

L’expansif et le cérébral dans les pièces de Longing to Be the Mountain réside dans les effets de répétition, l’usage minutieux des pédales de délais, la voix monocorde mais douce de Sean McVay et la structure linéaire, mais toujours ascendante des compositions.

Dès les premières notes de « Morning Song » qui sont un petit clin d’oeil à « Shine On Your Crazy Diamond » de vous savez qui, à la finale complètement psychédélique de » Eye of the Storm », en passant par la chanson titre, meilleur morceau ici, Longing to Be the Mountain est un album précis, relativement court et efficace. Il est aussi un pari réussi brillamment par le trio.

***1/2

Johnny Marr: « Call The Comet »

Call the Comet est le troisième album solos de l’ancien guitariste des Smiths Enregistré au Crazy Face Studios – studio d’enregistrement situé dans sa ville de naissance – il arbore un son à la six cordes plus abrasif qu’à l’accoutumée, délaissant ainsi le penchant post-punk de ses deux premières créations.

C’est sans doute le premier dans lequel il revendique ses origines, nous proposant à cet égard une approche plus mélodique. Délaissant son statut de « guitar god » qui lui était attribué il semble endosser plutôt un rôle d’auteur-compositeur-interprète.

Call the Comet demandera à l’auditeur d’y consacrer une bonne heure de son précieux temps et il aurait été préférable de couper un peu dans le gras, particulièrement en fin de parcours (« Spiral Cities » et « My Eternal » ). Cela dit, ce nouveau chapitre dans la carrière solo de l’artiste s’écoute bien du début à la fin et constitue un agréable périple pop-rock, mélodiquement efficace ce qui constituait la principale faiblesse des précédents efforts.

On pourra néanmoins prêter l’oreille à des tires comme « The Tracers », en équilibre entre pop, rock et guitares tranchantes), « Hey Angel »  qui fait se rencontrer brit-pop et de glam-rock ou « Hi Hello » plus « smithsien » que The Smiths eux-mêmes.

Pour élargir le territoire, « New Dominions »  nous emmènera su côté de Bauhaus et Suicide, « Walk Into the Sea » se voudra imprégné de dramaturgie et « Actor Attractor » ira naviguer du côté de Dépèche Mode et du krautrock.

CE quatrième effort n’est sans doute pas bouleversant mais il ne déplaira pas à ceux pour qui nostalgie ne rime pas avec passéisme et qui ne vouent pas un culte à l’avant-gardisme compulsif.

***1/2

Lucy Dacus: « Historian »

Lors de l’été 2016, lorsque No Burden a été lancé, beaucoup de personnes se sont extasiées sur Lucy Dacus une auteure-compositrice-interprète originaire de Virginie et n’ayant à l’époque que 22 ans.

Historian, son deuxième opus, nous propose de revisiter l’histoire et le fait de splendide manière, en restant fidèle à son héritage folk-rock mais en le réinventant d’une façon toute personnelle.

L’artiste nous confie ses désillusions amoureuses et son désarroi face au manque d’empathie qui caractérise aujourd’hui les relations humaines. Musicalement le répertoire est celui de chansons douces amères.

On pourrait rester à la surface d’une observation superficielle si on mésestimait le subtil travail de réalisation effectué sur ce disque, particulièrement au niveau des arrangements qui prennent tout leur sens au fil des écoutes.

L’explosivité d’un titre comme « Timefighter » est, à cet égard, éloquente. En outre, on ne pourra que noter at acquiescer à une alternance entre l’intense et le paisible, entre « le chaud et le froid », qui fait de ce Historian une parution déjà essentielle de l’année. Parmi les meilleurs morceaux de cette émouvante création, on prêtera l’oreille à l’introductive « Night Shift » qui, à la mi-parcours, retentit irrésistiblement. Les sonorités, aux accents délicatement soul, dans « Addictions » capteront, de leur côté, l’attention tout comme le mélange cordes et guitares de « Nonbeliever ».

Lucy Dacus se montrera bouleversante avec un hommage à sa grand-mère décédée sur « Pillar Of Truth » et conclura en beauté avec un « Hisorians » pourvoyeur de ces frissons sarcastiques lui permettant de nous envelopper dans un « I am at peace with my death ! I can go back to bed ».

Voilà une artiste est d’une franchise confondante. Avec de simples morceaux rock, juste assez soignés, juste assez stipatouillés elle s’élève aisément au-dessus de la mêlée. Lucy Dacus a choisi le folk rock afin d’en découdre avec le virilisme d’une autre époque et ainsi passer d’importants messages sociaux et politiques. La démarche est tout à fait admirable et il est chaudement conseillé de suivre sa trajectoire.

****

Yawning Man: « The Revolt Against Tired Noises »

The Revolt Against Tired Noises est le sixième album de Yawning Man un trio de « desert rock », un sous-genre du stoner metal qui se caractérise par des riffs hypnotiques, simples et répétitifs.

Depuis la fin des années 80, Yawning Man a pris une dimension toute particulière au sein de la scène Desert Rock. Loin des ambiances sur-saturées héritées du punk et du grunge, qui sévissent lors des fameuses “generators parties” de la vallée de Coachella, Gary Arce et ses compères déploient une musique beaucoup plus subtile et précieuse, qui tisse des ambiances appelant à l’introspection.

Produit par Mathias Schneeberger (Mark Lanegan, Greg Duli, Sunn O))) ou encore Earth. Le résultat est un véritable kaléiodoscope de couleurs, parfaite bande son pour se sentir transporté entre les mesas, vallées et canyons californiens, alors que nous voici plongé en pleine torpeur estivale. Yawning Man trouve l’alchimie parfaite entre riffs dantesques et de longues plages progressives, qui font appel à l’imaginaire de l’auditeur.

Loin des ambiances sur-saturées héritées du punk et du grunge Gary Arce et ses compères déploient une musique beaucoup plus subtile et précieuse, qui tisse des ambiances appelant à l’introspection.

On n’est pas loin du post-rock teinté de psychédélisme comme en témoigne la pièce maîtresse, qui donne son nom à l’album « Revolt Against Tired Noises ». Ainsi, les mélodies de Gary Arce se font pleines d’échos, méditatives et relaxantes, avant de rebondir sur les riffs qui vous prennent profondément aux tripes ‘ »Skyline Pressure » ou les huit minutes de « It ».

« Grant’s Heart » apportera une courte pause, sous forme d’envolée à la guitare, signe que la créativité du groupe ne souffre pas d’éclipse et est encore capable d’engranger pléthore des titres à la fois denses, mélodiques et inspirés.

****

Value Void: « Sentimental »

Trio londonien, Value Void est composé de Paz Maddio (chant, guitare), Luke Tristam (basse) et de Marta Zabala (batterie) . Leur premier disqye, Sentimental, est à mi-chemin entre indie rock et noise-pop.

Les influences de The Breeders et d’Elastica se font ressentir à travers des morceaux vintage toniques, allant de « La Trempa » à « The Deluge » en passant par les riffs allègres et ses rythmiques 60’s implacables et entêtants de « Babeland », « Bariloche » et de « Cupid’s Bow.

Tantôt post-punk sur le mélodieux « Back In The Day » tantôt néo-grunge sur « Mind » et sur « Teen For Him », ce combo argentino-british délivre un « debut album » entrainant, concis et mélodique qui demandera confirmation pour être plus qu’une la simple accroche anecdotique.

***