Clouds Nothing: « Last Building Burning »

Sous la houlette de Dylan Baldi, Clouds Nothing ont déjà à leur CV quatre albums ;Last Building Burning est marque d’un nouvel avatar dans leur relativement jeune carrière.

Une fois encore, le combo a décidé de renouveler sa panoplie de riffs abrasifs aindé qu’il est par un producteur, Randall Dunn, maître en la matière puisqu’il a déjà officié pour Sunn O)) ou Wolves in the Throne Room.

Ceux qui s’attendaient à un adoucissement seront déçus ; la surexcitation est de rigueur ici encore avec une mention spéciale à l’alchimie en œuvre entre percussions et guitares entremêlées.

On appréciera l’épopée (onze minutes) sonique qui préside à « Dissolution », les feedbacks impérieux et les références non dissimulées et exemplaires à And You Will Know Us By The Trail Of Dead.

Exécuté avec brio, ce Last Building Burning est une création punk de haute volée avec ce qu’il faut de diversité, un « Offer an End » que ne dénierait pas Wire, pour en faire un album fracassant par son authenticité.

***1/2

The Mommyheads: « To the World’s End

The Mommyheads est un combo assez atypique dans la mesure où les New Yorkais s’emploient à faire cohabiter indie et pro-rock depuis une bonne trentaine d’années (hormis un hiatus de dix ens entre 1998 et 2008).

To The World’s End est leur onzième album et, à l’instar de tout prog-rocker qui se respecte, le disque est bâti sur un mode de construction dynamique, faisant alterner rythmes et tempos, soit subtilement, soit de manière plus abrupte.

On aura donc droit à une pléthore d’influences allant de Pink Floyd à Led Zeppelin, en passant par The Police ou Queen.

Retenons une très bonne production, donnant à l’album une certaine intemporalité. NI ringard ni moderne, le son de cet album est bien ancré dans le piège style auquel il se réfère ce qui évite le piège de vouloir sonner actuel.

Alors, To The World’s End doit-il être écouté jusqu’à la fin du monde ? Sans doute pas ; contentons-nous d’en savourer certains moments (« Phatom LImb », « Don‘t Believe The Pilot), « Everybody Needs A Fool » ou le très jazzy « Thank You For The Songs ») sans chercher de midi à quatorze heures.

***

 

The Dodos: « Certainty Waves « 

The Dodos n’est pas groupe à se reposer sur ses tablatures, ce nouvel opus, le septième, montre que notre duo californien en en perpétuelle évolution et en constante recherche d’inspiration.

Certainty Waves est le premier disque depuis qu’un de ses membres, Meric Long (chants, guitare) avait voulu goûter à un projet solo, FAN.

Ce nouvel album marque donc un retour à certaines paternités mais aussi un un compte-rendu de cette crise de la maturité par lequel le combo est passé.

Cette réavaluation se fait aous couverts de titres explosifs, presque joyeux, comme si un élan cathartique pouvait se déceler sous des morceaux comme la fanfare de « Forum » et les rythmiques musclées et intenses de « If » ou « Coughing ».

Riffs entêtants, acrobaties des tempos (Logan Kroeber sur « SW3 ») aussis bien qu’attaques façon Strokes sur « Ono Fashion », The Dodos renoue avec un large éventail indie pop avec bonheur (« Excess ») et simplicité (un « Center Of » acoustique et pétillant).

« Sort Of » fera, finalement, le bilan de cette lutte interne qui s’est imposée dans le groupe et sera, en même temps,assertion de la réinvention de lui-même dont il sait se faire ici témoin.

***1/2

High On Fire: « Electric Messiah »

Electric Messiah est le huitième album des Californiens de High On Fire, groupe mené par Matt Pike, dont le surnom, « l’homme qui possède plus de Gibson Les Paul » indique quelle teneur musicale le combo se revendique.

La production est assurée par Kurt Bailou déjà responsable de pas mal de galettes du groupe et elle va s’appuyer sur la recette peu originale mais efficace et éprouvée de riffs empilés les uns sur les autres, de double pédales, de textes emprunts de mysticisme et de ce qui s’avère être le mentor de High On Fire, Lemmy et sa voix graveleuse qui, selon Pike, l’aurait visité dans ses rêves.

L’album met en place ce qu’il promeut ; une bombe de double kicks, de riffs punitifs et un hommage beuglé à un des plus grands de l’histoire du rock. Les lignes de basse en intro semblent même carrément empruntées à celles de Motörhead : « Spewn from the Earth », qui ouvre l’album, est dans cette lignée, de même que « Freebotter », en fin de parcours.

Comme il est de coutume, on ne reprendra pas son souffle sur un album de High On Fire. La guitare de Matt Pike et sa voix de chat de gouttière prennent toute la place. Il y aura quand même quelques moments plus « doom-rock » comme sur « Steps of the Ziggurat/House of Enlil » un gros morceau de près de 10 minutes qui nous ramène dans une dynamique familière avec un mixage de ses deux guitares.

Toujours dans les longs morceaux, « Sanctioned Annihilation » voit Pike explorer des contrées façon Black Sabbath où, de toute évidence, il est en territoire connu.

À d’autres moments, les riffs et les structures des chansons rappelleront les vieux albums de Mastodon, une atmosphère très « sludge » comme avec « Drowning Dog » qui fermera la marche.

En revanche, à près d’une heure de musique, le manque de variation peut devenir lassant. Le groupe excelle dans leur version du métal, mais ne se réinvente pas. Cela étant dit, les fans de la première heure auront droit à leur dose de rock ‘n’ roll viril et crasseux et ils ne seront pas déçus. Il appartiendra alors à chacun de vouloir en faire partie ou pas.

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Mudhoney: « Digital Garbage »

En 2013,Mudhoney nous proposait un plutôt intéressant Vanishing Point; aujourd’hui, toujours campé à la frontière du garage rock, du hard rock et du psychédélisme, on retrouvait avec grand plaisir une formation qui, mine de rien, célèbre ses 30 ans d’existence avec un nouvel album dans un contexte socio-politique explosif et anxiogène qui ne pouvait tomber mieux pour un combo comme notre quatuor.

Mark Arm (guitare, chant), Steve Turner (guitare), Dan Peters (batterie) et Guy Maddison (basse) sont de retour avec un nouveau brûlot intitulé Digital Garbage; une référence directe à toutes ces inepties que l’on peut lire et voir sur ces chers médias sociaux. Pour ce 10e album, Mark Arm n’y va pas avec le dos de la cuillère. Malgré la prévisibilité de ses virulentes charges (politiques fascistes de Trump, vacuité des réseaux sociaux, nouveaux gourous, etc.), on a pris sérieusement notre pied à l’écoute des propos du chanteur. Sarcastique et enflammé, l‘artiste pointe le miroir sur cette époque en toc, imbue d’elle-même et totalement superficielle.

Toutes les chansons sans exception foncent dans le tas avec une jouissive irrévérence. Dans « Prosperity Gospel », Arm met la lumière sur ce mariage plus que douteux entre le religieux et l’argent et sur le très mélodique « Messiah Lament » il fustige les bien-pensants d’une certaine gauche moralisatrice.

« 21st Century Pharisees » fait référence à l’absurde retour de la religion (quelle qu’elle soit et d’où elle provient…) dans nos sociétés. « Please Mr. Gunman »sera une dénonciation des trop nombreuses tueries de masse qui ont lieu chez nos voisins du Sud et « Hey Mr. Neanderfuck » ridiculise cette « pauvre victime » masculine, incapable de modifier son comportement envers nos partenaires féminins , enfin, « Next Mass Extinction » tire à boulets rouges sur les agissements de l’extrême-droite américaine lors de la manifestation « Unite the Right » qui a eu lieu à Charlottesville, en 2017.

Musicalement, on est bien sûr dans un univers archiconnu, empruntant peut-être une tangente aussi  « Stooges » qu’à l’accoutumée. C’est solide du début à la fin avec quelques pointes réjouissantes.

Mudhoney est un groupe indémodable qui nous offre un album aussi divertissant que revendicateur. Après 30 ans de galère, on ne peut que s’incliner bien bas devant autant de sincérité et d’intégrité.

Sans aucune concession, comme on dit.

****

Yowler: « Black Dog In My Path »

Sous ce patronyme étrange, se cache Maryn Jones une artiste qui avait déjà officié avec All Dogs et Saintseneca. Ce projet solo en est à deuxième album et ce Black Dog In My Path s’est trouvé une niche entre bedroom-pop et lo-fi.

Le tout est assez raffiné, mélange de lucidité et de nostalgie ; regard sur un passé servi par une plume acérée. Disque intimiste ; « Angel » mais également « Sorrow », « Awkward » et le larmoyant « No » nous plongent en effet dans la psychologie de la chanteuse.

Les tempos sont ceux de ces ballades qui peuvent vous faire fendre l’armure tant leur veine introspective peut -être un crève-coeur, mais tamisées par les sonorités agressives et grunge de « Where Is My Light ? » ou encore les cuivres sur « Holidays Reprise », Maryn Jones parvient à condenser un univers qui, tout propre qu’il lui soit, n’est pas totalement replié comme une huitre.

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The Great Lake Swimmers: « The Waves, The Wake »

The Great Lake Swimmers ont toujours eu à l’esprit une volonté de renouvellement ceci même si on pouvait craindre que le registre folk-rock dont lequel ils évoluent soit source de limitations. Leurs deux précédents albums, New Wild Everywhere et A Forest Of Arms, semblaient d’ailleurs signifié une certaine panne d’inspiration sans doute est-ce ce risque qui les voit, sur ce The Waves, The Wake, opter pour un bouleversement musicale et s’ouvrir à de nouveaux horizons.

L’instrumentation est, ici, totalement refondue ; une des singularités du combo, le violon, a totalement disparu au profit de luths, harpes ou flûtes censées exemplifier le sursaut recherché.

Pour cela, les thèmes et humeurs n’ont pas pour autant disparu. Les climats sont toujours aussi poignants quand il est question de vulnérabilité « The Talking Wind », « Falling Apart ») et le songwriting peut toujours se faire immédiat et addictif comme sur « Alone But Not Alone ».

Le minimalisme n’est pas non plus esquivé avec un « Visions Of A Different World » ou l’orchestration cède la place à une très subtile concaténation vocale alors que « In A Certain », alternera, lui, dialogue entre chant, flûte et banjo.

Foin de classicisme non plus dans l’alliage entre violoncelle et péan incantatoire qui jalonne « Root Systems » ou sur le « closer » « The Open Sea », conclusion intense et capiteuse à un opus d’autant plus captivant que, contre toute attente eu égard à aux productions précédentes de GLS, il parvient à nous désarçonner

***1/2

The Vryll Society: « Course of the Satellite »

Cette Vryll Society est sise à Liverpool et les tympans musicaux qu’elle souhaite vriller sur Course of the Satellite sont de nature space rock et pop psyché enrobée sous un voile légèrement synthétique.

La production est ce qui se fait dans cette veine : pop décomplexée à la fois hétéroclite et soignée conjuguées à ces rythmiques hypnotiques fleurant, tout comme les pédales wah-wah, les années 70.

On pourrait parler de space rock  mais le combo avait su draper son opus de fragments shoegaze et même trip-hop , renforçant encore plus un effet de complexité recherchée.

Celle-ci l’est peut-être un peu trop ; le classicisme des compositions devrait se suffire à lui-même et ne pas trop nous encombrer les tympans mentionnés plus haut qui se montreront hautement plus sélectifs.

**1/2

Lonely Parade: « The Pits »

Lonely Parade est un trio  mêlant post-punk et rock alternatif lumineux. Leur nouvel opus, The Pits, se compose de dix titres aussi bien acidulés que furieux, servis par un duo vocal frénétique (Augusta Veno et Charlotte Dempsey) qui s’efforce de véhiculer la part d’angoisse que constitue ce passage à l’âge adulte sous forme de textes baignantdans le sarcasme.

De « Weekends » à « I’m So Tired » en passant par « Bored », « New Roomate » ou encore « Not Nice », Lonely Parade fait paraître ses inquiétudes et s’emploie à redéfinir un nouveau sens à la vie.

Sans surprise cela se fera au travers de riffs endiablés et d’une section rythmique qui se veut implacable. Citons enfin ces moments acérés que constituent « Night Cruise », « My Death » sans oublier « Index Finger » pour faire de ce The Pits un album et de allant droit au but et de Lonely Parade un combo plus qu’honorable.

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Richard Reed Parry: « Quiet River of Dust Volume 1 »

Richard Reed Parry fait partie de Arcade Fire dont il est un des contributeurs les plus essentiels. Ce multi-instrumentiste nous o ffre un album solo intitulé Quiet River of Dust Volume 1… qui laisse, peut-on penser,présager un volume 2.

En 2014, Parry avait conçu une création aux ascendants orchestraux et expérimentaux : Music for Heart and Breath. Sur ce disque, l’homme s’est adjoint les services des frères Bryce et Aaron Dessner (The National) et a travaillé avec le quatuor à cordes, Kronos Quartet. Sur Quiet River of Dust Volume 1, les deux Dessner sont de retour et sont accompagnés par Dallas Good (The Sadies), Yuka Honda (Cibo Matto) et Aamdeo Pace (Blonde Redhead), pour ne nommer que ceux-là.

Pour cette nouvelle production, l’artiste nous convie à un voyage irréel, parfois psychédélique, à d’autres moments, expérimental, et bien souvent « new age ». Les mélodies vaporeuses et hypnotiques s’appuient sur un habillage sonore influencé par la musique expérimentale japonaise et quelques relectures électroacoustiques. Ce sont pourtant les mélodies qui donnent tout son sens à l’opus grâce aux influences manifestes des grands du folk britannique, de Bert Jansch en passant par Nick Drake.

Le résultat ? Un disque que l’on pourrait qualifier de folk « fleur bleue », timidement hallucinogène. Parry nous offre un album méditatif peut-être un peu trop ésotérique à l’image « Farewell Ceremony » est une sorte de mantra qui irrite autant qu’il apaise.

Ceci dit, même si sa démarche n’est pas toujours concluante, Parry a le mérite de s’extirper de ce que la zone de confort que pourrait proposer Arcade Fire. On saluera à cet égard la distanciation dont il fait preuve par rapport à eux même si, avec une prise de risque plus affirmée et moins gentillette en matière d’expérimentation sonique le disque aurait ou être une totale réussite.

On retiendra néanmoins « Gentle Pulsing Dust », l’influence manifeste des frères Dessner dans « Sai No Kawara », le folk la Nick Drake, (« Finally Home ») et la conclusion cathartique, éruptive telle un volcan, qu’est « I Was in The World ».

***1/2