Acceptance: « Colliding By Design »

En 2005, Acceptance sortit son premier, album Phantoms, un disque constitué de riffs pop imparables qui ont donné au groupe le surnom de « groupe préféré des groupes préférés ». Le combo se sépara un an plus tard puis se réunit à nouveau après qu’une bienheureuse invitation au New Jersey’s Skate & Surf Festival les incita à se reformer.

Le tire d’ouverture, « Diagram of a Simple Man » marque une entame prouvant que le combo n’a rien perdu des ses dons ; c’est un titre pop-rock solide rappelant Phantoms mais réaffirmant la nouvelle identité vers laquelle Acceptance se dirige.

« Come Closer » révèle cette approche, inspirée d’une « vibe » 80’s semblable mais en plus actuel à ce que le Genesis de Phil Collins avait pu créer. Les guitares adoptent une bien jolie posture rythmique, les percussions sont dramatiques et les arrangements stellaires comme ils se doivent.

Les textes sont articulés et nuancés, par exemple sur « Goodbye » et sa méditation sur le renoncement et c’est toute cette nature douce-amère qui va accompagner l’album. Soniquement l’ensemble restera toujours cohésif,les compositions immédiates et on retrouvera cette même faconde dans d’inspiration propre à parler à qui l’écoutera.

Plus qu’un « remake » Colliding By Design est preuve de maturation et de grand âge, celui qui nous rend, en principe, plus avisés.

***1/2

Pallbearer: « Heartless »

La particularité de Pallbearer fait également partie de son charme ; c’est un combo qui n’est jamais concis. Ses compositions sont longues, et son doom metal, de ce point de vue,peut sonner de manière laborieuse d ans la façon qu’il a d’utiliser le proto-metal de Black Sabbath sans, pour autant, le mettre sur un piédestal.

Sur Heartless, ce groupe de l’Arkansas conserve ces tonalités vintage mais il y apporte des petits adjuvants plus modernes. On notera, dès l’abord, l’influence de Metallica sur les riffs classiques qui jalonnent « I Saw The End » et « Thorns » ou une administration lorgnant vers le prog-rock et le space-rock avec des compositions qui n’avaient jamais trouvé place dans leur répertoire précéddent.



Même si les titres ne peuvent être considérés comme des « pop songs » leur longueur s’est également raccourcie quand on écrit des morceaux dépassant les 10 minutes, il est évident qu’un titre avoisinant les 5 pourrait être considérée comme un « single ».

Alors que Pallbearer a toujours cédé à la tentation des élans s’étalant de manière incommensurable, Heartless fait figure d’une distillation de tout ce en quoi le groupe a pu se commettre auparavant.

L’interaction entre les guitaristes Brett Campbell et Devin Holt est légère, par exemple sur « Life Of Survival » où ils se mettent réciproquement en valeur sans pour autant s’étendre dans la démesure.  Au bout du compte Heartless n’est pas un album de progressive rock mais un disque qui fait montre de ce qu’est le rock qui navigue par paliers progressifs ; les distorsions sont, en outre, mises en sourdine permettant à chacun de s’aventurer aux confins du genre et de, comme chez Mastodon à qui on peut aisément les comparer, travailler en termes de spectre sonore et de trajectoire qui s’avère, en bout de compte, fluide plutôt qu’abrupte.

****

Power Trip: « Nightmare Logic »

Être dans un « power trip », c’est vouloir assumer le pouvoir sous toutes ses coutures ; pour ce trio texan, il s’agit, depuis plus de 10 ans, de travailler le terrain du « metal » underground qui a eu son heure de gloire dans les années 80.

Power Trip n’est sans doute pas le seul ensemble à explorer ce filon, à cet égard, un combo comme Iron Reagan l’exemplifie à merveille, mais il est sans doute un des meilleurs à oeuvrer dans cette veine.

Pour cela, ils ont une recette efficace, des riffs qui ont la précision d’une horloge atomique et des textes dans lesquels la conscience sociale n’est jamais éloignée.

Nightmare Logic va, à cet égard, éviter toute affabilité sonique pour viser, du début à la fin, la jugulaire.

Le vocaliste Rilay Gale gronde et rôde sur un « Waiting Around to Die » qui incrimine l’industrie pharmaceutique et « Crucifixion » montre du doigt l’hypocrisie et la cupidité des religions.

La critique se veut encore plus glaçante quand, plutôt que d’opter pour une approche didactique, on s’aperçoit que les observations incisives de Gale viennent de son propre vécu.

Un adjuvant, celui dont tout groupe « metal » a besoin, est l’instrumentation sur laquelle il peut s’appuyer. Ici, les rifs sont suffisamment puissants pour exercer sur nos oreilles une intensité torride (« Executioner’s Tax (Swing of the Axe) ») et la section rythmique fait montre d’une vélocité impitoyable.

Power Trip a indéniablement raison de se nommer ce cette manière hyperbolique, de cette façon intelligente qui navigue plutôt vers le succès que vers l’excès.

****

 

Spoon: « Hot Thoughts »

Il n’est pas difficile d’expliquer la popularité de Spoon si notre critère est basé sur le « songwriting ». Dès la première écoute, leur répertoire sonne simpliste ce qui est d’ailleurs le cas. Là où la chose se complique, en faire une réplique dément irrémédiablement cette impression initiale. Les subtilités et l’exécution des titres, par exemple la voix éraillée de Britt Daniel conjuguée aux notes suraiguës de Rob Pope ont très vite suffi au groupe de se constituer une « fan base » iinébranlable et amplement méritée. Sur ce neuvième album le combo parvient néanmoins à apporter une nouvelle nuance à la personnalité dont il a toujours fait preuve. Pour cela, l’ajout de nappes soniques, d’une production chargée aux tonalités surmenées et de minuscules astuces font de chaque composition un délice fastueux dont il est savoureux de suivre l’évolution. C’est de la pop indépendante qui se distingue d’autres réalisations, tout simplement parce que les procédés utilisés n’étaient pas censés se situer là où on les trouve.

Hot Thoughts n’est donc pas dépourvu de pépites, ne serait-ce que dans la manière sont Spoon revisite son Kill The Moonlight avec ses chorus inexistants sur un «  WhisperI’lllistentohearit » étourdissant par son art à mixer les synthétiseurs. La chanson titre est, sans aucun doute, un des meilleurs « singles » du combo et, quand celui-ci, décide de ralentir la cadence, («I Ain’t The One »)   on est immédiatement fasciné par la faculté qu’il a de faire montre de profondeur. « Do I Have To Talk You Into It » brille par son solo de guitare mais c’est à partir de cet acmé que la deuxième partie du disque semble perde un peu de son souffle. Le disco-rock de « First Caress » souffre d’une addiction à une basse proéminente dont le chorus n’offre qu’un minimum de gratification, il en est de même por une « Pink Up » dont les six minutes calibrées par des effets de vibraphone offrent un espace dont on a peine à saisir la clarté. « Take It Down » souffrira d’un même manque de direction malgré l’appui qu’il s’offre sur des riffs de guitar-pop. Là se révèlent les atouts et le défauts du combo : un art incontestable de la composition trop axé sur une volonté de déboulonner le genre ; à trop vouloir se montrer démonstratif Spoon finit par se révéler sous-noté, Hot Thoughts se révèle alors comme un album proprement titré mais souffrant d’un déficit d’exécution tant il semble arcbouté par le désir d donner solidité à quelque chose ne méritant pas un tel excès d’honneurs.

***1/2

Conor Oberst: « Salutations »

Quand Conor Oberst sortit Ruminations l’année précédente, on loua un disque enregistré en 48 heures avec, pour toute instrumentation une voix, un piano, une guitare et un harmonica. L’album était censé représenter un effort nu et décharné mais, dans sa forme définitive, abouti comme si la travail avait été minutieux et peaufiné.

Le résultat en était un opus respirant la sincérité et la frugalité mais, alors que les fées critiques semblaient s’être penchées sur son berceau, le chanteur décida d’aller de l’avant et d’enregistrer avec un groupe au complet.

Salutations peut, à cet égard être considéré comme le pendant de ce qui l’a précédé, garni qu’il est de plages plus étoffées qu’auparavant ce qui pose la problématique de savoir si ses compositions sont aussi fortes qu’auparavant ou si elle ne sont qu’une dilution du produit fini.

La réponse ne va pas que dans un sens ; le titre d’ouverture, « Too Late to Fixate » , est indubitablement novateur, sans doute un des meilleurs morceaux de l’artiste avec sa combinaison de piano bondissant et d’harmonica, une chanson qui atteint sans doute la quintessence de qui est Oberst.

La perception générale pourrait  alors être que l’artiste prend sciemment, voire cyniquement, l’option d’opérer une volte-face pour profiter de son succès précédent. Le résultat se situe à mi-chemin de ces interrogations ; Salutations est le véritable opus d’un auteur compositeur plutôt qu’une resucée ayant sa source dans le cerveau d’un « label manager » . C’est un album qui est ce qu’il s’était promis d’être,riche,nuancé et fièrement enraciné dans des mélodies judicieusement enregistrées en mode majeur.

***1/2

Cristal Fairy: « Cristal Fairy »

Crystal Fairy est un supergroupe constitué de Buzz Osborne et Dale Crover (The Melvins), Teri Gender Bender de Le Butcherettes et Omar Rodríguez-López (At the Drive-In et the Mars Volta.

Ils ont déjà collaboré sur une reprise de « Rebel Girl » des Bilini Kills mais ce premier album est plus lent et lourd, voisin du « sludge metal » à la façon The Melvins. L’ouverture, « Chiseler », s’annonce comme un titre hard-rock plutôt évitable tant il évoque Avenged Sevenfold ou Nickelback mais le reste de l’album s’avère plus savoureux dans une lignée sludge/doom metal rappelant un Windhand avec ses riffs trapus.

Ces derniers, quoiqu’un peu répétitifs, ont une épaisseur qui n’a rien de graisseux épousant avec pertinence le phrasé vocal de Gender Bender. Ce dernier apporte une touche bienvenue de virtuosité par sa théâtralité virtuose : les tonsalités mélodramatiques sont métalliques à souhait en termes de de vibrato, de hauteur de voix et de dynamisme. On écoutera avec plaisir les idiosyncrasies « fun » de « Crystal Fairy », un « Secret Agent Rat » chanté en Espagnol ou le passage a cappella de « Drugs on the Bus » et interprété avec ferveur, intensité et un timing perturbateur.

En tout est pour tout il ny a rien à redire à l’exécution musicale ; elle n’est certes pas captivante (les accords en mode mineur et les tonalités en distorsion sont monnaie courante désormais) mais les vocaux de Bender sont suffisants pour emporter le morceau et faire de Crystal Fairy un album engageant faute d’être original.

***

Real Estate: « In Mind »

Ce quatrième album de Real Estate est aussi leur premier depuis que leur fondateur, Matt Mandanile, ait décidé de quitter le groupe pour son consacrer à son projet, Ducktails.

Remplacé par le réputé Julian Lynch à la six cordes ce nouvel apport a quelque peu revigoré le groupe en élargissant son spectre crypto psychédélique. Le combo n’a jamais rechigné à se lancer dans des variations stylistiques plutôt osées entre chaque opus, ici le quintette va, sans hésiter, s’enhardir à tâter de l’expérimentation présidant à certains paramètres du genre.

Les vocaux sont douceâtres, les guitares entremêlées, les percussions changeantes et les thématiques fleureront bon une nostalgie telle qu’on la trouvait aux moments où l’aliénation était un propos de rigueur

« Holding Pattern » en sera une interprétation typiques avec ses synthétiseurs chatoyants et une guitare solo aux tonalités hennissantes tout comme « Two Arrows » et « Saturday » vont encore plus loin dans cette exploration sonique rappelant The Kingsbury Manx ou Grizzly Bear.

Par contraste, la production de Cole M. Greif-Neill (Ariel Pink, Nite Jewel) se veut précise cherchant à éviter le piège d’une trop grande affectation. Elle se veut parallèle à certaines des observations du groupe, la rêverie, mais celle-ci est contrebalancée par un effort qui vise précisément à éviter tout embrouillaminis. Quelque part, entre influences façon Beach Boys, propension à la subtilité mélodique et volonté de subvertir certains styles Real Estate évite intelligemment de ne pas sonner trop affecté ; ainsi un « White Light » mariera « guitar music » et structure pop très formatée ou l’émulation alt-country servira de terreau à un « Diamond Eyes » brillamment parodique.

In Mind n’est csrtainement pas le Pet Sounds de Real Estate, il est en revanche un bien joli exercice de tonalités pastorales enjolivées par une douce chaleur qui transporte le groupe aux antipodes de son New Jersey d’origine.

***1/2

« Remake, Remodel »

Longtemps (plus d’un an) « éloigné des stades » pour des raisons qui avaient trait à ces petites saloperies qui vous rongent les neurones et soumis à de nombreuses éclipses, je vais enfin oser « parler plus vite que la musique » et m’aventurer à ces petites activités qui tiennent au coeur, à l’oreille et ont toujours eu cette capacité à me faire vibrer.

Cette phase d’amélioration me permet d’entrevoir quelque chose qui va au-delà de la rémission et envisager un retour à une existence fonctionnelle, que ce soit autant en termes physiques que mentaux.

Plaisir et soulagement vont désormais guider une reprise de mes humeurs (chroniques) et conversations (interviews) dont il me tarde de retrouver le goût. Je quitte donc les « bon courage » qui m’ont accompagné ces longs mois pour entamer avec un nouvel appétit cette reprise encore plus « rock and roll » que celle qui m’animait avant que les atteintes à ma constitution soient presque venues à bout de mon intégrité.

J’espère, y trouver pour moi et y procurer à ceux qui me lisaient cette même source de jouissance que celle qui va désormais animer lesdites sources de jouissances qui jalonnent encore cette gamme de notes enrichies de décibels alimente si bien.

Welcome back donc, pour moi comme pour vous !

Preoccupations: « Preoccupations »

Suivant les circonstances de sa création on ne sera pas étonné que Preoccupations soit aussi dépourvu d’humour. Autrefois nommé Viet Cong, le groupe a subi tant de mauvais coups qu’il a décidé de changer de patronyme pour ces nouveaux enregistrements.

La morosité et la préoccupation sont au menu de ce disque éponyme, toutes deux liées à des histoires personnelles, des ruptures et une instabilité récurrente. Place est donnée ici à l’introspection, une introspection récitée sur le mode viscéral.

« Anxiety » ouvre le disque de façon suffocante, tant il navigue sur un fond d’incertitude avec des vocaux noyés sous un mur de lignes de guitares et de section rythmiques dissonantes.

Les climats sont cauchemardesques et les espaces aspirés par le vide, percutés qu’ils sont par un drone râpeux. La peur et l’insécurité n’est pas alors vue de l’extérieur mais elle rampe à fleur de notre peau ; qu’on le veuille ou pas, Preoccupations est le disque idéal pour les boursouflures et la turgescence.

***

KT Turnstall: « KTN »

Trois ans après qu’elle ait presque abandonné la musique pour le cinéma, KT Turntall semble avoir rédécouvert qu’elle aimait toujours la pop. Le sixième album de l’Écossaise la voit se libérer de folk intimiste et mélancolique de son dernier double album, Invisible Empire/Crescent Moon, e résultat n’en est pas pour autant réussi.

Elle a en effet, délaissé les passages les plus tendres et dépouillés pour une approche pop-rock et des titres qui ne sont pas véritablement mémorables (« Turn a Lignt On » ou « Two Way » un duo insipide exécuté avec James Bay)

La magnificence dont elle était coutumière s’est comme évaporée, hormis peut-être avec un « Evil Eye » où elle retrouve un peu de muscle et de pavane. La chanson titre et un « On My Star » acoustique permettront de montrer de quoi elle est capable, mais KYN est avant tout un amalgame de titres radio friendly dont on ne peut même pas assurer qu’ils auront un impact commercial.

**/1/2