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Oliver Spalding: « Novemberism »

On retrouve ici deux membres d’une même famille, celle de collaborateurs rassemblés autour du jeune Ed Tullett. On le retrouve donc pour un premier album qui se laisse logiquement apprivoiser en un rien de temps.

Première tâche de l’auditeur et du critique amateur, liquider la ressemblance plus que troublante avec Bon Iver. Les voix très haut perchées (ou vocodées) et l’écriture pointilliste étant deux marqueurs forts. On le répète donc, si la paternité et le patronage du style ne font aucun doute, on est souvent amenés à préférer cette bande-ci. Ces affinités électives ne s’annulent évidemment pas mutuellement mais une écriture et des arrangements plus directs rendent ceci plus touchant que ce que fait le toujours hors normes combo de Justin Vernon.

C’est un rien plus direct donc, d’emblée avec « Ahamé » qui ne cache pas ses soubresauts qui secouent un discret mais efficace gimmick. Il n’en faut pas plus pour présenter un style, qui suscitera attachement. À cet égard, il faudra toujours des morceaux forts pour incarner un style et « Emissiv »e (avec ses nappes de synthés) en est un.

C’est évidemment d’une délicatesse inattaquable (« Xanax ») sans jamais montrer la moindre velléité de mièvrerie et peut aussi se faire spectaculaire quand « A Stop » arrive à installer une belle intensité. La plage titulaire est plus franche, avec des beats plus présents, comme une synthwave au cordeau. Cette variation, certes bien peu moderne, fonctionne indéniablement. Ils ne reculent même pas devant un peu de sax (« Everglades »), de synthé (« Bow Creek ») ou de vocoder (« Her Crescent »), donnant une inattendue coloration eighties à cet assemblage subtil.

Plus qu’une version succédanée de Bon Iver, ce que produit le duo anglais est un conseil en soi. Ces jeunes talents-là sont en effet plus que des promesses, ils montrent depuis leurs débuts une constance dans l’excellence qui force le respect.

***1/2

12 décembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Silvertomb: « Edge of Existence »

En 2010, Peter Steele, icône de Type O Negative, disparaissait, laissant un grand vide dans le cœur de ses fans, et de ses amis. Parmi eux, les membres du groupe eux-mêmes. Et Kenny Hickey et Johnny Kelly, amis sincères ds Steele. Il y a un an à peu près, le duo lance le premier single de ce nouveau projet. Si, comme beaucoup, on s’attendait à y retrouver pas mal de l’univers du combo de Brooklyn. On ne peut qu’être étonné à l’écoute de Edge of Existence. Bien sûr, on ne baigne pas dans la joie, mais on ne patauge pas dans le gothic metal sépulcral pour autant ; plutôt dans un metal prog stoner doom psychédélique. Et à l’écoute, ça ne se révèle pas beaucoup plus évident. Groovy, heavy, délicatement sombre, porté par un riffing puissant et une voix à la limite de la justesse parfois (Kenny ne cherche jamais à singer feu Peter, et c’est tant mieux), et riche en fluctuations de température au sein d’un même morceau.

Edge of Existence est parfois difficile à suivre (« So True », par exemple). Globalement, ce premier album portant sur des sujets aussi légers que le suicide, l’addiction, la dépression et la perte est de ces œuvres qui auront du mal à atteindre leur public, à mi-chemin entre plusieurs styles et à la complexité certaine. Inutile donc d’y chercher un « héritier », ou même un vague air de famille. Avec autre chose non plus, d’ailleurs ; Silvertomb est une créature d’un nouveau genre avec laquelle il faudra se familiariser.

***

12 décembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Blood Incantation: « Hidden History of the Human Race »

De nombreux revivalistes « old school » sont récemment sortis de cette scène qui se réclame du death metal underground ; aucun n’est aussi énigmatique que Blood Incantation, ce quatuor de Denver dans le Colorado est le premier à établir un contact avec un combo comme Spectral Voice et c’est son « debut album », Starspawn, qui lui a donné une audience mondiale.

Leur dernier opus, Hidden History of the Human Race, est, à bien des égards, une suite à leurs débuts sismiques, mais elle est une suite qui est plus du genre Empire Strikes Back que Lost World : Jurassic Park. Les thèmes cosmiques et les sons de Starspawn, tout aussi éloignés les uns des autres, sont construits à partir de ces sons plutôt que d’être recyclés. Les chansons sont plus concentrées et bougent avec plus d’intention cette fois-ci, mais elles incorporent tout de même tous les éléments progressifs et ambient qui font la réputation du groupe. La prestation vocale est aussi beaucoup plus cohérente et rythmée sur cet album, avec des chansons vraiment entraînantes et dont on ne peut considérer qu’elles luttent pour trouver un interstice dans le disque.

Le titre d’ouverture « Slave Species of the Gods » est un savant mélange du Morbid Angel de la première heure et du Death façon années 90, très « old school » en effet, mais avec l’impact d’un coup de poing asséné là où il se doit d’être. L’album s’étendra ensuite vers des territoire plus « progressive rock » avec « The Giza Power Plant », qui comprendra quelques riffs inspirés de Demilich-et un interlude aux connotations moyen-orientales. L’instrumental « Inner Paths (to Outer Space) » gagnera sa place non seulement en posant un groove on ne peut plus sérieux et efficace, mais aussi en donnant le ton à un opus de 18 minutes, « Awakening From the Dream of Existence to the Multidimensional Nature of Our Reality (Mirror of the Soul) », où Blood Incantation explore jusqu’au bout son inclinaison « progressive ».

Hidden History of the Human Race est un album qui impressionne se montrer trop pesant et il représente bien plus que le somme de ses compoasants. Le disque possède une réelle vibration, semblable à quelque chose de vieux et d’inédit en même temps. Ce sont ses riffs et le processus d’enregistrement en analogique qui remportent le tout. On respire son atmosphère quand on l’écoute ; c’est pour cette raison qu’on y retouren encore et encore.

***1/2

12 décembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Floating Points: « Crush »

Floating Points est le projet solo du Britannique Sam Shepherd, qui est apparu sur la scène électro il y a une dizaine d’années avec Vacuum EP un maxi monté comme un jam de musique house. Rendu à son premier album Elaenia (2015), Shepherd avait bien évolué sur le plan esthétique et, bien que la house soit encore présente, on y trouvait plus de subtilité dans les séquences rythmiques et de raffinement dans la conception sonore, ajoutant de l’IDM et du nu jazz à sa palette stylistique. Reflections : Mojave Desert en 2017 marquait une pause à la sauce house, passant à une atmosphère complètement ouverte de band live qui se produira au Joshua Tree National Park, occasion de mettre plus d’emphase sur une forme post-rock qu’électronique. Shepherd était de retour en octobre avec son troisième album, Crush, et une rencontre d’une beauté étonnante entre un homme et son Buchla (une marque de synthétiseur analogique), un ensemble à corde et d’autres instruments acoustiques.

« Falaise » prend place tout doucement avec ses bois, cordes et cuivres, créant une superbe masse mélodique qui pivote entre les notes continues et itératives, s’intensifiant comme un tourbillon harmonique jusqu’à un point culminant qui simule le vertige. « Last Bloom » rebondit d’abord dans les basses, passant à une forme IDM bien rythmée qui se réverbère clairement, comme sur des murs de béton. La superposition des synthétiseurs est très réussie et génère un effet d’entraînement qui n’est pas tout à fait clair au début, mais qui le devient progressivement. « Anasickmodular » penche du côté de la techno lounge avec sa boucle rythmique colorée d’une trame vaporeuse dissonante, c’est très relaxant jusqu’à ce que le volume d’un son de trompette synthétique devienne particulièrement fort. Heureusement, la montée retombe dans une séquence rythmique épurée, qui fait réaliser à quel point le strident peut narurellement s’impose. « Requiem for CS70 and Strings » se déploie comme une ballade de musique de chambre, ou un extrait de concerto dont le soliste est un synthétiseur Yamaha CS70. La mélodie est très belle, en lien avec le thème légèrement mélancolique et nostalgique.

« Karakul » apparaît en une suite de vagues qui se terminent sur un impact sec réverbéré, ponctué par une suite d’itérations et d’ondulations synthétiques. Le montage est précis et gracieux, contrastant les courbes lentes avec les granules abrasives. « LesAlpx » revient à une forme techno très entraînante, avec la basse qui rebondit sous les percussions, servant de moteur à la trame mélodique brumeuse. La composition est bien pensée, mais on perd un peu le sens du phrasé en raison de l’épaisse masse rythmique qui ne se renouvelle pas autant qu’on l’aimerait. « Bias » apportera son tranchant avec un cuivre numéri mélancolique et un clavier inquiétant, comme s’il s’agissait de la trame sonore d’un film étrange à la John Carpenter. Étonnement, le mouvement transite alors vers un rythme big beat connoté années 90 et placé en duo avec le cuivre initial avant que la mélodie ne revienne en fondu enchaîné. « Environments » se courbera alors comme une mélodie au thérémine, supporté ensuite par un petit rythme IDM et un clavier réverbéré placé dans le fond de la pièce. Tout cela va s’intensifier au niveau de la saturation et de la dissonance, donnant surtout l’impression que le volume a été augmenté.

« Birth » s’ouvre comme une composition au piano, mais jouée sur un synthétiseur analogique, accentuant certains segments avec des effets, mais restant délicate et linéaire dans son articulation. « Sea-Watch « continue dans la lenteur plus contemplative, reprenant le clavier mélodique comme soliste à l’ensemble acoustique. Le thème fait penser à du néo-classique japonais, façon film d’animation de Miyazaki, légèrement sali par de la distorsion, le résultat est absolument magnifique. « Apoptose Pt1 » fait suite dans le même registre, cette fois-ci accompagnée de percussions nerveuses, comme si elles avaient hâte de briser la douceur de la mélodie, l’effet est particulièrement efficace. « Apoptose Pt2 » continue rythmiquement, un peu comme une jam percussive sur boîte à rythmes qui aura réussi à prendre le dessus.

Crush nous laissera, au final, sur l’impression d’être le meilleur de ce que Floating Points compose et peopose, alliant l’articulation réfléchie du premier album avec la spontanéité du deuxième, et ajoutant surtout de l’air à la musique, cet espace abstrait qui permet aux instruments acoustiques de respirer. Shepherd a trouvé un équilibre qui met à peu près tout en valeur, faisant ressortir des détails qui n’étaient pas là avant, des articulations et des textures qui ont gagné en clarté. À cela s’ajoutent les jolis thèmes musicaux, bien contrastés entre la trame délicate et la piste dansante.

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12 décembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Pernice Brothers: « Spread The Feeling »

A l’image de ses amis écossais de Teenage Fanclub, eux aussi amoureux du travail bien fait, Joe Pernice n’est pas du genre à sacrifier la qualité sur l’autel de la productivité. Perfectionniste et convaincu des vertus du temps long, le musicien américain ne publie des disques que lorsqu’il a acquis la certitude que ceux-ci participeront à la cohérence générale de son oeuvre. Neuf longues années séparent ainsi Spread The Feeling de la précédente réalisation des Pernice Brothers, Goodbye, Killer. Un nouvel album avait bien été enregistré et mixé il y a quelques années mais son auteur, insatisfait de la teneur des compositions qu’il rassemblait, avait choisi de ne pas en conserver le résultat final. Quelques titres issus de cette première tentative infructueuse ont été sauvés, puis retravaillés avec l’ingénieur du son Liam Jaeger, pour finir par apparaître aux côtés de nouveaux titres sur ce septième long player tant attendu.

Nous ne saurons jamais si cette copie définitive dépasse véritablement le brouillon avorté mais dès « Mint Condition », qui ouvre le bal sur un riff power pop, c’est avec un plaisir certain que nous retrouvons tout le savoir-faire de l’homme des Scud Mountain Boys, de Chappaquiddick Skyline et des New Mendicants (projet formé avec Norman Blake de Teenage Fanclub et Mike Belitsky des Sadies). Entouré de son habituelle garde rapprochée (James Walbourne, Patrick Berkery, Peyton Pinkerton, Bob Pernice et le Velvet Crush Ric Menck), soutenu par quelques invités triés sur le volet (Pete Yorn, Joshua Karp et Neko Case sur l’instantanément classique « The Devil And The Jinn »), le songwriter de Boston dégage une impression de facilité tout au long d’un disque qui renoue avec la fluidité et l’évidence des premiers Pernice Brothers, à l’époque bénie du triplé Overcome By Happiness / The World Won’t End / Yours, Mine & Ours. Qu’il s’éclaire à la lumière éternelle de Big Star et des Byrds (« Skinny Jeanne », « Eric Saw Colours »), qu’il expose son côté tendre (les ravissantes « Evidently So » et « Queen Of California ») ou qu’il s’offre un retour vers une adolescence que l’on imagine bercée par l’indie-pop britannique des 80’s (« Lullabye », « Throw Me The Lions »), le Joe Pernice version 2019 ne fait qu’une bouchée de la concurrence indie-pop.

***1/2

11 décembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Emily Yacina: « Remember The Silver »

Emily Yacina avait évolué dans l’ombre grâce à des collaborations prestigieuses dans le monde de l’indie rock américain. En l’espace de quelques sorties malheureusement passées inaperçues, la new-yorkaise a bâti sa réputation dans le monde du bedroom-pop américain. Et quelque chose me dit qu’elle va enfin sortir du lot avec son nouvel album nommé Remember The Silver.

La collaboratrice de (Sandy) Alex G décide d’ouvrir grand les portes de son jardin secret avec ce nouveau disque doux-amer. Il est question de blessures secrètes et de la quête d’un nouvel espoir tout au long de cet opus avec des titres à la frontière de l’indie folk et de la bedroom-pop comme l’introduction inommée « Only » mais aussi de « Stephanie » et de « Arcades & Highways ».

Produit aux côtés d’Eric Littman, Emily Yacina privilégie les arrangements somptueux et les mélodies cristallines qui ont de quoi rappeler Big Thief et Angel Olsen de la belle époque. Cela donne de mini-chefs d’œuvre incroyablement maîtrisés et riches en émotion à l’image de « Secret Drawer », « Bleachers » ou bien même de « Better Off ». Il ne manque plus qu’un « Talk Talk Talk » et « 96th Street » pour synthétiser ce Remember The Silver comme un moyen de se rappeler que derrière ces souvenirs abscons se cachent une beauté et une bénédiction. Pe serait-ce que pour cela, Emily Yacina méritera reconnaissance.

***1/2

11 décembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Real Life Buildings: « Ohio and West »

Dans le rayon des groupes qui se sont séparés récemment, on peut citer Real Life Buildings. Le groupe indie rock new-yorkais Matthew Van Asselt a décidé de tirer sa révérence avec un ultime disque doux-amer nommé Ohio and West.

Donnant suite à leur Significant Weather paru deux ans plus tôt, le supergroupe new-yorkais a multiplié les épreuves en peu de temps. Il a pourtant écidé de nous donner une bonne dose d’énergie et de fun condensé sur des titres à mi-chemin entre emo et indie rock comme le titre introductif nommé « Road Block » qui annonce la couleur.

Real Life Buildings célèbre la vie comme il s’en est fait le chantre à travers des morceaux énergiques mais empreints d’émotion allant de « Backwards Glance » à « Irony » en passant par « A Mark On The Wall », « Racing The Sun » et « 168 ». Matthew van Asselt et sa bande balancent la sauce jusqu’au dernier titre plus mélancolique intitulé « A Different End » sous forme d’adieu déchirant. Ce sera donc’est tout ce qu’on retiendra d’un combo dont la durée a, certes, été, courte mais dont la fougue, elle, restera bien constante.

***1/2

11 décembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Quaker City Night Hawks: « QCNH »

Pas de titre et juste leurs initiales, ce qui ressemble à un premier album carte de visite est en fait le quatrième opus des Quaker City Night Hawks, trio (Patrick Adams, bassiste et chanteur, ne fait plus officiellement parti du groupe) qui nous vient de la banlieue de Dallas au Texas. Un des coins du monde qui peut revendiquer être à l’origine du blues et donc du rock, deux styles qu’affectionnent particulièrement nos oiseaux de nuit qui livrent 10 titres écrits avec la chaleur du son des seventies, quelques notes d’instruments empruntés au jazz (saxophone, trompette), un bon vieux piano de saloon et quelques litres de whisky.

On a du cool, du très cool, de la chanson de feu de camp, du solo bien envoyé mais aussi un peu d’élan stoner (« Hunter’s moon », « Freedom ») qui font de cet album un ensemble cohérent et pas chiant pour deux sous même si les Américains n’inventent rien, leur americana version hard plus que folk vaut le détourpour réchauffer l’atmosphère en hiver ou diffuser une musique d’ambiance aux belles saisons.

**1/2

11 décembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Anthony Phillips: « Strings Of Light »

Anthony Phillips fait figure de référence chez les pionniers du rock progressif et pas seulement en tant que membre fondateur de Genesis. Depuis l’héroïque The Geese And The Ghost (1977) qui a inauguré de façon remarquable sa carrière solo, il a enchaîné les albums sans temps mort ni considérations de mode tout en restant fidèle à la même ligne directrice. La musique vue par Anthony Phillips peut se définir par légèreté, raffinement, ivresse et passion. Une musique qui touche l’âme, jouée par un artiste qui chérit au plus haut point les instruments qui lui donnent vie. Dans son impressionnante collection de titres, beaucoup sont le résultat d’une recherche très poussée de la note ultime qu’il reste encore à trouver. Certains vous diront que les compositions se ressemblent et n’offrent que peu de surprises. Il faut voir qu’ici tout est affaire de subtilité, de ressenti et de volonté d’aboutir à l’essentiel. Il n’est pas rare que les morceaux n’atteignent pas la minute et laissent parfois l’auditeur légèrement frustré voire désorienté. C’est une habitude à prendre en écoutant Anthony Phillips, une autre façon d’appréhender la perception musicale. Sa prolifique série Private Parts & Pieces notamment, est souvent construite à partir d’une succession de petites séquences au clavier ou à la guitare (ou les deux) qu’il faut assembler un peu à la manière d’une bande originale de film.

Le très attendu Strings Of Light débarque sept ans après Seventh Heaven (2012), une séduisante aventure symphonique coécrite avec le compositeur et producteur Andrew Skeet. L’emballage est sobre quoiqu’un peu tristounet (on est loin de la luxuriance de Peter Cross) et le double CD est accompagné d’un DVD pour la version audio en Surround 5.1. Strings Of Light est composé de 24 pièces entièrement dédiées à la guitare acoustique comme le fut le double album Field Day (2005), avec ses presque 1h30 de musique inventive et jamais ennuyeuse.

Sur cet album l’intensité émotionnelle varie souvent en fonction des climats tantôt légers, tantôt fougueux et en fonction des instruments utilisés. Alors, qu’en est-il de String Of Light qui reprend un peu la même recette et nous fait découvrir une belle collection de guitares hors du commun ? Dès les premières notes de « Jour De Fête », on retrouve la faculté d’Anthony à sortir des accords improbables servant à vêtir une délicate mélodie qui ferait la joie de n’importe quelle chanson ou de n’importe quel morceau de rock. Mais bon, il faut accepter la démarche de son auteur qui ne voit dans ses compositions qu’un procédé pour faire sonner (vivre) un instrument (ici une splendide Bell Cittern Paul Hathway) de la plus belle des façons. Dans ce contexte, l’instrument est roi et ne doit céder sa place à personne, même si on adorerait entendre la voix de Peter Gabriel ou de Phil Collins. Il ne faut pas céder à la frustration ou à la nostalgie, cela n’aurait pas de sens et puis Anthony Phillips est maintenant très loin des concepts à l’origine de Trespass ou de Geese And The Ghost. Comme pour les albums de musique classique (pas vraiment convaincants) de Tony Banks, String Of Light va faire ressurgir de lointains échos de la « genèse », et cela suffira à notre bonheur.

L’enregistrement précis de James Collins va fournir toute la clarté nécessaire pour faire sonner chaque guitare de la plus belle des façons. C’est le cas pour la 12 cordes Martin sur le cristallin et dynamique « Diamond Meadows », qu’on peut voir comme une référence lumineuse au titre de l’album. Les familiers d’Anthony Phillips savent qu’il utilise souvent des boucles mélodiques servant de charpente à de délicates variations. Sur ce second morceau, c’est flagrant et sans surprise mais bizarrement, c’est ce que l’on attend de lui. Pas le temps de souffler ni même de s’installer dans un environnement distinct, qu’on change aussitôt de décor avec le classique « Caprice In Three ». C’est sur une David Whiteman Classical qu’Anthony Phillips retrouve la rondeur et la douceur des cordes nylon pour ce titre qui nous renvoie au célèbre « Nocturne » de 1980 (Private Parts & Pieces II – Back To The Pavillon). Trois premiers morceaux, trois écritures qui résument assez bien l’approche du travail en solo de la guitare acoustique. Un début sans coup de théâtre qui va charmer à coup sûr les fans et peut-être donner aux autres l’envie d’aller plus loin. Il faut dire que la route est encore longue et qu’il convient de passer du temps avec cet album pour vraiment l’apprécier. La meilleure publicité serait de le présenter comme une lecture très poussée des nombreuses techniques possibles à la guitare. Cet instrument très populaire est ici glorifié et sorti des sentiers battus. Anthony nous exhibe une collection absolument dingue d’instruments qui vont prendre vie (et de quelle façon) sous ses doigts. Si vous êtes comme moi, un fervent admirateur de l’objet sous toutes ses déclinaisons, alors Strings Of Light peut vous séduire que vous connaissiez Anthony Phillips ou non.

Un double album et vingt quatre morceaux qui méritent notre attention mais qu’il serait éprouvant de détailler ici. La longue promenade que je découvre va malgré tout laisser des traces plus marquées que d’autres avant que le temps ne change parfois les premières impressions. Sur le premier CD, ce sont les intenses et ébouriffants « Winter Lights » et « Skies Crying » qui semblent sortir du lot, de par leur technicité et leur charge émotionnelle. Le premier joué sur une Larrivée et le second sur une Veillette Gryphon, deux très belles guitares 12 cordes de prestige qui mettent en valeur la virtuosité d’Anthony. Il y a aussi le très beau « Still Rain » à l’atmosphère contemplative et languissante qui s’ouvre à la manière des Gymnopédies d’Erik Satie. Et pourquoi ne pas retenir cet amusant et sautillant « Mouse Trip » qui vient proposer un bref instant récréatif bienvenu. Sur le deuxième CD, je relèverais « Andrean Explorer » et son approche progressive qui nous fait entrevoir les délicats arpèges d’« Entangled » de Genesis, puis « Sunset Riverbank », qui va réussir à nous fasciner avec son joli travail sur deux guitares (une Brook Tavy et une Fender Stratocaster). A coup sûr un des morceaux les plus accrocheur et les plus réussi de l’album. Je finirais en beauté avec « Life Story », un titre à l’écriture originale, légèrement orientale et joué admirablement sur une Francisco Simplicio Classical. Cette sélection est tout à fait personnelle et n’exprime aucune vérité. Il s’agit seulement d’un premier contact, positif certes, mais qui n’a certainement pas tout dévoilé. Strings Of Light fait partie de ces albums qui demandent bien sûr plusieurs rendez-vous pour bien faire connaissance.

****1/2

11 décembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Isan: « Lamenting Machine »

Ayant signé leur retour par l’excellent Glass Bird Movement, paru il y a trois ans, les Anglais d’Isan étaient restés assez discrets depuis. En cet automne 2019, ils reviennent avec un nouvel album et reprennent donc leur rythme habituel de trois ou quatre ans entre deux séquences d’actualité discographique et scénique. Restés, donc, sur le très bon souvenir du précédent album, on pouvait cependant redouter une certaine difficulté à rester aussi haut que ne l’est le duo sur l’échelle de l’electronica tendre et mélodique.

En toute hypothèse, les Britanniques savent toujours aussi bien mettre en place des atmosphères accueillantes, parcourues par des composantes assez minimales et joliment cotonneuses. Possiblement moins mélodiquement affirmé que certains de ses prédécesseurs, Lamenting Machine se fait également peu marqué au niveau rythmique, privilégiant, par conséquent, une approche globale passant par la mise en place d’une atmosphère soignée et raffinée. Assurément de bon niveau, le premier tiers des morceaux interprétés par Antony Ryan et Robin Saville laisse ainsi un peu sur sa faim, comme si le duo en conservait sous le pied, opérant un rien en roue libre.

Puis arrivent des pistes comme « Ichthyosaur », avec sa pulsation souterraine et sa montée en puissance progressive, « Strix Aluco » et les consonances aquatiques de ses rythmiques, Ephemeroptera et ses notes perlées ou encore « Calliscope » et son battement régulier façon coup de fouet électronique. Confirmations de l’impeccable savoir-faire et de l’impressionnante maîtrise technique d’Isan, ces morceaux dessinent, quand on appréhende l’album avec un pas de recul, une architecture très pensée, conduisant l’auditeur à pénétrer le disque au fur et à mesure, à se familiariser avec le registre pratiqué tout d’abord, avant de le travailler ensuite. Manière de revenir au point de départ, Lamenting Machine se clôture par le morceau-titre, aux reliefs assez traditionnels pour Isan, mais qui s’inscrit donc dans une forme de logique de boucle et referme un disque moins commun que ce que son début pouvait laisser supposer… et craindre.

***1/2

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