The Death Wheelers: « Divine Filth »

26 novembre 2020

Si vous n’avez jamais entendu parler des Death Wheelers, sacher qu’il s’agit d’un groupe hétéroclite d’  « inadaptés » canadiens qui nterprètent une marque unique de doomy surf-rock. Le dernier album du combo, Divine Filth, est rempli de chansons d’horreur à fort potentiel d’action qui ont été enregistrées à l’origine pour une bande originale d’un film qui n’rait jamais vu le jour.

L’attaque audio commence par une sombre intro au synthé inspirée des années 80 qui pourrait facilement faire partie d’une scène épique de monstre dans Stranger Things. Alors que la macabre accumulation atteint son paroxysme, le groupe démarre avec un groove de mi-temps sérieusement lourd, délivrant des montagnes de guitare, de basse et de batterie préparant l’auditeur aux dangers qui l’attendent.

Le premier des nombreux qui seraient des échantillons idéaux pour films d’horreur apparaît au début du troisième morceau, « DTA-Suicycle Tendencies », un titre qui donne le coup d’envoi de l’album. Un morceau psychobilly doom uptempo qui serait parfait pour une scène de poursuite en voiture dans n’importe quel film d’action.

Le morceau suivant, à faire fondre les chairs tant ilest brûlant, est le titre de l’album. Il est ponctué de riffs de guitare et de basse brûlants et d’une batterie absolument punchante. La piste saute d’un cran et de l’autre entre des grooves à plein temps et à mi-temps, apportant une certaine dynamique à l’oreille. À 230 bmp, ce morceau peut être classé dans la catégorie du doom punk.

Deathwheelers décident de nous apporter des grooves funky avec « Motôrgasm (Carnal Pleasures Pt. 1) », un morceau qui commence lentement avec un effet de wah à la guitare qui est finalement rejoint par tout le groupe. La mélodie se transforme en un solo de guitare épique qui entraîne le public dans un voyage intense qui dure bien plus de quatre minutes.

Le meilleur titre du disque est « Chopped Back To Life ». La chanson s’ouvre une fois de plus sur une citation inspirée d’un film d’horreur : « Si tu veux baiser avec les vivants, tu dois apprendre à baiser avec les morts ». Ce voyage psychobilly death est sans aucun doute l’un des morceaux les plus marquants de l’album et met vraiment en valeur les coups de cœur musicaux du groupe car il est chargé de riffs et de roulements techniquement synchrones du début à la fin.

Un moment de type guitar hero en mode sérieux se retrouvera dans la chanson et le morceau le plus proche de l’album, « Nitrus ». Elle débute avec les guitares et la batterie de Judas Priest, de style Painkiller, qui feront sauter vos haut-parleurs JVC des années 1980 par la fenêtre. A mi-chemin, le batteur se présente au dîner et se déchire dans un solo de style Alex Van Halen avant de ramener le groupe pour la strophe finale de ce qui pourrait être le meilleur morceau de l’album.

Avec un style de production « live-off-the-floor » hérité des années 70, on pourra affirmer que Divine Filth serait mieux servi sur vinyle et monté à 10 ! Les meilleures notes pour un album à la sonorité analogique vraiment authentique, avec un excellent songwriting, des performances serrées et une incroyable pochette d’album inspirée, elle aussi, des films d’horreur.

***1/2


Landshapes: « Contact »

26 novembre 2020

La musique du quatuor londonien Landshapes n’est pas facile à classer. On y touve en effet des morceaux qui sont principalement percutants, et d’autres qui sont ancrés par la voix claire du leader Jemma Freeman. Mais dans l’ensemble, le nouvel album Contact est un disque passionnant, surtout si l’on considère les chansons prises une par une.

« Drama » adopte un contre-courant rythmique qui semble se balancer sous le chant de Freeman, tandis que « Siberia » est à la fois porté par les percussions jazzy de Dan Blackett et ponctué par les frappes des percussions. Le chant de Jemma Freeman rappelle ici à peine celui de Shirley Manson ou d’Alison Goldfrapp, mais la prestation semble plutôt improvisée, ce qui donne une sensation qui ressemble étrangement à ce que vous avez pu entendre lors du boom de l’art rock britannique il y a quelques décennies. Le jeu est impressionnant tout au long de l’album, mais les différentes sélections doivent leur succès à la performance de Freeman sur chacune d’entre elles.

Contact fonctionne mieux en mordant, car ces petits éclats de créativité donnent à l’auditeur l’impression d’entendre quelque chose de vraiment révolutionnaire. Au total, c’est plus difficile à discerner, bien que le rugissant et euphorique « Let Me Be » séduira certainement par une certaine puissance surnaturelle. Une grande partie du succès de ce groupe est due à Jemma Freeman, et c’est sa voix claire qui transperce ces morceaux, de ceux qui éclatent et claquent, à ceux qui se transforment en de formidables excursions post-punk.

***1/2


Anna McClellan: « I Saw First Light »

26 novembre 2020

Enregistrée sur une période de deux semaines, I Saw First Light, le nouvel album de la résidente du Nebraska, Anna McClellan, est le voyage sans limite d’une artiste qui explore ses impulsions créatives, en faisant preuced’un dévouement réformé et renouvelé à son art

La voix de McClellan est hypnotique. Avec son côté troublant et sa familiarité apaisante, en contraste avec l’instrumentation chaleureusement enjouée qu’elle a elle-même fabriquée, Veronica, le récit hargneux d’une histoire d’amour qui remonte à la nuit des temps, est enchanteur, mais empreint d’une méchanceté vitriolique – ainsi, sur « Veronica », McClellan dit : « Veronica, pourquoi la vie est-elle si dure ? «  Avant que la reprise provocante de « To Prove » ne s’écrase au cœur du disque, McClellan proteste avec insolence : « Et si nous n’avions rien à gagner, et si nous n’avions rien à perdre ? » ( what if we had nothing to win, what if we had nothing to lose?)

Fusionnée avec une pop lo-fi, ses observations lyriques intimes sonnent sans effort. Présenté avec un air fantaisiste, le « single » « Pace of the Univers »e, est fantastique – avec une pointe qui tombe, alors que McClellan, alimentée par un arsenal lyrique encore plus perçant, lance la phrase : « Je ne veux plus faire la conversation, quand je te demande comment tu vas, allons droit au but, ça ne sert à rien de sauver la face, je sais que tu es foutu comme le reste de la race humaine » (I don’t want to small talk anymore, when I ask how you are lets go straight to the core, no sense in saving face, I know you’re fucked up like the rest of the human race).

Non contente de diriger ses observations spirituelles vers les autres, McClellan se déprécie également sur la plage « Desperate » ,en ridiculisant son propre besoin de validation et d’amour, elle chante, « Soyons honnêtes, je suis une telle corvée, je suis désespérée, sauve-moi de moi-même, j’ai besoin d’un passe-temps » (let’s be honest I’m such a chore, I’m desperate save me from myself, I need a hobby).

I Saw First Lightest un album rempli de joyaux pop, le tout propulsé par la prestation attachante de McClellan et son œil inébranlable, alors qu’elle assemble un mirage d’influences et d’idées. Et ce qui pourrait être une tâche intimidante pour beaucoup, c’est, pour McClellan, juste une autre opportunité ; à la première lueur, ses idées s’épanouissent avec une nouvelle essence vitale.

***1/2


Katy J Pearson: « Return »

25 novembre 2020

Depuis plus de trente ans, Heavenly Recordings continue de dénicher le meilleur de la nouvelle musique avec ce Return qui donne coups de butoir du plus bel indie pop, tout en brillant dans des moments d’introspection dépouillés

Katy J Pearson, native de Bristol, livre ici un premier album de dix titres, explorant les hauts et les bas de l’aventure qu’est le fait de traverser ses 20 ans sous un vernis indie pop mâtiné d’un soupçon de soul et de country.

Bien qu’elle n’ait pas l’étoffe d’un Lykke Li, Lorde ou Cat Power, elle nous livre un disque charmant et intime qui combine tous les éléments essentiels de la pop indie auxquels on peut s’attendre – oscillant entre des « single » conçus pour passer à la radio et des moments d’introspection tranquille.

Ainsi, les sympathiques « Take Back the Radio » et « Fix Me Up » foisonnent de mélodies tandis que « Waiting for the Day », et les plus rythmés « Tonight » ou « Beautiful Soul, » canalisent ses influences country rock et sont de ce fait plus saisissants.

La conséquence est une prestation qui évoque Kate Bush avec des teintes de Dolly Parton et Taylor Swift en prime, ce qui résonne peut-être le plus sur l’album phare et homonyme, Return – une ballade sombre, acoustique et à cordes, qui devrait suffire à vous convaincre de faire tourner ce disque.

***1/2


Laura Fell: « Safe from Me »

25 novembre 2020

Après une dizaine d’années de poésie indépendante, Laura Fell, psychothérapeute basée à Londres, s’est convertie à l’écriture de chansons pour son premier album, Safe from Me. En plus d’être le premier chapitre musical de Laura Fell, Safe from Me est également le produit phare de Balloon Machine Records, un label récemment converti après une année fructueuse en tant que blog de musique indépendante.

Au travers des huit titres del’albume, Fell explore une gamme de sons différents dans les pièges de l’alt-folk contemporain. Les ballades confessionnelles classiques se retrouvent ainsisur « Until Now » et la chanson titre, mais la collection est plus engageante lorsqu’elle s’oriente vers l’expérimentation.

« Cold », par exemple, est un plaidoyer rampant pour la chaleur, qui s’inspire des meilleurs morceaux de Tom Waits. Les cordes en staccato et les percussions domestiques rencontrent l’ascension et la chute de la voix de Fell pour produire un morceau unique et émotionnel qui est certainement le plus fort du disque. Le premier « single », « Bone of Contention », est un véritable assassinat de personnages qui sonne comme une version filtrée de l’époque duThe Bends de Radiohead, et le style americana  sur « Every Time  continue d’avancer grâce à un rythme subtilement mélangé, soutenu par des guitares électriques intrépides à chaque rémission.

Le tout est accompagné d’une belle production – une guitare acoustique douce et le phrasé lyrique de Fell seront les deux fils conducteurs qui relient la collection, et tous deux sont traités avec la plus grande tendresse et le plus grand respect. Safe from Me se targue d’être interprétée par une troupe de musiciens classiques engagés, mais ne parvient pas à brouiller l’intention des chansons au moyen d’un bugle ou d’un saxophone. Au contraire, ces décisions d’arrangement donnent à l’écriture des chansons de Fell un élan intemporel.

Étant donné la carrière de Fell dans l’introspection externalisée, il est naturel que ce disque passe le plus clair de son temps à regarder vers l’intérieur. Les chansons proposées ici évitent généralement la métaphore étendue au profit de vérités directes et tranchantes, les plus retentissantes étant souvent laissées pour conclure chaque chanson. « Cold » parle de l’expérience trop commune d’être incapable de résoudre ses propres problèmes (« je ne peux pas trouver les réponses par moi-même – il est plus facile d’aider quelqu’un d’autre »), tandis que « Every Time » parle de la stagnation intérieure (« et chaque fois qu’une leçon peut être apprise, j’oublie de l’écrire »). Il y a une aptitude à exprimer des sentiments complexes par un langage concis, et c’est un domaine dans lequel Fell excelle.

Le plus grand atout dela chanteuse est sa voix : un contralto riche et distinctif qui manie aussi bien des duos mièvres de twee pop comme « Left Foot Right Foot » que des chansons mélodramatiques de rumination comme « Glad » et » I Didn’t Mean To ». Lorsqu’elle est placée à côté de fredonnements émis par un chœur (« Glad »), d’accroches discrètes (« Until Now ») et de levées orchestrales de style Mellotron (« Bone of Contention »), elle apporte une nuance rare de personnalité à un genre qui manque trop souvent d’individualité. En fin de compte, Safe from Me est un premier album fort et complexe qui brosse un portrait complet des luttes internes de l’artiste comme l’intitulé de ce « debut album » l’illustre à merveille.

***1/2


Thee Holy Brothers: « My Name Is Sparkle »

25 novembre 2020

Thee Holy Brothers, l’auteur-compositeur-interprète Marvin Etzion (alias « Buddy Holy ») et le chanteur/multi-instrumentiste Willie Aron (alias « Johnny B. Holy » » ont conçu un premier album profondément convaincant. L’auteur-compositeur américain Paul Zollo, rédacteur en chef, a décrit la chanson titre de l’album comme « un miracle de la chanson », avant de poursuivre en s’enthousiasmant : « C’est un travail sérieux d’écriture et d’enregistrement, mais non sans une bonne dose d’humour sacré ».

À ce propos, il explque sueMy Name Is Sparkle est une expérience ambitieuse qui intègre le laïque et spirituel, l’histoire d’un personnage androgyne nommé Sparkle qui est à la recherche de Dieu. L’album est une pièce en deux actes et sur le format numérique dans lequel nous incluons le morceau de clôture original  « The End
of Suffering » pour laquelle Paul Buckmaster s’était chargé de l’écriture estinée à être interprétée en quartet. Malheureusement, cela n’a pas eu lieu, mais l’album en soi
a deux pistes incluses dans la version numérique.

Sparkle se rend à Jérusalem, la capitale spirituelle du monde, pour retrouver Elvis., il envisage le suicide, mais finit par poursuivre sa quête.

Dans une chanson clé, « If God Let Go », Sparkle pose la question ultime de l’oeuvre : « Que se passerait-il… si Dieu lâchait tout ? Est-ce que tout s’effondrerait ? Serait-il toujours sombre ? » (what would happen…if God let go of everything? Would it all fall apart? Would it always be dark?) Dans un monde déconnecté mais tout autant dur un mode qui n’est pas virtuel, les questions posées par Sparkle sont plus pertinentes que jamais.

Ce drnier conclut son voyage en chantant « si c’est toi Dieu, continue de m’écraser » (if it is you God, keep crushing me ) sur le titre « Keep Crushing Me ». C’est peut-être là que nous en sommes dans notre voyage en tant que race humaine, car des centaines de milliers de personnes meurent sans cause, par exemple le COVID dont l’origine peut être aussi bien une erreur humaine qu’une intervention divine qui nous oblige à nous fermer et à reconsidérer notre façon d’avancer vers le 22e siècle ?

À la fin de la ce qui peut être considéré comme une pièce, Sparkle est en paix, sachant que « la fin de la souffrance est dans votre cœur » (he end of suffering is in your heart.). Aussi difficile que la vie puisse être, Sparkle choisit de vivre, choix que chacun chacun de nous fera ; vivre tant que nous sommes en vie.

Auteur de la musique, James Gadson (Marvin Gaye, Bill Withers, Beck) est le batteur. James Gadson a été produit par Jeff Peters (Beach Jeff Peters Boys) et masterisé par Sean Magee (The Beatles) aux studios Abbey Road.

La critique musicale du Coachella Valley Weekly, Eleni P. Austi Coachella Valley Weekly n déclare : « Thee Holy Brothers ont façonné un album impressionnant et ambitieux qui fait véritablement écho à des pierres de touche dévotionnelles comme All Things Must Pass de George Harrison et Who Came First de Pete Townshend ».

« Chaque fois que nous chantons ces chansons ensemble, c’est comme si une autre voix que nous deux entrait en scène – presque comme si une troisième entité émergeait », dit Etzion.Ce sur quoi Willie Aron ajoute : « Nous sommes vraiment attirés par la puissance et l’intimité de nos deux voix, car elles sont le véhicule idéal pour la nature ardente de ces chansons. »

Marvin et Willie se sont rencontrés il y a plusieurs décennies chez Aron’s Records à Los Angeles, lorsque Willie était lycéen et que Marvin travaillait derrière le comptoir comme vendeur. Une admiration mutuelle pour les Who les a liés. En l’espace de quelques ans, Marvin a été co-fondateur des pionniers du cowpunk Lone Justice, tandis que Willie a été un membre fondateur de l’innovateur folk￾rock The Balancing Act.

Marvin est un chanteur, un auteur-compositeur et un producteur de disques nommé aux Grammy Awards. Il a collaboré avec des artistes emblématiques tels que Counting Crows, Peter Case, Voice of the Beehive, et bien d’autres.

Willie est devenu un compositeur primé de films et d’émissions de télévision et est un musicien/producteur de session pour des artistes tels que Victoria Williams, Syd Straw, Peter Himmelman et Rickie Lee Jones. Willie fait le portrait d’un membre du célèbre équipage de démolition dans le biopic Love and Mercy sur le fondateur des Beach Boys, Brian Wilson. Marvin et Willie n’ont jamais vraiment envisagé d’enregistrer un album ensemble jusqu’à ce que leur rabbin les appelle Thee Holy Brothers lors d’un service au temple.

« The » a été remplacé par « Thee »,et les répétitions ont rapidement suivi. Lors de leur premier spectacle, Thee Holy Brothers a reçu de grands encouragements le soutien de nul autre que Leonard Cohen, leur ami et collègue du temple Leonard Cohen. Marvin et Willie ont testé de nombreuses chansons de l’album dans les clubs de L.A. Ils ont également joué dans des endroits très convoités au Calgary Folk Festival au Canada. Le Calgary Herald a écrit : « Thee Holy Brothers… [était] l’un des plus beaux cadeaux du festival. »Après une gestation prolongée de plusieurs années, en raison de la double tragédie de la perte d’une famille et d’une grave maladie, My Name Is Sparkle est enfin de sortie, un « enfin » qui est marque de soulagement.

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Donovan Woods: « Without People »

25 novembre 2020

Le septième album studio de l’auteur-compositeur-interprète canadien Donovan Wood renforce la capacité de l’artiste à chevaucher sans effort les genres folk, country et indie tout en continuant à livrer des chansons marquées par son style d’écriture intime et discret.

Le disque se concentre principalement sur la fin d’une relation et sur le chagrin d’amour et la rétrospection qui accompagnent une telle transition. Cependant, le titre de l’album, Without People, et la méthode par laquelle il a été créé – des enregistrements envoyés d’un bout à l’autre du pays entre divers musiciens qui n’ont jamais pu travailler ensemble en personne – invitent à lire le disque comme un reflet de la douleur, de la perte et des regrets qui marquent aussi la vie en quarantaine.

La manipulation de l’échelle par Woods est au centre de l’attention sonore tout au long du disque. L’album s’ouvre sur un morceau de violon sombre et dramatique, évoquant une grandeur qui est rapidement mise en contraste avec l’une des chansons les plus intimes et les plus dépouillées de l’album, « Last Time I Saw You ». Les deux morceaux sont placés devant le son de la conversation, donnant l’impression inquiétante que tant la grande performance que les moments intimes sont discutés, écartés, ignorés.

L’album se tourne ensuite vers le douceâtre « Seeing Other People », qui, avec « We Used To », « Grew Apart »et « Whole Way Home », donne un aperçu détaillé des moments spécifiques de la relation défaillante. Plusieurs titres ont des accroches d’une ligne autour desquelles les chansons sont construites, cette chanson étant « J‘étais d’accord pour que tu vois d’autres personnes, jusqu’à ce que je vois d’autres personnes te voir» (I was okay with you seeing other people, until I saw other people seeing you).

« We Used To » amènera le début plus lent de l’album à un endroit plus joyeux, presque opiacé, servi par des percussions créatives et un synthé. Le premier des deux duos de l’album, « She Waits for Me to Come Back Down » avec Katie Pruitt, met ensuite en évidence le timbre de voix sombre et riche de Woods. Les chansons plus énergiques s’atténuent après « Grew Apart »» le morceau qui met le plus clairement en évidence l’influence country de Woods.

L’album se terminera avec « Whatever Keeps You Going », une chanson à l’histoire avec des vignettes de différents personnages qui se débattent. Après un album marqué par l’accent mis sur le passé, c’est la première fois que Woods donne un message sur sa vision de l’avenir. Il n’évoque pas un espoir soudain, mais plutôt le fait que nous devons faire ce que nous pouvons pour nous en sortir.

Without People est un disque accrocheur, bien que simpliste, qui tient compte du passé et de notre isolement actuel. La richesse de la production et des arrangements de l’album donne à ces chansons folkloriques une tournure moderne et fait de l’album l’un des plus convaincants de Wood à ce jour.

***1/2


Lambchop: « TRIP »

24 novembre 2020

L’année dernière, Kurt Wagner de Lambchop a eu une idée : pour tenter de « se retirer autant que possible du processus et du contenu », il a invité son groupe à Nashville, a demandé à chacun d’eux de choisir une chanson à reprendre et leur a demandé de diriger le processus d’enregistrement ce jour-là. Le résultat se nommeTRIP.

Le titre d’ouverture, une version de « Reservations » de Wilco, est un morceau de quatre minutes et demie de chant au prasé vocal joyeux, de charmes sonores et de piano apaisant. Le problème, c’est que la chanson dure treize minutes. Les huit minutes et demie restantes sont consacrées à une petite jam session. Si peu, en fait, qu’en une seule écoute, on oublietrès vite quel disque on écoute, ce qui a au moins fait de la deuxième piste une agréable surprise.

Après cela, et une fois que vous avez adhéré au concept de ce nouvel album, le disque prend un peu plus de forme. Les chansons choisies n’ont pas seulement été tirées de l’ombre, mais elles ont été délicatement choisies par chaque membre du groupe. Les raisons invoquées vont du fait d’avoir « la bonne dose de pitié, de malchance et de rédemption pour une bonne reprise de Lambchop » (« Where Grass Won’t Grow » de Earl « Peanut » Montgomery) au fait de vouloir choisir une chanson d’amour sincère, une chance de montrer la tendresse que nous avons appris à connaître chezWagner (« Golden Lady » – Stevie Wonder). Et cette gamme d’émotions est présente tout au long de l’album, le tout avec la signature sonore de Lambchop.

À plusieurs reprises, ce son a noyé l’atmosphère joyeuse des originaux, en particulier les tubes allègres et mélancoliques « Golden Lady » et « Love is Here and Now You’re Gone » »(les parties parlées de ce dernier prenant une forme assez sinistre, presque menaçante plutôt que pleine de remords). Cette joie est parfois remplacée par un peu de d’eaxaltaion, mais cela peut être pardonné. Après tout, c’est la nature d’une reprise : prenez quelque chose de vieux et rafraîchissez-le, changez-le pour l’adapter à vos besoins.

C’est ce que Kurt Wagner voulait lorsqu’il a évité une tournée et a réuni son groupe pour faire TRIP, et, pour le meilleur ou pour le pire, c’est ce qu’il a réalisé.

***1/2


Babeheaven: « Home For Now »

24 novembre 2020

Plus de quatre ans après avoir présenté un premier projet musical plein d’âme et flirtant entre trip-hop et dream-pop sous la forme du « single »  « Friday Sky », Babeheaven nous présente enfin un « debut album »,Home For Now,foncièrement honnête et personnel.

Après avoir vu leur tournée américaine reportée au début de l’année en raison de la pandémie de coronavirus, le duo de l’ouest de Londres, composé de Nancy Andersen au chant et de Jamie Travis aux instruments et à la production, s’est recentré et s’est retrouvé à consacrer son énergie à l’enregistrement et au perfectionnement de son premier album très attendu. Après nous avoir taquinés avec des « singles » tels que « Craziest Things » et « Cassette Beat » pendant l’été et l’automne, le duo a continué à nous présenter une palette musicale à la fois variée et cohérente dont le but avoué était de nous tenir en haleine

Bien qu’il ait été terminé à un moment où beaucoup d’entre nous étaient plus ou moins confinés chez eux dans un avenir prévisible, Home For Now n’est pas, selon les propres termes de Nancy Andersen, « un album entier sur le fait que nous sommes restés coincés à l’intérieur pendant quatre mois ». Ayant été conçu pour quatre ans plutôt que pour quatre mois, l’album est très vivant et peut être décrit comme un patchwork des relations, bonnes ou mauvaises, qui sont entrées, ont accompagné, sont sorties et ont façonné la vie de Nancy Andersen et de Jamie Travis.

Les cordes d’introduction du morceau d’ouverture « November » peignent des couches qui capturent l’auditeur dans un paysage sonore chaleureux et accueillant. Le morceau, initialement sorti en 2019 sur le EP Circles du duo, semblera familier aux fans, mais accueillera aussi avec gentillesse toute personne qui pourrait se mettre en travers de son chemin. Poursuivant le voyage musical avec « Human Nature », une chanson sur les luttes personnelles de Nancy Andersen avec la comparaison Instagram, vient l’introduction de la combinaison caractéristique du groupe de battements de batterie doux mais proéminents, de guitares mélodiques et de voix brumeuses. Combiné à des thèmes lyriques francs et réfléchis du début à la fin de l’album, Home For Now est un équilibre parfait, tant au niveau des paroles que de la sonorité, entre le personnel et la relation.

L’album se poursuit d’une manière qui donne l’impression de flotter à travers des couches de coton pelucheux, il vous fait avancer et reculer doucement et vous berce parfois d’un côté à l’autre. Les 14 titres qui composent l’album s’assemblent et se fondent les uns dans les autres, avec des éléments contrastants d’une clarté pure qui brillent parfois, comme les harmonies vocales du titre « How Deep (Love) » ou la production optimiste Massive Attack sur « Jalisco ».

En ces temps de turbulence et d’incertitude, le premier album de Babeheaven, Home For Now, offre un sentiment de calme et de chaleur bien nécessaire. Le groupe a déclaré qu’il « voulait vraiment que l’auditeur puisse ressentir le monde qui l’entoure, même s’il n’était que dans son salon », et en écoutant le disque au travers de haut-parleurs, on ne peut que souligner que la missions est accomple.

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Scaphoid: « Absent Passages »

24 novembre 2020

Absent Passages de Scaphoidest un album intéressant et impressionnant – d’autant plus que c’est un projet solo arrangé pour un groupe complet avec son créateur Matt Hobart y jouant chaque note. 

De ce fait, la plupart des observations auxquelles on peut se risquer sont de nature critique ou technique. Bin qu’il soit manifestement un travail d’amour, l’album me semble plus être une vitrine : un morceau d’artisanat, plutôt qu’une œuvre d’art. Les compositions n’ont pas l’air d’être un jaillissement d’émotion ou d’expression ; elles sont comme une lettre d’amour à l’artisanat de la chanson et à l’exposition instrumentale. L’album sonne comme des compositions créées par un ordinateur qui a analysé tout le « metal prog », puis a généré de la musique originale de façon algorithmique. 

En fin de compte, cela ne nous atteint pas sur le plan émotionnel – ce qui, bien sûr, est une chose personnelle. Onpeut,à cet égard, ressentir le même manque de connexion avec Bach, Mozart et tant de jazz, qui touchent évidemment les autres profondément mais en laissent d’autres froid.

L’absence de voix dans l’arrangement de Scaphoïde en est en grande partie responsable. Certains groupes instrumentaux sont remarquables, en particulier Russian Circles, mais les chansons d’Absent Passages tombent souvent dans ce qui ressemble à un couplet sans voix. Dans ces moments-là, il va manque une caccroche ou une ligne mélodique pour faire avancer la musique et jon ne peut que continuer à vouloir combler de telles lacunes. 

Comme il s’agit d’un album autoproduit qui fait écho au meilleur du prog metal, cet album évoque Probot [le projet solo de Dave Grohl qui réunit la crème des chanteurs de metal] – il nous semble même être une démo qui attend les apparitions des chanteurs d’Opeth, Demons and Wizards, Oceansize et Tool.

D’un point de vue technique, il y a beaucoup à admirer dans ce caractère des sons qui offre un mélange bien équilibré et séparé. Cependant, on dirait que les guitares ont été branchées directement sur l’ordinateur et que la batterie a été jouée sur une batterie électronique, ainsi que sur une piste à cliquer… on croirait même que cet album a été fait à la fois sur et pour casque. Cela laisse le son plat et défaillant, bien qu’une piste en particulier, « Coldness of Clarity », possède une plus grande chaleur en raison du piano et de la guitare acoustique qui sous-tendent la piste. 

Absent Passages ne respire pas et il y manque le son des grands haut-parleurs qui déplacent beaucoup d’air et des tambours qui sont frappés et écrasés… tout cela semble distant, sobre, détaché et clinique ; cela ne sonne pas du tout fort ou physique ou en colère, ce que le métal devrait vraiment, vraiment faire. 

On a pu dire de Van Halen qu’il n’a pas utilisé ses compétences pour déchiqueter sans réfléchir – il a écrit d’énormes chansons pop, et a fait tomber une nouvelle génération amoureuse de la guitare électrique – cela résume vraiment tout ce dont est dépourvu Scaphoid – pas tellement la pop, mais tout ce qui est viscéral at permet à une chanson de nous saisir et nous obliger en nous excitant.

Je ne veux pasIl ne faut, toutefoias, pas sous-estimercet opus ; il est,techniquement, excellent, admirable et stimulant de ce point de vue – mais, hormis cela, il ne va pas plus loin.

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