Oh Sees: « Smote Reverser »

John Dwyer est prolifique en matière de parutions mais aussi en tant que pourvoyeur de patronymes différents attribués à son combo ; Orinoka Crash Suite, OCS, Orange County Sound, The Ohsees, The Oh Sees, Thee Oh Sees, liste non exhaustive.

Ici ce sera Oh Sees, soit ! Dwyer a sorti, depuis 1977, plus de 20 albums et autant de EPs et de singles ; Smote Reverser changera la donne tout en maintenant toujours le même démarche quand il est question de pénétrer la « psychedelia ».

À cet égard, il importe peu que l’on aime ou non ses productions tout comme l’on considère comme un nouvel avatar inconséquent le fait que les premières salves de l’opus soient constituées d’un mur sonique si complexe qu’il semble impénétrable. « Sentient Oona » mêlera un Amon Düül II qui aurait rencontré Bony M et ce même schéma se reproduira avec « Enrique El Cobrador » et le single « C ».

L’odyssée se poursuivra alors et retrouvera des accents Kraurock avec les hypnotiques « Otherthrow » et « Last Peace » avant que la pierre angulaire ne se soidifie définitivement avec un « Anthemic Agressor », monstruosité de 12 minutes inscrivant Smote Reverser dans un freak out où free jazz et solos brûlants cohabitent aussi harmonieusement que possible avec mélodies délicates et climats moins tempétueux.

L’un ne prendra pas le pas sur l’autre et on aur , en conclusion, à l’oreille un disque qui ménagera riffs high tempo et vibrations garage rock ; un ovni qui pourrait s’apparenter à ce que donneraient Can, King Crimson et Deep Purple réunis ensemble aujourd’hui si caprice leur prenait de s’acoquiner en jam session début seventies.

***1/2

BIrd Sreets: « Bird Streets »

La « power pop » est un genre souvent mésestimé bien qu’il ait généré un nombre impressionnant de compositions qui font date Notons, liste non exhaustive, « My Sharona » (The Knack), « Surrender » de Cheap Trick, » What I Like Abut You » des Romantics ou « Just What I Needed » des, peut-être les plus créatifs, Cars.

Si on ajoute des combos comme Big Star, The Shoes, 20/20 ou the dBs, on comprendra pourquoi ces légendes font partie du lexique de la musique populaire américaine et représentent une inspiration pour maints autres groupes dont un artiste comme John Brodeur, un new-yorkais qui excelle dans la « bedroom pop » avec des album comme Tiger Pop éminemment inspiré par XTC (2000), le lo-fi Get Through en 2009 et, en 2013, Little Hopes, son effort le plus abouti soniquement jusque là.

Bird Steets est son nouvel avater et, enregistré de concert avec Jason Falkner (Jellyfish, Three O’Clock), le duo nous concocte un nouvel opus éponyme qui reprend et transcende tous les principes de base de la « power pop ».

Les guitares y carillonnent bienheureusement dès l’ouverture avec un « Carry On » fleuri comme le meilleur d‘un R.E.M.porteur d’avantures, « Betting on the Sun » suit avec son savoureux alliage de refrains emplis de clarté et de paroles où, peu à peu, s’introduit une légère noirceur, réflexion encore plus accentuée sur l’endeuillé « Spaceship ».

Ce titre, une évocation de la dépendance à l’alcool, est lyrique à souhaits avec des paroles touchantes où l’alcooBird STreetlisme est apparenté à un véhicule spatial en perte de contrôle. Ce parallèle s’exemplifie avec la compraison que fait Brodeur de son propre style de vie, manière d’évoquer l’intime de façon grandiose et digne.

La difficulté à changer côtoiera alors la volonté de ne pas le faire sur un « Some Dream » où le chanteur n’est pas loin de se stigmatiser y compris quand il reprend une thématique habituelle,celle de l’amour qui s’en ests allé.

Sur « Heal » il chante avec justesse comment une relation toxique peut se dénaturer alors que la vindicte sera réservé à une ex dans « Thanks for Calling ».

Peu à peu, Brodeur montre combien il devient un songwriter de plus en plus affuté et introspectif étayé qu’il est par sa collaboration avec Jason Falkner. Si la « bedroom pop » a besoin de titres de gloire, Bird Streets en est un sans discussion aucune..

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Kathryn Joseph: « From When I Wake The Want Is »

Kathryn Joseph possède une faculté rare, produire une musique fermement plantée dans la chair et le sang (peine de cœur avec son inévitable descente dans les confins les plus sombres de la psyché) et lui donner une formulation qui semble se situer dans le domaine de l’éthéré.

Travail de deuil donc, son ancien partenaire joue fugitivement sur le deuxième album de cette chanteuse écossaise) mais c’est aussi un document à l’amour ; sa vie, sa respiration, sa mort et son éventuelle résurrection. L’émotion charnelle de ce que constitue le fait d’aimer et celui de rompre, le fait de prendre mais aussi de donner ou laisser choir. Tribut du prix à payer est son honnêteté : From When I Wake The Want Is constitue sa catharsis et son épiphanie.

Plutôt que diaphanes, les textes se veulent sensuels, les blessures sont dégustées pour mieux être apaisées, et le désir se fait sentir jusqu’à la moelle, « n my mouth, in my mind, in my back and my spine ».

Son étalonnage musical est robuste ; le piano roule comme un flot de sang, et l’électronique craquèle comme si il s’agissait de donner muscle aux vagues sonique, ce dernier terme est approprié car le symbolisme de l’eau est omniprésent dans l’album (« Tell my lover it’s not over till we drown » drone-t-elle comme si il s’agissait de résister aux courants).

Quand nous arrivons au « closer », « ^^ », les accords mineurs ont été supplantés par d’autres, pris sur le mode majeur. Les contributions, celles de son partenaire et de sa fille, sont prises sur des phrasés de pianos en cascades qui sonnent comme prisonniers de tempêtes au sein desquelles l’équilibre demeure alors précaire. Les émotions ne peuvent plus s’exprimer au travers des mots et le chagrin va alors tout emporter sur son passage.

Vivre avec la souffrance vous insensibilise à tout, engourdit vos sens et la dramaturgie prend le pas sur la fausse placidité (« Tell My Lover »). La véracité est vorace et il n’y a nulle place pour toute prétention à la joie même si Joseph excelle à ces brusques chavirements entre l’ombre et la lumièr., Ce que l’on retiendra est l’infiniment gris de morceaux comme « We Have Been Loved By Our Mothers » ou « Mouths Full of Blood »et perdurera, alors, le sentiment que, si les cœurs ont été guéris, les cicatrices, elles, demeurent présentes.

***1/2

The Vrill Society: « Course of the Satellite »

Après quelques enregistrements en 2015 et 2016 ce combo basé à Liverpool sort enfin son premier album, bande-son idéale pour un été qui serait fait de pop psychédélique saupoudrée de « krautrock ».

Le single « Andrei Rublev » avait anticipé le LP car il avait annoncé la teneur de ce qu’allait être Course of the Satellite avec ses guitares déliées et ses références au film de Tarkovsky.

Le disque dans son intégralité se plaira dans son atmosphère rétro cool, simple mais imposante, constituée qu’elle est d’une section rythmique pleine de détermination comme sur « A Perfect Rhythm » ou « Glows and Spheres ».

On poursuivra ainsi une odyssée psychédélique quelque peu passéiste puisque elle se veut exploration de notre système solaire comme aux temps plus ou moins bénis du « space rock » avec des atterrissages soniques où un maximum de styles musicaux se voient expérimentés.

Course of the Satellite n’est, certes pas, original mais à l’instar de Tame Impala ou Friendly Fires, il est suffisamment rafraichissant pour qu’on soit curieux de ce que quoi le groupe nous offrira par la suite.

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The Beths: « Future Me Hates Me »

Ce quatuor néo-zélandais n’a pas son pareil pour faire rimer abattement avec espoir. Le songwriting de Elizabeth Stokes leader de The Beths, se concentre sur une thématique existentielle qui est faite de mauvaise image de soi. Musicalement les titres vont être nuancés par des climats down tempos censés accentuer la dépréciation et la tristesse comme sur un « River Run Lvl 1 » aux confins de l’endormissement et de cette stupéfaction que génère une certaine pharmacologie axée sur des riffs joyeux, des harmonies mélodiques et cette substance thématique qui déchire le voile.

Ce serait une belle entreprise si elle n’était pas bâtie sur une production policée qui ôte toute vigueur à l’ensemble. Alors qu’on pourrait s’attendre à un rendu décharné et désabusé on a droit à une récitation poule mois stérile dans le contexte indie pop où le groupe évolue. Le disque aurait bénéficié de vocaux plus affirmés, à mi-chemin entre la confiance que quelqu’un comme Joan Jett pouvait véhiculer et le vulnérabilité désarmante de quelqu’un comme Jenny Lewis

Future Me Loves Me restera un opus entre une pop music aux accents punks qui se veut triomphante (textes et humour acerbes) et pop douce amère comme « Great No One » où colère et cynisme se réconcilient sous le signe de la « guitar pop ».

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The Coral: « Move Through the Dawn »

Déjà un neuvième album The Coral avec la sortie de ce Move Through the Dawn dont le titre lui-même met l’accent sur l’idée de déambulation.

Produit par le groupe et Rich Turvey, le disque fait la part belle aux guitares luxuriantes, aux mélodies chargées et à des harmonies éternellement optimistes comme si elles voulaient offrir à chacun d’entre nous la bande-son idéale de nos rêveries le plus intimes.

Le son est léger, aux antipodes de leur opus précédent, Distance Inbetween, avec ici un sens de l’aventure, la romance et son corollaire, la solitude.

Le combo ne cache plus son amour de la mer et la façon dot ils en parlent peut s’apparenter à ce mouvement vers l’Ouest qui caractérisait les pionniers. La thématique de ce « road album » d’un nouveau genre est le désir de partir pour trouver un nouvel endroit à se réfugier et de préparer le lit à une nouvelle existence. Il y a comme un lien entre la forme et le fond quand on connaît le penchant que le groupe peut avoir pour le western spagnetti.

« Eyes Like Pearls » introduit l’élément essentiel de la galette, celui d’une odyssée poétique avec une interrogation de type « What do you dream when the world is on fire? »

La réponse sera un habituel mélange de réflexions politiques et de facéties. « Undercover of the Night » mêlera percussions et vibrations tropicales alors que « Outside my Window » ne déparerait pas un trip façon Jefferson Airplaine. « She’e a Runaway » poussera encore plus loin le vortex psychédélique alors que le « closer », « After the Fair » tamisera les ardeurs avec ses tonalités folk.

Move Through the Dawn est bien nommé, il est le véhicule idéal pour ces randonnées estivales où nulle carte n’est embarquée pour indiquer ce que serait la destination de retour.

***1/2

Deafheaven: « Ordinary Corrupt Human Love »

Pour le meilleur ou pour le pire il se pourrait fort bien que Ordinary Corrupt Human Love introduise un nouveau concept dans, si ce n’est la muqique, du moins dans le « black metal ». Les riffs de guitares en trémolos sont inexistants et les drones oniriques qui emmitouflaient le genre ont cédé leur place à des pianos mélancoliques qui, ouvrant l’album de cette manière, évoquent les premiers rayons d’un soleil qui se ferait naissant.
Deafhaven pourraient ainsi nous faire croire qu’ils ont trouvé leur muse romantique si l’album n’était pas parsemé de ces lacérations hurlése qui le jalonnent en plein coeur.

Maintenant que le « metal » est libéré de son ornière, des éléments rocks apparaissent ; les accords sont lumineux et pris en mode majeur, les solos sont propres et se veulent mélodieux et les seule remugles extrêmes se retrouveront dans les vocaux de George Clark dont la gorge est toujours aussi déchiquetée.

Le groupe lui-même sonne presque bienheureux, comme si il avait jeté par-dessus bord les chaînes froides et mortifères dont il était affublé. Conventions évacuées, Ordinary Corrupt Human Love pourrait très bien s’avérer être le seul album de « black metal » capable de vous extirper de votre queule de bois ou de votre vision du monde dépressive. Ce sera ainsi alors qu’il faudra interpréter les épopées que sont « Honeycomb » et « Canary Yellow », totalisant chacune plus de dix minutes et se fluidifiant vers une issue dont la quête se veut satisfaction et apaisement, comme un pied de nez sans compromis eux puristes du genre.

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Tony Molina: « Kill the Lights »

Tony Molina est adepte du vite fait bien fait. Ce combo « power pop » résume assez bien, lui aussi, l’essence punk puisque son « debut album »avait réussi à intégrer 12 compositions en autant de minutes !

Son nouvel opus, Kill the Lights, est un peu plus étoffé (10 titres sen 15 minutes) mais la concision demeure néanmoins pour lui la composante fondamentale.

Elliott Smith, le chanteur, écrit et interprète ses morceaux de manière forcée mais pas artificielle ce qui en soi est une qualité. Molina est capable ainsi de fourrer une nombre incalculable d’idées musicales en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et de les nuancer par des guitares acoustiques dont a simplicité peut, par moments vous chavirer (“Now That She’s Gone” at “Look Inside Your Mind/Losin’ Touch” ).

Cette floraison sonique donne, paradoxalement, espace à Kill the Lights un disque dont la touche mélancolique et sage permet avec bonheur de ne pas nous saturer.

***1/2

The Proclaimers: « Angry Cyclist »

The Proclaimers ne démentent pas leur patronyme tant ils proclament leurs chansons comme si elles étaient les choses les plus importantes du monde ou plutôt de leur monde.

Les frères Reid, Craig et Charlie, ont, à juste titre été considérés comme des artistes « blue eyed soul » et l’imposant « Streets of Glasgow » met pile le doigt sur ce qui constitue leur gestalt.

Cette démarche n’a pas changé et demeure indifférente au point de vue qu’on peut avoir sur eux, The Proclaimers n’ont de cesse de nous abreuver de leurs refrains, ici il y en a 13, produits par Dave Eringa (Manic Street Preachers, Idlewild) .

Angry Cyclist est leur onzième opus et de colère (« anger ») il est question, que ce soit sur les ballades ou les titres portés par la vindicte.

On entendra donc des « rockers » à la Springsteen (« Then It Comes To Me », « You Make Me Happy »), des lamentations acoustiques étayées par des cordes (la chanson titre attaquée en forcing compulsif), de la country cosmique « (A Way With Words ») ou des compositions plus apaisantes (la merveilleuse composition valsée qu’est « The Hours Between ».

L’essence de Angry Cyclist est de vous atteindre et chaque couplet ne pouura que vous laisser dévasté. Sans doute on trouvera ici moins de gravité et d’engagement que précédemment mais l’utilisation des Telecasters maintient toujours cette tension qui demeure l’image forte du duo.

Ceux qui trouveraient The Proclaimers trop prévisibles, pourront réviser leur opinion avec un « Classy » qui étonne par ses attaques de piano façon McCartney, versatilité sont ils peuvent à loisir s’enorgueillir sur un « Battle of the Booze » dont les textes pourraient bien leur servir de nouveau cantique

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Ty Segall & White Fence: « Joy »

We are who we say we are!”, c’est ce qu’annoncent Ty Segall et Tim Presley sur « Head On ». En termes de mission d’intention et de lettres de noblesse on ne pourrait trouver mieux chez ces « workalholics » pour qui le fait d’être prolifiques est une méthode mais fait également partie de ce qui constitue leur charme.

Loin pourtant d’entrer dans des clichés sur la qualité plutôt que la qualité ; les deux artistes sont toujours en quête d’expérimentations et, toutes proportions gardées, on pourrait émettre une analogie avec ce qui était l’âme de Jerry Garcia et du Grateful Dead.

La différence est que Segall et Presley ont choisi la concision et restent axés sur le registre vintage de la pop psychédélique et que Joy n’est, à cet égard, pas exempt de nous procurer ces quelques pépites psychédéliques propre à raffermir notre félicité.

Ce nouvel opus se veut fun et aérien, d’une légèreté qui évoquerait ces climats ù des amis se réunissent pour faire une jam.

On appréciera la bienheureuse étrangeté de « Good Boy » avec son duel de guitares ou les resuccées type Abbey Road qui jalonnent des plages comme « Do Your Hair », « Body Behavior » ou « Hey Joel, Where You Going With That ? »

Disque élégant et achevé, Joy pourrait bien s’avérer être un nouveau classique pour un duo déjà prolixe aussi en cette dite matière.

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