Hooded Fang: « Gravez »

Hooded Fang est un groupe canadien dont Gravez est le troisième album. Comme les précédents il est fidèle à une image vintage pop plutôt ensoleillée mais il entreprend aujourd’hui de lui donner un peu plus de tranchant punk. Pour cela le tempo sera acéré, l’inspiration lyrique plus sombre mais Hooded Fang va s’efforcer de maintenir une atmosphère estivale, dont la particularité serait d’être un été qui s’avérerait se présenter en chute libre.

L’introduction, « Dry Range », dure à peine trente secondes mais elle est d’un calme qui est annonciateur d’une tempête imminente, et celle-ci sera « Graves ». La basse est vrombissante et se coltine de plein fouet une guitare heavy metal. Les vocaux seront pourtant plus liquoreux, un peu comme s’il voulaient adoucir le fracas instrumental. Le mélange sera alors curieux avec des textes emplis de paranoïa mais sonnant toujours au bord de l’extase. Quand le tempo sera plus ralenti, sur « Bye Bye Land » par exemple, le combo parviendra à évoquer ce que peut-être une après-midi à la plage dont le côté brumeux donnera la sensation qu’on est sous l’emprise de stupéfiants quelconques.

La même humeur se retrouvera sur « Wasteland » avec un riff de guitare tropical triomphant qui ensuite se fond dans la lo-fi et, comme pour accentuer, le côté décalé de certains climats, « Trasher » versera dans le non-sens.

Gravez est donc un disque plutôt curieux. Il aborde certains sujets assez graves mais il le fait toujours au travers d’élements « fun » à tirer des compositions. C’est sur ce contraste que repose leur formule, la faconde artistique de ce nouvel opus ne devrait pas les dissuader de l’abandonner.

★★★☆☆

Free Time: « Free Time »

Ce combo situé à New York ne va pas révolutionner la pop rock par son approche simple et efficace. Son ambition est de nous fournir une musique légèrement éraflée par la les vocaux nasillards de Dion Nania rappelant Tim Vass des Razorcuts, des guitares en carillon, une basse mélodique et des percussions swinguant doucement.

La tradition est celle de cette indie-pop innocente dans la veine du courant C86 ; une approche dénuée de toute affectation, presque « slacker » avec des compositions tout sauf ambitieuses.

Le résulat est charmant à défaut d’être charmeur : « World of Love » se garnit d’un pipeau jouant avec la dissonance, « It Doesn’t Stop » évoque mélancolie où Nania se risque à des inflexions de crooner et la plupart des titres seront ainsi des morceaux mid-tempo construits autour d’accord mineurs (« I Lost Again ») ou de refrains paresseux (« I Lost Again »).

Pour que cette formule ne soit pas trop ressassée le groupe va néanmoins se monter capable d’énergie comme qur le noisy « Just One » et le solo de guitare sur « Nothing But Nice », tous deux inspirés de Pavement.

Free Time est l’exemple parfait de ce premier disque où un groupe essaie de mettre en avant ses influences tout en, toutefois, s’efforçant de ne pas en être prisonnier. Il est indéniable qu’il les maîtrise, reste que leçon bien apprise n’est pas encore synonyme d’inspiration. Celle-ci se trouvera, on l’espère, dans des mélodies plus accrocheuses promptes à susciter autre chose qu’une atmosphère où la bienséance, un peu trop de mise ici, se ternira avec certaines écorchures, présentes certes, mais pas encore assez assumées.

★★½☆☆

It Hugs Back: « Recommended Record »

Malgré son nom (« hug » signifiant « câlin ») It Hugs Back n’est pas un combo faisant dans la mièvrerie. Si les deux premiers albums du groupe étaient relativement calmes et presque sédatifs (vocaux murmurés, guitares retenues), Recommended Record est une toute autre affaire.

Menés par Matthew Simm (guitariste des tournées de Wire), IHB semble avoir délaissé les tonalités pastels et vaporeuses avec des compositions plus directes, denses, tendue et drues. Même si on n’exagère pas le rôle de Simms, ce dernier apporte des connotatioàs plus viscérales et brutales comme sur « Sa Sa sa Sails » le titre d’ouverture. Celui-ci capte instantanément l’attention par sa concision, deux accords simplement tout comme un « Big Sighs » et ses deux minutes de distorsion métallique. « Go Magic ! » sera servi par une résonnance T. Rex inattendue tout comme sera surprenant le piano rock de « Lower »

Le reste du disque voit le groupe perpétuer ce rock indie anglais vaguement hérité des années 80 mais en lui donnant des colorations plus affirmées et vives. « Teenage Hands » a beau être laid-back, il fait preuve d’énergie et « Recommended Records » qui donnera le signal de fin au disque le clôturera sur une note euphorique et punchy.

Au total, IHB a une attitude bricoleuse assez prononcée sur cet album. Peut-être est-elle liée à cette volonté de venir à bout d’une certaine image trop éthérée. Les explorations musicales abordent certainement trop de styles différents pour donner cohérence mais la façon policée dont elles sont assurées sont déjà symptôme d’un professionnalisme à qui il ne manquera qu’un déclic fondateur pour être recommandé.

★★½☆☆

Sparrow & The Worshop: « Murderopolis »

Pour un groupe comme Sparrow & The Workshop, artistes écossais qui s’efforcent, paraît-il, de mêler alt-folk et post-rock, Murderopolis est un album curieusement modeste et sans prétentions. Cela est rafraîchissant et original comparé à des groupes qui s’efforcent de se surcharger de bagages musicaux.

Ce troisième disque, lui, est presque nonchalant et discret, comme une ballade sifflotante au travers de diverses influences restant suffisamment effleurées pour garder véhiculer simplicité et familiarité.

Le titre d’ouverture par exemple, « Valley Of Death », parvient ainsi à évoquer le déroulé singulier et effrayant de Nick Cave tout en, grâce à la voix de Jill O’Sullivan, conjuguer un climat à la Dolly Parton. « Darkness » est un rocker tremblant et lustré, chaloupé avec cette désinvolture aisée que l’on retrouve chez Les Raconteurs, « Odessa » sera une somptueuse oraison à la PJ Harvey et les secousses gothiques de « Shock Rock » sont traversées par un glamour, poussiéreux toutefois, façon Howling Bells.

Ce qui lie cette démarche apparemment brinquebalante c’est le phrasé de O’Sullivan, capable d’insuffler une douce tristesse très country sans néanmoins verser dans le mélodrame. Ses vocaux charismatiques fournissent ainsi un style unique aux compositions. Les seules fautes de goût seront « Murderopolis » un peu trop emphatique précisément dans les climats fantomatiques qu’il veut souligner et un « The Faster You Spin » vitriolique et bilieux alors que les sens appelleraient à un peu de nectar.

Autrement, ce disque sera une balade agréable, survolant les choses sans s’y attarder, mais avec assez de zest pour qu’on ait envie de les effeuiller.

★★★☆☆

Kylesa: « Ultraviolet »

L’album précédent de ce groupe hard-psychedelia, Spiral Shadow, se caractérisait pat une atmosphère boueuse mais qui ne manquait pas, pourtant, d’éclaircies tendues par des éléments qui procuraient une certaine accalmie sonique et parfois même entraînante.

Sur Ultraviolet le combo géorgien semble avoir voulu s’emmitoufler à nouveau dans la face plus marécageuse de son alchimie musicale, sise entre des racines presque gothiques et ténébreuses et des courants plus psychédéliques et, par éclipses, presque pop.

Ce mélange va prendre longtemps à prendre, mais , quand il le sera, ce sera avec une certaine efficacité. L’album va débuter sur un « Exhale », assaut presque free-form de post-harcore et de métal avec des vocaux mixtes partagés entre Laura Pleasants et Phillip Cope superposant leurs inflexions sauvages. Les sections les plus « heavy » seront néanmoins comme ventilées par l’essor de nombreux breaks puissants et des effets trippy apportant une couche moins ravageuse. L’interaction va se faire encore plus prégnante sur le belligérant « We’re Taking This », intéressante variation sur les clichés du stoner rock et du métal rétro, ou sur les échos quasi interstellaires d’un « Unspoken » que les accords tordus font sonner comme un rock progressif s’arrêterait avant de trop l’être. « Drifting » amènera une petite dose de « space rock » mâtiné de « shoegaze » et « Vulture’s Landing » s’apparentera à du Smashing Pumpkins ayant découvert la béatitude mélodique.

Même si Ultraviolet est, selon ses membres, le résultat de galères traversées, il a le mérite de ne pas être trop confessionnel et de surtout s’attacher à apporter une certaine retenue aux ruminations évoquées. L’intensité « heavy » sera souvent colmatée par des climats éthérés (« Steady Breakdown » et ses riffs serpentins et un phrasé méditatif). Parfois même ,les vocaux prendront une qualité hymnale comme pour souligner que que derrière l’ultraviolet, se forment, plus visibles, des rayons vaporeux vecteurs d’assouvissement.

★★★½☆

Vampire Weekend: « Modern Vampires Of The City »

Jamais n’a été donnée la sensation que Vampire Weekend puisse durer. Leur esthétique soignée tout comme leur pop teintée de tonalités africaines ne suggérait la longévité sur un Vampire Weekend datant de 2008. Contra en 2010 avait continué sur le même registre et Modern Vampires Of The City aujourd’hui est la fin de ce que le leader Ezra Koenig une trilogie.

Demeure donc l’attitude séduisante et arrogante d’un groupe avec, pour seul changement, le fait que celle-ci s’est enjolivée, sophistiquée et est devenue plus raisonnée.

En effet, à l’inverse des deux précédents opus qui ne brillaient que par moments, Modern Vampires sonne comme s’il avait été réfléchi de bout en bout. En une période où règne la segmentation, on pourrait presque qualifier ce disque de travail conceptuel dénué de concept.

Les meilleures compositions sont les jams les plus lentes mais chaque moment semble vouloir faire partie d’un tout plutôt que de s’escrimer à sonner comme des bribes où les « hits » seraient confectionnés et étoffés pour le plaisir de l’être.

Le disque comme de manière précautionneuse, avec un mélancolique « Obvious Bicycle » qui penche plus du côté des Kinks que de Paul Simon. Ce morceau introduit une coloration qui va parcourir le reste de l’album ; celle de compositions où les couches musicales sont soigneusement agencées. « Step » en est la confirmation et c’est également le meilleur morceau de Modern Vampires. En effet, il commence de manière presque timide avec une basse au rythme stableet un clavecin doucereux. Les vocaux deviennent peu à peu plus éloquents, habiles et articulés (références au Temple d’Angkor) tout en conservant un côté chantonnant. C’est un titre déconcertant et cryptique mais impérieux.

Le groupe aura néanmoins l’intelligence de délaisser ses penchants intellectuels et une instrumentation classique pour, sur « Diane Young » et « Finger Back », fournir un ballast punk à son album. Enfin, « Ya He » se voudra polémique puisqu’il référencera Dieu et Outkast et apportera la petite touche nécessaire pour que l’on continue de parler un petit moment encore de Vampire Weekend.

★★★½☆

Rapid Talk: Interview de Cayucas.

Bigfoot, le premier album de Cayucas est un disque d’été idéal. Nostagie sensible et énergie pop  se conjuguent pour nous offrir des refrains infectieux faciles à mettre en tête. Leur leader, Zach Yadin nous parle de sa musique.

La plupart des plages sur‭ ‬Bigfoot  font environ quatre minutes. Y-a t-il une raison particulière et cela signifie-t-il que vous pouvez aller au-delà du format pop?

Je ne pense pas que ce soit délibéré: nous composons et il se trouve que quand nous réalisons qu’un morceau est terminé il tourne autour de 3 ou 4 minutes.

Aviez-vous pour objectif de faire un disque évoquant le thème de la nostalgie? Beaucoup de vos textes mettent l’accent sur la catharsis émotionnelle.

C’est exact, en effet. Quand je compose, la nostalgie semble s’imposer d’elle-même pour moi. Sur ce disque Je ne voulais pas que ce soit trop détaillé mais garder le sujet suffisamment général pour que tout le monde puisse s’y retrouver.

Quelle est la signification du nom du groupe? Il paraît que c’est le nom d’une ville californienne qui n’a rien à voir avec ces stations balnéaires pour gens à l’aise ou touristes. Quel rôle tient cette ville dans votre vie?,‭

Oui, on peut considérer qu’elle aussi fait partie de mon univers nostalgique. Elle n’a pas beaucoup changé depuis 50 ans et on considère que c’en un endroit cool et agréable avec sa vieille école de surf. ‭ ‬Je suis allé une fois à sa fac et j’aimais beaucoup son ambiance.

Vos titres ont sont basés sur des riffs entraînants; comment écrivez-vous généralement?

La plupart du temps ça part effectivement d’un riff de guitare que je gratte jusqu’à ce que me vienne une mélodie que je puisse ajouter par-dessus. Mon but n’est que de composer des chansons accrocheuses, rien de plus.

En même temps, l’instrumentation sur‭ ‬Bigfoot est incroyablement diverse: il y a des tonalités africaines, sud-américaines ou des atmosphères Western. Pourquoi un tel éclectisme?

Je ne sais pas vraiment; tous les deux ou trois ans je deviens obsédé par un genre particulier. Le hip-hop, la dance, le rock indie et, de toutes manières, j’écoute toujours des «oldies».

Il y a aussi un peu d’électronique, en particulier au début de l’album; quelles ont été vos influences musicales?‭

Avant Cayucas j’écoutais des trucs indie, avant de la «D.J. music». J’ai toujours aimé les types qui composaient à partir d’ordinateurs portables.

Comment vous sentiez-vous au moment de réaliser ce premier véritable album?

J’étais intimidé, je n’avais jamais écrit ‬une telle masse de choses avant. Aller en studio pour composer un disque en 10 jours est assez effrayant. Heureusement il n’y a pas eu de problèmes majeurs.

Le son de Bigfoot reste très consistant tout au long du disque malgré ses différents climats. Avez-vous enregistré par vous-même?

Mon frère et moi l’avons enregistré avec Richard Swift à la production.  Il y a ajouté toute l’instrumentation et à joué sur presque tous les titres. Les instruments sont tous «vintage», ils ont un son «propre»‭ et la pièce avait un effet de réverbération naturelle et chaque composition a été enregistrée de la même manière. ‬Cela explique la cohérence…

Rapid Talk: Interview de White Fence.

Cela fait plusieurs années que White Fence (et donc Presley) nous fait ingurgiter un flot incessant de disques psychédéliques et garage. Avec Cyclops Reap, cet afflut ne semble pas cesser et nous avons droit à un diamant brut taillé dans la masse à coups de guitares en fuzz et de riffs dont les mélodies restent entêtantes.

Il paraît que ce disque devait originellement être une collection de morceaux que vous n’aviez pas encore utilisés.

C’est exact. Je souhaitais faire paraître des titres qui n’avaient jamais été sur disque, des sortes de curiosités mais je me suis aperçu qu’il valait mieux pour moi enregistrer un tout nouvel album avec des compositions qui tiennent mieux la route.

Vous enregistrez toujours chez vous ; qu’est-ce qui vous plaît dans ce processus ?

C’est le seul endroit dans lequel je me sens véritablement à l’aise. Il est difficile pour moi d’être aussi honnête ailleurs ou de prendre le temps d’expérimenter quand il y a des gens autour de moi. Je déteste avoir l’impression de faire perdre son temps à quelqu’un. Une des choses essentielles dans la création artistique est de trouver les choses par vous-même.

Vous ne vous sentez jamais trop isolé, introverti ou en manque de discipline, ne serait-ce que par l’horloge d’un studio vous disant que l’heure c’est l’heure ?

Se préoccuper du temps est LE problème Surtout dans celui qui se manifeste quand on est en studio. J’ai ma propre discipline et elle est innée. Sinon je ne vois pas comment j’aurais pu sortir tant de disques ! Je suis une personne très rigoureuse et, pour moi, les restrictions imposées par le temps, sont l’ennemi. Comment peut-on dire à une personne qui se sent inspirée d’arrêter à une certaine heure ? C’est comme si on avait permis à Picasso de ne peindre que trois heures par jour. En outre, me concernant, être seul est l’unique moyen de bien faire les choses. Je n’aime pas cette préoccupation qui s’introduit dans on esprit quand quelqu’un d’autre me donne son opinion. Remarquez il y a pire : la passivité flottante. Je n’aime pas jouer à l’hôte trop poli quand je suis dans mes habits de musicien.

Avez-vous besoin d’être dans un certain état d’esprit pour faire un disque de White Fence ? Arrive-t-il que Tim Presley se mette à se dire : « Ceci ne va pas aller dans un disque de White Fence » ?

Ça ne m’est arrivé que récemment, quand j’étais en train d’enregistrer un morceau et qu’à chaque fois que j’essayais d’y mettre une piste vocale, ça ressemblait à The Fall. Du coup, je le leur ai donné et je crois qu’il va être sur leur nouvel album.

Votre musique s’est toujours complu dans une sorte de chute libre psychédélique : quels sont pour vous les albums essentiels du genre ? Et parfois en réécoutez-vous avant d’enregistrer ?

Jamais, non ! C’est trop dangereux. Je traite plutôt cela comme un jeu de téléphone musical, comme si tout ce que j’ai écouté dans ma vie se coagule et se déforme. Mes décisions sont donc un mélange d’influences musicales du passé mais elles sont cabossées.

Je sais ce que mon cerveau pense de Moby Grape ; aussi quand je joue, chante ou enregistre, cette référence a parcouru la gamme de mon cerveau mais qu’elle a aussi capté d’autres influences en chemin. Au bout du compte, je peux très bien sonner comme The Geto Boys ce qui fait que le produit fini me sera intrinsèquement propre.

Il y a beaucoup de titres phares sur le disque, en particulier les improvisations acoustiques comme « Beat ». Qu’est-ce qui fait prendre une certaine direction à une composition ? Et quel est votre morceau favori ?

Pour moi, il y a toujours des petits moments-clés sur chaque chanson mais si je devais en choisir une ce serait « To The Boy I Jumped In The Hemlock Alley ». Mais ne me demandez pas pourquoi.

Rapid Talk: Interview de The Tribes.

Les rockers de Camden sortent un deuxième album, Wish To Scream, enegistré aux légendaires studios Sound City à Los Angeles. Le guitariste de The Tribes évoque cette évolution ainsi que son anticipation face à la future participation du groupe en première partie des Stones.

Pensez-vous que le climat ensoleillé de L.A. a rejailli sur ce nouvel album ou cela n’a-t-il aucune importance ?

Eh bien, nous avons passé 12 heures par jour en studio et c’est surtout lui qui a eu un effet sur le disque. C’est un endroit si impressionnant, ne serait-ce que par son histoire, sa tradition dans le domaine de la musique. Faire partie de cela ne peut pas ne pas vous influencer. C’était un honneur que d’être là et je suis assez fier de ce que nous avons pu y faire.

Y-a t-il des artistes ou des disques issus de l’histoire de Sound City qui ont pour vous une valeur particulière ?

Fleetwood Mac, The Doors, Nirvana…Il est impossible de ne pas être impressionné par ça et la salle d’enregistrement n’a pas beaucoup changé depuis me suis-je laissé dire. Il y a cette immense pièce ouverte et blanche qui dégage une atmosphère d’énergie magique dès que vous y pénétrez.

Les morceaux de Wish To Scream sonnent en effet plus amples…

C’est vrai, il y a quelque chose de plus aéré. C’est ce que le studio nous a permis de développer. On a dore notre premier album, il était tendu, en colère mais nous voulions que celui-ci puisse disposer de plus de place pour respirer. Les nouveaux titres ont été composés sur la route, au fond d’un bus et à la guitare acoustique. C’est pour cette raison que ce changement s’est opéré. Quand vous êtes en tournée, vous ne pouvez qu’épouser un son qui l’accompagne.

Il y a aussi une tonalité plus pensive, presque mélancolique : est-ce aussi le produit des tournées ?

Je crois que c’est le contraire, en fait. Le premier album était plus rétrospectif, évoquait plus l’idée de grandir. Celui-ci regarde plus vers l’avant, vers une volonté de trouver notre propre identité. Je dirais qu’il est plus optimiste.

Vous allez jouer certains de ces titres devant une grosse foule pour le concert des Stones à Hyde Park…

On en a interprété déjà quelques uns et les réactions ont été assez bonnes. K’aspect « luve » est important pour nous : c’est le reflet le plus honnête de ce que nous essayons d’achever et jusqu’à présent ça a toujours été positif.

Il y a eu aussi quelques passages à la radio aussi les gens commencent à les connaître, à comprendre les paroles. Bien sûr c’est différent de ce que nous faisions avant ; ça oplaira à certains et pas à d’autres…

Et comment avez-vous été mis en rapport avec les Stones ?

(Rires) Je ne sais plus ! Johnny (Lloyd, chants) m’a appelé un jour et m’a dit : « Tu ne devineras jamais ce qui nous arrive ! » C’est notre agent qui a réussi ce tour de force, c’est lui qu’il faut remercier. C’est incroyable, un privilège absolu. J’espère pouvoir leur serrer la main…

Hang out with Keith Richards?

Just shaking his hand would be more than enough. Don’t want to push it! (Laughs)

Comment vous est venu ce titre, Wish To Scream ?

J’étais dans un bar en Allemangne ; on été un peu bourrés et on discutait de tout et de rien. L’expression est venue avant même que nous n’ayons composé quoi que ce soit.

Le nouveau clavier est-il un vrai membre du groupe ou est-il là pour les concerts ?

C’est un ami. On l’a rencontré à une fête où il jouait du piano. Il est toujours resté au fond de notre esprit et quand on est parti en Californie et qu’on a eu besoin d’un piano on a tout de suite pensé à le faire venir. On a hâte de pouvoir composer avec lui.

Avez-vous tendance à emmagasiner des titres et en avez_vous en réserve pour un troisième album ?

On est toujours en train d’écrire. Parfois on retravaille un morceau mais en général on se concentre surtout sur du nouveau matériel. On en a déjà un peu et on va bientôt recommencer çà enregistrer.

Rod Stewart: « Time »

Il y a belle lurette que la crédibilité « rock » de Rod Stewart a disparu. Entre « jet set » et albums de reprises qui peinaient à émuler les brillantes tentatives de Bryan Ferry dans le registre « crooner » celui qui fut une des plus belles voix de la musique populaire anglaise n’était plus attendu par personne.

Time voit pourtant , semble-t-il, le vocaliste retrouver sa muse puisqu‘il agit du premier album intégralement composé par Stewart depuis 20 ans.

Comme pour ce type de retour et, contrairement à celui de David Bowie, celui-ci ne laisse qu’une impression mitigée. Sans doute est-ce un tribut laissé par ses dernières manifestations, les compositions les plus intéressantes seront les plus lentes et les plus introspectives : « Brignton Beach » et ses guitares acoustiques et le country-jazz façon Ray Charles de « Pictures In A Frame ».

Autres bons moments, certains « rockers » qui parviennent à fonctionner : « Live the Life » rappellera « Maggie May » grâce à son violon, « Finest Woman » les Faces avec ses arrangements de cuivres punchy ou le « single » « It’s Over ».

Moins concluantes seront les productions où les synthés vont s’emparer de l’affaire, tout particulièrement un « Sexual Religion » dont le titre en soi devrait nous faire fuir.

En même temps peut-on reprocher à Stewart cette gouaillerie de mauvais goût qui l’a toujours caractérisé ? Soyons juste satisfait que le temps n’ai pas eu prise sur la voix et que celle-ci pourrait encore se mettre au service de compositions qui tiendraient la route.

★★☆☆☆