Grum: « Deep State »

11 janvier 2020

Grum est un producteur et dj écossais equi sort ici son deuxième album. Enfin, pour être plus précis, il me faut vous dire que les titres contenus ici sont déjà connus pour partie par les fans de l’artiste. Celui-ci est loin d’être un nouveau venu sur la scène electro, puisqu’il a obtenu pour son premier album Heartbeats (en 2010) le titre de numéro un de la liste Itunes dance albums, et la reconnaissance qui va avec. Tout semblait aller pour le mieux, et ce deuxième opus était prévu pour 2014. Une fois ce disque digéré, on aura envie de se reploger très vite dans l’univers du bonhomme. « Deep state » ouvre le bal avec sa mélodie très kraut, entre un Kraftwerk et un Tangerine Dream. « Stay », plus contemporain, a des accointances avec un Vitalic. « Lose control » est plus progressive.

L’enchaînement des trois est assez bien pensé, puisqu’il étale la quasi-totalité des influences à l’ouvre sur ce disque. Le rythme est bien présent tout au long de cette œuvre, la mélodie au premier plan, le côté dansant évident. On n’échappera pas à une certaine familiarité entre les titres, mais elle n’est pas plus gênante que ça, puisque chaque titre, chanté ou pas, est réussi. Bien sûr, ça reste assez mainstream, ne vous attendez pas à des expérimentations dans tous les coins, mais ça vaut le coup sion apprécie les disques electro efficaces et directs.

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Moor Mother: « Analog Fluids of Sonic Black Holes »

24 novembre 2019

Il y a beaucoup de choses contenues — comme sous un couvercle sur le point d’exploser — dans cet Analog Fluids of Sonic Black Holes, second disque de la poète-militante-musicienne philadelphienne Camae Ayewa. La spoken-wordiste spirituelle et affranchie découd les mythes d’une Amérique bâtie à la sueur du front de ses ancêtres, aidée de textes à forte connotation anticolonialiste, de field-recording, d’un rap stoïque, de spirituals, de collaborations fructueuses et de moments de transe danse rarement vus ailleurs.

Si Analog Fluids maîtrise sa direction avec plus de certitude que Fetish Bones (2016), le penchant studio de l’œuvre d’Ayewa (elle a aussi récemment fait paraître un recueil de poésie) fait pâle figure à côté de son incarnation sur scène. On oserait même dire que ce disque ne sert que de prétexte au travail scénique. Véritable gourou de l’occulte sonore, Moor Mother est un nouveau genre d’artiste. Soniquement, les machines priment, mais l’instrument principal, c’est le charisme.

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Konradsen: « Saints and Sebastian Stories »

25 octobre 2019

Konradsen est un duo norvégien composé de la chanteuse et pianiste Jenny Marie Sabel et du musicien multi-instrumentiste Eirik Vildgren qui nous offre une pop expérimentale des plus envoûtantes telle qu’elle se dévoile sur leur premier album nommé Saints and Sebastian Stories.

En treize morceaux, on se laisse emporter par ces notes de piano cristallines ainsi que la voix somptueuse de Jenny Marie Sabel qui habillent les morceaux immersifs comme « Never Say A » en guise d’introduction mais également « Television Land », « Dice » et « Baby Hallelujah ». À l’écoute de ces titres, on plonge dans l’intimité de Konradsen avec ces arrangements sur mesure et la plume touchante du duo d’Oslo avec cette touche expérimentale qui viendra relever le tout sur « Big Bruce » et « Cosmic Kid Vibration ».

Lorsque Jenny Marie Sabel n’est pas au premier rang, son acolyte Eirik Vildgren fait plutôt bonne impression avec l’electro cestalline qu’est « Warm Wine ». Pour le reste, Konradsen semble être partagé entre Death Cab For Cutie des débuts mais également Black Marble notamment sur « No One Ever Told Us » et « Odd Mistake ». Mention spéciale aux arrangements cuivrés de « Red To Rhyme » venant apporter plus de couleur à ce premier album inventif et émotionnant. Saints and Sebastian Stories est à écouter dans toutes les bonnes chaumières.

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r beny: « Echo’s Verse »

22 août 2019

Cela fait trois ans que le Californien Austin Cairns nous livre sous l’alias r beny de somptueux albums ambient faisant scintiller les nappes de synthétiseurs modulaires et les loops de cassettes consommées comme des étoiles au-dessus de nos têtes. Après l’album eistla l’année passée Echo’s Verse est un nouveau ravissement sensoriel ajoutant parfois à ses valses électroniques un mellotron conférant à l’ensemble une touche légère de modern classical. Mais c’est bien un ambient cotonneux, délicat, volatil et suspendu au temps qui prédomine ici à travers ces six compositions mastérisées soit dit en passant par l’indispensable Ian Hawgood.

Toujours loin de s’embourber dans un genre d’ambient à la superficialité new age, le travail d’Austin Cairns reste une recherche constante de l’émerveillement voire de la beauté pure. Cette recherche ne peut se faire qu’en profondeur et r beny (en minuscule) prolonge ici une réflexion sur le rôle que possède l’écho dans la musique. Comment ce dernier pourrait justement créer une forme nouvelle de beauté à partir d’un son initial et solitaire, ou comment la complémentarité entre un son originel et son écho peut dessiner de nouveaux éléments non plus que musicaux mais également émotionnels tels que la joie, l’espoir, la mélancolie, etc.

Echo’s Verse est une autre de ces rares gemmes lancées dans la sphère electro-ambient par un compositeur à suivre de près.

***1/2


Hippo Campus: « BAMBI »

4 décembre 2018

2017 a a été un année florissante pour Hiopo Campus avec leur album Landmark ainsi que leur EP Warm Glow. Satisfaits de ce succès, le quatuor de St. Paul n’est pas du genre à rester les bras croisés et on en veut pour preuve leur successeur intitulé BAMBI.

Une fois de plus, Jake Luppen et ses acolytes comptent se démarquer de la concurrence avec des compositions pop pour les moins audacieuses. Et cela s’entend sur l’introduction cosmique intitulée « Mistakes » totalement surréelle et inquiétante et à mille lieues de ce que l’on a entendu chez Hippo Campus mais aussi sur les sonorités 8-Bit de l’interstellaire « Anxious » ou d’autres plus glitch sur « Doubt ».

A travers ces stonalités inédites tout au long de l’album, le groupe de Minnesota explore les thèmes des angoisses permanentes de Jake Luppen par rapport à la société et ses doutes sur son cercle social qui le rongent jour après jour.

Au milieu des influences multiples qu’habillent des morceaux dominés aux claviers et synthés futuristes comme l’éthéré et avant-gardiste « Think It Over », la montée en puissance de « Bubbles » mais encore du plus percutant « Golden », les guitares ont quand même leur mot à dire sur des titres beaucoup plus indie rock à l’accoutumée comme sur « Why Even Try » et « Honestly ».

En dix morceaux et en 33 minutes de musique, Hippo Campus continue à se réinventer et à exorciser les doutes sur le monde qui les entoure et BAMBI le capture plutôt bien malgré ses moments surprenants.

***1/2


Aquilo: « Silhouettes »

30 mars 2017

Des plages de pianos placides, de cordes brassées et secouées forment la base et le ferment de ce « debut album » de Aquilo. Rarement le terme de travail d’orfèvre na autant mérité son nom.

Opulence de morceaux délicatement surfilés ensemble, une voix qui vise à vous magnétiser, des phrasés qui vous forcent à vous arrêter et prêter l’oreille ; il n’est question que de cela dès le titre d’ouverture donnant son nom à Silhouettes.

Appellation judicieusement choisie, que ce soit grâce à la délicatesse tendre d’un « Human » s’écoulant comme des vaguelettes ou, mieux encore, sur un « Sorry » atmosphérique suintant d’émotion.

Quand « Never Again » apporte furtivement une touche un peu plus enlevée, il ne brise aucunement la « vibe » cohérente de l’opus. Tout eu mieux au contraire, sert-il à incarner sa beauté auditive et sa musicalité.

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Andrew Weatherall: « Convenanza »

7 juin 2016

Le producteur et DJ Andrew Weatherall a été avec Paul Oakenfold une des deux figures de l’explosion acid house à Manchester où ils aidèrent des groupes comme Happy Mondays ou Primal Scream à découvrir la « dance music ». Weatherall a ensuite développé des inclinaisons plus excentriques et est demeuré une figure culte dans le cercle de la « dance » moins commerciale.

Ses remix pour My Bloody Valentine, Saint Etienne ou Björk ainsi que ses projets électroniques ont grandement influencé les années 90. C’est un pionnier de l’electro, moins renommé pour ses disques en solo dont Convenanza est le dernier avatar.

Soniquement, l’opus distille les signatures habituelles chez lui, post-punk, dub, acid house, ambient, cosmic disco, Krautrock et psychedelic rock. On pourra évoquer Clash dans ses mouvances « dance » ou un Public Image Limited plus bluesy. le travail de guitare punk-funk fera plus penser à une disque de rock que d’electro ; on en retiendra alors une sensation , celle d’un équilibre instable entre deux univers musicaux qui peinent à fusionner ? Si on ajoute un phrasé monotone, on conclura que le niveau de bizarrerie recherché sonne plus comme un effort laborieux que comme un produit achevé.

**1/2


Venetian Snares: « Traditional Synthesizer Music »

16 mai 2016

Aaron Funk est une sorte de légende en ce qui concerne la chose obscure. Le Canadien a déjà sorti un album dont le thème est basé sur le meurtre d’un enfant (Doll Doll Doll) qu’il conjugue musicalement avec une appétence pour l’absurde et l’aventureux sous forme d’electronica. On retrouve le même sens de menace sur Traditional Synthesizer Music, un disque sur lequel il sonne revigoré et rafraîchi.

On peut trouver un titre comme «  Everything About You Is Special » sarcastique mais, dès «  She Married a Chess Computer in the End » ou «  Magnificent Stumble v2 » Funk semble honnêtement sincèrement être dans la réjouissance.



Collégial et convivial, l’opus est né de l’acquisition d’une boîte à rythmes lui donnant une tonalité sautillante de complexes et multiples séances d’enregistrement pour donner à chaque composition une atmopshère différente. On en sort avec l’impression d’assister à une jam session qui semble à chaque fois au bord du déraillement avant qu’elle ne retrouve des structures plus fluides. Le résultat en est profond et la résonance d’autant plus forte qu’elle a pris l’option de la réjouissance désordonnée.

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Ra Ra Riot: « Need Your Light »

5 mai 2016

L’énergie de Ra Ra Riot a toujours été indéniable ; elle l’est encore plus sur ce quatrième album. Précédemment, elle se voulait porteuse d’impacts (les titres de Beta Love ne dépassaient pas 4 minutes), sur Need Your Light , le combo éprouve le besoin de s’étendre un peu plus dans l’electronica tout en conservant une approche chamber ou baroque pop.

Cette nouvelle approche n’est pourtant pas prédominante, Need Tour Light se veut un « partry album » mais elle n’est qu’un des éléments de l’équation.

S’il y a des synthés, ils sont constitués de riffs qui louchent vers la mouvance « heavy » et le groove qui aurait pu être « dance » va plutôt voir du côté du honky-tonk que de l’electro. Le résultat en est un opus qui balance mais qui va plutôt voir dans ce qui se faisait il y a une dizaine d’années que d’une échappée sans retour.

Le travail rythmique est, ici, fondamental et le « single, » « Water », exemplifie à merveille la fusion de tous ces styles pour atteindre un sommet « symphonico électronique » et célébratoire.

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Peaches: « Rub »

10 octobre 2015
Rub voit Peaches revenir vers ce son électro puriste et, en même temps, plus crade, rouillé et méchant et proche de XXX auquel Peaches nous a habitués.
Kim Gordon et Fzist y font ici des apparitions en qualité d’invités mais c’est ce que Peaches effectue qui s’avère des plus intéressant. L’humour semble en être parti et cette évaporation se remarque particulièrement sur un « I Mean Something » ponctué d’interjections autoritaires.

La spirale s’exerce alors vers le bas et la destruction dans laquelle des odes à la sexualité de groupe et des chansons de ruptures terrifiantes accentuent la noirceur du ton. Celle-ci ne sera que brièvement distraite que sur un « Vaginoplasty » teinté d’une lassitude où le besoin de reconstruction apporte une lueur bien faiblarde  mettant encore plus en exergue  cette absence d’aménité qui constitue le disque
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