Hippo Campus: « BAMBI »

2017 a a été un année florissante pour Hiopo Campus avec leur album Landmark ainsi que leur EP Warm Glow. Satisfaits de ce succès, le quatuor de St. Paul n’est pas du genre à rester les bras croisés et on en veut pour preuve leur successeur intitulé BAMBI.

Une fois de plus, Jake Luppen et ses acolytes comptent se démarquer de la concurrence avec des compositions pop pour les moins audacieuses. Et cela s’entend sur l’introduction cosmique intitulée « Mistakes » totalement surréelle et inquiétante et à mille lieues de ce que l’on a entendu chez Hippo Campus mais aussi sur les sonorités 8-Bit de l’interstellaire « Anxious » ou d’autres plus glitch sur « Doubt ».

A travers ces stonalités inédites tout au long de l’album, le groupe de Minnesota explore les thèmes des angoisses permanentes de Jake Luppen par rapport à la société et ses doutes sur son cercle social qui le rongent jour après jour.

Au milieu des influences multiples qu’habillent des morceaux dominés aux claviers et synthés futuristes comme l’éthéré et avant-gardiste « Think It Over », la montée en puissance de « Bubbles » mais encore du plus percutant « Golden », les guitares ont quand même leur mot à dire sur des titres beaucoup plus indie rock à l’accoutumée comme sur « Why Even Try » et « Honestly ».

En dix morceaux et en 33 minutes de musique, Hippo Campus continue à se réinventer et à exorciser les doutes sur le monde qui les entoure et BAMBI le capture plutôt bien malgré ses moments surprenants.

***1/2

Aquilo: « Silhouettes »

Des plages de pianos placides, de cordes brassées et secouées forment la base et le ferment de ce « debut album » de Aquilo. Rarement le terme de travail d’orfèvre na autant mérité son nom.

Opulence de morceaux délicatement surfilés ensemble, une voix qui vise à vous magnétiser, des phrasés qui vous forcent à vous arrêter et prêter l’oreille ; il n’est question que de cela dès le titre d’ouverture donnant son nom à Silhouettes.

Appellation judicieusement choisie, que ce soit grâce à la délicatesse tendre d’un « Human » s’écoulant comme des vaguelettes ou, mieux encore, sur un « Sorry » atmosphérique suintant d’émotion.

Quand « Never Again » apporte furtivement une touche un peu plus enlevée, il ne brise aucunement la « vibe » cohérente de l’opus. Tout eu mieux au contraire, sert-il à incarner sa beauté auditive et sa musicalité.

****

Andrew Weatherall: « Convenanza »

Le producteur et DJ Andrew Weatherall a été avec Paul Oakenfold une des deux figures de l’explosion acid house à Manchester où ils aidèrent des groupes comme Happy Mondays ou Primal Scream à découvrir la « dance music ». Weatherall a ensuite développé des inclinaisons plus excentriques et est demeuré une figure culte dans le cercle de la « dance » moins commerciale.

Ses remix pour My Bloody Valentine, Saint Etienne ou Björk ainsi que ses projets électroniques ont grandement influencé les années 90. C’est un pionnier de l’electro, moins renommé pour ses disques en solo dont Convenanza est le dernier avatar.

Soniquement, l’opus distille les signatures habituelles chez lui, post-punk, dub, acid house, ambient, cosmic disco, Krautrock et psychedelic rock. On pourra évoquer Clash dans ses mouvances « dance » ou un Public Image Limited plus bluesy. le travail de guitare punk-funk fera plus penser à une disque de rock que d’electro ; on en retiendra alors une sensation , celle d’un équilibre instable entre deux univers musicaux qui peinent à fusionner ? Si on ajoute un phrasé monotone, on conclura que le niveau de bizarrerie recherché sonne plus comme un effort laborieux que comme un produit achevé.

**1/2

Venetian Snares: « Traditional Synthesizer Music »

Aaron Funk est une sorte de légende en ce qui concerne la chose obscure. Le Canadien a déjà sorti un album dont le thème est basé sur le meurtre d’un enfant (Doll Doll Doll) qu’il conjugue musicalement avec une appétence pour l’absurde et l’aventureux sous forme d’electronica. On retrouve le même sens de menace sur Traditional Synthesizer Music, un disque sur lequel il sonne revigoré et rafraîchi.

On peut trouver un titre comme «  Everything About You Is Special » sarcastique mais, dès «  She Married a Chess Computer in the End » ou «  Magnificent Stumble v2 » Funk semble honnêtement sincèrement être dans la réjouissance.



Collégial et convivial, l’opus est né de l’acquisition d’une boîte à rythmes lui donnant une tonalité sautillante de complexes et multiples séances d’enregistrement pour donner à chaque composition une atmopshère différente. On en sort avec l’impression d’assister à une jam session qui semble à chaque fois au bord du déraillement avant qu’elle ne retrouve des structures plus fluides. Le résultat en est profond et la résonance d’autant plus forte qu’elle a pris l’option de la réjouissance désordonnée.

***

Ra Ra Riot: « Need Your Light »

L’énergie de Ra Ra Riot a toujours été indéniable ; elle l’est encore plus sur ce quatrième album. Précédemment, elle se voulait porteuse d’impacts (les titres de Beta Love ne dépassaient pas 4 minutes), sur Need Your Light , le combo éprouve le besoin de s’étendre un peu plus dans l’electronica tout en conservant une approche chamber ou baroque pop.

Cette nouvelle approche n’est pourtant pas prédominante, Need Tour Light se veut un « partry album » mais elle n’est qu’un des éléments de l’équation.

S’il y a des synthés, ils sont constitués de riffs qui louchent vers la mouvance « heavy » et le groove qui aurait pu être « dance » va plutôt voir du côté du honky-tonk que de l’electro. Le résultat en est un opus qui balance mais qui va plutôt voir dans ce qui se faisait il y a une dizaine d’années que d’une échappée sans retour.

Le travail rythmique est, ici, fondamental et le « single, » « Water », exemplifie à merveille la fusion de tous ces styles pour atteindre un sommet « symphonico électronique » et célébratoire.

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Peaches: « Rub »

Rub voit Peaches revenir vers ce son électro puriste et, en même temps, plus crade, rouillé et méchant et proche de XXX auquel Peaches nous a habitués.
Kim Gordon et Fzist y font ici des apparitions en qualité d’invités mais c’est ce que Peaches effectue qui s’avère des plus intéressant. L’humour semble en être parti et cette évaporation se remarque particulièrement sur un « I Mean Something » ponctué d’interjections autoritaires.

La spirale s’exerce alors vers le bas et la destruction dans laquelle des odes à la sexualité de groupe et des chansons de ruptures terrifiantes accentuent la noirceur du ton. Celle-ci ne sera que brièvement distraite que sur un « Vaginoplasty » teinté d’une lassitude où le besoin de reconstruction apporte une lueur bien faiblarde  mettant encore plus en exergue  cette absence d’aménité qui constitue le disque
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Owl City: « Mobile Orchestra »

Adam Young est l’homme derrière Owl City et on ne peut pas dire que ce cinquième album, même si il sera un énorme succès, marquera d’une pierre blanche la musique électronique.

Mobile Orchestra n’a de mobile que le titre et ne nous enflamme en aucune manière comme le ferait un orchestre. Le répertoire est terne et déstructuré et les pincettes de country pop et de soft rock qui l’assaisonnent ne relèvent en aucun cas la plat.

Si on était indulgent on pourrait y discerner des similitudes avec The Postal Services (« Bird With A Broken Wing) mais cela n’empêche pas le disque de verser dans une musique aseptisée et à cours de respiration.

Young s’emploie à délivrer un album intime malheureusement cet effort s’avère plutôt mièvre qu’autre chose. On pourrait presque parler ici de « mainstream electro » chose qui, et c’est tout dire, ne serait pas faire déshonneur au mainstream.

**

AM & Shawn Lee: « Outlines »

Troisième album toujours aussi transatlantique de ce duo composé du singer/songwriter de Los Angeles AM et du producteur multi-instrumentiste britannique Shawn Lee.

On y retrouve le même mélange limites crapuleux entre l’electro-pop, le funk, la soul et le disco propulsé par des synthés spacey, des vocaux doucereux et de accroches pop scintillantes version glitter.

La production est assez curieuse, comme si les artistes éprouvaientt le besoin de se mettre un peu en retrait de l’image ainsi véhiculée, une sobriété atypique mais bienvenue qui explique aussi le titre, Outlines, donné au disque.

On a donc droit qu’à une version schématique et fragmentée de la scène club-dance à laquelle on est habitué ; bref une approche minimaliste pour un genre qui en a bien besoin.

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Fink: « Horizontalism »

Horizontalism se sépare du précédent album de Fink, Hard Believer, dans la mesure où il reprend des éléments de ce dernier et en fait ici un disque hybride, ni follow up ni récréation.

Le trio semble avoir décidé de s’amuser malgré les tonalités sombres qui parsème l’opus paradoxe lié au choix de s’emparer de certains overdubs négligés de Hard Believer et de s’astreindre à une tâche qui est de les réinventer radicalement.

Ce qui va distinguer ces deux parallèles est que, au-delà d’une volonté de graviter autour du folk, Horizontalism va attacher plus d’importance à l’expérimentation au détriment des textes. Les vocaux vont être traités comme des objets sonores, prêts à être manipulés et recombiner de la façon la plus extrême qui soit.

Le projet en soi est intéressant dans la mesure où il émane du trio et non de producteurs extérieurs. Il témoigne de l’inspiration qui est le fil directeur de Fink ; en ce sens il justifie la notion que l’electro est aussi riche que les musiques dites « organiques ».

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Errors: « Lease of Life »

Le nouveau Errors est apparu en 2012 quand le combo de Glasgow passa de cinq membres à trois. L’évolution se marqua dès cette date avec des disques plus electro et club et la sortie de Lease of Life qui voit le groupe, signé dès le début sur le label de Mogwai Rock Action, continue de se baser sur cette esthétique de plus en plus assurée ne serait-ce que parce qu’elle ne craint pas de se référencer au passé pour aller vers de nouvelles directions.

L’« opener », « Colossal Estates », se montre ainsi plein de résolution avec un rythme apathique qui va se transformer en marche stridente couturée de vocaux féminins hachés. Les trois musiciens se sont entourés de Cecilia Stamp et ‘Beck Olivia (Magic Eye) pour assurer les voix et leurs contributions rehaussent le climat de l’album. On pourra noter les effets à la Stereolab sur la symphonie electro « Dull Care » ou sur un mastoc « Putman Caraibe » irrésistible dans son emploi de synthés datés 80’s qui valide la décision d’amener ces nouvelles voix pour adoucir le moule aiguisé de la techno.

Dès le chanson titre, ce deuxième morceau vous aura séduit avec ses beats fureteurs et en boucle rappelant Underwold en mode moins macho grâce en particulier à l’intervention d’un chant masculin en falsetto. « Slow Rotor » véhiculera, lui, un climat « ambient » tout comme un « Early Niights » sur un mode plus narcotique

Sur « Genuflection » on trouvera des bribes de « chill-out  acid house » et « Through the Knowledge of Those Who Observe Us » nous présentera une addition de toutes les facettes de l’electronica allant de Kfaftwerk et Trangerine Dream à la Techno de Detroit. Le fait que le morceau soit accompagné d’un choeur de 20 personnes transcende ce que l’on rencontre d’habitude sur le « dance floor » et s’avère un signe de la faculté qu’a Errors à nous faire écouter une musique connotée avec l’esprit ouvert. S’il est une seule chose que Lease of Life, c’est cet effort de notre part nous permettant de saisir ce qui, sous des rythme cinétiques, est l’émanation de coeurs foncièrement humains.

***1/2