Jason van Wyk: « Threads »

22 octobre 2021

Le compositeur, producteur et pianiste Jason van Wyk, basé au Cap, est signé sur le légendaire label n5MD de Mike Cadoo, basé à Oakland, pour son quatrième album studio solo, intitulé Threads. Nous avons entendu parler de van Wyk en 2016, lorsqu’il a sorti Attachment pour Eilean Rec, puis repris et remastérisé par Home Normal ; un album quon a décrit comme étant plein de beauté simple et non dissimulée, bien qu’avec des soubassements sophistiqués, se situant quelque part entre les tendres compositions pour piano solo de Nils Frahm et son propre jeu de nuit tranquille.

Il a enchaîné un an plus tard, une fois de plus sur Home Normal, avec Opacity, qui nous emmène de son studio intime vers la galaxie extérieure de son imagination, où, comme sur ce présent opus, les houles ambiantes qui s’élèvent lentement frôlent leurs homologues à cordes acoustiques pour une montée en scène sonore à large spectre dans le système solaire. Le piano a commencé à s’effacer en arrière-plan, tout en jouant un rôle essentiel dans une partition musicale. De ce fait, pour son dernier album, van Wyk s’aventure encore plus loin dans les atmosphères ouvertes et hautement texturées, créant avec soin un passage cinématographique pour le moment présent, que j’écoute en boucle maintenant, comme une bande sonore apaisante pour l’angoisse quotidienne.

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PinkPantheress: « to hell with it »

19 octobre 2021

PinkPantheress n’a sorti sa première chanson qu’en janvier dernier et elle s’est déjà imposée comme l’un des nouveaux talents les plus brillants et les plus dynamiques du Royaume-Uni. Star en devenir, elle est à la tête d’une nouvelle génération d’artistes qui créent de la musique étonnante selon leurs propres termes.

Sa première mixtape to hell with it est une introduction parfaite à l’esthétique enivrante de Pink Pantheress. D’abord remarquées sur TiKTok, ses chansons chatouillent l’oreille intimement ; il sont parfaitement formés, alignés sur des rythmes électroniques et des sons UK garage d’une simplicité trompeuse, mais extrêmement satisfaisants. Il s’agit d’un mélange dynamique entre la nostalgie et le présent, comme en témoigne son premier titre « Pain », qui fait le buzz et qui s’appuie sur la bande-son du classique « Flowers » de Sweet Female Attitude, combiné à un chant habile et sans effort, jusqu’à ce que le tout soit haché et mélangé.

L’ambiance est celle de la vieille école qui se mêle à la nouvelle école dans une douce harmonie. C’est brut et rudimentaire, mais c’est ce qui le rend si excitant. La meilleure partie de cetalbum n’est pas seulement la façon dont il sonne. Ce n’est pas non plus simplement la qualité des chansons. C’est la promesse de ce qui est à venir : quelque chose de vraiment très spécial.

***1/2


Sarah Davachi: « Antiphonals »

19 octobre 2021

Tout ce qui concerne l’étonnant et tentaculaire Antiphonals est baigné dans une mer de merveilles ; intemporel, doux et captivant. Sarah Davachi a une capacité exceptionnelle à créer des enceintes sonores immersives où l’on peut se sentir en sécurité pour réfléchir aux émotions les plus lourdes et vagabonder librement dans notre propre esprit. Mais sa musique n’est pas sûre, c’est même tout le contraire. En créant ces cocons sonores enveloppants, Davachi nous envoie dans les zones les plus sombres sans nous méfier.

Antiphonals se déplace avec aisance, un large éventail d’instruments fondus ensemble en synchronisation. Des plumes solennelles dans des accords surprenants sont des portes ouvertes sur « Chorus Scene », un signe de bienvenue, estompé mais toujours présent. Il crée l’ambiance comme un rideau qui se lève pour révéler le vaste dôme sourd de « Magdalena ». Des braises montantes éclairent un chemin introspectif, la touche retenue de Davachi déverrouille la chaleur affective d’Antiphonals. Peu d’artistes communiquent autant avec quelques notes étirées et enroulées autour d’elles comme des puzzles complexes, où se concentrer trop sur le son éloigne de l’émotion qui imprègne la musique de Davachi. « Magdalena » est un chef-d’œuvre de raffinement, qui laisse respirer chaque accord.

Même si c’est dans les morceaux les plus longs que notre esprit vagabonde le plus, les morceaux courts sont tout aussi évocateurs. « Gradual of Image » est une danse sombre et fantaisiste de guitare acoustique et d’orgue, valsant à travers des paysages en décomposition comme un rappel de notre perte collective. Dans les plis indulgents entre le doux fingerpicking et les drones en expansion, les souvenirs deviennent définitivement gravés dans le verre, un sanctuaire de la solitude. « Border of Mind » se trouve au bord du précipice de la libération et de la folie, l’isolement devenant une béquille vicieuse. La dissonance s’infiltre dans les changements d’accords répétitifs pour perturber l’équilibre méditatif, un sonnet pour le chemin qui s’assombrit ; une question posée au vide alors que quelques secondes supplémentaires de silence pèsent lourd à la fin.

Il est, en outre, nécessaire mentionner à quel point on aime et apprécie la qualité sonore de l’enregistrement de Davachi. Il y a une douce couche de sifflement sur tout l’album qui agit comme un délicat tissu conjonctif. Lorsque Antiphonals se termine par les lamentations tranquilles de la ruminative « Two Flutes », ce flou vaporeux reste inébranlable. Davachi tisse une couverture sonore complexe qui nous donne le temps de nous demander si nous voulons nous cacher un peu plus longtemps ou étouffer l’air caustique qui continue de brûler comme un millier de soleils. Antiphonals ne nous donne pas la réponse, mais ses étendues sonores séduisantes et contemplatives nous donnent le temps de trouver notre propre chemin.

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Erik Jarl: « Spectrum Confusion »

9 octobre 2021

Le Suédois Erik Jarl a une longue discographie qui remonte à plus de 20 ans. Son dernier effort se situe dans le domaine de l’avant-garde électronique, quelque part entre l’ambient sombre à base de synthétiseurs, la musique kosmiche des années 1970 (pensez à Klaus Schulze) et les manipulations générées électroniquement de Roland Kayn. Composé de trois titres, chacun d’une durée de 12 à 21 minutes, Spectrum Confusion est à la fois vaste, majestueux, spacieux et étrange.

La première piste, intitulée « Spectrum Confusion Part 1 », présente des tonalités oscillantes provenant de couches de synthés. Il y a un élément brut de grésillement dans certains d’entre eux, tandis que d’autres sont plus lisses.

Chaque voix semble être mise en boucle, s’élevant et s’abaissant selon son propre modèle. Celles-ci se construisent lentement les unes sur les autres, avec de courts motifs répétitifs clairement discernables parmi un mur de bruit croissant. Vers le milieu de la piage, la nature du morceau change et comprend un plus petit nombre de pulsations cosmiques. Les boucles sont à nouveau utilisées, ainsi que les échos. Cette approche s’intensifie, strate après strate, jusqu’à ce que l’on puisse entendre au moins une demi-douzaine d’éléments distincts, ce qui amène la composition à un crescendo. Les deux autres morceaux suivent le même chemin, explorant des variations chatoyantes et bruyantes sur ces thèmes.

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The Masamune: « The Masamune »

9 octobre 2021

Ce producteur d’Atlanta The Masamune propose ici un EP en forme de prélude à son prochain album sur OHM, Resistance.

Maniant l’art de la deep bass drum&bass, The Masamune offre un aperçu de sa capacité indéniable à mélanger des éléments de musique classique à des rythmes effrénés, créant ainsi des zones chaotiques aux lumières vacillantes.

The Masamune se joue, et s’amuse ?, des frontières des genres, composant des mélodies d’un futur ravagé par les flammes d’Armageddon ; dans ce qui est censé être une lutte incessante entre les forces du mal et du bien, il nous propose ses espaces chaotiquesdont les chocs souterrains sont recherchés et incessants. À ce titre, The Masamune est rès fortement recommandé.

***1/2


Turnstile: « Glow On »

29 août 2021

Tout juste après avoir sorti leur EP Turnstile Love Connection il y a quelques semaines, Turnstile est de retour avec encore plus de preuves qu’il est l’un des groupes les plus vitaux du hardcore moderne. Après avoir suscité un engouement considérable avec leurs premiers travaux – et l’avoir consolidé avec le premier album sur le label Roadrunner, Time & Space, en 2018 – le groupe de Baltimore utilise son troisième album pour continuer à repousser les limites préconçues du genre. Certes, Glow On n’a rien à envier aux meilleurs d’entre eux, mais il est doté d’un esprit encore plus frais et plus exploratoire.

Si le « single » principal, « Holiday », a pour vocation d’être une catharsis pure et dure, ion trouve aussi, sur un autre registr, les guitares décolorées par le soleil de « Underwater Boi », l’introduction discrète au piano de « Fly Again » » (qui, il est vrai, ne tarde pas à céder la place à de gros riffs), et les percussions expérimentales de « Wild Wrld » qui ressemblent à une nouvelle version de The Shape of Punk To Come de Refused. Même l’ajout de Blood Orange sur deux morceaux est transparent, sa voix se fondant de façon rêveuse dans le morceau brumeux « Alien Love Call » . Et s’il serait facile de penser que le groupe a perdu de son mordant, ce n’est pas du tout le cas. Un effort revigorant et palpitant – qui est finalement très amusant – Glow On montre à quel point le hardcore peut devenir innovant.

**1/2


Villagers: « Fever Dreams »

22 août 2021

La vulnérabilité a toujours été la force de Conor O’Brien. Villagers existe dans l’espace qui mesure la distance entre la confiance de l’auteur-compositeur lauréat de l’Ivor Novello Award et son incertitude. Les moments de plaisir nés dans les interstices de cette inconnue sont les moments où la meilleure musique de Villagers embrasse le ciel. 

Rappelez-vous dix ans en arrière et son interprétation saisissante de Becoming a Jackal dans l’émission Later… with Jools Holland et calculez les kilomètres parcourus entre cette prestation acoustique et l’ambiance Marvin Gaye-Fronts-The-Flaming-Lips du sensationnel « So Simpatico » du nouvel album Fever Dreams. C’est ce que font les grands artistes avec l’âge : ils s’améliorent.

***1/2


Ana Foutel & Edgardo Palotta: « Ritual »

4 août 2021

Enregistré à Buenos Aires au premier semestre de cette année, Ritual est la deuxième collaboration entre la pianiste/percussionniste Ana Foutel et le multi-instrumentaliste Edgardo Palotta. Le fait que l’enregistrement ait été réalisé en direct en présence des deux musiciens ne serait pas remarquable dans des circonstances ordinaires, mais à l’époque du COVID, il représente une affirmation presque provocante de la durabilité des liens humains.

Cette connexion est amplement démontrée par la musique acoustique sûre d’elle que les deux musiciens ont enregistrée. Foutel et Palotta explorent un spectre de possibilités d’improvisation allant des duos mélodiques aux confrontations de sons abstraits.

Le tout premier morceau, par exemple, introduit l’ensemble avec le travail de stentor mais pourtant mélodieux de Palotta, qui recouvre avec force l’élégant pianisme de Foutel. En revanche, un morceau comme Acá no nieva passe en douceur de sons à base de hauteurs à des sons non aigus, avec la flûte indienne de Palotta comme pivot. En plus de la flûte indienne, Palotta joue de la clarinette basse, de la clarinette et de la contrebasse pizzicato. Sur les trois morceaux où l’on retrouve ce dernier instrument, Palotta énonce des figures répétées, variant lentement, que Foutel reprend au piano et transforme par des variations d’hélice.

***1/2


The Transcendence Orchestra: « All Skies Have Sounded »

1 juillet 2021

The Transcendence Orchestra présente son mystérieux et cathartique troisième album studio All Skies Have Sounded, un opus qui poursui t et prolonge ce que lon avait déjà perçu sur Feeling The Spirit , le projet de drone ambiant d’Anthony Child et Daniel Bean, sorti en 2020.

Les deux artistes continuent ainsi de nous faire voyager dans les profondeurs d’une ambient vaporeuse, à grands coups de synthéfiseurs nous transportant dans des contrées cosmiques à la beauté enveloppante.

Chaque sonoritése veut une ode à l’élévation de l’esprit sise, toutefois, dans noirceur omniprésente faite de monolithes spatiau qui seraient issus dces rivages égarés dans l’infini de la voie lactée.

Le duo développera ainsi des climats volant dans un univers sombre, se mouvant au gré de vaques synthétiques et se bourrissant des mélodies tournoyantes comme pour parvenir à ladite transendance au moyen des décharges apaisantes qui ponctent ses titres et qui parachèvent à merveille la volonté hypnotique des ons de ces cieux ici évoqués.

***1/2


Technicolor Blood: « Technicolor Blood »

6 juin 2021

De la musique pour plonger. Profond. Ou pour s’envoler. Loin. Il y a quelque chose de thérapeutique dans ce rock de garage trempé dans la psychedelia à fort dosage de pissenlits hallucinogènes. Ça permet d’échapper au présent pesant. Chacun des six titres de ce premier 33 tours du quatuor (après deux 45 tours) est en cela un point de départ sans point d’arrivée déterminé. Il fait bon se perdre dans l’espace en compagnie de la dénommée Sonic Space Sister, quelque part entre les 13th Floor Elevators et The Cult.

L’immersion dans les distorsions des guitares et des synthés d’origine dans Mœbius ou Never Command est pareillement salutaire : on oublie tout, on ne sait plus si on flotte où si l’on se noie, on suit le courant, et puis voilà ! Ils savent y faire, ces quatre aguerris du bruit lancinant d’ici : les lascars ont déjà exploré pas mal de mondes dans leurs groupes d’avant, notamment Spacy Steph avec Le Chelsea Beat. Du bagage et des voyages : c’est la promesse. Et elle est tenue.

***1/2