Shedir: « Finite Infinity »

Deuxième elbum de l’artiste italienne, Shedir, un dique qui reprend où son album précédent, Falling Time, nous a laissés ; à savoir être à nouveau confrontés à d’épaisses étendues de drones flottants et à une utilisation complexe de « field recordings », exposant des techniques de conception sonore très habiles. Chaque objet, chaque lieu, chaque être contient une sorte de solitude inhérente qui est la pure essence de ce qu’il signifie être.

Lorsque l’essence d’une chose, sa solitude féroce et invisible, émerge, nous sommes confrontés au noyau subtil de l’être, solitaire comme la totalité des étoiles. Et l’effet, être ici, sur lnotre planète, accepter le silence, inscrit quelque chose sur les murs froids et brillants de nos âmes, un scintillement fini à travers l’infini.

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Sarah Davachi: « Cantus, Descant »

Le mot latin « cantus » fait référence au chant, et l’expression qui en descend signifie une mélodie dans le registre aigu, généralement chantée ou jouée sur une mélodie de base. Il s’agit d’un procédé polyphonique à deux voix développé en France et en Italie il y a près de mille ans. Inspirée par ce concept ancien, Sarah Davachi propose 17 pistes qui sont contemplatives, méditatives, sensuelles, propices à la méditation et à la relaxation. À quelques exceptions près, le nouveau projet de la Californienne évoque la musique sacrée des époques baroque et pré-baroque… ou peut-être pas, à y regarder de plus près. L’utilisation fréquente d’orgues à tuyaux conduit à cette perception, mais il apparaît rapidement que la linéarité minimaliste des propositions, la nature de leurs structures harmoniques et la superposition d’autres sources électroniques ou instrumentales (mellotron, piano, synthétiseur modulaire, voix) témoignent d’une pensée compositionnelle véritablement contemporaine.

Cela dit, ces œuvres ne sont pas très dissonantes, s’inscrivant généralement dans des gammes mélodiques pré-contemporaines. Leur traitement textural n’a cependant pas grand-chose à voir avec le Moyen Âge ou la Renaissance. En outre, ces dernières années, il est devenu évident que l’orgue fait un retour en force dans le monde de la musique contemporaine (instrumentale ou électronique), et Sarah Davachi fait certainement partie de ce mouvement, tout comme le compositeur canadien Kara-Lis Coverdale, par exemple. Une fois de plus, nous pouvons constater l’étonnante affinité entre la musique ancienne et la musique contemporaine, et Sarah Davachi en fournit une preuve lumineuse.

***1/2

Coray Flood: « Hanging Garden »

Ce trio indie-pop de Philadelphie Corey Flood, dirigé par Ivy Gray-Klein, aborde ses craintes avec une ambivalence lo-fi.  « Heaven Or », un peu de travers et se dissocie de l’affirmation « Je sais ce que j’ai vu » (I know what I saw), alors que le cacophonique « Slow Bleeder » utilise l’anémie de Gray-Klein comme métaphore de sa peur de l’intimité : « Ça prend du temps / Mais je serai là.» (Takes time / But I’ll be there).

Une certaine nervosité imprègne le premier LP du groupe, qui mène à de nouvelles découvertes musicales – les grooves de samba pulsés, les guitares floues de l’album plus proche « Poppies » – et émotionnelles aussi. Ainsi, comme le chante Gray-Klein sur « Down The Hill » en guise de profession de foi, « Il n’y a pas de honte à l’humilité » (There is no shame in humility).

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The Apartments : « In and Out of the Light »

Cet album du groupe de Peter Milton Walsh se caractérise par une mélancolie profonde, des paroles sincères et une ambiance à la fois feutrée et passionnée. Le son du groupe rappelle une version plus détendue de The Church (The Apartments sont également Australiens), bien que les paroles de Walsh soient nettement plus directes que celles de Steve Kilbey.

Il faudra peut-être s’habituer à la voix usée de Walsh, mais cela vaut la peine de faire un petit effort ; c’est l’instrument parfait pour transmettre le contenu lyrique fatigué, résigné et parfois nostalgique. Le morceau le plus fort de l’album, « What’s Beauty to Do », a peut-être des textures subtilement jangle-pop, mais son ton reste cohérent avec celui des autres albums. « Butterfly Kiss » est sombrement élégiaque, un cousin antipode de « Holocaust » de Big Star, avec trompette.

Une technique intéressante utilisée tout au long de l’album est la voix doublée de Walsh qui chante deux ensembles de paroles différents, parfois avec des mélodies différentes. L’effet de diaphonie est intentionnellement désorientant, mais il a pour effet d’attirer l’auditeur plus loin dans la musique. La musique est déjà invitante, mais ce sont les paroles de Walsh qui constituent le cœur de In and Out of the Light. Le déchirement a rarement été aussi agréable.

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Sweeping Promise: « Hunger For A Way Out »

Sweeping Promises est un groupe relativement récent puisque formé en 2018 et venu de Boston. Le combo interprète un style de musique tendu, lunatique, entraînant et anguleux qui intègre des éléments de post punk, de punk et de new wave dans leur son. 

En effet, musicalement, Sweeping Promises peut être comparé à des groupes tels que The Wipers, Moving Targets, The Estranged, Slant Six, Airfix Kits et d’autres groupes de même sensibilité.

Hunger For A Way Out est leur premier LP et, sur ledit opus, Sweeping Promises propose dix morceaux de post-punk, de punk et de new wave au son dépouillé, brutal, et epontané promettant une écoute qui ne doit absolument pas être manquée.

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Gary Olson: « Gary Olson »

Le nouvel album éponyme de Gary Olson, front-man de The Ladybug Transistor, est un opus de chamber-pop tout aussi élégant que les morceaux de The Clientele et The Left Banke. C’est l’un des véritables joyaux cachés de ce moment, et le genre de sortie qui réaffirme le respect de l’auditeur pour ce genr Gary Olson est, en quelque sorte le mini-metteur enscène d’un petit chef d’peuvre..

Gary Olson laisse ici quelque chose comme un « Giovanna Please » infiltré dans l’éther à l’image de Walker et Michael Brown. « Postcard from Lisbon » sera tout aussi bon et majestueu et si ces morceaux, comme les meilleurs de Gary Olson, ont un ton un peu résigné et fatigué du monde, il y aura d’autres passages qui sont plus enjoués. « A Dream for a Memory » se marie avec les figures de l’indie-pop, tandis que « Afternoon into Evening » est composé de riffs de C86 enroulés autour d’une composition de type Go-Betweens.

On trouvera aussi des titres accrocheurs, tout comme le superbe « Some Advice », une sélection qui suggère des dettes envers Love, Shack et The June Brides. Gary Olson n’a pas un rond mais il maintient une ambiance qui varie juste assez pour qu’un auditeur appréciateur soit enchanté tout au long de cette exécution sans failles.

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S.G. Goodman: « Old Time Feeling »

La chanson titre qui accompagne cet album est un euphémisme. Elle est toujours ancrée dans l’Americana mais se tisse dans le rock psychique et vous savez que vous restez sur vos gardes.

Élevée dans une famille d’agriculteurs stricte du delta du Mississippi, Goodman aborde son éducation dans le Sud avec un désir ardent d’un avenir progressif avec des images vives. Ce premier album ressemble à ce que quelqu’un pourrait faire sur son quatrième ou cinquième album.

C’est un disque d’une créativité débridée et d’une grande expertise de la part d’une auteure compositrice dont on comprend qu’elle figure dans la liste des artistes qu’il sera nécessaire de connaître du magazine Rolling Stone.

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Cherubs: « Immaculada High »

Lorsque les légendaires noiserockers d’Austin, sont arrivés avec leur premier album (2 Ynfynyty) en près de 20 ans en 2014, personne ne savait à quoi s’attendre. C’était leur premier opus complet depuis  leur classieux Heroin Man en 1994. Auraient-ils encore cette distinction ? Eh bien, ceux qui ont écouté 2 Ynfynyty, ont trouvé un groupe toujours au sommet de son art, ne montrant aucun signe de rouille. Ce fut une véritable réintroduction dans le groupe.

Aujourd’hui, cinq ans plus tard, la suite du combo, Immaculada High, est sortie sur un nouveau label, Relapse, et si cela prouve que leur retour n’est pas un hasard, c’est parce que cet album est tout aussi bon que le précédent, preuve s’il en est que The Cheruubs ont toujours ce qu’il faut là où il le faut.

Ils jouent un rock noise grivois et sans membres, qui touche au rock indépendant et n’a pas peur de devenir psychédélique par moments (pensez aux légendes d’Austin Butthole Surfers). Les sons que Kevin Whitley tire de sa guitare sont corrosifs, tandis que le bassiste Owen McMahon et le batteur Brent Prager, martèlent un rythme primaire derrière lui. Leur son est distinctement le leur, et il est tout à fait excellent.

Immaculada High est donc un autre membre du groupe qui devrait plaire aux fans de noise rock et à ceux qui aiment les côtés plus lourds et plus grivois du rock indé (vous savez comme c’était avant).

***1/2

Dumb Things: « Time Again »

Ce deuxième disque des Dumb Things de Brisbane évoque le Queensland brumeux et subtropical dans chaque morceau. « Nights and Crash Barrier » commence sur un rythme légèrement saccadé mais mélancolique. « Suburbs » et « Today Tonight » ont des guitares légères et aigües, tandis que « Carpark Daydream » reste vif avec des touches de fuzz tout au long du mix. « Waiting Out » ressemble au son plus doux de The Goon Sax avec de légères nuances de The Go-Betweens, tandis que « Fade Away » apporte à l’album un élément plus soft-pop. « Easier Said » suit une mélodie de guitare simpliste qui ondulera tout au long de la composition.

Avec leur voix rêveuse et insouciante, les deux derniers titres, « Do It Again » et « Time Again », terminenront l’album avec le même jingle que les titres précédents. L’album est très cohérent et relaxant.

Ce n’est peut-être pas l’album le plus fantastique à sortir du Queensland, mais il capture de manière unique et cohérente les éléments et l’atmosphère du nord-est de l’Australie et, pour chaque habitannt ou tout autre il évoquerar un chez soi électrifié commun à beaucoup.

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Oval: « Scis »

Après avoir pris une pause de neuf ans au début du millénaire, Markus Popp (alias Oval) a poussé son métier dans des territoires plus vastes, s’éloignant de son pépin ambiant initial.

Sur Scis, son neuvième album et le premier en quatre ans, Popp continue de transformer ses sons numériques en rythmes plus audacieux, plus forts et plus ludiques. Sur dix morceaux et 46 minutes, le musicien allemand interpole deux thèmes sonores : des vibrations extraterrestres et des tempos qui s’entrechoquent, comme le démontrent les points forts du LP comme le rythmique erratique « Fluoresso » et le béatifique épars « Cozzmo ».

Bien que Scis soit légèrement normatif dans sa mise en page (chaque morceau contient des éléments sonores similaires et dure entre quatre et cinq minutes), Markus trouve néanmoins de l’espace pour mélanger les accessoires musicaux, en ajoutant des échantillons de voix féminine hachée sur des morceaux comme « Pushhh » et « Mik » ».

Scis démontre qu’après 27 ans de carrière, Markus Popp parvient toujours à se montrer avant-gardiste.

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