Superorganism: « World Wide Pop »

16 juillet 2022

World Wide Pop nous offre un  bel assortiment de sons et d’énergie, et c’est la version ambitieusement bizarre de la pop de Superorganism. Subvertir la « pop » n’est pas nouveau, ce qui rend d’autant plus spécial le fait que dans une scène saturée, Superorganism ait réussi à faire quelque chose de totalement unique et – plus important encore – d’amusant. « Don’t mind me, I’m just a fruit fly that’s floatin’ on by » (Ne faites pas attention à moi, je ne suis qu’une mouche à fruits qui flotte), lance Orono Noguchi sur Into the Sun sur fond de synthés chaotiques, de batterie et d’une mélodie qui devient progressivement plus complexe et trippante. Sa voix nonchalante et caractéristique indique que, parfois, au milieu de l’absurdité et du chaos, il ne reste plus qu’à se détendre et à profiter du voyage.

Le son de WWP, tourné vers l’avenir, s’inspire davantage de l’éthique du « couper-coller » de l’âge d’or de l’indé que de l’hyperpop. En effet, la plupart des membres du groupe, désormais au nombre de cinq, originaires de Corée du Sud, du Japon, d’Australie, de Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni, se sont rencontrés en ligne, ce qui rend World Wide Pop d’autant plus approprié, faisant allusion à l’esprit de collaboration qui sous-tend leur travail. Bien que le maximalisme soit au cœur de ce disque (sur des morceaux comme « Solar System », on frôle parfois le trop de trop), dans l’ensemble, il trouve le juste milieu entre le chaos et la structure, la bêtise et la profondeur, et cça n’est pas un pétard mouillé

***1/2


Shrine: « Nausicaä »

30 mai 2022

Shrine est le patronyme de Hristo Gospodinov, dont les œuvres sont souvent classées dans la catégorie grossière de la dark ambient. Mais les paysages sonores futuristes de Gospodinov sont très variés, bien que souvent influencés par la science-fiction dystopique.

Explorant une Terre future recouverte d’une flore mortelle, il utilise des textures granuleuses, des drones brumeux et haletants, ainsi qu’une quantité surprenante de percussions régulières. Ces dernières, lorsqu’elles sont présentes, font avancer ces pièces à un rythme rapide. En effet, il y a une bonne dose de répétition en général, avec des thèmes qui se développent lentement au cours de plusieurs minutes, allant crescendo. Ces fragments vont et viennent à la fois au premier et au second plan.

Premier album de Shrine depuis près de trois ans, Nausicaä est une déclaration suffocante sur la relation fragile de l’humanité avec la nature. Bien que synthétisés, les sons sont organiques, leur aspect brumeux ajoutant peut-être un degré d’imperfection attrayant aux tonalités. La production est dense et claustrophobe, mais aussi balayée par le vent et étrangère. On ne peut pas faire beaucoup mieux comme exemple de musique de synthèse aux atmosphères obsédantes de dark ambient combinée à des éléments d’electronica et de post-industrialisme.

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Static Dress: « Rouge Carpet Disaster »

25 mai 2022

Après leur premier EP Prologue et une multitude de singles, Static Dress sort son premier album tant attendu, Rouge Carpet Disaster, et c’est un brillant mélange de post-hardcore planant et de divers autres sons. 

Lesdits sons comprennent des éléments électroniques et un sens aigu de la mélodie, qui mettent en valeur la musique du groupe et lui permettent de se démarquer de la masse. Sur cet album, Static Dress explore une multitude de vibrations différentes, trouvant un équilibre entre la lourdeur hymnique et des moments plus oniriques.

Des compositions telles que les sublimes et brumeuses  » Attempt 8  » et  » Marisol  » côtoient des titres plus lourds comme  » Courtney « ,  » Just Relax  » et  » Push Rope « , mais toutes sont délivrées avec un sentiment de passion palpable, ce que Static Dress fait avec aisance. 

Avec Rouge Carpet Disaster, Static Dress a réalisé un premier album assuré qui les voit explorer des styles au-delà de leurs débuts post-hardcore et bien qu’ils embrassent sans aucun doute ce son, et le font très bien, il y a beaucoup plus ici et c’est ce qui les élèvera. 

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Jesse Mac Cormack: « Solo »

11 avril 2022

Jesse Mac Cormack est passé du côté électro de la chanson pop et ça ne devrait surprendre personne qui s’est intéressé à sa production des dernières années, tant comme auteur-compositeur-interprète que comme collaborateur ou réalisateur d’albums. On oserait même croire que son expérience auprès du compositeur house CRi, qui l’a invité à chanter deux chansons sur son album Juvenile, a nourri son inspiration pour SOLO, disque fait à peu près seul, hormis pour une touche de programmation de la part de Félix Petit, complice des Louanges.

Les claviers aux sonorités grasses choisies par Mac Cormack étreignent généreusement les rythmiques presque house qui dominent cet album, où le musicien trouve l’équilibre entre la chaleur des sonorités et la froideur des boîtes à rythmes. Avec sa voix aiguë et brisée, le Montréalais rappelle sur ce deuxième album le travail solo de Thom Yorke et le Radiohead plus planant, mais avec une forme d’abandon qu’on écoutera avec l’expérience angoissante de deux années de pandémie, ses mots se perdant dans le tourbillon des hypnotiques notes de claviers.

***1/2


Dead Melodies: « Memento »

29 mars 2022

Bien qu’il apparaisse sur le label Cryo Chamber, il ne serait pas exact de classer Memento uniquement dans la catégorie dark ambient. Au contraire, cet ensemble de drones et d’atmosphères luxuriantes et douces est comparable aux concerts de sommeil de Robert Rich, en ce sens qu’il capture une gamme d’états hypnogiques.

Ainsi, « Welcome Delerium » combine un synthétiseur grondant avec le clapotis des vagues et des vocalisations éthérées. À l’opposé, » Eyes of the Sun » utilise des vagues de sons un peu durs avec de douces lignes de guitare non déformées. « Embers are Forever » implique des drones plus granuleux qui flottent dans un paysage sonore sombre et nuageux, tandis que « Memories Lost » est respirant avec un thème mélancolique au piano.

Mais ce que tous ces morceaux distincts ont en commun, c’est la façon dont ils immergent subtilement l’auditeur dans des nappes de sons – dont certaines sont réconfortantes (du moins au début), tandis que d’autres… pas vraiment. Qu’ils soient considérés comme des paysages de rêve, des cauchemars éveillés ou un accompagnement pour une brève sieste, ces morceaux élargissent la notion toujours plus vaste d’ambient dans de nouvelles directions.

***1/2


Babeheaven: « Sink Into Me »

22 mars 2022

Le premier album de Babeheaven, Home For Now, sorti en 2020, véhiculait une esthétique bedroom pop distincte. Cependant, leur deuxième album, Sink Into Me, brise les murs de la chambre et explore de nouveaux territoires, des paysages sonores plus vastes, plus aérés et plus impressionnants que ce que le groupe londonien a pu entendre jusqu’à présent.

Ce changement est instantané dès le titre d’ouverture (et point culminant de l’album) « Heartbeat ». Des rythmes rêveurs de style bossa nova donnent le ton avant que la batterie ne s’accélère et que la chanteuse Nancy Andersen n’offre des mélodies vocales exceptionnelles.

« Holding On » suit dans la même veine avec des synthés et des guitares fluctuants évoquant des scènes brumeuses, tandis que « Make Me Wanna » est en corrélation avec l’ouverture de l’album collaboratif de Tom Misch et Yussef Dayes, What Kinda Music.

Les paroles d’Andersen peuvent être pleines de désillusion tout au long de l’album. Pourtant, il y a un sentiment de calme et d’espoir qui imprègne Sink Into Me, notamment sur le dernier morceau « Open Your Eyes, » où des lueurs de résolution remontent à la surface. 

Les mélodies vocales qui se dégagent de l’album sont irrésistibles. Associé à une instrumentation luxuriante, Sink Into Me est, en un mot, magnifique, et l’album est pus qu’une réussite.

***1/2


The Monochrome Set: « Allhallowtide »

22 mars 2022

Lorsque vous pouvez compter Iggy Pop, Johnny Marr et Jarvis Cocker parmi vos fans, vous savez que vous devez faire quelque chose de bien. Après plus de quarante ans de musique, The Monochrome Set est de retour avec son seizième album studio. 

Dès les premiers refrains de la chanson titre « Allhallowtide« , le ton de la chamber pop pour le reste de l’album a été fixé assez haut, avec la voix baroque du frontman Brid, à cheval entre Scott Walker et Neil Hannon de The Divine Comedy. Des morceaux comme  » »My Deep Shoreline  » ont une touche folk délicate et des harmonies apaisantes, comme de l’americana cosmique de la banlieue londonienne, avec un soupçon de Glenn Campbell pour faire bonne mesure, tandis que « Hello, Save Me » est de la pure pop orchestrale avec des arrangements de cordes luxuriants et un grand refrain par-dessus le marché.

The Monochrome Set n’a cessé de sortir d’excellents disques au fil des ans, qui s’inspirent d’éléments de la pop indie classique à guitare et de la new wave, mélangés à un style vocal facile à écouter et à une touche country. C’est l’un de ces groupes qui semblent toujours mériter une plus grande audience, mais qui semblent également satisfaits de continuer malgré tout et qui savent que leurs chansons signifient beaucoup pour ceux qui leur donnent du temps. Allhallowtide est un autre album brillant de ces titans du genre, et un exemple brillant de la raison pour laquelle The Monochrome Set est toujours, et à juste titre, apprécié aujourd’hui.

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Stukot: « Transitions « 

12 mars 2022

Les drones à base de synthétiseurs sont monnaie courante depuis 50 ans. Mais les drones organiques – fabriqués avec des instruments qui ne sont pas manifestement associés à la musique de drones – peuvent être tout aussi fascinants en raison de leurs qualités brutes et naturelles. C’est le cas de Szymon Witecki, qui utilise le nom de scène de Stukot lors de ses enregistrements. Batteur, il utilise des baguettes, des brosses et des maillets pour évoquer des structures rythmiques et des thèmes qui sont dans la veine du rock, avec peut-être un soupçon de classique.

Mais ce que Witecki ajoute au mélange sur Transitions, c’est un mini piano électrique dont il joue simultanément avec son kit. Ces éléments de piano ne sont pas des mélodies ou des accords au sens habituel du terme. Au lieu de cela, Witecki a fait passer la sortie de l’instrument par un délai et une réverbération pour créer les drones susmentionnés. Tout cela a été fait en direct dans le studio et le résultat est un peu moins de 33 minutes.

Witecki parvient ainsi à faire bruire le piano électronique en alternance avec des accords de piano bas de gamme, un synthé et même une section de cordes. Ces couches sont sombres et lunatiques, même si sa batterie peut être propulsive dans un sens opposé. En effet, le début de la deuxième des deux longues pistes de Transitions est un solo de batterie entêtant sur le flux et le reflux mélancolique du piano traité. La combinaison spécifique de ces sources sonores est plutôt unique – rafraîchissante dans sa simplicité conceptuelle et pourtant d’une profondeur surprenante. Hautement recommandé.

***1/2


Jenny Hval: « Classic Objects »

12 mars 2022

Classic Objects est la réponse de Jenny Hval à la pandémie de COVID. Elle ne fait guère de référence directe, mais sa simplicité et son ouverture proviennent d’un désir de se confronter à ce que devient l’art lorsque l’artiste est contraint de se replier sur lui-même. De nombreux artistes choisissent ce moyen de création, mais la pandémie en a fait une nécessité.

Les résultats sont à couper le souffle. La voix de Hval n’a jamais sonné aussi bien : la gamme supérieure sur « Year of Sky » ; le tremblement et le tissage complexes à travers l’arrangement sur » Year of Love ». Il y a des moments d’intrigue lyrique, comme les infirmières qui récitent de la philosophie sur « American Coffee » ou les rêveries fragmentaires sur The Revolution Will Not Be Owned, qui contrastent avec la franchise diariste (« Year of Sky », « Classic Objects »).

Les arrangements sont construits avec soin, souvent accrocheurs (« American Coffee », « Jupiter »), parfois austères (« Freedom »), mais toujours engageants, avec une dose fréquente de bongos. Les synthés qui ondulent doucement sur  « Year of Sky » forment un lit bouillonnant pour la voix de Hval, qui transforme le banal en éthéré.

Il n’y a aucun soupçon de prétention dans ces explorations, et l’étreinte de la mélodie n’est pas non plus un signe de soumission commerciale (« Cemetery of Splendour » parvient tout de même à glisser deux minutes de grillons). Il s’agit d’une musique sans attaches, sans fioritures, faite avec un cœur véritable par une artiste au sommet de sa forme.

***1/2


Suneaters: « Suneaters XI: It’s the Future « 

8 février 2022

Suneaters ,de Kansas City, sont décrits en ligne comme un combo de « post-graduate rock » et de « scientific rock » mais ils se sont orientés vers la musique électronique avec leurs dernières sorties. Leur dernier album, dont la pochette est ornée de palmiers et d’un soleil couchant, ressemble à la musique d’un film dont le suspense est construit à partir de longs plans à couper le souffle où il ne se passe presque rien. Des synthés lents et brumeux indiquent des directions à votre esprit sans trop vous en dire. « Climate » se faufile tranquillement, mais il y a plusieurs explosions soudaines et des poussées hallucinatoires.

« Graveyard » est un long paysage funèbre, avec un échantillon haché et vissé inattendu qui surgit de nulle part et ajoute à la tension alors que « No. 3 » est un morceau plus court et plus joli qui donne l’impression de flotter dans une sorte de jardin de cristal luxuriant.

Les synthés sont beaux comme il se doit et « On the Revolutions of the Heavenly Spheres » se fera un peu plus extraterrestre, avec des taches de synthétiseurs plus abrasives qui se tortillent. Mais à part le fait qu’elles se reproduisent et se chevauchent, elles ne semblent pas trop bouger. « Sacco and Vanzetti » n’est qu’un long et lourd regard de mort, avec quelques faibles grondements de synthés et de tambours égarés sous des nuages de synthés lourds et grouillants, et une fin de bug-out qui vous prend vraiment au dépourvu.

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