T-Rextasy: « Prehysteria »

Ce quatuor new-yorkais et essentiellement féminin avait déjà sorti un premier opus, Jurassic Punk. On se doute bien, au regard d’un tel titre, que sa musique à mi-chemin entre pop-punk acidulé et indie-rock se voulait vectrice d’une certaine dérision que n’aurait pas reniée Chastity Belt.

Prehysteria va naviguer dans la même humeur ; pseudo accent cockney et morceaux bien entraînants comme « The Zit Song », « Girl, Friend » ou « Rip Van Vintage ». Les riffs sont « jangly » à souhait tout comme la section rythmique qui se veut implacable et vectrices de bonnes vibes avec « I Don’t Do Lunch » et « Baby ».

Ajoutons les vocaux délurés de Lyris Faron dont son timbre de voix ressemble étrangement à celui de Charlotte du groupe Charlotte & Magon ainsi que un petit côté piquant apporté par les accents doo-wop de « Theme From Prehysteria » et on ontiendra un bon petit album qui, entre angoisses existentielles et déboires amoureux, permettra à tout un chacun de se reconnaître et de se dérider.

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James Blake: « Assume Form »

Assume Form… mais laquelle, au juste ? À ses débuts, le compositeur James Blake tissait de complexes toiles électroniques avant-gardistes, parfois ornementées de son falsetto caractéristique. Dix ans, quatre albums et plusieurs rencontres en studio (Beyoncé, Frank Ocean, Kendrick Lamar) plus tard, l’expérimentaliste a mué en auteur-compositeur au goût juste et à l’âme plus légère que sur ses précédents disques. Les structures soul-pop classiques comme celles des superbes ritournelles « Into the Red », « Can’t Believe the Way We Flow » et « I’ll Come Too », le duo avec Rosalía et le titre, presque house, avec André 3000, font la preuve par cinq de l’expérience acquise depuis les grooves abstraits de son premier album.

Blake privilégie désormais la mélodie, le texte et l’interprétation vocale, épurant au passage les orchestrations, dont les effets de studio pouvaient parfois barrer la route à un bon refrain. Tout n’est pas parfait ici (« Power On » par exemple ou quelques incursions hip-hop pour le moins simplettes), mais sa forme de crooner pop inspiré est pleinement assumée.

***1/2

El Búho: « Camino de Flores »

Robin Perkins et un producteur de musique britannique qui travaille sous le nom de scène El Búho. Non seulement est-il dépourvu d’attaches géographiques, son répertoire musical semble vouloir s’apparenter à ce même cheminement Camino de Flores, son deuxième album, est une escapade de sons ambient en plusieurs lieux frémissants — jungle, plage, espace, piste de danse — qui ne se décrit pas tout à fait unilatéralement.

El Búho aime en effet superposer des couches mélodiques, où se distingue néanmoins toujours un droit fil, et jouer sur des sons trompe-l’oeil : ce bruit d’insectes (véritable), ne serait-ce pas finalement des percussions ? Très inspiré par la nature, cet album divertissant est parfois calme (« Mirando el Fuego »), mais sa ligne est surtout pulsatile, façon électro de jardin, avec un bel enrobage de rythmes latins, avec flûtes et vents andins — sorte de joie insouciante qui, parfois, trempe dans une vase inquiète (« Mot Mot »). Voilà le travail curieux d’un vrai caméléon.

***1/2

Jimmy Rankin: « Moving East »

Célébrée, essentielle est la famille Rankin dans le paysage folk). Être un Rankin tient du privilège et du devoir de mémoire. Pas facile quand la famille nous y rappelle tout le temps. C’est le lot de Jimmy Rankin, qui a trimé dur pour s’établir à Nashville, sans pour autant rompre les liens du sang et de la tradition. Cela s’entend sur ce disque, le septième du fils Jimmy depuis 2001.

Entre la 12-cordes électrique façon Byrds de « Thin Ice » et le violon dansant du « Cape Breton Fiddle », il y a des années de chemin parcouru dans les deux sens, une longue valse-hésitation. Ce qui s’entend plus fort, c’est que le cinquantenaire a fini par trouver sa bonne place : son country-folk urbain, dans l’air salin, sert mieux que jamais les histoires des h

Snakeskin: « Hangnail »

Snakeskin est un groupe qui vient à moitié de New York et à moitié du New Jersey et qui a été formé par la tête pensante Shanna Polley au chant et à la guitare. L’ensemble présente un premier album à fleur de peau ; Hangnail.

Marchant sur les inspirations noise-pop, shoegaze et grunge, Snakeskin nous propose des morceaux résolument fuzzy et racés. Il y a de quoi penser à Screaming Females sur « Limbless » et « Seize » ou encore à Sonic Youth avec « Two Pesos » et « Alone In A Crowded Room ».

Le combo y fait preuve d’un professionnalisme avéré grâce à ses guitares grinçantes et l’interprétation magistrale de Shanna Polley. « Chugging Cleaner » qui clôt cette cérémonie indie rock constitue la cerise sur un gâteau do,t on peut souhaiter qu’il soit étoffé de garnitures qui s’avèreraient moins figées dans les années 90 sur des disques suivants.

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Alexandra Streliski: « Inkscape »

Deuxième album pour cette compositrice montréalaise qui signe un solo piano totalement irrésistible. Sans doute moins connue que Ludovico Einaudi, Ólafur Arnalds, Yann Tiersen, Jean-Michel Blais, ou Chilly Gonzales dont elle est l’amie, Alexandra Stréliski est quoi qu’il en soit au moins l’égale de ces grands compositeurs si l’on en juge par les qualités entrevues sur son second album Inscape.


Compositrice pour la publicité, le cinéma, la danse ou la télévisons, cette franco-canadienne installée à Montréal, a décidé de s’octroyer une pause et de se consacrer à l’écriture de cet album solo, seulement le deuxième de sa carrière.
Il en ressort des morceaux assez courts mais d’une délicatesse et d’une grâce infinie qui s’expriment à travers des arpèges de piano sublimes, légers, aériens, virevoltants.
Des musiques inspirées par Chopin notamment, pour ce qui sera l’un des plus beaux disques de piano néo-classique de l’année 2018.

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Gavin Miller: « Shimmer »

Gavin Miller avait été remarqué, en tant qu’artiste, pour un travail en collaboration avec Russel M. Harmon.

Aujourd’hui , c’est à part entière que l’Anglais est reconnu avec son album, Shimmer, aux tonalités mêlant le post-rock à l’ambient. Les plages sont accompagnées de guitares alanguies, de nappes de synthé et de rares interventions au piano.

Si on y ajoute quelques précieuses vocalises, on obtiendra, eu total, un opus qui montrera comment le voluptueux peut cohabiter harmonieusement avec le chirurgical

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Mary Lattimore: « Hundreds Of Days »

L’artiste américaine Mary Lattimore franchit un nouveau palier avec son album Hundred Of Days, la voyant explorer de nouveaux instrument ,et offrir un écrin ouaté à son instrument de prédilection, la harpe (la sienne comporte 47 cordes).

C’est à un voyage en apesanteur que nous convie Mary Lattimore, à coups d’arpèges lumineux auréolés de synthés subtiles, de vocaux suspendus et de pianos vagabonds. Hundreds Of Days ouvre les grands espaces pour y déposer des mélodies apaisantes à la quiétude ambiant.

Habillé de leurs plus beaux habits, les titres qui composent l’album, poussent l’auditeur à se poser sur l’herbe, observer la nature changeante qui nous entoure, avec ses mouvements imperceptibles et ses souffles caressants.

Les compositions forme comme une anthologie de vignettes musicales qui sont à la fois évocatrices, personnelles et référentielles ; autant de mouvements que les battements d’un coeur palpitant, capables de dériver vers des sommets aux déchirures pleines de tendresse et de déviances raffinées. Il n’y a qu’à se poser pour profiter pleinement de cette promenade au sommet de paysages coiffés de cieux aux couleurs relaxantes. Enchanteur.

***1/2

Mocky: « A Day At United »

Deux albums en moins d’un an pour Mocky ! Après le très Lounge et ô combien délicieux Music Save Me, le compositeur canadien fait désormais paraître A Day At United, un disque dans un registre Soul Jazz Pop là encore irrésistible.

Opus de crooner enregistré en une journée lors d’une session menée à la baguette (c’est le cas de le dire) par Mocky depuis son kit de batterie, en compagnie de ses musiciens et du producteur Justin Stanley.

Neuf titres imaginés en quelques jours du côté de Silver Lake, là où vit désormais ce grand fan de Miles Davis mais sans doute aussi de Stevie Wonder, Marvin Gaye ou Curtis Mayfield. Des noms dont les ombres planent sur cette production  d’une infinie délicatesse tant elle est évocatrice de douces nuits d’été.

***1/2

Majetic: « Club Dread « 

Pour Justin Majetich alias Majetic, la musique est un terrain de jeu et d’expression où tout est permis, comme celui de bousculer les habitudes et de faire fonctionner notre cortex en mode réceptacle à émotions, délaissant un certain classicisme pour entrer par la porte de service et surprendre l’auditeur.

Club Dread est un merveilleux exercice de style qui allie indie pop et expérimentations électroniques, à rapprocher du travail de Dirty Projectors et de la sensibilité d’un Perfume Genius.

Tout est en suspension, tiraillé entre forces telluriques et fragilité à fleur de peau, la voix de Majetic servant de liant et de point d’intersection entre les combinaisons aériennes et les rythmiques aux déhanchés déviants, flirtant subtilement avec un dancefloor pour créatures de la nuit.

Naviguant entre intimité dénudée et écorchures profondes, Club Dread est un album auréolé de lumières mouvantes, déployant des atmosphères aux couleurs changeantes, à la finalité cohérente, le tout servi par une production ciselée, offrant à l’ensemble un relief taillé dans un matériau précieux. Imposant addictif et contraignant.

***1/2