Value Void: « Sentimental »

Trio londonien, Value Void est composé de Paz Maddio (chant, guitare), Luke Tristam (basse) et de Marta Zabala (batterie) . Leur premier disqye, Sentimental, est à mi-chemin entre indie rock et noise-pop.

Les influences de The Breeders et d’Elastica se font ressentir à travers des morceaux vintage toniques, allant de « La Trempa » à « The Deluge » en passant par les riffs allègres et ses rythmiques 60’s implacables et entêtants de « Babeland », « Bariloche » et de « Cupid’s Bow.

Tantôt post-punk sur le mélodieux « Back In The Day » tantôt néo-grunge sur « Mind » et sur « Teen For Him », ce combo argentino-british délivre un « debut album » entrainant, concis et mélodique qui demandera confirmation pour être plus qu’une la simple accroche anecdotique.

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Miles Kane: « Coup de Grâce »

Coup de Grâce est le troisième album solo d’un Miles Kane qui semble avoir tiré un trait sur son aventure Last Shadow Puppets menée avec Alex Turner. Il s’est également libéré d’une rupture sentimentale qui ne sert qu’à alimenter les tonalités coups de poing du disque.

C’est ainsi qu’il faut comprendre les climats rapides et énergiques des morceaux ; la composition titre par exemple ou un « Loaded » où Lana Del Rey prête sa participation.

Au final rien de plus qu’un pas trop mauvais opus de pop-rock avec ce qu’il faut de tonus pour exorciser les peines du coeur et libérer des entraves le trop plein d’énergie qui sommeille toujours dans la peau.

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Boygenius: « Boygenius »

Ce sont certainement les trois jeunes femmes les plus en vue du rock américain : Julien Baker, Phoebe Bridgers et Lucy Dacus. Chacune a la jeune vingtaine, une voix à choir de sa chaise et faire tomber les feuilles qu’il reste aux arbres.

Elles sont également une manière particulièrement crue de se raconter, chose que ce nouveau « womenband» confirme en matière d’image.

Ce qui devait être un simple enregistrement promotionnel pour une tournée en trio est en effet devenu boygenius, nom tout à fait ironique sachant que ce groupe est l’expression même d’un génie féminin affranchi et lâché en harmonies.

Enregistré en quatre jours dans une certaine urgence, boygenius est l’équilibre entre la voix individuelle des musiciennes et leur voix nouvelle, collective. Les choeurs sont à frémir, les lignes souvent denses et agressives (un « Salt in the Wound » féroce), avec des recueillements folk évocateurs d’une vie au galop (le poignant « Ketchum, ID »).

Quand leurs trois voix entonnent « I can’t love you like you want me to » sur « Bite the Hand », on ne peut que penser que la sororité a un nouveau bébé.

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BirdPen:  » There’s Something Wrong With Everything « 

Le duo BirdPen propose un nouvel album hanté qui démarre sec avec un on ne peut plus contemporain « This Is Your Life » nourri de fatalisme dystopique. Forme par Dave Pen (Archive) et Mike Bird, There’s Something Wrong With Everything va enquiller refrains neurasthéniques et ombrés.

Les morceaux sont détraqués et aucunement jouissifs, que ce soit la chanson-titre ou un « Eyes In The Sky » aux refrains complotistes.

Il faudra donc partager une même intensité que les musiciens pour verser dans leur univers d’autant plus que stance et dérision semblent y avoir peu droit de cité.

Ainsi, « Good News » ou « Oh So Happy » auraient bénéficié d’un peu plus de simplicité légère chose indispensable pour rendre la véhémence et la douleur plus supportables car, dialectique nécessaire, elles se seraient montrées moins impérieuses.

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The Struts: « Young&Dangerous »

Young&Dangerous est le deuxième opus de ce combo britannique au look néo-glam. Ils se sont constitués une fanbase assez conséquente aux USA en ouvrant pour The Foo Fighters ce qui donne sans doute à la suite de Everybody Wants un son plus produit mais guère moins efficace.

À cet égard, l’ensemble des titres peut se reprendre « à poumons perdus » dans les stades à l’instar d’un morceau comme « Body Talks » ou de « Primadonna Like Me ».

On appréciera des refrains accrocheurs, une voix, Luke Spiller, puissante qui n’est pas sans rappeler Queen (« Bulletproof Baby » ou « I’m In Love With A Camera » qui est peut-être un clin d’oel à « I’m In Love With My Car »).

L’ensemble est amusant, dansant, narcissique comme il se doit quand on se réclame de telles références mais, hélas aussi, cette inconséquence  peu originale qui peut nous faire douter de sa rémanence.

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Nick Ellis: « Speaker’s Corner »

Reprenant les choses laissées en plan par Mike Badgers et Lee Mavers, Nick Ellis sort un troisième album magistral. Une guitare, une voix et l’affaire est dans le sac grâce à des chansons aussi simples qu’efficaces.
Le cahier des charges d’un disque de
Nick Ellis tient sur un post-it. Il lui faut sa guitare, sa voix et quelques mélodies. Le garçon ne se perd pas dans le frivole et l’inutile. Voguant sur la Mersey, avec comme compagnon de route Mike Head et comme pavillon les Everly Brothers, Ellis nous emmène dans les tourbillons de sa musique.

Plus direct et plus efficace que ses prédécesseur, Speaker’s Corner révèle les ombres d’Ellis. On se doutait évidemment que ce garçon était un grand sensible et qu’on n’écrivait pas Adult Fiction (son précédent opus) par hasard…
Ellis montre ici tout son savoir faire, de l’instrumental (« 
Sally-Go-Round the Roses ») à la pop (« I Get Love », un morceau d’ouverture d’anthologie) et nous présente ici un disque qui pourrait lui permettre de s’exporter.

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J. Mascis: « Elastic Days »

Il y a une énigme J. Mascis : il est considéré comme le meilleur d’entre tous par non moins que Jeff Tweedy ou Eddie Vedder mais il semble s’accommoder de sortir des albums en solo ou avec Dinosaur Jr comme si de rien n’était.

Il n’est pas un chantre de la lo-fi , toutefois il se contente de poursuivre son petit chemin discographique avec régularité ou assiduité inébranlables.

Elastic Days est sa nouvelle production et demeure d-fidèle à ce que l’on connaît de lui. Entouré de Marc Mulcahi il égrène une douzaine de morceaux d’une simplicité impressionnante. À passé la cinquantaine la bonhomme nous prouve, une fois encore, que le sil élastique de ses jours est toujours tendu à son maximum sans points de rupture en terme de qualité.

***1/2

Odd Couple: « Yada Yada »

Odd Couple n’est pas si étrange (odd) que cela même si son univers est celui du rock psychédélique. Le fait qu’ils soient Allemands nous ramènent à leurs ancêtres, Amon Düül, par exemple, et si Yada Yada est leur troisième album, il ne fait que confirmer les élans prometteurs qui nourrissait leurs disques précédents.

Le combo cherche à élargir ses horizons musicaux mais il le fait avec rigueur. On perçoit quelques accents electro voire synth-pop mais, au-delà d’une froideur apparente, ils parviennent à faire germer un certain plaisir d’écoute.

Celui-ci est constitué avec un répertoire plus ramassé et moins hétéroclite ; une certaine unité de ton et un rendu plus affiné et affirmé.

On appréciera cet assemblage capable de manier discipline et exaltation.

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Courtney Barnett & Kurt Vile: « Lotta Sea Lice »

Que Courtney Barnett et Kurt Vile s’associent n’est pas véritablement incongru ; ils appartiennent tous les deux à cette mouvance indie lo-fi même si l‘Australienne a une approche un peu plus grunge.

Plus que s’opposer, leurs univers musicaux se complètent et Lotta Sea Lice, cette première aventure à deux, en porte des fruits plutôt sympathiques. Ils ont tous deux puisé dans quelques anciens morceaux pour les remodeler (« Fear is like a Forest » de Jen Cloher (compagne de K. Vile) et « Untogether » qui clôt l’album) mais nous gratifient surtout de nouveaux titres dans une humeur assez détendue proche du « easy listening » et de l’indie folk.

On notera surtout un titre, « Outta The Woodwork », une composition de Courtney Barnett assez bluesy et bluffante, juste pendant au morceaux de Kurt Vile démontrant ici encore ses talents de songwriter.

Les riffs échevelés façon Neil Young apporteront la juste dose de ce piment astringent pour attirer curiosité et intérêt ; une appréciation que l’on n’est pas toujours prête à porter sur ce type d’entreprises en duo.

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Elisapie Isaac: « The Ballad Of The Runaway Girl »

Les chanteuses folk venues du Nord ont quelque peu le vent en poupe, Elisapie Isaac est peu ou prou de cette lignée mais à un niveau plus septentrional puisqu’elle est née d’un mère inuit et d’un père terre-neuvien et vit désormais dans l’Arctique canadien.

The Ballad Of The Runaway Girl est son quatrième album et, à l’image de ses racines cosmopolites, il est enregistré alternativement en Anglais et en Langage inuit. Son univers est ici épuré mais savamment orchestré ; une musique un peu world et sans frontières où cohabitent blues, rock ,folk ainsi que climats hantés comme, par exemple, dans le refrain de « Don’t Make Me Blue »,.

Sans frontières mais aussi sans âge, il est avant tout ici question de prêter hommage à ses racines avec un adjuvant de taille, celui d’une voix vectrice d’émotions (« Una », ou la ballade « Rodeo (Yadi Yada) » dans un esprit très proche de Mazzy Star).

Les références à son indemnité sont, bien sûr, légions à l’exemple de « Qanniuguma » ou des humeurs contemplatives de « Darkness Bring the Light ».

Tradition et modernité se juxtaposent alors comme pour montrer que, toute « runaway girl » qu’elle puisse être, Elisapie Isaac se situe avec grâce ailleurs.

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