Jason McMahon: « Odd West »

Responsable d’un studio dans le Queens, musicien pour des groupes comme Skeletons, Chairlift ou Glasser, Jason McMahon, sort son premier album solo. L’occasion de découvrir le style virtuose de ce guitariste américain.
D’abord envisagée pour être jouée dans le cercle familial, la musique de
Jason McMahon s’est finalement ouverte au grand public pour notre plus grand plaisir.
On découvre dans ce premier album des titres composés à la guitare acoustique, souvent en fingerpicking, avec des résonances légèrement expérimentales, dans un registre qui rappellera par exemple celui des talentueux
William Tyler et Ryley Walker.


Avec la même souplesse et la même élégance dans le jeu, il déroule des titres folk aériens, esquissant au fil des titres des paysages sonores très beaux, très calmes, aux accents oniriques par moment.
Autour de la guitare, on entendra des voix floues et éthérées, mais aussi des claviers, une bass et des percussions discrètes pour un ensemble extrêmement harmonieux.
Une totale réussite qui, espérons-le, n’est que le début d’une longue carrière solo pour ce talentueux guitariste.

***1/2

Savage Hands: « The Truth in your Eyes »

Jeune groupe du Maryland, Savage Hands sort aujourd’hui un second album metalcore / emocore / post hardcore conjuguant, comme ses petits camarades, énergie débordante et format pop assumé, pondant les titres à chantonner car, indubitablement, The Truth in your Eyes, c’est de la variété pop metal. Ce ne ne seront pas quelques accélérations et hurlements qui pourrant changer de regard sur eux d’avis. Savage Hands, c’est un peu Sum 41 qui rencontre Paramore. Ce deuxième album parle de vérité et de mensonges et il n’y a pas grand-chose à dire ou écrire. Les onze titres fonctionnent très bien, bien joués, bien produits, traversés de breaks malins, des traditionnelles accalmies avant l’explosion de décibels.

La brutalité est savamment dosée, ni trop ni trop peu, assez en tout cas pour qu’on sache que c’est de metal qu’on parle, mais ne ressort que par touches (pour la voix), histoire de laisser le maximum de latitude au plaisir d’écoute de mélodies pop évidentes. Trop ? Sans doute, mais particulièrement bien ficelé.

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Roomtones: « So Long (Shadow) »

Exsudant un climat power-pop mélodique et contemplatiif, So Long (Shadow) est un délicieux morceau sorti aujourd’hui par roomtones, un groupe formé en 2017 et basé à Brooklyn, NY. Des rythmes acoustiques luxuriants et un tendre vibrato de guitare constituent un départ facile. Les voix émergent avec un charme mélodique peu après, le ton général et les moments de chorale comme « 00:57 » rappellent affectueusement Teenage Fanclub. Le riff de « station on your radio « station de votre radio » est attachant et mémorable, comme une supplique à la redifusion. So Long (Shadow) » est une tranche de nourriture réconfortante et audible.

On peut attendre avec impatience le premier album de Roomtones, Beginning to Begin. Le disque a été produit par Martin Bisi (Sonic Youth, Swans, Herbie Hancock) dans son célèbre studio Gowanus. Selon le groupe, on peut espérer un concept album libre composé de souvenirs étincelants de la vie à New York au début du 21e siècle, Beginning to Begin tourne autour des thèmes de la perte, de la mémoire, du vieillissement et du regret. En termes d’influences, le groupe cite The Modern Lovers, Alex Chilton, Scott Walker, The Zombies, Field Mice et Pavement. À suivre donc.

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Huerta: « Voyage »

Ce nouvel album de Huerta, Voyage signé sur le label du même nom, prend la fome d’un périple vertueux le long de la côte californienne ; un amalgame qui vise à atteindre la psyche au moyen de rythmes mélodiques, de sons naturels et de textures ambiantes.

Enregistré en 2019, Huerta combine ici un heureux mélange d’ambient inspiré de la côte ouest avec les morceaux house plus affables et rythmés pour lesquels il était connu. S’inspirant des paysages environnants de son enfance, l’ode au genévrier de Huerta est une expérience immersive et introspective, capable de vous amener à un état d’esprit où l’âme pourrait aspirer à se situer à un niveau plus élevé.

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Aaron Diehl : »The Vagabond »

Le pianiste américain Aaron Diehl s’est surtout fait connaître comme accompagnateur privilégié de la chanteuse Cécile McLorin Salvant — les deux se sont encore produits en duo cette semaine. Mais Diehl a aussi ses projets en parallèle, et en leader : à preuve, ce troisième album pour l’excellente étiquette Mack Avenue, cette fois en trio avec Gregory Hutchinson à la batterie et Paul Sikivie à la contrebasse.

Entre sept compositions et quatre reprises (on note celle de John Lewis (une influence évidente pour Diehl ), de même qu’une superbe version de « Piano étude no 16 » de Philip Glass, une autre référence pour le pianiste), le jeune trentenaire distille son jeu précis et sophistiqué dont l’éclat et la virtuosité se mesurent paradoxalement dans la retenue. Formé tant en classique qu’en jazz (ce qui s’entend partout, à la manière d’un Fred Hersch), Diehl possède une touche d’une rare luminosité et d’une rare profondeur : c’est dans les détails que l’on note la richesse de son jeu, et c’est très bien comme ça.

***1/2

Puss N Boots: « Sister »

Le trio Puss N Boots semble avoir les bottes refaites à neuf pour marcher : on croyait son No Fools, No Fun de 2004 être une simple récréation dans le parcours pas linéaire de Norah Jones, mais non, tout est possible pour Norah lespiègle. On a d’elle des albums dissemblables et insaisissables exprès, on a eu plusieurs disques en tant que Little Willies, et puis un hommage aux Everly Brothers avec Billie Joe Armstrong, ainsi que le projet ROME avec Danger Mouse et Daniel Luppi, et la revoilà en compagnie des copines Sasha Dobson et Catherine Popper à s’échanger le micro et les instruments (toutes trois jouent guitare, basse et batterie, Norah pianote en sus).

C’est très minimal, plein d’espace et panoramique : qu’il s’agisse de leurs créations ou de reprises de Tom Petty, de Dolly Parton et cie, on ne trouvera pas d’Americana plus twangy, délinquant, libre et irrésistible. Parfait pour partir en auto nulle part sans savoir quand (et si) on va revenir.

***1/2

Moonlight Bloom: “Release”

Ce trio psycho-rock basé à Denver, sort ici son nouvel album, American Impressionism. Le son celui d’un rock psychédélique agréablement varié et texturé, présent sur l’ensemble du dique. On aura droit à des compositions hypnotiques comme « Cloud Temple » et « Old Oak » ainsi qu’à des joyaux plus rauques àl’image de « Firestorm » et « Release ». Ce dernier est particulièrement impressionnant : une aventure fluide à base de guitare qui donne un aperçu de l’expansion ultérieure, avec ,une minute plus tard, une introduction de voix obsédantes et de lignes de guitare épaisses et réverbérantes.

La six cordes demeurera rugissante et assemblera à distance une texture qui se consumera à la fin du morceau, avec une distorsion étouffante qui ajoute à la suavité.Selon le groupe, ce morceau-titre parle de la façon dont la musique elle-même incarne une énergie féminine divine qui peut être séduisante et enchanteresse. L’album dans son intégraalité n’est pas loin de s’y conformer.

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Long Arm: « Silent Opera »

Le Russe Long Arm n’a pas son pareil pour composer des musiques à forte densité émotionnelle à partir de « samples » tirés de vieux vinyles.

Son précédent album, Darkly, contenait avec des morceaux tirés de bandes sonores de films noirs et on retrouve ici Georgy Kotunov dans sa dernière production où figure cet assemblage toujours aussi majestueux d’échantillons sonores venus de divers horizons.

Qu’elle soit jazz ou classique, la musique échantillonnée par ce pianiste de formation donne vie à des morceaux à forte densité cinématographique, d’une beauté et d’une profondeur indéniable, révélant chez l’auditeur des émotions fugaces. Sans aucun doute l’un des albums majeurs d’un genre où trônent des musiciens comme Kid Koala, Amon Tobin, DJ Shadow ou Cinematic Orchestra ; des artistes dont il est le digne héritier.

***1/2

The Lone Bellow: « Half Moon Light »

The Lone Bellow sont de retour avec leur premier album depuis 2017, Half Moon Light. En quinze titres le dique est rempli de la signature habitelle du combo, l’Americana « goodness ». En effet, ce qui va immédiatement apparaître, ce seront les harmonies vocales de Zach Williams, Kanene Donehey Pipkin, et Brian Elmquist. Ces harmonies sont tout simplement merveilleues, en particulier sur « Wash it Clean ». Plusieurs membres se relaient également sur les plages tout au long de l’album, ce qui permet de garder une approche fraîche. 

Mélodiquement, la musique est porteuse d’espoir dans de nombreux titres,comme « Good Times » et « Count on Me » et le groupe utilisera sur toute la durée du dique une instrumentation variée, notamment des guitares et un piano. The Lone Bellow joue d’ailleurs beaucoup avec l’hamonie mélodique, offrant un rayon diversifié de chansons plus up tempo comme « Count on Me » ou d’autres titres un peu plus lents dans leur approche (« Enemies »). En bref, Half Moon Light offrira ce qu’il y a de mieux aux accros de l’Americana/alt-country. 

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Shopping: « All Or Nothing »

All Or Nothing est un album qui s’appuie sur la réputation, déjà indiscutable, de Shopping, et il le fait de manière emphatique. Il moule des grooves disco autour d’un post-punk urgent, avec une facilité déconcertante.  « For Your Pleasure » et « Body Clock » se distinguent pour cette, bonne, raison, ce dernier possédant un enthousiasme et un niveau de funk implacables que l’on retrouve brièvement dans d’autres morceaux.

Cependant, les titres sous-jacents servent de base des paroles poignantes. « Initiative » est une confrontation avec quelqu’un qui n’est que trop disposé à prendre du recul. Alors qu’« About You » est un exemple remarquable d’introspection virant à l’introversion. Que ce soit par ses riffs mélodiques ou par ses paroles, All or Nothing est un album qui captera l’attention.

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