PVRIS: « All We Know Of Heaven, All We Need Of Hell »

Cela fait quatre ans que ce combo gothique n’avait pas sorti d’albums ; All We Know Of Heaven, All We Need Of Hell, devrait satisfaire ceux qui se montraient impatients. Le registre est toujours aussi cru en matière de textes et la vocaliste Lyndsey Gunnulfsen toujours aussi expressive et puissante.

Les rythmiques demeurent, par contraste, sombres et profonds contrepoint idéal à des temps priss à pas de course. Les compositions sont exécutées comme il se doit (« What’s Wrong » ou « Walk Alone ») et le disque marie à merveille ce mélange de sensations que sont la douleur et le plaisir.

All We Know Of Heaven, All We Need Of Hell nous permet d’entrevoir une certaine lumière au travers des ténèbres, grâce à des mélodies accrocheuses et ces harmonies pop qui allègent la toile de fond.

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Nadine Shah: « Holiday Destination »

Holiday Destination de Nadine Shah nous emmène dans un périple où les atrocités humains semblent s’insinuer comme des vers léthaux au plus profond de nos oreilles. Dire de cet album qu’il est empli d’une charge politique est une évidence mais celle-ci n’aurait aucun sens si cette énergie n’était pas canalisée.
Cette fois encore, Shah nous démontre que sa plus grosse force réside dans uen capacité à opérer un travail d’artisan sur des titres dont les idées, toutes cérébrales qu’elles soient, ne sacrifient ni discernement ni véhémence.

Le disque est un artefact soigneusement construit, plein de pièges et de fausses pistes pour l’auditeur distrait ou circonspect. Il faudra donc alors s’abandonner aux confins de ce délicat équilibre entre les plaisirs d’un rythmique luxuriante s’appuyant sur des visions ténébreuses le tout niché dans des atmosphères où règnent complexité et mystère.

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Randy Newman: « Dark Matter »

De Randy Newman on pourrait dire qu’il est un misanthrope, mais un misanthrope avec un cerveau. Lyriciste hors par dans sa description satirique de nos mœurs (sociaux, politiques et individuels) il soigne le tout sous des arrangements richement orchestrés comme si’il voulait franchir le pont entre chroniqueur acerbe et mélodies qu’il est si entraînant de siffloter.

Sur Dark Matter, on le retrouve dans son domaine de prédilection coincé qu’il était après avoir fait la BO de Toy Story, que ce soit dans la slow dance qu’il exécute sur « Putin » ( « “He can drive his giant tank across a Trans-Siberian plain / He can power a nuclear reactor with the left side of his brain ») ou sur « The Great Debate » où il mêle sa voix aux polémiaues entre science et créationnisme aux USA.

Au-delà de cela, on retrouve des moments de tendresse mais surtout de réflexions dont toute acidité est exclue qur des titres comme « Lost Without You » où il rumine sur le processus de la prise d’âge ou sur un dévastateur « Wondering Boy » où il s’interroge sur le rapport père/fils.

Newman lui-même estime que ses textes sont comme le bon vin et qu’ils s’améliorent en vieillissant ; c’est cela qui donne son piquant à ses savourux jeux de mots ou qui rende d’autant plus réjouissante ses incursions dans un registre qui lui est particulièrement étranger comme le blues sur « Sonny Boy ».

Après plus de 50 ans de carrière et à l’age de 73 ans, l’artiste démontre que ce qu’il a à revendre fait encore de lui un des plus grands railleurs de la pop.

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Offa Rex: « Queen of Hearts »

Quand on se plonge dans le répertoire des Decemberists, on ne peut que noter la façon dont le combo a été influencé par le folk britannique traditionnel. Il n’est donc pas totalement surprenant qu’il se soit associé à Olivia Chaney vocaliste anglaise, elle aussi imprégnée des mêmes éléments sous le nom de Offa Rex.

Les musiciens assurent ici les « backing vocals » à The Queen of Hearts et l’ensemble nous offre une revisite modernisée de ce que d’autres groupes comme Fairport Convention ou Steeleye Span se chargeaient de véhiculer au seuil des années 70.

Sur « Blackleg Miner » c’est Colin Meloy qui va s’emparer des vocaux alors que ceux de Chaney (par exemple sur «  Sheepcrook and Black Dog ») font preuve d’une envolée lyrique inhabituelle dans le genre.

Le groupe nous propose d’ailleurs ici des arrangement de guitares métalliques rappelant le label « Kill Rock Star » et, si on trouve matière à parler d’exploration de la chose obscure, c’est plus du côté de Black Sabbath que de Jethro Tull qu’il convient de se pencher.

On pourra également évoquer ces artistes illustres que sont Sandy Denny et Richard Thompson tant dans la façon dont Meloy et Chaney s’entendent à merveille pour rivaliser de somptueuses harmonies (« To Make You Stay ».)

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Richard Dawson: « Peasants »

Les schémas narratifs des onze titres qui jalonnent Peasants se placent dans le royaume anglo-saxon de Bryneich mais, si on peut y trouver fétichisation de l’époque médiévale, elle n’a rien à voit avec celle de Game of Thrones.

L’album se veut, en effet, dépourvu de tout climat épique et s’attache plutôt à nous présenter des vignettes à la Mervyn Peake, saugrenues et faites de personnages cinglés, paillards et rabelaisiens.

Dawson crée pour cela une musique dont l’expression semble rabougri, le phrasé écervelé et divaguant et un jeu de guitare tendu et brutal.

Accompagné de quelques interjections de synthé, Peasants nous propose le panorama assez cru et peu amène d’une humanité incapable d’échapper à ses travers.

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Fleet Foxes: « Crack-Up »

Il aura donc fallu attendre six années pour que ce troisième album des Fleet Foxes voit le jour et l’on retrouvera sur Crack-Up les mêmes harmonies dont la fluidité était la marque de fabrique du combo indie-folk dirigé par Robin Pecknold.
Pourquoi si longtemps serait-on alors à-même de se demander d’autant que la technicité des arrangements multi-couches si idiosyncratique du groupe est toujours là.

La réponse se trouve sur le titre phare du disque, un «  Third Of May / Odaigahara » dont la mélodie est tout simplement éblouissante. Le morceau ne se laisse pas saisir facilement mais il est représentatif de ce que le groupe a pu emprunter au chant grégorien.

L’approche minimaliste de « Fool’s Errand » nous rappellera ainsi ce qu’un choeur de vocalistes peut apporter avec rien de plus que des voix a cappella et une steel guitar peuvent véhiculer en matière d’émotions. La chanson finale, morceau titre de plus de six minutes, résumera parfaitement en quoi le combo est capable d’installer son empreinte sans compromettre un style qui sait à merveille ne pas se contenter de répliques de second ordre. On touche ainsi à la quintessence de ce qui constitue Fleet Foxes, la réticence aux accommodements mais aussi la véhémence de la prolifération régie par l’instinctuel.

***1/2

Peter Perrett: « How The West Was Won »

En 1978, Peter Perrett introduisit ses débuts avec cette phrase : « Je flirte toujours avec la mort. » Près de 40 ans plus tard, depuis la séparation des Only Ones le chanteur nous déclare : « Mais je ne suis pas mort, du moins pas encore. »

Entre ces deux proclamations, Perret a eu le temps de passer au travers de désillusions et addictions, le tout constellé d’élans mystiques et d’effondrements crépusculaires.

La dégradation est toujours là mais elle est ici comme jugulée, aguerrie qu’elle est par des choses comme l’humour, l’intérêt pour choses autres que son égo (allusions à la politique américaine par exemple), des références musicales comme Dylan (plutôt que Lou Reed à qui il était comparé auparavant) et une utilisation de la slide qui va au-delà des archétypes de la mouvance post-punk.

Cette immédiateté et cet esprit se retrouvent tout au long d’un album, tout comme cette plongée dans l’intimité qu’il nous révèle sans fards en exposant son amour des femmes qui sont autant de muses (Zena, de Troika, par exemple).

À 65 ans, Perrett exsude confiance et sûreté de ses choix, sentiment d’accomplissement (aidé qu’il est par ses fils), un regard en arrière qui n’a rien de blasé ni de complaisant mais, au contraire, des vocaux toujours aussi fermes et une production qui crépite.

How The West Was Won est conduit par des titres comme « An Epic Story » et « C. Voyeurgeur », un truc qui nous fait espérer que la mort demeure toujours une source de flirt pour son imaginaire.

***1/2

Dan Auerbach: « Waiting on a Song »

Le travail en tant que producteur de Dan Auerbach (de Dr John à Lana Del Rey) est révélateur de où se situent les intérêts musicaux du leader des Black Keys. Ce deuxième album solo peaufine un peu plus le spectre qui l’anime.

La chanson titre avec sa ligne de guitare acide et ses textes l’encan de la chose country suggère que sa ville natale de Nashville exerce toujours son influence sur ce spécialiste du blues, mais, si on creuse un peu plus profond , on ne pourra pas passer à côté d’nfluences connotées majoritairement dans les « seventies ».

« Waiting On A Song » apporte un caractère retro-yacht-rock et le « Malibu Man » ne sera pas loin de Hall & Oates par son mélage de funk léger, de cuivres et de cordes.

Le job qu’effectue l’artiste est précis et mesuré ; « Shine On Me » aurait pu sortir d’une chute de studio de George Harrison et « Livin’ In Sin », lui, éoquera les Beach Boys dans ce qu’ils avaient de plus kitsch et ringard.

À l’inverse, on décèlera des touches d’inventivité astucieuses mais hélas trop rares (l’inhabituelle concoction cuivres à la Burt Bacharach mariée à un dobro exécuté en slide sur « Wildest Dreams »).

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Cende: « #1 Hit Single »

Cende jouent de la power pop sans prétention et leur « debut album », #1 Hit Single, offre une énergie précieuse véhiculée à merveille par les vocaux gaillards de Cameron Wisch, ses mélodies sucrées et sa candeur lyrique.

Les textes de ce dernier offrent pourtant une vision beaucoup moins émotionnelle que ce à quoi on aurait pu s’attendre ; une incursion dans le domaine « emo » avec ce « I’m the only one that I could let down » qui illustre la titre d’ouverture « Bad » ou une faconde au lyrisme appuyé aqui se manifeste par des vocaux en staccato et du multi-tracking.

On pourrait parler d’approche athlétique tant la place des arrangements et les multiples couches soniques vont bien au-delà de l’envergure qui serait celle d’un simple groupe pop

Le « single » « What I Want » est particulièrement notable à cet égard par ses orchestrations à cordes et un vocaliste invité offrant un contrepoint mystérieux en matière de perspective.

Ce sera ce procédé stylistique qui jalonnera brillamment l’album ; il restera pourtant réducteur si il se fait trop systématique comme sur « Vodi » ou « While I’m Alive ».

Il y a donc ici de quoi satisfaire n’importe quel auditeur mais, tout comme ce qui est immédiat et addictif, le risque est grand que le diqtance ne puisse être tenue sur la durée.

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Coco Hames: « Coco Hames »

Dès les premières salves que forment « When You Said Goodbye » et « I Do Love You », on sait immédiatement que quelque chose va nous brancher sur Coco Hames. Avec des arrangements évoquant Dusty Springfield, la mélancolie joyeuse qui s’échappe de titres rappelant le plus classique du « Phil Spector sound » on est confronté à un son indie pop des plus habituel mais pris à contre pied par des nuances de tonalités garage-pop, blue-eyed soul et de ballades aux effluves country.

Bien sûr, maîtriser ces différents genres et en délivrer des imitations passables est une chose mais il incombe à une certaine personnalité d’y imprimer une une sensibilité propre à nous faire vibrer. La voix de Hames est, dès le départ, confondante.

On y trouve, en effet, douceur acidulées, mais aussi douleur ironique, un peu comme si une jeune femme encore peu formée devait véhiculer des émotions qui la dépassent et saupoudrer d’une couche de souffre ce qui est encore du domaine de l’apprentissage.

On pourrait qualifier un tel phrasé de nubile et adolescent q’il n’y avait ces trilles plus matures, ces distorsions qui disqualifient la romance ou ces rythme chaloupés qui font hésiter entre regret et sensualité. Plus que dans états d^âme trop tranchés Coco Hames nous entraîne dans un monde où la candeur ingénue fait peu à peu place à le défloration des sentiments.

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