Helen Money: « Atomic »

Depuis la sortie de Arriving Angels en 2013, Helen Money – surnom de la musicienne et compositrice Alison Chesley – n’a cessé de sculpter les bords des éléments les plus bruyants et les plus flous de ses recherches en matière de son, et elle a, peu à peu, produit des formes toujours plus sculptées. Elle devient toujours bruyante, et parfois très lourd et la gamme affective de sa musique reste plus triste que délicieuse.

Ses précédents disques étaient probablement plus attirants pour les fans de metal que pour les amateurs de musique de chambre, ce qui est un exploit assez impressionnant pour une violoncelliste. Ceci dit, ce nouvel album de Money, Atomic, pourrait lui valoir un public beaucoup plus large, allant des adeptes de l’avant-garde du métal aux amateurs de musique classique, et au-delà. On peut certainement l’espérer d’autant que cette musique-là est véritablement excellente.

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Invocation: « Attunement to Death »

Celui qui a inventé l’abréviation IDM n’a pas écouté assez de métal. Ces trois lettres auraient dû être réservées au death metal intelligent. C’est ce que joue le groupe chilien Invocation (à ne pas confondre avec les métalleux australiens du même nom, disparus depuis longtemps).

Leur intelligence musicale les maintient entre le punk abatardisé de métal et le genre de riffs techniques qui sont si souvent joués pour la joie des musiciens plutôt que celle des auditeurs.

**1/2

AHNA: « Crimson Dawn »

Un bon tas de titres sur cette nouvelle production de AHNA sonnent taillées sur mesure pour notre époque : « Run for Your Life », «  In Death’s Grip », « Sick Wast » ». Peut-être est-ce juste une malheureuse coïncidence – ou peut-être qu’une telle grimace est endémique à la malheureuse perspective d’une bande de punks canadiens crouteux qui ont expérimenté le glacial doom et le thrashy death metal, et qui, au cours de leurs dernières sorties, ont gravité vers une variété particulièrement truculente de spunk hardcore.

Crimson Dawn est la première sortie du groupe depuis cinq ans, et leur premier véritable album depuis 2010. On serait tenté de dire que c’est juste un service minimum, mais ce serait vraiment sarcastique. D’ailleurs cette musique l’est, tout comme le monde dans lequel elle nous a été offerte.

**1/2

 

Arbouretum: « Let It All In »

Arbouretum, le combo de Dave Heumann, n’a pas beaucoup changé depuis qu’il a été mis hors service au début dea années 80. Fortement ancrée dans le country rock de Neil Young, bien que hantée par le psychisme et le blues, sa musique semble avoir toujours été là, comme si elle avait été dans une grotte de montagne quelque part, attendant que Heumann y enroule ses lignes de guitare souples, attendant que sa voix sincère et chercheuse fasse entendre ses schémas mystiques.

Ce 12ème long-métrage album ne surprendra pas les auditeurs de longue ou de courte date. Il peut néanmoins être éclairant, car il puise dans un courant de conscience profond, une forme de folk rock qui semble familière même si vous l’entendez pour la première fois.

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Rustin Man: « Clockdust »

Arrivé juste après le magnifique Drift Code de l’an dernier, Clockdust offre une généreuse seconde portion de merveille atmosphérique du projet solo de Paul Webb, Rustin Man. Vous en attendriez moins d’un homme qui s’est fait les dents en tant que bassiste de Talk Talk ?

De la merveilleuse et pensive « Jackie’s Room » à la gloire dub de « Night In The Evening », en passant par le blues scuzzy de « Love Turns Her On », Webb tisse sans effort une tapisserie complexe à partir d’un ensemble éclectique d’éléments musicaux disparates, créant ainsi le genre de disque somptueux à plusieurs couches qui ne demandent qu’à être écoutées à répétition ; autant un portail vers un autre monde qu’une collection de chansons immaculées. Tput simplemet divin.

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Cornershop: « England Is A Garden »

Bien que ce soit le premier véritable album de Cornershop depuis 11 ans, rien ne prouve que le duo ait eu du mal à faire de la musique fraîche. Au lieu de cela, England Is A Garden a le même esprit courageux et universel que When I Was Born For The 7th Time et Handcream For A Generation. Le fil conducteur est un défi, à la fois musical et lyrique, avec une sensation fabuleusement sordide de « I’m A Wooden Soldier » et de « No Rock Save In Roll », rendus encore plus forts par la prestation typiquement discrète de Tjinder Singh.

L’esprit résolument pop est également présent dans « Everywhere That Wog Army Roam », ce qui rend le récit de Tjinder Singh sur le harcèlement policier d’autant plus troublant qu’il est raconté sur la pop de dessins animés à la Archies. Ironiquement, pour un disque qui a pris son temps, England Is A Garden fonctionne parce que c’est de la musique pop qui semble facile et fluide.

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Ecovillage: « Arrived »

Ce duo suédois composé de Emil Holmstrom et Peter Wikstrom propose un opus qui est né après un voyage de 3 mois à travers l’Asie du Sud après un Step Above paru en dans un style assez différent de ce Arrived.
Arrived est un album concept réalisé en collaborations avec Ludvig Cimbrelius alias Purl, mais aussi avec d’autres musiciens que l’on connait bien dans le milieu ambient music comme Halftribe, Rhe Green Kingdow-om ou Ktyshe.
Cette somme d’invités se met au service de constructions où se mêlent avec grâce divers sons issus du laptop mais aussi des claviers, de la guitare ainsi que la voix de
Zhalih.


Un assemblage parfait, entre sonorités électroniques et organiques très lumineuses, très belles, évocatrices de paysages naturels, de grandes prairies ou de petits jardins, de vastes plaines ou d’imposantes montagnes. Un album dans lequel on s’immerge totalement et dans lequel on se sent parfaitement bien
au milieu de cette évocation de paysages naturels verdoyants que la musique « ambient » du tamdem sait si bien suggérer

***1/2

Jason McMahon: « Odd West »

Responsable d’un studio dans le Queens, musicien pour des groupes comme Skeletons, Chairlift ou Glasser, Jason McMahon, sort son premier album solo. L’occasion de découvrir le style virtuose de ce guitariste américain.
D’abord envisagée pour être jouée dans le cercle familial, la musique de
Jason McMahon s’est finalement ouverte au grand public pour notre plus grand plaisir.
On découvre dans ce premier album des titres composés à la guitare acoustique, souvent en fingerpicking, avec des résonances légèrement expérimentales, dans un registre qui rappellera par exemple celui des talentueux
William Tyler et Ryley Walker.


Avec la même souplesse et la même élégance dans le jeu, il déroule des titres folk aériens, esquissant au fil des titres des paysages sonores très beaux, très calmes, aux accents oniriques par moment.
Autour de la guitare, on entendra des voix floues et éthérées, mais aussi des claviers, une bass et des percussions discrètes pour un ensemble extrêmement harmonieux.
Une totale réussite qui, espérons-le, n’est que le début d’une longue carrière solo pour ce talentueux guitariste.

***1/2

Savage Hands: « The Truth in your Eyes »

Jeune groupe du Maryland, Savage Hands sort aujourd’hui un second album metalcore / emocore / post hardcore conjuguant, comme ses petits camarades, énergie débordante et format pop assumé, pondant les titres à chantonner car, indubitablement, The Truth in your Eyes, c’est de la variété pop metal. Ce ne ne seront pas quelques accélérations et hurlements qui pourrant changer de regard sur eux d’avis. Savage Hands, c’est un peu Sum 41 qui rencontre Paramore. Ce deuxième album parle de vérité et de mensonges et il n’y a pas grand-chose à dire ou écrire. Les onze titres fonctionnent très bien, bien joués, bien produits, traversés de breaks malins, des traditionnelles accalmies avant l’explosion de décibels.

La brutalité est savamment dosée, ni trop ni trop peu, assez en tout cas pour qu’on sache que c’est de metal qu’on parle, mais ne ressort que par touches (pour la voix), histoire de laisser le maximum de latitude au plaisir d’écoute de mélodies pop évidentes. Trop ? Sans doute, mais particulièrement bien ficelé.

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Roomtones: « So Long (Shadow) »

Exsudant un climat power-pop mélodique et contemplatiif, So Long (Shadow) est un délicieux morceau sorti aujourd’hui par roomtones, un groupe formé en 2017 et basé à Brooklyn, NY. Des rythmes acoustiques luxuriants et un tendre vibrato de guitare constituent un départ facile. Les voix émergent avec un charme mélodique peu après, le ton général et les moments de chorale comme « 00:57 » rappellent affectueusement Teenage Fanclub. Le riff de « station on your radio « station de votre radio » est attachant et mémorable, comme une supplique à la redifusion. So Long (Shadow) » est une tranche de nourriture réconfortante et audible.

On peut attendre avec impatience le premier album de Roomtones, Beginning to Begin. Le disque a été produit par Martin Bisi (Sonic Youth, Swans, Herbie Hancock) dans son célèbre studio Gowanus. Selon le groupe, on peut espérer un concept album libre composé de souvenirs étincelants de la vie à New York au début du 21e siècle, Beginning to Begin tourne autour des thèmes de la perte, de la mémoire, du vieillissement et du regret. En termes d’influences, le groupe cite The Modern Lovers, Alex Chilton, Scott Walker, The Zombies, Field Mice et Pavement. À suivre donc.

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