Russ Young: « Tunnels To Float Through »

16 février 2021

Comme lors de de son EP Pala, publié en mars 2019, nous suivons le parcours de Russ Young, fidèle à Audiobulb pour son deuxième album, dans un format un peu intermédiaire (quatre titres pour trente-trois minutes), mais à une qualité toujours maintenue. Constant dans son travail autour d’une atmosphère à la fois très sensorielle et particulièrement travaillée, le Britannique confirme, avec ce Tunnels To Float Through, ses qualités et ses capacités.

A cet égard, sa capacité à combiner des éléments légèrement grésillants (respirations, mini-frambillements, bruissements divers) et des touches plus chromatiques (petites notes nacrées, zones de synthé lumineuses) n’est pas la moindre de ses vertus (« Thermal »). En changeant son schéma, l’Anglais peut aussi mettre davantage l’accent sur les morceaux tenus, en ajoutant (« Phalo ») ou non (« Spiral ») quelques chuchotements électroniques.

Jouant habilement sur la stéréo et le caractère oscillant de ses nappes, Russ Young met ainsi en place une forme de tremblement musical, proche du frisson que l’on pourrait ressentir avec les gelées automnales, proche aussi des reflets de la lumière filtrée par les vitres. qui nous renvoie la photo de couverture de Hugh Cowling. Mérites sonores et mérites visuels sont donc mêlés sur cet album, peut-être un peu trop court, mais certainement convaincant.

***1/2


Chris Abrahams: « Appearance »

16 février 2021

Le pianiste australien Chris Abraham, membre fondateur de The Necks, a commencé à donner des concerts en solo avant d’enregistrer avec l’avant-trio auquel il est le plus associé. Et si sa touche contemplative sur Appearance, ainsi que sur une série de concerts en solo remontant au milieu des années 80, est presque immédiatement reconnaissable, il y a moins d’énergie à l’œuvre sur les deux nouveaux morceaux que les aficionados de The Necks pourraient s’y attendre.

L’instrument, au rythme lent, est toujours placide, attrayant et contemplatif. Il arrive comme de l’argile intacte, attendant que les auditeurs gravent leurs impressions à la surface. Mais il y a de la forme ici, c’est sûr : « As A Vehicle, The Dream » fait monter doucement sa mélodie et la laisse s’envoler.

Abrahams conserve ici le son facilement accessible du clavier qui a aidé The Necks à fusionner le calme chatoyant avec des rythmes angoissants pendant des décennies. Même sans compagnie, le pianiste parvient toujours à s’enfoncer dans les idées sur Appearance, en mélangeant doucement des ornements changeants à chaque morceau de l’album.

Il est tout à fait possible qu’Abrahams envisage un concept thématique global, comme le suggère le titre « Surface Level », le deuxième morceau de l’album. Mais l’attrait de sa performance ici est que l’auditeur peut projeter ses propres idées et prédilections sur la toile de fond d’un son magnifiquement travaillé.

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Marsha Fisher: « New Ruins »

10 février 2021

Marsha Fisher, une artiste basée à Minneapolis, a mis au point un ensemble de pistes ambiantes qui combinent des synthés modulaires avec des boucles de bandes de vieux prêches chrétiens et de musique de culte. Ces dernières sont si fortement traitées que leur source n’est pas apparente au départ. Le résultat est un ensemble de bourdons lo-fi et de voix déformées, respirantes et chatoyantes, avec des départs occasionnels en motifs d’éléments subtilement crépitants.

Ces quatre morceaux présentent des moments de tranquillité qui sont juxtaposés à une impression de malaise – pas vraiment d’horreur, mais une impression sinistre juste sous la surface. La transformation de sources religieuses en une telle dualité est peut-être le point que Fisher essaie de faire valoir. Mais même sans cette couche supplémentaire de considération, son art se distingue comme étant une collection inspirée de manipulations.

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grandson: « Death Of An Optimist »

28 janvier 2021

Selon Jordan Benjamin, le premier album de grandson est une juxtaposition. À la fois une « histoire d’origine » et une « nécrologie », c’est cette esthétique des deux côtés d’une pièce de monnaie qui domine Death of an Optimist à tout moment. 

Un disque qui parvient à faire la lumière sur les ombres ou à trouver une ombre lyrique dans l’optimisme le plus vif, il peut être audacieux et fanfaron à un moment donné (comme sur le disque « Dirty », un disque radiophonique qui a un rythme soutenu), puis en colère et direct à l’instant suivant (« Identity »). 

Mais surtout, ce n’est jamais ennuyeux. Il s’agit plutôt d’un rôle de meneur dans son propre cirque de fous ; un dialogue interne qui se déroule à cent à l’heure mais qui est d’un sens impeccable. Ne jamais rester immobile assez longtemps pour empêcher le monde autour de lui de tourner, c’est de la musique rock – mais pas telle que nous la connaissons.

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Christopher Bailey: « Rain Infinity »

20 janvier 2021

Les six mouvements du Duo pour violon et violoncelle sont tissés à travers Rain Infinity, la nouvelle monographie de l’œuvre du compositeur Christopher Bailey. Les duos, qui sont intercalés entre des œuvres d’instrumentation et de sonorités différentes, offrent une continuité qui sert de tissu conjonctif reliant l’album dans sa totalité.

La pièce qui suit le premier duo est Retreat (2016), une composition pour l’électronique réalisée par le compositeur. Bailey ouvre la piste avec un chaos de voix humaines enregistrées, puis passe à des passages microtonaux pour les instruments acoustiques échantillonnés ; l’accent structurel de l’œuvre est mis sur les densités changeantes, alors que la texture s’épaissit et s’amincit dans un flux de changement constant.

Contrairement à Retreat, Timelash (1999), brusquement fragmentaire, est un quatuor acoustique pour piano, violoncelle, clarinette et violon, dont les sonorités sont essentiellement celles d’un violoncelle agressif et brut et d’un piano strident. Une autre œuvre pour petit ensemble de chambre acoustique, la Passacaglia, d’après Hall et Oates 2 pour piano, flûte et violon, alterne des variations timbrales sur une seule note avec des dissonances pulsatives de quelques secondes qui finissent par aboutir à un dénouement lyrique improbable. L’album est complété par la piste titre, une œuvre microtonale composée pour Jacob Barton et son instrument à vent maison, le pis, et « Arc of Infinity », une œuvre pour guitare électrique solo dont l’interprétation ici par Daniel Lippel est apparue plus tôt dans la superbe collection solo de Lippel, Mirrored Spaces. Quant aux duos, ils constituent le point culminant de l’album. La violoniste Miranda Cuckson et la violoncelliste Mariel Roberts se déplacent sans effort entre un geste robuste et une nuance délicate tout en jouant leurs parties avec une coordination presque télépathique.

***1/2


More Eaze & Claire Rousay: « If I Don’t Let Myself Be Happy Now Then When? »

19 janvier 2021

More Eaze (Mari Maurice) et Claire Rousay sont des expérimentalistes au sens propre du terme, et cet album illustre bien leur étendue. Sorti le 10 mars 2020, If I Don’t Let Myself Be Happy Now Then When ? est un ensemble de trois collages sonores avec des percussions d’objets trouvés, des manipulations électroacoustiques, des breaks de guitare et de voix avant-pop et une bizarrerie générale. Ce ne sont pas tant des chansons ou des compositions, mais des bruits structurés avec des textures variées qui mutent et se transforment tout au long de leur durée.

Par exemple, l’avant-pop a un fond plus ou moins en évolution constante, composé de percussions sans rythme et d’électronique, avec des voix traitées qui montent de temps en temps. Mais il se termine par un mur de bruits dense et liquide, sculpté à partir d’une grande variété de sources. La post-op suit avec un ensemble de drones qui se chevauchent et quelques voix éparses, avec des crépitements électroniques en arrière-plan. Ce dernier se construit pour dominer le morceau dans sa seconde moitié.

Ces morceaux présentent une vulnérabilité fragile et une mélancolie plus que nostalgique. Il est difficile de les classer autrement – peut-être à cause de leurs similitudes avec William Basinski – mais Maurice et Rousay sont sur leur propre tangente, étrangement addictive et entropique.

***1


Valotihkuu & Dynastor: « Midnight Fairytales »

5 janvier 2021

Un enchantement nocturne d’un peu plus de quarante minutes est le résultat de la première collaboration entre Denis Davydov (Valotihkuu) et Maurits Nieuwenhuis (Dynastor). Les contemplations atmosphériques de l’artiste russe et l’ambiance visionnaire du néerlandais sont condensées en huit morceaux, précédés d’une courte introduction, qui dispensent un large éventail de suggestions de magie fragile, en pleine cohérence avec l’imagerie suggérée par le titre.

Avec ses fréquences extatiques, l’imbrication ludique entre les carreaux acoustiques scintillants et les sons synthétiques liquides et les harmonies vaporeuses qui se déploient lentement, Midnight Fairytales est vraiment un son de conte de fées, une parenthèse d’abstraction hivernale lumineuse, à absorber avec le véritable émerveillement d’un enfant qui abandonne le monde des rêves.

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Twist Helix: « Machinery »

4 janvier 2021

Ces pourvoyeurs de hits issus du Nord-Est de l’Angleterre font à nouveau parler d’eux avec leur très attendu deuxième album Machinery.Le trio est certainement l’un des seuls groupes à être sortis de Newcastle upon Tyne ces dernières années, avec une alt-pop magnifiquement mélangée à une touche espagnole qui leur a valu un certain succès depuis leur premier album Ouseburn, un opus qui leur a permis de taillr leur propre son. 

Ce qui est clair dans ce combo, c’est qu’il aime son métier et qu’il fait preuve d’ne soif de créer quelque chose de vraiment individuel dontMachinery est la parfaite illustration ne serait-ce que dans la mesure où aucun morceau n’est identique à un autre. Men outre, sous la lueur contagieuse de la pop et du disco indie, se cache un message important sur « l’expérience de Twist Helix en tant que groupe » et sur la façon dont l’industrie fonctionne et contribue à la culture générale.

Il convient d’ajouter que Machinery voit ce groupe trouver sa voix, exploser en action a avec, par exemple, l’ouverture « Louder ») et ne s’arrêter pour rien au fait que Twist Helix détruit les frontières du genre et apporte sa propre touche unique à la pop et au post-punk des années 80 sur les titres comme « Vultures » et « Exposure ».

Ce deuxième opus n’est pas seulement un triomphe pour Twist Helix ; il l’est également pour la scène dans son ensemble, montrant qu’il y a encore de l’espoir et que l’excellence peut être atteinte grâce à un travail acharné et à l’amour du métier.

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Iker Ormazabal: « The Oscillation »

3 décembre 2020

Iker Ormazabal est un musicien basé au Royaume-Uni et il offre, sur The Oscillation, un opus constitué de drones établis en mutiples couches. La répétition est ici un élément clé de son style, avec des motifs récurrents qui peuvent avoir été mis en boucle ou en séquence. Les textures de ces ondes sont lisses avec une certaine rugosité sur les bords. Habituellement, deux ou trois voix distinctes sont présentes et, à l’occasion, l’une d’entre elles peut jouer un rôle ressemblant à celui d’une mélodie. L’impression générale n’est pas désagréable, bien que la certitude l’interdise.

A près de 90 minutes, The Oscillation peut être une écoute active, mais elle peut aussi servir d’ambiance – elle contient une psychédélie hypnogène qui vous berce dans un état d’anxiété tranquille. Il y a un rappel constant que les rêves peuvent facilement se transformer en cauchemars, mais l’album ne va jamais aussi loin et vous laisse plutôt dans un état indéterminé. Ormazabal affirme que ses influences incluent les pionniers du GRM ainsi que Pauline Oliveros. On peut les entendre tous les deux dans The Oscillation, surtout cette dernière.

***1/2


Tired Lion: « Breakfast For Pathetics »

1 décembre 2020

Pour les fans de ce comboalt-rock australien, la sortie de Breakfast For Pathetics est enfin terminée après une longue attente. Bien qu’il s’agisse du deuxième album studio de Tired Lion, c’est le premier à être sorti avec Sophie Hopes comme seule membre restante. Ne vous inquiétez pas ! Cette sensation de grunge, d’épopée et de guitare fougueuse qui a permis au groupe de prendre son envol est le moteur de l’album. Il est clair que Hopes peut tout clouer sur place ; c’est donc exactement ce qu’elle a fait.

Il y a toujours eu un sentiment de semi-nostalgie avec Tired Lion, mais Breakfast For Pathetics rappelle particulièrement la bande originale d’un film intemporel des années 90 – pensez à Ten Things I Hate About You ou Clueless. La vivacité d’esprit qui se dégage de ce disque est tout à fait contagieuse. C’est un album de rock très énergique qui vous donnera envie de crier et de hurler ; à l’exception de « Screw You, Man » le « closer » à combustion lente qui en est un surprenant point fort qui sere certainement un hymne pour tous ceux qui couvent cette années tempêtueuse qu’a été 2020.

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