Tav Falco: « Cabaret of Daggers »

Tav Falco a tout vu, tout connu, tout fait : du punk au rockabilly au rock garage. Un vétéran à la vie bien remplie mais qui n’a pas toujours joui du crédit qui lui est dû. Aujourd’hui, l’homme incarne un paradoxe. Installé en Europe depuis plus de dix ans maintenant , Falco incarne pourtant, et toujours, une sorte d’idéal musical roots américain, un éternel où blues, rock’n’roll et country se mélangent harmonieusement.

Il agrémente ce cocktail sans âge d’une petite touche personnelle dans laquelle les sonorités latines (à l’instar des démonstrations de tango qui agrémentent régulièrement ses performances scéniques) croisent une forme d’élégance surannée typiquement européenne. Ainsi ce nouvel effort s’écoute comme on savoure un vieux film en noir et blanc, bercé par le piano bastringue et la voix de gorge, gravée par la vie, de Falco qui, à elle seule, incarne le fantasme d’un idéal nostalgique et rétro.

***1/2

Bill Fay: « Countless Branches »

Il est indéniable que la montée en puissance de Bill Fay ces derniers temps est l’une des plus grandes histoires de la musique contemporaine. Sa musique n’a peut-être pas attiré suffisamment l’attention dans les années 1970, mais heureusement, avec ce premier album depuis Who Is the Sender ? de 2015, son statut de pilier de la pop de chambre moderne est fortement confirmé.

Que ce soit le piano de « Will Remain Here » ou la chaleur de « Filled With Wonder Again » qui vous saisit en premier, ce qui est clair c’est que, tout comme son album Life is People qui a été acclamé dans le monde entier en 2012, la marque de Bill Fay de folk populaire simple et pourtant lourd mérite une place dans la bibliothèque de chaque auditeur averti.

****

Sea Change: « Inside »

Sea Change a puisé l’énergie de la Norvège, de Berlin et de L.A. pour la canaliser dans de la pop synthétique tout enamalgamant ces cultures de club dans son nouvel opus Inside. L’espace et le temps se plient à la batterie et l’album entier semble réarranger le monde.

Le « singl »e, « Stepping Out », se situe à la limite de l’industriel et fait écho à une soirée glaciale et sombre lors d’une rave hivernale dans un entrepôt abandonné. Vous devrez créer la chaleur par vous-même, donc ce morceau est ici avec la quantité parfaite de friction sonore pour allumer un feu.

« Scratch that Itch », vous donnera l’impression d’être entré dans une autre dimension. La voix d’Ellen Sunde saute alors qu’elle a l’impression que quelqu’un vous appelle à des kilomètres de distance et de toutes les directions. Vous aurez envie de chercher quelque chose tout en écoutant, mais ce que vous y trouverez ne dépendra que de vous.

***1/2

SUSS: « High Line »

Le précédent album de SUSS (Ghost Box) ressemblait à la BO d’une longue balade à travers les paysages de l’Ouest américain, avec ces boucles lancinantes et surtout cette guitare aussi tranquille que céleste qui venait servir de guide, de fil rouge à un ensemble de titres Ambient Country hérités à la fois de Morricone, Daniel Lanois et Brian Eno.


Au final, un album d’ambient country très beau, à écouter dans un style ambient country assez peu abordé habituellement
Sur ce second album, la musique du quintet New Yorkais évolue sensiblement. La guitare dobro, la pedal steel, l’harmonica sont toujours bien présents mais la musique se fait ici plus atmosphérique, plus éthérée, avec une présence de nappes de synthés plus marquée. Mais reste toujours ce sentiments d’évoluer dans des payasses sonores en toute sérénité, avec ce son de basse si caractéristique qui évoquera sur le titre « 
Wetlands » le son de Labraford. Au final, un album d’ambient country très beau, à écouter dans un style ambient country assez peu abordé habituellement.

***1/2

Lucas Lauren: « I Know Where Silence Lives »

Lucas Lauren est un artiste folk australien qui s’est insatlla à Barlin. Cs sont pourtant biendes récits champêtres qui sont ici délivrés sur I Know Where Silence Lives son premier album. Le disque est simple et dépouilé avec une voix et une guitare qui constituent son épine dorsale.

Peu d’autres choses viennent nous détourner de la pureté de cette expression hormis quelques cuivres, bois , percussions, instruments à vent, tous enregistrés dans des conditions organiques venant nous rappeler que Lucas est également trompettiste et pianiste.

Enregistré en Enregistré en Nouvelle Zélande, ce disque assez court appelle au recueillement et apaise immédiatement tous les maux de ses auditeurs, les entourant de bienveillance et de douceur nonobstant les thèmes parfois plus sombres développés dans des chansons, qu’il a voulues mélancoliques mais pleines d’espoir.

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Michael Malarkey: « Graveracer »

Dans la voix il y a quelque chose de Matt Berninger de The National, une voix de cowboy, à la fois grave et chaleureuse, qui vient accompagner la guitare électrique de Michael Malarkey pour une suite de chansons folk rock blues US mid-tempo, pour la plupart pleines de charme et de mélancolie.

10 titres rassemblé dans un second album (son plus réussi à ce jour) pour cet acteur auteur-compositeur-interprète américano-britannique qui a connu son petit moment de gloire avec un rôle dans la série télévisée Vampire Diaries. Un vrai coup de coeur.

***1/2

Nova Charisma: « Exposition II »

Nova Charisma est un side project mené par Donovan Melero (Hail The Sun) et Sergio Medina (Stolas, Sianvar) étiqueté post hardcore progressif. Un descriptif qui ne s’impose pas vraiment lors de l’écoute de « Diary (don’t speak) », superbe ballade indie rock prog porté par une voix androgyne. « Gemini » est un tantinet plus musclé, mais pour du post hardcore, ça reste assez soft. « Hoxton » est dans la même veine, avec une couleur plus emocore. Enfin, « Sonya » verse plus franchement dans le post hardcore.

Il ne s’agit que d’un deuxième opus, donc l’équilibre n’est pas totalement atteint. Cependant, le savoir-faire est assez présent pour qu’on s’y laisse prendre, et assez également pour subir des écoutes successives. Encourageant et à suivre !

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Georgia: « Seeking Thrills »

Georgia, c’est l’auteure-compositrice-interprète anglaise Georgia Barnes (fille de Neil du duo dub-électronique Leftfield !), et Seeking Thrills est son second disque, qui arrive cinq ans après Georgia. Et c’est bon partout, sur les plans de l’écriture pop, des orchestrations électroniques — comme avec New Order à l’époque, elles sont très influencées par les sons du techno de Detroit et du house de Chicago — et de la réalisation détaillée.

Pensons à une version plus joviale des Écossais CHVRCHES (la comparaison saute aux oreilles sur « 24 Hours », notamment), musicalement plus diversifiée aussi, alors que Barnes touche à la bass music (caverneuse « Mellow », duo avec la MC Shygirl) ou à des rythmiques s’approchant davantage de celles du hip-hop, comme sur « Ray Guns » qui, elle, lui attirera à nouveau des comparaisons avec M.I.A. La musicienne maîtrise l’art de la chanson brève et efficace et des refrains qui nous habitent dès la première écoute, sans toutefois dériver vers la pop à numéros. À se mettre dans les oreilles pour illuminer les jours gris.

***1/2

Normcore : « Six Pack »

S’il sagit de passer à l’exégèse,, bien plus que le phénomène « Normcore » (le fait de passer incognito en portant des vêtements neutres), la musique du quatuor du même nom évoque plus les jeans déchirés et les chemises bûcherons telles que l’on les affectionnait dans les années 1990. A tout les coups si l’on se prenait à fouiller la discothèque de Normcore on y trouverait l’intégrale de Weezer et de Nirvana et peut-être même les quelques albums de Snot pour reprendre le titre d’un des morceaux du dique.

Une musique chargée en électricité qui se déguste comme un 6 pack de bière et dont les guitares reprennent l’esthétique des influences éviouées plus avant, et une agressivité justement dosée qui n’obère ni les mélodies ni les harmonies vocales du groupe. Excellent !

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Chris Shiflett: « Hard Lessons »

Connu principalement comme guitariste des Foo Fighters, Chris Shiflett étonne en solo dévoilant un amour immodéré pour la musique country, indécelable par ailleurs. Néanmoins, on ne se refait jamais totalement et Chris a bien gardé deux ou trois trucs de son groupe fétiche, en matière de saturation sonore générale (qui proviendrait paraît-il d’un ampli de guitare vintage, le Marshall JMC800) et de dynamique rythmique.

Filant à la vitesse du vent, les compositions ont une durée moyenne de deux minutes, l’album défie le temps dans une sorte d’hybride country-hard, les amplis dans le rouge, finalement pas si éloignée que cela, dans l’esprit, de ce que proposait Steve Earle à l’époque de « Copperhead Road » il y a trente ans de cela. C’est plutôt réussi.

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