Landshapes: « Contact »

26 novembre 2020

La musique du quatuor londonien Landshapes n’est pas facile à classer. On y touve en effet des morceaux qui sont principalement percutants, et d’autres qui sont ancrés par la voix claire du leader Jemma Freeman. Mais dans l’ensemble, le nouvel album Contact est un disque passionnant, surtout si l’on considère les chansons prises une par une.

« Drama » adopte un contre-courant rythmique qui semble se balancer sous le chant de Freeman, tandis que « Siberia » est à la fois porté par les percussions jazzy de Dan Blackett et ponctué par les frappes des percussions. Le chant de Jemma Freeman rappelle ici à peine celui de Shirley Manson ou d’Alison Goldfrapp, mais la prestation semble plutôt improvisée, ce qui donne une sensation qui ressemble étrangement à ce que vous avez pu entendre lors du boom de l’art rock britannique il y a quelques décennies. Le jeu est impressionnant tout au long de l’album, mais les différentes sélections doivent leur succès à la performance de Freeman sur chacune d’entre elles.

Contact fonctionne mieux en mordant, car ces petits éclats de créativité donnent à l’auditeur l’impression d’entendre quelque chose de vraiment révolutionnaire. Au total, c’est plus difficile à discerner, bien que le rugissant et euphorique « Let Me Be » séduira certainement par une certaine puissance surnaturelle. Une grande partie du succès de ce groupe est due à Jemma Freeman, et c’est sa voix claire qui transperce ces morceaux, de ceux qui éclatent et claquent, à ceux qui se transforment en de formidables excursions post-punk.

***1/2


Sabaturin: « Kenemglev »

22 novembre 2020

Avant même que le monde ne s’habitue à la distanciation sociale, l’Anglais Simon Crab et le Canadien Charles-Emile Beullac créaient de la musique sans jamais s’être rencontrés physiquement.

C’est ainsi que Sabaturin est né. Le matériel qui composeKenemglev a été travaillé par les deux hommes entre 2017-2019 dans le vieil esprit d’échange de sons par le biais de cassettes, très populaire dans les années 80. « Kenemglev » signifie « consensus » en breton et c’est le mot clé pour comprendre comment cet album a été pensé et réalisé. Kenemglev est, par conséquent, la musique qu’il fallait pour l’époque où nous vivons ; une année 2020 qui nous a appris à comprendre, à apprendre et à communiquer à distance, et à donner lmportance à la notion de consensus.

Beullac conserve une partie de l’identité de son projet dans lequel l’album Nothing Down-To-Earth a vait récolté la note de 8,7 chez Pitchfork en 2002, faisant tourner la tête des fans de Boards Of Canada.

En revanche,Kenemglev n’est jamais défini par une formule et la musique reste alors libre, que ce soit l‘échantillonnage radio classique à ondes courtes (souvent utilisée dans la scène industrielle) ou le dub. Le tout est mélangé en une seule entité qui coule sans interruption et où les pistes sont collées ou légèrement superposées, dans une sorte de représentation de l’art qui orne la couverture, générée par Simon Crab à partir d’une simulation de motifs de Chladni.

***


Jeremy Tuplin: « Violet Waves »

1 novembre 2020

Le dernier opus de Jeremy Tuplin, Violet Waves, se penche sur l’amour, la perte et les titres à se faire pâmer les femmes..

En garant sa voiture, en ouvrant les volets et en appuyant sur le bouton lecture de son appareil de musique, « Back From The Dead » commence à s’enflammer, attirant une foule de passants. L’instrument funky et joyeux entraîne la foule dans une transe, en traînant les pieds et en se trémoussant sur le rythme. Jeremy s’impose comme l’homme à surveiller, avec des voix qui correspondent à la mélodie comme le sirop correspond aux crêpes.

Avec la même constance, Jeremy nous offre un voyage de rêve imprégné de psychédélisme avec « Space Magic ». Un solo de guitare étourdissant s’insinue et clôt la chanson, faisant fondre chaque oreille qu’elle touche. De « The Idiot » à « Violets Are Blue », Tuplin est capable decaptiver tout le monde par ses douces mélodies et sa voix apaisante, tout en chantant des chansons qui sont de véritables tragédie.

En référence à l’ouverture, le dernier morceau, « When I Die, etc. », s’enchaîne à un rythme soutenu et apaisant qui donne aux spectateurs un souvenir de lui. Le morceau s’arrête et la foule rugit, applaudissant la performance de Jeremy qui oscille entre le toucher et l’excitation. Il remballe son chariot et poursuit sa route, flottant sur une mer de vagues violettes. Le travail est fait.

***1/2


Kevin Morby: « Sundowner »

26 octobre 2020

On peut être assez cynique pour le dire tout de suite : Kevin Morby veut désespérément être Leonard Cohen. Il suffit de vous je vous mettre au d’écouter Sundowner, le nouvel album de l’ancien front-man des Babies et de se dire qu’il ne ressemble pas à la dernière légende. Lisez dans cette remarque une sorte de compliment détourné que Morby a presque réussi à faire.

« Valley » et lest un titre simple et puissant, mais « Campfire » va n peu plus loin, avec une légère touche de poésie. Ailleurs, « A Night at the Little Los Angeles » ajoute un travail délicat à la guitare, tandis que l’élégant « Velvet Highway », et un bel instrumental, où il lâche tout pour le ipano.

On aurait pu souhaiter que Sundowner soit plus proche de ce nmorceau mais Kevin Morby est profondément en phase avac sa muse sur ce disque, de sorte que même une excellente composition, comme « Provisions » menace d’être oubliée lorsqu’elle est entendue à côté d’une douzaine d’autres compositions de même facture.

Sunowner n’est pas le genre de chose qur laquelle se précipiterait autant que n’importe quelle autre sortie de The Babies, mais il est assez bien fait dans le registre qui est le sien. Votre degré d’appréciation peut dépendre de la façon dont vous abordez ce disque, et si vous lui accordez toute votre attention il vous permettra de vous y laisser prendre.

***1/2


Supercrush: « SODO Pop »

15 octobre 2020

Mark Palm a fait un tour entier du « bloc musica « ; il a fpassé du temps avec les punks de Vancouver Reserve 34, le groupe de métal Black Breath de Seattle et le groupe de dream-pop Modern Charms de San Francisco, pour n’en citer que quelques-uns Cette éphémère carrière musicale n’a d’égal que son besoin constant de bouger.

La seule constante a peut-être été son dévouement à la chanson, qu’il met en avant dans son dernier projet, Supercrush. Adorant les icônes de la power pop des années 90 comme Teenage Fanclub, les Posies et Velvet Crush, le groupe est un retour en arrière dans presque tous les domaines. Les chansons sont courtes, percutantes et remplies de belles harmonies vocales sur l’amour et le chagrin.

Pourtant, à aucun moment, Palm et ses compagnons d’orchestre, dont Phil Jones de Shook Ones, qui a également coproduit, n’ont l’impression d’essayer de recréer le passé. Au contraire, les chansons du premier opusSODO Pop – le Never Let You Drift Away de l’année dernière était surtout une collection de « singles » – sont comme une continuation, un passage de témoin. Palm utilise les sons d’hier pour explorer son point de vue actuel.

Du rythme lent de « I Didn’t Know (We Were Saying Goodbye) » au flou de « Parallel Lines », la familiarité de ces 10 titres est comme une démangeaison que l’on ne peut pas vraiment gratter ; un riff, une mélodie, même un son de guitare si familier, mais dont la source est difficile à situer.

En ce sens, leur analogue le plus proche est probablement Beach Slang, un groupe dirigé par un bricoleur (James Alex) qui utilise de vieux sons pour exciser les fixations actuelles. Palm n’a pas encore atteint le sublime amalgame de l’ancien et du nouveau que propose Alex. Mais SODO Pop a suffisamment d’idiosyncrasies pour dépasser ses influences et être adopté selon ses propres termes.

***


Nick Storring: « My Magic Dreams Have Lost Their Spell »

12 octobre 2020

My Magic Dreams Have Lost Their Spell, du compositeur et violoncelliste torontois Nick Storring, est son sixième album solo. Solo, mais contenant une multitude d’instruments – dont il joue lui-même – et, par conséquent, de sonorités. L’inspiration de l’album est la musique de Roberta Flack, mais toute relation entre la musique de cet album et celle de Flack est obliquement allusive et filtrée par la propre sensibilité de Storring, qui se montre ici romantique, repliée sur elle-même et richement cinématographique.

Écouter l’album, c’est comme écouter la bande-son d’un film se déroulant dans un paysage imaginaire : vif, légèrement hallucinant, et s’éloignant jusqu’à un point juste à la limite de la perception. Bien que le violoncelle de Storring soit le plus souvent la voix centrale ici, la variété même des autres instruments soigneusement stratifiés dans le mixage et la riche gamme de couleurs sonores qu’ils apportent font partie intégrante de la réalisation efficace du spectre émotionnel et de l’étrange labilité de la musique. D’une beauté inouïe.

***1/2


Chronovalve: « Light »

10 octobre 2020

L’un des points positifs de cette année misérable a été la réémergence d’un certain nombre de musiciens qui ont sorti de nouveaux albums pour la première fois depuis longtemps. Parmi eux se trouve Chronovalve, un projet de l’artiste sonore et musicien Mike Engebretson. Présenté une fois de plus par Home Normal, Light est la suite tant attendue de ses débuts sur le label en 2013 et c’est une chose de toute beauté. Prenant son titre très à cœur, il s’agit d’une suite de musique lumineuse débordante d’optimisme.

Fusionnant des atmosphères ambiantes ondulantes avec des synthés orchestraux, des voix de chœur et des mélodies entraînantes, les compositions de Light évoquent une sorte de calme euphorique et de silence aux yeux écarquillés. C’est à cela que doit ressembler le fait de perdre tout son lest et de s’élever dans la troposphère. Dans des temps aussi sombres que celui-ci, une musique aussi claire et ouverte est vraiment la bienvenue.

****


Shedir: « Finite Infinity »

17 septembre 2020

Deuxième elbum de l’artiste italienne, Shedir, un dique qui reprend où son album précédent, Falling Time, nous a laissés ; à savoir être à nouveau confrontés à d’épaisses étendues de drones flottants et à une utilisation complexe de « field recordings », exposant des techniques de conception sonore très habiles. Chaque objet, chaque lieu, chaque être contient une sorte de solitude inhérente qui est la pure essence de ce qu’il signifie être.

Lorsque l’essence d’une chose, sa solitude féroce et invisible, émerge, nous sommes confrontés au noyau subtil de l’être, solitaire comme la totalité des étoiles. Et l’effet, être ici, sur lnotre planète, accepter le silence, inscrit quelque chose sur les murs froids et brillants de nos âmes, un scintillement fini à travers l’infini.

***


Sarah Davachi: « Cantus, Descant »

13 septembre 2020

Le mot latin « cantus » fait référence au chant, et l’expression qui en descend signifie une mélodie dans le registre aigu, généralement chantée ou jouée sur une mélodie de base. Il s’agit d’un procédé polyphonique à deux voix développé en France et en Italie il y a près de mille ans. Inspirée par ce concept ancien, Sarah Davachi propose 17 pistes qui sont contemplatives, méditatives, sensuelles, propices à la méditation et à la relaxation. À quelques exceptions près, le nouveau projet de la Californienne évoque la musique sacrée des époques baroque et pré-baroque… ou peut-être pas, à y regarder de plus près. L’utilisation fréquente d’orgues à tuyaux conduit à cette perception, mais il apparaît rapidement que la linéarité minimaliste des propositions, la nature de leurs structures harmoniques et la superposition d’autres sources électroniques ou instrumentales (mellotron, piano, synthétiseur modulaire, voix) témoignent d’une pensée compositionnelle véritablement contemporaine.

Cela dit, ces œuvres ne sont pas très dissonantes, s’inscrivant généralement dans des gammes mélodiques pré-contemporaines. Leur traitement textural n’a cependant pas grand-chose à voir avec le Moyen Âge ou la Renaissance. En outre, ces dernières années, il est devenu évident que l’orgue fait un retour en force dans le monde de la musique contemporaine (instrumentale ou électronique), et Sarah Davachi fait certainement partie de ce mouvement, tout comme le compositeur canadien Kara-Lis Coverdale, par exemple. Une fois de plus, nous pouvons constater l’étonnante affinité entre la musique ancienne et la musique contemporaine, et Sarah Davachi en fournit une preuve lumineuse.

***1/2


Coray Flood: « Hanging Garden »

10 septembre 2020

Ce trio indie-pop de Philadelphie Corey Flood, dirigé par Ivy Gray-Klein, aborde ses craintes avec une ambivalence lo-fi.  « Heaven Or », un peu de travers et se dissocie de l’affirmation « Je sais ce que j’ai vu » (I know what I saw), alors que le cacophonique « Slow Bleeder » utilise l’anémie de Gray-Klein comme métaphore de sa peur de l’intimité : « Ça prend du temps / Mais je serai là.» (Takes time / But I’ll be there).

Une certaine nervosité imprègne le premier LP du groupe, qui mène à de nouvelles découvertes musicales – les grooves de samba pulsés, les guitares floues de l’album plus proche « Poppies » – et émotionnelles aussi. Ainsi, comme le chante Gray-Klein sur « Down The Hill » en guise de profession de foi, « Il n’y a pas de honte à l’humilité » (There is no shame in humility).

***