Broken Twin: « May »

 

Il est des albums qui ne reposent pas sur la production ou les musiciens mais seulement sur le « songwriting » et dont c’est la simplicité qui les rend beaux. Les textes peuvent dire des choses évidentes mais avec un flair poétique et sous entendu. Ainsi peut-on définir le premier album de Broken Twin, May.

Majke Voss Romme est basée à Copenhague et, après avoir fait partie d’un groupe, Glass Arena, elle a sorti un « single » (« Sun Has Gone ») inclus ici et tenant lieu de morceau central modeste avec son piano discret mélancolique.

Basé sur les émotions, celles-ci n’envahissent pourtant pas le disque. En son cœur il y a des tourments qui sont difficiles à prononcer à haute voix mais que Romme parvient à agripper dans l’éther et à chuchoter avec perfection. Il s’agit principalement de chansons d’amour mais, comme « Glimpse of a Time », elles sont diverses et peuvent s’appliquer à tout le monde et en toute situation.

Les arrangements sont, dans la plupart des cas, à cordes et jamais Broken Twin ne s’aventure très loin de cette formule. Cela donne un album doux et délicat, rappelant Nick Drake, mais, tout comme chez ce dernier, sans perdre profondeur et intensité. Du début à la fin, les couches musicales sont apprêtées et soignées, solennelles sans être orchestrales, éloignéas de tout bruit hormis peut-être sur un « River Raining » qui, tout tendu qu’il soit, ne fait pas office de bouche-trou.

Ce dépouillement met en évidence certaines faiblesses, une certaine monotonie ne serait-ce qu’au niveau de la tonalité générale. Gageons pourtant qu’avec les qualités de composition dont elle fait preuve, Romme sera capable de nous proposer des morceaux aussi intemporels que ceux dont elle semble vouloir faire sur May sa vocation.

***

Chad VanGaalen: « Shrink Dust »

Chad VanGaalen a défini son cinquième album comme un disque folk. Shrink Dust l’est sans doute en termes de structure et de thématique (les difficultés de l’amour et de la vie) mais on y trouve aussi un autre sous-genre car il s’agit également un essai sur la perte, l’évolution et nature de la transformation.

Loin d’être abstrait cela s’exemplifie dans son attrait pour la multiplication instrumentale où les guitares acoustiques et électriques comme emmaillotées dans des cymbales qui murmurent et épicées de synthétiseurs discordants et où les rythment sa balancent doucement au gré des instruments à bois et à vents.

Le morceau d’ouverture, « Cur Off My Hands » est le titre fondateur de cette démarche où le pastoral est nimbé d’électricité et on retrouvera le même assemblage astucieux entre sons naturels et modifiés sur des compositions comme « Where Are You » avec une atmosphère de music-hall semi acoustique créant une réverbération qui s’immiscera dans les divers parties instrumentales et émergera alors en un mur sonique singulier.

L’autre mutation s’opère au niveau des textes où VanGaalen va désincarner l’humain et le transformer en quelque chose issu d’un autre monde comme la pochette nous l’indique. « Cut Off MY Hands » s’attaquera aux mains, « Monster » sera sans équivoque » et cette métamorphose sera comme une métaphore du processus créatif dans ce qu’il révèle de caché.

« Weighed Sin » sait néanmoins faire montre de tendresse dans une voix qui passe du soprano à l’alto comme une soie se déroulant à nos oreilles ; preuve s’il en est que, même si c’est une âme qui explore, VanGaalen sait faire preuve de mesure où le paisible se mêle à l’effrayant comme l’abstrait des analogies sur l’altérité se fraie un passage sans le dévoyer vers le concret que représente le réel.

***1/2

Wye Oak: « Shriek »

 

Jenn Wasner, la chanteuse de Wye Oak avait déclaré, qu’après huit an de carrière, le duo noisy et fok rock de Baltimore n’utiliserait pas de guitares sur son prochain album. Les « singles » « The Tower » et « Glory », présents sur Shriek, avaient confirmé la chose de manière plutôt convaincante en particulier les synthés à contretemps du premier titre rappelant étrangement « The Logical Song » de Supertamp.

La chanson titre est encore meilleure avec ces accords électroniques en arpèges en synchronie presque divine avec les vocaux angéliques de Wasner. Avec la basse en staccato de « Before », on a droit à un début sans faute, une belle présentation de ce que la pop su=ynthéttique peut offrir de plus riche et fleurissante.

La voix de Wasner est, incontestablement, l’atout-maître dans Shriek ; leur acuité vocale est confondante et, utilisée au maximum de ses possibilités, elle fait de cet album une véritable épiphanie.

Elle alterne entre de légères touches angéliques et des tonalités enlevées qui démontre un spectre sensiblement plus large et plus déterminé qu’auparavant donnant ainsi au disque un sens de la direction peu commun.

Pourtant, si les premières compositions sont inspirées, la dynamique s’étiole ensuite assez rapidement. « Paradise » et «  Despicable Animal » sont des exercices peu aboutis de textures dream pop ressassées à l’envi, ce qui malheureusement donne à la deuxième partie de Shriek l’impression un peu amère de musiciens s’étant amusés naïvement avec de nouveaux jouets, les claviers, puis de les avoir abandonnés sur le sol.

Wye Oak s’étaient lassés de leur vieux répertoire ; il était prévisible qu’ils auraient besoin de changement. On hésite ici entre les admirables options qui ont été retenues au préalable et le regret de leur précédent répertoire qui peut surgir au bout d’un moment. La solution serait peut-être de ne pas revendre leurs six cordes et de nous offrir un nouvel opus plus équilibré au lieu d’un L.P. qui ne vaudrait que pour sa face A.

***

Nine Black Alps: « Candy For The Clowns »

 

Nine Black Alps est un groupe de alt-rock dont les racines sont fermement plantées à Manchester. Leur dernier opus, Sirens, faisait preuve d’une énergie post grunge et Candy For Clowns s’emploie à répéter la formule réussie pour ce combo .

« Novokaine » ouvre l’album sur diverses couches d’instruements qui sont légèrement désaccordés les uns des autres mais l’ensemble est plutôt réussi. Leur style est sombrement psychédélique qui est complémenté par la voix grave de Sam Forrest qui enchaîne très bien sur «  Blackout » lisse, suave et captivant sans perdre pourtant de son impact un peu comme si les grungers avaient endossé un smoking.

En termes de vêtements, « Supermarket Clothes » sera beaucoup plus enlevé et ferait un parfait « single » : il est accrocheur tout comme « Something Else » avec une rguitare rythmique excellente et d es percussions qui apportent puissance et engagement à la composition.

Ces titres semblent moins excessivement travaillés que le plupart des autres plages, par exemple « Patti »,qui offrira des pauses dramatiques dont on ne voit pas l’intérêt avec des notes traînantes et superposées comme pour donner profondeur et signification à un un son qui aurait gagné à être resté consistant.

Le reste des composition est, en effet, correct mais n’apporte rien de particulier et de significatif. Sur « Morning After » les vocaux sont assez bien mis en valeur, et « Come Back Around » ou « Destroy Me » n’apportent rien si ce n’est l’impression que Nine Black Alps s’est évertué à reproduire Sirens d’une manière trop besogneuse.

Le groupe a pourtant beaucoup à offrir, ainsi  « Clown », qui clôt l’album,  en est une excellente preuve ; il serait temps qu’au bout de onze ans d’existence nos mancuniens sachent quelle direction ils souhaitent prendre.

**1/2

 

 

Rapid Talk: Interview de Afghan Whigs

The Afghan Whigs n’ont pas réalisé d’albums depuis 16 ans. Leur leader, Greg Dulli, a une bonne explication pour cela : il ne peut nommer aucun groupe qui aurait pu les remplacer ! À prendre au second degré bien sûr car il a, entretemps, collaboré avec Dave Grohl et Mark Lannegan. En même temps l’écho des Whigs peut se faire entendre chez The National ou My Chemical Romance ce qui explique qu’il se soit reposé sur ses lauriers.  Do To The Beast doit donc soutenir la comparaison avec son œuvre séminale, Gentlemen en 93 ou Black Love. Même si les résultats sont, pour le moins, peu convaincants, une rencontre avec Dulli s’imposait.

Do To The Beast est le premier album de Afghan Whigs en 16 ans. Pourquoi ce besoin et pourquoi maintenant ?.

C’est comme ça ; j’ai toujours fait les choses quand j’avais envie de les faire. Jamais je ne me suis dit que je me devais d’enregistrer. Ce qui m’a surpris c’est, qu’à la fin de la tournée, nous n’en avions jamais parlé. On n’évitait pas la discussion mais c’est ainsi que les choses se sont passées

Il y a eu le Usher show, le premier sans votre guitariste Rick McCollum. Vous étiez en place pour cet événement ?

Oui, on ne voulait pas faire un disque avec lui, considérant sa situation présente. Sans doute est-ce pour cale que nous n’en parlions pas en tournée. On existait car nous devions remplir nos obligations. C’était « fun » mais il y a eu des moments difficiles. Au Usher show on était vraiment cool et sans pression.

Vous avez donc eu plusieurs collaborateurs pour remplacer Rick durant l’enregistrement…

Alain Johannes et David Catching qui ont tous deux joué avec Queens of the Stone Age, Mark McGuire deEmeralds, d’ailleurs il joue paxs mal sur le disque. Et aussi Dave Rosser et Jon Skibic qui ont plusieurs cordes à leurs arcs. Je joue avec Skibic depuis 11 ans et Rosser, 8.. Je sais de quoi ils sont capables et je savais que j’allais les prendre pour les concerts.

« Algiers » ouvre l’album et débute avec le roulement de batterie de « Be My Baby ». Est-ce délibéré ?

J’avais le riff et chercher quelque chose pour démarrer le morceau. Je me suis dit beaucoup de gens et même Jesus & Mary Chain l’avaient utilisé. Alors pourqquoi pas moi ?q

Vous avez repis des satnadards R&B classiques comme « Band of Gold » ou « Come See About Me » : quel attrait a cette musique pour vous ?

C’est la musique avec laquelle j’ai grandi ; ma mère était une teenager à ma naissance et j’écoutais sa collection de disques. De la Motown, Dionne Warwick ou Dusty Springfield. J’ai grandi avec cette musicalité particulière, elle m’a toujours accompagné et il m’arrive encore d’en emprunter quelques passages.

D’ou vient le nom de « Matamoros » ?

Matamoros est une ville frontière près de Brownsville, Texas où des meurtres sataniques sesont- déroulés durant les 80’s . J’aimais les syllabes de ce nom et d’ailleurs il y a deux autres noms de lieu dans le disque, Alger et Can Rova. Ils sont évocateurs sans que je me sente obligé d’écrire quelque chose de particulier. Ce titre n’a donc rien à voir avec les meurtres sataniques au Mexique. Je ne fais que donner une information.

Il y a beaucoup de noms de lieux dans vos compositions, « Fountain And Fairfax » à Los Angeles est une intersection où ont lieu des séances des Alcooliques Anonymes…

« Decatur Street », ‘ »Front Street ». Tous ces endroits suscite quelque chose en moi et me poussent à écrire à ce propos.

Est-ce le point de départ de vos chansons ?

Non, c’est toujours la musique. Parfois un riff, parfois une partie de batterie. « Parked Outside » a commencé ainsi par exemple et ensuite on a construit le riff autour de la percussion. Pareil pour « Matamaros, la batterie a été mon premier instrument.

Et ensuite ?

Je n’ai jamais possédé de batterie, on m’en prêtait. Mais comme on était toujours à l’arrière j’ai voulu devenir chanteur J’ai commencé la guitare à 19 ans et c’était par nécessité. Je préférais écrire des chansons et les fredonner. J’ai appris la guitare et le piano tout seul et voilà…

Lors de votre tournée de réunion, une grande partie de votre vieux matériel avait des tonalités sombres. Est-ce difficile de revivre des vieux titres ?

Quand je les interprétais originellement ça allait. Par contre c’était plus dur après. Tout me revenait en mémoire et beaucoup des compositions tirées de Gentlemen étaient vraiment méchantes. J’ai commencé alors à ne plus trop m’aimer en raison du fait que je les avais écrites. Quand on a fait Black Love, j’en ai supprimé pas mal et refusais de les interpréter. Je reconnais la personnes qui l’a fait mais je ne me sens plus son obligé en tant que tel.

Ça a dû vous paraître étrange que les morceaux issus de Gentlemenont été celles qui vous ont attiré de nouveaux fans.

C’est certain. Je commençais à être cette personne de Congregation, qui est le moment où j’ai trouvé ma voix. Ceci dit, vous ne choisissez pas ce par quoi vous passez dans la vie. C’est cela que vous allez représenter artistiquement et, sur bien des plans, ça m’a aidé car ça m’a permis de me saisir de choses que j’avais en tête et de les mettre en face de moi. Ça n’était pas nécessairement plaisant à voir, mais c’était là.

À l’époque tout était très public et les gens voulaient me voir le faire. Il y avait quelque chose de masochiste et j’ai alors essayé d’altérer cette étrangeté avec la drogue. C’est devenu alors le gros foutoir aussi j’ai fait l’album suivant pour qu’il soit personnel mais dans un contexte cinématographique. Black Love m’a permis de me distancier de tous ces trucs et à de ne plus éprouver ces états d’âme. C’était un disque très protecteur.

Vous avez couvert Frank Ocean récemment. Quels chanteurs de R&B modernes admirez-vous ?

Martina Topley-Bird est une de mes favorites. J’aime aussi Lulu James, elle est assez jeune. Mais je n’ai jamais entendu quelqu’un rafraîchir le genre , cette dernière vient d’Afrique et elle apporte quelque chose. Son approche est très puissante et sexuelle mais toujours contrôlée.

Avez-vous entendu le nouvel album de Beyoncé ?

J’adore Beyoncé. Je n’ai jamais été très loin dans son répertoire mais je suis fan. Elle est un mélange de Prince et de Tina Turner et elel aussi maîtrise tout très bien. Je suis excité par ce qu’apporte Lulu de nouveau pourtant. Je voudrai voir si elle est une créatrice ou une création.

Et Janelle Monáe?

J’aime bien Janelle Monáe. Mais j’ai du mal à me connecter avec elle d’un point de vue émotionnel. J’aime la regarder mais c’est comme un mur . Tout est si conceptuel qu’on ne sait pas qui elle est réellement. C’est quelqu’un que je ne peux pas admirer.

Do To The Beast est le premier album sorti chez Sub Pop depuis 1992. Depuis combien n’avez-vous pas écouté Up In It, votre « debut album » sur ce label?

Je l’ai écouté avant notre tournée de réunion, tout comme les autres albums de manière à voir ce que nous allions jouer. Je crois qu’une grande partie de notre matériel est trop rapide. Il y avait l’urgence mais aujourd’hui je me demande si ça n’était pas artificiel. Disons qu’on a pris ça comme une jam session dans laquelle nous n’aurions pas peur de corriger les erreurs qu’on aurait pu faire plus jeunes en supprimant des trucs et en insistant sur ce qui avait marché et marche encore.

n’avez-vous pas écouté Up In It, votre « debut album » sur ce label?

Je l’ai écouté avant notre tournée de réunion, tout comme les autres albums de manière à voir ce que nous allions jouer. Je crois qu’une grande partie de notre matériel est trop rapide. Il y avait l’urgence mais aujourd’hui je me demande si ça n’était pas artificiel. Disons qu’on a pris ça comme une jam session dans laquelle nous n’aurions pas peur de corriger les erreurs qu’on aurait pu faire plus jeunes en supprimant des trucs et en insistant sur ce qui avait marché et marche encore.

Êtes-vous une personne critique de votre musique en général ?

J’essaie de l’être autant que possible. J’essaie de faire ce travail pour vous de manière à ce que, quand vous l’entendez, tout a été bien travaillé. «Il m’a fallu 20 ans pour aboutir à une version satisfaisante de « Son of Youth » mais, désormais, c’est une chanson que j’ai hâte de jouer chaque soir. C’est bizarre, j’avais 22 ans que je l’ai écrite et c’était assez gratifiant pour moi de me connecter avec le type de 22 ans que j’étais alors et de me dire : »Moi aussi, mec, j’aime ça. »

Puisque les lieux sont importants pour vous, où a été enregistré l’album ?

Dans plusieurs endroits mais surtout en Californie ; à Joshua Tee mais aussi dans le home sudio de Josh Homme à Burbank. C’est un super endroit nommé Pink Duck avec une grande pièce phénoménale et un super son. On a mixé et fait les overdubs vocaux à New Orleans. J’y ai un appartement depuis 11 ans. C’est une assez petite ville, tout le monde s’y connaît et les gens ont encore un sens civique là-bas.

Paolo Nutini: « Caustic Love »

Quelle drôle d’idée de démarrer un album par un « single » comme ce blues boiteux et froid qu’est « Scream (Funk My Life Up) » ! Ce troisième opus est en effet sans doute le plus intéressant de Palo Nutini. Toutefois, ce morceau aura le mérite de nous éclairer sur cette toute nouvelle versatilité musicale que Cautic Love arbore puisqu’il voit le chanteur avouer avoir fumé de la « ma green ».

La suite semblera le confirmer avec un « Let Me Down Easy » qui révélera sa voix au falsetto toujours aussi bien peaufiné mêlée à une « soul » enfumée référençant, ce qui n’est pas vraiment une mauvaise chose, Bob Marley et citant « le chanvre rougeâtre » qui conclut le morceau.

Il y aura encore plus à se gratter (ou prendre) la tête avec « Bus Talk (Interlude) » une tranche de jive parlé qui ne peut que vous laisser sans voix avec des effets vocaux accélérés et des ricanements suggérant le fait que son créateur a eu une période plutôt « allumée » au moment de l’enregistrement

Autre contre-pied, la grandeur orchestrale qui va accompagner le son de « One Day » et qui, sans en rougir, parvient à égaler la puissance émotionnelle de Otis Redding. « Numpty » le verra opter pour un country rag plus traditionnel et la section médiane du disque nous fera entendre un Nutini avec lequel on est familier : celui capable de composer des hymnes se consumant lentement comme « Better Man » ou « Diana ».

Co-produit avec Dani Castelar, voici un disque dans la bizarrerie tonale épouse parfaitement bien les hommages que Nutini exécute envers ses héros. Sa versatilité vocale et son soul sont exemplaires tout comme son adoption du rock pastoral sur « Looking For Somehing ». Le isque s’achèvera sur un « Cherry Blossom » égal à ce que fait Nutini d’ordinaire et un nouvel hymne, « Someone Like You », dans lequel sa voix, claire cette fois, montre à quel point le chanteur a enfin pu (en) faire ce qu’il voulait. Caustic Love est un disque « trippy » dans le sens de « stupéfiant » mais aussi dans la mesure où il nous emmène hors d‘un « adult-oriented rock » chose pour laquelle nous ne pouvons que mieux nous porter !

***1/2

Rapid Talk: Interview de Chelsea Wolfe

Depuis ses débuts, Chelsea Wolfe a toujours eu une approche où elle infusait effroi dans la musique alternative. La voilà de retour avec un 3° album,  Pain Is Beauty , auquel on peut accoler des substantifs comme « hantise » ou « beauté » tant il baigne dans une épaisse atmosphère menaçante qui ne vous laisse aucun répit. Elle nous parle ici de ce nouvel opus et de sa tournée « live » avec Queens of the Stone Age.

Où en êtes-vous par rapport à ce nouvel album ?

En ce moment, on se demande comment on va pouvoir ‘interpréter en tournée. Parfois nous avons des titres que nous avons testés « live », parfois c’est le contraire et vous devez les ré-apprendre. On est en plain dans les détails techniques et, en même temps, je travaille sur des films et des vidéos, en particulier un court-métrage avec quelques morceaux du disque dirigé par Mark Pellington ainsi qu’une vidéo dans le désert pour « Kings ».

Comment Pain is Beauty se compare-t-il à Apokalypsis et The Grime and the Glow selon vous ?

Je pense parfois que mes albums n’ont rien à voir les uns avec les autres car mon état mental est différent à chaque fois. Sur The Grime and the Glow je débutais en tant que musicienne, mon approche était celle de demos sur un 8 pistes car j’étais en rébellion contre tout ce qui était trop produit et qui inondait le marché. Sur Apokalypsis, j’enregistrais « live » avec mon groupe ; l’accent était donc sur l’énergie. La plus grande partie de ce nouvel opus date de 2012 et a son origine dans mon désir de donner une place aux sons électroniques que mon ami Ben Chisholm et moi avions composés depuis des années ainsi que de donner plus de place aux émotions qui étaient en moi.

Vous semblez vouloir toujours développer votre son plutôt que de vous reposer sur ce que vous connaissez ; diriez-vous que c’est exact ?

Je n’aime pas me sentir confinée à un seul son ou à une unique style de musique. J’ai toujours considéré que ma musique était bipolaire ou qu’elle avait de multiples personnalités car sur un disque je pouvais avoir une plage acoustique, une autre électronique, un son rugueux ou, au, contraire, propre. J’estime que l’humeur et le concept me permettent d’agencer mes compositions. J’aime essayer et apprendre de nouvelles choses, dans la musique tout comme dans la vie.

Comment avez-vous approché le travail en studio cette fois ?

J’ai tout enregistré sous forme de demos, la plupart des paries étant déjà écrites. On a travaillé dans un studio à Los Angeles avec un super ingénieur du son, Lars Stalfors pour capturer un plus gros son et être capable de le reproduire dans notre « home studio ». Il nous a apporté un point de vue extérieur également, ensuite on a mixé pendant assez longtemps avec Chris Common. Le mixage est la partie la plus importante pour moi car vous devez vous rappeler de tous les éléments et les moments qui ont trait à l’enregistrement et les amalgamer de la meilleure façon possible. J’ai tout dans ma tête mais je dois être très consciente et organisée pour ne rien oublier.

Y-a-t-il eu un moment de ce temps passé en studio que vous avez voulu délibérément changer ?

Je n’aime pas être limitée par le temps aussi je n’aime pas le pression d’avoir un impératif strict. La musique fonctionne avec le temps et au ralenti en ce qui me concerne aussi il est mieux pour moi de prendre le temps de tout développer. À l’avenir, j’aimerais construire un meuilleur « home studio » de manière à nous imposer notre propre rythme de croisière. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir avec moi Chris Common qui a été très patient durant cette période de mixage.

Vous avez beaucoup travaillé avec votre ami Ben Chisholm ; qu’est-ce qui vous a amenée à le faire avec un membre du groupe ?

Ce sera un projet solo à part mais mes autres musiciens apportent beaucopup aux enregistrements et aux concerts. Ben est arrivé il y a 3 ans, à un moment où je voulais vraiment ajouter une composante électronique sans savoir à quel point il allait devenir un tel partenaire en termes de composition. On a commencé à écrire des titres électroniques dans l’intention d’en faire un projet différent. Finalement nous avons été tellement occupés avec Chelsea Wolfe que nous avons décidé d’y incorporer certains titres à l’album et aux concerts. Ben est très fort coller le montage ; il peut prendre une tout petit extrait de voix ou de violon et le travailler en une ½ heure pour en faire quelque chose de totalement nouveau et magique. Il a aussi crée beaucoup des « beats » de cet album en utilisant seulement des « samples » enregistrés dans notre environnement : de la vapeur, un ascenseur industriel par exemple. C’est également un merveilleux pianiste et j’espère produire d’autres projets avec lui.

Est-il difficile de collaborer objectivement avec une personne que vous voyez régulièrement ?

Je suis toujours très objective aussi il y aura toujours des tiraillements issus de la façon dont nous abordons la musique. C’est un travail que nous prenons sérieusement aussi nopus sommes désireux d’y mettre le temps et l’énergie nécessaire.

Quelle a été votre principale motivations dans l’écriture de Pain is Beauty ?

Des choes très élémentaires comme les désaatres naturels, l’intensité de la nature, la généalogie, les tourments de l’amour. Le rapport avec la terre et la possibilité que les coutumes et la mythologie de nos ancêtres demeurent en nous de part notre lignage. La façon dont les humains perturbent la nature et aussi comment elle peut être plus puissante que nous.

Pain is Beauty va très bien avec votre son influencé par le gothique. Pourquoi avez-vous choisi de le nommer ainsi ?

Ça me semblait être un bon résumé des différents thèmes et idées de l’album. J’aime qu’un titre de disque donne un aperçu de ce qu’on va entendre. En même temps il faut qu’il soit aouvert à l’interprétation. Pour moi, ça fait partie d’un processus de guérison, semblable à la nouvelle forêt qui apparaîtrait après un feu. On surmonte les choses, on devient plus fort, plus avisé et c’est cela qui rend la chose si belle.

Puisque un autre impératif est de partir en tournée ; comment vivez-vous ces moments sur la route par rapport au studio ?

J’adore enregistrer même si c’est très fatidieux. Je crois écouter un enregistrement est, quelque part, plus intime qu’être au milieu d’une salle pleine de spectateurs. Il m’a fallu beaucoup de temps pour me sentir ne serait-ce qu’un minimum à l’aise sur scène. Mais parfois l’énergie et si intense que tout prend un nouveau sens, plus spécial. Je suis assez impatiente de retrouver ces moments, surtout par le fait que c’est un nouveau groupe et aussi de nouvelles chansons. On doit tourner avec des combos que j’aime beaucoup, Russian Circles et True Widow. Et puis partir en tournée est comme une vacance me permettant de m’éloigner de chez moi à Los Angeles. J’habite dans une très vieille maison infestée d’araignées et dès que j’y reste trop longtemps elles commencent à s’en prendre à moi ! Ça n’est pas vraiment mon chez moi, j’y travaille et retourne en Californie du Nord quand je peux.

Que peut-on attendre de Chelsea Wolfe dans un avenir pas trop distant ?

Eh bien on ouvre pour Queens of the Sone Age en tournée. C’est un de mes groupes favoris, ce sera donc un vrai cadeau. Ensuite ce sera les festivals et d’autres tournées. J’écris toujours même dans ces moments-là. Comme je le disais, la musique ne vient pas dans un certain ordre et à un moment voulu. Je pense donc déjà au prochain album et je dois aussi passer un peu de temps à Seatlle pour travailler sur un projet commun avec King Dude qui sortira cette année.

Liz Green: « Haul Away! »

Dans une récente interview, Liz Green déclarait impassiblement que son nouvel album, Haul Away !, était plus joyeux que le premier, O Devotion, dans la mesure où « au niveau des textes il n’y a pas autant de gens qui meurent ».

Cela suffit pour comprendre que son univers est celui d’une mélancolie sombre et cela ne peut qu’être renforcé par une pochette où son visage semble être envahi par un bleu océan. On ne sera pas surpris donc que beaucoup de ses titres sont comme nautiques avec des références aux rivières aux îles et à une chanson titre dont le tempo grondant est celui d’une chanson de mer.

Les échos cabaret de O Devotion persistent néanmoins, l’artiste intercalant avec adresse des compositions intimes et d’autre plus théâtrales.

Le morceau d’ouverture, « Battle » expose merveilleusement bien le premier genre alors que l’effrayant mais évocateur « Where The River Don’t Flow » est l’exemple de la façon dont elle peut se révéler ostensiblement dramatique.

Sa voix est, à cet égard, un merveilleux instrument dont elle use avec une expressive efficacité et même un instrumental (« Little i ») présente un fleuri capable de faire tomber en pâmoison.

Déjà détentrice d’une récompense au Festival de Glastonbury en 2007 dans la catégorie des talents émergents, Green perouve une fois de plus qu’elle n’est pas une artiste « mainstream » et que, en l’espace de deux albums, elle est capable de se monter différente et originale.

Sur Haul Away !on trouve ainsi des sons éclectiques, des rythmiques étranges et inattendues. Ainsi, la chanson titre part d’un piano délicat avant de s’enfoncer dans un skiffle jazz, si soudain qu’il ne peut qu’attirer notre attention. C’est un démonstration assez impressionnante de versatilité et de maîtrise, tout comme cette excellente idée d’infuser un peu de musique juive tout au long de l’album (« Rybka » par exemple), chose rarement expérimentée dans la musique populaire.

Ce nouveau disque n’est pas un album folk de plus ; il témoigne d’un talent singulier et surtout d’une volonté à faire progresser un genre dont l’univers demeure encore trop souvent imprégné d’un romantisme pastoral stéréotypé et suranné.

***1/2

Thee Oh Sees: « Drop »

Sur les huit dernières années, Thee Oh Sees o,t été plutôt prolifiques avec ni plus ni moins que onze albums et trois E.P.s où ils ont à chaque fois repoussé les limites du garage rock psychédélique aux côtés d’artistes comme Ty Segall, Mikal Cronin ou Black Lips.

Comme leurs plus récents disques, Drop démarre sur un gros bang avec « Penetrating Eye ». Malheureusment cet impact va s’étoiler progressivement au fur et à mesure où les plages s’enchaînent avec une seule exception notable, « Put Some Reverb On My Brother ».

Le reste du disque va, en effet, voir le groupe multtiplier progressions d’accords fatiguées et tièdes, avec un « camera » qui en est l’exemple le plus frappant. On a ici la sensation d’un indie rock édulcoré se drapant dans un léger délire mais apte à figurer comme musique d’ambiance dans n’importe quel Starbucks du monde entier.

« The King’s Nose » se distinguera dans le mauvais sens du terme par une flûte un peu trop florissante et un tempo stagnant et le dernier titre, « The Lens », est une lente ballade famélique inspirée des Zombies dont le rythme résonne comme un aveu de résignation.

Bien sûr Drop est un album qui annonce la couleur mais, eu égard aux performances discographiques précédentes du groupes, ont était en droit d’espérer une qualité plus constante ou, tout de moins, un côté extrême plus prononcé. Résultat, neuf titres plus ou moins éthérés qui font penser à une corvée accomplie par un combo à bout de souffle. Si Drop est leur dernier album ce ne sera pas une fin très glorieuse ; s’il est leur annuelle contribution à la musique, elle ne sera pas la meilleure, loin de là.

**

 

Rapid Talk: Interview de Torres

Torres, ou Mackenzie Scott, est une chanteuse compositrice de Macon en Géorgie. Son premier album, Torres, lui a très vite donné la réputation d’être une artiste aussi douée pour la compositions que pour les textes. Il était intéressant de s’entretenir avec elle de sa démarche créative ainsi que de sa relation avec celle de St. Vincent.

 

Les musiciens utilisent des pseudonymes pour différentes raisons : qu’est-ce qui sépare alors Torres de Mackenzie Scott ?

Torres représente la partie créative de Mackenzie Scott. Utiliser un pseudo me donne plus de liberté pour trouver l’inspiration. C’est en tous cas mon but. J’aime avoir cette distinction entre ce que je fais professionnellement et ce que je suis en tant qu’individu. Même si ça n’est que pour moi, cela me donne la motivation nécessaire pour me mettre dans la peau de l’artiste. Torres c’est BIEN moi, mais c’est juste une facette distincte du reste. Elle est amplifiée, dynamique et je trouvais que cette partie de moi méritait son propre nom.

Quelle distinction existerait alors entre une composition de Torres et une de Mackenzie ?

Parfois on n’en trouvera pas. Mais généralement une chanson de Mackenzie est plus calme, retenue et moins audacieuse que chez Torres. Quand j’écris et que je suis au milieu du processus et que je sens enfin cet élan de créativité qui palpite sous ma peau je sais que le morceau va être meilleur. Là, Torres qui se met en branle et c’est la beauté de s’être imposé un alter-ego illusoire.

Vous avez étudié l’écriture musicale à Belmont University à Nashville : en quoi cela vous a-t-il influencé ?

Sûrement plus que je n’en suis consciente. J’écrivais constamment et cela équivaut à un apprentissage perpétuel dans la façon de peaufiner ses compositions.

En tant que « songwriter » abordant des vérités douloureuses et des émotions à fleur de peau, était-il difficile de pénétrer dans un environnement comme une salle de classe où tout est plus froid et clinique ?

C’était étrange mais ça ne m’a pas surpris. Il était important que je puisse voir ce côté de l’industrie et ça m’a certainement renseigné sur les aspects sur lesquels je ne voulais pas faire carrière.

Qu’est ce qui vient en premier ; un texte, une mélodie, une progression d’accords ?

C’est différent à chaque fois. En général j’ai l’idée que je veux développer et, en de nombreux cas, je démarre sur ce qu’on appelle « l’accroche ». Ceci dit le dernier morceau que j’ai composé n’en avait aucune, du moins pas avant la fin. J’ai écrit sans aucune lassitude sans aucune idée de la direction qu’il allait prendre et, quand est arrivé le moment de délivrer un message, tout m’est venu…

Jusqu’à quel point vos textes sont-ils autobiographiques ?

je n’écris pas des choses qui ne signifient rien pour moi personnellement mais ça ne veut pas dire que je suis toujours le sujet d’une composition.

On s’est beaucoup demandé de qui parlait « Moon & Back »…

Dans ce cas, il s’agit de moi mais je ne suis pas le narrateur. J’ai été adoptée à ma naissance et j’ai écrit ce titre à partir de ce que je croyais être le point de vue de ma mère biologique.

Est-ce parfois douloureux de revenir à ce type de matériel « live »? Ou, au contraire, avez-vous surmonté ces choses en les couchant en musique ?

C’est la raison pour laquelle certains titres sont plus difficiles à chanter que d’autres. D’une façon générale pourtant, ça a un effet apaisant de revenir à ces compositions nuit après nuit. Si j’ouvre à nouveau la cicatrice chaque soir, c’est pour mieux y-appliquer le remède proverbial.

Vous avez tout écrit sur Torres : quelles étaient vos attentes en entrant en studio ?

J’avais une assez bonne idée de la manière dont sonneraient certains titres avec un groupe. J’avais déjà joué à Nashville de temps en temps avec des amis. Il y avait des titres qui n’avaient jamais été interprétés « live » et je ne les avais montrés à personne avant le studio. C’était un vrai défi de faire sonner tout cela de façon cohérente et de donner l’impression que les nouveaux morceaux appartenaient au même univers que ceux que je jouais depuis des années.

Vous avez sorti Torres par vous-même : pensez-vous que ce sera encore le cas pour un prochain album ?

Je suis enthousiasmée par le fait que j’ai pu sortir ainsi un premier disque. J’en ai plus appris sur l’industrie au cours de l’année que si j’avais été avec un label. Ceci dit, je n’ai aucune envie de renouveler l’expérience. Il y a trop de ressources aujourd’hui et je veux atteindre un plus grand public que ça n’était le cas à l’origine. Pour ça, je vais avoir besoin d’un label.

Avez-vous été capable d’atteindre certains avantages en termes de créativité en n’étant pas entravée par les habituelles exigences des labels ?

J’ai gardé 100 % du contrôle avec Torres mais mon espoir est de trouver un label pour sortir mon prochain album avec la même maîtrise créative. Je ne signerai pas si ça n’est pas le cas.

Vous avez récemment tourné avec Anna Ternheim et Lady Lamb. Vous sembliez avoir le même état d’esprit musical toutes trois.

Je les adore. Elles font partie des personnes les plus talentueuses, véridiques et hilarantes avec qui j’ai eu l’honneur de partager une scène. On vit toutes à New York aussi je suis certaine qu’on se retrouvera à un moment ou un autre.

Vous avez déclaré que votre musique était devenue plus rugueuse « live ». Pensez-vous que vos compositions ont toujours eu un côté qui remue l’âme our que tourner vous a transformée en tant qu’interprète ?

C’est un peu des deux. Dès que j’ai commencé à écrire, j’ai voulu être audacieuse et dynamique. Mes racines sont celles du théâtre musical mais la confiance n’était pas là. Même en enregistrant ce disque il y a eu une retenue car j’avais peur de me laisser aller, de montrer mon côté dingue et de laisser voir aux gens jusqu’à quel point je pouvais péter un plomb. Cela m’embarrassait mais être sur la route a complètement levé les barrières. Quand je suis sur scène, je me sens possédée désormais et je perds totalement contrôle de mon corps.

Cela aura-t-il un impact sur la tonalité de votre prochain album ?

Oui, je suis impatiente de faire entrer cette confiance et cette énergie dans le studio avec moi. En fait, ça se diffuse par tous mes pores tant je me sens prête.

Que pouvez-vous dire de votre relation musicale avec St. Vincent ?

Je crois être sa plus grande fan ! Je devrais peut-être la mettre en sourdine avant qu’on ne pense que je suis une folle dingue. Sa musique m’a accompagnée dans une période de ma vie où j’étais en souffrance. C’est le pouvoir de la musique que d’être à même de vous soigner et celle de Annie me transporte. Quand je l’écoute, je me dis : « la musique est une raison de rester en vie. » Jamais je ne saurai assez l’en remercier.