Rapid Talk: Interview de Wampire

Même si Curiosity, le premier album de Wampire, n’est pas foncièrement original (https://rock-decibels.org/2013/06/09/wampire-curiosity/), il regorge suffisamment de titres accrocheurs sur le mode pop psychédélique pour que l’on s’intéresse au premier effort de ce duo de Portland. Eric Phipps, un des deux wampires, nous aide à faire le point

Comment vous êtes-vous rencontrés, formés et avez-vous décidé de ce son pop, chaud et aux contours flous ?

Rocky et moi nous sommes rencontrés au lycée. Il jouait de la trompette et moi du saxo. On prenait le même bus qui nous emmenait répéter et on est devenus assez bons amis. On a alors appris à jouer de la guitare et de la basse en jouant ces « power chords » si typiques de groupes punks comme The Misfits. C’est vers 2007 que notre son tel qu’il est défini aujourd’hui s’est formé avec, comme influence initiale, des groupes comme Beach House et Broadcast. Mais on utilisait un ordinateur pour les rythmes et enregistrer la guitare, la basse et les synthés. Au bout de deux ans, on a voulu redéfinir notre son et ça s’est marqué par un intérêt renouvelé pour la production classique des 50’s, 60’s et 70’s. À la base, il s’agissait de mêler notre approche lo-fi à un élément plus rock and roll et d’abandonner tout l’aspect électronique. On puisait dans la surf music des 50’s, le psychédélique et la soul des 60’s, le rock des 70’s et le David Bowie des 80’s. Notre son est né de cette confusion, confusion où nous sommes encore nous aussi.

Comment avez-vous obtenu que Jacob Portrait de Unknown Mortal Orchestra se charge de la production ?

Cela fait assez longtemps que nous sommes amis et quand nous avons signé avec Polyvinyl il nous semblait évident que c’était avec lui que nous devions travailler. Avant eux, l’album semblait ne jamais voir le jour. On avait essayé par nous-mêmes mais on ne se sentait pas à 100% satisfaits des morceaux et de la production. Jake nous avait déjà aidés avent Polyvinyl mais à l’époque on manquait de focus. Quand on a enfin eu un projet avec une date de sortie bien définie, on s’est retrouvés à trois et on en a discuté. L’idée était de faire un album aussi divers que possible, intégrant tous les éléments de ce qui était ou avait été Wampire. On savait pourtant qu’il fallait que l’on resserre cette approche de manière à ne pas sonner trop décousus. Jake nous a alors aidés à affiner les percussions et la basse ainsi que le contenu lyrique de nos textes. Sa contribution a été énorme et on discute déjà avec lui du prochain album.

Comment naît un morceau chez vous : guitare ou synthé ?

Il n’y a pas véritablement de règle. J’ai déjà composé sans toucher à la guitare ou aux claviers comme « Trains » par exemple. J’avais écrit la majorité des accords, de la mélodie et juste un vers avant de rentrer chez moi pour travailler dessus. Il faut que ce soit spontané ; si on attrape une guitare et que ça vient, je laisse filer. Je ne sais pas comment Rocky (Tinder) fonctionne mais il a toujours des « demos » complètes et des compositions très prometteuses quand on entre en studio. On les retravaille jusqu’à ce que la magie du studio nous indique que tout est OK. J’écris sur une guitare acoustique à cordes de nylon mais j’aime bien aussi composer sur un piano ou un synthé. Changer la manière dont je débute un morceau génère une approche différente en studio et garde spontanée notre inspiration.

« The Hearse » ouvre l’album de manière assez délirante. Quel en est le sujet ?

Rocky y mentionne un chien, nommé Jody, qui est témoin de la mort de son maître. C’est juste une sorte d’hymne morbide synthé-punk à la fois humoristique et glauque. Je crois qu’on est capable d’avoir des textes assez profonds mais souvent on évite qu’un message soit trop clair, sauf peut-être sur des chansons d’amour comme « Trains » ou « Magic Light ». Si on est réfléchis, cela doit rester suffisamment personnel pour rester vague à l’oreille de celui qui écoute. J’aime cette idée où ce dernier est obligé de trouver une interprétation à un morceau à partir de sa propre perspective. J’avais un ami qui pensait que le chorus « Help Me Rhonda » des Beach Boys était « happy fun, hap, happy fun ». Je lui ai brisé le cœur quand je lui ai dit que ça n’était pas une célébration du bonheur !

Comment vous est venu « Spirit Forest », en particulier les parties de guitares et les percussions ?

Je ne sais pas trop si ce « single » marche bien mais ça reste un des morceaux favoris des gens quand on le joue en concert. Je crois que l’on a réussi à le produire en juste une journée. Sur d’autres morceaux, ça prenait des jours ou même des mois rien que pour se décider sur les arrangements. J’ai écrit « Spirit Forest » juste après une excursion psychédélique au Portland Pioneer Cemetery ! Inutile de vous dire que l’expérience était unique. C’était une « demo » que j’ai amenée en studio et Jake a eu l’idée de lui donner une tonalité plus « krautrock » avec la batterie et les synthés. On a réalisé cette version avec Jake, passant une journée à essayer de lui donner ce « groove » particulier ; moi au synthé, à la basse et à la guitare et Jake au synthé et à la batterie. Ça a été le titre réalisé le plus rapidement de tout l’album.

Quels groupes vous ont influencés et qu’écoutiez-vous en studio pour y trouver inspiration ?

On écoutait Flowers des Stones. L’influence que Brian Jones avait dans les 60’s était fondamentale. On écoutait aussi T. Rex, Ariel Pink, Low de Bowie. Moi, j’étais plus dans he Seeds, The Yardbirds, The 13th Floor Elevators et Diamond Dogs de Bowie. Mais je crois que tout cela a surtout une influence dans nos spectacles et en aura plus dans notre prochain album que sur Curiosity.

Comment parvenez-vous justement à transférer votre son sur scène ?

On a deux synthés, deux guitares, une basse et la batterie. C’est un peu plus « rock » mais c’est aussi comme ça qu’on préfère. Le public réagit bien quand les guitares sont très psychédéliques et que le rythme est bien moteur.

Que pensez-vous du rôle de l’Internet pour la musique nouvelle ? Qu’en a-t-il été pour vous ?

Il est certain que ça a sursaturé le marché de groupes médiocres mais ça a son utilité. Si vous avez un bon « single », cela vous donne la bonne exposition et peut vous permettre de travailler ensuite pour peaufiner votre style. En ce qui nous concerne, ça nous a immensément aidés.

The Lonely Forest: « Adding Up The Wasted Hours »

The Lonely Forest est un groupe indie dont ce quatrième album sera, peut-être, une nouvelle chance d’émerger. Adding Up The Wasted Hours est, en effet, une belle démonstration, et non pas on l’espère un testament, de son potentiel.

Pour cela, le combo a choisi de démarrer fort avec un « Pull The Pin And Forget » assez captivant parla façon dont la guitare semble gratter les cordes mécaniquement avant de s’envoler, de fusionner avec de l’electronica avant de prendre, soudainement, le dessus sur elle.

Cette démarche de brinquebaler l’auditeur est emblématique de la façon dont le disque est construit, sur le mode du crescendo. « Fire Bother » semble être insurpassable par la manière dont il avance puis opère en un mouvement de retrait quand celui-ci semble nécessaire ; marque de professionnalisme qui ne rime jamais avec démonstration. « Last Time » définit ce à quoi The Lonely Forest aspire : c’est un titre accrocheur mais également progressif et vocalement proche de la perfection.

Si on devait définir la profusion qui émane ainsi de l’album ce serait celle d’un roxk orchestré et orchestral, au seuil du grandiose sans que celui-ci s’affiche avec forfanterie.

On mesurera le chemin accompli avec leur précédent opus, Arrow plus accessible mais également moins travaillé, avec un « Stars Like Dust » qui conclut Adding Up The Wasted Hours sur neuf minutes impériales et impérsssables. Si on devait délivrer un classique à l’ indie rock cette plage n’en serait pas loin, suivie de peu par un album où presque chaque composition exige que l’on plonge dans la richesse de ses sinuosités et qu’on s’y perdre sans envie aucune de s’en délivrer.

★★★½☆

Lorde: « Pure Heroine »

Être signée par un label à l’âge de 12 ans est chose rare, sortir un album à celui de 16 sont choses qui sont arrivées à Lorde (Ela Yelich-O’Connor) musicienne néo-zélandaise qu’on pourrait qualifier de prodige.

Ce premier disque tient les promesses qu’on pouvait avoir  ; c’est un opus véritablement sensationnel de termes de compositions, de vision, d’idées et bien sûr de vocaux.

Il faut dire que la jeune femme a eu le temps de raffiner son approche et que son univers pop s’est prodigieusement transformé en quelque chose de simple (production électro pleine mais se faisant discrète) et de grooves mesurés et indolents qui servent de toile de fond aux expérimentations de Lorde.

Celle-ci est dotée d’une voix rauque, profondément adulte, ressamblant à celle de Kim Carnes (mais avec un répertoire moins «  mainstream  ») ou de Marianne Faithfull (mais débarrassée des scories liées aux excès de cette dernière). Ce qui est intéressant, ce sont les modulations qu’elle est capable de lui donner, alternant entre narration presque parlée et des vocaux montrant l’étendue du contrôle qu’elle peut avoir sur son coffre, que ce soit dans les notes hautes ou dans les octaves les plus bas, les rythmes enlevés et ceux qui se font plus laconiques.

Ceci ne serait bien sans la façon qu’elle a de déboulonner l’attitude pop un peu écervelée et de la ramener à un niveau où la réalité est de rigueur. Lorde n’hésite pas à mettre en avant les doutes qu’elles a sur sa propre personne, sur le futur ou la notoriété le tout se mêlant à une critique de la « club culture » avec son culte de l’hédonisme et son addiction aux « parties ». Les métaphores sont de rigueur, en particulier sur l’aristocratique « Royals » et même son pseudo peut être vu comme un version féminisée de « Lord » ; montrant à quel point la belle vie n’est qu’une illusion hors d’atteinte.

L’ensemble de Pure Heroine est d’ailleurs une véritable incrimination de la « pop culture ». L’album respire, certes, les hits potentiels tout au long de ses compositions, mais il n’y a ici aucun morceau qui puisse être considéré comme du remplissage. On a droit, au contraire, à des compositions qui sonnent comme des hymnes : « Tennis Court » avec sa production à la fois sucrée et enfumée et des « lyrics » pleins de verdeur, « 400 Lux » traitant de l’apathie d’un port sans vie près de Auckland, titre à la fois désillusionné et sinistre, ou « Ribs » avec ses échos oniriques de « club beats » évioquant la face sombre de la notoriété.

Toute adolescente encore qu’elle soit, Lorde nous présente ici un album aussi férocement adulte musicalement par son utilisation maîtrisé du minimalisme, et sa faculté à contrôler une narrativité qui, quasiment parlée, qui, au contraire exacerbée.

Cette diversité va courir tout au long de Pure Heroine, alanguie et nuancée sur « Buzzcut Season » mais aussi déclamatoire sur le nouveau « single » « Team » ou « Glory And Gore ». Rien n’égalera pourtant l’insoumission de A World Alone », un « fuck you » resplendissant adressé à tous les aigris et les porteurs de ragots ou celle de « Let Them Talk » terminant l’album sur une note et impassible et désabusée mais dont émerge, toujours vivante, la lueur du défi et de la subversion que cette petite jeune femme nous envoie si superbement à la figure.

Frankie Rose: « Herein Wild »

Frankie Rose n’est guère une inconnue puisqu’elle a été membre des Vivian Girls, des Dum Dum Girls et des Crystal Stilts. Avec un tel CV, sa carrière solo a plutôt bien décollé (en particulier son second disque, un Intestellar dream-pop sur fond de synthés en 2012) et la voilà à nouveau en piste avec Herein Wild.

La veine de ce nouvel opus est assez similaire au précédent, fraîche et légèrement onirique, avec toutefois un tranchant qui lui donne un parfum doux amer. Les compositions sont polies et rêveuses donc, se voulant proche de le mièvrerie mais en gardant d’y tomber, semblables à un groupe comme The Pastels ou des chanteuses des 80’s de type Kim Wilde ou Nena.

Sans surprises si on considère les sonorités de ses grpopes précédents, demeure un esprit noisy mais ses rebords métalliques auront été gommés. Cela donne aux accords de guitares des tonalités toujours brinquebalantes mais dont on a la sensation qu’ils ont été mis sous l’éteignoir par les arrangements lustrés des synthétiseurs.

On peut déplorer cette évolution d’autant que le premier album solo de Rose, And The Outs, était très garage rock mais c’est surtout sur les vocaux de la chanteuse qu’il convient de se concentrer. Elle est toujours aussi plaisante, à l’image de l’environnement sonore choisi, comme sur un « Cliffs As High » qui met à merveille en valeur son timbre envoûtant accompagné qu’il est par un arrangement minimaliste fait d’un piano accablant aux accords étirés et de cordes lustrées et sinueuses.

Cette composition contrastera avec le reste de l’album qui, lui, fait des allers retours continuels entre titres doucement orchestrés par les synthés et cette pop carillonnante aux angles arrondis de style The Smiths faisant des reprises de Suzanne Vega.

Cela résulte en un album agréable mais sans véritable capacité à capter l’attention. Le mixage en est sans doute la cause tant il semble avoir aplati tout relief et toute intensité. Frankie Rose est une artiste dont on connaît la vigueur et l’aplomb ; il est dommage que sa vision sait l’air d’avoir été filtrée par des lunettes roses et que le dérangement auquel elle nous avait habitué soit comme calfeutré par un caisson capitonné.

★★★☆☆

Rapid Talk: Interview de Spectrals

Louis Jones, natif de la région de Leeds, est le nom derrière Spectrals. Son deuxième album, Sob Story, (https://rock-decibels.org/2013/06/07/spectrals-sob-story/) a été enregistré à San Francisco avec JR White (ex-bassiste de Girls) aux commandes. Il en parle ici tout aussi facilement qu’il évoquera son admiration pour Elvis Costello.

Votre ville natale se nomme Heckmondwhike  : quelle sorte de scène musicale y a-t-il  ?

J’ai quitté Heckmondwike il y a environ un an mais ne suis pas aller très loin. Il n’y a donc pas une énorme différence et la scène musicale y est aussi embryonnaire  ; je veux dire que ça n’est pas le genre qui m’intéresse.

Pensez-vous que le fait de venir d’une petite ville soit important  ? Avec Internet on n’a plus vraiment besoin d’être au cœur de l’effervescence.

Non, ça n’a pas grande importance. Je suis très heureux de capter ce qui se présente à moi et je suis assez compétent avec un ordinateur pour chercher de la musique. Vivre où je suis n’a jamais été un obstacle pour moi, je pense. Le genre d’histoire rock and roll où vous partez pour une grande ville pour jouer, s’habiller et devenir une star m’a toujours déplu. Je ne suis pas non plus très attaché à mes racines  ; il se trouve que j’habite là et n’ai pas les moyens de changer ça même si je le souhaitais.

Qu’est-ce qui alors vous a incité à enregistrer à San Francisco et en quoi ce changement d’environnement a influencé le disque ?

Chet “JR” White, qui a produit l’album, y habite et l’envie de travailler là-bas vient du fait qu’il connaissait très bien 2 ou 3 super studios et qu’il était en contact avec pas mal de musiciens de session du temps où il était avec Girls. Il y avait en particulier un joueur de pedal steel que je tenais absolument à avoir pour le disque. Ça me semblait donc normal d’aller là-bas avec mon frère Will et d’utiliser au maximum ces facilités.

Il est certain que ça a impacté sur l’album mais j’aurais du mal à dire en quoi. Je crois que c’est surtout une dynamique entre nous trois qui a eu plus d’effet que le changement géographique ou le temps. On passait la plupart de nos journées en studio et, même si on sortait un peu, ce n’était pas des vacances. Tout ce que je sais est que c’est une vielle merveilleuse.

Comme les choses semblent bien se passer pour vous aux USA, pensez-vous vous  y installer?

J’y ai pensé oui. Mais je ne suis pas certain de la procédure en termes de papiers et ça dépendra de ce que voudra faire ma copine. En fait je ne suis certain de rien car si on m’avait dit il y a 2 ans que j’allais partir pour un mois à San Francisco pour enregistrer un disque je ne l’aurais pas cru.

Bien que Spectrals soit un véritable groupe « live », qu’en est-il en studio ?

Will et moi sont les deux constantes. Je compose les morceaux et les interprète et Will se charge de la batterie. Sob Story est le premier album où d’autres musiciens sont venus jouer avec nous .

Comment avez-vous connu JR White et en quoi consistait une journée typique avec lui en studio ?

On a tourné deux ou trois fois avec Girls ; ils m’ont beaucoup impressionné quant à la façon de mettre en place un spectacle. En ce qui me concerne, c’était un des meilleurs groupes que j’avais vus sur scène. On a fait un peu connaissance et, alors que l’on tournait avec Cults, JR est venu nous voir à Sans Francisco et on a pu pas mal discuter. Il nous a dit alors qu’il envisageait de produire d’autres groupes. Je lui ai dit que j’avais quelques nouvelles chansons et à ma grande surprise il s’est montré intéressé. On a correspondu par mails et quand Girls sont venus jouer à Londres on s’est retrouvés et on a finalisé tout ça dans un pub. Je savais qu’il avait beaucoup à offrir et ça signifiait énormément de choses pour nous.

Il y avait quelque chose de très surf guitar surBad Penny, votre disque précédent. Peut-on dire que Sob Story emprunte plus au son « power pop/rock » à la Elvis Costello ou à des groupes comme Squeeze ?

Elvis Costello a toujours représenté beaucoup pour moi. My Aim Is True est un des disques qui m’a fait penser à écrire de la pop. Quand mon intérêt pour la « surf music » s’est atténué peu à peu, l’influence de Elvis Costello est quelque chose que j’ai toujours conservée. Sa musique me secoue ; je pense que c’est lié à la richesse de son catalogue. Il est facile pour moi de puiser sur tel ou tel album, et y trouver des choses différentes suivant mon humeur. Mon père possède tous ses disques aussi je n’avais qu’à me servir dès mon plus jeune âge.

J’essaie toujours de m’améliorer quand je compose, même d’une chanson à l’autre. Sur ce disque, je souhaitais être plus économe et voulais que les morceaux sonnentde manière moins maladroite, plus directe et accrocheuse. Je prends tout ça très au sérieux et je sais que je suis encore loin de mes objectifs. J’ai en permanence envie de passer d’un niveau à un autre car je sens que si j’ai l’impression d’être arrivé au top, je serai blasé…

Écrire vous semble-t-il moins laborieux ? En général,les mots viennent-ils avant la musique ?

Les bons oui ! J’ai des idées à profusion et beaucoup ne voient jamais le jour car je n’arrive pas à les mettre en place après m’être escrimé sur elles. Je travaille les textes et la musique séparément ; les premiers commencent souvent comme des petites histoires ou une collection de phrases que je mets ensuite en son. Je dois les réduire pour qu’ils s’ajustent à la structure, change un mot ou deux . Il arrive que les deux viennent en même temps mais c’est très rare : le chorus de « A Heartbeat Behind », par exemple, a été composé en une seule fois, la veille de notre départ à San Francisco.

Si tout devait s’arrêter pour vous, quelle serait la chose que vous conserveriez pour vous ou en mémoire ?

Je suis déjà allé au-delà de mes espoirs les plus fous aussi je ne serai pas amer si on devait cesser nos activités. J’ai fait deux albums, on ne pourra jamais me le retirer. Ça aura été de grands moments, un peu comme qaund ma famille me dit les avoir vus dans des magasins de disques. La tournée US a été super également, tout comme enregistrer avec JR. je ne vois pas comment les choses auraient pu se passer différemment ou en mieux.

Quels sont désormais vos projets et vos attentes ?

Enregistrer quelques nouvelles chansons si Sob Story marche bien. J’ai du mal à penser en terme de collaboration car ces morceaux ne sont encore que dans ma tête et sont très spécifiques et personnels. Mais je suis beaucoup plus ouvert à l’idée de travailler avec d’autres personnes maintenant que j’ai vu comment ça se passait avec JR…

Rapid Talk: Interview de San Fermin

Sous le nom de San Fermin se trouve un compositeur de Brooklyn nommé Ellis Ludwig-Leone qui a appris son métier en travaillant dans le rayaule de la musique classique. Son premier album éponyme, (http://wp.me/p2Lg5f-1b0) donne la part belle à ce genre mais y inclut des moments de chamber-pop et d’avant garde de toute beauté. N’était-il pas nécessaire d’en savoir plus  ?

Est-ce que ce disque est votre première incursion dans le domaine de la pop ou avez-vous déjà collaboré avec d’autres artistes  ?

C’est ce que j’appellerais ma première tentative. J’avais fait partie de quelques groupes au lycée mais une fois à l’Université je me suis concentré sur le «  classique contemporain  », c’est ainsi qu’on pourrait le définir. Là j’ai commencé à composer pour de bon . J’avais un projet parallèle avec Allen Tate qui fait les vocaux masculins sur le disque mais il me semblait toujours dissocié de la musique sur laquelle je travaillais. Ça n’a pas été avant la fin de ma dernière année que j’ai fait un concert avec quelques petits morceaux que j’avais composés pour des chanteuses. À la fin nous nous sommes lancés dans des « pop songs » écrites par le groupe et pour lesquelles j’avais fait des arrangements démentiels. C’est à ce moment là que j’ai réalisé que je pouvais amalgamer tous ces éléments et ainsi est née l’idée de San Fermin.

Diriez-vous qu’il s’agit d’un « concept album », une narration entre des personnages que vous avez créés ? Comment les décririez-vous d’ailleurs ? Et le thème de l’émotion était-il le plus important à faire passer pour vous ?

L’album suit deux personnages, les vocalistes homme et femme au travers d’une presque romance. Le personnage masculin est assez ampoulé ; il est jeune, plus qu’impatient et un peu dans le mode du mélodrame. La femme a plus les pieds sur terre et est relativement cynique. Il m’a été plus facile d’écrire pour elle car j’ai trouvé que son fonctionnement était plus simple à décrire, mais pas nécessairement le plus intéressant. Les interludes ont pour rôle de ménager des espaces , ont une connotation un peu liturgique où on peut entendre la voix féminine chuchoter tout au long. Je souhaitais apporter ainsi un peu plus de profondeur aux personnages et les rendre moins plats.

Je me suis laissé dire que Le Soleil Se Lève Aussi avait été une source d’inspiration. En quel sens et quelles autres influences citeriez-vous ?

Le catalyseur a été la réalisation que je pouvais parler de personnages qui n’étaient pas moi. Ça peut sonner évident aujourd’hui mais, quand vous êtes un auteur-compositeur, votre première impulsion se résume à ceci : « qu’est-ce que je ressens ? » C’est un peu envahissant et guère productif. Je me suis aperçu que je travaillais de manière plus concentrée quand j’écrivais en adoptant la perspective d’un autre. J’ai donc trouvé inspiration pour mes personnages dans des livres. Vous commencez à un endroit et ensuite vous vous laissez guider par les fils.

J’ai passé beaucoup de temps sur des romans de l’époque victorienne ; Tle Pays Pourpre ou Vertes Demeures. C’était des livres qui idéalisaient la romance dans des cadres eux-mêmes idéalisés. Ce sont des absurdités mais elles recèlent quelque chose de poignant. C’est ce que je voulais évoquer avec le nom de San Fermin aussi : sa signification remonte aux cavalcades de taureaux et il n’ y a rien de plus absurde là-dedans. Mais il y a néanmoins quelque chose de très réel et de très intense dans ce phénomène.

Les compositions ont été écrite dans les Rocheuses canadiennes ; en quoi cet environnement a-t-il favorisé le processus créatif ?

C’est un endroit fabuleux pour écrire. Je composais cette musique à propos d’endroits idéalisés et d’émotions irrépressibles et je le faisais dans un paysage incroyablement dramatique. Plus d’une fois je terminais une chanson puis sortais gravir une colline. Est-il un meilleur exemple de création poétique que celui-ci ?

Une autre chose était agréable ; être seul et dissocié de la vie quotidienne. Vos émotions prennent une autre dimension et remplissent l’espace. Tout est amplifié d’une façon qui favorise l’écriture. C’est épuisant et ça peut vous rendre fou mais ça en vaut la peine.

Comment avez-vous décidé de qui chanterait les compositions et aviez-vous des tonalités spécifiques à l’esprit. Et ensuite, comment avez-vous réagi au fait de regarder quelqu’un interpréter ce qui était votre vision ?

Allen Tate, le chanteur mâle, était mon ami depuis des années et c’était la seule personne que je connaissais au moment où je composais. Avec l’âge, sa voix a viré vers un registre de basse très riche que j’adore. J’ai eu plus de mal pour les voix féminines. À mon retour à New York j’ai envoyé une note pour qu’on me recommande quelqu’un. Holly Laessig et Jess Wolfe, de Lucius, furent les premières ou deuxièmes personnes que j’ai écoutées. J’ai tout de suite compris qu’elles feraient l’affaire. Elles avaient toutes deux un certain détachement dans leur style vocal qui les rendaient parfaites pour le rôle.

Aujourd’hui nous avons une nouvelle chanteuse, Rae Cassidy, qui est extraordinaire mais dans un registre différent. Sa voix est si riche d’émotions qu’elle ouvre tout un tas de sous-textes dans son personnage qui étaient restés cachés. Maintenant, quand vous entendez une interprétation « live », vous vous demandez si elle veut dire réellement ce qu’elle chante car , même quand elle parle de choses qui auraient une tonalité blasée chez une autre, elle sonne vivante et vulnérable.

Votre formation de compositeur est évidente tout au long du disque ; aussi comment débute chez vous une chanson et comment la laissez-vous vous mener ?

Les morceaux commencent avec les instruments. J’écris les lignes vocales en même temps que les cordes, les cuivres ainsi que le reste aussi il n’existe aucune version dépouillée où je m’accompagne à la guitare. Une chanson peut surgir de quelques crescendos de cuivres et d’une mélodie au saxo, ou d’une accroche vocale et d’un « beat » de batterie. Ensuite je la remplis en suivant la direction qu’elle semble vouloir prendre. Ainsi arrivent aussi les textes, la plupart du temps vers la fin.

Combien de musiciens jouent sur l’album ; aviez-vous un orchestre au grand complet ?

Il y a 22 interprètes aussi l’album sonne comme un mini orchestre. IL y a un quatuor à cordes, des percussions, quelques sopranos d’opéra, un piano, des claviers, un vibraphone et un harmonium. C’est dingue car je n’avais pas pour idée de faire quelque chose d’aussi énorme mais ça s’accorde avec la grandeur du projet.

« Methuselah » est un titre exceptionnel : À quoi fait-il référence ? Quel est votre morceau favori sur le disque ?

« Methuselah » était à l’origine une chanson d’amour qui s’est transformée en titre sur la solitude et le vieillissement. La meilleure phrase, « Je ne pense pas à toi / Quand tu me manques » me semblait au départ bâclée. Mais, plus je travaillais sur le morceau, plus je comprenais que c’en était le thème central. Et celui-ci traite de la façon dont on perd le contact avec ce que l’on pensait aimer et dont on crée des éléments fictifs pour les remplacer.

Quel est votre morceau favori sur le disque ?

C’est vraisemblablement «  Tue Love ». « Asleep » est un joli petit interlude avec un violoncelle assez bizarre et surprenant mais dont je ne me lasse pas et j’aime aussi « Daedalus » qui est peut-être le titre où la vulnérabilité est à son comble. Cela a à voir avec ma famille, la peur de grandir, d’être un grand frère ; des choses qui sont importantes, qui restent ancrées en moi et qui me rendent parfois assez émotif quand je les joue en concert.

Vous avez fait une vidéo pour « Sonsick » ; quelle importance a le côté visuel pour vous ?

Ma vision initiale était d’avoir des jeunes filles courant partout, chahutant, se bagarrant à coups de poings. Le label n’était pas très chaud alors j’ai décidé de la raffiner un peu, de faire en sorte que la pochette de l’album prenne vie et nous avons créé une narration avec un taureau et une jeune fille dans une forêt. Je voulais que le visuel soit aussi luxuriant que possible, j’ai toujours aimé les forêts profondes et les marécages, et je crois que cette sorte de profusion se reflète dans la musique.

Où avez-vous trouvé l’image utilisée sur la pochette, et pourquoi l’avez-vous choisie ?

Le taureau est une référence à San Fermin et au festival qui voit les taureaux se déverser dans les rues à Pampelune. Je n’y suis jamais allé mais ça a quelque chose d’insensé et de tragique. Vous avez ces gens qui mettent leur vie en jeu juste pour l’excitation que ça leur procure. La pochette a été faite par Stephen Halker, un voisin avec qui je me suis mis d’accord sur sa nature. Il y a aussi cette petite fille dans ses plus beaux habits, et un chien qui semble dangereux. Ils sont dans ce paysage de jungle, rappelant celui de ces romans victoriens ; un espace idéalisée avec des montagnes, des animaux et une végétation insondable.

Et qu’en est-il de la tâche de traduire tout cela en tournée ?

On s’est décidés à avoir huit musiciens : assez grand pour sonner orchestral et assez petit pour pouvoir voyager et jouer un peu partout. On a beaucoup travaillé sur l’adaptation musicale. C’est encore quelque chose d’inachevé mais je souhaite que quelque chose qui, au départ, était si spécifique et personnel soit approprié par tous les membres du groupe. Ainsi naîtra le partage de cette expérience avec le public

Rapid Talk: Interview de Okkervil River

The Silver Gymnasium, (https://rock-decibels.org/2013/11/18/okkervil-river-the-silver-gymnasium/) est déjà le septième LP de Okkervil River. Son leader, Will Shelf est toujours aussi disert pour en parler, rendant ainsi justice à une activité qui semble ne devoir jamais cesser.

The Silver Gymnasium est votre premier album sur un nouveau label. Qu’est-ce qui vous a poussé à passer de Jagjaguwar à ATO ? Et en quoi cela a-t-il influence le résultat.

On avait terminé The Silver Gymnasium avant d’avoir signé ou même discuté avec ATO. Ce sont des gens supers à l’image de leur label et je suis certain qu’ils reconnaîtront sans peine qu’ils n’ont eu aucun impact sur la façon dont le disque a été conçu. De la même manière, Jagjagwuar vous diraient qu’ils n’ont jamais, nopn plus, été impliqués dans le son que nous avions précédemment. La seule intervention que j’ai eu de Jagjagwuar a été celle du « sequencing » ,c’est parce que je le leur avais demandé et je dois admettre qu’ils ont fait du bon travail. Ce sont, toutes deux, des maisons de disques qui ont pour priorité l’artiste et j’ai de la chance de n’avoir jamais subi une quelconque pression quant au »son » que je devais adopter. Je sais que c’est souvent le cas pour d’autres aussi pour moi c’est un luxe presque obscène d’avoir ce privilège. J’entends si souvent parler de démêlés avec les labels, ou de théories de conspirations à notre propos que je n’en reviens presque pas d’avoir été si indépendant jusqu’à présent. Ce qui est terrible c’est ce qui arrive aux autres, sans le moindre égard ou respect pour eux.

The Stage Names de 2007 et The Stands Ins en 2008 sont les deux moitiés d’une même disque. Dans quel mesure The Silver Gymnasium est-il connecté à votre précédent LP, I Am Very Far ?

Tout à fait. En fait on pourrait presque considérer qu’ils constituent un triptyque avec mon album solo Lovestreams. Bien sûr il faut être prétentieux pour utiliser le mot « triptyque » mais je le suis ! (Rires).

Peut-être parce que tous vos albums ont été très bien reçus (Rires). En contrepartie, ressentez-vous une pression quand il s’agit de garder le même standard de qualité à chaque nouvel opus ?

Je sens la pression mais j’essaie de ne pas agir sous la pression. Je crois que I Am Very Far était une tentative de ne pas le faire, même si elle a atteint des proportions épiques. Je crois que si je m’évertuais à plaire aux gens à épouser ce qu’ils souhaitent, cela les gonflerait très vite, moi aussi, et personne ne serait heureux.

Vous avez enregistré un disque sous le nom de Lovestreams car vous disiez vouloir faire un disque par vous-même et pour vous-même ; un disque n’ayant rien à voir avec ce que vous produisiez auparavant. Comment êtes-vous parvenu à revenir dans le giron Okkervil ?

Lovestreams est comme la maîtresse crapuleuse que vous rencontrez dans un hôtel bon marché. Ensuite, vous êtes très content de retourner voir votre femme. Si vous n’aimez pas la métaphore sexiste, vous pouvez remplacer « maîtresse » par « amant ». Quand les guitares et un songwriting linéaire me deviennent trop familiers, c’est vers Lovestreams que je cours. Je crois que The Silver Gymnasium doit son existence à Lovestreams. Il a sauvé ma vie,ou, en tous cas, il a sauvé mon mariage.

À ce propos, quand peut-on s’attendre à ce qu’il sorte ?

Je ne sais vraiment pas ! Ce disque était presque comme une thérapie, mais une thérapie avant tout physique. C’était quelque chose que j’avais besoin de faire, une chose où je m’adressais à moi-même en quelque sorte. C’est une des raisons pour lesquelles il reste encore en sommeil. En même temps il y a certains titres dont je suis chagriné que seules quelques personnes les ai entendus. IL me faudra trouver le meilleur moyen de les rendre publics.

Quels sont vos plans pour les prochains mois ?

On tournera pas mal mais on fera aussi, je l’espère, quelques breaks pour que je puisse continuer à travailler. Travailler, toujours travailler est la chose la plus importatnte pour moi. Si j’arrêtais, autant être mort. Je cherche donc toujours des moyens de me ménager des moments pour travailler pendant que je suis en tournées.

La pochette de The Silver Gymnasium est toujours l’oeuvre de votre ami : William Schaff. Avec votre changement de label, avez-vous songé à varier votre esthéique ?

J’adore travailler avec William et j’adore avoir toujours la même façade sur tous les disques de Okkervil River. Travailler avec Jacob Escobedo pour Lovestreams a été phénoménal néanmoins ! C’est juste que j’apprécie les défis que William et moi nous donnons pour reculer à chaque fois nos limites.

En général vous vous rendez chez lui, mais cette fois-ci il est venu durant vos répétitions. Pensez-vous que cela a modifié l’enregistrement de l’album ?

Oui je pense que ça a donné un plus grand climat de « fun » et aussi un plus grand investissement de la part de tous.

Okkervil River a toujours montré un vif intérêt pour la nature sur ses pchettes et ses chansons. D’où vient-il et qu’est-ce qui continue à l’alimenter ?

J’ai été éduqué au milieu de la nature. Il y avait sans doute plus de daims que d’habitants dans ma ville natale. Celle-ci est devenue un centre touristique pour l’a conservation des oiseaux. Le naturaliste Ernast Harold Baynes y a vécu et il a passé beaucoup de temps à lutter contre les tueries en masse d’oiseaux à l’époque où on voulait les utiliser comme plumes pour le chapeaux de femmes. Être un conservateur quand il est question de la nature fait partie de mon identité.

Il semble y avoir un fort profond sentiment de nostalgie sur ce disque. Pensez-vous que ce soit lié à l’âge ?

C’est vrai que l’album porte un gros fond de nostalgie. Ça n’est pas pour autant que je suis nostalgique ; je traite avant tout de la nostalgie en soi et ne pas d’y être plongé ; si tant est que ça puisse avoir un sens…

Rapid Talk: Interview de Glasser

Sur son second album, Interiors ( https://rock-decibels.org/2013/11/06/glasser-interiors/), Cameron Mesirow a tenter de diriger la pop atypique de Glasser vers une autre dimension, entre l’expérimental et le plus direct. On peut trouver cette démarche un peu trop glacée, Mesirow explique pourquoi elle lui semblait nécessaire.

Il semblerait que votre approche sur ce disque ai été totalement différente de celle sur Ring.

Absolument. J’ai écrit Interiors après avoir tourné deux ans et avoir quitté Los Angles pour m’installer à New York. Quand je suis entrée en studio, je n’avais que des esquisses de ce qui allait donner naissance à l’album. Il n’y avait pas tous ces fichiers bien produits et exécutés sur Garageband comme sur Ring mais, avec moins de morceaux, j’avais les idées plus claires.

Vous avez mentionné que vous exploriez les thèmes de l’espace extérieur et intérieur et de leurs limites mentales  : comment avez-vous procédé pour mettre ces idées sous forme de «  lyrics  »  ?

J’étais intéressée par cette notion, pas simplement l’idée d’espace mais ce que, en tant qu’être assujetti à des émotions, je pouvais en percevoir. C  était assez simple d’écrire car je partais de mon expérience personnelle et que j’y trouvais la poésie nécessaire.

Est-ce que Interiors est cathartique dans la mesure où ce serait un moyen de répondre à ou de poser ces questions qui vous interpellent ?

C’’est, en effet, la chose la plus cathartique que j’ai jamais faite ! Quand je regarde en arrière je vois tout ce processus d’écriture comme une thérapie. Poser des questions et y répondre au travers de la musique est ce qui m’a construit.

Un morceau comme « Landscape »semble avoir été écrit à propos de quelqu’un. En même temps il mélange ces idées d’une connexion humaine avec des objets extérieurs comme « une falaise sur mon coeur » et une « quiétude qui se catapulte sur moi ». Pouvez-vous élaborer ?

Je crois que le sentiment principal derrière cette chanson est celui de savoir ou de se connecter avec un autre. C’est quelque chose que bien des personnes partagent et, même si elles ont l’impression d’être ensemble, ces expériences sont vécues différemment par chacun. En ce qui me concerne, je peux ressentir un amour démesuré pour quelqu ‘un au point de vouloir devenir, symboliquement, comme lui. C’est quelque chose d’effrayant et « Landscape » est sans doute la narration de cet état.

La production et les arrangements sont assez grandioses : comment avez-vous rencontré Van Rivers et vous êtes-vous mis d’accord avant de commencer à enregistrer ?

C’était le choix idéal. Je dis ça parce que j’ai toujours été admirative de sa manière d’utiliser le son. Nous avons beaucoup discuté, argumenté et cela m’a permis d’approfondir ma vision de Glasser. Ce qu’il a fait avec Fever Ray est très présent et, comme nous venons de milieux musicaux différents, la combinaison de nos esthétiques respectives est très prégnante dans ce disque.

Certains disques vous ont-ils aidée à peaufiner vos idées avec Van Rivers quant au son que vous souhaitiez obtenir ?

Ma référence principale a été Slave To The Rhythm de Grace Jones. C’est un de mes disques favoris en termes de production grâce à Trevor Horn. Van Rivers a été plus que compréhensif par rapport au fait que j’adorais Grace Jones.

L’enregistrement a duré combien de temps ? Et que vous a-y-il appris à propos de vous-même ?

Ça a duré près d’un an et demi. Je détestais l‘idée de faire quelque choser qui ne m’emmenait pas vers une nouvelle direction. J’en avais assez de Ring et je voulais clairement m’en libérer. Et puis j’ai appris quelque chose grâce à cet enregistrement, c’est que j’ai, en moi, un feu inextinguible quand il s’agit de créer.

Quand vous enregistrez, pensez-vous aux émotions que cela peut susciter pour une audience ?

J’adore me promener avec un casque et je pense toujours, en ces moments, à mon existence, aux gens, aux choses que j’aime et celles dont j’ai peur. J’imagine que celui qui écoutera ma musique en fera autant, mais j’espère aussi qu’il y trouvera un certain réconfort, identique à celui que la musique m’a toujours procuré tout au long de ma vie.

Et quelles sont vos attentes maintenant que Interiors est sorti ?

Je recommence les spectacles avec plus de visuels ! C’est une chose que j’ai toujours voulu faire et, hormis cela, continuer à être une artiste !

Rapid Talk: Interview de Los Campesinos!

Les Gallois de Los Campesinos  ! semblent infatigables avec cinq albums dans lesquels ils sonnent toujours aussi frais. No Blues (https://rock-decibels.org/2013/11/22/los-campesinos-no-blues/) ne dément pas cette perfection de «  guitar pop  » avec ses riffs délicieux et cinglants et ses climats cul par dessus tête. Leur leader Gareth ,(Campesinos! bien sûr) se prête aisément au jeu des questions réponses.

Quand vous vous mettez à écrire, prenez-vous en compte ce que vous avez accompli avant  et un besoin quelconque d’évoluer?

Personnellement non. C’est, à mon sens, la pire chose pour un musicien. Il est vital de se détacher de tous ces soucis de type attente ou préconceptions et de recommencer à composer ce qui vous vient naturellement. Essayer de faire différent  ? Oui, mais il faut que ce soit une préoccupations artistique plutôt qu’une pression  .

Vos cinq albums n’ont pas mis un terme à votre énergie  : cette expérience que vous avez accumulez est-elle une aide ou un obstacle?

Je dirais plutôt une aide. Nous avons appris de chaque album que nous avons fait et nous smes amélirés en tant que musiciens et compositeurs à chaque étape de ce processus. Le temps que vous vous octroyez entre chaque disque est vital également car ça nous permet d’emmagasiner ce que nous avons réalisé avant. En fait, nous somems assez fier du catalogue que nous avons ainsi amassé et ça ne peut être que positif.

Qu’en est-il des thèmes de l’album  ? Regardez-vous en arrière et pensez aux changements par rapport à ce que vous écriviez auparavant, comme si c(était, par exemple, le carnet intime d’un teenager  ?

Ça peut être embarrassant par moments. Ce qui m’énerve dans mes anciennes compositions n’est pas tout ce qui était personnel mais plutôt quand j’essayais à tout prix de me monter malin et habile. J’ai appris à ne plus écrire ainsi, à être sincère envers moi-même. Il y a quelques titres du premier album qui tiennent encore la route et dont je suis fier néanmoins. Mes textes demeurent toujours centrés sur ce qui m’obsèdent aussi peu de choses ont évolué.

À propos du contenu, «  Glue Man  » est un des morceaux les plus touchants  : comment de tels titres vous viennent-Ils

J’apprécie que les gens aient leurs propres inférences de mes compositions. Bien sûr, je sais de quoi traite tel ou tel morceau et, ici, je souhaitais écrire quelque chose dans lequel le décorum ait une grande place et se mêle à une musique pour former une atmosphère massive. C’est, essentiellement, une chanson d’amour apocalyptique véhiculant le sentiment d’être un autre, totalement étranger au monde qui s’écroule autour de vous.

Quid du titre de l’album  : avez-vous besoin du blues pour faire de la bonne pop music  ?

J’en suis persuadé. Tous les grands morceaux de pop traitent de sexe et de mort, et la simplement bonne pop parle du fait d’être heureux. Peu de titres de qualité sont entre les deux. Je crois que la clef pour des bons textes et d’écrire à propos de choses auxquelles les gens vont s’identifier, éprouver de l’empathie. C’est beaucoup plus facile de faire ça sur une chanson triste car les éléments qui génèrent la tristesse sont constants alors que la façon d’exprimer le bonheur est plus variée.

L’album a été très bien reçu par les critiques professionnels. Aujourd’hui, pourtant, n’importe qui peut écrire sur n’importeq uoi sans être qualifié pour autant grâce à l’Internet. Comment vivez-vous cela  ?

Il n’y a pas beaucoup de chroniqueurs qui sont «  importants  » et qui peuvent avoir une influence sur le public. Aussi c’est assez gratifiant d’avoir de bonnes critiques de la part des gens qui comptent pour nous. Mais si d’autres prennent la peine d’écrire quelques centaines de mots pour expliquer en quoi ils aiment le disque c’est encourageant aussi. On a appris à prendre les chroniques avec des pincettes, qu’elles soient positives ou négatives car souvent celles qui sont hyperboliques en deviennent ridicules.

Quand vous considérez la scène musicale aujourd’hui avec le téléchargement et tout ce qui s’en suit, regrettez-vous d’avoir choisi ce chemin ?

Pas évident pour moi de voir ce que la vie m’aurait réservé sans Los Campesinos ! J’aurais sans doute été plus attentif à la fac, eu de meilleurs diplômes mais je ne le regrette pas vraiment. C’est une situation assez bizarre quand le groupe n’est pas votre seul job, ça veut dire que vous ne considérez pas ce que vous faîtes à côté comme votre véritable travail. Mais c’est si fun d’être dans le groupe que ça ne me pèse pas.

Comment considérez-vous No Blues par rapport à vos précédents albums ?

J’en suis toujours très heureux. Je pense que c’est le disque de pop nuancée auquel nous souhaitions aboutir, musicalement et lyriquement ; le plus accompli même. Je sais que, quand je recommencerai à écrire, mon opinion changera mais pour l’instant je le savoure encore…

Rapid Talk: Interview de Califone

Il a fallu cing ans pour que Tim Rutili, le leader de Califone, revienne avec un nouvel album, Stitches. Le cadre en est panoramique et explore de nouveaux chemins : moyens d’enregistrer et itinéraire personnel. Ruteli se montera assez loquace pour en parler.

Est-ce que quelque chose a été le catalyseur dans l’écriture et l’enregistrement de Sticthes et diriez-vous qu’il est parcouru par un thème ?

Ça n’a pas été un événement mais toute une série d’idées et de scories émotionnelles qu’il me fallait nettoyer. Retourner à la composition, les mettre en ordre et leur donner une structure était nécessaire pour moi. J’avais besoin de faire cet album, de bien m’en pénétrer pour parvenir à récupérer mon équilibre mental.

C’est votre premier disque enregistré loin de Chicago : en quoi ces nouveaux horizons (l’Arizona, le Texas, la Californie du Sud) vous ont-ils influencés ?

L’amplitude de ces espaces a indéniablement filtré dans la musique. Il y a moins de rouille et de vent et plus de sable et d’océan. Je fais un clin d’oeil plus prononcé vers le soleil dirais-je.

« Stitches » assez impressionnant : s’agit-il d’une chanson d’amour ? Et pourquoi est-ce devenu le titre de l’album ?

C’est le dernier morceau que nous avons enregistré. Il sert de fondement au disque. Je suppose que c’est effectivement une chanson d’amour. La majeure partie a été enregistrée et je l’ai amenée chez Griffin de manière à ce qu’il puisse faire des « overdubs » sur sa basse incurvée. Pendant ce temps, je suis monté sur un toit, y ai relu mes nsotes et les ai assemblées pour écrire le texte. On a utilisé la première prise et, le lendemain, tout était fini. C’est un titre qui, à chaque écoute ou quand je l’interprète sur scène, me secoue. Je suppose que j’en suis encore à la phase de digestion et qu’il est difficile d’articuler la raison de cet émoi. Avec un peu d’espoir, les gens parviendront à s’y identifier sans que j’aie besoin d’expliquer ce qu’il représente pour moi.

La plupart du temps, les compositions sont faites à partir de choses que je ne comprends pas totalement. C’est pour cela que j’en fais des chansons. Ce disque traite de la façon dont je recouds ensemble (to stitch) ces émotions et ces images qui me touchent profondément mais pour lesquelles je n’ai aucune explication. Ce sontcles décalages entre le cœur et le cerveau, ces frictions, ces éléments antagpnistes et, finalement, le collage qui en résulte.

« Moonbath .Brainsalt. A Holy. Fool » est un titre assez cryptique.

Je n’arrivais pas à le nommer aussi je les ai tous utilisés. « Moonbath » et « Brainsalt » faisaient trop hippies et « A Holy fool » trop passionné de tarot.

Cela fait pas mal de temps que vous êtes dans la musique : ressentez-vous toujours autant d’adrénaline quand vous écrivez et dans quelle mesure votre expérience joue un rôle ?

J’ai, plus que jamais, la sensation que j’apprends et que je m’améliore. Je me dis que si j’avais l’impression d’avoir trouvé le véritable équilibre, je n’écrirais plus. Le processus estpour moi de ne pas savoir comment articuler les expériences, les rêves, les sentiments , la découverte de soi et la prise de décision intuitive. C’est très réjouissant d’avoir un gros catalogue quand il s’agit de faire des concerts et de trouver de vieilles compositions qui sonnent encore vraies à mes oreilles.

Quand écoutez-vous cet ancien matériel ?

Seulement quand je dois ré-apprendre un morceau pour une tournée. Tous mes disques sont liées à une période de ma vie et c’est ainsi que je les vois et me les remémore. Bunny Gets Paid, Roomsound etStitches sont les albums qui sortent du lot en raison des énormes changements pendant l’écriture et l’enregistrement. Presque tout dans ce processus a été synonyme de révélation et de découverte. Je suis plus qu’heureux que cela soit encore le cas.

Selon vous, un musicien doit-il sacrifier sa normalité pour réussir ; tourner continuellement, avoir des horaires alambiqués, un futur incertain ? Pensez-vous parfois que vous auriez pu suivre un autre chemin que cette sorte de pari ?

Je crois que je fais des choses qui, en grande majorité, me plaisent. Je me sens artiste plutôt que musicien, je crée. Quand j’étais à l’école, je voulais fêtre monteur de cinéma. Un jour ce sera peut-être le cas . Je suis privilégié de ne pas bosser dans un bar ou un restaurant. J’ai une vie plutôt agréable…

(Chronique de l’album : https://rock-decibels.org/2013/10/30/califone-stitches/ )