DIIV: « Is The Is Are »

Is The Is Are est le deuxième album de DIIV mais ,pour le leader de ce combo de Brooklyn, Zachary Cole Smith, c’est bien plus que cela. Depuis leur premier opus, Oshin, il a été arrêté pour possession d’héroïne et est passé par une longue période de désintoxication.

Sur ce double disque Smith affronte bravement ses démons en jumelant des textes personnels avec des mélodies de guitares en pâmoison alliant morosité et enchantement. On éprouve alors un sentiment d’urgence comme si, oute la vivacité et la sécheresse de la production Smith souhaitait que les mots soient véhicule de libération.

Avec « Dopamine », par exemple, les tonalités de la six cordes sont très glitter et les vocaux mélancoliques («  Burning out / running in place / I got so high I finally felt like myself ») ou, sur « Incarnate Devil », sa voix boueuse et embrumée se confronte à des percussions rageuses et un riff de guitare paniqué.

L’amour est présent aussi ; « Under The Sun » est une chanson dédiée à la chanteuse Sky Ferrera et se présente ainsi comme un effort de rédemption ; c’est, en effet, de cela qu’il s’agit et, propre elle aussi à la thématique qui émerge de Is The Is Are, elle sera apte à illustrer ce retour à la reconstruction.

***1/2

The Donkeys: « Midnight Palms »

Peu de choses ont changé pour The Donkeys sur ce nouvel album, un mini an fait, Midnight Palms. On peut noter le remplacement du guitariste Jesse Gulati par Steve Selvidge de Hold Steady ce qui n’a pas considérablement modifié le son du combo.

On retrouvera celui des premiers albums avec une accentuation du rock « slacker » initial naviguant entre le brumeux et le propulsif.

« Hurt Somebody » est énergique mais c’est quand il s’aventure dans des atmosphères plus onirique que le LP fonctionne le mieux.

« Day By Day » combinera psychedelia et pop accrocheuse avec subtilité ce qui représentera une nette exploration de nouveaux angles d’attaque annonciateurs sans dote du futur du groupe.

**1/2

The Jezabels: »Synthia »

Avec un tel titre, il était évident que Synthia, le nouvel album de ce quatuor australien foisonnerait de synthés et de pulsations « dance », un peu moins peut-être de profondes tonalités à la guitare.
En outre, ouvrir son disque avec un morceau de huit minutes est particulièrement ambitieux mais the Jezabels s’y emploient avec fluidité, aisance et grâce.
Au niveau des textes, Synthia est une exploration de thèmes traitant du plaisir, du sexe et de la façon dont la gent féminine est capable d’affermir son pouvoir.
Sur « Smile » Hayley évoque la façon dont ladite sexualité est ainsi agencée (« Call me sexy if you want to » et « Whisper in my ear and tell me all the things you want to do ») avant de s’écriant avec un élan d’affirmation : « Don’t tell me to smile if you don’t know me, brother ! »


« Pleasure Drive » ira, lui vers une sensualité plus fusionnelle et moins heurtée avec des synthés facétieux, des percussions quasi martiales et ces lignes sexy : « I’ve got 6, 6 baby and I like your style, just need one more number and I’ll make you mine ». Le « single » va devenir alors magnétique voire acméique.
Synthia est un véritable nouveau départ pour the Jezabels. Les sons y aparaissent multipliés mais jamais ils ne semblent se confronter au disque ; c’est, au contraire, un effort de cohésion et de cohérence qui va se mettre en place. La production y est pointue comme pour parfaire ce que peut être un accomplissement ; voilà un disque qui mérite une attention plus que prononcée.
****

Freakwater: « Scheherazade »

Janet Beveridge Bean et Catherine Irwin font de la musique depuis presque 30 ans et elles furent des pionnières en ce qui consiste à marier l’esthétique bluegrass à l’éthique punk. Leurs compositions marient la mythologie travailleuse mâtinée d’un brin d’ironie non négligeable.

Cela leur permet de ne pas cultiver les poncifs de l’un ou l’autre genre et surtout de ne pas s’enfermer dans des constatations terre à terre.

Scheherazade est leur premier album studio depuis une bonne décennie et le combo continue de combiner avec bonheur harmonie et dissonance manière de prouver qu’un genre n’est pas limitatif. Ajoutons un talent pour la composition comme sur »Velveteen Matador » titre outlaw country de la plus belle engeance ou « Take Me With You », rengaine ressuscitée qui cumule pastiche et hommage, et on obtient un opus dont la différence intelligente l’emportera sur le rebattu.

***

The Frights: « You’re Going To Hate This »

The Frights fait partie de ces groupes qui, une fois un genre musical choisi, ont décidé de ne jamais en changer. En l’occurence ils décrivent leur rock comme du «  garage surf punk bordélique » ce qui en soi offre un bon nombre de variantes.

Produit par Zac Carper (FIDLAR), ce deuxième album va ainsi osciller entre hymnes vibrants façon Weezer, des popp sons agressives et « grungy (« All I Need » abordant le thème de l’amour de manière particulière), aventurées vers la psychedelia et volonté de trouver des mélodies accrocheuses (« Afraid of the Dark »).

Le combo se revendique également du rock des années 50 ; les deux cumulés imprègnent You’re Going To Hate This d’un climat accentuant la notions d’insouciance ; on pourra donc troquer sa guitare pour une planche de surf.

**1/2

 

T.W. Walsh: « Fruitless Research »

Le dernier album de T.W. Walsh, Songs of Pain and Leisure, date de cinq ans, hiatus provoqué par des désagréments dont Fruitless Research, son nouvel opus, semble affecté.

Soniquement, en effet, Walsh a quelque peu délaissé la power pop à base de guitares pour cheminer vers des territoires plus gazeux visant à la fascination plutôt qu’à l’instantanéité.

L’ensemble y est plus duveteux, comme une mise au point photographique mal focalisée et un traitement plus mécaniste synonyme de mélopée.

Le danger aurait pu être que le disque sonne rêveur ou en dérive ; ça n’est pourtant pas le cas ; eu contraire des titres comme « Young Rebels » ou « Monterrey » se fraient un passage au sein de nos sens grâce à une section rythmique tonitruante. Les changements de tempos et de textures fonctionnent alors sans heurts aucuns accouplés qu’ils sont à des mélodies émollientes qui n’altèrent jamais la cohésion de l’ensemble.

Il est donc aisé alors de se glisser dans les climats doux amers de « Body/Mind » ou « Fundamental Ghost » ce qui marque pour Walsh un pas en avant impressionnant articulé, eu outre, autour de textes alambiqués sans être pour autant obscurs.

***

Lee DeWyze: « Oil & Water »

Le folk a toujours été un élément essentiel dans la musique de Lee DeWyze avant qu’il ne se rende célèbre avec American Idol. Sa carrière solo a toujours porté cette empreinte et ces tentatives de s’éloigner de l’image qu’il véhiculait (à savoir le nouveau Justin Timberlake) et Oil & Water il semble avoir encore plus retrouvé ces racines.

Les titres sont intimes et tendres, en majeure partie acoustiques et ce qui en sort est un immense aveue de solitude dans lequel il expose sans fard ses vulnérabilités.Les mélodies sont subtiles et (trop?) sentimentales et l’instrumentation réduite au minimum. Ce minimalisme permet de mettre encore mieux en valeur une voix rocailleuse.

Musicalité et thématique vont de pair alors pour nous conforter dans cette idée que DeeWyze ne vise pas au triomphe mais à la sincérité.

**1/2

James Supercave: « Better Strange »

Better Strange est le premier album de James Supercave après la sortie d’un EP, The Afternoon. Les rythmes sont accrocheurs, les vocaux aigus tout se met en place pour de nombreuses expérimentations stylistiques et soniques.

On peut déceler ainsi des influences du côté de alt-J ou Foster the People chez qui ils empruntent sons synthétiques et techno-pop.

Si on a envie d’écouter un mix éclectique, Better Strange fera l’affaire et tout se résumera à une agréables combinaison de climats étranges et aériens et d’incursions aux tempos plus vifs.

Entre easy-listening et compositions plus pesantes, il s’agira d’apprécier, ou pas « Virtually A Girl » « Chairman Gou » ou « Better Strange » pour la seconde.

**1/2

David Vassalotti: « Broken Rope »

David Vassalotti est surtout connu comme guitariste de Merchandise. Broken Rope, en ce sens, n’est pas qu’un album solo pas parce que l’artiste y fait tout mais parce qu’il ne sonne jamais comme un travail qu’aurait pu commette un groupe.

Qui d’autre que quelqu’un bossant en individuel aurait pu passer du lo-fi à des inclinaisons littéraires ou alterner le douceâtre intime avec le noisy incompréhensible ?

Il faut être libre de ses actes pour ouvrir un album avec un titre aussi bizarroïde que « The Trouble With Being Born » greffé d’electronica, de saxophone et de guitares en dissonance s’engouffrant dans un « Lady Day Redux » où le souvenir de Morrissey émerge.

On ne doit pas chercher direction mais plutôt ici volonté d’affirmer le « non sens » pour alterner des figures historiques tragiques (« Ines de Castro »), du folklore russe sont on revendique qu’il soit cryptique.

Broken Rope peut être déroutant par ses improvisations et ses bruits mécanistes ; c’est dans cette dialectique qu’il est un ouvrage fascinant.

***1/2

Lissie: « My Wild West »

Sur le troisième album de Lissie, la jeune femme semble avoir décidé de changer le rythme de sa voilure en en augmentant légèrement le volume comme s’il s’agissait d’un départ et d’un adieu.

Elle s’en retourne dans le Midwest après avoir quitté la Californie et, ce qui peut s’apparenter à un road album, aucun regret ni retour en arrière ne semblent ponctuer My Wild West.

Son Ouest, puisque de cela il s’agit, retrouve ainsi une certaine férocité combinée à une aisance naturelle et une clarté en matière de compositions tendent à moderniser soniquement l’Americana conventionnelle.

La chanson titre superpose harmonies et nappes sonores comme pour entériner le « I’ll be fine fine » qu’elle nous fait partager et qui sert de marqueur à son évolution alors que « Daughters » est un signe d’affirmation féminine qui ne trompe pas.

« Ojai »terminera le disque sur une note de nostalgie compensée par des guitares ; là encore c’est du déjà entendu mais cela reste une mise à jour rafraîchissante et libératrice.

***