Lightning Dust: « Fantasy »

Lightning Dust est le projet parallèle de Amber Webber et Joshua Wells qui voulaient explorer un aspect plus tranquille de leurs sensibilités, chose que Black Mountain ne leur permettait pas. Les deux artistes de Vancouver sont partis d’une musique folk fantomatique et on peu à peu évolué vers des éléments lui donnant plus de nerfs. Fantasy est leur troisième opus et il les voit s’orienter vers l’électronique tout en maintenant un côté étrange permis par des boîtes à rythmes et des synthétiseurs de la première génération et des restes exsangues d’instrumentation accentuant le tonalité lugubre de leurs compositions.

La première sensation qu’on éprouvera pourtant sera celle d’une accélération. « Diamond » se caractérise par un tempo vif et des synthés touffus mais, en dessous, on trouvera très vite un deuxième loop plus mesuré, évocateur d’un vaisseau spatial prenant de la vitesse dans un univers tordu. C’est un « sample » qui annonce l’immersion du duo dans des sonorités « spacey », celles-ci servant de carburant à l’album.

Fantasy sera donc un album calme, même si la voix de Webber et ses vibratos soyeux commandent urgence et insatisfaction.  L’amour tâche » se lamente-t-elle d’ailleurs à mi-chemin entre résignation et ironie et c’est précisément ce dernier élément qui est la clé de l’esthétique du duo.

Les passions sont excisées et balbutiées avec précaution et le jeu de Wells est en phase avec cette approche. Chaque rythme, chaque pincée de synthé est abordée de manière dépouillée comme si’il était question de les accueillir un peu un, tels des invités. « Agatha » est est l’exemple le plus affectant avec la voix douloureuse de Webber s’élevant au-dessus d’un Wurlitzer et des cordes larmoyantes qui s’effondrent dans la dissonance à la fin du morceau. « Moon » sera, lui, un chef d’oeuvre de minimalisme qui, pour une fois, aura la préséance alors que des plages comme « Fire Me Up » ou « Loaded Gun » seront deux incursions disco en la partie centrale de l’album.

Lightning Dust s’est donc débarrassé progressivement de tout ce qui pouvait être synonyme de rusticité et d’intimité au sein d’un feu de camp pour nous délivrer avec Fantasy un disque presque désinfecté de tout élément organique. Le son demeure néanmoins frais, la mélancolie, toute passée aux synthés qu’elle soit, demeure présente ; simplement elle se présente désormais sous des néons et des dance-floors qui la rendent encore plus frappantee. En définitive elle fait presque tâche dans un univers qui ne semble pas fait pour les humains.

Jimmy Eat World: « Damage »

Leur dernier album,Invented, date de cinq ans mais aujourd’hui Jimmy Eat World sont de retour avec leur 8° opus, Damage.

Voir comment des artistes évoluent est toujours intéressant et dans le cas de JEW ça l’est d’autant plus qu’ils ont débuté en 1994. On retrouve donc un groupe dont le leader, Jim Adkins, a 37 ans et si il explore, emo rock oblige, un territoire familier pour lui ou d’autres groupes, il aborde désormais le thème des relations humaines, en particulier celles qui échouent, avec plus de sensibilité et de nuances.

Le début de Damage n’offre pourtant pas quelque chose de spécifiquement nouveau. Les premiers accords de « Appreciation » montrent clairement que JEW ne prennent pas de risques inconsidérés. Sur la chanson titre d’ailleurs, Adkins souligne qu’il n’y a aucun mal à jouer sur ses points forts ce qui dans son cas est l’habileté à composer des textes articulés. Le chorus du morceau est à la fois infectieux et très chargé émotionnellement, chose qui sera présente dans tout l’album.

« Book of Love » va s’ouvrir sur un solo de guitare acoustique, signe que Damage va s’orienter dans une nouvelle direction. « Byebyelove » avec sa guitare électrique propre et tranchante, ses percussions simples mais efficaces et son énorme chorus exemplifie à merveille ce qui distingue cet album de ses prédécesseurs. JEW ne lésinera pas non plus sur les effets vocaux « spacey » donnant un côté épique à l’ensemble.

Damage est donc ainsi rempli de compositions accrocheuses et réfléchies dont l’accessibilité permet précisément d’entrer aisément dans l’émotion. Peut-être que vieillir dénature quelque peu l’impact du combo, mais il le fait de manière si gracieuse qu’on peut ne pas regretter la perte de son exubérance juvénile.

★★★☆☆

Future Bible Heroes: « Memories of Love, Eternal Youth and Partygoing »

La question fondamentale qui préside à Memories of Love, Eternal Youth and Partygoing, nouvel album de Future Bible Heroes, le projet alternatif de Stephen Merritt se niche dans le merveilleusement nommé « Satan, Your Way Is A Hard One » : « Qui aurait pu croire que j’étais naïf ? Qui aurait pu croire que j’ai été jeune ? ».

La majeure partie de ce disque est, en effet, préoccupée par le thème du vieillissement à une époque où le monde est obsédé par la jeunesse. Pour Merritt (dont les autres avatars sont The 6ths, The Gothic Archies et bien sûr The Magnetic Fields) c’est un territoire familier,d’ailleurs l’album précédent de Future Bibles Heroes avait déjà sur un morceau, « From Some Dyng Star », posé cette question : « Qui sont ces jeunes gens si beaux ? »

Onze ans plus tard, Merritt et ses acolytes de FBH (Claudia Gonson et DJ Christopher Ewen qui officie aux claviers) continuent leurs variations sur cette problématique. Le très drôlatique « Keep You Children In A Coma » voit Merritt adoptant le point de vue d’un vieil homme pour s’interroger ce qui se passe dans la tête des jeunes aujourd’hui : « La vie est si dure pour les jeunes de nos jours/ Ils doivent tout programmer et utiliser des ordinateurs pour chanter. » Le tout est délivré de façon alerte avec des rythmes primesautiers et des synthés qui gazouillent pendant que Merritt établit un listing de tout ce qui les guettent : mélanome, prêtres pervers ou radiation nocives.

Mais comme il s’agit de Merritt, la tristesse va se nicher au cœur de l’ironie, ainsi la jolie ballade douce amère « Sadder Than The Moon » justifie on ne peut mieux son titre. En appliquant la même méthode du contre pied, l’artiste s’efforce néanmoins d’illuminer les éléments ténébreux qui peuvent jaillir. Les textes sont souvent très drôles mais il ménage aussi quelques surprises, par exemple avec un «  Living, Loving, Partygoing » étincelant qui dresse le catalogue de ses aventures nocturnes (une fête organisée par Roger Waters, ou une intrigue sans lendemain avec un clown!) « Drink Nothing But Champagne » sera une composition pétillante où un Jésus ressuscité nous recommande de ne pas boire d’eau car elle a un goût de pisse avant que David Bowie et Aleister Crowlay n’annoncent leur arrivée sur un tempo embourbant comme l’Enfer.

Tout n’est pas aussi efficace, « How Very Strange » est laborieux et « A Drink Is Just The Thing » est proprement marécageux. Reste un disque enjoué où un morceau comme « All I Care About Is You » est comme une chronicisation de ce en quoi Merritt excelle : de la « classic pop » directe et romantique avec de délicieuses progressions d’accords.

★★★½☆

Electric Soft Parade: «  »IDIOTS » »

Citez-moi un groupe dont les Beatles ne font pas partie de l’ADN. Pour Electric Soft Parade, l’influence est revendiquée au même titre que pour des combos comme Squeeze ou XTC. C’est donc un plaisir de voir les frères White sortir leur quatrième album après un hiatus de six ans et des projets personnels.

« IDIOTS » est donc une célébration mais aussi la preuve qu’ils n’ont aucunement perdu leur habilité à faire une « guitar pop » harmonieuse et entraînante.

Bien sûr, il s’agit d’un ESF plus mûr et raffiné. L’esprit de leur jeunesse est isi complémenté par une sensibilité plus nuancée et mesurée. Le disque est empli de clins d’oeil de groupes des années 70 dont l’ambition était sans vergogne. Puisque Beatles il y a on ne sera pas étonné de la musicalité étrange et enlevée de la période Sgt Pepper’s ou des incursions dans une démarche proche de celle de ELO. Tout cela se manifestera dans des compositions qui combinent charme d’autant plus efficace qu’il est sous-entendu et qualité musicale on ne peut plus flagrante.

Le morceau d’ouverture, « The Sun Never Sets Around Here » est si familier que c’en est désarmant. Une phrase en résume l’approche : « Maintenant, retournons au travail comme si on n’avait jamais stoppé ». Déclaration appropriée nous expliquant avec quelle facilité ESF est capable de nous délivrer des morceaux si intemporels. « Summertime In My Heart » continuera sur la même verve avec des « whoo-ooh’s » joyeux et entraînants tout comme la ligne de guitare country courant tout au long de « Brother, You Must Walk Your Path Alone » apportera sa petite dose de gaieté.

Ce qui est venu avec l’âge et l’expérience est la manière dont le son s’est étendu. «  The Corner Of Highdown And Montefiore » va démarrer sur un passage folk pour se transformer en ballade douloureuse grandiose pleine de solos de guitares languissants. Il est peu probable que le groupe ait pu faire cela il y a une dizaine d’années mais, sur cet album, ça ne semble pas déplacé. On retrouvera la même efficacité sur la bouillonnante et enlevée théâtralité de « Mr. Mitchell » une étude de caractère qui n’est pas sans rappeler celles dans lesquelles les Kinks étaient passés maîtres.

Mais tout n’est pas que guitares enlevées et pianos pop. ESF nous ménage quelques moments de subversion intéressants. « Welcome To The Weirdness » met en valeur la capacité des frères White à déboulonner leurs propres tendances mélodiques en en faisant quelque chose de plus oblique. Cette déconstruction n’empêchera toutefois pas au titre de nous livrer une apogée merveilleuse, mettant encore plus en évidence ce talent à évoluer dans différents climats au sein d’une même chanson.

« IDIOTS » s’achèvera sur une ballade joyeuse « Never Again », le son d’un groupe qui, sur le tard, a mis en musique son épanouissement. Certains disques vous font réfléchir, d’autres redéfinissent en genre à eux seuls ; d’autres, enfin, comme « IDIOTS » vous rendent tout bonnement heureux !

Texas: « The Conversation »

Texas ne s’est jamais séparé et, puisque toute monde fait des « reunion album », pourquoi pas eux ? Après 8 ans de silence et pour ceux qui ont connu le groupe, le souvenir sera d’un R&B soyeux mené par la voix onctueuse de Sharleen Spiteri et d’un époque où leur musique était un accompagnement idéal pour les centres commerciaux.

On admirait leur pop « middle of the road » mais Texas n’était pas un groupe qu’on pouvait réellement aimer. Indépendamment de leurs échecs entretemps (le four que fut que le 2° album solo de Spiteri) et des raisons de ce retour, Rexas a toujours voulu montrer qu’il savait se battre contre l’adversité. The Conversation en porte la trace dans la mesure où Richard Hawley et Bernard Butler y collaborent.

Du premier on retrouvera le type de ballade enfumée dont il a le secret (« I Will Always », le mélodique « Dry Your Eyes ») ou l’irrésistible « Big World » qui n’est pas sans rappeler « Proud Mary ». Reconnaissables seront les grands chorus auxquels Spiteri nous a habitués l’exemple essentiel en étant « Hearts Are Made To Stray ».

On peut supposer que Butler s’est, lui, plus pen,ché sur les morceaux plus rock : les addictifs riffs de guitare qui introduisent un « The Conversation » country et hargneux ou ceux d’un « If This Isn’t Real »à la sensualité contagieuse grâce au phrasé out en nuances de la chanteuse.

« Detroit City » sera, à cet égard, le morceau le plus hard rock auquel Texas pourrait aspirer ; il évoque The Killers mais il ne fait qu’approfondir la nostalgie inhérente à The Conversation. La patte Hawley nous transporte dans un univers imprégné des années 50 et début 60 ; « Detroit City » sera une exploration de cette époque, la plus favorable pour le groupe, où les radios étaient l’instrument de diffusion de la musique le plus important et où ce type de titres aux énormes chorus étaient leur fond de commerce.

Texas a peu changé, mais le recul salutaire qu’il a pris nous fait imaginer un groupe dont on pourrait aimer l’avancée.

★★★☆☆

Lloyd Cole: « Standards »

Standards a une curieuse genèse. Lloyd Cole avait été commissionné pour écrire une chronique du nouvel album de Dylan, Tempest. Son écoute lui avait fait retrouver goût à l’électricité et le résultat

en est un disque vibrant et enlevé, plus proche de son travail avec The Commotions (« Blue Like Mars » sonne comme une chanson « vintage ») que de sa carrière solo plus acoustique. Certains des anciens musiciens de son groupe sont d’ailleurs présents, tout comme Joan As Police Woman pour les claviers et les backing vocals et le fils de Cole, Will à la guitare.

Le son va donc être américain avec confiance et assurance, que ce soit avec le rock de « Women’s Studies » ou sur la reprise de « California Earthquake » écrit par John Hartford et interprété par Mama Cass, très new-yorkais dans le « Opposite Days » qui évoque Television ou plus tendre et « twangy » sur les quasi « countrysants » « No TRuck » et « It’s Late ».

Cole écrit toujours des chansons de rupture elliptique, la complainte rêveuse « Silver Lake » ou « Myrtle And Roses » dont le phrasé est pourtant celui d’un certain contentement. Ce son de contentement se retrouvera sur un « Kids Today » qui frise le bubblegum et n’est pas de ces plus heurus ? De ce point de vue néanmoins, Cole semble plus déterminé, fée électricité aidant peut-être, surtout si on y ajoute sa voix toujours aussi énigmatique et prenante. Sur « Period Piece » il chantera même « I’m not afraid to die » ; on ne pourrait être plus clair sur son état d’esprit.

Standards a donc un côté volontaire, presque volontariste parfois. Il faut en effet un certain culot pour nommer ainsi ce disque. Il n’est, en outre, pas entièrement composé de « standards » mais il en contient suffisamment si on reste dans la sphère du répertoire de l’artiste. Standards est finalement son meilleur album depuis… son premier avec The Commotions.

★★★½☆

Ethan Johns: « If Not Now Then When »

Ethan Johns n’est pas n’importe qui en tant que producteur : on ne compte plus ses collaborations avec Ryan Adam,s Kings of Leon, Ray Lamontagne, Kaiser Chiefs, Rufus Wainwright, Crowded House, the Vaccines, Laura Marling ou C.S.N. Lui-même fis du fameux producteur Glyn Johns (Rolling Stones), c’est en tant que récipiendaire d’un tel C.V. qu’il a reçu un Brit Awards.

Son premier album , If Not Now Then When, ne pouvait que susciter curiosité et attention. Il sera, quelque peu en phase avec ce que Johns a pu faire en tant que producteur, que ce soit par son répertoire et aussi la participation de quelques artistes qu’il a produits (Ryan Adans, Laura Marling (celle-ci l’ayant encouragé à sortir l’album sous son nom après une tournée conjointe avec Emmylou Harris et Ray Lamontagne), Dennis Thompson et celle, plus discrète, de Bill Wyman).

Arrangé par Johns et mixé par son père à Los Angeles, il figure un premier « « single » « Don’t Reach Too Far », un morceau plutôt enlevé, propre à nous faire taper du pied de manière irrésistible, produit par Ryan Adams. D’une certaine manière, c’est le titre dont l’instantanéité le rapprochera d’un country-punk ou d’un titre de garage punk lo fi (percussions primitives, harmonica pop-blues directement hérités d’un rock façon « Gloria »).

Le reste de l’album sera très mesuré, composé la plupart du temps de folk/americana (« Eden », « Whip Poor Will ») avec, parfois, quelques incursions dans des domaines plus étranges ; « The Turning » avec des importations soniques inattendues, un piano désaccordé et une climat inquiétant qui aurait pu tomber de l’escarcelle de Tom Van Zandt ou « Morning Blues » qui évoquera sans peine, par sa rythmique impérieuse, John Lee Hooker.

Il y a eu beaucoup de réticences de la part d’Ethan Johns à réaliser If Not Now Then When ; comme il le dit sur « Don’t Reach Too Far » : « I been a long time gone, but I made it. » On ne peut mieux illustrer ainsi le titre qu’il a choisi de donner à son premier disque solo.

★★★½☆

Dave Davies: « I Will Be Me »

Dave Davies veut-il qu’on se rappelle de lui comme le guitariste fondateur du hard-rock ? Ce peut une impression initiale à l’écoute du début de son nouvel album solo sur « Little Green Amp » et, à un degré moindre, « Livin’ In The Past » où il, s’emploie à composer des titres qui semblent « sampler » les premiers hits des Kinks comme « You Really Got Me » ou « All Day And All Of The Night ».

I Will Be Me est, fort heureusement, autre chose que cela. Après divers problèmes de santé, Davies essaie de rebondir ici avec l’aide de punkers comme Anti-Flag, d(un groupe « rootsy » comme The Jayhawks (une délicate ballade, « Remember The Future »), d’une chanteuse bulgare Geri X et de Chris Spedding assurant la six cordes sur « Cote du Rhone (I Will Be Me).

Dire qu’il s’agit d’une déclaration d’intention ne serait pas exagéré dans la mesure où Davies continue de se voir comme un marginal. Sur « Mainframe » il incrimine la technologie et « I Will Be Me » le voit chercher à s’échapper d’une société où « You can’t do what you want anymore ».

Les meilleurs surprises de cet album seront, en fait, les chansons les plus douces. Souvent alimenté par le cynisme, Dave Davies célèbre ici l’arrivée d’un petit fils (« The Healing Boy ») ou le romantisme avec « When I First Met You », duo interprété avec Geri X. « The Actress » se voudra plein de soul et « Midnight in LA », le titre le plus anglais, offrira lui une excursion dans l’avenue des souvenirs.

On pardonnera certaines références à l’ufologie (son péché mignon) et on célébrera plutôt la quête existentielle qu’il a toujours menée : « Walker Through The Woods » évoquera son flirt avec l’Hindouisme, dont la trace est perceptible avec la cithare de « The Healing Boy ».

Les refrains de Dave n’ont sans doute pas la force de ceux de son frère Ray mais il est capable de se monter subtil et délicat ; après tout il est le compositeur de « Death of a Clown ». I Will Be Me permet d’effleurer une partie de la agie des Kinks, le son y est parfois, les vocaux aussi même, et c’est la dernière leçon qu’on peut tirer de ce disque, le rôle de Dave aux harmonies montre par comparaison ses limites en tant que lead vocalist.

★★★½☆

Tom Odell: « Long Way Down »

Tim Odell est un nouveau de ces « hypes » que les média britannniques nous mitonnent régulièrement. Le jeune artiste de 22 ans comparé souvent à Taylor Swift a, en effet, reçu le BRIT Awards Critic’s Choice et a été nominé pour le prestigieux BBC Sound Of 2013. Il était donc logique que son premier album soit attendu avec curiosité.

Ce qui frappe avant tout chez Odell c’est sa voix, celle-ci n’est pas sans évoquer celle de James Walsh (Starsailor) sur les dix morceaux qui composent Long Way Down ce qui, quelque part, finit par paraître affecté. Odell aurait-il tendance à amplifier cette image de pauvre jeune homme un peu perdu ? C’est un question qui se présentera en filigrane tout au long du disque.

D’autres problèmes font surface également à l’écoute de l’album : celui-ci reste constamment sur un registre égal, sans montées ni descentes, ce qui lui donne une tonalité monocorde et très vite brouillé. Hormis « Another Love » et « Til I Lost », Long Way Down va s’avérer laborieux et linéaire sans aucun soucis à nous ménager des passages musicaux entre ombre et lumière qui nuanceraient son propos. Le résultat est soporifique et bien souvent agaçant.

Allant de pair avec cela, Long Way Down est particulièrement auto-centé, le pronom « je » est répété un nombre incalculable de fois ce qui empêche à l’auditeur de ressentir une quelconque empathie avec le chanteur.

Au final ce « debut album » est construit de façon méticuleuse, artisanale mais peut-être un peu trop professionnelle. Les compositions ne sont pas désagréables, le piano à la Elton John accompagne joliment les titres mais si un conseil devait être donné à Odell pour espérer accomplir une carrière pérenne, ce serait de se tourner un peu plus du Tom Waits qu’il est capable d’émuler sur un «  I Think It’s Going To Rain Today » plein de baryton soul et de s’éloigner de cette diction pleurnicharde de petit garçon à qui Maman refuserait un hamburger.

★★☆☆☆