Anna Meredith: « FIBS »

Anna Meredith est une musicienne londonienne qui assure plusieurs casquettes et arrive à être versatile à l’occasion. Une fois de plus, elle continue de brouiller les pistes sur son second album intitulé FIBS.

Partagé entre plusieurs genres musicaux, Anna Meredith nous offre quelque chose de plus immédiat. FIBS est partagé entre allures électroniques expérimentales et pop viscérale. Il suffira d’instrumentaux audacieux nous faisant perdre la tête sur « Sawbones » en guise d’introduction ayant de quoi concurrencer une certaine Jenny Hval dans sa démarche mais également sur « Calion » entre autres.

Combinant les instruments acoustiques et plus électroniques, la voix de la chanteusse fait retentir nous enveloppe dans une jungle musicale avec entre autres « Inhale Exhale » et « moonmoons ».

L’inspiration musicale d’Anna Meredith est sans faille. Ce n’est donc pas une surprise que l’on passe des moments de PC Music (« Limpet », « Ribbons ») à des influences opéra-rock sur le viscéral « Killjoy » et glam-rock sur l’électrique « Bump » toutes guitares dehors. FIBS reste un disque sacrément étonnant, complexe mais totalement renversant montrant l’artiste londonienne sous un nouveau jour. Nul doute qu’elle fera parti du nouveau courant de la pop expérimentale du futur.

***1/2

Konradsen: « Saints and Sebastian Stories »

Konradsen est un duo norvégien composé de la chanteuse et pianiste Jenny Marie Sabel et du musicien multi-instrumentiste Eirik Vildgren qui nous offre une pop expérimentale des plus envoûtantes telle qu’elle se dévoile sur leur premier album nommé Saints and Sebastian Stories.

En treize morceaux, on se laisse emporter par ces notes de piano cristallines ainsi que la voix somptueuse de Jenny Marie Sabel qui habillent les morceaux immersifs comme « Never Say A » en guise d’introduction mais également « Television Land », « Dice » et « Baby Hallelujah ». À l’écoute de ces titres, on plonge dans l’intimité de Konradsen avec ces arrangements sur mesure et la plume touchante du duo d’Oslo avec cette touche expérimentale qui viendra relever le tout sur « Big Bruce » et « Cosmic Kid Vibration ».

Lorsque Jenny Marie Sabel n’est pas au premier rang, son acolyte Eirik Vildgren fait plutôt bonne impression avec l’electro cestalline qu’est « Warm Wine ». Pour le reste, Konradsen semble être partagé entre Death Cab For Cutie des débuts mais également Black Marble notamment sur « No One Ever Told Us » et « Odd Mistake ». Mention spéciale aux arrangements cuivrés de « Red To Rhyme » venant apporter plus de couleur à ce premier album inventif et émotionnant. Saints and Sebastian Stories est à écouter dans toutes les bonnes chaumières.

***

 

Velvet Negroni: « Neon Brown »

Bon Iver a sorti récemment un quatrième album i,i avec une ribambelle d’invités en tous genres dont James Blake, Jenn Wasner, Bryce Dessner etc. Un des invités s’est fait remarquer et il répond au nom de Velvet Negroni. De son vari nom Jeremy Nutzman, il est du genre à mêler indie rock et R&B expérimental pour un résultat plutôt atypique qui se manifeste sur son nouvel album Neon Brown.

Une fois de plus, Velvet Negroni brouille les pistes sur ces onze nouvelles compositions bien hybrides. Dès les premières notes de l’introduction nommée « ONE ONE », le musicien de Minneapolis mêle neo soul/new age, influences trap et sonorités aussi bien oniriques que sombres notamment sur « WINE GREEN », « POSTER CHILD » ou encore sur « CONFETTI ». Nous voilà plonger dans des ambiances bien particulières où l’originalité prime sur les titres comme « KURT KOBAIN » et « CHOIR BOY ».

Neon Brown privilégie le talent incommensurable de Jeremy Nutzman en nous mettant en lévitation à travers des titres complètement trippy et ambitieux à l’image de « SCRATCHERS » et de « NESTER ». Velvet Negroni nous captive avec ses textures fantomatique et planants comme « FEEL LET » mais également sur la conclusion nommée « ECTODUB » qui synthétisent avec brio ce second opus bien original qui tiendra la route, y compris après plusieurs écoutes.

***1/2

Virginia Wing:  » Ecstatic Arrow »

Très souvent comparé à Broadcast en raison de ses similitudes vocales avec Trish Keenan et Alice Merida Richards, Virginia Wing se forme en 2012 et abandonne Londres pour s’installer à Manchester.

Un premier album, Measures Of Joy, voit le jour en 2014, bientôt suivi par Forward Constant Motion. Le groupe aujourd’hui se résume à d’un duo composé d’Alice et de Sam Pillay. C’est avec ce line-up qu’ils se lancent dans l’enregistrement d’un troisième opus, Tomorrows’ Gift assez expérimental puis de ce Ecstatic Arrow qui le voit retrouver son terrain de prédilection, à savoir une art pop avec quelques réminiscences psychédéliques le tout conjugué à grand renfort de synthés.

La musique d’Alice et Sam donne en effet cette sensation de s’installer confortablement au fond d’une piscine et de vivre une aventure sonore aquatique originale, à l’instar de l’excellent « single » « The Second Shift » ou de l’introductif « Be Released ».

 

S’installe aussi jubilation tranquille (« For Every Window there’s A Curtain ») avec une voix envoûtante et des claviers aériens et fugaces, renforçant l’impression d’apesanteur fragile. Tout n’y pas pour autant aussi extatique ; l’électro pop se fait sombre sur « Glorious Idea » ou mélancolique sur « Relativity ».

De surcroît, le quotidien fait montre d’une tristesse infinie mais celle-ci demeure combative sur ce morceau-phare qu’est « Eight Hours Don’t Make A Day ». Virginia Wing mélange ainsi dure réalité et imaginaire sonore sur un album au charme instantané et très original et nous offre un véritable petit bijou de pop savante et immédiate.

***1/2

Locate S,1: « Healing Contest »

Locate S,1 est le nom du side-project de la jeune musicienne originaire d’Athens nommée Christina Schneider qui nous offre une musique pop expérimentale bien arty pour la moins originale.

Pour ce premier disque en effet, Locate S,1 peut se vanter de s’offrir les services d’un certain Kevin Barnes qui n’est autre que le cerveau fou d’Of Montreal et, à cet égard, il est clair que, lorsque deux cerveaux fous et créatifs se rencontrent, on peut s’attendre à tout.

Ici ce sera une approche originale qui se manifestera avec des titres qui font des étincelles, par exemple « Owe It 2 The Girls » qui ouvrira le bal.

Dès lors, l’univers musical de Christina Schneider est parfaitement avec des morceaux allant de « Manrico’s Abyss » au groovy « The Count Of Monte Critico ».

Hormis ces deux pistes, Locate S,1 étonne avec sa voix onirique et ses ambiances psychédéliques sans compter sa large palette musicale allant du progressif sur « Free Luck » à la pop spatiale avec « From The Nun ».

Les arrangements riches en surprise font de ce Healing Contest une curiosité musicale pour la moins puisqu’elle se conclura par des allures jazzy de « 2 Cents Below 6 » comme pour parapher le fait que ce qui est issu de la ville d’où vient REM sort toujours de l’ordinaire.

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Self Esteem: « Compliments Please »

Self Esteem est le projet solo de Rebecca Taylor, ancienne chanteuse et musicienne du duo Slow Club. Si elle semblait s’inscrire auparavant dans une veine plutôt vintage, inspirée des 50’s et du folk, elle fait, sur ce disque solo, un grand bond en avant. Son premier « single », « Your Wife » (non présent sur l’album), donnait déjà une idée de la direction qu’elle allait prendre, mais elle enfonce ici le clou de la pop expérimentale, à la fois intelligente et dansante.
Compliments Please fait montre d’une production puissante, moderne et authentique. Les mélodies et arrangements sont, à cet égard, inspirés du meilleur de la pop féminine contemporaine, Maggie Rodgers ou Florence + The Machine en tête. La recette de Compliments Please pour parvenir à ce résultat est ld’utiliser des éléments organiques : percussions exotiques, batteries, chœurs, clappements de mains, et de les saupoudrer de cordes élégante relevées par des ynthétiseurs électro.
On ppourra ainsi penser à Dirty Projector sur l’excellent « The Best » par exemple mais aussi apprécier sonorités world du tribal « Girl Crush » qui se mâtinent de disco pour en faire un génial morceau mutant.

La ballade épurée « Favourite Problem » toucheront au cœur et se transformeront en hymne sur un final puissant suivie qu’elle est de « She Reigns » et « In Time » en terme de crescendos émotionnels alors que « Monste »r proposera son hip-hop sucré aux harmonies fondantes. Tout l’album est à vrai dire une réussite totale : la voix de Rebecca Taylor nous attrape et nous entraîne dans des pop songs expérimentales, aux détours passionnants et brillants par leur audace et leur ambition.
Self Esteem s’impose comme une voix originale dans la pop. Une voix qu’on sent pétrie par l’écoute des grands anciens (la mélodie gospel de « Peach You Had To Pick », le néo doo-wop  sur « Actors ») et qui a tout compris aux plaisirs de la modernité, suffisamment en tous cas pour ne pas hésiter à casser tous les codes et à mériter les compliments qu’elle sollicite et qui lui sont fort justement adressés.

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Steve Mason: « About The Light »

Steve Mason avait révolutionné les 90’s à plus d’un titre : avec ses bricolages sonores au sein du Beta Band mais aussi en ayant, peu ou prou, pavé le chemin pour Radiohead.

Depuis, s’est, en quelque sorte, assagi et il poursuit une carrière solo studieuse. About The Light en est le cinquième exemple et, pour cet effort, il s’est acquis la collaboration de Stephen Street (The Smiths, Lloyd Cole, à qui il a ouvert les portes de son studio.

Les titres de ce nouvel opus ont, plus ou moins, été rodés quant Mason a décidé de les enregistrer avec les membres de son groupe dans des conditions live ce qui explique, sans doute, en quoi il diffère de ses précédents efforts.

Le temps des aventures sonores de Monkey Minds In The Devil’s Time semble définitivement terminé et Mason se concentre sur ses chansons en filant droit à l’essentiel. About The Light est un disque pop avec les morceaux emblématiques du genre comme « Walking Away From Love » et « No Clue » mais les amateurs d’expérimentation ne seront pas laissés de côté avec des compositions et des bidouillages efficaces, rigoureux et soigneusement tripatouillés.

Mason reste fidèle à lui-même, conserve son intégrité artistique en refusant de s’y laisser enfermé : un bel exemple d’évolution pour un artiste qui est tout sauf un caméléon.

***1/2

Grasscut: « Everyone was a Bird »

Grasscut est un duo chez qui la quintessence anglaise est presque un cliché. et il serait difficile de trouver un combo d’une autre nationalité capable de nous proposer des collages sonores aussi aboutis que sur Everyone was a Bird.

Le compositeur producteur/vocaliste Andrew Phillips et son compère le musien/manager Marcus O’Dair (responsable de la récente biographie de Robert Wyatt) font fusionner ici les thèmes (l’identité, la familiarité du chez soi, la généalogie des ses ancêtres) mais aussi les musiques avec un incroyables aréopage de compositions où alternent textures « ambient », nappes électroniques et où l’expérimentation se mêle à la pop.

Imaginons un mix du Pink Floyd des débuts, de Pat Shop Boys, Lemon Jelly et Nick Drake ainsi que des extraits de la bibliothèque universitaire de Bodleian à Oxford et on obtiendra une musique superbe capable de cheminer dans le plus élémentaire tout autant que l’alambiqué.

Si on ajoute la participation de musiciens/vocalistes comme Adrain Crowley et Seamus Fogarty on obtiendra l’essence de ce que la Grande-Bretagne est capable de nous offrir grâce à sa singulière insularité.

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Dustin Wong & Takako Minekawa: « Savage Imagination »

Quand les art-rockers de Ponytail se séparèrent en 2011, Dustin Wrong réalisa quelques disques en solo ajoutant quelques éléments à sa déjà diverse discographie. Il décida ensuite de déménager à Tokyo et y rencontra Takako Minekawa, une artiste qui en était à sa treizième année d’hibernation musicale. Tous deux sortirent Tropical Circle en 2013 et Savage Imagination est leur « follow up album », un disque de pop expérimentale qu’ils ont souhaité interpréter de manière ludique et « enfantine ».

À la première écoute, l’opus conne presque entièrement instrumental ; il faudra se mettre au diapason du langage japonais pour discerner des textes parlant de physique quantique, de conscience humaine ou d’envolée au-dessus du désert (sic!) L’utilisation de la voix est, en fait, plus un instrument qu’un outil pour exprimer les désirs les plus profonds de la chanteuse. De ce point de vue, même si Savage Imagination n’est pas à proprement parler un album calmant, il demeure un album « fun » et joyeusement libéré.

Le modus operandi du duo semble être de démarrer on ne peut plus simplement puis de s’enfler jusqu’au moment où il n’est plus possible d’y intégrer de nouvelles mélodies. Cela peut procurer, par moments, un sentiment de légère anxiété mais cela signifie aussi que l’on obtient un merveilleux mélange de polyphonies qui se fracassent les unes aux autres. La « borderline » est parfois proche du ridicule dans la mesure où certains passages pourraient illustrer un jeu de Super Mario mais cette construction de tonalités parvient à ne pas dépasser une certaine limite et nous donne plutôt une sensation de plaisir ludique, celui qu’on aurait en s’escrimant avec une console de jeux.

« Dancing Venus of Aurora Clay » en est le parfait exemple avec cette démarche qui consiste à supprimer toute ligne de basse. On reste ainsi dans le domaine d’une pop extra-terrestre parfaitement représentée par la pochette du disque. L’adjonction des vocaux de Wong approfondira encore ici l’ampleur du son tout comme sur « Pale Tone Wifi », emblématique de la façon dont ceux-ci se délectent.

On aura le choix entre les guitares en loop de Wong et les mélodies de Minekawa ; en optant pour les deux on obtiendra une combinaison hypnotique et séduisante, celle d’un e collaboration exercée au Paradis ou dans l’espace sidéral.

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Sarah Jaffe: « Don’t Disconnect »

Don’t Disconnect de Sarah Jaffe est le quatrième album de cette chanteuse alternative et il marque une évolution assez flagrante vers une pop expérimentale semblable à celle de St. Vinvent ou My Brightest Diamond.

Sous cette lueur produite de manière savamment lustrée de nombreux genres sont conjugués, le R&B, le folk et l’electro-pop, et ils sont tous ornés de couches soniques du plus bel effet avec des arrangements venus du batteur de Midlake, McKenzie-Smith, qui balance également avec verve des riffs de guitare en distorsion, des accroches de basse pleines d’allant et des drones de synthétiseurs destinés à mettre en valeur les compositions.

La voix de Jaffe, en mezzo, est à la fois forte et résonnante mais elle est capable de rondeur rassurante, les registres propices pour assurer à la fois l’intimité d’un intérieur ou une soirée passée sur les dance-floore.

Sur « Some People Will Tell You » un hymne mid-tempo sur fond de basse scratchée, de guitares étincelantes, d’un piano hypnotique et syncopé servi par une ligne de batterie régulière, Jaffe chante : « Some people ask for honesty / Most people don’t like the truth » mais ce qui pourrait sonner répétitif et laborieux devient puissant et énergique et rend hommage à ses débuts de chanteuse où son répertoire était rempli de sentimentalisme. Elle le fait en embrassant adroitement l’électronique et des rythmes funky, le tout emblématique du terrain sur lequel elle se situe.

La chanson titre se ra sise exactement au centre de l’album, elle vise droit au cœur surtout quand  affe demande : « Do you still feel me ? Don’t Disconnect ». Ce refrain est encadré pas une basse downtempo et de légers synthés apportant une lumière douce et tamisée sur sa trajectoire ; un titre qui résume fort bien de quoi Don’t Disconnect est fait : un virage vers l’expérimentation qui n’est pas pour autant dénué de sensibilité.

***1/2