No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Hugar: « Varda »

Hugar est un duo islandais, et sa musique est le type même de chose qu’on peut s’attendre à entendre d’un duo islandais ; un subtil mélange entre post rock, trip hop, néo classique et ambiant. De longs, magnifiques et délicatement tristes titres qui vous emmènent tutoyer cimes enneigées et fjords embrumés. Tout cliché que ce puisse être, les quatorze titres ne sont pas aussi longs que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Étant donné que la musique de ce premier album correspond à 95% à ce que j’attendais, on ne peut pas dire que la surprise est absente ici.

De là à parler de musique « convenue », il y a un pas à ne pas franchir. En effet, ils sont peu ceux qui peuvent pondre de si belles plages, faisant passer de l’émotion, de la beauté, du frisson et de l’élégance en toute simplicité, sans jamais passer pour une musique élitiste et pompeuse. Simple certes, mais pas simpliste ni minimaliste ; chaque titre recèle d’une foule de détails et textures qui le rendent unique. Varda est le type de disque dont on va forcément croiser les titres sans même le savoir dans plein de séries, reportages et films, aux moments les plus tragiques. C’est peut-être peu, mais ça garantit la totale en termes d’émotions.

***1/2

5 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Stubbleman: « Mountains and Plains »

Producteur et ingénieur du son ayant notamment travaillé pour S’Express et Bomb The Bass à la fin des années 80, mai aussi avec The Wire ou Erasure, le Belge Pascal Gabriel compose désormais sous le nom de Stubbleman, pseudo sous lequel il sort un premier album fort séduisant.
Avec sa pochette évocatrice d’une certaine Amérique,
Mountains and Plains dévoile des musiques électroniques ambient avec quelques touches post-rock ici ou là.
On songe à
Tangerine Dream, Harold Budd ou Bian Eno avec ce mélange de minimalisme associé à de douces mélodies répétitives.


Un travail de composition inspiré par un long voyage de dix semaines à travers les Etats-Unis durant lequel le musicien a capté des images et surtout des sons divers qui resurgissent dans ses musiques… chaque titre renvoyant à un endroit spécial, à un souvenir précis de son périple.
Piano jouet, synthés modulaires, ARP 2600, Korg 700 et piano serviront également de matériau pour construire
un superbe album empli de nuances et de jolies réminiscences.

***1/2

8 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Her Name Is Calla: « Animal Choir »

Si on savait que Her Name Is Calla cessait ses activités, on ignorait qu’ils préparaient un album. On ne se doutait donc pas de l’impact immense qu’il pourrait avoir. Ne vous laissez pas berner par le ton très humble de cette note liminaire, il y a une énorme ambition à l’oeuvre ici. Et d’emblée ça pousse fort, très fort, reprend son souffle pour mieux rugir encore. C’est plus chaleureux bien évidemment, mais la densité peut rappeler Swans Oui, rien que ça, même le nom du morceau y ramène.

Ils n’ont cependant pas encore tout livré et le prouvent dès « The Dead Rift « qui a une force communicative qu’on leur avait finalement peu connu. Il y a aussi des violons dans le son, qui apportent une indispensable dose de mélancolie et de langueur, tout comme les choeurs qui confèrent une dimension d’hymne. Pour que l’énergie ne se transforme pas en bruit, il faut cet engagement total qui fait qu’on y croit, tout simplement.

Il faut évidemment aérer tout ça et des morceaux comme Kaleidoscoping sont là à cette fin. Cet album n’est donc pas exigeant ni crevant sur la longueur, usant d’un orgue par exemple sur le beau court instrumental « A Rush of Blood ». Mais un morceau non abordé bille en tête comme « To The Other » peut réserver des surprises parce que son ton introspectif (et un rien plaintif il faut l’avouer) se tourne résolument vers l’extérieur. Dans le même genre on retiendra Robert and Gerda pour sa montée en mode collaboratif, roulement de batterie compris.

La voix particulière de Tim Morris évoquera au choix Nick Urata ou même Thom Yorke. C’est un autre versant de ce riche album. La guitare distordue, la basse en avant et le chant rapprochent Bleach de Radiohead. Et ce morceau se fend d’une fin assez destroy. Vanguard ressemble aussi à ces ballades éthérées et un peu désespérées du groupe d’Oxford, ici très rehaussée en cordes.

Du courant post-rock auquel ils ont pu être associés, il reste peu de traces littérales, mais ils y ont appris le sens de la progression dramatique et un son plus organique. « A Moment Of Clarity » en est une belle preuve, vibrant et intense, avec un sens du climax comparable à celui de leurs amis d’iliketrains. Mais au contraire de ces derniers, ils usent pas trop des sons de guitare typique de ce genre de niche. Par contre, on retrouve bien des progressions plus classiques comme sur le mélancolique et ma foi fort prenant Frontier. Quand des guitares cristallines viennent appuyer les progressions d’accords, on est dans une qualité de lyrisme qu’on aime tant chez le Mono des grands jours.

Ils ont tout mis dedans, même de gros beats sur « A Modern Vesper ». Mais ce n’est pas un glissement vers le dancefloor, c’est plus inquiétant que ça, plus sinueux aussi.

Un des albums de l’année est donc dû à un groupe qui vient de tirer sa révérence. Ultime pirouette d’une formation qui a atteint son apogée ? On en sait pas. Ce qui est flagrant par contre c’est qu’on tient là un des albums qui servira deréférence pour le futur.

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1 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Calexico: « Years To Burn »

Quatorze ans, c’est ce qu’il aura fallu pour que Calexico, le groupe qui a permis à pas mal de monde de placer la ville de Tucson, Arizona sur une carte, et Iron & Wine, le barde barbu carolinien, fassent de nouveau cause commune sur un même disque. In the Reins, leur première collaboration, remonte déjà à 2005 et avait laissé un souvenir très profond aux fans de ces deux entités singulières. Le désir de chaque partie de retravailler avec l’autre s’est heurté, durant toutes ces années, à des difficultés d’emploi du temps, chacune étant prise dans le cercle infernal albums – tournées – retours au bercail et, plus simplement, par la vie personnelle des trois musiciens qui, bien évidemment, suivait leur cours respectif. L’espoir des retrouvailles allait en s’amenuisant, mais l’attente a finalement pris fin avec la parution de ce Years to Burn aussi inattendu que bienvenu en ce mois de juin 2019. Sam Beam, accompagné de Rob Burger et Sebastian Steinberg, deux de ses musiciens de tournée avec Iron & Wine, a pu rejoindre Joey Burns et John Convertino, les deux têtes pensantes de Calexico, secondés de leur côté par Jacob Valenzuela et Paul Niehaus, eux aussi de Calexico, en décembre 2018 à Nashville pour enregistrer leurs nouvelles compositions. C’est donc au cours de brèves (on parle de quatre jours seulement) mais sans doute très intenses et fructueuses sessions d’enregistrement que le groupe ainsi constitué a pu se rassembler et enfin donner libre cours à sa créativité après des années d’attente et de patience.
Sur In the Reins, Sam Beam avait composé la totalité des morceaux. Sur Years to Burn, c’est encore lui qui en a écrit la majorité, cinq sur les huit, en laissant une à Burns, tous les musiciens présents collaborant sur les deux restantes. Et si l’on est familier des dernières productions d’Iron & Wine (Beast Epic en 2017 et l’EP Weed Garden en 2018), c’est en terrain connu que nous ramène Beam, puisque l’on retrouve dans les chansons qu’il propose ici la même atmosphère chaude et accueillante qui les entourait. C’est donc avec délice que l’on écoute « In Your Own Time », son orchestration et ses superbes harmonies, « What Heaven’s Left », légère et décontractée, « Follow the Water », aussi douce que le délicat écoulement d’une rivière, ou encore « Years to Burn », feutrée et sensible. Mais c’est bien la lumineuse « Father Mountain » qui emporte tout : des harmonies célestes, des chœurs puissants, une instrumentation de toute beauté (le piano, les guitares, la batterie, tout est parfait !), des paroles touchantes qui visent juste, un allant irrésistible, c’est tout simplement un des morceaux de l’année me concernant, de ceux que l’on réécoute sans jamais se lasser et qui passeront toujours aussi bien des décennies plus tard. Pour vous situer un peu, Beam parvient à recréer l’effet « Call It Dreaming » (sur Beast Epic), ce qui n’est pas un mince exploit.


À côté, « Midnight Sun » » la compo de Joey Burns qui précède « Father Mountain », paraît plus voilée et sèche et apporte une légère tension au disque. Elle n’en reste pas moins très réussie et agit comme une sorte de voyage initiatique en plein désert, épopée striée par la guitare électrique de Burns, elle-même apaisée par la steel guitar de Paul Niehaus. N’étant pas vraiment un spécialiste de Calexico, je peux tout de même avancer que l’on retrouve leur patte dans ce morceau, cette ambiance aride, de base acoustique que Convertino et Burns développent depuis plus de vingt ans. Patte de nouveau identifiable sur le court instrumental mâtiné de cuivres « Outside El Paso », forme dans laquelle les deux hommes ont appris à exceller depuis longtemps et qui, étant donné son nom même, s’avère typique de leur œuvre et s’y insère donc sans difficulté. Enfin, l’odyssée épique « The Bitter Suite », divisée en trois segments dont les deux premiers ont été composés ensemble par Beam et Burns et le troisième par Beam seul, est longue de plus de huit minutes et porte les marques des deux groupes. Le segment a, le lancinant « Pájaro », chanté en espagnol, laisse lentement la place au b, le quasi instrumental « Evil Eye », qui porte assez bien son nom avec ses guitares et sa rythmique inflexibles et que la trompette de Valenzuela accompagne dans un écho fantomatique. Il s’éteint au moment où Beam reprend le micro pour le dernier segment, le c, « Tennessee Train », qui conclut avec une sobre et discrète élégance ce triptyque où chacun a eu son mot à dire. Les variations rythmiques et stylistiques ainsi que la diversité des voix et des instruments qu’on y retrouve en font sans aucun doute l’exemple le plus probant justifiant le bien-fondé de cette tardive réunion.
Et le seul bémol que l’on peut adresser à cette dernière, c’est uniquement sa trop courte durée : huit morceaux pour trente minutes de musique environ, c’est bien peu, surtout comparé à l’attente et aux espoirs que le retour de cette association avait fait naître lors de l’annonce de sa résurrection. Mais comme ce Years to Burn (magnifique titre au passage, et somptueuse pochette également) se tient de bout en bout et délivre de véritables trésors, on n’en tiendra pas réellement rigueur aux musiciens, qui trouvent chacun un espace où s’exprimer, en espérant néanmoins que l’on n’ait pas encore à attendre quatorze longues années pour les voir se réunir de nouveau.

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30 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Chemtrail: « Collider »

Chemtrail est un combo post-rock formé en 2006 et originaire du New Jersey. Comme beaucoup, ses membres ont une palette d’influences assez large et essaient tant bien que mal de faire cohabiter les idées d’autant que l’absence de vocaux libère forcément est espace libre.

Ainsi, « Void Crawler » sera une longue suite aux riffs lancinants, à l’ambiance pesante et menaçante, très cinématographique. Excellente entrée en matière en tout cas mais qui peut mettre sur une mauvaise piste. « Young Warrior » avance, en effet, sous des cieux plus cléments, mais s’avère beaucoup plus classique et moins marquant  ce qui est dommage car c’est en un des titres les plus longs de l’album.

« Frozen Dream » sera une bulle, une parenthèse très ambient  et « Safe passage » jouera avec la lumière en la cherchant, la reflètant, la glorifiant. « Tiger cage », en revanche, nous fera redescendre sur terre : il s’agit d’un titre ambient, gothique, rampant et sombre comme on peut les aimer. On arrivera ensuite au morceau-titre, épopée claire-obscure puissante et épique conçue comme un voyage. « Parameters » se la joue eighties et ambient et, enfin, « Thrasher » ne porte pas vraiment bien son titre, jouant dans la même catégorie que « Safe Passage ». Au final, Collider est un disque varié et assez riche, mais sa versatilité joue contre lui.

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23 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Heron: « Sun Release »

Originaires des régions sauvages de Pennsylvanie, ce quartet instrumental a apporté une bouffée d’air à la scène post-rock avec une musique aux atmopshères fraiches et montagneuses sur son premier album, You Are Here Now. Dès le début, on y a, en effet, discerné un penchant pour l’invention mélodique, une énergie infectieuse et des arrangements exaltants ; une somme de travail qui s’est manifestée par une tatention admirable aux notions de nuances, d’espaces, de tonalités et de textures.

Sur ce nouvel opus, les musiciens se sont appuyés sur ces solides fondations pour établir de nouvelles dynamique dans une structure compositionnelle encore plus solide, raffinée et démonstrative

Sun Release est un collection de superbes compositions post-rock, dont chaque composant peut se singulariser des autres tout en maintenant un flux narratif qui les englobe tous et fournit une merveilleuse synhèse d’écoute.

***1/2

20 juillet 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Catacombe: « Scintilla »

Tout le parti prix de l’album est un voyage dans le temps. Ou comme le défini lui même le groupe, avant toute les révolution, humaine ou technique, avant l’avènement des premières civilisations, au moment primordial de la découverte du feu, et du bond en avant que ce fut pour les premiers hominidés, découvrant ces étincelles scintillantes. C’est dans cette perspective que le groupe portugais à composé ce Scintilla, huit titres orientés post-rock et post-métal tachant de mettre en musique cet instant primordiale ou l’évolution à basculé de façon irrémédiable vers ce que l’on est maintenant.

Un album puissant, tout en boucles hypnotiques et riffs accrocheurs / ravageurs. Profond et intense, d’un force évocatrice certaine, il est de ces album qui nourrissent l’imagination par le biais de l’émotion. Composé avec brio par un quatuor qui n’en est pas à son premier coup d’éclat, Scintilla est sans aucun doute un grand album, très réussit, qui fera date dans le genre.

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13 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Moses: « New Mood »

Ce disques de 2017 était injustement passé sous les radars. New Mood est un opus de tradition rock et post rock, d’honnête facture, et tout emprunt de cette mélancolie qui colle à la peau des groupes du genre.

Chansons un peu triste sans être larmoyantes, gimmicks dignes de Foals, ceux de la bonne période, et indubitablement, une envie certaine, qu’on retrouve sur toute la longueur de l’album.

Celui-ci n’est, certes pas, l’étendard du renouveau de genre, mais il n’en ai pas moins un disque de bonne facture porté qu’il est par des musiciens inspirés. Très voisin de l’ambient, il prodiguera une pause de tranquillité tout aussi nécessaire que bienvenue.

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10 juillet 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Imposition Man: « Imposition Man »

Le premier album d’Imposition Man, un groupe partagé entre Berlin et Graz (Autriche), reste fidèle à un credo ; celui de naviquer sous les eaux lourdes du post-punk et du synth-punk qui le réchauffe un peu et l’arrache des abysses froides en le propulsant droit devant. Les claviers désespérés et parfois très envahissants, comme sur l’ultime et conlusif « Promise Of Salvation ». Lla batterie en plastique martiale, les lignes de basse suicidaires, la guitare écorchée majoritairement maussade et le chant vindicatif ramènent à un temps qui ressuscite le vert et le glauque, le punk d’après le punk tendance oscillations disloquées et tout un contexte socio-politique durant lequel le mur de Berlin était encore debout.
La musique d’
Imposition Man a donc quelque chose de morose et d’inquiet. Elle a aussi quelque chose de très accrocheur qui séduit immédiatement. C’est que l’album file vite : les morceaux dépassent rarement les deux minutes et si jamais ils s’éternisent, le trio décide de toute façon de les achever brutalement (la fin brusque de « Plate ») voire de les couper en deux (« Crawler I » et « Crawler II »). Ils renferment également une forme d’évidence mélodique tout à la fois rageuse et fiévreuse qui a tôt fait de nous enfermer dans ses filets. Pour le reste, le florilège d’ondes congelées, les énormes lignes de basse ou la guitare ténue savent très bien s’y prendre pour flinguer les degrés excédentaires et fortement tamiser la lumière. Pas franchement taillé pour la gaudriole mais pas non plus drastiquement atone donc.

Bien sûr, tout cela est très connoté mais le côté racé et l’énergie déployée finissent par emporter la mise : du carillon renfrogné de l’introductif « Fill A Void » aux nappes cold de « No Exile » jusqu’au prototypique « Sysi » en passant par la minute strictement instrumentale de « Scupper », on reste très accroché à l’éponyme qui réveille l’ancien, lui injecte une forme d’exaspération très contemporaine qui ressemble à s’y méprendre à celle d’alors. Ce qu’on veut dire par là, c’est qu’Imposition Man n’a rien d’un exercice de style et que leur colère réfléchie est toutefois loin d’être feinte. On sent bien que s’ils sonnent comme ça, ce n’est nullement pour rendre hommage mais bien parce que c’est comme ça qu’ils sonnent.
Le tout a été enregistré sur un antique 8 pistes à cassette et montre un goût prononcé pour l’évacuation de toute forme de fioriture, pour le moribond fuselé aussi, mais les morceaux sont néanmoins loin de ressembler à ceux des
ensemblent qui les influencent. Imposition Man perpétue l’esprit certes mais a suffisamment de personnalité pour s’habiller avec ses propres frusques sans revêtir celles des autres. Bref, même si la pochette a tout d’un mausolée, ce deuxième album existe pour lui-même et montre au final beaucoup d’atouts : malin, conceptuel et porté par une poignée de morceaux tout simplement très bien agencés.

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5 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Daniela Savoldi: « Ragnatel »

On sait peu de choses sur l’italo-brésilienne Daniela Savoldi ; autant les pianos en solo sont légion, parfois inspirés, parfois moins, autant le violoncelle a peu de place dans la musique néo-classique ou contemporaine en instrument soliste. On pourrait bien sûr citer David Darling croisé régulièrement aux côtés du pianiste Ketil Bjornstad (superbe Epigraphs chez ECM en 2000) ou encore de Chris Hooson et de Quentin Sirjac pour Vallisa (2010), ou aussi de l’Islandaise Hildur Guðnadóttir remarquée aux côtés de Johann Johannsson ou encore pour la B.O de Chernoby.

La démarche de Daniela Savoldi est à la fois plus radicale et moins volontiers mélodique.  Ne s’estompant jamais totalement dans l’abstraction, elle privilégie un entre-deux un peu douloureux, aisément inconfortable, oscillant entre des drones grinçants et glaçants, une voix distante comme sur « Ragnatele » qui ressemble finalement à une tarentelle asséchée et neurasthénique.  S’ouvrant parfois à quelque chose de plus expérimental voire noise, Daniela Savoldi n’oublie jamais la grâce, cet « Improvviso » à la fois nerveux, fébrile et tremblant. Des tapotements fugaces, une palpitation organique.  Une chair à l’os, une pulsion qui hésite entre torpeur, menace et douceur.

Radical, le geste musical de Daniela Savoldi l’est assurément mais jamais délesté d’une belle part de délicatesse. Le jeu de violoncelle de la dame va à l’essentiel, ne s’égarant jamais et profitant d’une concision bien acquise, « Storia Di Un Attentato » enchantera par son choix des ruptures comme une ligne continue qui se diviserait.

Mais là où l’italo-brésilienne se révèle la plus pertinente c’est dans son savant calcul de l’espace et du jeu de la durée d’un son, ce minuscule intervalle que l’on appelle le silence, cette prudente combinaison de notes qui forme un lieu, un abri. « Space » prouve une fois encore que le silence est la plus harmonieuse des notes, on retrouve dans cette pièce-là l’irradiation ressentie à l’écoute des disques d’Arvo Part, le sommet d’un disque qui s’élève haut, très haut.

Ni vraiment post-Rock, ni seulement contemporaine, la musique de la violoncelliste résiste au classement. Elle échafaude des structures qui pourraient sembler fragiles, comme des châteaux de cartes qui fuiraient le vent mais à bien y regarder, en se rapprochant, on se rend vite compte malgré le caractère impalpable des lignes mélodiques d’une cohérence pleine et modeste à l’image de « Dada », mi-collage, mi déambulation sans but. En clôture du disque, « Modulator » propose d’autres voies plus électroniques pour l’auditeur de Daniela Savoldi.

Une musique somptueuse, viscéralement savante mais d’une empathie folle ; un troisième album qui s’affranchit des cofes et flirte avec la marge, la dissonance, la poésie.

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5 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire