Gavin Miller: « Shimmer »

Gavin Miller avait été remarqué, en tant qu’artiste, pour un travail en collaboration avec Russel M. Harmon.

Aujourd’hui , c’est à part entière que l’Anglais est reconnu avec son album, Shimmer, aux tonalités mêlant le post-rock à l’ambient. Les plages sont accompagnées de guitares alanguies, de nappes de synthé et de rares interventions au piano.

Si on y ajoute quelques précieuses vocalises, on obtiendra, eu total, un opus qui montrera comment le voluptueux peut cohabiter harmonieusement avec le chirurgical

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Colorlist: « Full Circle »

Full Circle se présente comme un hommage à la scène Post-rock de Chicago du début des années 2000 (Tortoise, Jim O’rourke….), fortement influencée par le free-jazz, mais aussi par la musique électronique avant-gardiste ou le krautrock.

A la tête du projet Colorlist, les deux membres, Charles Gorczynski et Charles Rumback reprennent le concept à leur manière, improvisant, enregistrant Live avec divers instruments (bois, guitares cuivres, percussions, synthés…) pour un assemblage musical assez impressionnant, fait de morceaux instrumentaux pour la plupart planants, à l’image du dernier titre « When The Time Is Right ».

Pour ce 4e album, le résultat est donc une fois encore très concluant, avec des constructions d’une grande richesse sonore, sur lesquelles ont collaboré Jeff Parker (Tortoise), Josh Eustis (Telefon Tel Aviv / Nine Inch Nails) et John Hughes). A ne pas manquer.

***1/2

Eternell: « Still Light »

Eternell fait partie de ces projets « ambient » qui publient énormément (il s’agit de son onzième album depuis 2014), notamment grâce aux facilités offertes par la digitalisation de la musique. Au surplus, le Suédois Ludvig Cimbreliu masqué derrière ce pseudonyme compte, en parallèle, huit (!) autres projets solo même si celui dont il est question ici s’avère le plus prolifique.

Avec leurs nappes, leurs petites notes de guitare évanescente, leurs vocalises éthérées et leur atmosphère de demi-jour, ces compositions trouvent une place parfaitement indiquée sur le titre donné à l’album.

Trois morceaux pour soixante-treize minutes au total, Eternell fait , option probablement la plus pertinente pour permettre de se plonger dans ces entrelacs de post-rock-ambient et de se laisser bercer par ce qui reste de lumière permettant à l’imaginaire de divaguer.

Comme de coutume avec ce registre, la conjonction des nappes et des tremblotements de guitare génère un sentiment chaleureux et réconfortant qui nous conduit à considérer que la meilleure manière d’écouter Still Light est peut-être de s’allonger, façon « sieste musicale ».

Naturellement, la limite de ce répertoire réside dans le sentiment que chaque morceau pourrait identiquement durer huit ou trente-et-une minutes, dès lors que l’évolution se révèle, finalement, être assez contenue. La prolificité de Ludvig Cimbrelius accréditant également ce point de vue, on peut regretter une forme d’écriture automatique ou alors lâcher-prise et profiter sans arrières pensées de ce beau disque.

***1/2

Colorlist: « Full Circle »

Full Circle se présente comme un hommage à la scène Post-rock de Chicago du début des années 2000 (Tortoise, Jim O’rourke….), fortement influencée par le free-jazz, mais aussi par la musique électronique avant-gardiste ou le krautrock.

A la tête du projet Colorlist, les deux membres Charles Gorczynski et Charles Rumback reprennent le concept à leur manière, improvisant, enregistrant lLive avec divers instruments (bois, guitares cuivres, percussions, synthés…) pour un assemblage musical assez impressionnant, fait de morceaux instrumentaux pour la plupart planants, à l’image du dernier titre « When The Time Is Right ».

Pour ce 4e album, le résultat est donc une fois encore très concluant, avec des constructions d’une grande richesse sonore, sur lesquelles ont collaboré Jeff Parker (Tortoise), Josh Eustis (Telefon Tel Aviv / Nine Inch Nails) et John Hughes (Hefty Records). A ne pas manquer !

***1/2

Sandro Perri: « Polmo Polpo »

Polmo Polpo c’était un drôle de nom pour un groupe post-rock dans lequel oeuvrait le Canadien Sando Perri , un drôle de nom sous lequel on a découvert Sandro Perri à l’aube des années 2009. In Another Life n’est ni plus ni moins que son quatrième album solo : aventure qu’il poursuit ici sur un registre toujours aussi intimiste.

Stuart Staples, il n’hésite pas à étirer les morceaux, à se laisser embarquer dans des compositions aux allures folktronica ambient dont l’atmosphère rappellera à la fois les musiques de Brian Ferry ou David Sylvian.

Sandro Perri nous offre là quatre ballades amoureuses d’un raffinement absolu où la simplicité et sophistication se conjuguent avec talent. Un petit bijou miraculeux.

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Alpha Strategy: « The Gurgler »

The Gurgler est le troisième album d’Alpha Strategy depuis un éponyme en 2014 et un deuxième a être passé entre les pattes de Steve Albini, à l’instar de leur Drink The Brine, Get Scarce de 2016. Avec leurs orchetrations précision d’orfèvre, ces Canadiens se montrent difficile à cerner : Ils sont quatre mais sonnent comme s’ils étaient deux fois moins, sonnent sèchement et comme indigents avec un album qui est parcimonieux en compositions mais dans lequel on est déboussolés.

Leur musique est faite de circonvolutions, causses trappes ou brisures qui segmentent un objet mélodique dès qu’on croit l’avoir identifié.On pense avoir identifié un motif, il mute immédiatement ou simplement, disparaît. La guitare n’en fait qu’à sa tête, la voix aussi. La rythmique ne vaut pas bien mieux. Elle montre une tendance assez étrange à s’évaporer sans crier gare pour revenir on ne sait trop comment ni pourquoi.

C’est assurément affligeant tant The Gurgler adopte le rythme d’un escargot exténué, qui ferraille avec l’énergie du désespoir. Le groupe aime s’appuyer sur la répétition des structures mais ce qu’il aime encore plus, c’est les dynamiter sans prévenir, en jouant sur l’épaisseur selon les interventions de chacun. La voix est omniprésente mais sûrement pas les instruments. On entend assez souvent la guitare mais beaucoup moins la basse et la batterie ; en revanche, quand ces deux-là arrivent, ensemble ou séparément, elles laissent une indéniable empreinte. Parfois, tout le monde se retrouve et la musique d’Alpha Strategy revêt alors un poids insoupçonné mais ça reste tout de même assez rare. L’autre grand truc des morceaux, c’est leur côté tribal qui confère une grosse vibration écorchée, très proche du blues, au noise-rock ultra-sec de The Gurgler et c’est vraiment ce qui en fait tout le charme. Ajoutez à cela la voix de Rory Hinchey coincée quelque part sur un segment qui relierait David Yow à David Thomas et vous comprendrez très vite que l’on est face à un disque plutôt singulier.

C’est vrai qu’on a parfois l’impression d’entendre Jesus Lizard reprendre quelques morceaux de Pere Ubu, les traits acerbes des premiers se confrontant à l’abstraction des seconds. On pense aussi pas mal à un Shellac sous Codeine concernant les équations rythmiques patraques. Toutefois, les compositions sont suffisamment racées et intéressantes pour envoyer valdinguer les réminiscences dans l’arrière-plan. Elles se suffisent à elles-mêmes et offrent largement de quoi explorer sans que l’on ait besoin de fantasmer. Dès l’entame, l’itinéraire fracturé de « I Smell Like A Wet Tent » accroche l’oreille. Ses vocalises étranges, son relief accidenté et tendu à l’extrême, sur le qui-vive permanent, ses emballements aussi brusques que brefs et sa façon de faire naître le silence quand on s’y attend le moins intriguent fortement. Le morceau mute en permanence et on a l’impression d’être passé au suivant alors qu’on est encore bloqué au même endroit. La suite est exactement du même acabit : des fractures partout, un chant aliéné alternant entre divagations titubantes et cris étranglés, des mélodies esseulées au milieu d’une forêt d’angles (« Pissed Out The Fire » ou le sublime « The Gargler) » et partout, ce blues éminemment personnel et déchirant qui électrise les tripes (« To The Woods That I Know) ».

Les morceaux étant bâtis sur les mêmes fondations, on a bien du mal à extirper quoi que ce soit de The Gurgler. Il faut réellement envisager l’album comme un tout en se disant que n’importe quel titre est représentatif du reste. Néanmoins, si l’un venait à manquer, il manquerait quelque chose. Sept déclinaisons pour un peu plus d’une demi-heure, c’est sans doute peu mais c’est pourtant largement suffisant puisque l’album possède le goût de l’errance et sait comment s’y prendre pour nous perdre dans ses méandres anguleux sans jamais nous mettre dehors. D’autant plus qu’il sonne bien, la captation de Steve Albini et le mastering de Bob Weston sont très naturels et on a vraiment l’impression qu’Alpha Strategy balance ses diatribes tendues là, juste à côté de nous. Merveille d’équilibre, la dynamique disloquée de The Gurgler n’a pas fini d’intriguer à l’image de sa pochette enchevêtrée qui dit tout.

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Sons Of Alpha Centauri: « Continuum »

Ce groupe peu prolifique (deux albums et 17 ans) pratique un style quelque peu hybride entre post rock et post metal, entièrement instrumental, très souvent stellaire si ce n’est spatial. Les titres comportent une paire rythmique carrée et solide et des guitares dont l’âpreté est souvent contrebalancée par une ligne mélodique au clavier. Aussi, au sein de Continuum, ainsi que dans l’espace dont notre quatuor se dit très admiratif, tout est question d’équilibre.

Le contraste sera donc celui de la force et de la finesse, de l’évocation et de la démonstration, de la lumière et de l’obscurité. Une duplicité constante qui rend plus difficile l’entrée dans ce deuxième opus mais qui en augmente la valeur et la durée de vie.

On regrettera toutefois la présence de plans un peu trop classiques pour le genre, et d’une formule réduite à son minimum syndical (guitare, basse, batterie, clavier) ; parfois, un instrument exogène pourrait intervenir et transformer complètement le ressenti de l’auditeur réfractaire. Sons Of Alpha Centauri a fait son choix assuré, ne reste qu’à l’auditeur de savoir l’assumer.

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Wolf Parade: « Cry, Cry, Cry « 

Les Canadiens de Wolf Parade avaient suscité beaucoup d’attentes avec la sortie d’un EP en 2016. Le groupe est, ensuite, reparti en studio et Cry, Cry, Cry arrive donc à point nommé dans les bacs après une assez longue attente.

Il faut dire que Boekner et Krug, les deux têtes pensantes du groupe, sont du genre à collectionner les projets et groupes indés parallèles. On leur pardonnera leur excès de bougeotte et d’hyperactivité, tant on prend du plaisir à l’écoute de ce nouvel opus. Malgré les années, le groupe a su garder sa ligne directrice et on pourrait presque affirmer qu’ils se sont simplifiés la tâche pour rendre quelque chose du plus direct, de plus efficace, sans artifice et sans fioriture.

Le groupe a toujours revendiqué des influences post-punk, on les remarque sur certains titres, mais ils arrivent aussi trouver une certaine cohérence pop à la manière de leur grand frère Arcade Fire. Dès l’entrée de « Lazarus Online », du truculent « You’re Dreaming » ou du bel hommage à Léonard Cohen (« Valley Boy »), Wolf Parade nous emporte dans son univers si accrocheur où la folie rejoint la cohérence. À ne pas rater non plus l’excellent « Baby Blue » qui part un peu dans tous les sens où l’impertinent « Who are Ya ».

Cry, Cry, Cry est un album engagé, avec plein de nuances, plein de subtilités, plein de rage. Et même si on pleure toujours Léonard Cohen et David Bowie, avec ce disque on se sent un peu moins seul.

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All Them Witches: « ATW »

Un an après la sortie de Sleeping Through War, All Them Witches, revient avec un cinquième album en grande partie autoproduit et enregistré près de Nashville. Éponyme, l’opus se veut plus abouti et, titre oblige, plus intime.

Accompagné de Rob Schnapf au mixage (Beck Elliott Smith, Kurt Vile), le groupe a redéfini son identité musicale en l’allégeant :.exit la fureur primaire des grosses guitares, et place à des jams plus fluide et à des boogies monstrueux.

Aux antipodes de leurs premières productions, ATW est donc un album d’une élégance remarquable, aux lignes mélodiques épurées qui subliment la voix de Charles Michael Parks Jr et tissent plus de proximité avec l’auditeur.

On retiendra, à cet égard, une vibrante complainte, « Workhorse », ou un « Half Tongue » aux nappes d’orgues bien placées. Le single « Diamond » cristallisera alors cette riche palette d’émotions et dispersera quelques notes lumineuses, tel un prisme dans une chambre noire.

Contrastes aussi que la pesanteur de schémas de six cordes répétitifs et climats plus légers comme sur un « HTC » qui effleure le post-rock mais aussi affirmations des urgences quand il s’agit de gérer les guitares saturées et les riffs métalliques tendus et brulantes (« 1st vs 2nd ») ou « Rob’s Dream »)

ATW allie ici puissance et subtilité ; registres tiraillés et réalisations solaires ne reste qu’à souhaiter qu’un tel épanouissement continue de marier à merveille expérimentation et irradiation.

***1/2

The 1975: « Brief Inquiry Into Online Relationships »

Entre pop et post-punk, The 1975 s’avère être un combo original de par le fait qu’il se montre si déconstruit. Tout cérébral et abstrait qu’il puisse se montrer, il est, quelque part, le reflet d’une certaine époque sise plus de 40 ans après celle qui a donné son patronyme au groupe.

Près un premier opus éponyme où son leader Matty Healy clamait qu’ils n’étaient pas un groupe pop, un autre encore plus alambiqué, Brief Inquiry Into Online Relationships se veut ancré dans les mêmes préoccupations, la quête de la vérité, tout pénible que puisse en être le constat.

La production y est plus organique et moins léchée, ce qui est une bonne chose quand on s’aventure vars de telles odyssées.

Il y est question de perte, d’un « Modernity has failed us » sur lequel s’époumone Healy dans « Love It If We Made It », on y trouve aussi une forme de recueillement auprès des « anciens », un « Give Yourself a Try », qui « joydivisionne » comme si c’était une époque bénie mais qui en tire aussi les leçons avec un « It’s Not Living (If It’s Not With You) » qui évoque l’addiction de son vocaliste.

Dans un autre univers, plus pop, « TIMETOOTIMETOOTIMETOO » use de l’autotune comme « Sincerity Is Scary » installe une ambiance irrésistiblement jazzy. « How To Draw / Petrichor » continue le travail expérimental et électronique de « Please Be Naked » du précédent opus et « Surrounded By Heads And Bodies » traite de l’anxiété sociale et du sentiment de solitude.

Moderne ? Sans doute ; nous sommes désormais embarqués dans un climat post-moderne, un état des lieux prêtant au pessimisme s’où émergera, en « closer » un « I Always Wanna Die (Sometimes) » dont l’amplitude de l’orchestration nous laissera sur une interrogation qui ne peut que nous rendre plus circonspect mais attentif au devenir du monde.

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