No BS: Just Rock & Roll!

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Spotlights: « Love & Decay »

Mario et Sarah Quintero ont su s’entourer des bonnes personnes pour sortir de l’ombre. Au moment de la sortie d’un premier album autoproduit, ce couple aimant et multi-instrumentiste s’est fait remarquer par Aaron Harris du groupe Isis et de son ami Chino Moreno, qui décide de les embarquer sur la route en première partie, ni plus ni moins, que des Deftones.Notoriété acquisee, le duo a pu sortir un premier album et un E.P. et tourner, entre autres, avec The Melvins.

Entretemps, il va s’adjoindre les services de Chris Enriquez à la batterie pour nous livrer, Love & Decay, un deuxième album aussi aérien que bourdonnant.

Le post-rock de Spotlights sonne comme très inspiré par les ambiances shoegaze, à la fois bougrement lourd et toujours sensuellement planant. En témoigne l’efficace « Far From Falling », qui n’est pas sans rappeler Isis, pour la virtuosité de ses lignes mélodiques et la tranquille montée en tension de ses guitares.

Toujours bouillonnantes, les cordes nous figent instantanément dans une transe grasse sur « Until the Bleeding Stops », en total contraste avec l’entrainant « The Particle Noise » aux mélodies majeures et chaleureuses. Encore plus frénétique, et fraîchement extatique, « Mountains are forever » est une petite pépite qui réussit à capturer l’essence du post-rock, dans toute sa dimension émotionnelle, en faisant osciller notre taux d’adrénaline telles des montagnes russes. « Love & Decay » s’achève par le magnifique « The Beauty of Forgetting », pièce majeure qui s’étale pendant 11 minutes d’un pur plaisir qui serait une fausse note si on le boudait.

***1/2

26 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Mis+Ress: « Dispellers »

Continuant de parcourir la scène mondiale du post-rock alangui, Brian Wenckebach développe son projet solo. C’est ainsi que, sur les huit morceaux et la petite trentaine de minutes de Dispellers, on retrouve les traditionnels entrelacs de guitare électrique réverbérée, les petites mélodies graciles et l’atmosphère évanescente qu’il affectionne.

Assurément, ce type de dispositif est plus qu’agréable, et les déliés superposés de « High-Functioning Sleepwalke »r, par exemple, s’avèrent tout à fait convaincants. De toute évidence, Mis+Ress maîtrise son sujet et sait émouvoir l’auditeur, l’accompagner par une forme de berceuse musicale cajolante. Mais, dans l’ensemble, il faut bien avouer qu’on aurait apprécié un peu plus de diversité, à la fois par rapport au reste de sa discographie, et au sein même de cet album ; un peu plus de prise de risque, en somme.

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18 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Into Orbit: « Kinesis »

La Nouvelle-Zélande ne fournit pas le gros du contingent des groupes dont on parle ici. Il semble d’ailleurs que la musique instrumentale nous offre une bien belle palette d’origines. Notamment parce que la provenance géographique y est moins perceptible. D’ailleurs, d’emblée, les points communs sont trouvés avec une formation de Sheffield (65 Days of Static) ou de Chicago (Russian Circles). En effet, c’est dans ce genre de musique vitaminé avec riffs puissants et rythmique carrée qu’on peut placer Into Orbit.

Le duo formé d’un guitariste (Paul Stewart) et d’un batteur (Ian Moir) ne se contente pas uniquement d’une énergie débridée , il fait preuve de personnalité abec un album très bien séquencé.

On entend évidemment de grosses guitares en avant dès « Shifter » et une lourdeur très convaincante sur « Between Stars » mais de façon fort judicieuse, la pression retombe avec un petit arpège et un riff bien senti. La maîtrise est là, pas de doute. On retrouve même des moments carrément calmes (« Emergence »), les rapprochant d’un post-rock plus classique.

« Crystallise « commence tout en arpèges et on ne doute pas alors que le ton va durcir ; cela sera évidemment le cas mais ces déboulements ne sont pas systématiques. Sur ce morceau par exemple, un riff lancinant sera appuyé par un roulement bien efficace.

D’une manière générale, le jeu de guitare est varié, couvrant une belle palette de possibilités, parfois au sein d’un même morceau. « Horus » pourra ainsi se montrer plus brouillardeux ou plus poisseux, avec une texture bien dense sur laquelle le combo joue plus que sur la la joliesse mélodique La technique sans faille est de toute façon un prérequis pour pratiquer ce genre et elle est ici habilement mise en valeur. Les couches se superposant à grands renforts de pédales de loop en sont la démonstrtaion sans que l’on imagine le groupe était camplaisant avec lui-même. Une retenue et une sobitété tranchantes qui dont plaisir à entendre.

***1/2

10 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Facs: « Lifelike »

Facs est né en 2007 sur les cendres de Disappears qui était déjà architecte d’un savant mélange de post punk, de krautrock et d’indus. Avec seulement six titres au compteur de ce deuxième album, tous bouclés en une demi heure seulement, le trio de Chicago enfonce le clou, privilégie la qualité à la quantité pour souligner plus franchement encore ce minimalisme et cette intensité latente dont il se faisait déjà maitre l’an passé. Pas de remplissage donc, mais la ferme volonté de mettre en exergue une sensibilité mélodique plus prononcée que par le passé (« In Time », « Total History) ».

Car se lancer dans l’écoute de Lifelike, c’est une nouvelle fois s’ouvrir à la transe, tourner le dos à ses repères, abandonner la raison. C’est s’allonger sur une vaste étendue de béton, ressentir les vibrations du lent rouleau compresseur en approche, l’attendre avec un grand sourire aux lèvres jusqu’à ce qu’il vous passe sur le corps et que vous ressentiez le moindre de vos os se réduire en miettes. Il n’y a pourtant rien de véritablement violent ni agressif chez Facs, seulement une efficacité sournoise et redoutable, un travail de longue haleine qui n’a qu’un but : ne jamais laisser indifférent.

En faisant de chacun de ces six morceaux une franche réussite, en affutant si précisément son registre singulier, Facs n’est jamais aussi bien parvenu à ses fins. Désormais maitre d’un art qui lui est propre, le trio – sous couvert d’influences post punk, krautrock, ou noise – redonne au post rock sa définition originelle, celle qui était sienne avant que beaucoup la réduisent à de grandes oeuvres sur-ochestrées. De fait, on assiste ici à une succession de compositions aux allures improvisées, au fil desquelles le trio se laisse aller à ses petits plaisirs expérimentaux, notamment en concluant certaines d’entre elles dans le chaos, maitrisé mais chaos quand même (« Another Country », « Anti-Body », « Total History »).

S’il est omniprésent dans sa musique, le bruit ne doit surtout pas occulter tout ce qui fait avant tout le charme de Facs : une atmosphère sombre et sinistre (« Anti-Body »), un malaise rampant nourri de dissonances industrielles (la fin suffocante de l’excellent « Total History »), une rythmique infaillible aux roulements mécaniques et envoutants, un chant parcimonieux comme suspendu, des drones de guitare délicieusement élastiques (« In Time) »… Toutes ces petites choses qui, brillamment mariées par le trio de Chicago et consommées sans modération, vous laissent le pouls en bataille et le souffle court dans ce petit monde magique des névrosés où, paradoxalement, on se trouve bien.

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12 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Death Will Tremble to Take Us: « Death Will Tremble to Take Us »

Death Will Tremble to Take Us alias James Randolph Fouty a a déjà enregistré sous d’autres noms et c’est sous celui-ci qu’il a commis un des disques instrumentaux les plus immédiats et accessibles d’un registre qui englobe post-rock, ambient et/ou néo-classique

Les 60 secondes de l’introductif « Into the Forest » annoncent la couleur, Death Will Tremble to Take Us va éviter de rentrer dans les chemins balisés du post-rock et nous proposer 12 titres souvent courts (sept font moins de 3:10, alors que trois dépassent les 6:00) proposant chacun leurs sonorités et leur ambiance, comme autant de petites pierres de couleur formant au final une délicate mosaïque. Parsemée, de ci delà, de nuances de gris.

En procédant par petites touches, ici d’ambient, là de néo-classique très doux, ici d’envolées de guitares, là de sonorités plus boisés, DWTTTU réalise un fort beau disque, dont le principal défaut est, s’il est incroyablement agréable et reposant, de ne pas être suffisamment mémorable, sans que, pour aurtant on puisse envisager qu’il ne revienne pas régulièrement sur la platine.

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29 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

American Football: « American Football (LP3) »

Ce quatuor de Chicago avait changé la facette de l’emo avec un premier album désormais mythique en 1999 avant de se reformer en 2016 pour un second disque montrant qu’ils n’ont rien perdu de leur verve. Trois ans plus tard arrice ce nouveau chapitre de leur carrière.

Contexte : même si leur prédécesseur était de plutôt bonne qualité, American Football se sentaient encore brimés dans l’expression de leurs émotions et dans leur processus créatif. C’est pour cette raison que la bande à Mike Kinsella veut revenir en force et nous prouver qu’ils n’ont pas encore dit leur dernier mot. Une fois de plus, le quatuor de Chicago mise tout sur la force tranquille comme l’atteste le titre d’ouverture mélodique et sentimental du nom de « Silhouettes » où on se laisse bercer par ses notes de guitare limpides et ses rythmiques sereins le tout teinté d’une douce mélancolie et nostalgie.

Avec une production toujours aussi chaleureuse et plus audacieuse que jamais, le groupe de Chicago ira pousser la aberre un peu plus haut en invitant des voix féminines à se greffer à leurs compositions emo aériennes. Ainsi, American Football pourra compter sur la participation d’Elizabeth Powell de Land of Talk sur le langoureux « Every Wave To Ever Rise » qui n’hésite pas à alterner l’anglais et le français mais aussi sur celle d’Hayley Williams de Paramore sur le résolument emo « Uncomfortably Numb ». Mais la vraie surprise vient de Rachel Goswell de Slowdive qui vient sublimer un peu plus « I Can’t Feel You » possédant une pointe de shoegaze.

L’univers du combo arrive bien à s’insérer dans la métamorphose musicale d’American Football avec des petites touches de post-rock et il suffira d’écouter des moments planants comme « Doom In Full Bloom » et « Mine To Miss » pour s’apercevoir que non seulement l’influence de Mike Kinsella est palpable mais aussi que le groupe de Chicago a réellement atteint la sagesse ultime pour ce troisième album.

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25 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Flying Hórses: « Reverie »

Que cet album puisse être joué en boucle dans nos oreilles a à voir avec notre manière de camper la pianiste Jade Bergeron et son projet Flying Hórses dans la mouvance néo-classique. La proposition nous ouvre ses bras au post-rock façon Sigur Rós et à une instrumentation enveloppante – boîte à musique et célesta vintage s’adjoignent des arrangements de corde.

Sur Reverie, enregistré en quatre temps et lieux, dont l’Islande, la multi-instrumentiste fournit une trame narrative mélancolique autour du mouvement, avec de nombreux jeux de miroirs (« Awake/Asleep », « Settled/Unsettled », etc.).

C’est à l’auditeur de remplir les cases à la lueur de son vécu, de ses souvenirs, de sa sensibilité… Ainsi, l’ambiance métallique de Migration évoque chez nous un enfant migrant qui fuit sur la pointe des pieds, tandis que Fearless, inénarrable, nous laisse les yeux humides.

Difficile, devant les images qui se bousculent et la nomenclature des titres, d’évacuer le contexte politique. Comme si Jade Bergeron voulait nous dire: là où s’érigeront les murs, il y aura toujours des chevaux volants.

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3 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

And The Kids: « When This Life Is Over »

And The Kids est un quatuor originaire de Northampton qui avait publié un second disque intitulé Friends Share Lovers pour le moins original, suffisamment en tous cas pour que leur troisième opus, When This Life Is Over, soit attendu avec intérêt

Une fois de plus, le groupe mené par la chanteuse et guitariste Hannah Mohan s’essaie à faire parle un certain non-conformisme. Il continue ainsi de s’aventurer dans des terrains audacieux sur des morceaux aux riches arrangements comme la charmante introduction nommée « No Way Sit Back » mais également « Champagne Ladies » et « 2003 ». Rappelant quelque peu les élans de Siouxsie Sioux, le quatuor continue dégalement de mêler indie rock, new wave et post-punk, ceci avec succès sur des compositions comme « Special For Nothing » ou « White Comforters ».

Le titre de l’album peut sembler sombre et morne mais il faut surtout y voir une célébration du fait d’être ibéré d’un monde de contraintes. Voilà pourquoi And The Kids chante la joie et l’excitation de la vie après la mort sur ces titres révélateurs que sont « The Final Free », le morceau-titre mais encore « Somethings (Are) Good » , chose qu’ils dont font avec une telle insouciance. S’achevant sur un « Basically We Are Dead  dont la philosophie (nos corps s’éteindront un jour mais nos âmes perduront pour toujours et seront libres de cette planète ) nous plongera alors dans un morbide auquel on aura peine à édhérer tant il résonnera comme un poncif rebattu et , par conséquent, rien moins qu’original.

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3 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Christoph Lammers / Andreas Usenbenz: « Drawing In Sound »

D’un coté le musicien Andreas Usenbenz, armé de sa guitare et de divers effets, de « field recordings » et de dictaphones… De l’autres le plasticien Christoph Lammers équipé de divers charbons et encres noires, pinceaux, brosses et mains, devant sa toile blanche de 7×4 mètres.

Drawing In Sound est l’interprétation d’une performance qui s’est déroulée le 1er février 2018 à la Städtische Galerie Rosenheim, unissant musique et dessin, le peintre se laissant littéralement transporter par l’univers sonore développé par Andreas Usenbenz.

C’est le genre de projet où il y a peu de chose à dire, l’essentiel étant de se laisser guider par cet ensemble créé en symbiose pour former un tout, dont la finalité peut se percevoir en éléments distincts, développant leur propre énergie, détachés chacun de l’autre.

Christoph Lammers et Andreas Usenbenz proposent une oeuvre commune pleine de subtilité et de poésie, de détachement face aux gens qui les entourent, se concentrant et s’appuyant l’un sur l’autre pour donner vie à cet instant éphémère en forme d’accouchement créatif à la beauté fugace.

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23 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

W.W.Lowman: « This Form »

Ecouter le nouvel album This Form, de l’américain W.W.Lowman, c’est prendre le risque de se perdre en route et de ne pas en connaitre la destination finale.

Les « field recordings » sont concassés et mis aux cotés de nappes tourbillonnantes, capables de bifurquer sur des axes épris de sensations vibrantes et de rebonds moelleux sortis de machines hantées.

This Form navigue sur des eaux troubles, lâchant dans son sillage des images à la grisaille humide, flirtant avec des orgues nuageux et lointains, desquels s’échappent des pépiements d’oiseaux heureux de faire frémir leurs plumes sur le souffle de mélodies tortueuses.

W.W.Lowman n’est pas sans évoquer un Oneohtrix Point Never naturaliste au dépouillement monacal, mixé par John McEntire (Tortoise). This Form est une odyssée sur des territoires enrobés de mystère et de désolation, de mysticisme et de déraison. Un opus en forme d’aventure intérieure pointant ses lacérations expérimentales vers un extérieur épris de douceur épineuse. Très fortement recommandé.

***1/2

23 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire