No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

American Football: « American Football (LP3) »

Ce quatuor de Chicago avait changé la facette de l’emo avec un premier album désormais mythique en 1999 avant de se reformer en 2016 pour un second disque montrant qu’ils n’ont rien perdu de leur verve. Trois ans plus tard arrice ce nouveau chapitre de leur carrière.

Contexte : même si leur prédécesseur était de plutôt bonne qualité, American Football se sentaient encore brimés dans l’expression de leurs émotions et dans leur processus créatif. C’est pour cette raison que la bande à Mike Kinsella veut revenir en force et nous prouver qu’ils n’ont pas encore dit leur dernier mot. Une fois de plus, le quatuor de Chicago mise tout sur la force tranquille comme l’atteste le titre d’ouverture mélodique et sentimental du nom de « Silhouettes » où on se laisse bercer par ses notes de guitare limpides et ses rythmiques sereins le tout teinté d’une douce mélancolie et nostalgie.

Avec une production toujours aussi chaleureuse et plus audacieuse que jamais, le groupe de Chicago ira pousser la aberre un peu plus haut en invitant des voix féminines à se greffer à leurs compositions emo aériennes. Ainsi, American Football pourra compter sur la participation d’Elizabeth Powell de Land of Talk sur le langoureux « Every Wave To Ever Rise » qui n’hésite pas à alterner l’anglais et le français mais aussi sur celle d’Hayley Williams de Paramore sur le résolument emo « Uncomfortably Numb ». Mais la vraie surprise vient de Rachel Goswell de Slowdive qui vient sublimer un peu plus « I Can’t Feel You » possédant une pointe de shoegaze.

L’univers du combo arrive bien à s’insérer dans la métamorphose musicale d’American Football avec des petites touches de post-rock et il suffira d’écouter des moments planants comme « Doom In Full Bloom » et « Mine To Miss » pour s’apercevoir que non seulement l’influence de Mike Kinsella est palpable mais aussi que le groupe de Chicago a réellement atteint la sagesse ultime pour ce troisième album.

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25 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Flying Hórses: « Reverie »

Que cet album puisse être joué en boucle dans nos oreilles a à voir avec notre manière de camper la pianiste Jade Bergeron et son projet Flying Hórses dans la mouvance néo-classique. La proposition nous ouvre ses bras au post-rock façon Sigur Rós et à une instrumentation enveloppante – boîte à musique et célesta vintage s’adjoignent des arrangements de corde.

Sur Reverie, enregistré en quatre temps et lieux, dont l’Islande, la multi-instrumentiste fournit une trame narrative mélancolique autour du mouvement, avec de nombreux jeux de miroirs (« Awake/Asleep », « Settled/Unsettled », etc.).

C’est à l’auditeur de remplir les cases à la lueur de son vécu, de ses souvenirs, de sa sensibilité… Ainsi, l’ambiance métallique de Migration évoque chez nous un enfant migrant qui fuit sur la pointe des pieds, tandis que Fearless, inénarrable, nous laisse les yeux humides.

Difficile, devant les images qui se bousculent et la nomenclature des titres, d’évacuer le contexte politique. Comme si Jade Bergeron voulait nous dire: là où s’érigeront les murs, il y aura toujours des chevaux volants.

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3 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

And The Kids: « When This Life Is Over »

And The Kids est un quatuor originaire de Northampton qui avait publié un second disque intitulé Friends Share Lovers pour le moins original, suffisamment en tous cas pour que leur troisième opus, When This Life Is Over, soit attendu avec intérêt

Une fois de plus, le groupe mené par la chanteuse et guitariste Hannah Mohan s’essaie à faire parle un certain non-conformisme. Il continue ainsi de s’aventurer dans des terrains audacieux sur des morceaux aux riches arrangements comme la charmante introduction nommée « No Way Sit Back » mais également « Champagne Ladies » et « 2003 ». Rappelant quelque peu les élans de Siouxsie Sioux, le quatuor continue dégalement de mêler indie rock, new wave et post-punk, ceci avec succès sur des compositions comme « Special For Nothing » ou « White Comforters ».

Le titre de l’album peut sembler sombre et morne mais il faut surtout y voir une célébration du fait d’être ibéré d’un monde de contraintes. Voilà pourquoi And The Kids chante la joie et l’excitation de la vie après la mort sur ces titres révélateurs que sont « The Final Free », le morceau-titre mais encore « Somethings (Are) Good » , chose qu’ils dont font avec une telle insouciance. S’achevant sur un « Basically We Are Dead  dont la philosophie (nos corps s’éteindront un jour mais nos âmes perduront pour toujours et seront libres de cette planète ) nous plongera alors dans un morbide auquel on aura peine à édhérer tant il résonnera comme un poncif rebattu et , par conséquent, rien moins qu’original.

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3 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Christoph Lammers / Andreas Usenbenz: « Drawing In Sound »

D’un coté le musicien Andreas Usenbenz, armé de sa guitare et de divers effets, de « field recordings » et de dictaphones… De l’autres le plasticien Christoph Lammers équipé de divers charbons et encres noires, pinceaux, brosses et mains, devant sa toile blanche de 7×4 mètres.

Drawing In Sound est l’interprétation d’une performance qui s’est déroulée le 1er février 2018 à la Städtische Galerie Rosenheim, unissant musique et dessin, le peintre se laissant littéralement transporter par l’univers sonore développé par Andreas Usenbenz.

C’est le genre de projet où il y a peu de chose à dire, l’essentiel étant de se laisser guider par cet ensemble créé en symbiose pour former un tout, dont la finalité peut se percevoir en éléments distincts, développant leur propre énergie, détachés chacun de l’autre.

Christoph Lammers et Andreas Usenbenz proposent une oeuvre commune pleine de subtilité et de poésie, de détachement face aux gens qui les entourent, se concentrant et s’appuyant l’un sur l’autre pour donner vie à cet instant éphémère en forme d’accouchement créatif à la beauté fugace.

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23 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

W.W.Lowman: « This Form »

Ecouter le nouvel album This Form, de l’américain W.W.Lowman, c’est prendre le risque de se perdre en route et de ne pas en connaitre la destination finale.

Les « field recordings » sont concassés et mis aux cotés de nappes tourbillonnantes, capables de bifurquer sur des axes épris de sensations vibrantes et de rebonds moelleux sortis de machines hantées.

This Form navigue sur des eaux troubles, lâchant dans son sillage des images à la grisaille humide, flirtant avec des orgues nuageux et lointains, desquels s’échappent des pépiements d’oiseaux heureux de faire frémir leurs plumes sur le souffle de mélodies tortueuses.

W.W.Lowman n’est pas sans évoquer un Oneohtrix Point Never naturaliste au dépouillement monacal, mixé par John McEntire (Tortoise). This Form est une odyssée sur des territoires enrobés de mystère et de désolation, de mysticisme et de déraison. Un opus en forme d’aventure intérieure pointant ses lacérations expérimentales vers un extérieur épris de douceur épineuse. Très fortement recommandé.

***1/2

23 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Tim Linghaus: « About B. (Memory Sketches B-Sides Recordings) »

Moins d’un an après Memory Sketches, Tim Linghaus est déjà de retour avec un format un peu particulier puisqu’en dix-sept morceaux et vingt-cinq minutes, il livre une sorte de suite à son album précédent. Alors que celui-ci avait fini par nous faire une bonne impression, malgré nos réticences de départ, nous redoublons de scepticisme à l’entrée dans About B. : proposer aussi rapidement un recueil de chutes de studio, centré sur des titres très courts (alors que, justement, nous avions marqué notre préférence pour les développements plus longs), laissait augurer un disque plutôt anecdotique.

Néanmoins, le velouté du toucher de piano de Tim Linghaus s’impose, une fois encore, comme une caractéristique toute particulière, conférant une suavité certaine à ses compositions (« Anatomy Of Our Awkward Farewell Gestures »). Plus encore, capable de convier quelques invités, l’Allemand accueille à ses côtés violoncelle, violon et saxophone, destinés à enrober délicatement les interventions du piano ou à agir au premier plan (« I Was Atoms And Waves (Reprise, Pt. V) »).

 

Sans surprise, c’est sur le seul morceau dépassant les trois minutes et trente secondes que l’ensemble prend la plus belle ampleur, les lignes de clavier se superposant dans un réconfortant enchevêtrement (« Jonathan Brandis »).

À côté de cette belle réussite, le reste du disque souffre, à l’évidence, de la trop grande brièveté des morceaux, empêchant d’en profiter puisqu’on y est à peine entré qu’on en est déjà sorti. Il en résulte que cet album est à réserver à ceux qui auront été chamboulés par le premier effort de Tim Linghaus et qui souhaiteraient prolonger une telle expérience musicale.

***1/2

22 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

The Declining Winter: « Endless Scenery »

À peine remis du’un premier opus, The Declining Winter nous offre déjà un nouvel album alors que, après un Home For Lost Souls se laissant aller à une forme de répétition,une telle surprise de la part du Britannique était assez peu probable.

De fait, Endless Scenery opère dans des terrains largement familiers pour qui a l’habitude d’écouter les sorties de Richard Adams et ses comparses de la scène de Leeds. Dans ce contexte, les limites qu’on pouvait mettre en exergue il y a quelques mois peuvent être reprises : atmosphère trop similaire d’un titre à l’autre, identité des instrumentations et traitements, chant assez monocorde, rythmique trop souvent réduite à sa plus simple expression. Plus encore, les régulières mises en boucle d’un même arpège de guitare ne font qu’accentuer cette impression d’une trop grande homogénéité (« When He Was Alive », « Alsager Commerce) ».

En revanche, quand les interventions de Joel Hanson et Sarah Kemp sont samplées pour être ensuite intégrées à « On Trembling Hill », la palette semble s’élargir légèrement. Ce sera alors dans le dénuement de « No Stalgia » qu’on trouvera une autre différence, avec ses balais caressants une caisse claire et ses accords grattés. Assurément, quoi qu’il en soit, la coloration des morceaux et leur caractère cotonneux ont permis à l’Anglais de définir un style tout à fait reconnaissable et de tracer un sillon qu’il parcourt (certes avec un peu trop de démonstrativité gratuite et sans s’en écarter démesurément) d’une manière couronnée de succès

***1/2

22 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

The Gentleman Losers: « Make We Here Our Camp Of Winter »

Make We Here Our Camp Of Winter est le quatrième album de The Gentleman Losers, duo composé de frères Kubka qui se sont fondus, partant de post-rock, en un registre de plus en plus psyché.

Ainsi, la quarantaine de minutes de ce nouvel effort les voit mettre alternativement en avant une guitare alanguie ou un clavier profond, dans des interventions espacées et amples, tandis que des textures un peu granuleuses garnissent l’arrière-plan.

Avec une belle économie de moyens, les Finlandais combinent ainsi basse répétitive et mise sous l’étouffoir, d’une part, et guitare plus aérienne, d’autre part (« Book Of Leaves ») ou bien arpège de guitare et clavier embué (« Turning To Gold »). Ils peuvent également superposer les couches mélodiques, s’approchant d’une forme de shoegaze langoureux (« Always Crashing On The Same Wave »).

Lorsqu’ils s’étalent dans la durée, au-delà des six minutes, Samu Kuukka et Ville Kuukka versent néanmoins dans le travers habituel de ce type de production : laisser tourner leurs propositions tout au long des quasi-huit minutes, contents de leur son de guitare un peu traînant, sans suffisamment le faire évoluer (« Kingdom Of The Wind »). Ce léger accroc s’avère, heureusement, isolé dans un album qui permet aux Finlandais de renouer avec une inspiration créatrice indéniable.

***1/2

13 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Northerner: « End Of The Holiday »

Les six ans et demi passés depuis la publication d’I Am On Your Side ont permis à Northerner de s’interroger sur son choix de registre musical. C’est ainsi que celui qui a débuté dans un post-rock mélancolique, avant d’aller vers une ambient plus sombre, puis une électro assez laid-back, se tourne à présent vers des rivages entre post-rock et future jazz. Sous ce rapport, les déliés de guitare lumineuse et les petites rythmiques répétitives, présents dès le morceau d’ouverture, cadrent bien le propos.

À mesure que le disque se déroule, tel ou tel aspect peut se voir renforcé, à l’image des rythmiques plus soutenues de « Final d’Estiu », des partitions mélodiques de « Dijous », de l’aspect quasiment vertigineux des pulsations de « Nomes Jo », des apparitions et disparitions d’accords de guitare sur« Arribant Al Final » ou des vocalises d ’« A L’Estiu El Nostre Pare Ens Va Deixar » . Nonobstant ces petites différences, l’ensemble du disque se caractérise par une belle homogénéité et une cohérence certaine, accompagnant l’auditeur tout au long de sa quarantaine de minutes.

 

Souvenirs de voyages en Catalogne, les huit morceaux du disque en conservent (au-delà de l’aspect très évocateur, voire cinématique, des compositions) quelques stigmates, comme ces bribes de guitare acoustique flamenca qu’on peut entendre à un endroit, et naturellement le catalan employé comme langue pour les intitulés des morceaux. Dans ce contexte, pas étonnant non plus qu’on trouve, à force, l’ensemble un rien émollient, se complaisant presque dans cette conjonction entre lignes de six-cordes souples et rythmiques programmées non agressives. Mais ce serait faire un bien mauvais procès à Martin Cummings que de ne retenir que cela de cet album soyeux et touchant.

***1/2

4 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Mono: « Nowhere No Here »

Cela fait 20 ans que Mono engrange les tournées annuelles de plus de 150 concerts et ce dans pas moins de 55 pays. Les Japonais sortent ici leur dixième album, une savante mixture de ost-rock orchestral et de shorgaze bruitiste avançant au rythme de crescendos euphoriques. Sublimée par la beauté comme la mélancolie s’échappant des fidèles piano et cordes (« Far and Further », « Parting »), cette nouvelle salve a elle aussi comme but avoué de capter ce contraste saisissant entre obscurité et lumière, entre calme et chaos : l’écrasant « After You Comes The Flood », comme le tentaculaire « Sorrow » se chargeront à ce titre, à nous le rappeler.

Mono innove cette fois encore en ajoutant à ses arrangements de toujours – majoritairement cinématographiques – de subtiles touches électroniques (un « Funeral Song » assorti de cuivres) que son guitariste Takaakira Goto semble avoir ramené de sa brève collaboration avec John McEntire (Tortoise, The Sea & Cake…), mais aussi le chant désormais assumé avec brio par Tamaki sur un « Breathe » somptueusement aérien

Magnifiquement produit par un Steve Albini qui nous fait découvrir sa capacité à retranscrire tant de délicatesse, Nowhere No Here n’aura pour autant rien de totalement dépaysant pour les amateurs du groupe. Le combo élève ici le post-rock au niveau du grand art ; une exécution appliauée avec expérience et maîtrise mais aussi vectrice d’émotions dans un registre qui en réserve peu. Impressionnant.

***1/2

2 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire