Ikarus: « Mosaismic »

Rarement on aura entendu un groupe utiliser la voix tel qu’Ikarus, Pour parler de leur style, on pourrait imaginer qu’il s’agit d’un croisement entre Jazz et post-rock avec des influences contemporaines.
Avec ce titre étrange
(« Mosaismic ») qui constitue la contraction de deux mots, à savoir mosaïque et sismique, le groupe, influencé par des artistes aussi divers que Morton Feldman, Meshuggah, The Knife ou Steve Reich, choisit d’aller vers quelque chose d’expérimental, en tout cas de proposer des musiques qui sortent de l’ordinaire dans la manière d’assembler le son des instruments (batterie, piano et contrebasse) avec les voix qui ici ne servent pas à chanter des textes mais à vocaliser des sons comme dans le scat.

Avec un ensemble musical entièrement acoustique, le collectif Suisse propose des titres très rythmés mais également très mélodieux souvent assez long, pour certains même assez complexes mais dans lesquelles on se perd jamais, dans lesquelles on suit le fil grâce aux voix d’Anna Hirsch et Andreas Lareida qui forment un ensemble totalement homogène avec les trois instruments pour cet instant de grâce et de poésie issu d’Helvétie qui fait jouer avec un mécanisme d’horolger voix et instruments dans cet assemblage musical parfaitement rythmé.

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Luggage: « Shift »

Shift est le troisième album de ce combo post-rock de Chicago et il s’inscrit dans la lignée du précédent, tout comme ce dernier (suivait les contours de Sun le tout premier opus du groupe. Luggage se rapproche de plus en plus d’une forme d’épure qui décuple toujours plus l’envergure de ses morceaux : la batterie frappe avec précision et économie de moyens

sans jamais trop se presser, la guitare cisaille, lacère et écorche, quand la basse, elle fournit un parterre capitonné et extrêmement sec à même de contenir le tout. Coincée là-dedans, la voix sonne de plus en plus délavée, mi-parlée mi-chantée. Tout y est froid, décharné , de cette lenteur qui donne l’impression de vouloir araser ses reliefs pour ne garder qu’une morne plaine.
Le paysage campé par Shift est ainsi extrêmement répétitif. Dans ces conditions, la moindre micro-variation est tout de suite mise en exergue et produit un effet dantesque, excluant ainsi la monotonie de l’équation préalable. On explore alors toutes les nuances de gris ; gris fumée, plomb, poussière, muraille, gris brouillard, bruine, brume, cyclone et même nuage. La palette est infinie et tout entière contenue dans Shift ce qui en fait un disque particulier, atypque, un peu à la manière de Shellac, ou Slint.

L’architecture des morceaux coïncide exactement avec celle de Chicago : les longues avenues symétriques, les blocs qui grignotent lentement l’espace alentour et la possibilité de tomber sur quelque chose d’inattendu à chaque angle droit. On se lance ainsi dans le disque en attendant que quelque chose se passe et à la fin, alors que la dernière onde s’estompe, on a bien du mal à circonscrire tout ce par quoi il nous a fait passer. Comme si les morceaux dépassaient leurs limites strictes. Ils sont plats, bloqués sur une répétition forcenée mais cachent nombre d’accidents et d’à-pics. L’épure cache, en fait, densité et profondeur, une vraie gageure pour un disque à l’approche aussi raide.

On comprendra alors la neurasthénie et l’abattement qui recouvrent la moindre parcelle de musique : le trio à cette capacité à incurver la course de vos idées pour les rendre parallèles aux siennes. Pour autant, rien de moribond, rien de résigné. Son noise-rock ne donne pas l’impression d’être content d’être triste et de fait, il déborde d’énergie et de tension : le moindre riff, la moindre frappe, la plus petite onde sont assénés avec une telle conviction que le trio préserve systématiquement sa justesse. Rien n’est feint : ces trois là jouent ce qu’ils jouent parce qu’ils sont ce qu’ils sont et viennent d’où ils viennent.

Du coup, si on résume : plat, minimaliste, répétitif, pelé, gris, renfrogné. Pas vraiment des adjectifs taillés pour la gagne et pourtant, le disque revient sans cesse déchirer la mousse des enceintes. C’est que Luggage peut se targuer d’un talent d’écriture impressionnant. C’est bien simple, tout est sa place et tombe pile quand ça doit tomber : la répétition maintenue juste ce qu’il faut pour donner l’ampleur idoine aux mutations qui l’accompagnent et mutent elles-mêmes juste ce qu’il faut pour ne pas affaiblir le canevas d’ensemble. Le qui-vive permanent de Shift, la noirceur de jais de « Blurred », la sensibilité exacerbée de « Watching » ou du magnifique « Rest « en toute fin à laquelle s’oppose la lourdeur du très mouvant « July » : pas un moment où l’on n’est pas scotché par ce que l’on entend. Et l’on ne s’en tient là qu’à quelques morceaux car bien entendu, tous se valent et fourmillent d’idées, de changements d’azimuts intempestifs et d’accidents bienvenus qui s’égaillent au beau milieu des émois.
Finalement, la pochette dira tout : trois instruments cernés de noir, aucune indication, pas même le nom du groupe. Manière de dire que Luggage est tout entier contenu dans sa musique et rien de plus.

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Memory Drawings: « Phantom Lights »

Le groupe Memory Drawings sort ici un album court mais probablement un sommet de sa discographie. Centré autour du joueur de dulcimer Joel Hanson et du co-fondateur et guitariste de Hood – Richard Adams, le groupe avait initialement pressé ce disque en très faibles exemplaires et distribué uniquement lors de ses concerts. Le label grec Sound in Silence lui donne aujourd’hui une exposition méritée car en seulement 26 minutes, le groupe témoigne de son talent d’écriture musicale, gravitant aussi bien autour du post rock, que du folk ou de l’ambient.

Le morceau-titre de l’album, est aussi le plus puissant et illustre parfaitement la grande inventivité du groupe soutenue par l’excellent jeu de batterie de Chris Cole (ancien des regrettés Movietone). Richard Adams reprend le flambeau de Hood, dans l’ambiance générale de l’album, notamment sur le très beau the Final Curtain. Enfin, l’ex-chanteuse de Big Hat et habituée des albums du groupe, Yvonne Bruner, vient hanter de ses vocalises éthérées le morceau final « Captivated ».

***1/2

LIggage: « Shift »

Luggage n’a, jusqu’à présent, pas vraiment fait grand bruit au sein de la scène post-punk. Cela est tout à fait normal car le trio de Chicago évolue dans l’underground américain. Retenons tout de même leur nom car le groupes semble vouloir remédier à ce manque de notoriété si on considère son troisième opus, le peut-être bien nommé Shift (changement)

Toujours à l’aise dans leur mélange de post-punk et de noise-rock, Luggage est dans son univers lorsqu’il s’agit d’ajouter une atmosphère anxiogène. C’est ce que l’on retrouvera tout au long d’un Shift qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne fait pas dans la dentelle. Dès les premières notes de « Cam », le ton est donné: riffs angoissants, rythmique pesante et lignes de basse qui font froid dans le dos sans oublier ses incessantes montées en puissance agrémentées d’overdubs avec quelquefois un parler glacial qui a de quoi donner des sueurs froides.

Ce ne sera que le début car Luggage prendra un main plaisir à enfoncer le clou. De « Rain » à « July » en passant par les frémissants « Every Day » et « Watching », cette sensation live nous parcourt d’innombrables frissons tant on se laisse emporter par ces déflagrations soniques.

Plus le temps passera, plus l’ambiance se fera malsaine voire minimaliste et il fne restera plus qu’à encaisser le coup de grâce qu’est « Rest » où le trio envoie tout valser avant des dernières secondes on ne peut plus saccadées pour que la pression soit à son apogée.. En terme de post-punk noisy, on ne peut pas faire mieux et c’est pour cela que l’on applaudit l’audace de Luggage sur ce troisième album insolent et indolent.

***1/2

Corridor: « Junior »

Corridor a beaucoup fait parler de lui sur la scène indie montréalaise et pour les bonnes raisons. Il y a eu la sortie de Supermercado cité dans les tops de 2017, puis le passage chez Sub Pop. C’est dans ce contexte que nous arrive Junior, troisième album du quatuor qui s’avère parfaitement à la hauteur du buzz.

On était aussi en droit de se demander quelle sorte d’impact cette transition aurait sur la musique du groupe et de s’interroger sur le fait de savoir si ce passage dans les ligues majeures se traduirait par une approche plus lisse, davantage adaptée à un marché international.

La première bonne nouvelle, c’est que le style et l’esthétique de Corridor demeurent intacts sur ce troisième opus, encore dominé par les rythmiques post-punk auxquelles se greffent des envolées psychédéliques. Deux changements s’observent néanmoins. D’abord, la production (encore signée Emmanuel Éthier) s’avère plus raffinée, grâce sans doute à des moyens plus considérables en studio. Ainsi, la basse semble plus ronde et on remarque aussi l’ajout d’effets électroniques auxquels le groupe ne nous avait pas habitués dans le passé. Autre changement notable : les voix, plus claires et prédominantes, même si elles gardent leur côté vaporeux. Il en résulte des paroles plus intelligibles, alors qu’elles étaient jadis reléguées au second plan.

L’album démarre en trombe avec l’excellente Topographe et son riff addictif en mode ternaire. L’effet n’est pas banal puisque le post-punk s’est largement construit sur des rythmiques carrées à quatre temps, d’où la fraîcheur d’un tel contre-emploi. Et c’est probablement ce qui distingue le plus Junior de ses prédécesseurs Supermercado et Le Voyage Éternel (2015) : ce désir de Corridor de s’émanciper des conventions du post-punk et du noise rock pour flirter avec de nouvelles couleurs musicales. On a en tête la puissante « Domino », qui tangue beaucoup plus vers le rock psychédélique avec ses guitares déchaînées, ou encore la planante « Grand Cheval, » qui porte en elle un petit quelque chose de dream pop, avec des nappes de synthés. Mais un des titres-phares reste sans doute « Bang », une sorte de ballade (à défaut de trouver un autre terme) qui délaisse les riffs répétitifs pour une plus grande solennité dans le ton.

Il s’en trouvera peut-être pour dire qu’il s’agit de l’album le plus pop de Corridor, mais on peut le voir différemment. Outre la production plus léchée, il n’y a rien ici qui laisse croire à un quelconque compromis artistique. En fait, il règne sur Junior un sentiment d’urgence, résultat peut-être du délai très court avec lequel l’album a été enregistré (un mois et demi à peine), et qui participe à la force de la proposition.

La boucle et bouclée et le constat bien clair, Junior est le disque que j’attendais de Corridor, à la fois mature et ambitieux, mais en même temps brut et spontané.

***1/2

Chihei Hatakeyama: « Forgotten Hill »

Avec son rythme effréné de sorties (une dizaine d’albums par an !), Chihei Hatakeyama est évidemment impossible à suivre, voire pourrait commencer à être suspecté de faire tourner ses machines toutes seules. Ce sentiment pourrait même être renforcé par le fait qu’une nouvelle fois, il nous annonce un album issu d’un voyage (dans la région d’Asuka, au Japon) et tentant de rendre compte des pérégrinations au cours desquels un voyageur peut se perdre, soit un programme tellement conventionnel s’agissant d’un disque ambient. Pourtant, toutes ces considérations un peu frileuses se trouvent battues en brèche dès le début de Forgotten Hill tellement la musique du Japonais parvient à se faire belle et lumineuse.

Sous ce jour, la présence, comme sur les deux précédents longs-formats d’Hatakeyama publiés sur Room40 d’une guitare électrique réverbérée, faisant perler quelques notes ici ou là, participe évidemment de ce constat enthousiaste. Plus encore, sur « Falling Star » et « The Constellation Space », le musicien privilégie une approche pastel, entre post-rock alangui et ambient, dans une veine sachant conserver une forme de discrétion du propos. Tandis que cette dimension presque minimale se retrouve sur tout l’album, démarche plutôt louable quand ces pages ont pu relever les limites de compositions passées plus chargées et ampoulées, la six-cordes prend de plus en plus le pas sur les autres composantes.

Au fur et à mesure, l’album s’oriente ainsi vers le post-rock, avec un morceau comme « Staring At The Mountain », condensé d’à peine deux minutes et trente secondes de vraie grâce et d’émotion. Plus loin, des vocalises un peu ululantes, presque spectrales s’échappent de « The Big Stone Tomb », apportant une touche de lamentation poignante et le caudal « Fugitive From Wisteria Filed » invite une guitare acoustique et quelques nappes colorées. Sur ces deux derniers morceaux, et plus généralement sur la face B de l’album publieé en vinyle et téléchargement, c’est une véritable mélancolie, coruscante et triste, que Chihei Hatakeyama déploie, soit un sillon qu’il n’avait pas forcément creusé jusqu’à présent et qui lui sied particulièrement bien.

***1/2

We Lost The Sea: « Triumph & Disaster »

Il s’agit d’abord d’établir quelque chose de façon claire et nette ; We Lost The Sea ne va jamais répéter les sons ou la portée de l’album précédent Departure Songs – et ils ne devraient pas essayer. Ce troisième album est issu d’une tragédie (Chris Torpy, ancien chanteur du groupe, est décédé en 2013), ce qui a donné lieu à un disque magnifiquement cathartique.

Cette fois-ci, sur le très attendu Triumph & Disaster, le groupe est entré en studio avec un sens de la concentration bien plus aigu et le résultat final semble plus précis et cohérent.

Il y a ici des moments de lourdeur que le groupe n’a pas explorés depuis bien longtemps et, avec les titres d’ouverture que sont « Towers » et « A Beautiful Collapse », ce point culminent va s’effondrer dans des abysses terribles.

Pourtant, des coupes plus dynamiques comme « Dust » et « Distant Shores » montrent que la retenue du groupe peut contrebalancer la tendance à l’emphase.

En conclusion avec un morceau aussi empreint de vulnérabilté comme un « Mother’s Hymn » mettant en vedette Louise Nutting au chant, Triumph & Disaster s’envole sans effort, un moment de répit bienvenu. A parts égales tendres et turbulentes, il s’agit en l’occurence d’une suite triomphanle, surtout après avoir frôlé le désastre.

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Inutili: « New Sex Society »

D’emblée, les Italiens d’Inutili nous plongent dans un rock tendu, abrasif, le saxophone conférant à l’ensemble un côté jazz très libre (on n’ose pas dire »free » parce que toutes les caractéristiques n’y sont pas). Ce saxophone est un ajout récent visiblement mais on peut dire qu’il est parfaitement incorporé à l’ensemble même s’il ajoute un peu de rudesse parfois.

Sur « Rooms, » le psychédélisme est primal, celui des longs Pink Floyd avant qu’une éruption vienne jeter un coup de pied définitif dans la fourmilière. Et puis revenir en mode tendu et brouillardeux. Sur ces treize minutes, un large spectre est déjà balayé, on sait qu’on embarque pour un chemin tortueux, pas une ballade pépère. Ca plaira sans doute à ceux qui regrettent les belles heures de The Mars Volta.

On se laisse prendre par des parties de morceaux, par des mouvements qui nous dépassent comme la montée irrésistible sur « Space Time Bubble. » Le format est évidemment articulé comme ça, avec de très longues plages. De façon amusante, ils compressent le tout (sans le sax) sur un court morceau de moins de deux minutes (« Tiny Body ») et jamais cette furie (sur « Seeds » par exemple) ne semble leur échapper.

Le chant un peu distancié est plus dans la tradition du post-punk et se révèle plus intransigeant que la collaboration de G.W Sok chez Filiamotsa. Il peut aussi se faire plus éructant sur « Space Time Bubble ».

Psychédélisme furieux, free-jazz à tendance post-punk, difficile de faire adhérer une étiquette au quintette italien. Allez-y de notre part, bien franchement, mais en connaissance de cause. Tout à tour fleuve tranquille ou torrent au gré des apports de ses affluents, la musique d’Inutili est donc à conseiller à ceux qui n’ont pas peur de se faire mouiller.

***1/2

65daysofstatic: « replicr, 2019 »

Depuis leurs débuts en 2001, 65daysofstatic n’ont jamais arrêté d’innover, de se réinventer. Le groupe a évolué dans le post-rock, le math-rock, l’électro… Et à chaque fois, cela a produit des œuvres admirables. Plus de trois ans après l’excellent No Man’s Sky, bande son créée par le groupe pour un jeu vidéo de science-fiction, ils nous reviennent avec ce replicr, 2019.

La musique de 65daysofstatic n’est pas une musique facile. Elle ne cherche pas à caresser l’auditeur dans le sens du poil. C’est une musique qui se mérite. Ce disque est peut être encore plus complexe que ce que le groupe a produit jusqu’à présent. Le monde est en crise. Cela s’entend dans cet album qui peut apparaître comme la bande originale d’un film de Science-Fiction très sombre ou celui de la fin du capitalisme. Le début est particulièrement ardu, aride. La musique proposée est belle mais il faut un certain temps à l’auditeur pour s’y acclimater. Le morceau qui ouvre l’album, « pretext », est ainsi bien plus proche des expérimentations d’un Steve Reich que du rock. On y imagine combien de temps il a fallu à ses créateurs pour peaufiner une telle œuvre. 65daysofstatic n’ a évidemment jamais été un groupe commercial mais ils sont sans doute arrivés aujourd’hui au point ultime de la musique la moins commerciale qui soit.


Sur le deuxième titre, « stillstellung » ,le groupe délivre un morceau d’électro d’une inventivité et d’une richesse qui laissent sans voix. L’ensemble du disque va se poursuivre à ce même niveau d’excellence avec un groupe capable de passer d’un son électro à des éléments post-rock et même des côtés drum & bass (sur le superbe « five waves »).
replicr, 2019 n’est pas un disque simple. Il n’y a qu’à entendre « bad age », morceau extrêmement intéressant dans sa structure avec ses boucles répétitives mais à la froideur d’un hiver Berlinois. On croirait entendre le Bowie de Low poussé dans ses retranchements les plus expérimentaux.
Il est impressionnant qu’en 2019 un groupe soit encore capable de produire ce genre de musique. Lorsque l’album se conclut dans la beauté cotonneuse et atmosphérique de « trackerplatz, » on croit avoir rêvé. On est ici bien plus proche de Stockhausen que de la pop. Mais c’est cela qui rend 65daysofstatic uniques. Ils sont sans aucun doute l’un des groupes les plus innovateurs et intéressants qui soit et, avec cet album, ils nous offrent encore une fois un travail remarquable qui gardera encore son mystère après cent écoutes.

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Hugar: « Varda »

Hugar est un duo islandais, et sa musique est le type même de chose qu’on peut s’attendre à entendre d’un duo islandais ; un subtil mélange entre post rock, trip hop, néo classique et ambiant. De longs, magnifiques et délicatement tristes titres qui vous emmènent tutoyer cimes enneigées et fjords embrumés. Tout cliché que ce puisse être, les quatorze titres ne sont pas aussi longs que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Étant donné que la musique de ce premier album correspond à 95% à ce que j’attendais, on ne peut pas dire que la surprise est absente ici.

De là à parler de musique « convenue », il y a un pas à ne pas franchir. En effet, ils sont peu ceux qui peuvent pondre de si belles plages, faisant passer de l’émotion, de la beauté, du frisson et de l’élégance en toute simplicité, sans jamais passer pour une musique élitiste et pompeuse. Simple certes, mais pas simpliste ni minimaliste ; chaque titre recèle d’une foule de détails et textures qui le rendent unique. Varda est le type de disque dont on va forcément croiser les titres sans même le savoir dans plein de séries, reportages et films, aux moments les plus tragiques. C’est peut-être peu, mais ça garantit la totale en termes d’émotions.

***1/2