Methyl Ethel: « Triage »

Avec ses deux premiers albums, Methyl Ethel s’est imposé sur la scène dream-pop psychédélique. Le trio australien mené par la voix bien particulière de Jake Webb a réussi à conquérir son public avec un univers bien équivoque. Deux ans après Everything Is Forgotten, les voici de retour avec un nouvel opus nommé Triage.

Voyant sa popularité s’accroître, e combod écide d’allerici au-delà de son onirisme psychédélique.. Cela se manifeste sur des titres pour les moins cinématographiques comme « Ruiner » et le plus noir « Scream Whole » aux accents synth-pop avec une fois de plus la voix de Jake Webb qui se marie bien aux synthés épiques et aux rythmiques prenantes.

On voit le trio emprunter des voies plus ambitieuses surtout à l’écoute de « Trip The Mains » sentant bon les années 1980 mais encore de « Post-Blue » et de « Hip Horror » les voyant se rapprocher lentement mais surement de The Cure. Il en résulte, avec Triage ; un opus voyant les Australiens s’éloigner des terrains de leurs débuts pour aller dans les contrées plus pop. Vouloir élargir son registre musical est chose qu’on ne pourra pas reprocher à Methyl Ethel surtout qu’il le fait avec une telle pertinence.

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Guided By Voices: « Zeppelin Over China »

Guided By Voices continue à être toujours aussi productif depuis sa reformation. Le combo annonce la prochaine sortie de, non pas un seul, mais deux albums dont le premier s’intitule Zeppelin Over China.

Faisant suite à Space Gun, Robert Pollard et sa bande en remettent donc une couche avec un nouveau double-album. Preuve en est que, pour les fans d’indie rock revival des années 1990, les dinosaures n’ont toujours pas dit leur dernier mot avec ces 32 nouveaux morceaux bien racés et énergiques dont l’entrée en matière « Good Morning Sir » qui ira fermer les bouches les plus sceptiques tout comme également des titres comme « Carapace », « Your Lights Are Out » et autres « Holy Rhythm ».

De « Step of The Wave » à « Cobbler Ditches » en passant par « The Rally Boys », « Nice About You » et par « Lurk Of The Worm »,Guided By Voices va droit au but et ne se perd pas 32 morceaux indie rock d’une durée de 75 minutes, que demande le peuple ? Même si les quelques 75 minutes peuvent paraître pompeuses et longuettes par moments, personne ne peut nier que depuis leur reformation, le groupe de Dayton continue à être le représentant idéal de cette scène lo-fi qu’il a accompagnée depuis trois décennies.

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Coping Skills: « Worst New Music »

Coping Skills est un duo féminin originaire de Philadelphie. Composé de Rachel Dispenza (chant, guitare) et de Lauren DeLucca (chant, basse), le groupe mélange indie rock et power-pop pour une fusion acidulée apar des textes qui se veulent caustiques. Leur opus, Worst New Music,  fait allusion au système de notation des albums de Pitchfork mais, à cet égard, on nepeut pas dire que la répertoire de Coping Skills est qi mauvais que ça.

Leur mélange musical fait plutôt bon ménage avec des titres bien fun comme « I’d Rather Not (Yeah) », « User Error » sans oublier « Baptism » riche en riffs acérés, interprétations langoureuses et rythmiques catchy.

Le tandem fait montre d’un humour pince sans rire et d’une énergie contagieuse dans certains morceaux comme « Have You Encouraged The Softboy ? », « Man It’s A Hot One » et autres « This Is A GD B Of An Unsatisfactory Situation ». Coping Skills est bien loin de nous concocter de la pire nouvelle musique, il suffit de l’écouter pour s’en rendre compte.

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The Tallies: « The Tallies »

The Tallies est un groupe bâti sur les cendres d’une précédente formation qui n’existe que depuis un an. Précoce, ils sort un premier album éponyme qui a fait qu’on l’a surnommé «  le nouveau meilleur groupe du monde » et qu’il a été ét étiqueté « Album of the month » dans les boutiques Rough Trade Records.

The Tallies constituent un formidable croisement entre Lush, les Cocteau Twins, The Sundays, les Smiths ou même Saint Etienne lorsque la boite à rythme prend le dessus sur la batterie comme dans « Giving Up »).

Il n’y a rien de révolutionnaire là-dedans et ça n’était sans doute pas l’objectif du combo. Ici, il s’agit d’un disque qui s’écoute comme un petit bijou 90’s, qui se révèle particulièrement brillant. Ça scintille du début à la fin, et on ne s’ennuie pas une seconde : il y a des hits en puissance (« Trouble », « Mother », « Midnight », « Have You », « Not So Proud », « Beat The Heart » ou « Easy Enough »), la batterie de Cian O’Neill ne laisse aucun répit, et la guitare de Dylan Frankland virevolte de cascade en cascade.

Il y a surtout cette voix de Sarah Cogan propre,et qui emmène lauditeur vers une autre dimension. Les Canadiens ne se contentent pas d’exhumer, ils explorent et ressuscitent le passé – avec la nostalgie qui va avec – en lui offrant une éternelle jeunesse. Il y a cinq ans, la ville de Toronto nous avait envoyés Alvvays ; peut-être aurons-nous droit aujourd’hui à The Tallies.

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Pavo Pavo: « Mystery Hour »

On avait pu tomber sous le charme de Young Narrator In The Breakers, le premier album de Pavo Pavo, qui avait su développer une atmosphère intimiste dans sa musique, un climat autre, celui d’un couple, Eliza Bagg et Oliver Hill, Un couple qui s’est séparé entre la sortie du premier album et l’écriture du nouveau venu, Mystery Hour

Loin de marquer un coup d’arrêt à leur carrière, cette séparation a été signe d’un nouveau départn our le combo de Brooklyn. Ce nouvel opus est particulier car il relate ladite rupture mais le fait sous la forme d’une collaboration artistique entre les deux ex-partenaires ; démarche suffisamment atypique pour être soulignée.

En dehors des qualités d’écriture et d’arrangements pléthoriques de l’album, c’est aussi cette singularité de situation qui donne à Mystery Hour sa force poétique et esthétique. La richesse des arrangements, les états d’âmes variables, liés à un questionnement du couple sur leur nouvelle place respective sont ici exploités pour faire de Mystery Hour une sorte de road album sentimental, dont chaque piste serait un épisode nouveau, teinté d’une atmosphère différente, oscillant entre le détachement, l’enthousiasme, et une mélancolie presque glaçante.

La musique de Pavo Pavo est référencée, pour ne pas dire savante : le couple s’est rencontré à Yale ou ils appartenaient au même quatuor à cordes. Ainsi, la couverture du disque, qui figure le duo se faisant face, à distance, sur une plage, pourrait être tirée d’un film d’Antonioni, et le groupe cite autant Ingmar Bergman que David Hockney comme influences.

La profusion de tessitures et de timbres (clarinettes, claviers, cordes, voix pitchée) est savamment arrangée, tout en conservant la tonalité et la finalité résolument pop des intentions musicales du couple, soulignée par les stimulantes et entêtantes lignes de basse. On pense tour à tour à Robert Wyatt, aux sixties des Beach Boys à l’écoute du son de guitare de « Close To Your Ego », et même furtivement à Metronomy pour les sons de claviers et de basse).

Le climax de cette épopée ayant la séparation pour fil rouge se situe naturellement à la toute qui clôt Mystery Hour, avec un magnifique morceau conclusif ; « Goldenrod », un titre sur lequel Eliza Bagg et Oliver Hill chantent à l’unisson avec des voix manipulées à l’autotuning, pitchées et méconnaissables, offrant à l’un et à l’autre, ainsi qu’à l’auditeur, une altérité transformée et résolument originale. Plus que nouveau départ, Mystery Hour est une nouvelle envolée.

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Eerie Wanda: « Pet Town »

Bonne surprise que cette artiste hollandaise, d’origine Croate, Marina Tadic, qui officie sous le nom de Eerie Wanda quand elle chante et joue de la musique. Accompagnée de ses deux musiciens, elle signe avec ce second album un amour de Pop fraîche et légère, tendance West Coast. Une pop radieuse, au charme délicieusement rétro, avec ses boîtes à rythmes, son orgue minimaliste, et ses guitares tantôt hawaïenne (« Big Blue Bird », « Magenitc Woman) » tantôts flamenco (« Hands of the Devil ») et bien sûr ce chant souriant et très agréable.

Pet Town vous caresse ainsi durant 32 minutes de ses douces et radieuses mélodies.
Un véritable bienfait donc que cet album sorti au cœur de l’hiver et dont les rythmes et les sonorités auront vite fait de vous réchauffer le cœur et l’âme.

***1/2

Night Flight: « Night Flight »

Night Flight est un groupe londonien qui a sorti son premier album dans l’indifférence générale mais qui, pourtant, posède un univers bien à lui. La cohérence demeure d’ailleurs le point fort de ce nouveau disque au titre significativement éponyme. Night Flight est un opus surprenant, planant, parfois émouvant avec, en préalable, deux splendides morceaux d’ouverture ; un « Departure » à la rythmique mélancolique accompagnant des textes sensibles et une superbe montée en puissance suivi de « Parade » qui ne fera qu’accentuer le sillon creusé.

« Forever And » et « Machiavellianites » suivront le chemin tracé avec moins de succès mais, fort heureusement, Night Flight réservera dautres surprises. Et la plus belle prouesse de l’album est bien ici : associer indie parfois presque pop à des ballades sans pour autant perdre en cohésion.

Quelque part, il est assez impressionnant pour un jeune combo de faire preuve de maturité et de ce type de talent. « Death Rattle » sera, en quelque sorte, un pont entre les différents genres : le rythme est plus soutenu, la voix du leader mise à rude épreuve et la ligne de basse, solide et précise, apportere le plus nécessaire.

« God Knows » sera la fameux single, passage requis et obligatoire à tout LP ; une ballade pop/indie à couper le souffle. Un riff répétitif mais bien trouvé, des choeurs planants et un refrain entraînant. Night Flight ne fait certes pas dans la simplicité mais c’est justement cette prise de risque le rend intéressant.

Pour conclure, « Amsterdam » l’avant dernier morceau, sera une autre prouesse du genre avant « Medicine » qui saura clôre l’album avec douceur. A écouter de toute urgence et sans oeillères.

***1/2

T-Rextasy: « Prehysteria »

Ce quatuor new-yorkais et essentiellement féminin avait déjà sorti un premier opus, Jurassic Punk. On se doute bien, au regard d’un tel titre, que sa musique à mi-chemin entre pop-punk acidulé et indie-rock se voulait vectrice d’une certaine dérision que n’aurait pas reniée Chastity Belt.

Prehysteria va naviguer dans la même humeur ; pseudo accent cockney et morceaux bien entraînants comme « The Zit Song », « Girl, Friend » ou « Rip Van Vintage ». Les riffs sont « jangly » à souhait tout comme la section rythmique qui se veut implacable et vectrices de bonnes vibes avec « I Don’t Do Lunch » et « Baby ».

Ajoutons les vocaux délurés de Lyris Faron dont son timbre de voix ressemble étrangement à celui de Charlotte du groupe Charlotte & Magon ainsi que un petit côté piquant apporté par les accents doo-wop de « Theme From Prehysteria » et on ontiendra un bon petit album qui, entre angoisses existentielles et déboires amoureux, permettra à tout un chacun de se reconnaître et de se dérider.

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Frankie Cosmos: « Vessel »

Avec un tel patronyme on comprendra que, sur ce Vessel qui constitue son troisième album, la jeune chanteuse a choisi une thématique tournant autour de la notion d’espace.

Si nous sommes transportés dans un autre monde, cet ailleurs est simple et heureux, fait de jolies comptines aux paroles légères et romantiques.

Avec 18 titres de moins de deux minutes on sait déjà qu’on survole et effleure les choses, sans courir le risque de se lasser. Sans s’éterniser en longueur, Cosmos écrit de fort jolies mélodies dont le mérite est la légèreté, la spontanéité et une insouciance qui n’est pas pour autant de la désinvolture.
Au niveau musical, on retrouve le son caractéristique de sa guitare violette sur quasiment toutes les pistes, une tonalité qui fait lointainement penser à celle des Strokes ainsi que des petites lignes d’accompagnement sautillantes qui marient délicatesse (« Accomodate ») et un rock un peu moins virginal (« Being Alive »).

Globalement, c’est assez épuré ; la très claire et jolie voix de Greta ainsi que les chœurs discrets s’y déposent juste comme il le faut. L’album est rempli de petites surprises : des paroles subtiles et amusantes, des rires à la fin de « This Stuff », quelques instants à capella sur « I’m Fried », un échange avec une voix masculine sur » »Ballad Of R&J », du piano sur un « Ur Up » où on l’entend se planter au début, rigoler, puis recommencer.
Pour résumer… des chansons courtes, de la spontanéité, de la sensibilité, de la bonne humeur : voici les ingrédients que Frankie Cosmos utilise et maîtrise avec brio.

***1/2

The Molochs: « Flowers In The Spring »

Après un premier opus en 2017, America’s Velvet Glory , The Molochs sont retour avec un Flowers In The Spring qui voit le duo californien renouer avec leur garage-pop rétro à travers des titres ultra-romantiques et sucrés comme « A Little Glimpse Of Death », « Shadow Of A Girl » ou autres « Pages Of Your Journal ».

Une fois de plus, Lucas Fitzsimmons reste un fin mélodiste et sait varier les plaisirs comme bon lui semble entre des titres étrangement slacker placés en début d’album (« To Kick In A Lover’s Door », « I Wanna Say To You ») et d’autres plus orientés vers des influences dylanesques et velvetiennes (« And She’s Sleeping Now », « Wade In The Water »).

Rien de révolutionnaire donc mais plutôt une constance dans des influences ici résolument 60’s.

Des morceaux chaloupés et feel-good comme « Too Lost In Love » et « All The Things That Happen To Me » enfonceront ce clou et nous laisseront digérer ces références avec plus ou moins d’appétit selon notre gouverne.

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