Marcelyn: « Monstrous Existence »

26 septembre 2020

Ce récent album de Marcelyn, Monstrous Existence a, pour origine, le projet solo de la chanteuse classique Marcelyn Lebovitz dont la démarche, sous forme de désormais un trio, propose « un rock indie bizarre sur un plateau d’argent avec un chant doux, une basse audacieuse et des rythmes groovy » ce qui est bien le cas ici sur cet opus.

Le groupe a, en effet, une bonne maîtrise des mélodies et il ne manque jamais de livrer des grooves fantastiques et des beats cool qui travaillent ensemble pour créer de bien joilies choses. « Set It On Fire » est un excellent exemple de cette combinaison et vous oblige à vous y mettre, suivi des mélodies rumbunctives de « I Smell Like Experience » avec ses rythmes incroyables ; une batterie qui fait impact et qui est combinée avec le travail vocal sur les mélodies pour délivrer un son sidérant.

Les voix sont extraordinaires. Au premier plan, mais utilisé comme une couche supplémentaire dans les mélodies, le chant est incroyable, quelle que soit la façon dont il est utilisé sur ce disque. « Number A » et « The Show Is Ove » » en sont la preuve, le premier mettant en valeur les tons plus doux qui se superposent incroyablement pour donner une tonalité incroyable. Sur un autre registre, le côté brut et puissant de la voix de Marcelyn sur « Sled Ted » est surprenantdans la façon dont il délivre un message puissant et féroce sur le morceau. 

Album qui met en lumière toutes les facettes du talent de ce groupe pour les mélodies et le chant, Monstrous Experience vaut la peine d’être écouté ne serait-ce que pour considérer comment ce groupe utilise tous ses talents pour créer des sons brillants et obsédants et qui concourent à vous donner l’envie de vouloir les mieux assimiler.

***1/2


Gus Dapperton: « Orca »

25 septembre 2020

Après le succès monumental du ravail de Gus Dapperton sur le « single  « Supa Lonely » de BENEE, il semble que plus de gens que jamais attendent avec impatience de nouveaux éléments de la part du célèbre chanteur, auteur-compositeur et producteur indépendant. En emmenant les auditeurs dans une nouvelle direction lors de sa deuxième sortie, Orca voit Gus Dapperton aborder les thèmes forts des luttes pour la santé mentale et trouver l’acceptation dans son œuvre la plus transparente et la plus honnête à ce jour.

La mélodie entraînante, optimiste et instantanément contagieuse de « Bottle Opener » rappelle fortement le premier album de Dapperton, Where Polly People Go to Read, avec un refrain subtilement imprégné de chœurs superposés. Les paroles, cependant, sont ce qui donne à cet album un avantage immédiat sur les œuvres précédentes de Dapperton : « Tu ne les laisses jamais t’atteindre / Je les laisse toujours m’atteindre / Je ne sais pas si je tiendrai jusqu’à demain / C’est une épreuve si dure de toujours tout mettre en bouteille » (you never let them get to you / I always let them get to me / I don’t know if I’ll last until tomorrow / it’s such an arduous test to always bottle it up). La mélancolie qui se cache dans les paroles, ainsi que son titre évocateur, « Bottle Opener, représentent Dapperton qui enlève enfin le verrou et laisse tout se déverser et s’ouvrir.

Bien que la plupart des chansons de Dapperton tout au long de sa carrière aient été accompagnées d’un chant très stratifié, les chœurs d’Orca peuvent parfois détourner l’attention de la chanson, en particulier sur « First Aid » et « Grim ». De plus, sur ce dernier, qui est peut-être l’un des morceaux les plus faibles de l’album, les guitares qui s’entrechoquent et les chœurs féminins dominants enlèvent à la chanson son essence, ce qui est particulièrement déplacé sur l’album pris en sandwich entre « My Say So » et « Antidote », plus doux et plus atmosphérique.

Le duo de milieu d’album « Bluebird » et « Palm » rappelle davantage la production précédente de Dapperton. Les mélodies légèrement disjointes mais accrocheuses se combinent avec les paroles uniques et parfois difficiles à suivre, qui portent la même signature mystique. La plus grande transparence du lyrisme d’Orca est ce qui se prête à une expérience plus immersive. En outre, Orca contient également un morceau avec un élément de l’artiste Chela. Bien que les chœurs puissent parfois détourner l’attention de la mélodie de la chanson, il est réconfortant et rafraîchissant d’entendre Dapperton permettre à plus de gens de s’immerger dans sa musique.

La ballade acoustique-pop qui clôt l’album s’intitule « Swan Song » et est l’une des chansons les plus douces-amères de l’album avec des textes comme « Je me suis fait ça à moi-même / Je ne demande pas d’aide … Je m’en suis sorti avec l’enfer » (I did that to myself / I’m not asking for help … I put me through hell ). Dapperton, qui s’est engagé à être vulnérable (« Bottle Opener ») et qui a terminé par une réflexion sur toutes les émotions de l’album, en invitant les auditeurs à partager si ouvertement ses sentiments et ses expériences, trouvera son point de départ pour la prochaine étape. Il est vraiment difficile de prédire où Gus Dapperton ira après cela, plus haut et plus loin sans doute.

***1/2


Coray Flood: « Hanging Garden »

10 septembre 2020

Ce trio indie-pop de Philadelphie Corey Flood, dirigé par Ivy Gray-Klein, aborde ses craintes avec une ambivalence lo-fi.  « Heaven Or », un peu de travers et se dissocie de l’affirmation « Je sais ce que j’ai vu » (I know what I saw), alors que le cacophonique « Slow Bleeder » utilise l’anémie de Gray-Klein comme métaphore de sa peur de l’intimité : « Ça prend du temps / Mais je serai là.» (Takes time / But I’ll be there).

Une certaine nervosité imprègne le premier LP du groupe, qui mène à de nouvelles découvertes musicales – les grooves de samba pulsés, les guitares floues de l’album plus proche « Poppies » – et émotionnelles aussi. Ainsi, comme le chante Gray-Klein sur « Down The Hill » en guise de profession de foi, « Il n’y a pas de honte à l’humilité » (There is no shame in humility).

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The Front Bottoms: « In Sickness & In Flames »

31 août 2020

Avec un ton et un regard si charmants et personnels qu’ils vous donnent l’impression d’être juste à côté de vous dans votre salon, le duo du New Jersey The Front Bottoms est la bouillotte réconfortante qui vous donne cette sensation toujours chaude et floue et sur laquelle vous pouvez compter encore et encore.

Brian Sella et Mat Uychich ont livré un autre disque plein de paroles amicales et de mélodies espiègles et charismatiques qui réclament à grands cris une reconnaissance mondiale. In Sickness & In Flames est aussi expérimental que familier, et c’est un nouvel album qui vient s’ajouter à leur impressionnante série de sorties.

Nous sommes accueillis avec la familiarité des « singles » principaux « Everyone Blooms » et « Camouflag » » pour planter le décor, le premier s’en tenant à une formule éprouvée de The Front Bottoms, nous facilitant la tâche avec un début minimaliste avant de nous jeter dans des couplets et des refrains subtilement travaillés avec des voix de gang. C’est le pont qui montre vraiment Sella sous son meilleur jour, avec des lignes répétées avec émotion qui sont surmontées par la détresse entendue dans sa voix.

« Camouflage » est à la hauteur de ce que vous avez entendu de The Front Bottoms. Il a des accords acoustiques épais, un refrain qui transcende paisiblement, et des paroles immédiatement répétables pour ce son instantanément addictif.

L’histoire racontée à travers le film donne souvent un regard nostalgique sur le passé de Sella, mais nous force à nous sentir comme si c’était nous qui en faisions mémoire. Avec « Montgomery Forever », même les lignes les plus banales sont captivantes et attachantes, et les mélodies vocales prouvent qu’elles sont un élément essentiel de la façon dont The Front Bottoms donne le ton dans les différents morceaux.

« Leaf Pile » est plus fort et plus agressif, mais le chant commande le ton à mi-parcours de la chanson avec une section de spoken word qui bouleverse toute l’expérience, et « Bus Beat » a un crochet dentelé avec le chant des piétons qui crée un son complètement nouveau pour le groupe qui, d’une certaine manière, fonctionne. Un brave auto-réglage sur « Jerk », qui sonne presque comme une chanson des années 90, va certainement diviser les anciens fans et les nouveaux, mais il est très accrocheur et s’intègre sans effort à l’album.

Dans notre paysage en constante évolution de 2020, nous savons au moins que nous pouvons toujours compter sur The Front Bottoms pour briller dans n’importe quel climat mondial. In Sickness & In Flames est un album mélancolique à maturité, mais énergiquement adolescent. C’est la bande-son parfaite pour les voyages en voiture, les ruptures, les vacances à la plage, les films indépendants, les nuits d’hiver au coin du feu ou tout ce que la vie peut vous réserver.

Cet album ne vous fera pas vous sentir à nouveau comme un enfant, mais il vous fera vous sentir jeune pour votre âge et, parfois, nous avons tous besoin de cela dans notre vie.

***1/2


The Lemon Twigs: « Songs For The General Public »

21 août 2020

Les Lemon Twigs savent vraiment comment organiser une fête. En écoutant leur nouvel album, Songs For The General Public, on a l’impression d’avoir emmené une machine à remonter le temps dans les coulisses enfumées d’une arène de la fin des années 1970. La salle est bondée de monde. Des rockers androgynes vêtus de vestes en cuir et portant des lunettes de soleil et des chaussures à semelles compensées incroyablement grandes, et il y a assez de cocaïne pour, comme l’a dit Robin Williams, vous donner l’impression que Dieu vous dit « que vous gagnez beaucoup trop d’argent ». Les frères Brian et Michael D’Addario ont créé ce genre de rock n roll depuis leurs débuts à Do Hollywood en 2016, alors qu’ils n’étaient encore qu’adolescents. Depuis, ils ont grandi en tant qu’auteurs et musiciens, et même le pastiche de cette époque dorée du rock classique dont ils s’inspirent ne les empêche pas de créer leurs propres chansons pop, uniques et parfaites. Alors que cette fête en coulisses déborde de célébrités, Elton John discute de Tumbleweed Connection avec Gregg Allman dans un coin, tandis que les membres de Sweet and Slade échangent des coups de guitare et que Bowie, Brian Eno et Tony Visconti scrutent la salle avec désinvolture. Au centre de tout cela, les D’Addarios dirigent les débats. Ils mettent chaque pièce dans un lieu qui transcende l’imitation et la fait sienne.

Il y a pléthore de pierres de touche musicales qui volent autour des 12 titres de Songs For The General Public. « Hell On Wheels », qui ouvre l’album, commence par une superbe section de cordes avant que des voix morveuses ne prennent le relais et ne se lancent dans un énorme ver d’oreille de refrain, rempli de chants de gang et de guitares. On entend un peu de Bowie, un peu de The Stones et dans l’outro de la chanson, D’Addario semble même imiter Dylan. Il se passe beaucoup de choses ici, mais la production garde tout brillant et suffisamment séparé pour que l’auditeur puisse tout comprendre.

« Live In The Favour Of Tomorrow » sonne comme si les frères prenaient une page des Kinks de l’époque des années 60. La ligne de basse bouillonnante ne se contente pas de faire une promenade dans la chanson, elle semble faire un parcours du combattant. Même avec la section rythmique hyper active et les guitares carillonnantes et brillantes, le chant des D’Addario a tendance à occuper le devant de la scène. Ce qui peut leur manquer dans l’écriture des paroles, qui a tendance à être assez cliché, ils le compensent certainement par leur habileté vocale. Leurs mélodies et leurs harmonies vocales s’envolent positivement sur l’ensemble de l’album. Musicalement, le jeu est également de premier ordre. « No One Holds You (Closer Than The One You Haven’t Met) » comprend des claviers et des synthés absolument exquis, y compris un solo étonnamment amusant qui fait office de huitième partie de la chanson. « Fight » saute aux oreilles, porté par une ligne de piano rebondissante et quelques moments vocaux amusants de style Jagger dans le couplet avant de s’envoler dans un énorme refrain qui est plus l’interprétation des D’Addarios du rock n roll des années 1950 que tout ce qui figure sur le disque. C’est coloré, amusant et cela vous restera en tête pendant des jours. « Moon » commence avec un harmonica blues-y avant de se transformer en quelque chose qui ne serait pas déplacé sur Bat Out Of Hell. Les harmonies géantes et nobles du refrain et les paroles de « walking around in the pale moonlight, feeling like you want to get out of here » vous replongeront dans l’apogée de cet album. « Hog » s’appuie sur un peu du schmaltz des débuts d’Engelbert Humperdinck, mais il conserve suffisamment d’énergie pour le rendre plus agréable, surtout lorsque le pont roule dans sa gloire déformée et piétinante. Lorsque le groupe Laurel Canyon, dont le style folk est « Ashamed », clôt l’album, on a vraiment l’impression que The Lemon Twigs vient de vous faire vivre une leçon d’histoire du rock n roll.

Bien que les Lemon Twigs portent leurs influences de façon si évidente sur leurs pochettes, les frères sont de merveilleux musiciens et compositeurs à part entière. Songs For The General Public est un véritable disque. Le voyage qu’il vous emmène est si agréable qu’il devrait donner aux nouveaux initiés l’envie de rechercher les influences laissées de côté tout au long de l’album et, bien qu’il ne rende pas familier aux auditeurs la musique qu’il soulève, il devrait définitivement vous faire apprécier les frères D’Addario en tant qu’archivistes du rock classique mais aussi en tant qu’interprètes au talent monumental. L’album est une explosion d’élégance et de brillance qui devrait être la bande sonore parfaite pour des jours qui vont bien plus loin que la fin de l’été.

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Luke Jenner: « 1 »

7 août 2020

Le premier album solo de Luke Jenner, le leader de Rapture, s’éloigne de la dance-punk pour un voyage autobiographique onirique et stylistiquement diversifié à travers les traumatismes de l’enfance. 1 recontextualise et déstigmatise des thèmes extraordinairement compliqués (violence, abus, addiction et abandon) dans une série de paysages sonores étonnamment brillants, souvent de couleur pastel. 

Du début de l’album « A Wonderful Experience » », influencé par Pink Floyd, jusqu’aux derniers moments de l’album About to Explode, plus proche et plus chatoyant, cet opus est parsemé de bribes d’enregistrements de voix de la famille et des amis de Jenner. Ces échantillons recentrent constamment l’attention de l’auditeur et fournissent une sorte de méta-commentaire/superstructure transitoire qui propulse l’album vers l’avant. 

Les fans de The Rapture devraient immédiatement écouter « If There is a God » et la jam de 10 minutes nommée « All My Love », deux chansons qui traitent directement de la foi et de la résilience et qui semblent s’inspirer de certains morceaux de 2011 du disque de The Rapture, In the Grace of Your Love. Mais le véritable centre émotionnel de 1 est le « single » principal « You’re Not Alone », une ballade sérieuse et sobre au piano qui rassure, soutient et encourage à survivre.

***1/2


Wesley Gonzalez: « Appalling Human »

3 août 2020

De nos jours, l’omniprésence de personnes en position de pouvoir peut vraiment faire des ravages. Sur son deuxième album, Appalling Human, le pastiche sans complexe de Wesley Gonzalez, l’auteur-compositeur approfondit son autocritique. Des échecs relationnels aux efforts comiques médiocres et aux remarques acerbes à l’adresse de ses pairs, Gonzalez est extrêmement charmant dans son autodérision sans limite, réglée sur la synth-pop effervescente des années 80.

Cela fait cinq ans que Let’s Wrestle, son ancien véhicule pour les morceaux indés doux et amusants, a été dissous. Sur le plan sonore, son matériel solo ne pourrait pas être plus éloigné de ses origines, un changement déclenché par le fait que Gonzalez a mis sa guitare de côté pour écrire des chansons au piano. Le Londonien décrit la suite de Excellent Musician de 2017 (les titres d’album sont son point fort, évidemment) comme son album « post-thérapie ». Avant d’entrer dans ce monde tonalement kaléidoscopique, nous avons un aperçu de cet arc narratif à partir de quelques titres de chansons : « If I’m Sad », « Fault of The Family » et « Used To Love You ».

Avec le précédent disque de Wesley Gonzalez, ses arrangements et ses performances vocales ont été portés à onze, ce qui démontre une grande envie d’explorer ce nouveau paysage sonore. Ici, la poussière s’est installée et il semble extrêmement à l’aise pour faire la transition entre les chansons teintées de néon qu’il a composées et la bande sonore du vendredi soir, avant de résumer la léthargie qui s’installe le dimanche soir à l’approche de la peur d’affronter la réalité et d’une nouvelle semaine. Associées à sa cadence habile, les tonalités variées du synthé et des touches font partie intégrante de la création des nombreuses humeurs d’Appalling Human.

En ce qui concerne le ton de l’album, Gonzalez a cité le Yellow Magic Orchestra, Pulp, le R&B de la fin des années 90 et Arthur Russell comme sources d’inspiration qui ont inspiré ces compositions. Ces influences ont généreusement contribué à élargir la portée de ses morceaux électro-pop contagieux. Mais c’est en fermant les yeux et en écoutant attentivement que Gonzalez se souvient de certains motifs identifiables à la première époque de MGMT sur « If I’m Sad », tandis que le premier morceau, « Tried To Tell Me Something », avec son rythme puissant, son solo de saxophone exubérant et ses synthés flous, ramène l’auditeur à la première vague de synth-pop nostalgique des années 80 de Golden Silvers. Ailleurs, comme » »Fault Of The Family » évolue des années 808 vers des synthés puissants, évoquant un mélange de Giorgio Moroder et de Justice.

Outre les similitudes sonores, il y a des exemples dans ce disque où le lyrisme de Gonzalez puise dans la manière évocatrice (et racontable) dont Richard Dawson exprime ses défauts personnels et son mépris pour certains comportements sociétaux. Ces sentiments et observations découlent d’un sentiment d’inadéquation en tant que partenaire romantique : « Je ne suis pas apte à vous faire sourire » (I’m not fit to make you smile), de la consommation d’alcool bon marché : « Cette bière ne coûte que 2,99 £ » This beer just cost £2.99), de remarques acerbes (« Un crâne épais ne vous mène pas loin » /A thick skull only gets you so far/) et de l’observation de la tendance matérialiste qui s’empare des gens (« Une barre granola donnée gratuitement, est-ce le point culminant de votre journée ? » /A granola bar freely given away, is this the highlight of your day?) Ce sont ces moments qui contribuent à briser la barrière entre l’artiste et le public.

Dans ces arrangements bondés, Wesley Gonzalez s’épanouit au milieu de couches denses de riffs de basse flottants, de mélodies de piano enjouées et de solos de saxophone époustouflants. Oui, des gens épouvantables sont tout autour de nous, mais au moins nous avons ces chansons vivifiantes pour remplir nos oreilles.

***1/2


Oh, Rose: « While My Father Sleeps »

26 juillet 2020

L’une des joies de la musique est de faire l’expérience des émotions d’un autre être humain à travers les paroles et les chansons, puis de déterminer où cela s’inscrit dans votre vie et comment vous vous identifiez à cet art.  Cet album du groupe Oh, Rose d’Olympia dans l’état de Washington vous emmènera sur le chemin du deuil de la manière la plus éclectique possible.

La chanteuse et parolière Olivia Rose met tout son cœur dans ce projet.  Il rend hommage à sa mère, décédée en 2017.  Rose a déclaré qu’il est écrit dans la langue de la mort.  Le titre de l’album fait référence à un livre que sa mère a écrit tout au long de sa vie et que l’on peut voir sur la pochette de l’album.  Sa voix porte son âme et apporte cette expérience à chaque composition.

L’album s’ouvre avec le sombre et lunatique « 25 Alive ».  Il s’agit d’une chanson marécageuse et déformée qui explore les effets du traitement d’un parent souffrant d’une maladie mentale.  Chaque chanson du disque prend une autre tournure avec une émotion et un tempo différents, mais la constante est le chant de Rose.  Solide avec le sentiment.  Le point fort de l’album est la chanson « Easy ».  Un morceau prêt pour la radio, au tempo élevé, qui sort de la porte d’entrée, dur et lourd, et qui ne s’arrête jamais.

‘Olympia a une riche histoire avec des groupes qui repoussent les limites pour faire entendre leur voix.  Oh, Rose continue ce qui leur a été présenté avec un effort solide.  While My Father Sleeps mérite indéniablement d’être écouté.

***1/2


Annie Hart: « A Softer Offering »

22 juillet 2020

Beaucoup d’artistes aiment se lancer en solo et le faire tout seuls, souvent en se dépouillant de leur son – et cela ne fonctionne pas toujours. Le plus simple peut perdre quelque chose, sans parler du fait que tout commence par se ressembler. Mais la sobriété de A Softer Offering d’Annie Hart lui permet de briller.

Un tiers de Au Revoir Simone, Hart a depuis fait sa propre carrière solo, mais elle utilise toujours les synthés bien usés du groupe qu’ils avaient avant que tout le monde ait des synthés.

Oui, la retenue en solo de morceaux comme « Wilderness Hill » et l’écho de « Wandering Free » les rendent assez doux, mais sur les meilleurs morceaux, l’émotion de Hart transparaît. « Don’t Breathe For Me » est puissant dans sa nature calme, tandis que plus proche, « The Paper Pull » est un déchirement touchant.

C’est sans aucun doute un album pour les moments de calme, quand on veut être tranquille et avec soi-même – le titre de A Softer Offering est certes vrai, mais il est aussi plus doux.

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Test Card: « Music For The Towers »

14 juillet 2020

L’hiver a duré longtemps longtemps, ou du moins c’est ce qu’on a l’impression de vivre. Le vent et la pluie apparemment sans fin et le ciel gris : la suppression de l’humeur est vraiment devenue palpable ces dernières semaines. Une de mes amies m’a dit récemment qu’elle ne pouvait pas attendre l’été et pouvoir s’asseoir dans le jardin le soir, en buvant quelque chose de froid et d’alcoolisé. Je commence à ressentir la même chose.

Des signes de printemps se profilent cependant à l’horizon, avec quelques fleurs ici et là, et les jonquilles sont là aussi. Et à l’intérieur ? Eh bien, Music For The Towers est un vestige de l’été comme on en a rarement entendu, et un rêve des changements à venir malgré sa date de sortie au milieu de l’hiver.

Composée de simples accords de guitare, de synthés, d’enregistrements en champ distal et de lignes de drones élégiaques, Music For The Towers sonne comme un écho, un fragment de temps bucolique piégé dans la radiosphère. « « We Oscillated Like Sheep Grazing on Grassy Waveforms » » peint des scènes pastorales entières, des chants d’oiseaux nichés au milieu de longs mouvements de l’electronica rougeoyante. Le mouvement d’une soirée d’été, peint et prolongé, est projeté dans l’espace, des vibrations apaisantes issues de la résonance sonore.

De douces vagues déferlent sur les bords de « Let Single Sideband Loneliness Receivers Be Happy », des synthétiseurs qui suivent de près toutes les lueurs avec un bourdonnement d’énergie qui s’épanouit avec éclat. Les transmissions ponctuelles de la guitare se fissurent en éclats mélodiques périodiques, donnant à la pièce un poids étrange, une sensation de plomb qui rend compte de cette saison de marée : s’il vous plaît, n’y allez pas/retournez. Une version moins explicite arrive au début de « Data Taken Over Under Rating », dont les lignes rythmiques vont et viennent dans des vagues douces, des bourdons ondulants faisant place à de luxuriants pickings de guitare et des dérives éthérées de synthétiseurs.

Insouciant, mignon et pittoresque, il se déplace avec précision, mais aussi avec une grâce manuelle nonchalante. Il est facile à vivre, ininterrompu, détendu. Ce n’est que dans son dernier quart que le synthé arpégé arrive pour lui donner une certaine structure, une douce rigueur électronique esquissant juste le contour du ciel de la nuit d’été qui commence à scintiller au-dessus de nos têtes.

Le meilleur est à trouver dans la luxuriante « Horizontal Sweep Correction Lullaby », berçant ces pulsations de synthétiseur presque majestueuses qui gonflent comme la lumière du soleil se courbant sous l’horizon. Le monde nage pour voir, porté par les suggestions du gazouillis radio qui s’engouffre dans le fond, suspendant l’électronique scintillante qui se déploie en rubans rayonnants.

Ce serait bien de revoir le Soleil bientôt, mais pour l’instant on va sans doute s’en tenir à Test Card et ses envolées prometteuses et souces-amères.

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