Clouds Nothing: « Last Building Burning »

Sous la houlette de Dylan Baldi, Clouds Nothing ont déjà à leur CV quatre albums ;Last Building Burning est marque d’un nouvel avatar dans leur relativement jeune carrière.

Une fois encore, le combo a décidé de renouveler sa panoplie de riffs abrasifs aindé qu’il est par un producteur, Randall Dunn, maître en la matière puisqu’il a déjà officié pour Sunn O)) ou Wolves in the Throne Room.

Ceux qui s’attendaient à un adoucissement seront déçus ; la surexcitation est de rigueur ici encore avec une mention spéciale à l’alchimie en œuvre entre percussions et guitares entremêlées.

On appréciera l’épopée (onze minutes) sonique qui préside à « Dissolution », les feedbacks impérieux et les références non dissimulées et exemplaires à And You Will Know Us By The Trail Of Dead.

Exécuté avec brio, ce Last Building Burning est une création punk de haute volée avec ce qu’il faut de diversité, un « Offer an End » que ne dénierait pas Wire, pour en faire un album fracassant par son authenticité.

***1/2

Against Me! : « 123 Live Sex Acts »

La dernière fois que les punks de Against Me! sortirent un album « live » la moitié du groupe était différente ;c’était il y a 3 disques avant et il y a une certaine logique à ce que leur Alive II, malgré quelques artifice studio soit transformé en 23 Live Sex Acts.

Le groupe envoie toujours autant le bois (« True Trans Soul Rebel » ou « Walking Is Still Honest » ) et l’intensité demeure de rigueur.

C’est un disque « live » de la manière la plus honnête possible, les overdubs n’étant pas considérés comme dignes d’intérêt. Les interprétations ne peuvent donc pas être parfaites et sonnent parfois mal taillées et bâclées.

Ce qui pour le combo est une représentation de la gloire ; c’est le volume et la vitesse des shows enfiévrés. Ivi on travers toutes les mouvances et l’histoire des hymnes punks, de ceux issus du garage rock à celle où les « arena rockers » see manifestent.

Seuls accrocs : « Becaue of the Shame » et « Pretty Girls (The Mover) »dans  lesquels on perçoit une volonté de ne pas rester figé dans ce standard.

**1/2

Frank Carter & The Rattlesnakes: « Blossom »

Frank Carter & The Rattlesnakes est le tout dernier opus réalisé par l’ancien leader de Gallows et Pure Love.
Il s’agit ici d’une collection de morceaux n’excédant pas 30 minutes qui est passé du statut de EP de trois plages à une agrégation de titres où ce qui est le fil directeur est l’intensité et la férocité punk.

« Juggernaut » ouvre les débats avec violence et énergie montrant à quel point Carter est capable de s’attaquer à ses démons (sa conscience de la mortalité) en les présentant de manière presque appétissante.
Que cela soit suffisant est une autre histoire ; il appartiendra à chacun d’y goûter ou de repasser le plat avec délicatesse et gêne.
**

Self Defense Family: « Heaven Is Earth »

Heaven Is Earth est le deuxième album de Self Defense Family, un groupe punk qui, auparavant, officiait sous d’autres patronymes. Si l’esprit du combo est punk, il est heureusement capable de s’éloignait du format originel en mode 4/4 et guitares épileptiques.

Le disque est enserré par une barrière où la rythmique circonscrit l’ensemble, basse décisive, batterie insistante, sur lesquelles les structures mélodiques sont minimales et les guitares filandreuses.

Les vocaux, Patrick Kindlon, demeurent néanmoins fidèles à la stance punk, emphatiques et fulminants par exemple sur «  In My Defens Self Me Defend » ou « Dikto » qui réfléchit sur la notion de propriété.

De ce point de vue-là, ce sont plus des slogans que des véritables compositions mais ils sont interprétés avec allant et faconde et se montrent articulés intellectuellement. Parfois le style déclamatoire sert la musique, « Prison Ring » ou « Everybody Wants A Prize For Feeling », et Heaven Is Earth vous laissera ainsi un avant-goût d’expérimentation dont on aimerait qu’il ne soit pas qu’un prémisse.

***

Anti-Flage: « American Spring »

Depuis près de 25 ans, Anti-Flag a, pour reprendre l’espression, « rendu la honte plus honteuse en la livrant à la publicité. » Il s’agit pour ce combo de Pittsbugh de nous tendre un miroir pour que nous soyons témoins des maux et des injustices du monde et de les exposer avec un répertoire punk féroce et tenace.

La planète ne s’est, en effet, pas améliorée raison de plus pour que le désenchantement qui habite le groupe trouve à nouveau ample inspiration qu’il soumet à notre sagacité.

Sur American Spring, les quaroze plages nous offrent un spectacle toujours aussi znragé par exemple sur l’hymne tapageur qu’est « Brandeburg Gate » et l’invective forcenée qui jalonne « Walk Away ».

Les vocaux de Justin Sane (sic!) gardent toujours leur exigence et leur fore de conviction et, si à la fin du disque vous éprouvez la sensation que, peut-être, il serait possible de faire de ce monde un meilleur endroit, Anti-Flag, avec ses clins d’eil à Marx ou Thoreau, n’aura pas parlé en vain.

***1/2

Downtown Boys: « Full Communism »

Downtown Boys est un groupe punk de Providence, Rhode Island composé de six membres et le titre de leur premier album parle de lui-même. Full Comminism en effet les voir prendre sons, choses et émotions au pied de la lettre tant leur musique est urgente, furieuse et torride, avec ce climat bruitiste qu’il est impossible d’ignorer.

Le combo mêle le personnel et le politique, communisme intégral sans doute,  comme si le fait que les deux se rejoignent allait de soi et ils sont choisi l’option de la concision pour véhiculer leurs messages avec force et conviction.

Full Communism contient douze compositions et le disque n’excède pas 23 minutes ; l’impact est par conséquent garanti (« Monstro », « Future Police » et « Wave of History » se détachent sans occulter les autres compositions).

Un sax de ci de là rappellera les Stooges de Fun House et on ne pourra que se réjouir de constater que certaines traditions musicales perdurent tout comme des idées qui, aux USA en particulier, ne sont plus dans l’air du temps.

**1/2

The Rezillos: « Zero »

Le premier album des Rezillos, Can’t Stand The Rezillos, date de 37 ans. Ce qui est assez remarquable avec Zero est que le groupe sonne comme si il reprenait là où il s’était arrêté. La raison n’en est pas un revivalisme qui les aurait été coincés dans un cul de sac temporel mais tout simplement par le fait qu’il projette une atmosphère aussi fraîche que leuer tout premier opus.

The Rezillos s’honorent d’avoir deux leaders, un homme (Eugene Reynolds) et une femme Fay Fife), ce qui rend clair le fait que, dès leurs débuts, ils formaient un groupo à nul autre pareil. L’ironie est que c’est Elton John qui leur a permis d’être signés par Symour Stein sure Sire Recors ; peut-être avait-il été séduit par le fait que le combo avait une approche bien différente de celle du nihilisme qu’affectaient certains de leurs contemporains.

Zero reste un disque rempli à ras bord d’hymnes punks dès son ouverture avec « Take Me To The Groovy Room » et ce punk-là est de nature infectieuse dans la mesure où il véhicule une notion de menace et de danger tout bonnement délicieuse. C’est un album qui incite à danser le pogo tant chaque titre se succédant, « Sh’es The Right One », « N°1 Boy » ou « Sorry About Tomorrow », répète une formule sans qu’elle sonne frelatée.

The Rezillos enfilent les compositions un sourire narquois aux lèvres ; c’est ce qui les différenciera toujours d’autres combos punks. Il n’est que d’écouter les douze plages qui constituent Zero pour se persuader que jamais les titres qu’ils ont donné à leurs albums n’ont été autant de fausses pistes.

***1/2

Fawn Spots: « From Safer Place »

Fawn Spots est un trio punk venu de York et From Safer Place est leur premier album qui vient après une série de EPs dont l’éthique était celle du « do it yourself ». Le LP ne déroge pas à la règle puisqu’il a été enregistré dans les conditions « live » du « home recording ». Le groupe est fameux pour ses concerts incendiaires, il est donc presque logique que le disque s’emploie à en restituer l’atmosphère.

S’étant enfermés dans la remise d’un jardin de l’époque Géorgienne le disque va, dès l’entame,, exercer cette esthétique qui est celle de nous matraquer et de s’affranchir de toute limite. En effet, l’environnement choisi a permis avant tout à asseoir ces arrangements propres à l’auto-production et non pas à profiter de leur retraite pour peaufiner un peu plus leur son.

Le résultat est une bagarre constante entre les instruments, chacun semblant vouloir déverser son son énergie au dépend des autres. Les riffs ne sont qu’explosions et les vocaux aboiements le tout se mêlant sans un mur sonique ne pouvant véhiculer que, surprise surprise !, la colère.

Comme tout autre disque, From Safer Place nous offrira un endroit plus sécurisé avec du matériel un peu plus léger, des interludes apaisés comme » A Certain Pleasure » ou « Black Water » ou un instrumental, « In Front of the Chestnut ». Cela fournit une dimension supplémentaire à un disque qui, autrement, serait quelque peu monocorde même si c’est quand le groupe joue à fond les manettes qu’il est le plus fédérateur.

Fawn Sopts est un grupe encore jeune ; il montre ici un certain potentiel d’autant qu’il n’y a rien chez lui de foireux en termes d’exécution. L’album marquera peut-être une excellente inroduction à un plus large public.

***

Screaming Females: « Rose Mountain »

Le dernier opus des Screaming Females date de 2013 et c’était un EP, The Chalk Tape, dans lequel le trio se lançait dans de vagues recherches expérimentales au long de ses sept plages. L’approche était rapide et quelque peu désimpliquée et elle s’harmonsait assez bien avec le style punk débridé du groupe.

Rose Mountain, leur sixième album, est envoie le bois de façon tout à fait différente dans la mesure où il montre ce que le trio est capable d’accomplir si il prend le temps de polir et d’être un peu plus attentif aux détails. Cette évolution vers une ouverture sur d’autres tonalités avait déjà pu être pressentie sur leurs précédents albums comme Power Move et Castle Talk.

Ici, il semblerait que cette promesse se soit enfin réalisée avec ses guitares en fuzz libidineuses, ses solos qui pulvérisent et le alto chaotique de leur leader et guitariste Marissa Paternoster. Après 10 ans de carrière dans le guitar rock underground, Rose Mountain est un album de rupture par excellence.

Screaming Females s’échappent enfin de l’ombre punk qui menaçait de les stéréotyper et, si on devait aujourd’hui caractériser leur son, on pourrait dire qu’il est maintenant proche de ces riffs stoner rock graveleux qui évoquent le Black Sabbath des débuts. Le travail à la guitare de Paternoster assure la plus grosse partie de cette coloration heavy sur des morceaux comme « Empty Head » ou « Triumph » et elle y ajoute des textes qui sont en phase avec l’intensité émotionnelle de sa musique.

Le disque semble ainsi rendre coup pour coup, dans un échange immédiat et fulgurant entre mots et sons qui s’entrechoquent comme sur sur « Ripe » ou les deux se répondent même si quelques titres pop (« Wishing Well » et « Hopeless ») montrent que le combo a l’ambition de ne pas tout sacrifier au muscle et à l’enthousiasme mais aussi à explorer toute le spectre du guitar rock.

Avec cet opus, Screaming Females que c’est non seulement le rock féminin qui est vivace, mais le rock tout court.

***1/2

CJ Ramone: « Last Chance To Dance »

Avec un groupe aussi vital que The Ramones, il est important que leur legs demeure intact que ce soit par des rééditions de leur catalogue ou par des nouvelles sorties qui leur sont associées. Avec ce nouvel album, le deuxième, de leur dernier bassiste, Last Chance To Dance, les loyalistes peuvent dormir sur leurs deux oreilles… ou plutôt les rouvrir avec ravissement.
Le disque porte la flamme des Ramones avec style et avec ce côté graveleux qui leur était propre. On a donc droit à un clin d’oeil dirigé vers le passé mais aussi à une perspective plus fraîche. Le « single » « Understand Me ? » a suffisamment de riffs appartenant à la geste de Johnny Thunders pour qu’on se retrouve en terrain familier mais il nous propose également des textes et une mélodie qui ne peuvent appartenir qu’à CJ Ramone.


« Won’t Stop Swinging » sonnera, lui, comme The Romantics ayant avalé du speed avec ses riffs musclés tempérés par un chorus pop enlevé tandis que « Carry Me Away » aura un petit climat folk humide semblable à ce qu’on pourrait entendre dans un vaisseau de pêche perdu en mer et trempant dans du whisky Wild Irish Rose.
Le ton sera plus lourd avec un « Mr. Kalashnikov » très sombre; le titre étant un hommage à l’homme qui a inventé le AK-47. Les textes y sont mordants et les retournements ironiques le rendent intéressant alors que le mode rock sera réservé à ses riffs et son chorus qui semble émaner d’un groupe de forçats.
Last Chance To Dance contient la juste dose de riffs punk, de refrains mélodiques et d’abandon rock and roll pour représenter le prochain pas dans ce qui est le canon des Ramones; il est certain que si ses « frères » l’entendaient, ils en seraient tout estourbis.
***1/2