Spanish Love Songs: « Brave Faces Everyone »

Le groupe punk de Los Angeles Spanish Love Songs a commencé à faire sensation en 2018 avec son deuxième album, Schmaltz, un disque viscéralement candide qui a alimenté de culpabilité, de doute de soi et d’anxiété intériorisée la plupart des autres combos pop punks tant il en était différent. Et c’était précisément cela qui en avait fait un opus prometteur.

Avec leur troisième album, Spanish Love Songs ont atteint leur potentiel. Brave Faces Everyone est un énorme bond en avant par rapport à leur travail précédent, assez pour surmonter ces comparaisons. Le groupe a beaucoup travaillé pour affiner son son et le rendre plus grand, plus complet et plus audacieux. Il y a plus d’harmonie, de texture et de structure dans chaque chanson, et les refrains sont énormes et édifiants.

Le changement d’approche le plus fondamental est l’orientation vers l’extérieur de ces compositions le chanteur Dylan Slocum transformant son style confessionnel en un cri de ralliement. Au cours des deux dernières années, il avait décidé qu’il était plus utile d’écrire de la musique comme une forme de thérapie de groupe que de l’utiliser comme une occasion de se défouler. Plutôt que de griffonner dans un carnet, il s’imagine en pleine conversation – celle que vous avez avec un ami proche sur le chemin du retour du bar, quand vous êtes à la fois éméché et assez fatigué pour vous demander à quoi tout cela sert. Le résultat en est non plus « malheur à moi » mais « malheur à nous » et là est la grande différence.

Ainsi, « Losers » est un essai sur la vie millénaire, qui capture le mécontentement, non pas d’un seul individu, mais d’une génération entière celle-là même qui traverse l’existence d’une manière sombre, mais qui vous donne aussi l’impression d’être encouragé – comme si vous faisiez partie de quelque chose. Slocum chante les conséquences humaines de la précarité de l’emploi, de la disparité des richesses et de l’es prix astronomiques du logement ; il s’attaque au péril mortel du système de santé américain et à toutes ces réflexions sans cervelle sur la façon dont les millénaristes ont tué le les repas d’affaires (« power lunch) ou autre. We’re mediocre / We’re losers, forever » (Nous sommes médiocres / Nous sommes perdants, pour toujours), chante-t-il, espérant surmonter le désavantage grâce à la puissance de l’esprit d’équipe. « he cost of living means the cost to stay alive » (Le coût de la vie signifie le coût pour rester en vie), résume-t-il plus tard dans la suite, « Losers, Pt. 2. »

Tout le monde se débat dans les dettes et la mort, en évoquant les maladies mentales, la crise des opiacés, les fusillades de masse, le changement climatique et d’autres préoccupations du XXIe siècle. Cet album transforme la désillusion en un hymne, vous invitant à chanter chaque chanson avec chaque parcelle de vous-même. C’est un disque pour les jeunes qui vivent dans des appartements hors de prix, qui passent des heures à faire défiler leurs flux Twitter et à s’informer sur la dernière catastrophe environnementale, la dernière guerre au Moyen-Orient, le dernier massacre à l’arme à feu. Il offre un confort sans évasion.

Au moment où la chanson-titre met fin à la série, Slocum se rend compte que les choses ont peut-être toujours été mauvaises ; « Living paycheque to paycheque / Like my parents / And their parents / And their parents before them, » chante-t’il , « We were never broken / Life’s just very long. » (De chèque de paie en chèque de paie / Comme mes parents / Et leurs parents / Et leurs parents avant eux/ On n’a jamais été brisés / La vie est juste très longue.) La philosophie centrale de Brave Faces Everyone est que les choses vont mal et qu’il n’y a pas de moyen clair de les améliorer, donc tout ce que vous pouvez faire, c’est vous préparer pour la suite. Ceci n’est pas un album sur et pour la prospérité, il s’agit simplement d’essayer de s’en sortir , mais de s’en sortir- ensemble.

***1/2

Black Beach: « Tapeworm »

Black Beach est une formation de Boston, Massachusetts, qui donne dans le punk et ses différents sous-genres. Le trio, composé de Steven Instasi, Ben Semeta et Ryan Nicholson, fait à peu près toujours autant de vacarme que peuvent le faire cinq musiciens enragés. Lancée au début du mois d’octobre dernier, leur plus récente offrande intitulée Tapeworm saura combler les amateurs de punk abrasif.

Dans une atmosphère tendue du début à la fin, Black Beach nous enfonce sans retenue dans les oreilles une douzaine de solides morceaux. Passant du punk au noise-rock, puis du post-punk au sludge, Black Beach nous livre ici un joyeux bordel sonore de quarante-cinq vigoureuses minutes.

Au fil que les chansons s’enchaînent sur l’album, le trio conserve sa passion pour les riffs qui martèlent et qui font aussi mal que de se cogner les orteils sur la table de chevet à quatre heures du matin.

Sachez, en effet, que cet album n’a rien pour vous réchauffer le corps avec de douces mélodies contagieuses. À l’aide d’une guitare qui, la plupart du temps, est grinçante et bruyante, une basse bien présente et fort efficace, une batterie qui pioche en masse et une voix parfois salopée par de la distorsion, la bande nous prouve qu’ils ne sont pas de fins mélodistes, mais plutôt une force de frappe brute. D’ailleurs, des titres de la nature « Sometimes This Body Lets Me Down », « Broken Computer », « Positive Feedback Loop », « Nervous Laughter » et « Southern State « vous le prouveront assez rapidement ;’assourdissant trio bostonnais ne fait pas dans la dentelle ni même dans le coton ouaté. À l’aide d’une réalisation simpliste et de chansons qui vont droit au but, ce Tapeworm est une véritable succession de déflagrations punk qui devrait plaire aux fans de Metz, Jesus Lizard, Pissed Jeans et Big Ups.

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Titus Andronicus: « An Obelisk »

année dernière, Titus Andronicus avait tenté d’emprunter un virage musical radical avec son album A Productive Cough. En effet, on a vu , en effet,la bande menée par Patrick Stickles arpenter des influences heartland rock et Americana avec un succès relatif ce qui peut expliquer sa persévérence avec ce etour aux sources louable pour An Obelisk.

Pour cela, le combo a en fait appel à un autre poids lourd du punk américain Bob Mould à la production pour remettre Titus Andronicus sur les rails. An Obelisk ne surfera sur aucun concept mais juste sur du punk-rock bien enragé bien à l’ancienne et à l’image du groupe sur ces dix nouvelles compositions dont « Just Like Ringing A Bell » en guise d’introduction mais encore « Troubleman Unlimited » qui suit possédant des airs de Meat Puppets, « My Body and Me » ou bien même « Hey Ma ».

Patrick Stickles traduit son désespoir et un avenir pour le moins pessimiste de son pays lors de l’ère Trump. Et il arrive à nous plomber l’ambiance lorsque l’on écoute attentivement les textes des morceaux explosifs comme « (I Blame) Society » et « Within the Gravitron ». Il arrive à enfoncer le clou sur les grosses distorsions de « Tumult Around The World » pour prouver que Titus Andronicus n’a rien perdu de sa verve sur ce An Obelisk même si on parvient à regretter l’énergie fougueuse des débuts. Un bon ensemble au final.

***1/2

Control Top: « Covert Contracts »

La scène indie de Philadelphie continue d’être en pleine effervescence, preuve en est Control Top, un trio composé d’Ali Carter (chant, basse), Al Creedon (guitare) et d’Alex Lichtenauer (batterie) qui est prêt à frapper fort avec son premier album Covert Contracts.

A mi-chemin entre post-hardcore, no wave, riot grrl et post-punk, la musique bien électrique et tendue du combo se veut véhémente à souhait avec un son direct et bien crasseux que ce soit dans le domaine du lo-fi ou du hardcore.

On notera, à cet égard, des titres allant de l’introductif « Type A » à « Ego Deaf » en passant par les agressifs « Chain Reaction », « Unapologetic » ou autres « Betrayed ».

Entre les riffs noisy d’Al Creedon, le chant hystérique et incontrôlable d’Ali Carter qui hurle son incompréhension face à la société martèlements de batterie explosifs d’Alix Lichtenauer , le trio de Philadelphie va droit au but et refuse de s’adoucir. Avec une production 100% DIY et brut de décoffrage, Control Top viendra donner ses lettres de noblesse à une musique totalement jouissive dans la menière où elle incite à l’émeute.

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Clouds Nothing: « Last Building Burning »

Sous la houlette de Dylan Baldi, Clouds Nothing ont déjà à leur CV quatre albums ;Last Building Burning est marque d’un nouvel avatar dans leur relativement jeune carrière.

Une fois encore, le combo a décidé de renouveler sa panoplie de riffs abrasifs aindé qu’il est par un producteur, Randall Dunn, maître en la matière puisqu’il a déjà officié pour Sunn O)) ou Wolves in the Throne Room.

Ceux qui s’attendaient à un adoucissement seront déçus ; la surexcitation est de rigueur ici encore avec une mention spéciale à l’alchimie en œuvre entre percussions et guitares entremêlées.

On appréciera l’épopée (onze minutes) sonique qui préside à « Dissolution », les feedbacks impérieux et les références non dissimulées et exemplaires à And You Will Know Us By The Trail Of Dead.

Exécuté avec brio, ce Last Building Burning est une création punk de haute volée avec ce qu’il faut de diversité, un « Offer an End » que ne dénierait pas Wire, pour en faire un album fracassant par son authenticité.

***1/2

Against Me! : « 123 Live Sex Acts »

La dernière fois que les punks de Against Me! sortirent un album « live » la moitié du groupe était différente ;c’était il y a 3 disques avant et il y a une certaine logique à ce que leur Alive II, malgré quelques artifice studio soit transformé en 23 Live Sex Acts.

Le groupe envoie toujours autant le bois (« True Trans Soul Rebel » ou « Walking Is Still Honest » ) et l’intensité demeure de rigueur.

C’est un disque « live » de la manière la plus honnête possible, les overdubs n’étant pas considérés comme dignes d’intérêt. Les interprétations ne peuvent donc pas être parfaites et sonnent parfois mal taillées et bâclées.

Ce qui pour le combo est une représentation de la gloire ; c’est le volume et la vitesse des shows enfiévrés. Ivi on travers toutes les mouvances et l’histoire des hymnes punks, de ceux issus du garage rock à celle où les « arena rockers » see manifestent.

Seuls accrocs : « Becaue of the Shame » et « Pretty Girls (The Mover) »dans  lesquels on perçoit une volonté de ne pas rester figé dans ce standard.

**1/2

Frank Carter & The Rattlesnakes: « Blossom »

Frank Carter & The Rattlesnakes est le tout dernier opus réalisé par l’ancien leader de Gallows et Pure Love.
Il s’agit ici d’une collection de morceaux n’excédant pas 30 minutes qui est passé du statut de EP de trois plages à une agrégation de titres où ce qui est le fil directeur est l’intensité et la férocité punk.

« Juggernaut » ouvre les débats avec violence et énergie montrant à quel point Carter est capable de s’attaquer à ses démons (sa conscience de la mortalité) en les présentant de manière presque appétissante.
Que cela soit suffisant est une autre histoire ; il appartiendra à chacun d’y goûter ou de repasser le plat avec délicatesse et gêne.
**

Self Defense Family: « Heaven Is Earth »

Heaven Is Earth est le deuxième album de Self Defense Family, un groupe punk qui, auparavant, officiait sous d’autres patronymes. Si l’esprit du combo est punk, il est heureusement capable de s’éloignait du format originel en mode 4/4 et guitares épileptiques.

Le disque est enserré par une barrière où la rythmique circonscrit l’ensemble, basse décisive, batterie insistante, sur lesquelles les structures mélodiques sont minimales et les guitares filandreuses.

Les vocaux, Patrick Kindlon, demeurent néanmoins fidèles à la stance punk, emphatiques et fulminants par exemple sur «  In My Defens Self Me Defend » ou « Dikto » qui réfléchit sur la notion de propriété.

De ce point de vue-là, ce sont plus des slogans que des véritables compositions mais ils sont interprétés avec allant et faconde et se montrent articulés intellectuellement. Parfois le style déclamatoire sert la musique, « Prison Ring » ou « Everybody Wants A Prize For Feeling », et Heaven Is Earth vous laissera ainsi un avant-goût d’expérimentation dont on aimerait qu’il ne soit pas qu’un prémisse.

***

Anti-Flage: « American Spring »

Depuis près de 25 ans, Anti-Flag a, pour reprendre l’espression, « rendu la honte plus honteuse en la livrant à la publicité. » Il s’agit pour ce combo de Pittsbugh de nous tendre un miroir pour que nous soyons témoins des maux et des injustices du monde et de les exposer avec un répertoire punk féroce et tenace.

La planète ne s’est, en effet, pas améliorée raison de plus pour que le désenchantement qui habite le groupe trouve à nouveau ample inspiration qu’il soumet à notre sagacité.

Sur American Spring, les quaroze plages nous offrent un spectacle toujours aussi znragé par exemple sur l’hymne tapageur qu’est « Brandeburg Gate » et l’invective forcenée qui jalonne « Walk Away ».

Les vocaux de Justin Sane (sic!) gardent toujours leur exigence et leur fore de conviction et, si à la fin du disque vous éprouvez la sensation que, peut-être, il serait possible de faire de ce monde un meilleur endroit, Anti-Flag, avec ses clins d’eil à Marx ou Thoreau, n’aura pas parlé en vain.

***1/2

Downtown Boys: « Full Communism »

Downtown Boys est un groupe punk de Providence, Rhode Island composé de six membres et le titre de leur premier album parle de lui-même. Full Comminism en effet les voir prendre sons, choses et émotions au pied de la lettre tant leur musique est urgente, furieuse et torride, avec ce climat bruitiste qu’il est impossible d’ignorer.

Le combo mêle le personnel et le politique, communisme intégral sans doute,  comme si le fait que les deux se rejoignent allait de soi et ils sont choisi l’option de la concision pour véhiculer leurs messages avec force et conviction.

Full Communism contient douze compositions et le disque n’excède pas 23 minutes ; l’impact est par conséquent garanti (« Monstro », « Future Police » et « Wave of History » se détachent sans occulter les autres compositions).

Un sax de ci de là rappellera les Stooges de Fun House et on ne pourra que se réjouir de constater que certaines traditions musicales perdurent tout comme des idées qui, aux USA en particulier, ne sont plus dans l’air du temps.

**1/2